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Noma au Japon, un documentaire de Maurice Dekkers : critique

L’aventure gastronomique nipponesque du meilleur restaurant du monde, Noma, est relaté dans Noma au Japon, un film-documentaire réalisé par Maurice Dekkers.

Synopsis : Janvier 2015. Le Noma vient de recevoir pour la 4ème fois le titre de meilleur restaurant du monde. Le chef, René Redzepi, décide de fermer son restaurant de Copenhague pour ouvrir une résidence de deux mois à Tokyo, au Japon. Le but : proposer un menu exceptionnel de plats spécialement conçus pour l’occasion. René Redzepi et sa brigade ont six semaines pour créer de toutes pièces un menu unique et novateur en harmonie avec la culture japonaise, avec des produits et des saveurs qu’ils ne connaissent pas. Une course contre la montre s’engage.

Noma-au-Japon-lars-williams-documentaire-maurice dekkersFort d’une réputation d’excellence, le restaurant danois Noma, s’est lancé un défi titanesque à la hauteur de sa stature : poser ses valises le temps d’un hiver au pays du soleil levant. Mené par le chef cuisinier René Redzepi, c’est toute l’équipe Noma qui participa à l’aventure (63 personnes en tout, comprenant sous-chefs, serveurs, managers, commis et la famille proche). Toutefois, la pression de ce challenge reposa principalement dans les mains des assistants de Redzepi : Lars Williams son bras droit, Rosio Sanchez, Thomas Frebel, Dan Giusti et Kim Mikkola.

Le restaurant pop-up ouvrit ses portes le 9 janvier 2016, au 37ème étage du Mandarin Oriental, un hôtel de luxe à Tokyo. Mais cette expérience ne fut pas sans effervescence. Après deux ans de préparations, l’équipe commença à débarquer au Japon en décembre 2015, avec pour consigne de s’imprégner de la culture japonaise afin de créer un menu innovant et créatif. Ce fut dès lors le début d’une expédition culinaire sur le sol nippon pour nos cuisiniers explorateurs. De la dégustation d’écorces et de champignons dans leurs éléments naturels sur les monts Hakkoda au marchand local de kiwis sauvages, en passant par le marché aux poissons, ce sont des aliments surprenants qui finirent sur la carte du restaurant. Les plats plus exceptionnels les uns que les autres (lotte croustillante -fumée et gelée- arrosée d’une sauce au kiwi sauvage, tarte composée d’oursins de mer frais, etc.) témoignent de l’intense investigation de l’équipe de Redzepi dont le but était de se dépasser mais aussi de rendre honneur à la cuisine japonaise. Servies sur un lit de glace, les crevettes précieusement recouvertes de fourmis vivantes dont on promit des saveurs issues Noma-au-Japon-ants-on-a-shrimp-documentaire-maurice dekkersde la forêt de Nagano, est le premier plat du menu (composé de 14 services) du Noma japonais et un bel exemple de cette prouesse créative et esthétique.

Élu « meilleur restaurant du monde » en 2010, 2011, 2012 et 2014 par la revue britannique Restaurant, Noma, qui compte généralement plus de 100 000 demandes de réservations par mois chez lui, à Copenhague, obtint plus de 60 000 requêtes pour ce restaurant éphémère. Au final, le film-documentaire Noma au Japon est une véritable immersion dans les coulisses d’un des plus grands restaurants du monde. Avec un travail novateur de poids et une implication sans faille des chefs de Noma, on se rend vite compte que ces derniers sont des magiciens qui font de ce restaurant d’envergure, un lieu d’exception où l’art culinaire est le maître mot.

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Bande Annonce : Noma au Japon

Fiche Technique : Noma au Japon

Titre original : Ants on a shrimp
Réalisation : Maurice Dekkers
Musique : Nicolas Jaar, Halfdan E, Shigeru Umebayashi
Sociétés de production : BlazHoffski, Dahl TV
Production : Dan Blazer, Nelsje Musch-Elzinga, Marc Blazer, Maurice Dekkers
Montage : Pelle Asselbergs
Distributeur : Urban Distribution
Genre : Documentaire

Pays-Bas – 26 avril 2016

Incarnate, un film de Brad Peyton : critique

Incarnate, où comment une idée de départ assez intéressante peut être massacrée par de piètres choix de mise en scène.

Synopsis : Le docteur Ember possède une capacité étrange et perturbante : il peut entrer dans l’esprit de personnes possédées pour les libérer des entités qui les parasitent. Le Vatican entre en contact avec lui pour s’occuper du cas d’un garçon, Cameron, dont la psyché est emprisonnée par un archidémon.

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Le principe qui sert de point de départ à Incarnate aurait pu donner un film intéressant. Le docteur Ember rentrant dans le subconscient des personnes possédées, le spectateur pense inévitablement à un mélange entre Inception et Insidious. Et le film joue sur les deux références. D’un côté, il y a le rapport compliqué entre rêve et réalité, entre le monde du subconscient et le monde véritable, avec la nécessité d’avoir un objet concret qui permette de savoir de quel côté de la frontière mentale on se trouve. D’un autre côté, le film reprend les codes habituels du film de possession, les démons aux yeux entièrement noirs et à la voix rauque, les personnages qui volent dans la pièce, etc. On entend même un personnage faire une référence directe à L’Exorciste.

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Hélas, si l’idée de départ est intéressante, le résultat final est plutôt lamentable. Les choix artistiques plombent tous les effets potentiels. Ainsi, le cinéaste, Brad Peyton (qui nous avait déjà prouvé son absence de talent avec Voyage au centre de la Terre 2 et surtout San Andreas) décide de ne pas perdre de temps : il cherche à nous faire peur dès la scène d’ouverture en nous montrant tout de suite le démon et la possession du jeune Cameron. Ainsi, tout le travail, absolument nécessaire dans un film d’horreur, d’installation d’une ambiance, d’une atmosphère glauque ou étouffante, est passé à la trappe. Le réalisateur confond vitesse et précipitation et manque complètement son effet. Il lui sera impossible, par la suite, de rattraper cette erreur : Incarnate reste un film poussif dans lequel on s’ennuie et où non seulement l’horreur, mais même l’angoisse sont totalement absentes.

Le scénario cumule des scènes que les amateurs du genre ont déjà vu des centaines de fois. Le scénariste tente bien d’implanter un ou deux retournements de situation, mais c’est tellement cousu de fil blanc que l’effet de surprise ne fonctionne pas et cède la place au ridicule.

Quant aux personnages, ce n’est pas tant leur côté caricatural qui gêne. Dans la production du genre, Incarnate se révèle vite être un des films les plus mal interprétés de ces dernières années. Aaron Eckhart surjoue l’homme blessé qui cherche à se venger en faisant une trogne qui serait hilarante dans d’autres circonstances. Carice Van Houten (qui a quand même quelques belles performances à son actif, comme l’excellent Black Book de Paul Verhoeven) se contente, elle, de ne pas jouer du tout, n’exprimant aucune émotion et se contentant de regarder à la télévision la diffusion de l’exorcisme de son fils.

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Seule nouvelle plutôt positive : le budget relativement restreint du film (estimé à 5 millions de dollars par imdb) empêche le cinéaste de déployer toute une avalanche d’effets spéciaux, et c’est sûrement une très bonne idée. Il faut bien admettre que les rares trucages que l’on voit dans Incarnate sont tellement pitoyables qu’on regrette vite leur présence.

En bref, Incarnate est un exemple de plus de ce type de films qui plombent le genre du cinéma d’horreur, à la fois par la banalité de leur modèle, déjà vu des dizaines de fois, et par leur absence de créativité artistique.

