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Cannes 2017 : Le Jour d’après de Hong Sang-soo a-t-il mis tout le monde d’accord ?

Aux antipodes des univers colorés propres au Président du Jury, Le Jour d’Après de Hong Sang-Soo est un travail en noir et blanc d’une précision telle que l’on n’en avait plus vu depuis longtemps. Un film d’une sensibilité folle de celui qui confirme sa réputation de « Rohmer coréen ».

Synopsis : Areum s’apprête à vivre son premier jour de travail dans une petite maison d’édition. Bongwan, son patron, a eu une relation amoureuse avec la femme qu’Areum remplace. Leur liaison vient de se terminer. Ce jour-là, comme tous les jours, Bongwan quitte le domicile conjugal bien avant l’aube pour partir au travail. Il n’arrête pas de penser à la femme qui est partie. Ce même jour, la femme de Bongwan trouve une lettre d’amour. Elle arrive au bureau sans prévenir et prend Areum pour la femme qui est partie…

geu-hu-le-jour-d-apres-comdie-dramatique-cannes2017-film-Hong-Sang-soo-competitionEnfin un peu de sobriété dans la filmographie de Hong Sang-Soo ! Après les expérimentations spatio-temporelles de Un jour avec, un jour sans, le réalisateur revient à un récit d’une extrême simplicité puisque celui-ci se déroule, jusqu’à la dernière demi-heure, sur une seule et unique journée. Pas plus de quatre acteurs et à peine davantage de décors. Il n’en faut paws plus à l’auteur pour mettre en place un vaudeville exquis, servi par des acteurs et des dialogues remarquables. Kwon Hae-hyo, qu’il avait déjà dirigé dans Yourself and Yours, et Kim Min-hee, compagne du cinéaste vue également dans Mademoiselle, forment un couple d’une sensibilité à fleur de peau. C’est ainsi que les voir converser sur la situation du mariage de cet homme volage nous plonge dans des tourments émotionnels connus de tous tels que le besoin de se confier sur soi… et plus si affinités.

Le Jour d’Après reste au demeurant d’un triangle amoureux à rajouter à la liste des longs-métrage de cet afficionado de la Nouvelle Vague, mais ici les choses sont un peu plus compliquées que cela, puisque la jeune fille qui se retrouve prise au piège entre les deux époux n’est pas la maitresse mais sa remplaçante professionnelle. C’est de cette méconnaissance de la situation adultérine que vont naitre tous les savoureux dialogues qui tâcheront de remettre les choses dans l’ordre. Le soin apporté à la photographie en noir et blanc ajoute de plus une certaine pudeur dans l’expression des sentiments mais aussi et surtout une part de mélancolie qui vient rendre ceux-ci plus graves. Sans cette pesanteur visuelle, que viennent durcir les scènes où Kwon Hae-Hyo se retrouvent seul face au poids de sa culpabilité, on se dit que l’on n’aimerait pas être à la place de Bongwan, car là il aurait pu passer pour un coureur de jupons incapable de reconnaitre ses torts, il apparait comme un être à bout, sur qui même la plus féministe des spectatrices s’apitoiera. C’est sans doute dans sa façon de jouer avec cette empathie sans jamais être larmoyant, plus que dans l’écriture de ses dialogues (magnifiques mais dont la finalité est un peu facile, au point de ne pas se suffire à elle-même), que HSS se révèle être un petit malin.

Hong Sang-Soo signe très certainement l’un de ses films les plus profonds car l’un des plus délicats, preuve qu’il faut peu de moyen pour être un grand cinéaste. Le jury cannois se laissera-t-il toucher par son talent ? Il semble en tout cas que la Croisette soit déjà sous le charme.

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[EN COMPÉTITION] Le jour d’après (Geu-Hu)

Un film Hong Sang-soo
Avec Kim Min-Hee, Hae-hyo Kwon, Kim Saeybuk
Distributeur : Capricci / Les Bookmakers
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : 18 octobre 2017

Sud Coréen – 2017 

Le jour d’après (Geu-Hu) : Bande-annonce

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Cannes 2017 : A travers Rodin, Vincent Lindon sublime son modèle

Initialement prévu pour être un documentaire, Rodin est finalement une fiction que Jacques Doillon a eu la bonne idée de confier à Vincent Lindon, qui s’efface derrière le sculpteur dans un biopic qui s’axe sur la délicate question de la création artistique. Magistral.

Synopsis : À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’Etat : ce sera La Porte de L’Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme Le Baiser et Le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne…

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Classique sur la forme, encore que la qualité impressionniste de la photographie de Christophe Beaucarne (également à Cannes pour le Barbara d’Amalric) est resplendissante, le nouveau film de Jacques Doillon est une œuvre très personnelle dans ce sens où on ressent aisément qu’il a mis beaucoup de lui dans l’évocation de cet artiste en fin de carrière dont les remises en question vont le mener inconsciemment à redéfinir son art. Un but à atteindre pour tout créateur qui est étrangement le cœur d’un autre film de la compétition, à savoir Le Redoutable. Il semble prévisible que cette coïncidence va nuire à la reconnaissance cannoise de Rodin, tant il paraît évident que les festivaliers seront davantage touchés par le travail de Godard que par celui d’un lointain sculpteur qui, au-delà des cercles initiés, n’est, semble-t-il, connu que des français.

