Ghost in The Shell étant à l’animé ce qu’est Mona Lisa pour le Louvre : la perspective de voir un gros studio d’en faire un remake à la sauce US n’avait rien d’engageant. C’était sans compter sur Rupert Sanders, qui en jouant la carte du fan éperdu, parvient à livrer un film fidèle aux canons esquissés par Masamune Shirow.
Dans un futur proche, le Major est unique en son genre : humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.
Mrs Robot…
Il est toujours difficile d’aborder le cas du remake de nos jours. Qui plus est, quand il consiste à s’emparer d’un chef d’œuvre de l’animation japonaise pour l’américaniser. C’est pourtant le pari entrepris par Rupert Sanders (Blanche Neige et le Chasseur), grand fan de l’animé, qui a voulu donner sa version de cette histoire mêlant conscience, âme et transhumanisme. Sur le papier, cela semblait en plus prometteur : Scarlett Johansson en Major, le rare Clint Mansell à la musique, et plus important encore la présence du grand Takeshi Kitano au casting. Et à l’écran ? Force est d’admettre que le film clivera : d’un coté, en charmant les néophytes qui seront récompensés par un film esthétiquement solide et nanti d’une Scar-Jo dans son élément ; de l’autre, en risquant d’irriter les fans purs et durs qui eux, seront sans doute décontenancés à la vue d’un film qui reprend le nom de son illustre aîné sans en reprendre toute la moelle qui l’a érigé en chef d’oeuvre. Et autant dire qu’à la rédaction, on penche davantage du coté des conquis. Et pour pas mal de raisons en fait. Le visuel est stupéfiant et ne se repose pas que sur des CGI, le casting est investi et surtout très hétéroclite (des américains, des danois, des japonais, des français) et on a droit à un scénario plutôt malin. Comprenez par là que le film, bien que taxé de white-washing (du nom de cette polémique fumeuse à Hollywood qui consiste à engager des acteurs caucasiens pour tout type de rôle) parvient à incorporer cette polémique dans son script et donc à rendre valable la présence de Scar-Jo dans le body du major, pourtant clairement asiatique.
Bonus in the Shell
Un tel projet nécessitant une débauche de moyens comme seul Hollywood pourrait le permettre, on se doutait que le projet saurait nous rappeler pourquoi cet univers aussi foisonnant a su se faire une place dans le coeur des geeks. Et ça n’a pas trompé. Bien qu’on regrettera encore une fois de voir la galette Blu-Ray plus étoffée que son homologue DVD, on ne boudera pas son plaisir devant les quelques modules contenus dans les bonus. D’abord, celui nommé « Humanité sous-jacente : la réalisation de Ghost in The Shell » qui tend à expliquer tout le processus créatif et la vision du cinéaste Rupert Saunders, puis « Homme et Machine : la philosophie des ghosts » qui essaie à son tour d’expliquer le principal enjeu du film, à savoir l’âme ; et enfin « Section 9 : cyber-protecteurs » qui se focalise sur la division du Major, chargé de limiter les dérives du transhumanisme contenues dans le film.
Caractéristique DVD
Image : 16/9 Full Frame 1.78 :1 / Durée : 1h42 Audio : Anglais, Anglais audio descriptif et Français Dolby Digital AC3 5.1 Surround Sous-titres: Anglais (sourds et malentendants), Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Norvégien, Suédois
Bonus du DVD :
Section 9 : cyber-protecteurs / Homme et Machine : la philosophie des ghosts
Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, ballade au Japon en compagnie de Kitano avec L’été de Kikujiro.
Quand on parle de l’été au cinéma, il y a forcément des titres qui viennent directement à l’esprit. Mais il y a surtout une évidence, une évidence aussi simple que le titre de ce film, L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano. Considéré comme l’un des classiques de son auteur, le film sort en 1999 alors que Kitano est au sommet de sa popularité internationale, venant de remporter deux ans auparavant le Lion d’or à la Mostra de Venise pour son autre grande œuvre Hana-Bi. L’été de Kikujiro, c’est un véritable concentré de Kitano. Un yakuza interprété par le cinéaste, une mélancolie omniprésente, une réalisation composée de plans fixes, une lenteur calculée, des personnages hauts en couleurs, une bande-originale de Joe Hisaishi, tout cela se retrouve dans le 8ème film du réalisateur nippon.
L’été de Kikujiro est une sorte de road-trip, un voyage à travers le Japon dans lequel on va suivre un duo des plus inattendus. Le jeune Masao s’ennuie pendant ses vacances d’été, sa mère dont il n’a plus de nouvelles depuis bien longtemps lui manque. À ses côtés, Kikujiro, un yakuza vieillissant ayant un penchant pour les jeux d’argent (personnage directement inspiré du père de Kitano), va lui venir en aide afin de retrouver sa mère. Les voilà partis sur les routes du pays du soleil levant. Si le voyage démarre mal, Kikujiro profitant de Masao pour essayer de gagner aux courses, le duo va très vite vivre de nombreuses autres péripéties se caractérisant par la rencontre de personnages divers et variés, vivant en marge de la société.
Le film est beau, tout simplement. C’est la magie Kitano. Cet homme arrive à faire des films magnifiques avec une histoire à première vue extrêmement simple, et tout fonctionne. L’été de Kikujiro est peut-être son plus beau film. Kitano capte des moments qui confinent au sublime avec sa caméra. La séquence des jeux sur la plage entre Masao, Kikujiro et les motards en est l’exemple parfait. Sous leurs aspects de jeux idiots à base de déguisements ridicules, c’est le bonheur que Kitano imprime sur ses images. Un bonheur si bien retranscrit que l’on est obligé de sourire bêtement devant notre écran, car le cinéma de Kitano possède cette impressionnante faculté communicative. Cela marche pour la joie, mais aussi la mélancolie. Grand cinéaste de la mélancolie, Kitano n’a pas son pareil pour cultiver ce sentiment. L’été de Kikujiro en est bien évidemment teinté. Cette histoire de garçonnet cherchant à renouer avec sa mère, aidé par un yakuza ayant vécu la même chose, donne ce caractère maussade aux personnages qu’on partage avec eux. Jovialité et morosité se télescopent dans L’été de Kikujiro. D’un côté cet amusement avec ces personnages eux aussi abandonnés par la société, et de l’autre cette quête qui restera inachevée, le film nous fait passer du rire aux larmes en peu de temps.
