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Lorsque Steven Spielberg réalisa un épisode de « Columbo »

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Réalisateur connu de tous aujourd’hui pour ses succès tant critiques que publics depuis plus de trente ans, Steven Spielberg a indubitablement influencé le monde du cinéma contemporain. Mais avant de débuter une carrière de réalisateur au cinéma, le cinéaste a fait ses premiers pas à la télévision.

En 1969, Steven Spielberg n’est âgé que de 23 ans mais c’est un jeune homme plein d’ambitions. Ayant déjà réalisé un court métrage du nom de Amblin en 1968 qui lui permettra d’obtenir un contrat avec Universal Studios. Il ne souhaite alors qu’une chose ; réaliser des longs métrages pour le cinéma. Malheureusement, il se rend assez vite compte que son ambition est rattrapée par son jeune âge et que pour pouvoir atteindre son objectif il va devoir faire ses preuves. Pour cela il va d’abord passer par la télévision en réalisant un segment de Night Gallery ou encore un épisode de The Name of The Game.

Ainsi, en 1971, on propose à Steven Spielberg de réaliser le premier épisode d’une future série culte : Columbo. Intitulé « Le Livre Témoin » (Murder by the Book), l’épisode d’une durée de 1h16min est écrit par Steven Bochco.

« Je voulais que l’épisode ressemble à un film d’un million de dollars. »

Steven Spielberg

L’histoire est celle de deux amis et écrivains, James Ferris et Ken Franklin, auteurs d’une série de romans policiers à grand succès. Mais, après des années de collaboration fructueuse, James Ferris décide de se séparer de Ken Franklin et d’écrire désormais seul. Ce que ce dernier n’accepte pas. Pour se venger, il décide de mettre en scène le meurtre de son ami.

Toutes les bases de la série sont ici déjà présentes, qu’il s’agisse de la structure narrative, du meurtrier faisant partie de la haute société ou encore de la caractérisation et de la tenue de l’inspecteur Columbo. Mais si cela est vrai pour la série, cela est aussi vrai pour Steven Spielberg. En effet, on retrouve durant cet épisode de nombreuses spécificités qui font son cinéma.

Pour montrer cela, intéressons nous à l’introduction de l’épisode et à la manière qu’à Steven Spielberg de la mettre en scène.

Dès le premier plan de l’épisode, on retrouve l’une des marques de fabrique du réalisateur : un plan long composé en plusieurs parties. Ici, ce plan est partagé en deux parties. Une première nous présente une voiture se dirigeant vers le bas du cadre. Puis au travers d’un dézoom et d’un travelling arrière une seconde partie nous montre un personnage en train de taper à une machine à écrire.

Steven-Spielberg-Columbo-Plan-1

Arrive ensuite le second plan, à nouveau divisé en deux parties, la première sur la couverture d’un magazine nous fait comprendre que la personne tapant à la machine à écrire est un écrivain à succès qui fait équipe avec un autre écrivain. Ce qui est par ailleurs accentué par la seconde partie du plan, un dézoom de la couverture du magazine vers le visage du personnage en gros plan pour amplifier le sens et souligner définitivement au spectateur qu’il s’agit de la même personne.

Steven-Spielberg-Columbo-Plan-2

Ensuite, avec un gros plan sur ce qui est tapé à la machine à écrire, quelques plans sur la voiture se garant en bas de l’immeuble, un plan sur une arme à feu qui est sortie d’une boite à gants et un plan sur un homme sortant de la voiture qui n’est autre que le collègue de l’écrivain, le jeune cinéaste met en route tous les rouages de l’action. Un écrivain qui travaille habituellement en duo écrit actuellement seul ce qui provoque la jalousie de son partenaire qui va tenter de le tuer.

Ainsi, en quelques plans, sans aucune parole, Steven Spielberg met ici en place les relations entre les personnages et tous les enjeux dramatiques de la scène d’introduction et même de l’épisode. Il va encore plus loin, en proposant une esthétique peu courante à l’époque à la télévision.

Premièrement, dans la continuité des deux pilotes de la série qui ont été diffusés en 1968 et en 1971, il ne tourne pas en studio mais en décors réels et même en extérieurs.

Secondement, il tourne des plans assez complexes qui demandent du temps de préparation et va même jusqu’à faire des plans larges, ce qui à l’époque est proscrit. Effectivement, comme les téléviseurs étaient assez petits, les réalisateurs de télévision privilégiaient les gros plans pour faciliter la visibilité et la compréhension de l’action. Mais ici, Steven Spielberg reprend les codes du cinéma et n’utilise les gros plans que pour souligner un élément dramatique important. C’est par exemple le cas quelques plans plus tard, lorsque l’on frappe à la porte de l’écrivain et que le réalisateur fait un gros plan sur le visage de celui-ci.

Ce qui permet également d’amener un autre élément, celui de la musique et du travail sur le son. Car depuis le début de l’épisode, il n’y a aucun son environnant ni aucune musique. Tout ce qui peut être entendu par le spectateur est le bruit accentué que fait l’écrivain en tapant sur la machine à écrire. Spielberg met le spectateur à la place de l’écrivain, concentré, détaché de son environnement et focalisé sur son travail. Mais ce bruit s’arrête lorsque l’on frappe à la porte et qu’on a le gros plan sur le visage de l’auteur. Par conséquent, ce cumul des effets de mise en scène de la part de Steven Spielberg, du gros plan et du son permet d’accroître pour le personnage et pour le spectateur l’impact émotionnel lorsque l’on frappe à la porte.

Steven-Spielberg-Columbo-Gros-Plan

Par la suite, Steven Spielberg, comme Steven Bochco, le scénariste de l’épisode, s’amusent avec les codes du genre en les détournant. Il y a par exemple deux aperçus de cela durant la scène d’introduction.

Le premier lorsque l’écrivain ouvre la porte et découvre son ami qui le vise avec une arme à feu. En jouant intelligemment avec un changement de mise au point durant le plan pour qu’après avoir découvert le visage de Ken Franklin seule l’arme à feu soit visible en gros plan, le cinéaste fait en sorte que le spectateur, avec les références et les antécédents qu’il possède, s’attende à ce qu’un coup de feu soit tiré. Mais cela est désamorcé par le contre champ sur le personnage de l’auteur souriant et annonçant à son ami que son arme n’est pas chargée.

Le second aperçu de ce détournement a lieu lorsqu’après avoir convaincu l’auteur de venir avec lui en week-end dans sa maison de campagne et l’avoir amené jusqu’à sa voiture sur le parking, Ken Franklin, fait mine d’avoir oublié son briquet dans le bureau de son ami. Briquet qu’il avait dans la scène précédente volontairement et soigneusement déposé dans le bureau. Il remonte donc dans le bureau, renverse quelques objets et dépose une feuille dans un tiroir pour créer une fausse scène de crime puis se dirige vers la porte pour repartir. A cet instant, Steven Spielberg fait un gros plan sur le briquet grâce à un zoom pour faire comprendre au spectateur que l’erreur de Ken Franklin serait donc d’avoir oublié son briquet et que celui-ci serait la preuve qui permettrait au lieutenant Columbo de l’emprisonner. Mais une fois de plus ceci est finalement désamorcé puisqu’une main entre dans le cadre pour le prendre. Il s’agit bien sûr de Ken Franklin qui cette fois repart pour de bon.

Notons également que durant cette courte scène, le jeune réalisateur utilise à plusieurs reprises une caméra à l’épaule pour symboliser la frénésie du moment au spectateur.