Incarnate : Bande annonce

Incarnate : Fiche Technique

Réalisation : Brad Peyton
Scénario : Ronnie Christensen
Interprétation : Aaron Eckhart (Doncteur Ember), Carice Van Houten (Lindsey), Catalina Sandino Moreno (Camilla), David Mazouz (Cameron), Keir O’Donnell (Oliver).
Photographie : Dana Gonzales
Montage : Jonathan Chibnall, Todd E. Miller
Musique : Andrew Lockington
Production : Jason Blum, Trevor Engelson, Michael Seitzman
Sociétés de production : IM Global, Blumhouse Productions, WWE Studios, Deep Underground Films
Sociétés de distribution : BH Tilt, Universal Pictures
Budget : 5 millions de dollars
Genre : fantastique, horreur
Durée : 91 minutes
Sortie en France : 29 janvier 2017 (Festival de Gérarmer), 19 avril 2017 (VOD)

USA- 2016

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Broadchurch, une série de Chris Chibnall, saison 3 : Critique

Beaucoup crient au parfait retour de l’excellente et captivante meilleure série policière jamais réalisée avec cette saison 3 de Broadchurch, qui, en revenant aux fondamentaux, procure angoisse et fascination.

Synopsis : Trois ans ont passé depuis la mort de Danny Latimer et le procès de Joe Miller, qui l’a vu ressortir libre. Alec Hardy et Ellie Miller ont une nouvelle affaire : Patricia Winterman a été violée lors d’une soirée et les premiers éléments indiquent qu’un prédateur sexuel est dans les environs de Broadchurch.

broadchurch-trish-winterman-cell-saison-3Deux trop longues années ont suffit par nous faire regretter passionnément les enquêtes de Miller et Hardy, le duo le plus électrique et stimulant jamais vu depuis Fox et Mulder, surtout grâce aux interprétations magistrales et sans failles de David Tennant et Olivia Coleman. Si la deuxième saison centrée sur le procès de Joe Miller, le mari du sergent Ellie et présumé coupable de meurtre du petit Dany Latimer sur fond de pédophilie, la troisième s’ouvre sur un autre sujet de société tout aussi tabou, le viol. Trish Winterman joué brillamment par Julie Hesmondhagh (Cucumber, Happy Valley) est une mère de famille qui, perdue au milieu du port, est recueillie par la police et prise en soin, car violée deux jours auparavant. Beth Latimer, dont le deuil semble être fait, travaille à présent dans une agence sociale d’aide aux personnes en crise et prend sous son aile la quadragénaire au regard de chien battu. La fille d’Alec est revenue vivre avec lui, mais est relativement maltraitée par des élèves de son lycée. Ellie est aidée de son père pour s’occuper de ses deux enfants. Mark n’a toujours pas tourné la page et cherche par tous les moyens, quitte à s’éloigner de sa famille, à faire justice. D’autres portraits font parti du puzzle mis en place : la meilleure amie de la victime, employée également dans la même épicerie qui fête ses 50 ans dans un manoir grandiose, et son mari coureur de jupon, le directeur de cette épicerie obsédé par Trish, son ex-mari, le chauffeur de taxi, un adolescent retord, un autre en réserve, un ancien violeur relâché, sans oublier les anciens, l’ex-rédactrice en chef, le prêtre… Ces fils tendus telle une toile d’araignée à la Agatha Christie constitue tout un nouveau microcosme tout aussi puissant et hétéroclite que la première saison. Le doute s’installe sur chacun d’entre eux pour terminer sur une totale surprise comme sait si bien le faire le créateur et scénariste britannique Chris Chibnall.

La splendeur des falaises des plages de West Bay couplée à la composition délicate, poétique et emportée de Olafur Arnald provoque encore chez le spectateur à la fois douce nostalgie et frisson de dépaysement. Entre souvenirs familiers et instabilité émotionnelle suite à cette nouvelle intrigue riche et brillamment écrite, Broadchurch compose une dense enquête autour du regard toujours pesant d’hommes naturellement surprotecteurs, sexistes ou désespérés. À l’exception que toutes ces peintures masculines compose un microcosme homogène, hétéroclite et représentatif de notre société. Même l’inspecteur Hardy, brut et opiniâtre, reste vulnérable face à sa fille victimisée dans son nouveau lycée ou face à la solitude affective. On regrette que les scénaristes n’aient pas donné plus de consistance après le seul date qu’il a eu avec une blonde inconnue tout autant stressée. Sa partenaire de jeu Olivia Coleman témoigne une fois de plus de l’étendue magistrale de son talent. À la fois, sensible pour toutes ces femmes violées (les yeux humides), sincère et tout autant loyale, carrée et intransigeante dans sa profession et plus légère envers son collègue, leurs répliques sont délicieuses et toujours sources de rictus. Il aurait peut-être été trop utopique ou déplacé d’envisager une idylle entre les deux, mais quoiqu’il en soit la fin de la saison rudimentaire et poignante sonne comme une ouverture, malgré la conclusion affirmée du créateur et scénariste Chris Chibnall.

Après s’être attaqué à la pédophilie ou aux erreurs judiciaires, la saison 3 de la série Broadchurch tape tout aussi fort avec le viol. Sans jamais être moralisateur, le message fictionnel qui s’en dégage sonne plus que juste. Atteint de grâce, cette dernière saison ne manquera pas de marquer toute une génération de sériesphiles qui pleure une des meilleurs, si ce n’est « la », série policière dramatique de ces dix dernières années.

Série Broadchurch : récap et trailer saison 3

Fiche Technique : Broadchurch

Créateur et showrunner : Chris Chibnall
Réalisateurs : Paul Andrew Williams (1, 2, 3, 7 et 8), Daniel Nettheim (4,5), Liz Arnold (6)
Scénaristes : Chris Chibnall
Interprétation : David Tennant : Inspecteur principal Alec Hardy, Olivia Colman : sergent Ellie Miller, Jodie Whittaker : Beth Latimer, Andrew Buchan : Mark Latimer, Julie Hesmondhalgh : Trish Winterman, Sarah Parish : Cath Atwood, Mark Bazeley : Jim Atwood, Lenny Henry : Ed Burnett, Charlotte Lucas : Sarah Elsey, Charlie Higson : Ian Winterman, Georgina Campbell : DC Katie Harford, Mariah Gale : Caroline Hughes, Kelly Gough : Laura Benson, Hannah Rae : Daisy Hardy, Sunetra Sarker : Sahana Harrison, Chris Mason : Leo Humphries, Jim Howick : Aaron Mayford, Richard Hope : Arthur Tamworth, Hannah Millward : Leah Winterman, Sebastian Armesto : Clive Lucas, Becky Brunning : Lindsay Lucas, Deon Lee-Williams : Michael Lucas
Photographie :  Matt Gray et John Conroy
Musique : Ólafur Arnalds
Format : 8 x 45
Date de diffusion : du 27 février au 17 avril 2017
Chaîne d’origine : ITV
Genre : Drame Policier

Angleterre – 2017

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La colère d’un homme patient, un film de Raúl Arévalo : critique

Le mois d’avril serait-il le mois des thrillers espagnols ? Après L’homme aux mille visages d’Alberto Rodriguez, c’est au tour du débutant Raúl Arévalo de débarquer sur le territoire français avec son premier film, La colère d’un homme patient.

Synopsis : Un braquage qui a mal tourné a mené Curro à 8 ans de prison. À sa sortie de prison, il va faire la connaissance de José, un homme silencieux prêt à tout pour se venger.

la-colere-d-un-homme-patient-antonio-de-la-torre-ruth-diazLe thriller a eu son heure de gloire aux derniers Goyas. Si Alberto Rodriguez a confirmé les espoirs posé en lui avec La Isla Minima avec son L’homme aux mille visages, c’est bien le jeune Raúl Arévalo qui a remporté le gros lot avec le Goya du meilleur film, du meilleur scénario original ainsi que du meilleur nouveau réalisateur pour son long-métrage La colère d’un homme patient. Si les deux films partagent donc un genre commun et un beau petit palmarès, ils n’en sont pas moins très différents dans leurs ambitions et leurs constructions. Si L’homme aux mille visages était une reconstitution à la narration très factuelle d’un fait divers ayant ébranlé l’Espagne dans les années 90, le film de Arévalo est un polar brut, qui sous son apparence assez classique fait la part belle à son personnage principal.

