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Churchill, un film de Jonathan Teplitzky : Critique

La seconde guerre mondiale n’en a pas fini de nous fournir des sujets de films passionnants. En attendant de revivre le Débarquement dans le Dunkerque de Christopher Nolan, Churchill nous propose de fixer notre attention sur l’un de ses ordonnateurs en plein doute existentiel.

Synopsis : 2 juin 1944, à l’occasion d’une réunion secrète dans la région de Londres, le Premier Ministre Winston Churchill annonce à l’Etat-Major américain ses craintes à propos de la réussite de l’Opération Overlord. Il est malheureusement trop  tard pour modifier ces plans, prêts depuis un mois.

Le discours d’un bouledogue

Churchill-Brian-Cox-et-son-gros-cigarePersonnage clé de la victoire anglo-saxonne sur le régime nazi, Winston Churchill a déjà connu de nombreuses incarnations cinématographiques, dont les plus mémorables ont les traits des britanniques Timothy West (Churchill and the Generals, 1979), Bob Hoskins  (World War II: When Lions Roared, 1994), Brendan Gleeson (Into the Storm, 2009) ou même, plus récemment, de l’américain John Lithgow dans la série The Crown. C’est au tour de l’irlandais Brian Cox (Braveheart, Zodiac, The Good Heart…) d’endosser le lourd pardessus et le chapeau melon qui identifient le personnage. Sa prestation consiste en un délicat équilibre entre mimétisme gestuel et cabotinage habité. Typiquement ce genre d’exercice qui plait tant aux BAFTA ! Cette interprétation, qui reste, malgré tout, très convaincante, est ce que l’on retiendra le plus de ce film. Celui-ci semblait pourtant prometteur puisque son point de départ reposait sur une volonté ne pas adopter le format classique du biopic qui s’étendrait sur la (très) longue carrière du sujet pour au contraire se concentrer sur une période très limitée de sa vie (un modèle narratif de plus en plus fréquent à vrai dire). Il s’agit en l’occurrence des quelques jours précédents la Bataille de Normandie, afin de mieux développer l’intériorité émotionnelle tourmentée de l’occupant du 10 Downing Street, auquel le cinéma avait jusque-là trop souvent donné une image de bloc insensible.

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Ce postulat, concentré sur les remises en question d’un Churchill frustré de ne pas être écouté par les leaders militaires, semblait assurer au long-métrage de ne pas prendre l’allure d’un pamphlet hagiographique, sa promesse étant davantage de nous dépeindre un humain perturbé au cœur des impitoyables arcanes du pouvoir. C’est exactement cette voie que prend la première partie, et ce après une introduction qui tente maladroitement d’être lyrique en nous faisant suivre, sur une plage, le molosse à la démarche patibulaire en proie à de lourds souvenirs sanglants datant de la précédente Guerre Mondiale. Sa rencontre avec les dirigeants de l’Armée américaine est sans conteste la scène la plus intéressante dans la façon qu’a alors le film de poser un regard assez avisé sur les relations, tour à tour respectueuses et défiantes, de ce dirigeant fort en gueule avec des soldats sûrs d’eux mais aussi avec le roi George VI. C’est cette dimension purement politico-stratégique, et elle seule, qui fait la force du scénario… qui va vite s’avérer n’avoir rien d’autre à raconter et ne pas savoir comment combler ses lacunes.

Les français risquent de ne pas apprécier de ne pas voir leur cher Général De Gaulle parmi les organisateurs de la libération du pays. Pas sûr non plus que les Churchill-Brian-Cox-James-Purefoy-John-Slatteryanglais adhèrent à l’image gauchement désacralisée qui est donnée au plus intouchable de leurs premiers ministres.

Les scènes où Churchill est seul sont pour la plupart inutiles à l’intrigue, et ne servent au final qu’à faire de lui un anti-héros fragile et à forte tendance alcoolique. Cette représentation peu flatteuse, qui passera pour transgressive aux yeux du public d’outre-Manche, est encore aggravée dans les scènes qu’il partage avec sa femme, où il apparait comme un homme dominé. Et pourtant, la narration extrêmement linéaire va réussir à s’achever en donnant de lui cette image de héros, que le carton final ira même appuyer en le qualifiant ni plus ni moins de « plus grand Britannique de l’histoire » (sic!). C’est grâce à une construction qui semble calquée sur celle du Discours d’un roi –qui s’est en quelques années imposé en modèle de récit consensuel à la gloire d’un dirigeant politique (et dans lequel Churchill apparaissait d’ailleurs sous les traits de Timothy Spall)–, que le scénario réussit paradoxalement à remettre son personnage sur son sacro-saint piédestal, le faisant apparaitre comme une incarnation du courage qui mena le peuple vers la victoire. Le politiquement correct finit toujours par reprendre le dessus !

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La finalité morale de cette relecture historique reste donc floue, mais la mise en scène semble se donner pour intention principale de nous montrer un homme hanté par sa mélancolie et esseulé, voire même dépassé par les évènements. L’originalité du traitement est donc moins à chercher dans l’écriture, qui accumule les maladresses (à commencer par une mauvaise contextualisation des dits-événements), que dans cette réalisation, qui n’en est pas moins maladroite. Derrière des atours illustratifs et très académiques, et d’autres lourdeurs –notamment musicales–, la façon avec laquelle Jonathan Teplitzky prend soin à isoler Brian Cox dans le cadre se révèle donc une certaine réussite formelle qu’il serait dommage de dénigrer puisqu’elle est la clef pour partager la dépression de son personnage. Toutefois, il parait rapidement évident que le réalisateur partage l’arrogance qu’il reproche pourtant à Churchill dans sa tendance à multiplier les effets de fondus ou de contre-jours dans une redondance qui devient vite futile et tape-à-l’œil. On en vient donc à regretter que les efforts de Brian Cox pour garantir une certaine authenticité à la figure historique majeure qu’il incarne soient ainsi mis au profit d’un film à l’esthétique pompeuse et, plus encore, d’un scénario qui ne parvient pas à trancher entre désamour dédaigneux et adoration patriotique à son égard.

Churchill : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ltqAYCPRpu4

Churchill : Fiche technique

Réalisation : Jonathan Teplitzky
Scénario : Alex von Tunzelmann
Interprétation : Brian Cox (Churchill), Miranda Richardson (Clementine Churchill), John Slattery (Dwight Eisenhower), Ella Purnell (Helen), Julian Wadham (Bernard Montgomery), James Purefoy (le roi George VI), Richard Durden (Jan Smuts)…
Image : David Higgs
Décors : Chris Roope
Costumes : Bartholomew Cariss
Son : Stuart Bruce
Montage : Chris Gill
Musique : Lorne Balfe
Producteur(s) : Claudia Bluemhuber, Piers Tempest, Nick Taussig, Paul Van Carter
Distributeur : UGC Distribution
Genre : Biopic
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 31 mai 2017
Royaume-Uni – 2017

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HHhH : Un film de Cédric Jimenez : Critique

Adapté du best-seller homonyme, HHhH est le premier projet d’envergure internationale du jeune réalisateur Cédric Jimenez. Une lourde pression, tant sur le plan artistique que commercial, d’autant plus accentuée que le sujet est un événement crucial de la seconde guerre mondiale.

Synopsis : De 1929 à 1939, Reinhard Heydrich gravit les échelons de la hiérarchie interne des services de renseignements et de répression du parti nazi jusqu’à ce qu’il soit nommé protecteur de Bohême-Moravie, et prenne ses fonctions à Prague. Trois ans plus tard, et alors qu’il planifie le massacre massif des juifs, deux soldats tchèques téléguidés par Londres préparent son assassinat avec l’aide de la résistance locale.