Et pourtant, le parti-pris de Doillon est exceptionnel : il met la création artistique au cœur de tous les enjeux, au point de faire du personnage principal un être monomaniaque difficile à appréhender. Le travail d’Auguste Rodin n’est évidemment qu’une question de regard et de quête d’inspiration,  tout comme l’était tout autant sa vie amoureuse, à notre surprise. Sa relation adultérine avec Camille Claudel (Izia Higelin, rayonnante elle aussi) n’est elle pas filmée de façon à vouloir réhabiliter l’homme après plusieurs films l’ayant présenté comme un ogre possessif, mais insiste sur la façon qu’ils avaient l’un l’autre de s’inspirer, une addiction qui va déranger son ego à elle, la poussant à partir et le plongeant, lui, dans une terrible tourmente. On le verra ensuite chercher vainement la flemme dans des relations sexuelles toujours plus vénales, au grand dam de sa compagne, Rose (Séverine Caneele, irréprochable d’humilité et de justesse dans l’exploitation de son non-sex-appeal), mais ses tourments n’aboutiront à rien d’autre qu’aux prémices de l’art moderne.

Formidable film d’acteurs, magnifique interrogation sur l’Art et ses sources, sur le regard de l’artiste et celui du public, Rodin est une œuvre de cinéma majeure. Son accueil un peu froid sur la Croisette est le fruit de l’incompréhension des critiques internationales mais espérons que le jury saura apprécier sa beauté thématique qui dépasse de loin la seule performance de Vincent Lindon.

[COMPÉTITION OFFICIELLE] Rodin

Un film de Jacques Doillon
Avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h59
Genre : Biographie, Drame, Romance
Date de sortie : 31 Août 2017

France, Belgique – 2017

Rodin : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Après la Guerre, un drame familial et politique bouleversant

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Annarita Zambrano évoque la génération italienne post-activisme d’extrême gauche des années 80 et les conséquences actuelles dans Après la Guerre, un premier film poignant.

Synopsis :  Bologne, 2002. Le refus de la loi travail explose dans les universités. L’assassinat d’un juge ouvre des vieilles blessures politiques entre l’Italie et la France. Marco, ex-militant de gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis 20 ans grâce à la Doctrine Mitterrand, est soupçonné d’avoir commandité l’attentat. Le gouvernement italien demande son extradition. Obligé de prendre la fuite avec Viola sa fille de 16 ans, sa vie bascule à tout jamais, ainsi que celle de sa famille en Italie qui se retrouve à payer pour ses fautes passées…

festival-cannes-2017-apres-la-guerre-film-selection-un-certain-regard-Charlotte-CetaireFort de son expérience dans le court métrage (une dizaine dont Ophelia, sélectionné en 2013 dans la Compétition Court Métrage à Cannes) et lauréate 2015 de la Fondation GAN qui soutient les projets de jeunes réalisateurs, Annarita Zambrano est assurément l’une des révélations de la sélection Un Certain Regard avec Après la Guerre, son premier long métrageAprès la Guerre traite des conséquences d’un ancien activiste italien du milieu des années 80 qui doit faire face à son passé, le jour où un meurtre politique en Italie fait resurgir les vieux démons d’une famille brisée par le meurtre d’un juge. Entre l’Italie et la France, Annarita Zambrano explore l’histoire de son pays à travers les nouvelles générations, victime collatérale d’une guerre qui ne lui appartenait pas et qui a dû payer pour les fautes des autres. Car derrière la bêtise de ces actions vaines et cruelles se cachent trente ans de souffrances, de familles brisées et d’absence de réponses. Plus encore, ce bouleversement affecte même les carrières de ces personnes qui traînent ce passé comme un boulet dont on ne peut s’en défaire sans avoir à faire des sacrifices. C’est ce que vit le personnage de l’ex-activiste et désormais intellectuel Marco (puissant Giuseppe Battiston, aux allures d’Orson Welles) prêt à tout abandonner derrière lui pour conserver sa liberté, quitte à sacrifier sans remords le parcours que s’était tracé sa fille. C’est dans ce conflit entre un père et son enfant que se dresse in fine le reflet d’une société italienne tiraillée par l’amertume des nouvelles générations face à leur histoire. Dans sa fuite, Marco cherche tout de même une rédemption dans ses actions, en acceptant une interview avec un journal national. Une manière de revendiquer sa position politique et son absence de regrets, comme s’il se savait condamné. Sans doute parce qu’au fond de lui, il l’est déjà.

Annarita Zambrano offre un traitement délicat de ce brûlot politique qui continue de déchaîner en Italie au même titre qu’elle saisit avec finesse la confrontation des générations qui paient chacun à leur manière le prix des erreurs passés. A l’image, la cinéaste italienne qui atteste de son manque de connaissance en technique cinématographique profite de sa collaboration avec le directeur de la photographie Laurent Brunet (Irréprochable, Séraphine) pour oser le format Scope qui semble enfermer les personnages. Tout est resserré et les ouvertures se font rares, ce qui participe au climat fiévreux qui accentue les tensions aussi bien en Italie qu’en France. A cela s’ajoute la musique de Grégoire Hetflex d’une beauté sidérante qui participe sans lourdeur à la réussite de ce drame poignant. Tout semble ainsi maîtrisé avec le recul et la justesse nécessaire – quoiqu’un peu classique – mais c’était sans compter le dénouement simpliste qui empêche le film de s’imposer comme le favori au Prix Un Certain Regard 2017. Qu’à cela ne tienne, Après La Guerre s’impose comme un bouleversant drame politique et familial, traité avec l’intelligence, la finesse et la maîtrise d’une cinéaste qui pourrait en revanche bien séduire le jury de la Caméra d’Or.

[UN CERTAIN REGARD] Après La Guerre

Un film de Annarita Zambrano
Avec Charlotte Cétaire, Giuseppe Battiston, Barbora Bobulova
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement

France – 2017

Après La Guerre : Bande-annonce

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Live by Night, le dernier Ben Affleck débarque en DVD et Blu-ray

Sortie en DVD et Blu-ray ce mercredi 24 mai 2017 du film Live by Night, de Ben Affleck. Adaptation du roman éponyme de Dennis Lehane, le long métrage suit le parcours tumultueux d’un homme en quête de paix dans l’univers violent de la Mafia, et face aux bouleversements et ténèbres des États-Unis des années 20.