Steven-Spielberg-Columbo-Plan-3

La patte de Steven Spielberg se retrouve aussi durant le dialogue qui précède cette situation. En effet, après avoir ouvert la porte et invité son ami à entrer dans son bureau, James Ferris et Ken Franklin entament une conversation sur les difficultés que traverse leur relation. Ici, une fois de plus, le jeune cinéaste se différencie et propose de l’originalité principalement grâce à trois éléments.

Le premier est la manière dont il compose son champ-contrechamp. Pour chacun des deux protagonistes, il place la caméra en contre plongée et met en valeur le personnage mais aussi le décor, ici, dans le champ la collection de livres qu’ils ont écrits et dans le contre-champ, les couvertures de ceux-ci accrochées au mur. Il met ainsi en avant l’importance et la fierté de leur travail dans leur vie mais aussi le fait que celui ci est à l’origine et au cœur de leur discorde.

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Le second élément est la façon dont il monte son champ-contrechamp, de manière très réfléchie en proposant par exemple des raccords d’objets (un premier personnage donnant une bouteille ou un verre à un second personnage) et des raccords sonores (un protagoniste parle d’un élément que l’on découvre dans le contre-champ).

Le troisième élément est la disposition des deux protagonistes à la fin du dialogue. Steven Spielberg les filme toujours en contre plongée mais ils apparaissent tous les deux et de profil dans le cadre. Une disposition permettant le mouvement de l’acteur dans la profondeur de champ que le réalisateur reprendra par la suite dans sa carrière comme ci-dessous dans Les dents de la mer.

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Après ce dialogue et le passage de Ken Franklin dans le bureau pour mettre en scène le crime, les « deux amis » quittent la ville en direction de la maison de campagne de ce dernier. Quelques plans de paysage accompagnent ce cheminement ainsi qu’une conversation à bord de l’automobile. Steven Spielberg n’utilise pas ici la traditionnelle technique de la projection arrière. Il porte la caméra à l’épaule et  l’emmène directement à bord du véhicule.

En chemin, ils s’arrêtent à une boutique en bord de route. Ce qui n’est qu’un prétexte de Ken Franklin pour qu’il puisse téléphoner à la femme de James Ferris pour lui annoncer qu’il s’est réconcilié avec son mari et ainsi être disculpé par celle-ci du meurtre à venir au moment des interrogatoires de la police. Le réalisateur offre à nouveau un champ-contrechamp intéressant qui, au travers des cadres photos présents dans l’arrière plan, appuie une fois de plus la relation de longue durée qui lie les deux personnages.

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Enfin, pour la scène du meurtre dont rien ne sera dévoilée ici pour ne pas gâcher la vision de l’épisode aux personnes ne l’ayant pas vu, Steven Spielberg ne la filme par frontalement mais avec une autre technique qui deviendra par la suite une des marques de fabrique de son cinéma, un reaction shot sur le visage de la femme de James Ferris qui entend le coup de feu au téléphone.

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Steven Spielberg et Peter Falk sur le tournage de Columbo.

En réalisant le premier épisode de Columbo, Steven Spielberg inscrit une partie des bases visuelles que reprendront les autres épisodes de la série par la suite. Avec une ambition sans borne, il a réussi à amener les codes du cinéma à la télévision et à développer une identité visuelle qui lui est propre. Il expérimente et développe également des techniques de mise en scène qui feront ensuite sa particularité et son succès. Fort de son expérience sur Columbo, il continuera encore quelques temps à travailler à la télévision en réalisant notamment la même année le téléfilm Duel, avant qu’on ne lui confie son premier long-métrage.

Pour aller plus loin : Une interview de Steven Spielberg

Columbo : Le Livre Témoin – Fiche Technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Steven Bochco
Interprètes : Peter Falk (Columbo), Jack Cassidy (Ken Franklin), Rosemary Forsyth (Joanna Ferris), Martin Milner (James Ferris)
Montage : John Kaufman
Directeur de la photographie : Russell Metty
Musique : Billy Goldenberg
Producteurs : Richard Levinson, William Link, Robert F. O’Neill
Genre : Drame
Durée : 76 minutes
Date de sortie en France : 12 janvier 1973

 

Cannes 2017 : Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc, un pur coup de folie chantée

Après la folie Ma Loute, Bruno Dumont va encore plus loin dans sa démarche de déconstruction des codes cinématographiques puisque son Jeannette est une relecture musicale des textes de Charles Peguy. Pas sûr que les français voient d’un très bon œil cette version décalée du mythe de la Pucelle d’Orléans…

Synopsis : Domrémy, 1425. Jeannette n’est pas encore Jeanne d’Arc, mais à 8 ans elle veut déjà bouter les anglais hors du royaume de France.

film-Bruno-Dumont-Lise-Leplat-Prudhomme-Jeannettel-enfance-de-Jeanne-d-Arc-quinzaine-des-realisateurs-cannes2017Sur une plage (censée se situer en Lorraine), une gamine déambule pieds nus et chante ses doutes sur la religion catholique et la guerre qui oppose français et anglais à quelques kilomètres de là. Voilà. Circulez, il n’y a plus rien à voir car derrière ce résumé qui a tout l’air d’une farce se cache l’entièreté du propos (certains diront film) de Bruno Dumont. Une facétie qui dépasse cependant plus que la simple erreur géographique, puisque non content de dynamiter un genre dont il est le seul esthète, Dumont pousse le curseur tellement loin qu’il est bien compliqué de voir où il va s’arrêter. Pensez donc, son audace est telle qu’il n’hésite pas à balancer comme un malpropre autant de hits musicaux purement anachroniques sur des images qui sentent bon le Moyen-Age et la fange… Hard-rock, spam, électro-pop, tout y passe à tel point qu’on pense avoir affaire à un disc jockey totalement ivre qui se serait cru le besoin de mettre ses excentricités musicales sur les mots forcément d’outre-temps de Peguy. Cependant, au milieu de ce bazar ambiant, on se doit bien d’admettre que les textes de Peguy ressortent. Magnifiés, sublimés, l’utilisation qu’en fait Dumont permet de faire jaillir la qualité de ces textes, pour la plupart oubliés. Ce qui renforce encore un peu plus son talent de véritable excavateur du  cinéma français.