La mélancolie et la joie ne sont-ils pas non plus les sentiments parfaits pour décrire des vacances ? La joie du moment, la mélancolie de ceux passés, le film de Kitano c’est un peu tout ça à la fois. Quand Kikujiro voit qu’il ne peut rien faire pour aider Masao, il décide de lui donner le sourire. Le yakuza va comme le prendre sous son aile et lui faire oublier cet abandon de la part de sa mère. Ils vont faire les quatre cents coups ensemble, Kikujiro devenant un véritable clown cherchant à amuser n’importe comment le jeune Masao. Il deviendra même une figure parentale pour l’enfant, prenant soin de lui et le sortant d’une mauvaise passe, lui redonnant espoir concernant sa maman. Une véritable complicité se forme entre les deux. Et forcément, nous, spectateurs vivons tout cela avec eux. Quand tout est fini, on est comme Kikujiro, et nous n’avons qu’une seule envie, le refaire un de ces quatre. Les rires se manifestent une dernière fois, avant de que chacun ne parte de son côté, repensant aux moments inoubliables qu’ils ont passés ensemble, de véritables souvenirs de vacances.
Tout cela se finit alors que résonne une dernière fois cette mélodie entêtante de Joe Hisaishi, ces petites notes de piano résumant à la perfection ce tourbillon de sentiments que nous a fait vivre ce film. Summer, jamais un nom de morceau n’aura été aussi bien choisi et jamais un morceau n’aura aussi bien collé à un film et à ce qu’il renvoyait. Et si L’été de Kikujiro est aussi marquant, ce n’est pas seulement dû à Kitano, mais également à son fidèle acolyte Joe Hisaishi. Ce thème va revenir tout au long de ce voyage, ponctuant les aventures rocambolesques de Masao et Kikujiro. D’une simplicité n’ayant d’égal que sa beauté, Summer peut à lui seul faire tirer une larme ou esquisser un sourire sur un visage. Kitano et Hisaishi se sont compris, et leur œuvre aura résolument marqué les esprits. Ces petites choses de la vie, ces émotions, cette bonne humeur, cette nostalgie, L’été de Kikujiro est le film parfait pour l’été.
L’été de Kikujiro – Bande Annonce
L’été de Kikujiro – Fiche Technique
Réalisation et scénario : Takeshi Kitano
Interprétation : Takeshi Kitano ( Kikujiro), Yusuke Sekiguchi (Masao), Kayoko Kishimito (La femme de Kikujiro), Kazuko Yushiyuki (La grand-mère de Masao)..
Image : Katsumi Yanagishima
Montage : Takeshi Kitano
Musique : Joe Hisaishi
Producteur : Shinji Komiya, Masayuki Mori, Takio Yoshida
Société de production : Bandai Visuel, Tokyo FM
Durée : 121 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 20 octobre 1999
Japon – 1999
Vous pourrez (re)voir le film en version restaurée ce mercredi 9 août 2017, dans le cadre du cycle « Chemins de Traverse »
En début de ce mois de Mai 2017, Playlist Society a édité un nouvel essai nommé Génération Propaganda, l’histoire oubliée de ceux qui ont conquis Hollywood. Après la mise en lumière de Mad Men en Avril, place à Propaganda Films dont l’histoire peu connue du public nous est ici déterrée et présentée par Benoit Marchisio. Rencontre avec l’auteur-archéologue du livre…
Le mot de l’éditeur : A travers des anecdotes, des témoignages et des analyses thématiques, l’ouvrage retrace l’histoire de la société de production Propaganda Films et examine son impact sur l’économie du monde du divertissement entre 1980 et 1990. Clips, publicités, films et séries télévisées, elle a favorisé l’essor des Guns N’Roses, de Madonna et a participé au lancement de Twin Peaks et de Beverly Hills 90210.
1 / Benoit Marchisio, qui êtes-vous ?
« Eh bien j’ai 31 ans, je collabore régulièrement avec le magazine SoFIlm, souvent sur des articles qui partagent la même ambition que Génération Propaganda : raconter l’envers du décor d’un film, d’une série ou d’un phénomène, dans quelque format que ce soit. J’apprécie notamment le format histoire orale – que j’ai longuement considéré pour le livre, avant de renoncer – même si une écriture plus conventionnelle m’intéresse également. A part ça, je travaille chez France Télévisions à l’acquisition de longs-métrages. »
2 /En lisant votre livre, l’impression de lire un film se ressent fortement. On commence par une fête légendaire, où tout brillerait avec une impression de ralenti. Vous exposez dès le début l’apogée de Propaganda pour ensuite revenir sur ses débuts. Vous racontez ensuite leur histoire qui tend à suivre le modèle du « rise and fall ». Enfin, vous présentez dans l’épilogue le « destin » / le présent de chacun des grands agents de l’entreprise, ce qu’on peut voir dans bien des biopics. Ce qu’on a encore récemment pu voir dans la série ‘American Crime Story : The People v. O.J. Simpson’.
Alors, avez-vous écrit – consciemment ou inconsciemment – cette Histoire du cinéma, comme une histoire de cinéma ?
« Totalement. Lorsque j’ai parlé avec mes éditeurs, Laura Freducci et Benjamin Fogel, de mon idée d’écrire un livre sur une société de production disparue depuis plus de quinze ans, la première remarque qu’ils m’ont faite, et à raison, c’est : « mais ça intéresse qui ? »Propaganda Films a beau avoir eu dans ses rangs des metteurs en scène très connus, comme David Fincher, Michael Bay ou Spike Jonze, elle demeure très largement inconnue. Et puis nous n’allions pas parler des films emblématiques de ces metteurs en scène mais de leurs débuts, évoquant des clips d’artistes célèbres, mais aussi des choses moins glamour, comme les publicités. Et comme l’ambition des éditions Playlist Society est d’éviter tout exercice universitaire pompeux s’adressant à une niche de lecteurs, il fallait trouver un format de lecture susceptible d’introduire un tel sujet de la manière la plus accueillante possible. On avait donc deux axes : les noms des participants à cette aventure, relativement célèbres, et l’idée de faire un récit « romancé ».