Il est très facile de dresser le portrait du film à partir des mots qui composent le titre français. « Patient » dans un premier temps, car outre le fait que le vengeance de José prend 8 ans à se mettre en place, cela peut très bien s’appliquer au rythme qu’impose Raúl Arévalo. En effet, le cinéaste ibère prend son temps à mettre en place le contexte dans lequel va évoluer le film. Après une scène d’introduction montrant le braquage à partir duquel tout va découler, le réalisateur va entreprendre de dresser le portrait du microcosme dans lequel va se dérouler son œuvre. En utilisant un découpage en chapitre ayant des noms simples tels que Le Bar ou la Famille, Arévalo va pouvoir dessiner les caractéristiques de son personnage principal José, un homme taciturne qui a l’air de vivre dans une routine s’articulant autour des parties de cartes au bar de son pote Juanjo, de visite à l’hôpital pour voir son père dans le coma, ou de petit flirt avec Ana la soeur de son ami. Ces petits chapitres très courts oscillant autour de 5-10 minutes vont donc permettre au cinéaste de bien cerner le personnage de José sans  véritablement le faire parler.la-colere-d-un-homme-patient-antonio-de-la-torre-luis-callejo

Ce qui nous amène au deuxième mot important du titre : « L’homme ». Là encore Raúl Arévalo prend un parti pris intéressant en focalisant son récit sur ses personnages. Que cela soit dans sa construction avec, pour en revenir sur l’histoire des chapitres, deux chapitres portant le nom de personnes : Ana et Curro, le mari d’Ana ayant fait de la prison. Mais c’est surtout au travers de sa mise en scène que cette mise en avant de l’homme va être la plus flagrante. Le cinéaste espagnol ne va donc pas hésiter à sacrifier tout sens du spectaculaire pour se placer au plus près de ses personnages. La première séquence du film en est symptomatique. Elle nous place sur la banquette arrière du véhicule de Curro, qui joue le rôle du conducteur attendant le retour de ses complices braqueurs. Au lieu de nous offrir une course poursuite comme bon nombre de thrillers ont le loisir de le faire, Raúl Arévalo va laisser sa caméra sur cette banquette arrière tout le long de la poursuite entre Curro et la police. Résultat on se retrouve avec un plan séquence donnant une forte d’impression d’immersion et nous permettant de vivre ce moment capital pour la vie de Curro au plus près de lui. Ce n’est bien évidemment pas le seul exemple et de nombreux effets du même style vont être utilisés tout au long du film pour garder cette proximité avec ses personnages. Parmi les plus importants on retrouve donc les cadrages très serrés sur les protagonistes, Arévalo n’ayant que très rarement recours au plan large, ou ces longs passages en caméra épaules où le réalisateur va suivre de dos son personnage lors de ses rendez-vous habituels ou de sa croisade vengeresse.

Ce qui nous amène forcément au dernier mot qui est également le titre du dernier chapitre et qui va occuper toute la dernière heure du film : « La colère ». Car oui, La colère d’un homme patient est avant tout un film de vengeance. La vengeance d’un homme sans histoire qui a tout perdu au cours d’un braquage, et qui va tout faire pour faire payer les responsables. Accompagné de Cuarro, José va donc partir en quête de ces hommes et sa vengeance va prendre l’allure d’un road-trip nihiliste où José n’a qu’une seule envie, en finir avec cette histoire. Le rythme imposé par Arévalo est toujours présent, et permet de rendre les rencontres entre José et ses victimes particulièrement pesantes. Cela s’exprime grâce à de longues discussions rendant l’atmosphère lourde par l’insouciance de la victime qui ne sait pas qu’une épée de Damoclès traîne au-dessus de sa tête. C’est alors à ce moment que la colère prend tout son sens avec ces éclairs de violences brutaux qui rompent avec le reste du film. Malgré ces ruptures particulièrement efficaces, la quête vengeresse de José reste des plus classiques.

La colère d’un homme patient offre donc un traitement particulier du thème de la vengeance. Se concentrant avant tout sur les personnages, le cinéaste Raúl Arévalo essaie d’offrir un réalisme des plus saisissants et cela même au travers du grain de l’image. Malheureusement son histoire assez simpliste avec des retournements un peu facile, ainsi que son rythme exigeant empêchent de rendre le film véritablement marquant. 

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La colère d’un homme patient : Bande-Annonce

La colère d’un homme patient : Fiche technique

Titre original : Tarde para la ira
Réalisation : Raúl Arévalo
Scénario : Raúl Arévalo, David Pulido
Interprétation : Antonio de la Torre ( José), Luis Callejo ( Curro), Ruth Diaz ( Ana), Manolo Solo ( Triana), Alicia Rubio (Carmen), Raúl Jiménez ( Juanjo)
Musique : Lucio Godoy
Photographie : Arnau Valls Colomer
Sociétés de production : La Canica films, Radio Telivision Espanola
Durée : 92 min.
Genre : Thriller
Date de sortie : 26 Avril 2017
Espagne– 2016

 

Sortie DVD et Blu-ray de Dragon Inside Me : Un monstre plein d’amour

Ce 9 mai, sort en DVD et Blu-ray Dragon Inside Me, un film fantastique russe adapté d’un célèbre roman local titré « The Ritual ». Une variation très héroïc-fantasy de notre mythe de La Belle et la Bête réalisée par Indar Dzhendubaev et produite par ce cher Timour Bekmambetov !

Synopsis : Dans un village portuaire médiéval, tout le monde vante le courage d’un célèbre « Tueur de dragon » qui a les sauvé quelques années auparavant. Une jeune fille est sur le point d’en épouser le descendant quand elle est enlevée par un immense dragon noir. A son réveil, elle rencontre un charmant jeune homme à qui elle ne cache pas son assurance d’être rapidement sauvée par son fier fiancé.

Le Dragon qui venait du froid

Le nom d’Indar Dzhendubaev ne devrait parler qu’aux plus courageux d’entre vous qui se sont amusés à retenir l’intégralité de l’équipe technique d’Abraham Lincoln : Chasseur de vampires, dont il a cosigné les storyboards. La précision n’est pas anodine puisque c’est Timour Bekmambetov (qui, rappelons-le, a depuis réalisé Ben-Hur et produit Hardcore Henry… mais aussi un La Reine des Neiges 2 réservé au dragon-inside-me-Matvey-Lykovmarché vidéo russe !) qui lui offre l’occasion de signer sa première réalisation. Le projet aurait pu sembler ambitieux puisqu’il s’agit d’adapter un best-seller populaire : un conte pour enfants autour d’une jolie princesse qui tombe amoureuse d’un joli garçon qui se transforme en effrayant dragon.

La malédiction de ce charmant inconnu apparait dans un premier temps comme un frein à leur relation, la jeune femme ayant été bercée par des récits épiques dans lesquels les dragons étaient tous d’impitoyables tueurs d’enfants. Ressort narratif commun à de nombreuses fables romantiques : le syndrome de Stockholm va rapprocher les deux tourtereaux jusqu’à les faire tomber dans les bras l’un de l’autre. Les enjeux sont biaisés et naïfs, mais n’oublions pas que le public-cible reste enfantin, et que le charme opère grâce à des dialogues tout en délicatesse.