Dans Ma Loute, il donnait à des cadors du métier (Juliette Binoche ou Fabrice Lucchini) la chance de se confronter à des jeunes premiers, des vraies gueules du Nord (comme on les appelle) qu’ils soient amis, badauds ou cousins. Dans Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc même rengaine, sauf qu’il n’est pas question ici de souligner la bizarrerie propre à la Cote d’Opale, mais de trouver des jeunes talents, capable de chanter des textes vieux comme Mathusalem. Et parmi ces jeunes virtuoses, on retrouve Aline Charles. Une petite frimousse brune, un air conquérant (normal quand on s’appelle Jeanne d’Arc) et surtout une voix. Aiguë. On osera même dire assassine pour nos tympans tellement elle pourrait casser des verres. Mais au fond, cela s’inscrit sans doute dans une logique interne au film (quoique on se demande encore laquelle) puisque la petite Aline pousse parfois tellement sur les cordes vocales que son flot de parole flirte beaucoup avec l’incompréhension. Est-ce là un subtil rappel aux voix qui ont influencé la vraie Jeanne d’Arc ? Ou la manière qu’a Dumont d’entériner définitivement son mépris envers ses fans ? Bien aisé sera celui capable d’y répondre puisque au détour de cet assassinat de tympan généralisé, on ne retiendra guère que des démonstrations de vocalises et chorégraphies assez douteuses. A tel point qu’on se demande bien à qui pourra plaire le film. Car, pour qui n’aime pas les comédies musicales minimalistes, Jeannette a toutes les chances d’être perçu comme deux heures redoutablement éprouvantes. Même chose pour les personnes réfractaires aux grandes réflexions théologiques, tant le film semble n’être qu’une accumulation assez hasardeuse des thèmes liés à cette conquérante rentrée dans l’Histoire. Tout ceci étant additionné, on a affaire à un film (certains oseront le qualificatif de proposition de cinéma) déroutant, totalement fou et iconoclaste qui renverrait presque à se demander si lâcher un pet sur une toile cirée aurait le même effet sur Thierry Frémaux et son Palais des Festival surchauffé par l’ego des journalistes et la chaleur de la Cote d’Azur… Toujours est-il que l’on peut s’accorder sur un point : celui de savoir que le film va sombrer au box-office encore plus vite que le Titanic dans l’Atlantique. Et ce ne sont pas des voix qui nous l’ont dit…

[Quinzaine des réalisateurs] Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc

Un film de Bruno Dumont
Avec Aline Charles, Élise Charles, Jeanne Voisin, Lise Leplat Prudhomme
Distributeur : Memento Films
Durée : 120 minutes
Genre : Musical
Date de sortie : prochainement

France – 2017

Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Du sang et des larmes avec 120 battements par minute

Dans 120 Battements par minute, Robin Campillo s’inscrit dans le sillon déjà tracé par Laurent Cantet avec Entre Les Murs. Mais cette fois-çi, point de lycéens à l’horizon mais bien des homosexuels luttant bon gré malgré contre le SIDA pendant la décennie meurtrière que fut les 90’s. Autant dire un postulat de film-dossier plombant et démonstratif que le réalisateur essaie d’aborder à hauteur d’homme.

Synopsis : Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

120-battements-film-cannes2017-par-minute-Adele-Haenel-militant-act-upEt c’est bien l’humain qui est au cœur des débats ; puisque l’histoire émane directement des souvenirs du réalisateur Une démarche courageuse mais surtout salutaire en ce qu’elle rend transforme le film en un véritable témoignage (très bien documenté) des tourments d’une communauté à l’agonie baignant dans l’indifférence générale. Dès lors, il est loin d’être étonnant de voir le film se muer rapidement en un quelque chose d’organique, les images n’étant qu’une observation des séances d’assemblées générales d’un groupe militant (le groupe Act’up), puis de leurs débats internes et enfin de l’organisation de leurs actions. Un parti-pris de reconstitution montrant cela dit assez vite ses limites quand les dites actions se déroulent sans que leurs conséquences ne se ressentent. Mais peut-être est-ce là l’intention du cinéaste que de mettre en scène, ces moments qui n’aboutissent à rien, ces longues scènes ou seuls les mots fusent. Toujours est-il que cette intention s’avère assez vite frustrante pour le spectateur, qui verra sans doute d’un bon oeil la radicale (et intime) mutation entreprise par le film, qui va préférer au groupe préalablement dépeint, le sort d’un jeune séropositif, Sean. Il a beau se savoir condamné mais il n’a pas rendu les armes, si bien que le besoin de battre ou de se réconforter auprès d’un groupe d’entraide reste vif. Un choix qui a le mérite de saper la portée politique (de toute façon assez vaine) déjà bien amoindrie par les scènes de discours tout en consacrant ce qui sans doute est à la base du projet : 120 battements par minute étant surtout un message d’espoir, que celui de savoir survivre et se faire entendre au sein d’un collectif.

L’acteur qui joue Sean, c’est Nahuel Perez Biscayart (déjà vu dans Grand Central) qui incarne la véritable révélation de cette sélection tant son énergie inonde littéralement l’écran et ce, jusqu’à cette fin tragique mais inévitable qui nous laisse sous le coup d’une mort brutale et injuste. Un sentiment auquel la mise en scène n’est d’ailleurs pas étrangère puisque c’est bien elle, qui appuie parfois lourdement sur certains effets tout en faisant durer des scènes émouvantes (on pense à la nuit d’amour entre Sean et Nathan). L’ambiance paradoxalement légère et festive, rythmée ça et là par des hits électro et l’excellente prestation d’Adèle Haenel, n’étant qu’une manière utilisée par Campillo pour nous faire lâcher prise et nous dévouer totalement à ce combat mené par des jeunes victimes de leur amour et du désengagement du pouvoir français à leur égard. Ce qui ne manque pas de frustrer quelque peu, tant derrière l’aspect nécessaire de cette page de l’histoire contemporaine qui nous est racontée (beaucoup de jeunes croient encore à une guérison du Sida), le traitement qui en est fait manque d’approfondissement et nage dans la pure superficialité.

[EN COMPÉTITION] 120 battements par minute

Un film de Robin Campillo
Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, Adèle Haenel…
Durée : 140 min
Distributeur : Memento Films
Genre : Drame
Date de sortie : 23 août 2017

Français – 2017

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Scandal Saison 6, une série de Shonda Rhimes : Critique

La soirée Thanks God It’s Thursday de ABC est partie en vacances après la diffusion du double épisode final de Scandal saison 6. Grâce à de nombreux rebondissements, la série de Shonda Rhimes propose l’une de ses meilleures saisons à ce jour.

Synopsis : Olivia et son équipe font face aux résultats des votes aux élections présidentielles. Alors que tout le monde espérait Mellie gagnante, c’est finalement son adversaire Frankie Vargas qui devient le nouveau président. Cependant, le président-élu est abattu sur scène en plein discours de victoire. La question pour Olivia Pope est désormais de savoir qui est le responsable de cet assassinat…

La Maison-Blanche en plein chaos

scandal-saison-6-posterAttention critique avec spoilers !

Succédant à The Catch et Grey’s Anatomy, la troisième série de Shonda Rhimes s’est terminée ce jeudi 18 mai avec succès par l’inauguration du nouveau président.
Saison raccourcie à 16 épisodes à cause de la grossesse de son actrice vedette, et au travers d’un scénario bien ficelé, il n’y a eu aucun épisode dit « bouche-trou » et c’est une bonne chose. De plus, diffuser les nouveaux épisodes à la mi-janvier fut absolument bénéfique à la série, laissant les spectateurs respirer suite aux événements de l’an dernier.
Après une saison 5 mitigée, centrée sur la politique et plus particulièrement sur Mellie Grant en campagne présidentielle, Scandal confirme son intrigue qui va suivre un fil rouge du début à la fin sur le nouveau président, qui sera bien la première présidente des États-Unis.
Les épisodes se suivent et se succèdent sans qu’on se lasse. Le Season Premiere a clairement annoncé la couleur de la sixième saison. Le meurtre du président-élu Frankie Vargas en plein discours fait s’enchainer rebondissement sur rebondissement. À travers son intrigue bien ficelée, les spectateurs se demanderont pendant longtemps qui est responsable de cet assassinat et dans quel but.