J’aimais bien l’idée d’en faire un livre avec un (relatif) suspense : commencer avec une scène forte pour capter l’attention, introduire les personnages, puis suivre un schéma de film de mafia avec la première moitié où tout se passe bien et la seconde où tout s’écroule, le tout entrecoupé de quelques flash-back. Cela demande du boulot, forcément, parce qu’on a plusieurs balles en l’air en même temps, mais c’est très amusant à faire. Et il y avait quelques moments forts à amener : Twin Peaks, Alien 3, les clips de Madonna, Dans la peau de John Malkovich. L’idée étant toujours de ponctuer la lecture avec ces éléments un peu plus familiers tout en ne s’interdisant jamais d’aller dans le détail d’événements plus méconnus mais pourtant essentiels. C’est un contrat qu’on passe avec le lecteur : je vais te parler d’un truc que tu ne connais pas forcément mais suis-moi, on va bien rigoler. »
3 / Concernant Michael Bay, les déclarations sont-elles vraiment d’hier ? Par exemple, ce que dit Howard Woffinden (pages 108 & 109) de Bay colle complètement à son cinéma tel qu’on le connait aujourd’hui. Alors je me suis posé la question de l’historicité. Ne seraient-ce pas des déclarations à posteriori sur le bonhomme ?
« Pour que ce soit clair : toutes les interviews retranscrites dans le livre ont été effectuées entre avril 2015 et décembre 2016. Je n’ai quasiment rien utilisé qui soit antérieur à ces dates. Donc tout est a posteriori, d’un certain point de vue.»
Michael Bay, en plein tournage de ‘Transformers The Last Knight’
« Je suis d’accord qu’à partir du moment où on convoque le souvenir de quelqu’un qui est devenu un personnage bigger than life aujourd’hui, les déclarations peuvent être faussées. Mais tous ceux que j’ai interviewés au sujet de Michael Bay avaient tous un discours similaire : un homme qui arrive en Porsche à 22-23 ans au boulot et qui veut qu’on le remarque, ça marque – surtout quand on est plus âgé. A ce moment-là, on peut s’autoriser quelques citations croustillantes. Mais j’ai toujours essayé d’éviter de citer ceux qui me disaient : « on voyait déjà que Fincher était un génie », par exemple. C’est toujours délicat, et ça n’apporte pas grand-chose. »
4 / Et, pour continuer sur l’historicité, avez-vous trouvé des déclarations de la part des agents de Propaganda qui aient été faites / enregistrées véritablement à l’époque ? On pourrait se poser la question de la construction de la légende Propaganda. Votre livre tend à exposer la légende Propaganda Films – notamment construite à travers des déclarations grandiloquentes et nostalgiques (je pense notamment à cette fête du début) et sa réalité.
Un exemple : les réalisateurs voulaient avoir accès au cinéma, cet outil narratif qui touche un grand public, en soit ils voulaient donc avoir accès plus profondément à la culture populaire (Fincher va même bosser sur l’une de ses licences phares, ‘Alien’). Mais vous relativisez ce rapport en parlant de « conquête de culture de masse » (page 103).
Alors, en tant qu’auteur, avez-vous justement cherché à travailler le rapport entre la fiction (le légendaire) et le factuel ?
« Sur la fête du début, je veux bien croire ce qui y ont assisté quand ils me disent qu’elle était absolument hallucinante. Et puis, le fait d’entamer le prologue par « si tu t’en souviens, c’est que tu n’étais pas là », cela annonce aussi que tout ce qu’on vous raconte au sujet de cette soirée est à prendre avec un grain de sel. Ça construit une légende, si on veut, mais c’est surtout pour dire qu’Hollywood à l’époque, c’est du fric qui pleut sur les producteurs, une liberté relative mais réelle pour les réalisateurs et une exacerbation du « glamour » de la grande époque permis justement par ces millions de dollars.
Les équipes de Propaganda Films avaient un certain culte du secret : pas de photo, pas d’interview, très peu de reportage. Il existe des articles de l’époque à leur sujet, notamment dans les revues professionnelles, mais même là, le discours est toujours très positif : les financiers ou les managers parlent de conquête de marché, de revenus… Je ne voulais pas faire une simple compilation d’interviews glanés ici et là. Il fallait aussi aller leur parler, pour certains les rencontrer, justement pour creuser des aspects trop dithyrambiques, sans tomber dans le règlement de comptes. Je veux bien admettre que je suis entièrement tributaire de ce que l’on a bien voulu me raconter. Mais je pose des questions ancrés dans les faits : soit j’arrive avec des chiffres, soit j’arrive avec un clip, un film, une pub, un épisode de série avec des noms au générique et des questions précises sur un plan, une participation, une méthode de travail… Donc vous avez une matière immense (j’ai dû compiler près de 100 heures d’interview) dans laquelle vous piochez pour raconter l’histoire qui vous semble la plus juste au vu de l’immense corpus de ce qui existe – et de ce que vous ignorez. »
L’un des deux clips préférés de l’auteur, ici, celui pour Steve Winwood réalisé parDavid Fincher
5 / Concernant cet objet d’étude qu’est Propaganda Films, pourquoi ce choix d’écrire sur eux ? Est-ce que vous considériez qu’on en parlait sans véritablement connaître le sujet (notamment en France) ? Ou, pour poursuivre la question précédente, vouliez-vous proposer une véritable réflexion sur cette boîte devenue légendaire, icône ?
« Je suis tombé sur Propaganda Films en m’intéressant au cinéma de David Fincher, il y a plus de dix ans. On évoquait son existence dans des articles ou des monographies, sans jamais aller plus loin. Lors de la rédaction d’un article sur ses jeunes années au moment de la sortie de Gone Girl, je me rends compte que Propaganda a accueilli pas mal de metteurs en scène toujours en activité en ses murs et a participé à des séries très connues, notamment Twin Peaks et Beverly Hills 90210. Je me dis qu’il est intéressant de se pencher sur ce cas, parce qu’il est emblématique : une petite société qui grandit, grossit, révèle des talents qui ensuite s’envolent vers d’autres horizons avant que la structure ne disparaisse. En soit, c’est la vie de centaines de sociétés dans le monde du cinéma. Mais celle-ci avait cela de particulier qu’elle a su s’emparer d’une esthétique et la sublimer.