Autre point positif à accorder à ce Dragon Inside Me : l’humilité de sa production-design. Alors qu’il aurait pu prendre des atours plus épiques, en particulier dans sa première partie, et multiplier des effets visuels qui piquent les yeux, il restera sobre… jusqu’à sa scène finale délicieusement outrancière. La créature numérique et les décors restent visuellement viables. Ce que l’on retient le plus est le jeu des deux jeunes acteurs principaux et, force est de constater que Matvey Lykov et Mariya Poezzhaeva parviennent à assurer une certaine sensibilité sans tomber dans le surjeu lacrymal. Deux arguments qui éloignent cet étonnant film fantastique du nanar que l’on pouvait craindre.

Sympathique moment à passer en famille, Dragon Inside Me apparait comme une alternative made in Russia aux productions Disney.

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dragon-inside-me-jacquette-DVDCaractéristiques techniques du DVD:
Langues : français et russe 5.1 Dolby Digital
Sous-titres : Français
Durée : 103 minutes
DVD 9
Format 2.35
16/9ème compatible 4/3
Couleur

Caractéristiques techniques du BD :
Langues : français et russe 5.1 DTS HD
Sous-titres : Français
Durée : 103 minutes
Blu-ray simple couche
Format 2.35
16/9ème compatible 4/3
Couleur

 Dragon Inside Me : Bande-annonce

Dragon Inside Me : Fiche technique

Titre original : On – drakon
Réalisation : Indar Dzhendubaev
Scénario : Sergey Dyachenko et Marina Dyachenko
Interprétation : Matvey Lykov (Arman), Mariya Poezzhaeva (Mia), et Pyotr Romanov (Igor)…
Production : Timur Bekmambetov
Distributeur : Condor
Durée : 103 minutes
Genre : Aventure, fantastique, romance
Date de sortie du DVD : 9 mai 2017
Russie – 2015

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Feud saison 1, une série de Ryan Murphy : critique

Feud saison 1, la nouvelle anthologie de Ryan Murphy s’est achevée ce dimanche 23 avril. Il est temps de dresser le bilan de cette première saison centrée sur la rivalité de deux grandes actrices des années 40, Joan Crawford et Bette Davis.

Synopsis : Après les années 50, les actrices Joan Crawford et Bette Davis n’arrivent plus à obtenir des rôles dignes de leur statut de star. Crawford découvre un scénario dont le potentiel pourrait lui faire retrouver sa gloire passée. Malgré leur rivalité, les deux actrices vont s’associer avec Robert Aldrich pour réaliser le film Qu’est-il arrivé à Baby Jane afin de prouver au monde entier qu’elles ont autant de talent que ces nouvelles actrices plus jeunes en train de prendre leur place…

Hommage à deux stars mythiques

feud-saison-1-affiche-posterOn ne présente plus Ryan Murphy, enchainant les succès, notamment sur FX. Après American Crime Story, qui rempile pour sa troisième anthologie, le réalisateur poursuit son ascension avec Feud, dont le thème de chaque saison sera de se consacrer à une rivalité célèbre.
Ainsi Feud saison 1, intitulé Bette and Joan, racontera la relation sous tensions de deux des plus grandes actrices de cinéma en leur temps, Joan Crawford et Bette Davis, icônes des années 40. A travers ces deux mythes, il fallait bien un casting d’excellence. Nous retrouvons donc Susan Sarandon dans le rôle de Bette Davis et, la muse de Ryan Murphy, Jessica Lange, qui collabore une nouvelle fois avec le créateur de American Horror Story en reprenant les traits de Joan Crawford.

L’intrigue est bien ficelée, retraçant tous les événements qui ont eu lieu pendant le tournage de Qu’est-il arrivé à Baby Jane, jusqu’aux mésaventures de la production du long-métrage Chut… chut, chère Charlotte. Cependant, Ryan Murphy va encore plus loin dans son analyse. En effet, il ne s’agit pas uniquement de mettre en avant les rancunes entre ces deux talents mais principalement de montrer la souffrance de Davis et Crawford, qui ont tout fait pour rester dans la lumière. Surtout à cette époque où il était difficile pour les actrices, dépassant un certain âge, de rester des vedettes hollywoodiennes. Il s’agit des pionnières à défendre l’idée qu’en dépassant la cinquantaine, elles peuvent toujours jouer des rôles convaincants et aussi puissants que de plus jeunes actrices. Aujourd’hui justement, Susan Sarandon et Jessica Lange font elles-mêmes parties des personnalités reconnues, toujours soutenues et appréciées après toutes ces années.
Elles n’ont plus rien à prouver, et réussissent à représenter ces deux actrices à la perfection. Elles reflètent les différentes facettes de Crawford et Davis sans exagération, nous permettant d’autant plus de nous émouvoir devant les difficultés qu’elles ont du subir.

feud-saison-1-jessica-lange-susan-sarandonComme dans ses précédentes séries, Murphy met les moyens dans l’écriture et la production de Feud pour en faire une anthologie crédible, vers un succès sur le long terme. La photographie et la réalisation de Ryan Murphy nous immerge complètement dans le Hollywood des années 60 et traite avec intelligence du contexte de l’époque où il était plus difficile pour les femmes de s’imposer dans l’industrie du cinéma.
On ressent, tout au long de cette première saison, l’amour qu’il montre pour ces deux femmes mythiques, mais aussi une certaine proximité avec Susan Sarandon et Jessica Lange, créant ainsi un véritable hommage.
Le meilleur épisode de la série sera probablement le dernier retraçant les instants ultimes de Joan Crawford, affaiblie et qui choisit de s’isoler des studios tandis que Bette Davis tente de se reconvertir à la télévision. Ce final assez amer montre à quel point il pouvait être futile pour ces deux actrices de se détester alors qu’elles réalisent finalement qu’elles présentent de vraies similitudes. Toutes deux incomprises, elles ont souffert de leur solitude, et aurait pu être amies comme le révèle la dernière minute.

Feud : Bette and Joan est une réussite. Peut-être moins militante que American Crime Story mais tout aussi importante avec un vrai sujet à traiter. Ryan Murphy s’est fondé un véritable empire depuis la fin de Glee à travers ses trois anthologies diffusées sur le network FX.
La saison 2, focalisée sur la relation entre le prince Charles et sa première épouse Diana Spencer, est prévue pour 2018.

La première saison de Feud a réuni, en moyenne, 1,3 millions de téléspectateurs avec un taux de 0,34 chez les 18/49 ans.

Feud saison 1 : Bande-annonce

Feud saison 1 : Fiche Technique

Créateurs : Ryan Murphy, Jaffe Cohen, Michael Zam
Réalisateurs : Ryan Murphy, Gwyneth Horder-Payton, Helen Hunt, Liza Johnson, Tim Minear
Interprétation : Jessica Lange (Joan Crawford), Susan Sarandon (Bette Davis), Judy Davis (Hedda Hopper), Jackie Hoffman (Mamacita), Alfred Molina (Robert Aldrich), Stanley Tucci (Jack Warner), Alison Wright (Pauline Jameson)
Direction artistique : Jamie Walker McCall
Décors : Florencia Martin
Costumes : Lou Eyrich
Musique : Mac Quayle
Producteurs : Ryan Murphy, Tim Minear, Dede Gardner
Format : 8 épisodes de 50 minutes
Diffusion : FX
Genres : dramatique, anthologie

États-Unis – 2017

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Après la tempête, un film de Hirokazu Kore-Eda : Critique

Continuant de creuser le sillon de son cinéma attaché aux dynamiques familiales et à leurs dysfonctionnements, Hirokazu Kore-Eda livre avec son dernier film, Après la Tempête, une œuvre mineure et convenue.