scandal-saison-6-kerry-washington-bellamy-young-darby-stanchfieldLes protagonistes ont aussi pour la plupart une storyline réussie qui rejoint l’histoire principale. Chaque épisode en début de saison se focalise sur un personnage en particulier, ainsi nous avons une évolution régulière notamment pour Cyrus, Abby, Quinn, Huck et particulièrement Eli, le père d’Olivia, qui se trouve pour la première fois victime des événements. En effet, le grand méchant de la série se retrouvera coincé par le groupe qui a orchestré l’assassinat. Impuissant, il n’aura d’autre choix que de faire ce qu’on lui dit pour protéger sa fille.
En contrepartie, on pourrait regretter le manque d’investissement d’autres personnages comme Markus et Jake. Même la mort surprise d’Elizabeth surprend certes, mais ne nous affecte pas vu le peu de présence qu’elle avait à l’écran cette année.
Il est regrettable aussi que pour son centième épisode Shonda Rhimes n’ait pas été plus originale. Il est vrai que l’épisode qui se passe dans un monde alternatif était intéressant, mais rien de transcendant quand on sait que la créatrice s’est déjà par deux fois prêté au jeu du « et si » dans sa série phare Grey’s Anatomy.

scandal-saison-6-kerry-washington-darby-stanchfield-katie-lowesEn ce qui concerne Olivia Pope, ses actions depuis plusieurs saisons confirment son évolution d’anti-héroïne. Les spectateurs étaient déjà conscients de son envie de pouvoir en retournant à la Maison-Blanche grâce à Mellie en saison 5. Désormais, Olivia laisse son cabinet entre les mains de Quinn, tout à fait destinée à reprendre le flambeau en constatant tout le travail qu’elle a pu faire jusqu’à présent. Olivia de son côté semble rejoindre peu à peu le côté obscur.
Alors que le mandat de Fitz se termine, ils étaient prêts à se retrouver et vivre leur histoire, mais Kerry Washington interprète une femme forte qui veut s’imposer au bureau ovale. Pour ce faire, la prochaine (et dernière) saison ramènera sur le devant de la scène le B-613 avec Olivia à la tête des opérations. Elle devient donc le nouveau Commandant, digne héritière de son père. Les spectateurs font face depuis plusieurs années à un personnage complexe et torturé à cause de son père mais aussi de sa mère qui fait un come-back réussi pour le double season finale. Travaillant pour le groupe qui a tué Frankie Vargas, elle avait pour mission de tuer à son tour Mellie Grant lors de l’inauguration. A l’image de la saison, le spectateur sera toujours en interrogation lors du final quant aux agissements de Mama Pope si elle est vraiment là pour aider sa fille ou pour assassiner la nouvelle présidente.

scandal-saison-6-bellamy-youngJustement, c’est dans l’écriture que la saison est vraiment réussie. Il est vrai que Scandal souffre toujours de son trop plein de cliffhangers parfois invraisemblables (comme la fausse mort de Huck en milieu de saison), mais l’intérêt et la curiosité des spectateurs ne diminuent jamais et ils resteront accrochés jusqu’au bout pour savoir qui a tout orchestré.
Là aussi nous sommes surpris lorsqu’on découvre qu’il s’agit en réalité de Luna, la femme de Frankie Vargas, qui le considère plus mémorable en tant que président mort que vivant. Elle espérait ainsi reprendre son flambeau et diriger comme une Jackie Kennedy aurait pu faire en son temps.
Mais là où Rhimes réussi son coup c’est vraiment dans les toutes dernières minutes où les spectateurs comprennent avec Olivia que le véritable organisateur de tout ce qu’il s’est passé n’est autre que Cyrus. Celui qui fut le premier à être accusé, puis finalement libéré s’avère être véritablement le cerveau de toute cette opération dans le but final de devenir le vice-président. Suite à tous ces événements, lui et Olivia sont les véritables maîtres de l’échiquier pour la saison à venir.

Les pions sont en place pour la septième et dernière saison qui sera diffusée sur ABC en septembre prochain. Shonda Rhimes déploie ses dernières cartes en espérant que Scandal maintienne une qualité scénaristique aussi soutenue que ce fut le cas pour la saison 6.

La sixième saison de Scandal a réuni, en moyenne, 5,6 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,42 chez les 18/49 ans.

Scandal saison 6 : Bande-annonce

Scandal saison 6 : Fiche Technique

Créateur : Shonda Rhimes
Réalisation : Roxann Dawson, Tom Verica, Shonda Rhimes
Scénario : Shonda Rhimes
Acteurs principaux : Kerry Washington (Olivia Pope), Darby Stanchfield (Abby Whelan), Guillermo Diaz (Huck Finn), Katie Lowes (Quinn Perkins), Tony Goldwyn (Fitz Grant), Jeff Perry (Cyrus Beene), Bellamy Young (Mellie Grant), Joshua Malina (David Rosen), Scott Foley (Jake Ballard), Portia De Rossi (Elizabeth North), Cornelius Smith Jr (Marcus Walker), Joe Morton (Eli Pope)
Direction artistique : George Edman
Décors : Lisa K. Sessions
Costumes : Lyn Paolo
Photographie : Justin M. Lubin
Montage : Gregory T. Evans, Matthew Ramsey
Musique : Chad Fischer
Casting : Andrew Mackin, Jamie Castro
Producteurs : Shonda Rhimes, Betsy Beers
Société(s) de production : ABC Studios, ShondaLand
Format : 22 épisodes de 42 minutes
Diffusion : ABC
Genres : dramatique, judiciaire

Etats-Unis – 2012

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Cannes 2017 : Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête, huis-clos existentiel pop et névrosé

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Présenté à l’ACID, Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête questionne notre rapport à la société et ce qu’elle attend de nous. Avec une économie des moyens évidente, le réalisateur Ilan Klipper porte avec énergie ce huis clos débridé sympathique.

Synopsis : Bruno a publié un fougueux premier roman en 1996. La presse titrait : « Il y a un avant et un après Le ciel étoilé au-dessus de ma tête ». Vingt ans plus tard, Bruno a 50 ans. Il est célibataire, il n’a pas d’enfants, et vit en colocation avec une jeune Femen. Il se lève à 14h et passe la plupart de ses journées en caleçon à la recherche de l’inspiration. Pour lui tout va bien, mais ses proches s’inquiètent…

cannes2017-selection-acid-le-ciel-etoile-au-dessus-de-ma-tete-Laurent-Poitrenaux-Camille-ChamouxIlan Klipper n’est pas un jeunot ou un novice dans la profession. Avec son compère Virgil Vernier, ils ont réalisé plusieurs documentaires sur le milieu policier et psychiatrique. C’est ce dernier qui semble avoir profondément marqué le réalisateur puisqu’il en a fait le cœur de réflexion autour de son personnage principal, abattu et torturé psychologiquement par les attentes d’une société qui ne lui correspond plus. Vingt ans après avoir connu la gloire pour un roman unanimement salué, Bruno vient d’avoir cinquante ans et se retrouve à vivre dans une colocation avec une militante FEMEN. Il passe son temps à s’isoler et procrastiner dans sa chambre, prétextant en vain une recherche créative pour son prochain ouvrage. Son entourage va alors tenter de lui redonner goût à la vie et aux autres. Dit comme ça, le propos semble mettre l’accent sur le drame et la difficulté croissante de trouver sa place dans la société mais c’est davantage à une comédie dramatique que l’on a affaire. Les absurdités de Bruno qui semble avoir douze ans, les quiproquos débridés, et les pétages de plombs participent à la légèreté de ce long métrage dont l’amateurisme se fait  malgré tout cruellement ressentir. Avec une économie des moyens évidente, Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête se déroule entièrement en huis-clos dans le logement de deux éléments en plein doute. Quoi de plus normal de voir ainsi un tel film en sélection ACID, terre d’émergence du cinéma indépendant français. Ce serait néanmoins faire profil bas de la notoriété de sa distribution qui comporte quelques visages connus, allant du grand malade Laurent Poitrenaux à la somptueuse Marilyne Canto en passant par la douce Camille Chamoux. Ils participent à faire de ce film, un objet plus important qu’il n’y paraît et dont les questionnements sur notre condition sociale surprennent à mi-parcours. L’isolement de tous ces personnages dans cette maison accentue volontairement l’oppression autour du personnage de Bruno, soudainement dépassé par toutes ces questions auxquelles il a tenté d’échapper. Certaines situations maladroites prêtent à sourire par leur naïveté et les dialogues sont d’une simplicité évidente mais étrangement quelque chose se passe, et le film fonctionne à notre esprit qui accepte ces petits défauts et se laisse emporter par cette comédie névrosée dans la lignée de Victoria. Grâce à l’ACID, Ilan Klipper accède ainsi à une première visibilité importante et on ne doute pas que le cinéaste saura poursuivre sur la voie qu’il a déjà entreprise pour travailler avec plus de maîtrise un matériau qui semble avoir tout son intérêt.