Synopsis : Boston, dans les années 20. Malgré la Prohibition, l’alcool coule à flot dans les bars clandestins tenus par la mafia et il suffit d’un peu d’ambition et d’audace pour se faire une place au soleil. Fils du chef de la police de Boston, Joe Coughlin a rejeté depuis longtemps l’éducation très stricte de son père pour mener une vie de criminel. Pourtant, même chez les voyous, il existe un code d’honneur que Joe n’hésite pas à bafouer : il se met à dos un puissant caïd en lui volant son argent et sa petite amie. Sa liaison passionnelle ne tarde pas à provoquer le chaos. Entre vengeance, trahisons et ambitions contrariées, Joe quittera Boston pour s’imposer au sein de la mafia de Tampa…

Ce mercredi 24 mai 2017 sort en DVD et Blu-ray chez Warner le dernier film de Ben Affleck, Live by Night, débarqué dans nos salles en janvier cette année. L’occasion de redécouvrir le beau long métrage d’Affleck, spectacle de gangster, mais aussi, à l’image des œuvres de Dennis Lehane adapté ici, un film sur l’Amérique.

D’après Dennis Lehane…

Adaptation du deuxième roman de la trilogie Coughlin de Dennis Lehane, Live by Night souffre probablement d’un manque de confiance d’Affleck en Affleck, dixit le critique et essayiste Guillaume Méral. Car les partis pris ne sont jamais pleinement assumés, jamais réellement pris donc. On pense à la voix-off, très présente dans la partie Bostonienne du film, un peu moins au début de celle en Floride. Et puis, elle vient, et va, de temps en temps. Pourquoi ce besoin de la voix-off ? Probablement pour unifier un récit très rapide dans son enchainement dramatique, du début du film jusqu’à l’arrivée en Floride. Et pourtant, Affleck n’en a pas besoin. Ni en tant que conteur, ni en tant qu’acteur. Le choix du réalisateur-scénariste s’avère être plus néfaste que bénéfique pour son œuvre. La voix-off s’avère être un commentaire surexplicitant les mouvements et enjeux déjà parfaitement captés et narrés par la réalisation et le montage d’Affleck. De quoi avait-il peur ? Que le public n’arrive pas à suivre ? Come on, Ben !

« Make America Great Again »

– slogan d’un lourdaud à la perruque facile aujourd’hui chef d’état

Le contexte du film d’Affleck, comme celui du roman, prend place dans les années 20 avec son grand nombre de bouleversements. Et force est de constater que ces échos du passé mis en scène par l’écrit et le cinéma nous renvoient à notre présent. Mais surtout, l’œuvre fait le portrait d’une Amérique emplie de vie et d’énergie, mais aussi figée dans des idéologies fumeuses et dangereuses. Un pays en mouvement politiquement, à l’image des familles mafieuses de Boston. Les petites histoires côtoient la grande, parfois la fondent, d’autres fois la subissent (la prohibition). Le personnage d’Affleck, Joe Coughlin, n’a pas juste à subir la violence de son milieu. Le propos est bien plus large que le cercle mafieux. L’extrémisme religieux guidé des vêtements blancs, la corruption des responsables faisant bonne figure ou croyant dur comme fer à un code d’honneur, ou encore la réalité obscure de la machine à rêves hollywoodienne… Ou encore le premier grand amour de Joe et sa mort… Le film d’Affleck semble capter les illusions de l’Amérique, à grande et petite échelle, ainsi que ses violences, des dégénérés du Ku Klux Klan à la folie vengeresse d’un père endeuillé, en passant par un chef mafieux qui sait éperdument que son fils, un idiot fini, ne saura jamais porter son empire sur ses épaules dans la suite du siècle. Son héros lui, va apprendre rapidement à ne plus se faire d’illusions, même si, comme sa femme le lui fera remarquer, il se fera passer pour un autre qu’il n’est pas, un gangster. Joe va ainsi tout faire pour fuir ces illusions et son rôle dans ces tableaux. La paix, l’évidence, l’amour, la vie… La quête de Joe ne sera pas facile. Mais comme l’expose Ben Affleck dans sa réalisation (parfois de manière maladroite faute à une musique grandiloquente de Gregson-Williams), elle n’est en rien utopique, niaise, ni idiote. Ceux qui vivent la nuit (titre français du roman) est ainsi l’histoire d’un homme qui veut fuir cette nuit où les projections d’illusions, d’images euphoriques fusent et les puissances obscures errent; pour vivre dans le jour, dans et sous la lumière.

Bande-Annonce : Live by Night

Live by Night, un film de Ben Affleck – 2017 – Warner Bros.

Sortie en DVD et Blu-ray le mercredi 24 mai 2017.

En téléchargement définitif le 18 mai.

Bonus :
– Les homes de Live By Night
– L’auteur prolifique de Live By Night
– Les anges aux figures sales : les femmes de Live By Night

– Gros plan : comment réaliser une course-poursuite

– Scènes coupées

– Scènes coupées avec commentaire audio
– Commentaire audio du Réalisateur

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Cannes 2017 : Vers La Lumière, Naomi Kawase ne nous illumine pas

Suite au succès international de ses Délices de Tokyo, on aurait aimé que Kawase reste une cinéaste au style très personnel et aux thématiques très niponnes, mais elle revient avec un Vers La Lumière dont le récit est aussi convenu qu’une romance bateau et le propos aussi universel que la solitude des aveugles.