J’ai rencontré le diable

hhhh-Jack-reynor-Jack-OconnellLe précédent film de Jimenez, La French, qui revenait déjà sur le parcours d’un personnage ayant réellement existé et au parcours hautement cinégénique, marquait l’ambition de ce marseillais qui fit ses premiers pas en tant que producteur de films de genre. Cette ambition était toutefois contrebalancée par un manque d’expérience et d’audace qui aboutissait à un film finalement assez convenu. Ce défaut continue à peser sur ses frêles épaules dans l’adaptation du roman historique de Laurent Binet, salué du prix Goncourt en 2010. Revenant sur l’assassinat de Reinhard Heydrich, son scénario se construit à la façon d’une thèse universitaire dans ce sens où, après une rapide mise en situation (les quelques minutes précédant l’exécution), elle prend le temps de développer chacun des éléments de l’équation. C’est ainsi que la première heure est entièrement consacrée au personnage de Heydrich, afin de justifier qu’il puisse être plus tard froidement abattu en pleine rue, et la seconde heure se concentre sur les résistants tchécoslovaques qui commettront cet attentat (le choix du mot va faire grincer des dents !). Cette construction bicéphale a ses avantages, notamment en termes de mise en scènes, les deux parties étant filmées de façons très différentes. Sur le fond en revanche, elle empêche un développement complet des personnages et plus encore de leurs relations.

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Jason Clarke (Terminator : Genisys, Everest…), qui effectue là la prestation la plus mémorable de sa carrière, et Rosamund Pike (Gone Girl, Le Dernier Pub avant la fin du monde…) incarnent à la perfection ce couple de hauts dignitaires allemands. La froideur qu’ils dégagent fait d’eux des êtres redoutables, voir même inhumains, qu’il est passionnant de suivre dans leur quotidien, complètement insouciants de la barbarie dont ils sont coupables. L’une des principales sous-intrigues est justement la relation qu’ils entretiennent, car l’amour qu’ils portent l’un envers l’autre, et plus tard à leurs enfants, est l’unique sentiment positif qui pourrait les rendre un tant soit peu attachants. On découvre d’ailleurs Lina alors qu’elle surplombe fièrement son futur mari Reinhard puis le convainc à rejoindre les rangs des militants pro-hitlériens. Quelques minutes plus tard, on la retrouve en pleurs, regrettant de ne pas avoir droit au chapitre au sein du couple. Un point de bascule majeur semble avoir été négligé. Plutôt qu’explorer cette délicate question qu’est la part d’humanité chez ces individus monstrueux, le récit préfère se concentrer sur le parcours professionnel, à savoir l’importance croissante de Heydrich au sein du parti puis à ses exactions auprès des opposants politiques. Bien que l’approche soit suffisamment rare pour être saluée, on regrettera qu’elle souffre du peu de temps qui lui est accordée pour être pleinement aboutie. L’évocation hhhh-jason-clarked’évènements historiques clés de cette époque en dehors de l’élection d’Hitler en 1933, à commencer par la Nuit des Longs Couteaux, aurait ainsi permis une bien meilleure contextualisation. De plus, le fait de revenir sur le processus d’endoctrinement de Reinhard Heydrich, qui n’apparait au début du film que comme un militaire présomptueux et acariâtre, aurait pu faire de HHhH une œuvre réellement transgressive, ce qui n’est visiblement pas l’intention de son auteur.

Le parcours d’un criminel de guerre nazi jusqu’à son assassinat est un sujet qui aurait pu déraper dans le démonstratif pompeux ou la relecture moralement contestable. Le choix de Cédric Jimenez de n’y consacrer qu’une moitié de son film est une solution bien plus consensuelle, qui n’empêche pourtant pas à son film de guerre d’être au final un spectacle prenant.

La seconde moitié, quant à elle, est bien moins originale dans son approche. Focalisée sur la mission de deux soldats chargés d’une mission d’assassinat, elle souffre de l’inévitable comparaison avec le film Anthropoid (Sean Ellis, 2016), injustement privé de sortie en salles chez nous et qui revenait sur cette même histoire. La principale différence est une affaire de casting, puisque là où Sean Ellis avait confié les deux rôles principaux à deux stars bankables, Jamie Dornan et Cillian Murphy, Jimenez a fait appel à Jack O’Connell (Les Poings contre les murs, Money Monster…) et Jack Reynor (MacBeth, Free Fire…). Peut-être est-ce le fait de passer derrière le magnétisme méphistophélique de Jason Clark, mais les deux acteurs font preuve de si peu de charisme (dont ils n’ont pourtant pas manqué dans d’autres films!) et leurs personnages sont si mal caractérisés que leur sort ne parvient à aucun moment à devenir un enjeu émotionnel fort ni une source de tension. N’en reste pas moins un film d’aventure militaire qui embrasse parfaitement les codes du genre, impliquant une accélération de l’action que certains jugeront salutaire. Bien qu’elle commence de façon convenue et avec une finalité connue d’avance, cette partie prend même une tournure plus brutale dès lors que les deux héros remplissent leur mission. La question très délicate du bien-fondé de leur acte au regard de la barbarie des représailles est alors posée. Les scènes de tueries massives et de torture y sont d’ailleurs plus choquantes que celles entraperçues dans la première moitié du long-métrage. C’est donc dans le sang que les perspectives idéologiques du film trouvent leurs bases… avant de finalement s’effondrer dans une conclusion bien trop manichéenne pour être sujet à controverse.

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HHHH-rosamund-pikeMalgré les failles de son écriture, Jimenez parvient à assurer une mise en scène et une photographie qui garantit à l’ensemble une certaine qualité esthétique et même une logique symbolique. Les couleurs chaudes et les plans très calés de la première partie s’opposent en effet au ton plus grisonnant et à la caméra au poing de la suivante. La véritable qualité formelle du film est en fait à chercher du côté de sa bande originale. Signée par Guillaume Roussel, la musique a beau être omniprésente et avoir des tonalités très hollywoodiennes, c’est elle qui assure tout du long cette intensité et ce semblant de souffle épique qui nous tiennent en haleine, et ce même lorsque le rythme faiblit. Il faut le reconnaitre, quand bien même les financements sont essentiellement français, HHhH vise un public international… et le nom des Weinstein parmi les producteurs laisse même à penser qu’on le reverra aux Oscars. Le casting anglo-saxon et la langue anglaise parlée par les personnages aussi bien allemands que tchèques ne laissent aucun doute sur ce point. Les présences de Céline Sallette ainsi que celle de Gilles Lelouche (tous deux en tête d’affiche de La French) dans des rôles secondaires ne duperont personne : Cedric Jimenez a pensé son long-métrage comme une grande fresque hollywoodienne. Puisqu’il n’en reste pas moins un film français, on peut alors affirmer qu’il a réussi son pari et livré une œuvre d’une rare envergure.

L’envie de Jimenez de signer un film de guerre populaire et aisément exportable pourra nous faire fermer les yeux sur sa frilosité à exploiter les pistes les plus délicates de son scénario. Ce que l’on en retiendra restera immanquablement la performance de Jason Clarke qui le propulse dans la cour des grands, mais la question qui se pose est alors de savoir si on l’a trop vu ou pas assez.

HHhH : Bande-annonce

HHhH : Fiche technique

Réalisation : Cedric Jimenez
Scénario : Cédric Jimenez, Audrey Diwan et David Farr d’après le roman de Laurent Binet
Interprétation : Jason Clarke (Reinhard Heydrich), Rosamund Pike (Lina Heydrich), Jack O’Connell (Jan Kubis), Jack Reynor (Jozef Gabcik), Mia Wasikowska (Stephen Graham), Stephen Graham (Heinrich Himmler), Céline Sallette (Marie Movarek), Gilles Lellouche (Vaclav Moravek)…
Montage : Chris Dickens
Photographie : Laurent Tangy
Musique : Guillaume Roussel
Costumes : Olivier Bériot
Production : Daniel Crown, Ilan Goldman
Sociétés de production : Légende Films, France 2 Cinéma, Carmel Productions, Nexus Factory
Distribution : Mars Films
Genre : Biopic, film de guerre, aventure
Durée : 120 minutes
Date de sortie : 7 juin 2017
France – 2017

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John Carpenter : Portrait du compositeur

Si John Carpenter n’a pas tourné de longs métrages depuis The Ward, il n’a pas pour autant pris sa retraite. A Los Angeles, le Maître de l’horreur, ou encore Big John pour les fans, continue de travailler ses autres cordes : la musique et l’écriture.