[ACID] Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête

Un film de Ilan Klipper
Avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto, Alma Jodorowsky
Distributeur : Happiness Distribution
Durée : 1h17
Genre : Drame, comédie

France – 2017

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Le goût du tapis rouge, un film documentaire d’Olivier Servai : critique

Le documentaire Le goût du tapis rouge sorti le 17 mai donne enfin à voir l’envers du décors cannois. Qu’en est-il de la qualité de ce documentaire ? Réponse à suivre.

Synopsis : En mai à Cannes, a lieu le plus grand festival de cinéma au monde. Se déroule, sous nos yeux, un dialogue imaginaire avec ce lieu fantasmé… Qu’ils soient professionnels du cinéma, travailleurs, mannequins, cinéphiles, groupies, artistes de rue, badauds, vendeurs à la sauvette ou sans-abri… chacun, tente de se frayer un chemin dans le dédale cannois, saturé d’écrans, de rêves et de symboles.

Le réalisateur Olivier Servais souhaite, dans son documentaire, observer l’autre côté des barrières qui encadrent le mondialement célèbre et vénéré tapis rouge du festival de Cannes. Tout est annoncé dans le titre de cette œuvre : pas de place pour les stars, mais une caméra tournée uniquement sur les fans de l’évènement.

Passée une introduction silencieuse et interminable où l’on assiste, dans l’ennui le plus affligeant, au découpage et à l’assemblage dudit tapis, arrive un montage d’images filmées caméra à l’épaule suivant les badauds qui se massent autour des barrières. Si l’intention de filmer l’envers du décors était louable et aurait pu donner lieu à une réflexion intéressante sur le bling bling inhérent à tout grand événement, ici que nenni ! Le réal accumule les plans et les assemble dans un montage mou et vide en ne brisant le silence toutes les dix minutes que pour poser une question navrante à des spectateurs lambdas n’ayant absolument rien à dire. Le pire est que cette bouillie informe et ridicule s’étale sur plus d’une heure dix ! Une durée incroyablement longue pour un film sans aucun intérêt qui réussit l’exploit d’être ce qu’il tentait de montrer, à savoir vide et superficiel !

Un documentaire, contrairement à un reportage, est une œuvre audiovisuelle sensée représenter la réalité en utilisant les règles de la dramaturgie. Comme toute œuvre de fiction, un documentaire est donc obligatoirement écrit et soumis à des lectures auprès de producteurs. Comment diable, une chose aussi mauvaise a-t-elle pu voir le jour et trouver acheteur : la réponse nécessiterait une enquête et pourquoi pas un documentaire sur la façon dont les films sont aujourd’hui sélectionnés et sponsorisés et donnerait certainement lieu à un film bien plus passionnant que cette chose informe dont on ressort à moitié groggy mais pleinement furieux !

Le goût du tapis rouge,  Un film documentaire d’Olivier Servais (France)

Distributeur : Destiny Films

Sortie le 17 Mai 2017

Le goût du tapis rouge : Bande-annonce

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Cannes 2017 : The Meyerowitz Stories, comédie légère et sans surprise sur une fratrie en crise

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Portrait d’une famille dysfonctionnelle aux accents allenien, The Meyerowitz Stories séduira les fans de la première heure de Noah Baumbach, sans toutefois prétendre à une distinction cannoise.

Synopsis : Le récit intergénérationnel d’une fratrie en conflit rassemblée autour de leur père vieillissant.

The-Meyerowitz-Stories-festival-Cannes-2017-Ben-Stiller-Adam-Sandler-Noah-BaumbachA l’instar de Netflix en compétition officielle, c’est la première fois que Noah Baumbach est sélectionné à Cannes. Davantage habitué à présenter ses films dans les festivals indépendants, le cinéaste new-yorkais honore enfin la plus célèbre des manifestations cinématographiques internationales. Mais avant même la projection de son dernier film, le cinéaste doit déjà tempérer la polémique Netflix qui fait hurler les exploitants et les amoureux des salles obscures, Netflix n’ayant vraisemblablement pas l’intention de sortir le film au cinéma. Quoiqu’il en soit, en l’absence du Woody Allen annuel, le Festival de Cannes semble s’être rabattu sur un autre cinéaste adepte des comédies bavardes et légères sur les tourments de new-yorkais aisés. The Meyerowitz Stories étale donc les discordes d’une fratrie réunie par l’hospitalisation du « pater », incarné par Dustin Hoffman. Rappelons que l’on doit tout de même à Noah Baumbach certains des récits comico-mélancoliques les plus réjouissants de ces dernières années, Greenberg et Frances Ha en tête. Sa présence à Cannes n’est donc que la consécration du travail d’un auteur qui a toujours su préserver son indépendance tout en faisant exister son oeuvre parmi les cinéastes américains les plus appréciés de sa génération.

The Meyerowitz Stories a pour lui l’énergie récréative d’un casting d’exception, tous incarnant à la perfection leurs personnages respectifs. Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas vu Ben Stiller, Dustin Hoffman et Adam Sandler (!!) aussi réjouissants. Quant à Elizabeth Marvel, elle confirme tout le bien que l’on pense d’elle depuis son rôle dans la série House of Cards. Cette remarquable distribution apporte une vraie dimension chorale et comique à ce récit tantôt snob, tantôt existentialiste, tantôt émouvant. Le réalisateur natif de Brooklyn saisit avec une précision insondable l’énergie qui se dégage du milieu artistique dans lequel évolue chacun (ou pas) des membres de cette famille explosée. En ce sens, on remarque que The Meyerowitz Stories s’inscrit avec politesse dans cet univers d’intellos bourgeois, soit l’exact antithèse de The Square vu quelques jours plus tôt et également présenté en compétition. Noah Baumbach prouve par ailleurs qu’il a un véritable don pour l’écriture des dialogues qui sonnent tous justes et participent à cette impression que le film capte de véritables tranches de vies où les acteurs ne font qu’un avec leurs personnages et leurs interactions. Mais derrière cette jolie et innocente comédie se cache incontestablement un film en cruel manque d’inspiration. S’il s’avère suffisamment distrayant, le film s’inscrit dans la continuité vaine des derniers films de Noah Baumbach et n’a pas l’étoffe de rivaliser en compétition. Il lui manque la force, l’impact et l’inspiration. Une fois le générique de fin lancé, toutes les sympathiques intentions narratives s’envolent pour ne laisser l’impression que d’un film léger et sans grandeur. Pedro Almodóvar avait dit dans un premier temps qu’il ne récompenserait pas de films Netflix avant de se rétracter et de corriger ses propos. Pourtant, ce n’est pas cette anecdotique comédie dramatique qui pourra définitivement lui faire prendre conscience de la possibilité de remettre un Prix à l’un des deux films du distributeur. Une sélection Hors Compétition pour Noah Baumbach aurait été plus justifiée. The Meyerowitz Stories n’a pas l’ampleur nécessaire pour s’extirper de son statut de film prêt à consommer sur Netflix, preuve regrettable que le cinéaste a du mal à renouer avec la réussite de Frances Ha même s’il continue de gentiment nous amuser. 