Synopsis : Misako aime décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescriptrice de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit…

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Assurément, le travail d’une audiodescriptrice était un postulat très intéressant dans ce qu’il allait permettre à Naomi Kawase de dire par rapport à son amour du cinéma, cet art où elle a su mêler les mots et les images pour faire transparaitre à l’écran des sentiments et autres ressentis difficiles à figurer. Ce point de départ ne restera qu’un prétexte à une énième rencontre entre cette femme et un homme. Ce dernier, souffrant d’une cécité dévorante a dû renoncer à sa passion, la photographie. Tel est le sujet qui va rapprocher ces deux personnalités au demeurant opposées et les mener, sans grande surprise, vers un amour qui l’aidera à se reconstruire. De ce pitch qui fleure la guimauve, la cinéaste fait le choix de ne s’accrocher qu’au point de vue de son héroïne, appuyant ainsi un peu trop son discours de bonne volonté et sa motivation de « vouloir tout ressentir pour le faire partager » et au risque de faire, inversement, passer le photographe pour quelqu’un de ronchon.

Entre une femme qui semble un peu cruche et un homme antipathique, le spectateur ne sait pas à qui se raccrocher. Ne lui reste que les belles images qu’il sait pouvoir attendre de Kawase, mais là encore, la cinéaste n’a pas su donner un éclat renversant à son image. Encore peut-on parler de la beauté solaire de certains plans en extérieur, mais nous sommes loin du charme de son magnifique Still The Water. La beauté de la musique d’Ibrahim Maalouf perd elle aussi de sa magie à force d’être omniprésente. Reste alors la qualité propre aux deux acteurs, Masatoshi Nagase (bien connu des fans de Jim Jarmusch) et Ayame Misaki (une star locale parait-il), mais on reste pantois devant le manque d’effort  de Naomi Kawase pour rendre son film plus touchant. Peut-être le générique de fin nous donne-t-il une piste en nous faisant comprendre qu’il valait mieux avoir vu le film en audiodescription pour nous faire monter les larmes aux yeux?

Vers La Lumière : Bande-annonce

[COMPÉTITION OFFICIELLE] Vers la lumière

Un film de Naomi Kawase
Avec Tatsuya Fuji, Mantarô Koichi, Ayame Misaki
Distributeur : Haut et Court
Durée : 1h41
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 20 Septembre 2017

Japon, France – 2017

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D’Ivanhoé à James Bond : décès de l’acteur britannique Roger Moore

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Le Britannique Roger Moore, troisième acteur à avoir endossé les habits de James Bond, vient de mourir à l’âge de 89 ans.

Sir Roger Moore (il a été anobli par la Reine Elizabeth II en 2003) a débuté sa carrière à la télévision après avoir étudié à la Royal Academy of Dramatic Art. Sa première apparition sera dans une dramatique en direct, The Governess, en 1949. Après une brève carrière de mannequin au début des années 50, il signera un contrat avec la MGM en 1954, ce qui lui permettra de tenir des petits rôles dans des films de second plan.

Succès télévisés

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Sa carrière d’acteur débutera vraiment en 1958 lorsqu’il décrochera le rôle principal de la série Ivanhoé, adaptation, en 39 épisodes de 25 minutes et en noir et blanc, du fameux roman de Walter Scott. Il y incarne un chevalier du XIIème siècle qui combat contre le Prince Jean, frère félon de Richard Cœur de Lion.

Le succès d’Ivanhoé permettra à Roger Moore d’enchaîner les séries : The Alaskans (série western de 37 épisodes d’une heure) et Maverick (les deux séries étant tournées en même temps). Puis, il décrochera le rôle de Simon Templar, alias Le Saint, dans l’adaptation des romans de Leslie Charteris. Le succès de la série (qui compte 118 épisodes, en six saisons) assurera la renommée internationale de Roger Moore, surtout dans des rôles de dandy séducteur un brin sarcastique. L’acteur sera réputé pour apporter de l’humour et du charme dans des intrigues d’espionnage suaves.

Cette renommée permettra à Moore d’obtenir un salaire inouï, à l’époque, d’un million de livres sterling pour la série suivante, Amicalement Vôtre (The Persuaders), dont il partagera l’affiche avec Tony Curtis. Là encore, humour et action se mêlent, en visant, une fois de plus, non seulement le public britannique, mais surtout le marché international : duo d’acteurs anglo-américain, tournages en France, etc.

James Bond

En 1966, après On ne vit que deux fois, Sean Connery laisse entendre qu’il arrêtera de tenir le rôle de James Bond. Roger Moore, en plein succès de la série Le Saint, dont il est alors l’un des producteurs, ne peut se libérer pour le rôle et ce sera l’acteur australien George Lazenby qui endossera l’habit du célèbre espion en 1969 dans l’excellent Au Service secret de Sa Majesté (avec une autre star de la télévision britannique, Diana Rigg, la Mrs. Peel de Chapeau melon et bottes de cuir). Le film sera un échec et Sean Connery acceptera de tourner un autre épisode de la série, Les Diamants sont éternels.

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En 1972, la série Amicalement Vôtre, qui sera un échec commercial aux États-Unis, est arrêtée après seulement 24 épisodes. Libéré de ses obligations télévisuelles, Moore peut accepter de tenir pour le grand écran le rôle du célèbre espion créé par Ian Fleming, ce qu’il fera dans sept films. Il essaiera d’imposer alors ce qui avait fait son succès à la télévision, un mélange d’humour, de charme et d’action dans une ambiance décontractée. Hélas, après un début plutôt remarqué (Vivre et laisser mourir, et surtout L’espion qui m’aimait, sûrement le meilleur James Bond tourné par Moore), la série s’enfonce petit à petit dans l’ennui ou le ridicule (Moonraker), malgré la présence de seconds rôles souvent prestigieux (Michael Lonsdale, Christopher Lee, Christopher Walken…).

En parallèle, Roger Moore tournera dans quelques productions qui rencontreront un certain succès, des films de guerre essentiellement (Les Oies sauvages, Les Loups de haute-mer, Le Commando de Sa Majesté).