Synopsis : Malgré un début de carrière d’écrivain prometteur, Ryota accumule les désillusions. Divorcé de Kyoko, il gaspille le peu d’argent que lui rapporte son travail de détective privé en jouant aux courses, jusqu’à ne plus pouvoir payer la pension alimentaire de son fils de 11 ans, Shingo. A présent, Ryota tente de regagner la confiance des siens et de se faire une place dans la vie de son fils. Cela semble bien mal parti jusqu’au jour où un typhon contraint toute la famille à passer une nuit ensemble…

Tel père, tel fils

Le destin d’un film est d’une fragilité inouïe. Le dernier film du japonais Hirokazu Kore-Eda, Après la Tempête, ne déroge pas à ce constat. L’opus est sorti dans le proche sillage de deux autres films très similaires, soit servis par les mêmes acteurs, soit centrés sur la même thématique de la perte et des liens familiaux complexes : d’abord, Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase, un film naturaliste interprété magistralement par la grande Kirin Kiki, présente également dans Après la tempête,  puis Harmonium de Kôji Fukada, un faux thriller et vrai drame familial qui n’est vraiment pas sans rappeler l’univers de Kore-Eda, et dont certains acteurs sont également présents dans son film. Cette proximité peut brouiller la lecture de ce nouvel opus, d’où cette évocation d’une certaine fragilité

apres-la-tempete-hirokazu-koreeda-film-critique-hiroshi-abe-kirin-kikiVoilà donc un film, pas tellement différent de ce que son auteur a déjà réalisé, dans sa manière de raconter une histoire familiale très simple, sur la base d’un scénario plutôt ténu, une histoire faite de quotidiens d’où l’écueil et le dysfonctionnement dépassent à peine. Peut-être qu’à la différence des précédents, le cinéaste a davantage encore désossé son dispositif, et l’enfant, qui est souvent le fil conducteur du récit dans ses films, n’est pas le personnage central ici. Ce parti pris de la figure enfantine apportait d’emblée un capital émotionnel substantiel à chacun de ses films.

Ici, la question de la transmission reste très présente, mais l’enfant n’est pas un enfant; c’est un adulte, grand à tous les sens du terme. Ryota, interprété par Hiroshi Abe, celui-là même de Still Walking, l’un des précédents films de Kore-Eda qui en serait le plus proche, l’un des plus remarquables aussi, vient à la fois de perdre son père et d’être quitté par sa femme Kyôko (Yoko Maki, déjà aperçue dans Tel père, tel fils). Récipiendaire quinze ans auparavant d’un vague prix littéraire dont personne ne se rappelle jamais du nom, tant il fut insignifiant, il vivote depuis, incapable d’écrire à nouveau, rongé par l’addiction au jeu, et dont le poste de détective privé lui sert essentiellement à espionner son ex-femme et son sémillant nouveau boyfriend, ainsi que Shingo (Taiyo Yoshizawa), son propre fils. apres-la-tempete-hirokazu-koreeda-film-critique-hiroshi-abe-taiyo-yoshizawaRyota est comme écrasé par sa propre inertie, inapte à la société, reproduisant en cela son propre père, joueur lui aussi, obligé de mettre au clou le peu de biens qu’il possède, et incapable d’extirper sa famille et ses enfants du HLM où il aura vécu jusqu’à son décès (et où Kore-Eda lui-même a également vécu pendant de longues années).

Un film dans la veine de tous les autres donc, et pourtant, le cinéaste peine à le faire vivre. Après la Tempête manque singulièrement de dynamisme, et la mise en scène peu inspirée achève de le rendre peu passionnant. Les incursions dans la vie sociale de Ryota (l’addiction aux courses, le boulot de détective de troisième zone) ne font que diluer encore le récit, plutôt que le renforcer. Évoquant pourtant toujours le cinéma d’Ozu dans cette capacité à faire émerger les mini-drames du quotidien, dans cette part belle laissée au personnage pour respirer, Kore-Eda a du mal cette fois-ci à convaincre. Le personnage de Ryota lui-même n’amène aucune empathie, sans doute par excès de caricature.  Celui de la sœur aînée, une femme sans complaisance vis-à-vis de son frère, pas davantage. L’ex-femme, jolie et résignée manque singulièrement d’étoffe. Et surtout le personnage de Yoshiko, la mère, pourtant la lumière et l’esprit de ce film un peu atone, non seulement est archétypal, mais Kirin Kiki, sans rien enlever à son talent, semble être en pilotage automatique pour un rôle maintes fois joué par elle, notamment dans Still Walking où elle jouait déjà le rôle de la mère de Hiroshi Abe, et également dans le récent Délices de Tokyo. Du coup, on a la fâcheuse impression d’une redite, empêchant d’apprécier pleinement les subtilités de ce personnage d’une mère aimante mais qui n’en pense pas moins. 

apres-la-tempete-hirokazu-koreeda-film-critique-hiroshi-abe-yoko-makiAlors que la presse unanime vante Après la tempête comme étant un des meilleurs films du cinéaste, sans doute par opposition aux précédents qui peuvent paraître un peu trop sirupeux à son goût, sans doute aussi par la thématique du déterminisme familial qu’il développe ici ; force est de constater qu’on s’ennuie vaguement dans ce film très convenu, trop low-key, et qui n’apporte aucune surprise. Ajoutez à cela un visionnage rapproché du Voyage à Tokyo de Yasujiro Ozu, et on se prend à espérer que notre chouchou Hirokazu Kore-Eda reparte d’un bon pied pour nous émouvoir à nouveau, même si c’est au prix de quelques kilos de sucreries doucereuses…

Après la tempête : Bande annonce

Après la tempête : Fiche technique

Titre original : Umi yori mo mada fukaku
Réalisation : Hirokazu Kore-Eda
Scénario : Hirokazu Kore-Eda
Interprétation : Hiroshi Abe (Shinoda Ryôta), Kirin Kiki (Shinoda Yoshiko), Yôko Maki (Shiraishi Kyôko), Satomi Kobayashi (Shinoda Chinatsu), Taiyô Yoshizawa (Shiraishi Shingo)
Musique : Hanaregumi
Photographie : Yutaka Yamazaki
Montage : Hirokazu Kore-Eda
Producteurs : Kaoru Matsuzaki, Hijiri Taguchi, Yose Akihiko, Producteurs délégués : Kuwata Yasushi, Nakae Yasuhito, Matsushita Tsuyoshi
Maisons de production : ProductionFuji Television Network, Production Bandai Visual Co. Ltd. , ProductionAoi Pro Inc
Distribution (France) : Le Pacte
Durée : 117 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 26 Avril 2017
Japon – 2017

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Séries Mania 2017 : Nos séries préférées, coups de cœur et curiosités

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Après dix jours de visionnage intensif, voici un choix de séries à découvrir, parmi la foisonnante sélection proposée par la huitième saison du festival parisien Séries Mania, « Clique », « American Gods », « I love Dick »…

Présidé par Damon Lindelof (The Leftovers, Lost), le festival Séries Mania, s’est clôturé le 23 avril 2017 avec la remise des prix. Un festival dense avec 22 pays présentés, des tables rondes, des avant-premières mondiales, et pour la première fois en compétition des webséries. Plus de cinquante séries de tous genres, du drame, des comédies drôles, ou émouvantes, du polar Belge à la Seven, de nouvelles séries nordiques Monster, Bellow the Surface, un conte avec la mini-série Française Aurore réalisée par Laetitia Masson avec Élodie Bouchez, Lolita Chammah et un western contemporain avec Fatale-Station – tous deux diffusés sur Arte cet automne – de la science fiction avec Missions, un thriller judiciaire Apple Tree Yard adapté du roman de Louise Doughty avec Emily Watson et Ben Chaplin, de l’anticipation avec Better Than Us d’Alexander Kessel, un récit dystopique russe dans la lignée des séries comme Westworld ou encore Real Humans Dans un festival embrassant une grande variété d’œuvre de tous horizons, notre sélection non exhaustive s’est portée sur les douze premières saisons des séries qui nous ont marquées ou intriguées et les premiers épisodes des deux séries immanquables Sense8 et The Leftovers.