Le nom de John Carpenter, qui devance les titres de ses films sur les affiches (ex : John Carpenter’s The Thing), est comme une marque, la marque d’un grand cinéaste connu pour ses oeuvres d’horreur (Halloween, The Thing, Prince des ténèbres...) mais ayant également réalisé une comédie barrée (Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin), un biopic sur Elvis Presley (Le roman d’Elvis avec Kurt Russell), une romance de science-fiction (Starman), de la science-fiction/action (New-York 1997 et sa suite Los Angeles 2013)… Si le maître a donc une palette de genres bien plus étendue que celle qui lui colle à la peau, sa personnalité, elle, s’exprime de plusieurs façons. En moins de cinq minutes de visionnage, on sait que l’on est dans un film de Carpenter : en témoignent ses cadrages particuliers qui s’étalent toujours en scope mais aussi sa musique.

Fils de musicien, John grandit en étant influencé tant par le cinéma et les comics que par la musique qu’il entend de part et d’autre de l’écran. Il envisage même un temps une carrière de bassiste de rock avant de céder aux sirènes d’Hollywood.

Dès son premier film, Assault (1976) (Dark Star étant un film d’études), John compose des thèmes aux mélodies simples mais entêtantes, et surtout inquiétantes renforçant le sentiment d’angoisse créé par sa mise en scène. Les nappes de synthé s’enrichissent de basse et de guitares dans New-York 1997, peaufinant un style qui sera copié par la suite sans vergogne dans l’Horreur (les récents It follows et Don’t Breathe sont clairement influencés par Big John) mais aussi dans d’autres genres. La musique du Flic de Beverly Hills 2 de Tony Scott plagie ainsi, par moments, les rythmes des premières aventures de Snake Plissken (l’anti-héro borgne incarné par Kurt Russell dans New-York 1997 et sa suite).

Halloween : Extrait

Sa musique devient de plus en plus rock et complexe dans L’antre de la folie (1995) aux guitares nerveuses, ou blues-rock dans Vampires (1998) pour céder au Hard-rock pur avec les musiciens de Slayer en guests pour jouer les partitions du maître dans l’inégal mais sympathique Ghosts of Mars (2001).

Dans The Ward (2011), John cède la place à son fils Cody qui s’inspire des travaux précédents de son père comme l’avait fait avant lui le grand Ennio Morricone (auteur du score de The Thing) qui composa une musique très épurée qu’on jurerait sortie du cerveau de Carpenter tant celle-ci s’éloigne de l’univers habituel du Maestro italien. Certains titres non utilisés seront d’ailleurs repris par Tarantino pour son Hateful Eight (2016), lui-même fortement influencé par le chef d’œuvre de Big John.

Depuis The Ward, Carpenter partage son temps entre l’écriture de BD (les séries de comics Asylum vol 1 & 2 et Tales for a Halloween Night vol 1 & 2) et de scripts de jeux vidéos (FEAR 3) et surtout la musique. Il a composé deux albums studios d’électro-rock avec son fils et son filleul Daniel Davies (Lost Themes en 2015 et Lost Themes 2 en 2016) et participé au score du dernier Jean-Michel Jarre, grand fan du Maître de l’horreur. Il est passé à Paris (le temps d’un concert à l’Élysée Montmartre) avec son groupe pour jouer ses compositions dans un mix des thèmes de ses classiques revus à la sauce rock et de ses nouveaux titres.

A bientôt soixante-dix ans, on souhaite à John Carpenter de continuer de nous abreuver de ses compositions qui nous rappellent, s’il le fallait encore, combien son talent est protéiforme à l’image du monstre de The Thing.

Tous en scène en DVD & Blu-Ray depuis le 30 mai

Revigorant, entraînant et éminemment sympathique, Tous en Scène, s’il ne révolutionne pas le genre de l’animation, est une petite bulle de bonheur à partager en famille !

Synopsis : Buster Moon (Patrick Bruel) est un élégant koala qui dirige un grand théâtre, jadis illustre, mais aujourd’hui tombé en désuétude. Optimiste et rêveur, Buster Moon est prêt à tout pour le sauver et décide d’organiser une compétition mondiale de chant. Après des auditions épiques, six candidats sont retenus pour ce défi : Mike, une souris aussi séduisante que malhonnête, Meena, une jeune éléphante timide dévorée par le trac, Rosita (Jenifer Bartoli) une truie mère de famille débordée par ses 25 marcassins, Gunter (Laurent Gerra), un cochon haut en couleur, qui a une passion pour les justaucorps en lycra et un accent très prononcé, Johnny (Sacha Perez), un jeune gorille délinquant qui ne cherche qu’à échapper à sa famille et Ash (Elodie Martelet), une porc-épic punk. Tout ce petit monde va venir chercher sur la scène de Buster l’opportunité qui pourra changer leur vie à jamais.

« Voici venu le temps des rires et des chants »

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Le studio Illumination, créateur des Moi, Moche et Méchant et autres Minions, aurait pu une nouvelle fois tomber dans le piège de la promotion trompeuse, à l’instar de son précédent long-métrage, Comme des Bêtes. Alimentant les principaux teasers avec une seule scène, et donc basant sa communication de façon quasi exclusive sur celle-ci, à savoir ce que font les animaux en l’absence de leurs maîtres humains, le film ne poursuivait pas sur cette ligne de conduite et adoptait une histoire tendance buddy movie plutôt classique. On a donc été surpris de voir la même technique utilisée pour Tous en Scène. Là aussi, une séquence particulière est mise en avant afin de susciter l’intérêt des spectateurs : celle des auditions, constituée de moments et cuts rigolos mettant en avant plusieurs personnages à la suite pendant leur prestation de chant.

La scène, irrésistible, présente un pouvoir comique efficace. Voir des araignées interpréter le tube de l’été 2002 Assejere, un crocodile rapper ou encore des lapines se déhancher sur du Nicki Minaj est assez grisant. Et fort heureusement, la comparaison avec Comme des Bêtes s’arrête là. Car le film alternant chansons et instants cartoonesques très drôles ira au bout de son concept et ne connaîtra pas de baisse de rythme. Les différents numéros musicaux, notamment lors de son très bon final, en plus d’être bien réalisés, sont très entraînants, et on se surprend au fond de son canapé à remuer la tête ou fredonner l’air des chansons.

La seule ombre au tableau réside dans la simplicité de son déroulement. En effet, même si le postulat de départ est surprenant et bienvenu pour un film de ce genre (on parle quand même de la détresse financière d’un artisan du spectacle), le film se tient au traditionnel cahier des charges propre à tout film d’animation. La caractérisation des personnages est par exemple sans surprise (la mère au foyer dépassée, le jeune en pleine crise identitaire, l’ado victime d’un chagrin d’amour…) et le message d’une relative naïveté. Mais si Tous en scène ne possède pas la maestria scénaristique d’un Zootopie (ce qui n’est peut-être pas non plus son but), il constitue à ce jour l’un des meilleurs divertissements pour toute la famille dans le paysage actuel de l’animation.

Des bonus pour petits et grands

Comme la plupart des films d’animation débarquant dans les bacs, le noyau dur est avant tout constitué de trois petits films d’animation d’une durée moyenne de 4 min chacun, mettant en scène des personnages secondaires du film. Se trouvent également, pour les plus âgés, un making of promotionnel (5 min), un bref focus sur le montage du film (3 min), des interviews éclairs du casting vocal US (12 min), et des clips musicaux.

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Caractéristiques techniques du DVD :

Image : 16:9,1.85:1 Anamorphic Widescreen / Durée : 1h43 env.

Audio : Français, Anglais, Néerlandais Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Néerlandais

Bonus du DVD : • Le making of de Tous en scène • Vidéoclip avec paroles de « Faith » • Le clip avec paroles de « Set It All Free » • Chante et danse ! « Faith » • Le réseau de Tous en scène • Le meilleur de Gunter • Les mini films : Gunter fait du babysitting, Coup de foudre, Le coach de vie d‘Eddie • Le making of des mini films

Caractéristiques techniques du Blu-ray™:

Image : 1080 P 16:9 – 1.85:1 / Durée : 1h48 env.

Audio : Français, Anglais Dolby Atmos, Néerlandais, Italien Dolby Digital Plus 7.1, Flamand et Roumain Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Néerlandais, Italien, Roumain

Caractéristiques techniques du Blu-ray™ 3D:

Image : 1080P Haute Définition Widescreen 16/9 1.85:1 / Durée : 1h48 env.