A sa dernière apparition en tant que James Bond, en 1985 (Dangereusement vôtre, titre français qui tente de surfer sur le succès de la série Amicalement vôtre), Moore a presque 60 ans. Il reste cinq ans sans tourner puis, ensuite, reviendra au cinéma et à la télévision, surtout en guest star. A partir des années 2000, il donnera surtout de son temps à l’UNICEF, dont il sera « ambassadeur de bonne volonté », un rôle auquel il avait été sensibilisé par son amie Audrey Hepburn. Une de ses dernières apparitions sera politique : en 2011, il soutiendra le premier ministre britannique David Cameron.

Décédé en Suisse ce 23 ami 2017, il restera attaché à l’image d’un dandy séducteur jouant à l’espion de façon décontractée, un rôle auquel il a consacré une bonne partie de sa carrière.

Cannes 2017 : La familia, une convaincante chasse à l’homme vénézuélienne

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Passage au long métrage réussi pour Gustavo Rondón Córdova qui dresse un tableau âpre du Venezuela à travers la fugue d’un père et de son fils, menacé de mort, dans les rues de Caracas.

Synopsis : Pedro, 12 ans, erre avec ses amis dans les rues violentes d’une banlieue ouvrière de Caracas. Quand il blesse gravement un garçon du quartier lors d’un jeu de confrontation, son père, Andrés, le force à prendre la fuite avec lui pour se cacher. Andrés découvre son incapacité à contrôler son fils adolescent mais cette nouvelle situation rapprochera père et fils comme jamais auparavant.

festival-cannes2017-la-familia-semaine-de-la-critique-film-Gustavo-Rondon-CordovaLe vénézuélien Gustavo Rondón Córdova jouit déjà d’une certaine notoriété internationale puisqu’il avait été repéré à la Berlinale en 2012 avec son cinquième court métrage, Nostalgia. Avec La familia, il réalise son premier long métrage et évoque la difficulté des relations familiales dans un pays qui fascine autant qu’il répulse par sa dangerosité. A l’instar de cette chasse à l’homme, il apparaît évident que la vie quotidienne semble être une épreuve de survie tant la violence s’est accaparée des rues et des favelas du pays. Caracas est une capitale qui comporte logiquement une hiérarchie des classes sociales où les plus riches vivent sur le dos des plus pauvres, qui n’ont donc que la violence pour tenter d’exister. En l’absence des parents constamment retenus au travail pour tenter de subvenir à leurs vies, les enfants délaissés s’abandonnent à une fureur banale, ce qui apporte une dimension attraction/répulsion du pays assez intéressante dans son approche. Gustavo Rondón Córdova porte un regard troublant au sein de la sphère intime d’une relation entre un père et son fils, l’un tentant tout pour le protéger alors que l’autre est propulsé crûment dans l’âge adulte. Au delà d’un échappatoire pour leur survie, cette situation va les amener à se retrouver et à s’entendre. Le père sera un professeur pour son fils qui lui apprendra à être débrouillard et bricoleur pour s’en sortir dans la vie, en tentant de l’éloigner des groupes corrompus par la criminalité. Ce travail sur soi pour les deux hommes sera alors le point de départ pour une nouvelle vie et un nouveau foyer, loin de toute cette cruauté gratuite. Autant dans sa mise en scène que dans sa narration, La familia n’entend pas révolutionner le cinéma et se repose sur des facilités scénaristiques préétablies. Mais ce premier long métrage a pour mérite de montrer le reflet d’un pays qui tente de se sortir de son climat brutal. Avec son approche juste et humaine d’une relation père/fils, La familia est un film qui saisit l’essence du climat fiévreux qui règne au Venezuela. Un coup d’essai réussi.

[SEMAINE DE LA CRITIQUE] La familia

Un film de Gustavo Rondón Córdova
Avec Giovanny García, Reggie Reyes
Distributeur : /
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : /

Venezuela, Chili, Norvège– 2017

La familia : Bande-annonce

https://vimeo.com/217366720

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Cannes 2017 : Out, un premier film slovaque touchant mais anodin

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Premier film slovaque présenté dans la sélection Un Certain Regard, Out de György Kristóf est un premier essai attachant mais loin de marquer les esprits.

Synopsis : Après avoir perdu son travail dans une centrale électrique d’un petit village slovaque, Agoston, un homme de 50 ans, cherche à se rendre en Lettonie pour devenir soudeur dans un chantier naval. Au fil des rencontres, ce voyage lui permettra de changer de philosophie de vie et de tout faire pour réaliser son rêve : pêcher un gros poisson de mer… 

cannes2017-out-film-un-certain-regard-Gyorgy-KristofOut est le film des premières fois. D’un côté, il s’agit du premier long métrage de György Kristóf et de l’autre de la première sélection à Un Certain Regard d’un film co-produit par la Slovaquie. Avec ce film de fin d’études à l’Académie du Film de Prague, le cinéaste hongrois d’origine slovaque a tenu raconter une partie de sa vie à travers le personnage d’un quinquagénaire, obligé de quitter son pays pour aller en Lettonie trouver du travail. Mûrissant le rêve de pêcher un gros poisson, il va être pris dans un engrenage qui lui fera découvrir le folklore letton et l’amener à redécouvrir une part de soi-même. Pour ses débuts, le réalisateur György Kristóf a tenu à évoquer son propre parcours, des difficultés et des rencontres, du moment où il a dû quitter son foyer jusqu’à l’atteinte de son rêve. Dans son périple, il sera amené à faire des rencontres éphémères mais toujours marquantes. Ce qui est touchant dans cette succession d’interactions est le jeu juste et émouvant de l’acteur Sandor Terhes qui parvient à être attachant en quelques sourires malicieux. On notera la beauté de nombreux plans notamment lorsque la caméra est embarquée à bord d’un bateau de pêche. Tout ceci est charmant, mais ne va pas plus loin que son postulat de départ, qui pêche par un déséquilibre des tons (tantôt dramatique, tantôt absurde, tantôt romantique sans jamais vraiment savoir où se situer) et le dénouement est d’une simplicité académique. Si Out ne transcendera pas les foules, on peut tout de même garder un œil sur ce cinéaste qui va évidemment profiter de cette exposition médiatique pour se lancer dans un nouveau projet, en espérant qu’il soit plus abouti. 