Nos Coups de cœur

American Gods

« La nouvelle série signée Bryan Fuller, avec Michael Green ici, est un nouveau voyage dans les ténèbres de notre monde, et de notre humanité. Chair, sang, dieux assoiffés de pouvoir et humour noir sont au rendez-vous dans un formidable show maîtrisé et mystérieux. » – Benjamin

Sur Amazon Prime France le 1er mai.

Big Little Lies

« Après les jeunes femmes de la classe moyenne new-yorkaise dans Girls, ce sont les nouvelles riches de Monterey dans Big Little Lies qui démontent l’image de la femme parfaite. La série dépeint des portraits de femmes, faillibles et complexes, qui se libèrent de cette écrasante pression sociale dont elles sont victimes depuis toujours. Accompagnée d’un casting quatre étoiles, David E. Kelley signe une série jouissive et libératrice. » – Perrine

La minisérie d’HBO est diffusée depuis le lundi 20 février sur OCS.

4 Blocks

« Entre Pusher (Refn) et The Sopranos, 4 Blocks, avec sa mise en scène dynamique et nerveuse, nous plonge dans le côté sombre et brutal de Berlin. Un thriller réaliste et sous tension, porté par un casting impeccable. »  – Perrine

4 Blocks sera diffusée en mai en Allemagne.

I Love Dick

« Dear Dick… C’est ainsi que démarre la nouvelle série signée Jill Holoway. Une pépite qui nous fait suivre une jeune quarantenaire paumée nommée Chris, alors passionnée par un certain artiste nommé Dick, pourtant loin d’être un prince charmant. La créatrice de Transparent livre un portrait hilarant et émouvant, à la forme rafraichissante et audacieuse. Porté par un casting formidable – de Kathryn Hahn à Kevin Bacon -, I Love Dick est un show qui va marquer les esprits, et peut-être l’univers des séries. » – Benjamin

https://www.youtube.com/watch?v=N7m8Xu2iwOk

Sur Amazon, à partir du 12 mai.

Fleabag

« Le Journal de Bridget Jones sans pommade romantique, et endeuillé. Qu’est-ce que cela donne ? Fleabag bien sûr, chronique hilarante d’une jeune londonienne instable émotionnellement et professionnellement, mais sexuellement très active. Attention, cette série fait mal aux machos. Un show à ne surtout pas rater. » – Benjamin

Fleabag, saison 1, sur Amazon Prime.

Atlanta

« Atlanta est un portrait honnête et sans filtre de l’Amérique urbaine contemporaine. La série dépeint avec humour et cynisme la communauté afro-américaine dans un pays où le racisme et la violence sont encore bien trop présents. Donald Glover, le créateur de la série, jongle avec brio entre rire et malaise, nous inventant à réfléchir sur les absurdités qu’on observe au quotidien. » – Perrine

https://youtu.be/MpEdJ-mmTlY

La série sera diffusée à partir du 5 mai en France sur le bouquet OCS. 

When We Rise

« When We Rise suit la grande et belle quête de libertés et de reconnaissances de la communauté LGBT aux États-Unis. Des années 70 à aujourd’hui, la série vous fait suivre plusieurs parcours d’hommes, de femmes, de transgenres, luttant pour leurs droits. Une fresque humaniste, qui met en scène leur combat et présente, dans sa grandeur, leurs joies et souffrances ; mais parfois de façon très maladroite : on pense à la musique co-composée par Danny Elfman rappelant certains sons de Cinquante nuances de Gray par exemple. Une belle surprise. » – Benjamin

La mini série ABC en sept épisodes sur l’histoire de la lutte pour la reconnaissance des droits LGBT sera retransmise en France du 1er au 4 mars à 22h15 sur Canal + Séries.

Clique 

« Avec son ambiance électrisante façon Neon Demon, la série nous fait entrer dans la clique de filles cool et mystérieuses que toutes les jeunes femmes rêvent d’intégrer. Entre drame et teenage série, Clique parvient à nous captiver en réussissant à capter la complexité de l’amitié féminine. » – Perrine

https://www.youtube.com/watch?v=Yd2fyrPc6gE

Sur BBC Three, pour l’instant inédite en France.

Suite de l’article avec les séries qui nous ont titillées, intriguées et les immanquables …

Sortie DVD & BLU-RAY de Beauté Cachée : une ode à la vie

Ce mercredi 26  avril est sortie en DVD et BLU-RAY Beauté Cachée, le nouveau drame poignant signé David Frankel. Ce film choral met à l’honneur un Will Smith accablé suite à un événement tragique. Une œuvre qui explore avec émotions, la sombre thématique du deuil.

Synopsis : Alors qu’Howard Inlet (Will Smith), un publicitaire new-yorkais à la réussite exemplaire, peine à faire face à la mort de sa fille et sombre dans une profonde dépression, ses amis imaginent un stratagème de grande ampleur pour lui redonner goût à la vie avant qu’il ne soit trop tard. Ce drame inspirant explore comment même les pertes les plus tragiques peuvent révéler des instants de beauté cachée, et comment l’amour, le temps et la mort s’imbriquent au cours d’une vie pleinement vécue.

De la Mort à la Vie

Il y a de la beauté dans toute chose, même la plus horrible.

beaute-cachee-david-frankel-will-smithÀ la Recherche du Bonheur, Sept Vies ou encore Seul Contre Tous, ces films ont un point en commun : l’incroyable performance d’un acteur, désormais maître de la comédie dramatique. Beauté Cachée, le dernier rôle de Will Smith, en fait désormais partie.

Comment se reconstruire lorsque nous avons tout perdu ? Comment reprendre goût à la vie ? Comment pardonner ? Ces trois problématiques sont nées d’une seule et même thématique, celle du deuil. Détrompez-vous, Beauté Cachée n’est pas un drame larmoyant ressassant la souffrance sociale, au contraire, il est bien plus profond que cela. C’est un message plein d’espoir. En décidant de centrer son intrigue sur le désespoir d’un homme, le challenge de David Frankel semblait perdu d’avance : ce film allait sombrer dans le pathos. Et pourtant ! Dès les premières minutes, le scénario se dessine et promet 1h30 de beauté morale. Le générique, centré sur les dominos annonce de suite la couleur : Beauté Cachée est un drame emplie de métaphores. Cette thématique, bien que surprenante, a une double connotation. Loin du sens où nous l’entendons aujourd’hui, c’est une allusion métaphorique révélant que chaque personnage a une incidence sur les autres et leur histoire. Tout destin est, ainsi, lié.

Mais Beauté Cachée, c’est aussi l’émotion, à sa juste valeur.beaute-cachee-helen-mirren-keira-knightley-jacob-latimore C’est la preuve qu’avec de simples choses du quotidien, une vie peut retrouver son sens, sa voie. L’Amour, le Temps et la Mort sont les trois principales thématiques de ce drame. En se retrouvant personnifiées, elles révèlent une à une leurs failles, mais également leur force. Chaque personnification entretien un rôle strictement défini, et dans lequel le dialogue occupe une place centrale. Les mots ont, dans ce film, bien plus d’importance que les actes.

En centrant son discours autour de la mort, Beauté Cachée délivre un message subliminal : il révèle que, quelque soit la tournure que prend notre vie, elle finit par toujours avoir un sens.

Beauté Cachée : Bande Annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DU DVD

Titre original: Collateral Beauty
Date de sortie: 26 avril 2017 (en DVD)
Durée : 1h36
Musique: Theodore Shapiro
Costumes: Leah Katznelson
Montage: Andrew Marcus
Décor : Kara Zeigon
Directeur de la photographie: Scott Dougan
Produit par: Anthony Bregman, Bard Dorros, Kevin Scott Frakes, Allan Loeb, Michael Sugar
Production: Warner Bros.
Sortie : 21 décembre 2016

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BONUS

  •  UNE FABLE MODERNE : Découvrir Beauté Cachée
  •  L’équipe du film révèle comment Beauté Cachée a changé leur vision de la vie.