Audio : Français, Anglais, Allemand Dolby Atmos, Néerlandais, Italien Dolby Digital 7.1, Turc et Flamand Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Allemand, Néerlandais, Italien, Turc

Bonus du Blu-ray™ et du Blu-ray™ 3D : • Le making of de Tous en scène • Trouver le rythme : Le montage de Tous en scène • Portraits des personnages • Vidéoclip de « Don’t you worry ’bout a thing » • Vidéoclip avec paroles de « Faith » • Réaliser un vidéoclip avec Tori Kelly • Chante et danse ! « Faith » • Le clip avec paroles de « Set It All Free » • Le réseau de Tous en scène • Le meilleur de Gunter • Les mini films : Gunter fait du babysitting, Coup de foudre, Le coach de vie d’Eddie • Le making of des mini films

Caractéristiques techniques du Blu-ray™ 4K UHD:

Image : 16:9 1.85:1 Widescreen / Durée : 1h48 env.

Audio : Français, Anglais Dolby Atmos ; Espagnol, Néerlandais, Italien et Portugais Dolby Digital Plus 7.1, Flamand Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Néerlandais, Espagnol, Italien, Portugais

L’Amant d’un Jour, un film de Philippe Garrel : Critique

Dernier volet de la trilogie de l’Amour de Philippe Garrel, L’Amant d’un Jour est sans conteste l’apogée d’un cinéaste qui a su représenter et magnifier les relations.

Synopsis : C’est l’histoire d’un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu’elle vient d’être quittée, et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui.

l-amant-d-un-jour-philippe-garrel-affiche-2017Tout juste le Festival de Cannes vient de s’achever que L’Amant d’un Jour débarque dans les salles, fort de son succès d’estime et de son prix distingué par le label SACD à la Quinzaine des Réalisateurs. Le dernier film de Philippe Garrel suit à nouveau les pérégrinations d’un couple dans une nouvelle et cohérente représentation des affres de l’amour. Initiée en 2013 avec La Jalousie et poursuivie par L’Ombre des femmes, la trilogie des tourments amoureux de Philippe Garrel a la particularité d’être filmée en noir et blanc. De l’aveu-même du cinéaste, il s’agit d’une question de budget mais c’est également une manière d’ancrer ses récits universels dans un espace qui devient par conséquence intemporel. Avec Emmanuel Mouret, Philippe Garrel est l’un des cinéastes français qui a su le mieux se distinguer pour évoquer l’amour dans ce qu’il a de plus charnel et destructeur.La mise en scène épurée permet de traiter avec la justesse nécessaire ces maux qui tourmentent le cœur des personnages. Comment ne pas s’identifier à Esther Garrel qui vient de subir la première rupture amoureuse de sa vie ? Comment ne pas sourire de malice face au regard passionné de Louise Chevillotte ? Comment ne pas ressentir la même colère qu’Eric Caravaca ? Tout ceci participe à nous ancrer dans un récit dont la forme minimaliste permet de se concentrer avant tout sur la représentation des situations et l’écriture des dialogues. Mais si dispositif réduit il y a, il ne faut en aucun cas enlever au directeur de la photographie Renato Berta la maîtrise de son travail esthétique, notamment sur les courants de lumières et les cadres. Par ailleurs, il n’y a bien que chez Garrel où l’on filme aussi bien les balades à deux dans les rues de Paris, ponctuées des dialogues les plus importants comme si l’extérieur était le meilleur endroit pour oser se dire les choses. La vérité est à l’extérieur alors que les lieux clos sont synonymes de tromperie et de mensonge. La voix-off apporte un regard externe qui participe incontestablement à la réussite du film, comme s’il s’agissait d’un conte universel que l’on pourrait raconter aux amoureux d’aujourd’hui. L’amour blesse, mais la vie continue et des blessures, il y en aura d’autres.

l-amant-d-un-jour-critique-film-Philippe-Garrel-avec-Esther-Garrel-Louise-ChevillotteSes films se suivent et se ressemblent. Des hommes et des femmes, ils s’aiment, se trompent et s’aiment à nouveau avant de ne plus s’aimer. Ou bien est-ce l’inverse. Certains diront que Garrel raconte toujours la même chose mais ce serait manquer d’attention face aux changements qui s’opèrent de films en films. Toujours est-il que si le propos reste le même, Philippe Garrel est de ces cinéastes qui peuvent se vanter de saisir des thématiques maintes fois évoquées mais qui arrivent à toujours à nous toucher au plus profond de nous-mêmes. Dans le premier volet de sa trilogie, Philippe Garrel interrogeait la névrose chez la femme; le second invoquait la libido féminine et cet ultime opus traite de l’inconscience et des actions qui en découlent. Par son propos, L’Amant d’un Jour renvoie au Complexe d’Electre, soit le pendant féminin du Complexe d’Œdipe même s’il n’est pas totalement son contraire. Une jeune fille entretient une amitié avec sa belle-mère, du même âge qu’elle, mais son inconscient va la pousser à se débarrasser de cette rivale pour l’amour du père. Déjà amorcé dans les deux précédents volets, Philippe Garrel offre ainsi un large espace à la femme, la représente dans son entièreté et lui donne les rênes de son indépendance et de sa sexualité, contrairement à l’homme qui passe désormais au second plan. Le cinéaste offre ainsi une grâce sensuelle à ses comédiennes, belles de jour et de nuit. Avec ses airs d’Anaïs Demoustier, Louise Chevillotte sublime l’écran par sa simplicité et son charme naturel à chacune de ses apparitions, tandis qu’Esther Garrel émeut et amuse par sa naïveté face aux découvertes des tourments sentimentaux. Et même le plus philosophique des hommes (Eric Caravaca, romantique crédule et touchant) peut se révéler maladroit et surtout imbécile de croire que l’infidélité peut être supportée. A travers ce personnage masculin, le cinéaste évoque les blessures de l’infidélité lorsqu’elle est découverte mais il a toujours la justesse d’équilibre pour évoquer l’amour contemporain d’une jeunesse aussi frivole que passionnée, en témoigne ce baisé envolé lors du dernier plan du film.

Philippe Garrel l’a confirmé, L’Amant d’un jour est la conclusion de la trilogie qu’il avait démarrée avec La Jalousie et poursuivie avec L’Ombre des Femmes. Il en a aussi fini avec le noir et blanc. Philippe Garrel a atteint l’apogée de son art avec ces mêmes outils récurrents, il n’y a bien qu’une remise en question et un renouvellement de son cinéma qui pourront le rendre encore plus fort. Mais pour l’instant, L’Amant d’un Jour est sans doute l’un des plus beaux drame que l’on verra cette année.

L’Amant d’un Jour : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=45-23k5LCDg

L’Amant d’un Jour : Fiche Technique

Réalisation : Philippe Garrel
Scénario : Philippe Garrel, Jean-Claude Carrière , Caroline Deruas-Garrel, Arlette Langmann
Interprétation : Eric Caravaca, Esther Garrel, Louise Chevillotte
Photographie : Renato Berta
Montage : François Gédigier
Musique : Jean-Louis Aubert
Costume : Justine Pearce
Décors : Emmanuel de Chauvigny
Producteurs : Saïd Ben Saïd, Kevin Chneiweiss, Michel Merkt, Olivier Père
Sociétés de Production : ARTE France Cinéma, SBS Productions
Distributeur : SBS Productions
Budget : /
Festival et Récompenses : Prix SACD Quinzaine des Réalisateurs 2017
Genre : Drame
Durée : 76 minutes
Date de sortie : 31 mai 2017

France – 2017

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War Machine, un film de David Michôd : Critique

Avec War Machine, David Michôd adoucit son style dans une satire réussie mais un peu facile qui peine à mettre en avant les fulgurances de son cinéma, mais qui impose Netflix comme la firme où les cinéastes peuvent venir s’exprimer.