[COMPETITION INTERNATIONALE] The Meyerowitz Stories (New and Selected)

Un film de Noah Baumbach
Avec Adam Sandler, Ben Stiller, Dustin Hoffman, Elizabeth Marvel
Distributeur : Netflix
Durée : 1h50
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : Prochainement

États-Unis – 2016

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Cannes 2017 : Le Redoutable, un objet pour cinéphiles anecdotique mais plaisant

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Le biopic sur Jean-Luc Godard avait tout pour être un projet casse-gueule mais la patte Hazanivicius permet au Redoutable d’être un objet cinématographique réjouissant à défaut d’être indispensable.

Synopsis : Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible.

le-redoutable-Louis-Garrel-Stacy-Martin-film-competition-officielle-cannes2017Si Jean-Luc Godard n’est plus venu à Cannes depuis longtemps, même lorsqu’il a reçu un Prix du Jury pour Adieu au Langage en 2014, son ombre ne cesse de planer sur la Croisette, comme lorsque l’affiche de la 69ème édition du Festival de Cannes reprenait un plan du film Le Mépris. Cette année, il est encore présent à travers le regard de Michel Hazanavicius qui s’est lancé dans l’entreprise de réaliser un biopic sur le cinéaste de la Nouvelle Vague. Un projet délicat et ambitieux, d’autant plus les principaux concernés, à savoir Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky, sont encore en vie. Le Redoutable prend donc place au début de leur relation, quelques temps avant les événements de mai 1968. Cette période est un tournant pour JLG qui prendra la décision radicale de « se suicider artistiquement » pour renaître aussitôt avec la volonté féroce de casser tous les codes d’un cinéma qu’il juge soumis au diktat de la société gaulliste. Ce changement de personnalité influera considérablement sur la relation qu’entretiendra le réalisateur de Pierrot Le Fou avec sa compagne. Il est d’autant plus amusant de voir un écho entre Hazanivicius et Godard puisque ce dernier a souhaité renaître après le fiasco de son film La Chinoise tandis qu’Hazanivicus sort également de l’échec critique et public de The Search.

Adapté du roman autobiographique Un an après d’Anne Wiazemsky, Michel Hazanavicius traite le sujet sous la forme d’une comédie méta dont les clins d’œils amuseront assurément les cinéphiles. Les multiples trouvailles pour casser les codes renvoient évidemment au cinéaste franco-suisse qui a passé sa vie à trouver des alternatives aux codes traditionnels du cinéma. Il apporte une audace visuelle qu’on ne saurait voir dans un cinéma plus classique et qui apporte une inspiration pétillante et drôlissime à qui comprendra. Autre point fort : Louis Garrel est indéniablement Jean-Luc Godard. Des traits du visage à ses tics de langage en passant par son attitude corporelle, l’imitation est parfaite. De là à dire qu’il peut glaner un Prix d’Interprétation, il n’y a qu’un pas. Stacy Martin éblouit par son charme et sa discrétion en ingénue profondément amoureuse du cinéaste Godard, moins du révolutionnaire politique qu’il est. Il faut cependant reconnaître que l’entreprise du réalisateur de The Artist tourne un peu à vide et qu’elle ne saura plaire qu’aux cinéphiles avertis, le grand public étant loin de ces considérations. Le Redoutable apparaît donc une œuvre profondément cannoise, tant elle ne peut que s’attirer les acclamations d’une audience qui estime encore l’impact du génie de la Nouvelle Vague.

Le Redoutable n’est donc ni plus ni moins qu’un objet filmique cocasse dont les plus fervents cinéphiles se gausseront de l’humour hazanaviciusien et de la forme peu commune du portrait d’un cinéaste révolutionnaire engagé au bord d’une inévitable rupture. Anecdotique mais suffisamment réjouissant pour valoir le coup d’oeil.

[COMPÉTITION INTERNATIONALE] Le Redoutable

Un film de Michel Hazanavicius
Avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo
Distributeur : Wild Bunch
Durée : 1h47
Genre : Biopic, romance, comédie, drame
Date de sortie : 13 septembre 2017

France – 2017

Le Redoutable : Extrait

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Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur, un film de Guy Ritchie : Critique

Repoussé moults fois par la Warner qui espérait pouvoir en tirer une franchise rentable, Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur s’avère être un four au box-office, en plus d’une cible facile pour la critique. Acharnement injustifié ou véritable ratage ?

Synopsis: Arthur, un enfant des rues de Londonium élevé par des prostituées apprend qu’il est l’héritier du roi Uther Pendragon lorsqu’il réussit à sortir l’épée Excalibur de son rocher. Il va alors devoir combattre ses peurs et unir le peuple breton pour vaincre Vortigern et retrouver le trône qui lui revient.

Il est des mythes qui sont ancrés si profondément dans l’imaginaire collectif qu’une adaptation cinématographique semble tomber sous le sens. on pourra citer ici les mythologies grecque et égyptienne ou, en ce qui nous concerne, des légendes arthuriennes. La nouvelle adaptation se retrouve donc entre les mains de Guy Ritchie, le réalisateur ayant accouché de Snatch en 2000 et des Sherlock Holmes de 2009 et 2011. On est donc face à un metteur en scène avec une identité visuelle mais surtout rythmique extrêmement reconnaissable qui dirige Charlie Hunnam (Pacific Rim, Sons of Anarchyet Jude Law (Bienvenue a Gatacca, Existenz). 

Et en effet dès les premières minutes, pas de doute, c’est bien Guy Ritchie derrière la caméra avec une scène d’introduction qui fait le boulot, tout en nous laissant apercevoir ce qui va s’avérer être l’enjeu majeur du film : l’alchimie entre la réalisation de Ritchie et le modèle du blockbuster. L’introduction en question fonctionne plutôt bien, puisqu’on on se retrouve au milieu d’une bataille dantesque opposant les mages menés par Mordred et les humains menés par Uther Pendragon dans un déluge d’effets numériques cutés au couteau avec plans complexes et flash-forward en veux-tu en voilà.

Après une séquence assez fouillis de la mort du père absolument prévisible, on se retrouve projeté dans les rue de Londonium, le Londres médiéval, avec un Arthur élevé dans un bordel. Il enchaîne les petits larcins accompagnés de ses amis dont vous aurez oublié le nom 3 secondes après qu’il ait été prononcé lors d’une séquence nerveuse et presque épileptique comme Guy Ritchie sait les faire. « Parfait alors ! Guy Ritchie a gardé sa patte, et le mélange médiéval/petit gangster  donne un décalage vraiment sympathique » se dit alors le spectateur pensant passer un bon moment. C’est malheureusement sans compter sur l’écrasant poids du blockbuster moderne et un retour rapide à la réalité : le scénario et les personnages.