[UN CERTAIN REGARD] Out

Un film de György Kristóf
Avec Sandor Terhes, Judit Bárdos, Ieva Aleksandrova
Distributeur : Arizona Distribution
Durée : 1h28
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement

Slovaque, Français, Hongrois, Tchèque – 2017

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Cannes 2017 : The Villainess, un film d’action coréen jouissif et décomplexé

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Présenté en séance de minuit, The Villainess s’impose comme un grand huit cinématographique, jubilatoire et surexcité qui crie son amour de Kill Bill à Old Boy en passant par Hardcore Henry.

Synopsis : Depuis l’enfance, Sook-hee a été entraînée pour devenir une tueuse sans pitié. Lorsque Madame Kwon, chef du Service des renseignements sud-coréen, l’engage comme agent dormant, elle lui offre une seconde chance. “Donne-nous dix ans de ta vie, tu auras la liberté.” Sa nouvelle identité est Chae Yeon-soo, 27 ans, actrice de théâtre.
Avec la promesse d’une liberté complète en échange de servir son pays pendant 10 ans, Sook-hee commence une nouvelle vie. Pour cette femme qui a vécu comme tueuse, mener une existence normale n’est pas une tâche facile. Mais quand deux hommes entrent dans sa vie, les secrets de son passé sont dévoilés. 

The-Villainess-film-cannes2017-horscompetitionLa caméra s’avance, une porte s’ouvre et des dizaines d’ennemis sont face à elle. Le regard est en caméra subjective, un figurant se fait exploser la cage thoracique au pistolet et c’est le début d’une séquence impressionnante de cinq minutes où le cadre prend le regard de ce tueur hors-norme, en l’occurrence d’une tueuse. Les amoureux  du cinéma coréen verront dans cette introduction le penchant à la première personne de la fameuse scène du couloir de Old Boy de Park Chan-Wook. Le réalisateur casse alors toutes les règles du cinéma d’action et s’adapte à toutes les formes de médium actuel, du cinéma de faux plan-séquence au jeu vidéo en passant par la réalité virtuelle. The Villainess est prétentieux dans sa manière de dire qu’il est sans égal (vous avez vraiment oublié Hardcore Henry ?) mais il faut reconnaître que son approche des genres et des techniques bouleverse les conventions et permet de dynamiser un cinéma d’action coréen qui n’a pas son pareil pour nous réjouir. Le nouveau long métrage de Byung-gil Jung (Confession of Murder) mélange les genres pour tenter de combler au maximum les attentes de tous les publics. Du film d’action décomplexé, The Villainess se mue progressivement en film d’espionnage sur fond de comédie romantique avant de revenir à des séquences survitaminées dans un final dingue et sanglant, avec pour fil conducteur Kill Bill en ligne de mire. Car il faut indéniablement reconnaître que le réalisateur Byung-gil Jung est un amoureux du cinéma d’action, dont l’inspiration scénaristique est à trouver du côté du diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino et de Old Boy. Les séquences à la première personne parleront aux cinéphiles amateurs de jeux vidéos qui auront vu Hardcore Henry de Ilya Naishuller, l’an passé. Les plus pointilleux sauront de quoi parlent le cinéaste coréen lorsqu’il évoque des influences hongkongaises comme Swordsman et Le Sens du devoir. On en regretterait que The Villainess n’ait pas droit un jour à une adaptation vidéoludique.

Si le film a du cœur et de l’énergie à revendre, il faut indéniablement reconnaître qu’il se traîne une intrigue au diapason portée par des personnages caricaturaux, manquant cruellement d’empathie, et dont l’affiliation  avec le film de Quentin Tarantino porté par Uma Thurman ne semble même pas voilée. Les scènes à l’eau de rose détruisent les bonnes intentions de départ pour s’enfoncer inutilement dans une sous-intrigue amoureuse qui ne fait qu’allonger considérablement le récit. Pour un film qui souhaite revendiquer l’indépendance et la force des personnages féminins, on ne peut que soupirer face au comportement cruche de l’héroïne qui agit comme une adolescente de quatorze ans face à un nouvel aspirant. Pas étonnant alors d’apprendre de la bouche même du cinéaste que le scénario du film a été écrit en deux semaine, pour un an de tournage. Mais même dans cette avalanche de niaiserie, le film semble assumer ce second degré (ou du moins s’en contente) avant de revenir aux scènes d’action, l’atout principal de The VillainessStanding ovation lors de sa projection, The Villainess est un objet cinématographique pour les amoureux du cinéma décomplexé. Fort d’une maîtrise cinématographique audacieuse, le film a indéniablement la générosité d’un amoureux du cinéma d’action et possède la maîtrise d’une technique cinématographique incroyable. De là à dire qu’il renouvelle le genre du film d’action coréen, il y a là une affirmation exagérée et surestimée mais peu importe qu’il traite maladroitement son scénario, Byung-gil Jung a pour lui l’honneur d’avoir su réjouir les festivaliers de la Croisette et de faire de The Villainess un plaisir coupable ultime. Et en soi, c’est déjà beaucoup.