Prix de vente conseillé en DVD : 14.99€

Prix de vente conseillé en coffret BLU-RAY : 19.99€

 

XX : L’horreur 100 % girl power !

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Les amateurs de films d’horreur à sketches risquent bien de se laisser séduire par XX. Ce long-métrage est le fruit du travail conjoint de cinq réalisatrices talentueuses à Hollywood.

Les Américains ont pu célébrer la semaine de la Saint-Valentin cette année avec une séance assez terrifiante ! XX a conquis le marché U.S. avec une sortie limitée en salles le 17 février dernier. Le long-métrage, découpé en quatre segments, était disponible le même jour à la demande sur les plateformes d’Amazon ou d’Apple. XX a également bénéficié d’une projection au Festival de Sundance. Les fans d’horreur, dépités par V/H/S ou The ABC’s of Death mais qui attendent avec impatience le grand retour des Contes de la crypte et qui ont été marqués par le cultissime Creepshow, pourraient donc bien patienter sagement et profiter avec bonheur de la sortie française de XX. Une commercialisation directement en vidéo risque d’être programmée dans le courant de l’année 2017 dans l’Hexagone.   

Ce film est composé de quatre histoires horrifiques, toutes réalisées par des femmes. Les réalisatrices ont bénéficié de beaucoup de liberté pour ce projet. Les quatre différents sketchs d’une vingtaine de minutes ont tous été écrits par des femmes, confiés à des réalisatrices et proposent un rôle principal féminin. Ce signal fort envoyé par l’équipe du film XX est à saluer. Après les polémiques sur le manque de diversité, la faible parité et le manque de reconnaissance envers les réalisatrices à Hollywood lors des récentes cérémonies des Oscars, ce film de genre pourrait donc s’avérer comme un projet féministe prometteur qui tente de saluer et de rendre hommage au talent des femmes dans l’industrie cinématographique. D’ailleurs, d’autres cinéastes comme Jennifer Lynch (Surveillance), Mary Harron (American Psycho), les sœurs Wachowski ou bien encore Antonia Bird (à qui le film est dédié suite à sa disparition en 2013) ont bien failli participer à ce projet d’après des sources proches de la production. La multiplication de projets de ce type pourrait peu à peu changer la donne et faire bouger les lignes à Hollywood. De plus en plus de vocations pourraient ainsi émerger grâce à des projets comme XX. Le faible taux de nominations de femmes pour l’Oscar du meilleur réalisateur et de la meilleure réalisatrice est vivement critiqué et dénoncé par de nombreuses actrices engagées.

Jovanka Vuckovic, productrice et réalisatrice sur XX, s’est récemment confiée à la rédaction de L’Ecran Fantastique sur les motivations de ce projet fascinant avec Todd Brown, producteur pour XYZ Films :

J’ai eu l’idée en même temps que Todd Brown d’essayer de parvenir à offrir la chance à des femmes de faire quelque chose de bien, plutôt que de me contenter de me lamenter face au fait qu’on ne propose pas de postes à des femmes. Nous en avons donc créé, et les avons offerts à des réalisatrices. Même au sein des divers sketches, nous avons incité les réalisatrices à s’entourer autant que possible de techniciennes. Et j’en suis fière. Les femmes n’ont pas les mêmes possibilités que les hommes dans le monde du cinéma… Tout est parti de ce constat.

Les cinéastes Roxanne Benjamin (Southbound), Annie Clark (la pop star surnommée St. Vincent), Karyn Kusama (Girlfight, The Invitation, Jennifer’s Body) et Jovanka Vuckovic (The Captured Bird) ont travaillé sur cette œuvre singulière. Les quatre histoires sont reliées par une séquence animée en stop motion confiée à la réalisatrice Sofia Carrillo. Ce film de genre, segmenté en quatre sketches horrifiques, va bénéficier d’une sortie en Blu-Ray sur le sol américain le 23 mai prochain selon des informations de Bloody Disgusting.

XX – bande-annonce et présentation du film par les réalisatrices :

One Kiss, un film d’Ivan Controneo : critique

Entre le bouleversant Le monde de Charlie et le poignant Elephant, One Kiss relate une histoire bien trop proche de la réalité pour n’être qu’une fiction. Et pourtant, ce film bénéficie d’une certaine fantaisie à tous les niveaux. Ivon Cotroneo ferait-il du néoréalisme « contemporain » avec son nouveau récit ?

Synopsis : Blu, Antonio, et Lorenzo sont trois adolescents doté d’une singularité qui les éloigne de la population générale de leur lycée. Libérés, renfermés, et extravertis, ces trois jeunes italiens vont s’unir autour d’une amitié peu commune pour affronter les moqueries et l’intolérance de leurs camarades et de certains professeurs. Jusqu’au jours où les sentiments et les envies personnels viennent tout compliquer…

Ivon Cotroneo n’en est pas a sa première tentative de réalisation mais pourtant, il serait plus juste de le considérer en tant qu’écrivain dans un premier lieu. Il a publié plus de 5 romans depuis 1999 notamment Un bacio, l’œuvre sur laquelle est basé One Kiss. Comme Stephen Chbosky, l’auteur et réalisateur de The Perks of Being a Wallflower (Le Monde de Charlie), Cotroneo porte son projet d’un art à un autre en faisant honneur à son propos et sa manière de raconter ses protagonistes.

Blu est vue comme une paria de la société car elle vit ouvertement sa sexualité et n’a pas peur de faire face à ses assaillants. Si elle se fait violemment lynchée en public, les autorités ne semblent pas très alertées, ni même les parents qui sont très absents de sa vie quotidienne. Antonio, jeune homme affligé d’un grand manque de confiance en lui, qui lutte par ses propres moyens pour pouvoir exister dans l’ombre de ses parents surprotecteurs, ne semble pas pouvoir affronter ses tourments de la même manière que la combative Blu.

Le lien qui vient unir ses deux âmes perdues n’est autre que Lorenzo, l’éternel optimiste qui refuse d’abdiquer face aux cruelles insultes de ses camarades de classe face à son homosexualité. Il tempère la volcanique Blu et éveille Antonio, et à trois ils représentent une jeunesse actuelle, trop expérimentée pour être enfantine mais pas assez mature pour tout comprendre toute seule.

Le réalisateur n’hésite pas à nous montrer l’entièreté des éléments sollicités pour raconter cette histoire réaliste. Sa réalisation reste assez claire et n’est pas engagée dans un parti pris quelconque. Si le thème est d’actualité et que la bande son et les fantaisies habitent le film, les paysages et les décors restent très organiques et froids. On est dans une ville ouvrière de l’Italie populaire et les habitants y apparaissent sans filtre ou effets de style incongrus. On y retrouve cette volonté du temps du néoréalisme des années 50 où il fallait montrer pour dénoncer et assumer pour convaincre.

Ce qui éloigne ce film de ce genre, respecté mais longtemps perdu, serait ces moments « clip vidéo » où Lorenzo s’invente une réalité pour mieux vivre la violence de son quotidien. Dans ses moments là, Cotroneo nous laisse apercevoir une autre facette de son récit où il nous convainc qu’il ne suffit que d’un simple geste fait différemment ou d’une écoute bien placée pour éviter un moment de souffrance inutile. Si cela s’approche plus d’un genre fantaisiste, il serait tout de même bon d’envisager une volonté du réalisateur de dépeindre un réalisme alternatif où il montre pour dénoncer et assume pour convaincre.