Synopsis : Le Général Glen McMahon est envoyé en Afghanistan pour mettre fin à la guerre mais se retrouve très vite face à une mission plus délicate lorsqu’il devient le bouc émissaire de sa hiérarchie…

Satire de guerre

Après avoir durablement marqué le domaine des séries télés avec des shows ambitieux et qui n’ont pas peur de s’accorder des moyens, Netflix décide aussi de s’attaquer plus frontalement au secteur du cinéma. La firme s’est déjà laissée aller à quelques films mineurs ici et là mais, cette année ils ont clairement voulu mettre les bouchées doubles en laissant la place à des cinéastes de venir s’exprimer là où les gros majors hollywoodiens ont tendance à refréner leurs visions.  Le tout est couronné d’une polémique autour de la chronologie des médias en France, suite à la présence de deux films Netflix dans la compétition officielle du dernier Festival de Cannes où des distributeurs voient d’un mauvais œil le fait que ces oeuvres ne sortiraient probablement pas en salles et qu’elles seraient disponibles bien trop tôt en VOD. Néanmoins, et même s’ils repartent bredouilles en terme de récompenses, ces créations Netflix ont reçu un accueil critique plutôt favorable, preuve que la qualité ne vient pas du style de diffusion mais bel et bien de la vision du réalisateur qui se cache derrière.

War-Machine-Brad-Pitt-Ben-KingsleyDavid Michôd se voit donc offrir l’opportunité de prospérer avec Netflix alors qu’après avoir impressionné les critiques avec Animal Kingdom, son premier film en 2010, et réalisé un The Rover percutant en 2014, il n’avait jamais rencontré le succès public. Faute à un cinéma très nihiliste et au ton particulièrement désespéré. Avec Netflix, il a indéniablement la possibilité de toucher une audience plus large et signe avec War Machine une œuvre indéniablement plus accessible et empreint de comédie. Inspiré d’une personnalité militaire ayant vraiment existée et basé sur un roman de Michael Hastings, le scénario s’évertue à prendre un ton grinçant pour dépeindre une satire assez agressive envers la suprématie américaine et sa politique militariste. Sur ce point, le film fonctionne en deux temps. De prime abord on est vite éreinté par la voix-off omniprésente qui n’est là que pour pointer des éléments évidents autour de la psychologie de ses personnages, une manière peu subtile de les caractériser et qui n’est pas aidée par quelques effets de comédie un peu lourds. Michôd manie clairement moins bien l’humour qu’il ne maîtrise le drame désespéré mais, après cette première demi-heure poussive, il parvient à renouer avec la sève de son cinéma.

War-Machine-Scoot-McNairy-Topher-GracePlus incisif et avec un regard indubitablement plus sombre et ironique sur son sujet, le réalisateur parvient à faire mouche. Car contrairement à beaucoup de mauvaises satires, il ne prend pas de haut son sujet, traite ses personnages avec respect et arrive à créer de l’empathie auprès du spectateur. Se recentrant sur son personnage principal pour faire un parallèle avec les idées de grandeur véhiculées par une politique suprémaciste, il porte un regard intimiste sur le destin d’un homme qui se reflète dans la grandeur déchue d’une nation. On retrouve cette vision plus acerbe du genre humain qu’affectionne tant Michôd mais, ici, il les prend avec plus d’empathie. Il arrive à créer une cohésion de groupe assez forte entre le général et ses hommes, c’est avec eux que le film se montrera le plus drôle mais aussi le plus touchant. In fine, l’écriture fonctionne malgré ses errances et ses dialogues pas toujours inspirés grâce à un propos qui détourne la banale critique de la guerre pour apporter une réflexion bien plus vaste et universelle sur l’ambition, l’ego et l’humain en tant qu’outil remplaçable.

War-Machine-Brad-PittLa grande réussite de War Machine réside aussi dans son casting impeccable et surtout dans un one man show impressionnant de Brad Pitt. Embrassant totalement la caricature dépeinte par le film, il donne une prestation en forme de cabotinage mais qui, derrière l’accent forcé et les grimaces, cache un vrai travail en profondeur. Malgré une performance qui pourrait très vite tourner au ridicule, il arrive à dépeindre l’humain derrière le gradé,  et offre un jeu tout en nuances et plus subtil qu’il ne le laisse paraître. Il fait parfaitement corps avec la mise en scène minimaliste de David Michôd qui reste dans la tradition de son cinéma. Préférant la composition minutieuse du cadre à l’extravagance visuelle, il travaille la symbolique de ses images et prête attention aux performances de ses acteurs captant les regards et les expressions plus que les mots. Mais c’est surtout dans son exécution de la violence que l’on reconnait le cinéaste, avec sa fascination de l’acte en tant que catharsis pour mettre en exergue la stupidité de celui-ci. La séquence d’assaut qui arrive en climax du film brille par sa violence sèche et sa précision qui prend vraiment aux tripes. Comme toujours chez Michôd, les coups de feu arrivent comme des jumpscares, brisant le calme et explosant hors du cadre pour résonner durablement chez le spectateur.

War Machine est à ce jour le film le plus accessible de David Michôd et qui par conséquent est aussi celui qui a le moins d’impact. Il apporte un regard peu subtil sur certains aspects de son scénario mais arrive quand même à faire fonctionner sa satire grâce à sa sincérité. Le cinéaste ne s’est pas fait broyer par la grosse machine qu’est Netflix et, au contraire, cette dernière prouve que c’est une plateforme qui pourrait permettre à certains cinéastes de s’exprimer et toucher un nouveau public. C’est un peu le but de War Machine qui trouve un double sens judicieux et s’impose par sa mise en scène précise et ses excellents acteurs et, qui souligne un message pertinent même s’il n’est pas toujours bien mis en évidence. Une réussite mineure pour le cinéaste donc, mais tout de même une réussite.

War Machine : Bande-annonce

War Machine : Fiche technique

Réalisation : David Michôd
Scénario : David Michôd, d’après le livre The Operators: The Wild and Terrifying Inside Story of America’s War in Afghanistan de Michael Hastings
Interprétation : Brad Pitt (général Glen McMahon), Ben Kingsley (Hamid Karzai, président de l’Afghanistan), Scoot McNairy (Sean Cullen), Tilda Swinton (Une femme politique allemande), Topher Grace (Matt Little, le conseiller de McMahon),…
Image : Dariusz Wolski
Montage : Peter Sciberras
Décors : Josephine Ford
Costume : Jane Petrie
Producteur : Ian Bryce, Dede Gardner, Jeremy Kleiner et Brad Pitt
Société de production : Netflix et Plan B Entertainment
Distributeur : Netflix
Durée : 122 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 26 mai 2017

Etats-Unis – 2017

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Sortie DVD & Blu-Ray : La La Land de Damien Chazelle

Sortie en coffret DVD & Blu-ray de La La Land, la comédie musicale chef d’œuvre de ce début d’année signée Damien Chazelle, également réalisateur de Whiplash.

Synopsis : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

La La Land est incontestablement le chef d’œuvre ce début d’année. Après avoir raflé 6 Oscars dont celui du Meilleur Réalisateur et de la Meilleure Actrice, cette comédie n’a pas fini de faire parler d’elle. Véritable coup de cœur de la presse internationale et du public, sa sortie en DVD est l’occasion rêvée de chantonner à nouveau City Of Stars ou Another Day of Sun, les chanson phares du film
La La Land est un film complet, un film enivrant, un film envoutant. À travers de remarquables musiques, des séquences de danses magnifiées (notamment la fameuse séquence d’ouverture sur l’autoroute) et son ton enchanteur, La La Land est une leçon de vie, mais également une leçon de cinéma. Impossible de rester indifférent à la vision de ce film, impossible de dissimuler le sourire qui vient se greffer sur notre visage, impossible de ne pas être captivé par autant de magie. La La Land est un conte moderne qui emporte avec lui le spectateur. Au romantisme se mêle une mélancolie aux reflets de nostalgie mais qui ne sombre jamais dans aucun pathos.
Ryan Gosling et Emma Stone sont flamboyants, leur duo provoque ce petit quelque chose de magique qui nous met du baume au cœur, magnifiquement dirigé par un metteur en scène qui sait orchestrer chacune des séquences à la perfection. Et que ce soit John Legend (pour sa première au cinéma !) ou J.K. Simmons, tout est fait pour que le film reste gravé dans notre mémoire. Une chose est sûre, on parlera encore de ce délice qu’est La La Land pendant de (très) nombreuses années.
Après Whiplash, Damien Chazelle marque de nouveau un grand, voire énorme, coup, lui qui n’est pourtant âgé que de 32 ans.
N’hésitez plus, et laissez vous emporter…

La La Land : Bande-annonce

La La Land : Sortie le 25 mai en Blu-Ray, DVD, édition limitée et 4K et à partir du 1er juin en VOD.