[HORS COMPÉTITION] The Villainess

Un film de Byung-gil Jung
Avec Kim Ok-vin, Shin Ha-Kyun, BANG Sung-Jun
Distributeur :
Durée : 129 mn
Genre : Action
Date de sortie :

 Corée du Sud– 2017

The Villainess:

https://www.youtube.com/watch?v=iSqrmUuMpAs

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Cannes 2017 : On reprend goût à la vie grâce à Florida Project

Entre Ken Loach et Denis la Malice, Florida Project est un film malin dans le regard qu’il porte sur cette jeunesse délaissée dans une Amérique en pleine décadence. Sean Baker est décidément un cinéaste majeur de ce début de millénaire.

Synopsis : Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney World, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…

Florida-project-cannes2017-Willem-DafoeDeux ans après avoir remporté le Grand Prix du Jury à Sundance avec son Tangerine entièrement filmé à l’Iphone, Sean Baker revient à la charge avec Florida Project, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Cette fois-ci, plus de prostituées transsexuelles, le degré d’identification est bien plus universel puisque le réalisateur choisit de filmer une bande de gamins de 6 ans. Vivant pour la plupart avec leurs mères dans la chambre d’un motel payé à la semaine, la vie de ces joyeux bambins est rythmée par les magouilles parentales pour leur trouver de quoi manger. Cette précarité financière influe inévitablement sur leur éducation, faisant d’eux des petits monstres prêts à toutes les crapuleries pour atteindre leur but, mais en même temps à ce point inconscients de la galère à laquelle ils sont confrontés qu’il est difficile de leur reprocher quoi que ce soit. Impossible de ne pas non plus voir dans le fait qu’ils vivent à quelques jets de pierre de Disney World, sans jamais pouvoir y aller, un symbole de ce rêve américain auquel ils n’ont pas accès, et alors -sans doute plus encore depuis notre position d’Européen- de vouloir les inciter à mettre le bazar pour faire savoir qu’ils existent.

La bonne idée de Sean Baker de braquer sa caméra sur Moonee, Scooty et Jancey, plutôt que sur les adultes et leurs difficultés respectives, lui permet de tirer profit de leur énergie juvénile pour bâtir un film à 300 à l’heure, toujours léger et faussement déconnecté de la gravité des réalités sociales en toile de fond. Que ce soit quand ils embêtent Bob, le rigoureux mais bienveillant responsable de l’hôtel joué par Willem Dafoe, ou quand ils font la manche devant le marchand de glaces, ou qu’ils jouent avec le feu, il est impossible d’en vouloir à ces gosses. Ne sont-ils pas après tout le fruit d’une civilisation sur le déclin ? Loin d’être nihiliste, Baker a su mettre un élément au demeurant grossier et caricatural mais finalement important dans son récit : la mère de Moonee, Halley. Celle-ci, parce qu’elle semble aussi immature que sa propre fille, se pose à nous selon le même principe que tout lui sera pardonné, mais quand bien même cela serait le cas de la part des spectateurs, ça ne le sera pas dans le monde cruel où elle vit, le nôtre. Ainsi, devenir adulte, c’est savoir assumer ses responsabilités, et tant pis si les premières victimes dans ces cas-là sont, justement, les enfants. Heureusement pour eux, il leur restera toujours le monde des rêves pour s’évader!

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[QUINZAINE DES RÉALISATEURS] Florida Project

Un film de Sean Baker
Avec : Willem Dafoe, Caleb Landry Jones, Macon Blair, Valeria Cotto, Bria Vinaite, Christopher Rivera
Distributeur : Le Pacte
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h55
Date de sortie : Prochainement

États-Unis 2017

Florida Project : Bande-annonce

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Cannes 2017 : Mise à mort du cerf sacré, une sélection qui dérange

Très remarqué il y a deux ans grâce à son The Lobster, Yorgos Lanthimos revient à Cannes avec sa Mise à mort du cerf sacré ; une œuvre perturbante qui va jeter un coup de froid sur la Croisette.

Synopsis : Steven, un brillant chirurgien, prend sous son aile un adolescent. Ce dernier s’immisce progressivement au sein de sa famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.

cannes2017-Mise-a-mort-du-Cerf-Sacre-Barry-Keoghan-film-Yorgos-Lanthimos-The-Killing-of-a-Sacred-Deer-competition-officielleUne photographie froide, des mouvements de caméra amples, une musique classique assez agressive, des acteurs peu expensifs… pas de doute, nous sommes dans l’univers éthéré du Grec Yorgos Lanthimos. Ce dispositif bien particulier apportait déjà une ambiance anxiogène à The Lobster, qui lui a valu une reconnaissance internationale. Et quand celui-ci est de plus mêlé à des effets propres au cinéma d’épouvante, tels que quelques jump-scares assez malins ou des effusions de sang brutales, alors il devient évident que le réalisateur nous a plongés dans un véritable cauchemar dont on ne ressortira pas complétement indemne. Ce cauchemar, c’est celui du personnage de Colin Farrell, un chirurgien dont on ne connaitra jamais le nom mais dont on découvre toute la famille, soit une femme et deux enfants, en proie aux caprices d’un gamin démoniaque. Une vie parfaite qui sombre dans l’horreur, c’est exactement ce que nous propose cette Mise à mort du cerf sacré. Un programme glaçant, dont l’émotion semble exclue… jusqu’à laisser de nombreux spectateurs sur le carreau.

Il faut dire que la direction d’acteurs est telle que les personnages semblent rigides et donc difficiles de prendre en empathie, et qu’il faut attendre que l’irréparable se réalise pour saisir l’amour qui les unit. Perturbant. Ce qui a sans doute gêné davantage encore le public c’est le caractère irrationnel des évènements. L’horreur qui s’immisce dans cette maison a beau avoir un visage, son mode opératoire reste et restera un mystère, le rendant plus énigmatique et dangereux encore. Ce visage c’est celui du jeune Barry Keoghan, que l’on a déjà vu dans À ceux qui nous ont offensés et bientôt Dunkerque, une trogne que l’on n’est pas prêt d’oublier pour peu que l’on veuille bien se laisser prendre au jeu tendu par Lanthimos. En effet, le face-à-face entre ce gamin et ce père de famille ne laissera personne indifférent, mais encore faut-il être prêt à sortir de son petit confort de spectateur et de ses certitudes convenues pour l’apprécier à sa juste valeur.