Ce qui m’intéresse aussi quand je propose de parler de Propaganda, c’est de voir comment des réalisateurs qui aujourd’hui dominent le box-office (ou ont dominé), ou qui en tout cas ont marqué ma génération de cinéphiles (Seven, Dans la peau de John Malkovich, Armageddon, qu’on aime ou pas, on a vu ses films et ils font partie de notre imaginaire) sont nés. Comment un processus industriel arrive à engendrer des réalisateurs de talent qui eux-mêmes s’épanouissent dans un environnement extrêmement balisé. Cela englobe la complexité d’une industrie et la particularité d’une trajectoire personnelle. En terme de dramaturgie (pour revenir à vos premières questions), c’est pas mal. »
6 / Votre livre est aussi intéressant quant à son travail de l’Histoire. À sa lecture, une impression se dégageait, celle d’avoir affaire à une gigantesque toile emplie de nœuds (par exemple : les clips anglais / la création de MTV aux États-Unis). Comment avez-vous travaillé votre recherche historique ? Et n’avez-vous pas eu peur de vous perdre ou de perdre le lecteur dans toute cette toile ?
« Si Propaganda Films est le berceau d’une génération de metteurs en scène, elle est elle-même l’enfant d’un contexte industriel, économique et esthétique particulier. Celui-ci, c’est la domination de MTV sur la culture musicale de masse dans les années 1980. Une fois que vous avez compris cela, vous creusez la documentation existante. Il y a notamment un livre absolument formidable sur l’histoire de MTV, I want my MTV, de Craig Marks et Rob Tannenbaum. C’est passionnant de bout en bout parce qu’ils ne jugent pas le phénomène, ils cherchent à le comprendre et à l’expliquer. Un autre livre a été très important aussi, notamment sur l’aspect industriel de la musique : How music got free, de Stephen Witt, sur l’arrivée du MP3, racontée de trois point de vue différents, celui d’un patron de label, d’un pirate et d’un ingénieur. A partir de là, vous trouvez de nouvelles pistes, vous appelez des gens, qui vous donnent d’autres noms, etc. D’ailleurs, la première chose à bien cerner, c’était le contexte. Comme vous dites, c’est une toile immense, beaucoup de choses se cristallisent dans les années 1980 : la musique ne fait plus que s’écouter, elle se regarde aussi. Donc il faut des gens pour réaliser ces clips, et il faut bien aller les chercher quelque part. C’est cela qu’il faut avant tout mettre en scène quand vous voulez parler de la jeunesse de réalisateurs de films qui ont commencé dans le clip.
Une fois toutes ces infos récoltées, on les organise au mieux pour ne pas noyer le lecteur. Si j’ai fait une partie du boulot, c’est aussi là que les éditeurs entrent en jeu. Vous êtes à fond dans votre histoire et l’éditeur se met toujours à la place du lecteur. C’est un exercice intéressant, parce qu’il pointe les parties superflues, celles qui demandent plus d’explications. A trois, on collabore pour que ce soit le moins indigeste possible. »
MTV, scène télévisuelle sur laquelle s’exposera la bande de Propaganda Films.
7 / Page 89, vous écrivez que Propaganda Films « a su imposer une esthétique inédite et expérimentale ». Page 131, vous notez que les metteurs en scène devaient avoir une marge de manœuvre pour pouvoir imposer « leur style, qu’il soit léché pour Fincher, ou plus pompier chez Michael Bay ». Alors, l’esthétique de Propaganda, comme vous avez pu l’expliquer, est formidable notamment parce qu’elle est hétérogène. Nous avons plusieurs réalisateurs, aux styles différents. Mais alors peut-on vraiment dire qu’ils ont su imposer une esthétique ? Peut-on même dire que Propaganda Films avait une identité esthétique propre – même s’il y avait certaines méthodes, un certain savoir faire qui se retrouvait chez chacun d’entre eux ?
Aussi, au regard de la grande Histoire du cinéma, et lorsqu’on sait à quel point Propaganda a été inspiré par des films comme ‘Blade Runner’, peut-on dire que leur esthétique fut unique et expérimentale ? Ne devrait-on pas plutôt dire que leur esthétique fut unique et expérimentale à la / pour la télévision ?
« David Bordwell, dans The way Hollywood tells it, estime que l’esthétique hollywoodienne, qui fait avancer une histoire par des moyens sensibles, n’a pas véritablement changé depuis les années 1930, qu’elle est juste la continuation des mêmes objectifs (une narration claire conduite par un personnage au centre du récit) par d’autres moyens. Par exemple, on coupe beaucoup plus que dans les films des années 30 ou 50, mais in fine, on raconte la même chose. Prenez L’affaire Thomas Crown et Thomas Crown : c’est la même histoire, avec une esthétique totalement différente, mais dont l’objectif est similaire, raconter les affres d’un voleur de génie. L’un est plus rythmé, plus virtuose que l’autre (je parle du McTiernan), mais il reste un film hollywoodien avant tout.
Quand je dis que l’esthétique de Propaganda est « inédite et expérimentale », je le fais parce que j’ai introduit plusieurs aspects qui me permettent d’appuyer cette hypothèse : une maîtrise absolue de la technologie, une connaissance aiguë du marché visé et la « commercialisation » comme seul objectif – c’est ce que j’appelle la domination du « pitch », ces courts résumés censés résumer une intrigue pour appâter le spectateur. Dans le clip, vous avez 4 minutes, une pub, parfois guère plus de 30 secondes. Il faut accrocher très vite et vendre tout de suite. L’histoire, l’évolution du personnage, elle, n’est guère importante – sauf plus tard, notamment chez Fincher, qui fait de « Bad Girl » de Madonna, un petit court-métrage, ou chez Dominic Sena, avec « Rythm Nation ». Blade Runner marque par son look. Mais son esthétique, celle qui permet de faire avancer le récit par des moyens sensibles, s’inscrit dans une narration. Pas dans un objectif mercantile, uniquement.