En effet, si plus personne n’est surpris de voir un blockbuster avec un scénario aussi prévisible que celui d’une sitcom, il reste quand même fortement frustrant de voir à quel point la construction des personnages est faible dans ce film. Alors qu’ils sont sacrément nombreux, la plupart sont définis par leur nom uniquement, quand ils ont la chance d’en avoir un a peu près mémorable, avec des acronymes tels que « fesse d’huître », « bâton mouillé » et « Kung-fu George ». Le plus gênant étant la place laissée aux femmes : tout les personnages féminins présents dans le film ne servent qu’à être sacrifiés pour faire avancer le scénario, à l’exception d’un membre de la cour et de « la Mage », personnage féminin principal joué par Astrid Berges Frisbey (I Origins) auquel on ne prendra même pas le temps de donner un nom.

Pour faire simple, le seul personnage autour duquel il y a un enjeu est le seul dont on sait qu’il va réussir son objectif, c’est-à-dire devenir roi, sachant que c’est le titre du film. Mention spéciale néanmoins à Charlie Hunnam, impeccable dans son interprétation qui sera surement le seul à tirer son épingle du jeu. On remarquera également David Beckham, apparaissant une trentaine de seconde vaguement maquillé dans le rôle du caméo le plus boiteux  et inutile de 2017.  On se retrouve alors dans un film où le spectateur n’est à aucun moment impliqué et où on lui demande d’éprouver de l’empathie pour des personnages sans âme qu’il a à peine aperçu dans le fond derrière Arthur durant quelques scènes. Au point où la énième mort de personnage dont on ignore le nom en devient presque comique (ce qui donnerait néanmoins un excellent jeu a boire).

Mais tout n’est pas à jeter, au contraire. Le film dégage une ambiance « badass » au possible avec sa direction artistique impeccable et ses combats nerveux, et, même si le boss final sort tout droit du dernier Dark Souls, certaines scènes sont parcourues d’un véritable vent épique malgré le manque d’enjeu. Enfin la patte de Ritchie est bien là, dans les plans complexes, les dialogues et dans le montage de certaines scènes. Il serait exagéré de dire que le film est mauvais, mais il est très inégal et ne parvient pas à marquer l’esprit du spectateur malgré les quelques fulgurances qu’il propose.

A ce jour on peut affirmer sans trop se mouiller que les seules adaptations dignes d’intérêt des aventures des chevaliers de la table ronde sont ce que l’humour anglais et français ont su apporter de mieux : respectivement Les Monty Python et leur Sacré Graal et Alexandre Astier avec Kaamelot. De l’humour donc, car regardons la réalité en face, les adaptations sérieuses de la légende, quelle que soit leur qualité (souvent moyenne tout de même), ne se sont que très peu démarqué. Et cette dernière ne déroge pas a la règle à cause de son manque d’ambition et d’enjeu qui le rend très oubliable malgré ses qualités non discutables, enterrant très probablement les chances d’une suite potentielle.

Bande-annonce Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur

Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur – Fiche technique

Réalisateur: Cyril Gelblat
Scénario : Joby Harold, Guy Ritchie, David Dobkin et Lionel Wigram,
Interprétation : Charlie Hunnam, Astrid Berges Frisbey, Jude Law

Musique : Daniel Pemberton

Photographie : John Mathieson

Décors : Gemma Jackson

Direction artistique : Thomas Brown

Costumes : Annie Symons
Producteurs : Akiva Goldsman, David Dobkin, Joby Harold, Guy Ritchie, Tory Tunnell et Lionel Wigram
Société de production : Safehouse Pictures, Village Roadshow Pictures, Warner Bros., Weed Road Pictures et RatPac-Dune Entertainment
Distributeur : Warner Bros
Durée : 126 minutes
Genre: Action, aventure
Date de sortie : 17 mai 2017

Américain, australien, britannique – 2017

Auteur : Yvan Ribollet

 

Quinzaine des réalisateurs : Alive in France profite de la folle énergie d’Abel Ferrara

Abel Ferrara est un personnage si excentrique et incontrôlable que le seul capable de le filmer, ne pouvait être que lui-même. Derrière ce constat, se cache Alive in France, fragment de vie qui ne lorgne heureusement jamais du coté du pur exercice narcissique mais bien de celui d’un homme qui cherche ici à s’assumer en tant que prisonnier de l’image qu’il a lui-même créé…

Synopsis : Abel Ferrara intervient dans une rétrospective de ses films et donne une série de concerts, en France, dédiés aux chansons et à la musique de ses films. Les préparatifs de ces événements avec sa famille et ses amis forment le matériau de cet autoportrait, montrent une autre facette du réalisateur de Bad Lieutenant et The King of New York. Sur scène, au Metronum à Toulouse et au Salò Club à Paris en octobre 2016, Ferrara est rejoint par des complices, parmi lesquels : le compositeur Joe Delia, l’acteur-chanteur Paul Hipp et sa propre épouse, l’actrice Cristina Chiriac…

film-documentaire-musical-Abel-Ferrara-cannes2017-quinzaine-des-realisateursUne orientation pour le moins singulière et à l’image du métrage puisque ce que nous donne à voir Abel Ferrara n’est rien de moins qu’un mélange entre le making-off d’une tournée musicale et un film de vacances dont la cohérence narrative n’a guère sa place. De ce mélange hétéroclite, lui-même vecteur d’une approche plus personnelle du documentaire, Ferrara en tire ironiquement un portrait qui se focalise non pas sur les remarques déplacées qu’il peut lâcher de temps à autre, mais bien sur le rapport qu’il entretient avec son public dès lors que ce dernier reconnait le cinéaste dans la rue. Puisque non, Ferrara n’est pas devenu un de ces auteurs prétentieux ni une star hautaine qui refuseraient de se mêler aux petites gens. Bien au contraire, il aime le contact et encore plus celui qui donne lieu à des échanges, ou des histoires à raconter. En ça, le film passionne,  en ce qu’il diverge du road-trip prétentieux d’Agnès Varda montré hier qui se contentait de ressasser les succès de cette grande dame du cinéma ; quand le réalisateur de Bad Lieutenant fait justement preuve d’une extrême humilité à propos de lui-même. Un fait d’autant plus amusant qu’il contraste avec l’extrême exigence dont fait preuve l’artiste dès lors que le film commence à le suivre pendant ses répétitions musicales.

Reste que l’orientation prise par Ferrara clivera forcément, puisque il reviendra à chacun de juger si la volonté de reconversion en rock star du cinéaste à la soixantaine bien tassée est un acte de courage ou d’arrogance. Le fait est que derrière cette interrogation, se cache un fait qui a son importance : le  voir  incapable de faire cette transition autrement que par le prisme d’un documentaire est bien la preuve qu’il reste malgré tout un homme de cinéma. Pourtant, pour qui a déjà rencontré Abel Ferrara, il apparait que c’est un homme débordant de cet esprit rock’n roll, faisant de lui un alter-ego de Keith Richards. Son film ne nous permet pleinement pas d’évaluer la réelle qualité de ses prestations musicales mais éveille cependant notre curiosité au point d’espérer qu’une seconde tournée dans cette France qui l’aime tant soit déjà prévue. Le rock vintage qu’il nous laisse entendre ne fera pas de lui une icône pop mais si ces fans voient son film, il peut s’assurer de remplir des salles. Et c’est bien ce qu’on lui souhaite.