Peut-être le jury cannois sera t-il tombé dans ce redoutable piège. Si c’est le cas, il y a fort à parier que sa mise en scène soit récompensée. Si en revanche, les jurés sont restés extérieurs à cet étrange thriller psychologique, alors Mise à mort du cerf sacré repartira bredouille. C’est le pari risqué de Lanthimos : jouer sur les sens et les phobies intimes, au risque de ne pas atteindre tout le monde. Et vous, serez-vous prêts à tenter l’expérience ?

[Compétition officielle] Mise à mort du cerf sacré (The Killing of a Sacred Deer)

Réalisation : Yorgos Lanthimos
Avec : Nicole Kidman, Colin Farrell, Alicia Silverstone, Raffey Cassidy, Bill Camp, Barry Keoghan…
Durée : 121 minutes
Distributeur : Haut et Court
Date de sortie : 1er novembre 2017

Grèce – 2017

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Cannes 2017 : Happy End, un joyeux massacre bourgeois qui manque de cœur

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Ultra-attendu, Happy End partait comme le favori à la Palme d’Or de cette 70ème édition du Festival de Cannes. Or, en restant focalisé sur un monde bourgeois à l’agonie, Michael Haneke en oublie malheureusement de conserver la part d’émotions qui émanaient de ses précédents films.

Synopsis : « Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. » Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

happy-end-michael-haneke-film-review-cannes 2017-selection-officielle-photo1Habitué de la Croisette où il a obtenu deux Palme d’Or par le passé (Le Ruban Blanc en 2009 puis Amour en 2012), Michael Haneke partait déjà en favori de la compétition alors même qu’on ne savait pas grand chose de l’intrigue, tout juste qu’elle prenait place dans une famille bourgeoise au Nord de la France, frappé par la crise des migrants. Le cinéaste autrichien pouvait compter sur les habitués de ses précédents films, à savoir la muse Isabelle Huppert et le patriarche Jean-Louis Trintignant. Il fallait rajouter à cela l’arrivée de Matthieu Kassovitz, en pleine explosion médiatique avec Le Bureau des Légendes (dont la saison 3 commence aujourd’hui sur Canal +), et d’une plus-value internationale en la personne du charismatique Toby Jones. L’ouverture de Happy End se fait par le prisme d’un format contemporain. Il s’agit d’une vidéo enregistrée sur le téléphone de la jeune héroïne. Froide et figée, la séquence dure jusqu’au drame et nous explique grossièrement le point de départ de la crise qui va frapper une famille bourgeoise actuelle. A cet instant, une première interrogation s’impose : Pourquoi démarrer le récit ainsi ? Serait-ce là une façon de dire que le cinéma a changé ? Que les technologies ont changé notre rapport à l’image, à l’heure où l’on s’écharpe sur la présence de Netflix à Cannes et où les Facebook Live pullulent nos fils d’actualité, quitte à être morbides ? Difficile de trop savoir où Michael Haneke souhaite en venir tout comme à la fin du générique, on se demande encore ce que le cinéaste autrichien a bien voulu raconter.

Bien moins anxiogène que le reste de sa filmographie, Happy End n’en reste pas moins un film froid et calculateur qui apparaît comme la somme des thématiques propres au cinéaste, soit l’éclatement d’une famille aisée et la fin de vie. Le synopsis évoque « le Monde » – référence aux migrants débarqués – mais ils seront à peine visibles à l’écran. Le rapport entre migrants et bourgeois semble moins intéresser Michael Haneke que la réaction d’une élite en proie aux bouleversements du monde. Et ce n’est pas tant l’humour noir manié maladroitement qui va satisfaire les amateurs du cinéaste autrichien qui peine à renouveler les intentions de son cinéma. Habitué au perfectionnisme, des cadres aux décors en passant évidemment par la direction d’acteurs, Happy End dégage une certaine lassitude de la part du cinéaste qui semble avoir expédier son film pour le présenter à temps lors du soixante-dixième anniversaire du Festival de Cannes. Pourtant, il serait faux de croire qu’Happy End ne vaut pas le coup d’œil. Si le réalisateur manque d’inspiration, il arrive néanmoins à nous tenir en haleine devant le destin tragique qui attend cette famille. L’ensemble du casting est toujours dirigé de main de maître et leurs interactions à l’écran permettent d’étayer avec finesse les rapports entre personnages. Signalons tout de même que Michael Haneke a tenté une connexion avec son précédent film, et dont on vous laisse l’entière surprise.

Moins dérangeant et provocateur qu’à l’accoutumée, Happy End est une fable épurée de toute émotion qui dresse le portrait récurrent mais toujours habile de la classe bourgeoise à l’agonie. Un Haneke mineur donc qui ne devrait vraisemblablement pas figurer au palmarès. On notera tout de même la performance froide et incarnée de Jean-Louis Trintignant, qui avait mis un terme à sa retraite annoncée après Amour pour revenir une ultime fois sur un plateau de cinéma. Ainsi, et plus que le film lui-même, c’est Jean-Louis Trintignant qui vaut assurément le coup d’œil. Alors quoi de plus beau que d’offrir à cet immense acteur un adieu au cinéma événementiel avec cette « joyeuse fin ».

[COMPÉTITION OFFICIELLE] Happy end

Un film de Michael Haneke
Avec Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert, Toby Jones, Mathieu Kassovitz
Distributeur : Les Films du Losange
Durée : 1h50
Genre : Drame
Date de sortie : 18 Octobre 2017

France, Autriche, Allemagne – 2017

Happy end : Extrait

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