Propaganda Films était en majeure partie une société de production de clips et de pubs. Et les clips et les pubs sont là pour vendre un CD deux-titres ou une brosse à dents. L’esthétique hollywoodienne, jusqu’au début des années 80, était au service de l’histoire. C’est après qu’avec un certain nombre de vecteurs, notamment le placement de produit ou la franchisation, elle s’est à son tour mise au service d’objectifs mercantiles. Mais sans jamais oublier de raconter une histoire. Le clip ou la pub c’est de la sensation. A mes yeux, ce n’est pas tout à fait pareil… »
8 / Le Graal de Propaganda Films était le cinéma. Et pourtant, il semble qu’il ait été l’objet de la destruction de la société. Et on peut penser que les plus aguerris s’en sont sortis, abandonnant alors le bateau face à l’iceberg en vue. Est-ce que vous pourriez revenir dessus ?
« Vous avez beau avoir un deal avec Polygram, distributeur et producteur de films anglais, filiale de Philips, et la possibilité de développer des projets, vous n’êtes pas tout seuls quand vous voulez faire du cinéma à Hollywood. Les producteurs installés et les studios ont bien vu que ces mecs-là savaient parler aux jeunes et pouvaient tenir des budgets grossissants. On leur a proposé des films que Propaganda Films ne pouvaient pas leur proposer : Bad Boys, Alien 3…
Et puis le deal avec Philips était le ver dans le fruit. Quand ces derniers ont vu le MP3 grignoter les parts de marché du disque, ils ont anticipé la crise et vendu toutes les branches qu’ils possédaient et qui produisaient du contenu potentiellement dématérialisables. Forcément, ça précipite les choses. »
David Fincher sur le tournage d’Alien 3′
9 / On ne se rend pas compte à quel point l’ère du clip (et de Propaganda Films) a pu influencer l’industrie cinématographique avec des concepts comme le pitch, le packaging d’un film. Aussi des personnalités comme Michael Bay ont participé à la mise en place et la vente du Blockbuster tel qu’on le connait aujourd’hui. Dernièrement dans un article de GQ, James Gunn et d’autres cinéastes expliquaient aujourd’hui que le film était programmé (notamment la date de sortie) avant même qu’il y ait un script. Est-ce que vous pensez que cela peut être un résultat, un héritage ou la continuité des traces laissées par Propaganda Films et ses agents sur le cinéma ?
« Ce que vous décrivez était déjà bien entamé avant même que Propaganda ne s’introduise dans le cinéma, ou que Marvel en commence à mettre en branle son énorme machine : dès 1989, Batman de Tim Burton est packagé comme un film, un album (avec le single de Prince, Batdance), un produit dérivé (des jouets dans le Happy Meal), le tout adapté de comics qu’on ressortait pour l’occasion. La mercantilisation du cinéma était déjà en marche.
Que l’esthétique de Propaganda en particulier et celle des clips en général, relayée par MTV, ait influencé les producteurs et les réalisateurs, c’est un fait – regardez la production de Jerry Bruckheimer pour vous en convaincre. Leur échec a été de ne pas avoir su faire grandir les talents maison pour les amener dans les salles. Mais ils ont marqué l’industrie, c’est sûr.
Ce qui est décrit dans l’article de GQ est la conséquence d’une industrie qui ne prend plus de risques et qui est arrivé à un stade ultime de mercantilisation, qu’on peut voir comme ayant eu ses racines dans cette alliance entre MTV et Hollywood : on sort un film comme une nouvelle gamme de produits quelconque, avec des études de marché, des publics cibles, à la tête desquels on met des réalisateurs sans grand univers, justement (il y a toujours des exceptions, bien entendu…). On essaie de gommer au maximum le risque inhérent à une industrie qui ne produit que des prototypes. Le Marvel Cinematic Universe, par exemple, ce n’est que ça : la promesse d’une vingtaine de films tous convoquant des personnages connus. »
10 / Enfin, vous avez du revoir une quantité astronomique de clips (notamment tous ceux de Propaganda ; d’ailleurs sont-ils tous visibles sur le net ?). En avez-vous deux que vous souhaitez absolument exposer à nos lecteurs ?
« Il existe un site fabuleux : Internet Music Video Database, le Imdb du clip. Il n’y a pas tout, mais c’est un outil très utile. Vous trouverez la plupart des clips cités dans le livre.
Si j’en ai deux :
Steve Winwood : Roll with it, de David Fincher
Meat Loaf : I would do anything for love, but I won’ do that, de Michael Bay »
Ci-dessous, le deuxième clip préféré de l’auteur, ici réalisé par Michael Bay.
Génération Propaganda, l’histoire oubliée de ceux qui ont conquis Hollywood
Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Dur de s’y retrouver. Heureusement, CineSeriesMag fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille La planète des singes : Suprématie et Les filles d’Avril.
Cette semaine marque la sortie du troisième volet de la trilogie simiesque. On vous conseille fortement La Planète des singes : Suprématie. Ce dernier opus est une fresque épique et émouvante, renforcée par l’allégorie sociétale qu’elle constitue. Avec la fin des aventures de César, Matt Reeves signe le blockbuster de l’été. La performance d’Andy Serkis est saisissante dans le rôle du singe leader et Woody Harrelson s’avère très convaincant dans le rôle du vilain. La Planète des Singes : Suprématie marque aussi l’avènement d’une nouvelle ère pour le cinéma avec une véritable révolution au niveau des d’effets spéciaux.
On vous invite à voir la dernière œuvre de Michel Franco qui, avec Les filles d’Avril, signe un long-métrage sombre et directe mais teintée de douceur. Un film qui allie la beauté et la tendresse qui se dégage de ses actrices conciliées avec la folie inhérente au récit. Emma Suarez y est splendide dans le rôle d’Avril, une mère qui s’occupant de l’enfant de sa fille, va franchir la limite..
Plongez une nouvelle fois dans la filmographie du réalisateur mexicain Luis Buñuel qui connaît une rétrospective dans les salles obscures. Une bonne occasion de revoir Belle de jour et La Voie Lactée.
Après quatre longs métrages et un documentaire très remarqués, Michel Franco n’est plus le bleu de l’année. Avec son dernier film Les Filles d’Avril, il continue pourtant de surprendre et de ravir les jurys de festivals (Grand Prix du Jury, section Un Certain Regard à Cannes) avec son cinéma sombre et sans une once de graisse, mais cette fois-ci nimbé d’une certaine forme de douceur
Synopsis : Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé avec son petit ami de garder l’enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l’aide sa mère Avril, installée loin d’elle et de sa sœur. À son arrivée, Avril prend les choses en mains, et remplace progressivement sa fille dans son quotidien… Jusqu’à franchir la limite. …
Møther
Sans nul doute que Michel Franco, tout autant que Michael Haneke, doivent en avoir ras la casquette qu’on compare sans arrêt le premier au dernier. Cette comparaison semble cependant inévitable, tant la filmographie de Franco le place dans le sillage immédiat de l’autrichien. Certaines scènes vraiment dérangeantes de son cinéma pourraient même le rapprocher d’Ulrich Seidl, cet autre König autrichien de la provocation.