Caractéristiques Techniques DVD

Langues : Français, Anglais, Audiodescription
Sous-titres : Français, Sourds et malentendants
Son : Dolby Digital 2.0 et 5.1
Image : 16/9 – 2.55
Durée : 123 minutes

BONUS :
Commentaires audio
La La Land enchante Paris
La La World : le phénomène autour du monde
À la découverte de La La Land
La musique – Galerie d’affiches

sortiefilm-La-La-Land-Bluray-4K-National-Packshot-3DCaractéristiques Techniques BLU-RAY

Langues : Français, Anglais, Audiodescription
Sous-titres : Français, Sourds et malentendants
Son : DTS X
Image : 1080p – Full HD – 16/9 – 2.55
Durée : 128 minutes

BONUS :
Commentaires audio
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La La World : le phénomène autour du monde
À la découverte de La La Land
La musique – Galerie d’affiches

À savoir que le film est également disponible en Blu-Ray 4K Ultra HD.

La La Land : Fiche technique

Réalisation et scénario : Damien Chazelle
Interprétation : Ryan Gosling (Sebastian), Emma Stone (Mia Dolan), John Legend (Keith), Finn Wittrock (Greg), J. K. Simmons (Boss),…
Image : Linus Sandgren
Montage : Tom Cross
Musique : Justin Hurwitz
Décors : David Wasco
Costumes : Mary Zophres
Producteur : Fred Berger, Gary Gilbert, Jordan Horowitz et Marc Platt
Société de production : Black Label Media, Gilbert Films, Impostor Pictures et Marc Platt Productions
Distributeur : SND
Durée : 128 minutes
Genre : Comédie musicale
Date de sortie : 25 janvier 2017

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Musique du film La La Land

Critique : L’amant double, un film de François Ozon

Comme son titre l’indique, le nouveau film de François Ozon, L’Amant double, évoque à nouveau la duplicité trouble de l’être humain, (« il n’y a pas de monstres, il n’y a que des êtres humains », fait-il dire à un de ses personnages). Allant de plus en plus loin dans la provocation, le cinéaste a peut-être fait le pas de trop.

Synopsis : Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité…

Sex is comedy

A peine son dernier film, Frantz, digéré, voilà que le prolixe François Ozon tente de nous retourner le cerveau avec un film vendu comme un thriller érotique et qui de fait, recèle quelques moments de suspense, et beaucoup d’autres de sexe.

Ce n’est certes pas le début de L’Amant double qui va nous effrayer, avec la mise en place de la relation entre Chloé (Marine Vacth) , une jeune et jolie femme vaguement dépressive, et son psy Paul Meyer (Jérémie Rénier). En effet, Chloé se plaint de douleurs insupportables au ventre, et sa gynécologue, dans le cabinet de laquelle s’est d’ailleurs tenu en séquence d’ouverture du film un examen médical d’anthologie, annonciateur de l’état d’esprit d’Ozon pour le film, sa gynécologue donc, à force d’impuissance à identifier son problème, l’envoie consulter un psychiatre. Ozon s’amuse avec son thème dans ces premières minutes extraites de plusieurs séances, en utilisant des split-screens représentant deux fois la même scène, des jeux de miroir où reflets et sujets se répondent, et toute sorte de trouvailles plus ou moins inspirées pour jouer avec l’idée d’une identité double. Est-ce Paul ou Chloé, qu’on voit démultipliée dans des miroirs à facettes, qui est l’amant (ou la maîtresse) double ? Est-ce que ce qu’on voit est réalité ou fantasme, nul ne le sait, et pour cela, on peut dire qu’Ozon respecte le cahier des charges du film à mystères.

l-amant-double-francois-ozon-film-review-cannes 2017-selection-officielle-photo2Au fur et à mesure que le film se déroule, ce mystère s’épaissit, se dissipe, se renforce à nouveau, avec des twists plus ou moins d’envergure. Marina Vacth est impeccable dans le rôle de cette jeune femme névrosée, dont les douleurs abdominales sont le curseur qui mesure son bien-être ou plutôt son mal-être mental. Jérémie Rénier est parfait dans le rôle du psychiatre inquiétant à qui on ne confierait même pas son chaton, mais qui va bien sûr attirer la jeune Chloé en un rien de temps. Myriam Boyer excelle dans le personnage de la voisine du nouveau couple formé assez rapidement par Paul et sa patiente Chloé, une voisine à la Rosemary’s baby, avec son petit sourire ambigu en coin qui présage d’inquiétants évènements. Pour le côté thriller, le spectateur est donc servi, même s’il ne faut pas être trop trop regardant en terme de scenario, mais pour le côté érotique, il repassera…

L’Amant double est en effet affublé d’un défaut que d’aucuns pourraient qualifier de force, c’est qu’il est incroyablement froid. Même la chaleur boisée et années 30 du très bel immeuble Mallet-Stevens qui sert de décor à plusieurs séquences du film est anéantie par une mise en scène trop épurée, voire clinique, une ambiance impersonnelle et glaciale censée répliquer les sentiments de la protagoniste (il est question de frigidité dans le film). Alors, les scènes sexuelles les plus audacieuses peuvent s’enchaîner, la salle entière ne peut que rester de marbre dans un tel contexte. La surenchère que propose Ozon dans le domaine peut paraître du coup très incongrue, et peut dérouter le spectateur.

Sélectionné au dernier Festival de Cannes, L’Amant double en est reparti bredouille, signe peut-être de sa relative faiblesse. Soucieux d’aller de plus en plus loin dans l’exploration de son sujet, celui du désir féminin, récemment évoqué dans Jeune et jolie avec la même Marine Vlacth, il semblerait que le cinéaste en ait fait trop, au risque de passer pour un vulgaire racoleur.

Même si on ne peut nier à Ozon une mise en scène très soignée, servant ses thématiques de prédilection (Je est un autre, ce genre de choses) avec beaucoup d’adresse, on reste quelque peu sur sa faim avec L’Amant double. In fine, le film prometteur au début se délite en cours de route à force de scènes caricaturales et d’explications pas très crédibles, l’éloignant définitivement des maîtres du thriller psychologique tels que Hitchcock dont il est flagrant que le cinéaste se réclame. Une livraison mitigée donc pour ce cru 2017, mais qui ne présage en rien de l’évolution du cinéma de François Ozon qui ne manque certainement pas d’imagination.

L’Amant Double : bande annonce

L’Amant double : Fiche technique

Scénario et réalisation : François Ozon
Interprètes : Marine Vacth (Chloé), Jérémie Rénier (Paul), Myriam Boyer (Rose), Jacqueline Bisset (Mme Schenker).
Photographie : Manuel Dacosse
Montage : Laure Gardette
Musique : Philippe Rombi
Producteur : Eric et Nicolas Altmayer
Sociétés de production : Mandarin cinema, Scope Pictures
Société de distribution : Mars Distribution
Genre: thriller
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 26 mai 2017

France-Belgique- 2017

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La Grande Muraille en DVD & Blu-Ray depuis le 15 mai

Moins une grande épopée médiévale qu’une série B explosive dopée aux effets spéciaux, La Grande Muraille, coproduction sino-américaine de Zhang Yimou, devrait divertir les amateurs du genre, mais laisser sur le banc les inconditionnels de l’œuvre du réalisateur.

Synopsis : Entre le courage et l’effroi, l’humanité et la monstruosité, il existe une frontière qui ne doit en aucun cas céder. William Garin, un mercenaire emprisonné dans les geôles de la Grande Muraille de Chine, découvre la fonction secrète de la plus colossale des merveilles du monde. L’édifice tremble sous les attaques incessantes de créatures monstrueuses, dont l’acharnement n’a d’égal que leur soif d’anéantir l’espèce humaine dans sa totalité. Il rejoint alors ses geôliers, une faction d’élite de l’armée chinoise, dans un ultime affrontement pour la survie de l’humanité. C’est en combattant cette force incommensurable qu’il trouvera sa véritable vocation : l’héroïsme.