En conclusion, One Kiss n’est pas aussi onirique et lumineux que Le monde de Charlie et il n’est pas aussi pessimiste et symbolique qu’Elephant. Cependant One Kiss s’inspire de ses prédécesseurs pour se faire une place dans ce qui serait le top 10 des meilleurs « coming of age movies » internationaux ( films d’apprentissages ). Des œuvres importantes pour une génération qui grandit trop vite et avec un milieu très peu sécurisant.

One Kiss : bande annonce

One Kiss : Fiche technique

Réalisation : Ivan Controneo
Scénario : Ivan Controneo, Monica Rametta
Interprétation : Rimau Grillo, Ritzberger, Valentina Romani, Leonardo Pazzagli
Photographie : Luca Bigazzi
Montage : Ilaria Fraioli
Musique : Mika, Stag
Producteurs : Francesca Cima
Société de production : Indigo Film, Titanus, Lucky Red, Rai Cinema, Friuli Venezia Giulia Film Commission
Distribution : TLA Releasing ( France ), Lucky Red ( Italy )
Genre : comédie dramatique
Durée : 101 minutes
Date de sortie : 26 avril 2017

Italy – 2016

Auteur : Pascal J-H.C Topige

Django, un film d’Etienne Comar : Critique

Le titre laissait présager un biopic hagiographique de Django Reinhardt. Il n’en est rien. Le premier film d’Etienne Colmar nous raconte un épisode peu connu de la vie du célèbre guitariste tzigane en pleine seconde guerre mondiale.

Synopsis : Paris, 1943. Django Reinhardt est au sommet de sa gloire. Les occupants allemands lui proposent alors de faire un concert évènement à Berlin. Ne désirant pas s’acoquiner avec ceux qui massacrent son peuple, il demande à une de ses anciennes maitresses de le faire fuir en Suisse. Leur escapade s’arrête à la frontière où il n’a d’autre choix que de se cacher dans un camp tzigane dans la crainte d’être repéré par les nazis.

Une mélodie bien mal accordée

django-reda-kateb-a-la-guitareDjango commence comme il finit : par des prestations musicales d’une qualité irréprochable. Entre ces deux bornes, on retiendra tout particulièrement deux scènes de concert, deux passages obligés : la première servant à introduire le personnage principal, la seconde, près d’une heure et demi plus tard, en guise de climax. On est donc loin d’une comédie musicale qui donnerait envie de se lever pour danser dans la salle. L’ambiance est à l’inverse plutôt maussade puisqu’il apparait rapidement (dès la scène d’ouverture en fait) que le véritable sujet du film n’est pas le jazz manouche qui a rendu Django Reinhardt célèbre dans le monde entier, mais plutôt le génocide qu’a subi la communauté tzigane pendant l’Occupation. De quoi interroger sur le bien-fondé de consacrer un film à un musicien pour effectuer un tel devoir de mémoire.

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Bien qu’il s’agisse de sa première réalisation, Etienne Comar n’est pas un inconnu dans le milieu. Il a commencé sa carrière en tant que producteur au début des années 2000, avant de signer les scénarios de notamment, deux films qui connurent un certain succès : Des hommes et des dieux en 2010 et Mon Roi en 2015. A-t-il tenu à réaliser personnellement Django ou l’a-t-il fait par défaut ? La question reste en suspens, mais toujours est-il que le manque flagrant de fulgurance de sa mise en scène éloigne le résultat final de ce qu’aurait pu en faire des cinéaste de la trempe de, pour reprendre les exemples susnommés, Maïwenn ou Xavier Beauvois (par ailleurs présent dans le film, comme quoi le copinage a la dent dure). Son dispositif scénaristique est un avatar évident de Le Pianiste, consistant à voir les exactions nazies par les yeux d’un musicien qui n’est sauvé de l’Holocauste que par sa musique. Du coup, le fruit du manque de suspense qui émane de ce récit et de django-reda-kateb-dans-la-neigecette réalisation est que le seul et unique enjeu est la fuite en avant de Django Reinhardt. Or, puisque quiconque connait un minimum l’artiste sait qu’il a survécu à la guerre, le parti-pris de concentrer le scénario sur lui devient parfaitement futile.

Au-delà du jeu incarné de Reda Kateb, le premier film d’Etienne Comar n’a pas grand-chose à offrir. Il ne faut surtout pas compter sur lui pour rendre compte de ce que Django Reinhardt a su apporter à son art. A défaut d’un biopic musical, le résultat s’apparente davantage à une fresque historique convenue et inaboutie.

De ce parcours à la finalité connue d’avance et dont la réalisation plate peine à dégager la moindre émotion, on se plait toutefois à observer ce guitariste de légende. Cet intérêt on le doit évidemment à l’interprétation de Reda Kateb. Celui que l’on a découvert dans la peau de Jordi le Gitan dans Un Prophète, livre là une prestation remarquable, jouant au diapason sur les contradictions d’un homme lunatique et passionné. Et pourtant, ces tourments psychologiques, dont on ressent que l’acteur les a intégrés, seront constamment étouffés sous le poids d’une mise en scène désincarnée et démonstrative (quand il est triste, couleurs froides ; quand il est content, couleurs chaudes… c’est réglé !). Sa justesse de jeu ne se mesure finalement qu’à la sensibilité, par défaut très intériorisé, de la transformation qu’effectue son personnage au cours de cette année 1943, passant de l’état de star antisociale à celui de porte-étendard de son peuple. Une métamorphose que le scénario voudrait, encore une fois, mettre au profit d’un grand discours universaliste et larmoyant digne d’un film aussi putassier que La Rafle.

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django-cecile-de-franceA ces côtés, la belle Cécile de France est dans le registre qui est le sien, à savoir un mélange de charme solaire et de froideur altière. Le problème est, là encore, à reprocher à l’écriture : son personnage fictif est une pure facilité de scénario, utilisée dans un premier temps pour ouvrir les yeux à Django (et au public) que les tziganes souffrent, puis servant de deus ex machina chaque fois qu’il en a besoin. Cet artifice qui se voudrait romanesque empêche de plus à d’autres personnages d’exister. C’est notamment le cas des deux autres femmes de Django, à savoir sa femme et sa mère, dont le sort a si peu d’impact dramatique que cela en devient indécent. Etienne Comar semble n’avoir en tête que sa volonté de nous amener à cette scène de fin, certes musicalement brillante, mais qui n’est en fait qu’une odieuse prise d’otage émotionnelle. Il faut savoir que clore sur un hommage aux victimes inévitablement tire-larmes ne fait pas un bon film, c’est même plus souvent un constat d’échec.

Le génie musical du « king of swing », les tourments d’une communauté oppressée, la création artistique, la résistance… Django voudrait exploiter de nombreux sujets mais n’en traite finalement aucun. Son scénario et sa réalisation sont loin d’être aussi inspirés que les partitions de Django Reinhardt, et le film s’effondre littéralement sous sa propre ambition. On reste dans l’attente d’un film qui sache rendre un meilleur hommage à cette légende du jazz.

Django : Bande annonce

Django : Fiche technique

Réalisation : Etienne Comar
Scénario : Etienne Comar et Alexis Salatko d’après son roman « Folles de Django »
Interprétation : Reda Kateb (Django Reinhardt), Cécile de France (Louise de Klerk), Beata Palya (Naguine Reinhardt), Bimbam Merstein (Négros Reinhardt), Patrick Mille (Charles Delaunay)…
Image : Christophe Beaucarne
Montage : Monica Coleman
Décors : Olivier Radot
Costumes : Pascaline Chavanne
Productions : Olivier Delbosc, Marc Missonnier, Roamin Le Grand, Étienne Comar…
Sociétés de production : Arches Films, Curiosa Films, Moana Films, Pathé, France 2 Cinéma
Distribution : Pathé
Durée : 115 minutes
Genre : Biopic, drame historique
Date de sortie : 26 avril 2017
France – 2017