Les Filles d’Avril ne déroge pas à la règle du film clinique et froid, minimaliste et enrobé d’une bonne couche de cruauté qui est la marque de fabrique de Haneke, mais donc également de Michel Franco depuis le début (Ana y Daniel, Despuès de Lucia, Chronic). Totalement identifiable, mais avec cette fois-ci un je ne sais quoi de différent qui rend le film moins difficile à regarder que les précédents. La maîtrise de sa discipline peut-être, qui est de plus en plus robuste, ce qui fait que son dernier film est également le meilleur à ce jour.
Habitué aux entames percutantes, Michel Franco commence son film par les bruits explicites d’une relation très sexuelle en cours, provenant d’une chambre fermée. Une bande-son qui accompagne une jeune femme impassible, voire éteinte, au centre de l’écran, en train de préparer le repas dans la pièce adjacente comme si de rien n’était : il s’agit de Clara (Joanna Larequi) , et la « crieuse » est Valeria (Ana Valeria Becerril, une révélation) sa jeune sœur de 17 ans, une madone qui finit par émerger de la chambre, nue comme un ver et le ventre bien arrondi, suivie de près par son tout aussi jeune amant Mateo (Enrique Arrizon, beau et quelconque à la fois) . Le sens du cadre du cinéaste se fait sentir dès ces premières scènes, très belles, d’autant plus que le choix de cette magnifique maison de bord de plage à Puerto Vallarta lui donne de la très belle matière.
Le film s’appelle les Filles d’Avril, mais le vrai sujet c’est Avril elle-même (splendide Emma Suarez), une femme fantasque que les deux sœurs n’ont pas jugé bon de mettre au courant de la grossesse de sa petite Valeria encore mineure, une grossesse pourtant déjà bien avancée. Seules, les finances qui deviennent rares ont obligé Clara de prendre contact avec elle, et sans que l’on ne sache vraiment pourquoi ni comment, la mise en scène étant sèche et expéditive, on comprend d’emblée que cette mère a une relation tourmentée avec ses filles.
Le retour d’Avril parmi les siennes est filmé par petites touches qu’on pourrait qualifier d’insidieuses. Avril, belle, lumineuse, zen presque avec sa nouvelle lubie du yoga, n’est que douceur et amour maternel dans ses actes quand en réalité elle étouffe ses filles tel un boa constrictor. Clara d’abord en fait les frais la première, que les remarques puis les actions énergiques de sa mère par rapport à son léger surpoids prive de toute capacité, ni même d’envie de résistance. Puis, quand le bébé de Valeria naît, la transformation d’Avril est à l’œuvre, et la fait passer presque dans les mêmes plans, dans les mêmes scènes, d’une mère attentionnée à un être inquiétant, un ogre qui va essayer de tout dévorer sur son passage.
En apparence, ce nouveau film de Michel Franco est moins dur, moins violent et moins malsain que les précédents films dont les sujets mêmes étaient déjà très dérangeants (kidnapping, inceste, meurtres). Ici, la douceur de la maternité, celle de Valeria, et celle supposée d’Avril vient tempérer le propos habituellement étouffant de Franco. On pourrait même parler de tendresse dans certaines scènes. Et c’est là que le cinéaste attrape le spectateur dans ses filets : sous la beauté et la sensualité hypnotisantes d’Emma Suarez qui masquent tout, une merveilleuse actrice espagnole dans un rôle bien différent de celui de Julieta qu’elle tenait dans le très beau film d’Almodovar, c’est bien la tempête qui se prépare, la folie délirante qui s’échappe en crescendo et qui tout d’un coup le submerge, lui, le spectateur qui n’a presque rien vu venir.
Comme à son habitude loin de tout jugement, Michel Franco donne en pâture sans donner de direction les travers des uns et des autres, dans un mode de narration austère ; travers mis à nu par l’absence de la musique, disséqués dans ces longs plans fixes qui sont sa signature : manipulation, trahison, veulerie, mensonges, et pire encore. Mais que le film s’appelle Les filles d’Avril serait peut-être pour les optimistes indécrottables, le signe d’une empathie du cinéaste envers ces dernières plutôt qu’envers leur mère, des filles globalement victimes d’une mère désastreuse.
Interprété magnifiquement par Emma Suarez et la jeune Ana Valeria Becerril, mais également par Joanna Larequi qui montre avec un jeu très minimaliste toute l’étendue de la souffrance de Clara, son personnage, Les Filles d’Avril est un très beau film qui réconciliera certainement le cinéaste avec les cinéphiles qui aiment sa mise en scène sans forcément avoir envie d’acheter la violence de ses sujets.
Les filles d’Avril : Bande annonce
Les filles d’Avril : Fiche technique
Titre original : Las Hijas de Abril
Réalisateur : Michel Franco
Scénario : Michel Franco
Interprétation : Emma Suárez (Abril), Ana Valeria Becerril (Valeria), Enrique Arrizon (Mateo), Joanna Larequi (Clara), Hernán Mendoza (Gregorio
Photographie : Yves Cape
Montage : Michel Franco, Jorge Weisz
Producteurs : Moises Zonana, Michel Franco, Lorenzo Vigas Castes, Coproducteurs : Grégoire Lassalle, Juliette Sol
Maisons de production : Lucia Films
Distribution (France) : Version Originale/Condor
Récompenses : Prix du Jury – Un Certain Regard, Cannes 2017
Durée : 103 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 02 Août 2017
Mexique – 2017
Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, c’est au tour de Jon Turteltaub et de son épopée de jamaïcains en terre canadienne.
Rasta Rockett, réalisé par Jon Turteltaub
« Notre père qui êtes à Calgary, Que le bobsleigh soit sanctifié, Que notre médaille arrive et que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le virage n°7. Liberté et justice pour la Jamaïque. »
Rasta Rockett est sans nul doute le film le plus hivernal des films estivaux.