Des monstres, des batailles et Matt Damon

La Grande Muraille raconte l’ultime combat qu’une faction armée d’élite livre au nom de l’humanité sur les remparts de la muraille la plus célèbre du monde. Mais de quoi les hommes, lors de sa conception, voulaient ils se protéger ? C’est du moins ce postulat de base que nous présentaient les premières bandes annonces, et qui laissaient planer le doute quant à l’identité de la menace, renforcée par l’immensité de la muraille. Les spéculations des spectateurs allaient donc bon train, et gage était donné à Zhang Yimou de nous délivrer une grande épopée médiévale dont lui seul a le secret.

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C’est malheureusement dans un style hollywoodien le plus pur que le réalisateur repasse derrière la caméra avec ce nouveau long-métrage. Et ce n’est pas le style où il est le plus à l’aise. Délaissant les aventures dont le lyrisme et la poésie offraient des images somptueuses dans ses précédentes réalisations en Asie (Hero, Le secret des Poignards Volants, La Cité Interdite), il s’enferme ici dans une narration prévisible et filme sans génie une aventure d’un style parfois douteux, à la frontière du kitsch nanardesque (la scène des ballons vaut son pesant de ridicule !)  dans un maelström d’effets visuels pour la plupart terminés à la va-vite. C’est bien simple, certains plans des batailles, à l’instar de beaucoup de passages de Warcraft-Le Commencement, ne semblent être qu’au stade de la pré-production.

Toutefois, La Grande Muraille, par son rythme soutenu, devrait contenter les afficionados en manque de sensations fortes. Par ses scènes d’action souvent jouissives, parfois récréatives, et la stylisation de ses ralentis, le film ne manque pas de souffle épique. Malgré leur monolithisme, les acteurs principaux, Matt Damon et Pedro Pascal, croient en leurs personnages, et de leur duo se dégage une certaine alchimie. Et on ne va pas bouder son plaisir à retrouver certains des acteurs les plus populaires de la scène hongkongaise, Andy Lau en tête !

Des bonus anecdotiques

Les bonus s’avèrent malheureusement pour la plupart décevants. Prenant la forme de mini-featurettes au caractère promotionnelle d’une durée de moyenne de 3 minutes montre en main, elles ne laissent pas le temps de s’imprégner du tournage et de l’implication des équipes artistiques et techniques pour cette production sino-américaine au budget conséquent (plus de 135 millions de dollars, un record pour le cinéma asiatique). Tout juste se confondent elles en banalités et politesses (« c’est le plus grand film auquel j’ai jamais participé », « j’ai toujours voulu travailler avec Zhang Yimou, c’est un réalisateur que j’admire »). Les scènes coupées et allongées sont également sans grand intérêt. Le bonus le plus intéressant reste Homme contre Monstre, un focus sur les moments d’action du film, qui montre la vision qu’a voulu retransmettre le réalisateur durant les trois grandes batailles et leur préparation.

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Caractéristiques techniques du DVD :

Image : 16/9 2.40:1 Anamorphic widescreen / Durée : 1h39

Audio : Français, Anglais, Allemand, Espagnol, Italien, Turc Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Espagnol, Allemand, Italien, Portugais, Néerlandais.

Caractéristiques techniques du Blu-ray™:

Image : 16/9 2.40:1 Letterbox / Durée : 1h43 env

Audio : Français, Anglais, Allemand Dolby Atmos, Espagnol, Italien Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Espagnol, Allemand, Italien, Portugais, Néerlandais

Caractéristiques techniques du Blu-ray™ 3D:

Image : 16/9 2.40:1 Letterbox / Durée : 1h43 env

Audio : Français, Anglais, Allemand Dolby Atmos, Espagnol, Italien Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Espagnol, Allemand, Italien, Portugais, Néerlandais.

Caractéristiques techniques du Blu-ray™ 4K UHD:

Image : 16/9 2.40:1 Letterbox / Durée : 1h43 env

Audio : Français et Anglais Dolby Atmos, Brésilien, Tchèque, Espagnol, Polonais Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Français et Anglais (sourds et malentendants), Brésilien, Tchèque, Danois, Néerlandais, Finnois, Grec, espagnol, Norvégien, Polonais, Suédois

Bonus DVD et Blu-ray™ : Scènes coupées et en versions longues (6,50min) • Matt Damon en Chine (3min) • Travailler avec le réalisateur Zhang Yimou (3min)• Les effets visuels (3min) • Homme contre Monstre (10 min) • Armes de Guerre (3min)• La conception d’un univers spectaculaire (3min)

Interview Andrew Steggall pour son film Departure

Andrew Steggall est le réalisateur du film aux six récompenses : Departure. Pour la sortie nationale de son premier long-métrage, empli de poésie, nous avons rencontré ce nouvel espoir du cinéma britannique.

Departure : une mélancolie familiale 

« C’est l’adieu du poète à son enfance. »

Departure est un film très personnel abordant de nombreuses thématiques autour de l’adolescence. Cette période fugitive est un sujet souvent exploré au cinéma, quel message souhaitiez-vous faire passer à travers cette œuvre ? 

andrew-steggall-alex-lawther-departure-interviewJe ne pense pas avoir de message. Je pense que chaque histoire est personnelle et idiosyncratique et donc quelque chose de nouveau et différent peut être perçu dans chaque film et par chaque spectateur. Si je devais dire quelque chose, peut-être que grandir c’est être assez courageux pour confronter la complexité et devenir plus empathique.

Departure c’est également un drame autour du lien du sang entre une mère et son fils. Pourquoi avoir choisi cette thématique ? Comment qualifierez-vous l’évolution de cette relation maternelle ?

L’histoire d’amour est centrale dans le film. Chacun des deux personnages apprend qu’ils partagent plus pour l’un et l’autre que ce qu’ils pensent. « L’acte d’amour » à la fin du film est « réservé/discret ». Ce n’est pas passionné mais c’est optimiste et c’est une réflexion de leur croissance en tant que personne. C’est ce qu’ils reconnaissent dans chacun d’entre eux, un besoin d’être aimé et qu’ils sont des êtres sexuels complexes et faillibles.

Departure parle de l’homosexualité, des relations familiales… Ce sont des messages forts et quelque peu tabous. A-t-on déjà comparé votre univers cinématographique à celui de Xavier Dolan ?

Je ne pense pas qu’il y ait quoique ce soit de tabou dans le film. La sexualité des personnages est privée, personnelle et pas vraiment quelque chose de transgressif. Ce sont des gens qui luttent vraiment avec des échecs pour communiquer honnêtement entre eux. «  Ils sont en quête de devenir plus en contact avec leurs désirs très humains et reconnaissant. » Xavier Dolan est brillant quand il est brillant.  Je serai ravi d’être comparé à lui.

L’esthétisme est particulièrement présent au sein de votre film. Quel message souhaitiez-vous faire passer à travers cette atmosphère poétique ? Était-ce une façon de dédramatiser la période de l’adolescence ?  

Je pense que la nature poétique du film est une réflexion du fait que c’est une manière, une adaptation ou une réalisation cinématique des idées que le personnage d’un adolescent, Elliot, décrit dans son carnet. Nous sommes en quête de sa version de la réalité et c’est un poète…les cartes postales et les citations sur son mur sont mixées avec les histoires dans sa tête et les évènements de son enfance et adolescence dans un genre de poème ou de rêve … appelé Departure. C’est l’adieu du poète à son enfance.

Departure a reçu de nombreuses récompenses dans de nombreux festivals, comment expliqueriez-vous ce succès ?

Je pense que quand les gens se reconnaissent dans les personnages, « ils ont une chaude réponse » au film. Souvent les jeunes personnages principaux à « l’âge moyen » sont dans les films, plutôt neutres et plaisants. Elliot est plus épineux et difficile. Mais si vous reconnaissez sa précocité et sa maladresse, alors vous tendez à le trouver assez drôle et vous pouvez voir l’ironie dans sa façon de se comporter. Je pense peut-être que certains spectateurs apprécient aussi le tempo et l’introspection du film.

Au détour d’une passion

« Xavier Dolan est brillant quand il est brillant.  Je serai ravi d’être comparé à lui. »

Un mot sur votre parcours ? andrew-steggall-departure

J’ai débuté comme acteur et ensuite directeur de théâtre et opéra avant de devenir réalisateur. Je pense que j’ai apporté avec moi un intérêt pour la performance et l’histoire par-dessus tout. Je ne suis pas sûr que j’aie une carrière. Je continue juste de faire ce que j’aime.