[Quinzaine des réalisateurs] Alive in France

Un film de Abel Ferrara
Avec Abel Ferrara, Anna Ferrara, Dounia Sichov
Distributeur : /
Durée : 1h19
Genre : Musical, Documentaire

France – 2017

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Cannes 2017 : Téhéran Tabou (Tehran Taboo) choquera moins les festivaliers que les Ayatollahs

Depuis vingt ans qu’il a quitté son Iran natale, avec Téhéran Tabou (Tehran Taboo), Ali Soozandeh semble en avoir encore beaucoup à dire sur ce pays écrasé sous le poids des traditions théologiques. A moins que le fait qu’il n’y vive plus lui en donne une image biaisée.

Synopsis : Téhéran est une ville schizophrène dans laquelle le sexe, la corruption, la prostitution et la drogue coexistent avec les interdits religieux. Dans cette métropole grouillante, trois femmes de caractère et un jeune musicien tentent de s’émanciper en brisant les tabous…

Teheran-Tabou-film-animation-Tehran-Taboo-semaine-de-la-critiqueOn pourrait croire que, ce qui saute aux yeux en premier, c’est le caractère rotoscopique des personnages à l’écran, mais non. Avant même de prendre conscience qu’il ne s’agit pas d’acteurs en chair et en os, c’est la dimension malsaine des rues de Téhéran, peuplées de prostituées dont une à son fils handicapé auprès d’elle, qui se dégage des premières images de Tehran Taboo. Le choix de l’animation, que certains auraient pu qualifier de superficielle, est donc presque imperceptible au regard de la portée du propos politiquement incorrect. Il semble que le coup d’éclat de Valse avec Bachir ait ouvert le bal d’un cinéma d’animation moyen-oriental engagé, mais ce qui est sûr c’est qu’en termes de style visuel, celui adopté par Soozandeh est très proche de celui du film d’Ari Folman.

Que raconte-t-il en fin de compte ? C’est peut-être du côté de l’écriture que son dispositif pêche le plus. Très faible en termes d’intrigue, son scénario repose essentiellement sur des études de caractère à travers plusieurs personnages qui, eux en revanche sont bien écrits. Mais l’intention dénonciatrice du réalisateur s’immisce dans chaque scène, chaque ligne de dialogue, à un point que l’image dépréciative qu’il veut donner de l’Iran finit par en devenir outrancière et vulgaire. Si encore le film avait su développer un humour caustique plutôt que de flirter par moments avec un misérabilisme de mauvais goût, il aurait pu s’agir d’une œuvre méchamment corrosive. Il semble cependant que la haine profonde qu’alimente le réalisateur pour la théocratie hypocrite dans laquelle il a grandi pèse sur le propos socio-politique de son premier long-métrage. Espérons pour lui qu’il saura faire preuve de plus de légèreté lors de ses prochaines réalisations s’il ne veut qu’elles soient, comme Tehran Taboo, condamnées à être échangées sous le manteau par les premiers concernés par ce qu’il raconte.

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[Semaine de la critique] Tehran Taboo

Un film de Ali Soozandeh
Avec Elmira Rafizadeh, Zahra Amir Ebrahimi, Arash Marandi en rotoscopie
Distributeur : ARP Sélection
Durée : 1h36
Genre : Animation, Drame

Allemand, Autrichien – 2017

Tehran Taboo : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Promised Land, road-trip musical brillant dans une Amérique en déclin

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Promised Land d’Eugene Jarecki mêle avec génie la vie d’Elvis Presley et le portrait d’une Amérique en pleine crise identitaire.

Synopsis : Au volant de la Rolls Royce de 1963 d’Elvis Presley, PROMISED LAND nous entraîne dans une balade musicale sur les routes américaines, durant la campagne électorale de 2016, pour essayer de comprendre comment un garçon issu d’une petite ville s’est perdu en chemin puis est devenu le King tandis que son pays, qui fut une démocratie, est devenu Empire.

promised-land-documentaire-cannes2017- Eugene-Jarecki-volant-Rolls-Royce-1963-Elvis- PresleyQuelle folle ambition ! A travers une traversée des États-Unis à bord de la Rolls-Royce ayant appartenu au King en 1963, Eugene Jarecki dresse autant le portrait nuancé de la légende du rock’n’roll que celle de son pays en pleine incertitude à l’approche des dernières élections présidentielles américaines. Il faut dire que le documentariste a eu une inspiration bien sentie lorsqu’il a pris conscience que l’histoire d’Elvis était considérablement liée à celle de son pays. Plus encore, il y a vu la parfaite métaphore de l’ascension et de la chute du chanteur et anticipe les doutes et craintes de ses concitoyens sur son pays. Il ne s’agit de rien d’autre que de la mort du rêve américain. Promised Land exploite avec brio les témoignages de célébrités ou d’inconnus, justes et sincères, partisans et opposés, réfléchis et impulsifs. Tous ces échanges débordent de réflexion, d’humour, de conviction, de passion et de détresse. Promised Land semble ainsi universel en tout point tant il partage les points de vue de tous horizons et les met en parallèle avec le portrait de la plus grande idole des États-Unis et de l’empire dans lequel il évolue. Mais derrière le personnage au sourire ravageur et dansant « comme un noir« , il y avait le mal-être de l’homme en pleine crise existentielle. A une époque où le pays est en pleine explosion économique et capitaliste, Elvis Presley perce dans le milieu de l’industrie musicale et deviendra une figure inséparable de l’image des États-Unis à travers le monde. Il reniera ainsi toute opinion et personnalité au détriment du devoir son pays et de l’argent que celui-ci lui donne.

C’est dans la première partie du film que le parcours du chanteur est le plus fidèlement détaillé et discuté à travers différents témoignages, notamment ceux pour qui il n’a jamais rien signifié. Promised Land prend un virage radical à mi-parcours dès lors qu’il croise véritablement les premiers éléments de la réussite d’Elvis en parallèle du libéralisme prégnant des États-Unis. Car la vitalité personnelle et artistique du chanteur sera détournée par le cocktail destructeur du pouvoir et de l’argent, à l’instar des États-Unis qui ont vu leur propre santé sapée par un capitalisme impitoyable et le détournement du bien commun au profit d’intérêts privés. Le documentaire n’oublie pas de rappeler que cette « terre promise » a été bâtie sur les fondements du colonialisme, de l’esclavagisme, de l’apartheid et de l’argent, celui-là même qui participera à la mort soudaine d’Elvis. Derrière des milliers d’heures de rushs captées, Eugene Jarecki en a gardé le meilleur pour construire un récit qui évoque le passé, le présent, la politique et la culture de la figure d’Elvis Presley au sein de la première puissance mondiale que le documentariste juge comme étant devenu un empire. Un travail titanesque qui fait de Promised Land un très grand documentaire et déjà un incontournable de cette année. Nul doute qu’il continue sa route jusqu’aux prochains Oscars.

[SÉANCES SPÉCIALES] Promised Land

Un film de Eugene Jarecki
Avec Eugene Jarecki, Ethan Hawke, Ashton Kutcher
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers
Durée : 1h57
Genre : Documentaire
Date de sortie : Prochainement

États-Unis – 2017

Promised Land : Bande-annonce

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