La première partie, se déroulant en Jamaïque, nous donne relativement chaud. Toute la chaleur du pays se dégage par les interprétations des différents acteurs, tous excellents, ou par la manière dont Jon Turteltaub filme la Jamaïque. Le pays nous apparaît comme haut en couleur, avec ce perpétuel cliché des fumeurs de joints vivant sur l’île. L’ombre de Bob Marley plane sur la Jamaïque. Des stéréotypes, certes, mais toujours amenés sous un angle comique et non moralisateur.
La seconde partie du film, même si elle se déroule au Canada, et plus précisément à Calgary, est tout autant estivale. En effet, la chaleur de la Jamaïque vient se confronter à la fraîcheur, voire la neige, du Canada. Et le chaud l’emporte haut la main sur le froid. Les Jeux Olympiques d’hiver nous semblent bien moins frais que d’habitude.
Les innombrables gags de Rasta Rockett nous réchauffent le coeur. Impossible de rester insensible à cette comédie qui plaira aux plus vieux comme aux plus jeunes. Certaines répliques sont aujourd’hui cultes, comme le fameux «– Sanka, t’es mort ? – Yeah Man. » ou encore « – Qu’est- ce que tu fumes Sanka man ? – Je fume pas, j’expire. » Comment ne pas esquisser, ne serait-ce qu’une seule fois, un sourire devant cette comédie ? Que ce soit les entraînements de bobsleigh ou les courses dont les jamaïcains repartent déchus, il est impossible de rester insensible à cet humour et à cette tendresse folle qui émanent du film. Rasta Rockett est un film que l’on apprécie entre amis, avec une bonne bière à la main, ou autres apéritifs, chacun choisira celui qu’il préfère (l’abus d’alcool est dangereux pour la santé), lorsque la nuit tombe et que la fraîcheur commence à pointer le bout de son nez.
On soulignera également l’importance de la bande-originale du film, composée par Jimmy Cliff, célèbre chanteur de reggae jamaïcain, qui collabore avec le non moins connu Hans Zimmer, à l’origine de la bande-originale de Dunkerque, le dernier film de Christopher Nolan. Ainsi, I Can See Clearly Now se juxtapose à des mélodies du compositeur américain. Une collaboration surprenante mais réussie, qui s’inscrit parfaitement dans le caractère estival et ensoleillé que propose le film. Les duos improbables ont parfois du bon, on en redemanderait presque !
Rasta Rockett reprend le schéma scénaristique classique d’une comédie, avec une fin toujours heureuse, mais ce n’est pas ce qui importe dans le film. On déplorera également le fait que le film de Jon Turteltaub a vieilli, notamment en ce qui concerne les prises de vue (qui font penser, dans un tout autre contexte, à Boyz N the Hood), mais les dialogues sont toujours aussi croustillants ! Avec Rasta Rockett, on sait, avant même de commencer à regarder le film, que l’on va passer un bon, que dis-je, un excellent moment !
Rasta Rockett : Bande-annonce
Rasta Rockett : Fiche technique
Titre original : Cool Runnings
Réalisateur : Jon Turteltaub
Scénario : Michael L. Goldberg, Lynn Siefert, Tommy Swerdlow
Interprétation : Leon Robinson, Doug E. Douge, John Candy, Rawle D. Lewis, Malik Yoba, Raymond J. Barry, Peter Outerbridge, Paul Coeur…
Musique : Hans Zimmer, Jimmy Cliff
Photographie : Whedon Papamichael
Montage : Bruce Green
Producteur : Dawn Steel
Maisons de production : Walt Disney Pictures
Distribution (France) : Gaumont Buena Vista International (GBVI)
Durée : 108 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 13 avril 1994
Tel notre José Bové national, Morgan Spurlock s’en prenait en 2004 avec sa caméra et son estomac à la junk food et à l’industrie du fast-food en ciblant la nocivité d’un « régime » McDonald’s sur le long terme. Son nouveau documentaire Super Size Me 2 Holy Chicken sera présenté en avant-première mondiale au Festival international du film de Toronto en septembre prochain.
Le documentaire Super Size Me, sorti en 2004, a marqué les esprits sur les dangers de la malbouffe. Durant le tournage, Morgan Spurlock s’est nourri exclusivement dans des chaînes de restauration rapide pendant un mois. Pendant ce régime un peu spécial et totalement hors norme, il a consulté des spécialistes de l’alimentation et des médecins afin de constater les effets néfastes de cette nourriture sur son organisme. Super Size Me était une charge virulente contre la junk food dans le pays où le burger est roi. Le réalisateur tenait également à alerter l’opinion publique avec ce film coup de poing afin de souligner les dangers de l’obésité, liée aux USA à la consommation de sucre et de nourriture issue des fast-foods. Spurlock avait été couronné en 2004 avec son long-métrage choc au festival de Sundance avec le prix du meilleur réalisateur dans la catégorie documentaire. Super Size Me obtint même une nomination aux Oscars en 2005.
Le nouveau film de Morgan Spurlock, Super Size Me 2 : Holy Chicken !, sera donc présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto du 7 au 17 septembre prochain dans la section documentaires. Dans ce nouveau projet Morgan Spurlock a l’intention de tester la crédulité des consommateurs américains. Il souhaite les pousser à se questionner davantage sur l’origine des produits et leur traçabilité. Pour les besoins de ce documentaire, le réalisateur a ouvert un restaurant éphémère à Columbus dans l’Ohio. Cet établissement, à la manière de la chaîne fictive Los Pollos Hermanos de Gustavo Fring (le comédien Giancarlo Esposito) dans Breaking Bad et Better Call Saul, est spécialisé dans des plats à base de poulet. Ce restaurant Holy Chicken est censé proposer à ses clients des volailles élevées en plein air et n’ayant subi aucun traitement médicamenteux. Malheureusement pour les clients, testeurs à leur insu de cette caméra cachée pour les besoins du documentaire, et pour les malheureuses volailles en question, les poulets servis ont bien été élevés en batterie. Morgan Spurlock souhaite donc, avec cette méthode peu orthodoxe, pousser les consommateurs à s’interroger sur les menus et les plats de certains fast-foods vendus et étiquetés comme sains.