Quels sont vos influences à la fois cinématographiques et artistiques ?

J’ai plusieurs influences cinématographiques, musicales, artistiques et littéraires. Les films de Tarkovski, la musique de Purcell, les peintures de Victor Hugo et les écrits de Hesse.

Travaillez-vous actuellement sur un projet ?

Je travaille sur quelques idées pour des films. Un se déroule à Paris et parle du langage. Un autre se déroule au Royaume Uni et parle d’amour…

Departure, un film de Andrew Steggall : Critique

Departure, cet amas de poésie récompensé six fois par différents festivals. Ce drame familial signé Andrew Steggall, nous plonge au cœur du rêve lyrique d’un adolescent, en quête de soi.

Synopsis : Des vacances familiales au cœur du sud de la France, jusqu’ici tout semble idyllique, et pourtant… Lorsqu’une mère et un fils affrontent chacun leurs désirs, alors, tout peut basculer.

Une histoire à double visage

« Hugo a dû attendre que sa mère meure pour vivre son véritable amour. » Departure

Departure est un portrait mélancolique d’une famille déchirée par la vie. Ce n’est pas une histoire maternelle, relatant avec émois la séparation de ce lien. C’est simplement la chronique de deux individus qui tentent de faire face à leurs désirs. departure-juliet-stevensonElliot (Alex Lawther) est un adolescent rêveur, qui découvre avec précocité et maladresse, son homosexualité. Beatrice, sa mère (Juliet Stevenson), essaye quant à elle de faire face au sentiment de désespoir survenu par l’annonce d’un divorce. Deux histoires si différentes, et pourtant étroitement liées.

Le fil conducteur de ce film se situe dans le personnage de Clément (Phénix Brossard). Cet adolescent mystérieux, qui entre peu à peu dans l’intimité familiale, provoque la discorde de cette dernière. Une question se pose alors : comment faire face aux désirs très humains lorsque l’interdit est pourtant si grand ? Amour ou simple tentation, quoi qu’il en soit le changement est profond. Unis par les liens du sang, Elliot et Beatrice sont également liés par un important sentiment de solitude. Ce dernier se ressent à travers un besoin grandissant d’amour et de reconnaissance.

Une ode à l’amour

 » Le désir de quoi ? Comme l’eau coule entre les doigts. » Departure

Departure est un film mêlant subtilité et délicatesse. C’est en séjournant dans une maison de campagne (celle du film) que Andrew Steggall a eu l’idée du scénario. Departure n’est donc pas simplement une fiction, mais une œuvre trèsdeparture-alex-lawther-phenix-brossard personnelle. C’est une ode à l’amour qui dépeint avec sincérité et émotion le fait de grandir. Elliot, 15 ans, prend conscience de ses nouveaux désirs et de sa singularité sexuelle. Ce personnage ne ressemble en rien à l’archétype de l’adolescent que nous pouvons rencontrer dans les Teen movie, souvent représentés de manière neutre. Elliot est quant à lui un jeune homme épineux. Précoce, il porte un regard mature sur l’amour. Son orientation sexuelle, encore très questionnée au sein de notre société, est pour ce jeune homme entièrement acceptée. Ainsi, loin d’être taboue, la sexualité y est représentée de manière privée et personnelle.

Departure est une histoire universelle. Le désir d’être humain. Le besoin d’être aimé. Essayer d’être heureux. Ces pensées particulièrement significatives sont omniprésentes. Elles construisent toute la trame de l’histoire et apportent une moralité au film : apporter une signification à la recherche de l’amour. 

« L’adieu du poète à son enfance »

Departure, signifie le départ. Ce dernier a alors une double signification. Tout d’abord il s’agit de l’éloignement de cette famille face à leur maison de vacances. En effet, la base du scénario se construit autour du déménagement, occasionné par la vente de la demeure. Cette dernière a une dimension symbolique pour Beatrice et Elliot, puisqu’elle représente une grande partie de leurs souvenirs. Deuxièmement, il s’agit de l’adieu du poète à son enfance. Une grande partie du film est construite autour du songe de ce jeune homme rêveur. Que ce soit à travers des rêves érotiques ou passionnels, Elliot mixe les histoires de sa tête avec les événements de son enfance et adolescence. Departure se dessine, alors, comme un poème.

La nature poétique est une partie intégrante du film. Les images, imprégnées par la thématique de l’imaginaire, doivent être perçues comme le reflet de la pensée d’Elliot. L’expérience cinématographique n’est possible qu’en associant la réalisation artistique à la dimension morale.  La scène finale est sans doute la plus emblématique. En mêlant les chimères d’Elliot à l’opéra Rusalka, Andrew Steggall a souhaité se référer à « l’histoire d’une nymphe qui aspire à devenir humaine. » Véritable source de bonheur visuel et auditif, cette séquence témoigne d’une importante symbolique et résume parfaitement la prouesse cinématographique de cette œuvre : 

« Ce désir ardent de devenir un être de chair et de sang, que l’on peut toucher, serrer dans ses bras, embrasser, c’est ce que Béatrice et Elliot partagent vraiment ». Andrew Steggall

Departure : Bande Annonce

Fiche technique : Departure

Réalisateur : Andrew Steggall
Acteurs : Alex Lawther, Phénix Brossard, Juliet Stevenson
Durée : 109 minutes
Date de sortie : 31 mai 2017

Royaume-Uni – 2015

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Cannes 2017 : Palme d’Or pour The Square

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Fin du suspense et Palme d’Or pour The Square du suédois Ruben Östlund.

Festival-Cannes-2016-Palme-OrAu terme de la cérémonie de clôture présentée par Monica Bellucci, le Président du Jury Pedro Almodovar et son jury composé de Maren Ade, Jessica Chastain, Fan Bingbing, Agnès Jaoui, Park Chan-wook, Will Smith, Paolo Sorrentino et Gabriel Yared ont révélé leur palmarès. Fin d’un suspense insoutenable, parmi les dix-neuf films en compétition, c’est The Square de Ruben Östlund qui a remporté la prestigieuse Palme d’Or. Le film suit la crise existentielle d’un conservateur de musée. Cela faisait 25 ans que la Suède n’avait pas remporté une Palme d’Or, la dernière fois c’était en 1992 pour Les Meilleures Intentions de Bille August.

Egalement distingué au palmarès, You Were Never Really Here de Lynne Ramsay qui obtient deux prix, l’un pour le scénario et l’autre pour le Prix d’Interprétation Masculine pour Joaquin Phoenix. Diane Kruger remporte le Prix d’Interprétation féminine pour In The Fade. 120 battements par minutes obtient le Grand Prix du Jury et Les Proies est honoré du Prix de la Mise en Scène. Un Prix Spécial a également été attribuée à Nicole Kidman.

Le Palmarès complet du Festival de Cannes 2017 :

Palme d’Or : The Square de Ruben Östlund

Grand Prix du Jury : 120 battements par minute de Robin Campillo

Prix du Jury : Sans Amour (Loveless) de Andreï Zviaguintsev

Prix de la Mise en Scène : Les Proies de Sofia Coppola

Prix du Scénario ex-æquo : Mise à Mort du Cerf Sacré de Yorgos Lanthimos & You Were Never Really Here de Lynne Ramsay

Prix d’Interprétation Féminine : Diane Kruger pour In The Fade de Fatih Akin

Prix d’Interprétation Masculine : Joaquin Phoenix pour You Were Never Really Here de Lynne Ramsay

Prix Spécial du 70ème anniversaire du Festival de Cannes : Nicole Kidman 

Caméra d’Or : Jeune Femme de Leonor Seraille

Palme d’Or du Court Métrage : Xiao Cheng Er Yue de Yang Qiu

Mention Spéciale du Court Métrage : Katto de Teppo Airaksinen

Pour rappel, notre rédaction vous avait concocté sa liste des incontournables de cette 70ème édition du Festival de Cannes.

Les autres palmarès : Un Certain Regard, la Quinzaine des Réalisateurs, La Semaine de la Critique, la Cinefondation et la presse internationale (FIPRESCI)