Aucune date de sortie française n’a été dévoilée pour Super Size Me 2. La présentation du film au Festival de Toronto risque donc de faire couler beaucoup d’encre et de convaincre un bon nombre de spectateurs à devenir vegans.
Itv de Morgan Spurlock par The Columbus Dispatch sur son projet de « faux » restaurant – VO :
A la manière de Woody Harrelson avec son film en direct, Steven Soderbergh se serait récemment lancé dans un défi fou avec Unsane. Ce long-métrage aurait été entièrement tourné avec un téléphone portable.
Le réalisateur Steven Soderbergh serait donc bel et bien sorti de sa retraite pour les besoins du septième art à nouveau, après avoir travaillé sur Logan Lucky. Le cinéaste avait signé auparavant des œuvres brillantes pour la télévision (The Knick, Ma vie avec Liberace).
Selon des informations de Mad Movies, Steven Soderbergh aurait donc terminé le tournage d’un nouveau film, intitulé Unsane. Les prises de vue se seraient étalées sur une dizaine de jours. Le réalisateur de Ocean’s Eleven et du Che aurait relevé un sacré défi technique avec ce projet. Unsane aurait été entièrement tourné avec un iPhone ! Le casting réunit notamment les actrices Juno Temple (Horns), Claire Foy (The Crown), Jay Pharoah (Mise à l’épreuve) et Ursula Triplett.
Ce projet pourrait surfer sur les thématiques déjà exposées dans Effets secondaires avec Rooney Mara, Channing Tatum, Jude Law et Catherine Zeta-Jones. Le film est actuellement en post-production. Le tournage s’étant déroulé dans le plus grand secret, aucun élément n’a réellement filtré sur l’intrigue du film. Unsane devrait sortir en 2018. Le scénario a été confié à Jonathan Bernstein et James Greer selon Imdb. Unsane pourrait donc faire couler beaucoup d’encre dans quelques semaines lors de la diffusion d’une première bande-annonce.
Cette information avait été récemment dévoilée par Tracking Board dans le courant du mois de juillet. Selon Variety, le film n’aurait pas encore de distributeur. Steven Soderbergh envisagerait de se charger de la distribution par l’intermédiaire de sa société Fingerprint Releasing. Soderbergh imiterait donc Michel Gondry avec Détour et Sean Baker avec Tangerine avec ce défi assez fou d’un tournage exclusivement via l’utilisation d’un téléphone portable pour Unsane.
Logan Lucky, le prochain film de Steven Soderbergh avec Daniel Craig, Channing Tatum, Adam Driver, Riley Keough, Seth MacFarlane et Katie Holmes, est attendu le 25 octobre prochain dans les salles françaises.
Apothéose d’une trilogie commencée il y a maintenant six ans, La Planète des Singes : Suprématie est la digne conclusion que l’on était en droit d’attendre. Audacieux, émouvant et épique, bardé de références et d’une allégorie sociétale des plus fortes, le blockbuster de l’été est bel et bien là !
Synopsis : César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction, menée par un colonel sans scrupules. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.
Saluer la qualité intrinsèque d’un reboot de nos jours est devenu rare dû au nombre et à la standardisation de ces derniers, réduits à l’état de simples divertissements liftés en effets spéciaux appréciés du plus grand nombre. Pourtant, certains arrivent à se démarquer et à toucher à la fois le cœur des critiques et du public. C’est le cas de La Planète des Singes. Trilogie démarrée en fanfare avec Les origines, volet caractérisé par des personnages forts et un attachement émotionnel puissant vis-à-vis de César,L’Affrontement en 2014, réalisé par Matt Reeves, a su approfondir les traits de caractère (et le dilemme moral) du leader simien à travers un scénario intelligent et une mise en scène dantesque. Le retour du réalisateur à la barre de ce troisième volet, sobrement intitulé Suprématie (inutile d’affirmer qu’on préfère le titre original, War of the Planet of the Apes) avait de quoi susciter de grandes attentes. Et ces dernières seront largement comblées. Car La Planète des Singes : Suprématie, en plus d’être un blockbuster d’une rare profondeur, est également la plus belle des conclusions que l’on pouvait imaginer à la franchise.
Ape-pocalypse Now
A s’y attendre, ce volet est tout d’abord marqué par une très bonne écriture. Et s’il y a bien une chose que l’on ne peut reprocher à Mark Bomback et Matt Reeves, qui a également participé à l’écriture du film, c’est bien leur talent de conteur, déroulant une intrigue qui s’éloigne des pièges de la prévisibilité. A l’instar du deuxième volet, où finalement l’élément déclencheur n’était pas entraîné par les humains comme on aurait pu le croire, mais par la haine d’un primate, le scénario de Suprématie entraîne le spectateur là où il n’y s’attend pas. Par exemple, pour des scènes clés définissant les objectifs des personnages principaux, une carence émotionnelle peut être perceptible, due au fait que ces scènes sont rapidement mises sous silence, la continuité du récit étant privilégiée. Au contraire, au lieu de s’attarder sur des scènes attendues à l’aide d’effets pathos où la mièvrerie l’emporterait sur l’originalité, les scénaristes nous apporteront par la suite des scènes très fortes émotionnellement parlant, qui sont pour ainsi dire la marque de fabrique de cette saga prequel. Les exemples sont nombreux, que ce soit la prise de conscience de César de son rôle de chef ainsi que de sa légitimité démontrée par les siens, l’empathie et l’attachement de Nova (formidable Amiah Miller !) aux singes, ou tout simplement la scène finale, toutes alimentées par la partition, subtile de discrétion, de Michael Giacchino.
De même, on pourrait s’interroger sur le rôle a priori ultra manichéen de Woody Harrelson, antagoniste principal de cet opus. Interprétant un colonel obnubilé par la sauvegarde de son espèce à n’importe quel prix, à la tête d’une armée aux soldats à l’attitude basique, voire régressive, ne dégageant plus une once d’humanité, il semble ne constituer qu’un adversaire propre à n’importe quel autre blockbuster. Or, par le biais d’une scène de confrontation verbale entre César et ledit colonel, très certainement une des scènes les plus réussies du film, le personnage nous apparaît plus riche qu’il n’y paraît, nous amenant à le comprendre. Non pas à justifier ses actes, encore moins à s’identifier à lui. Juste à le comprendre. Ce qui, dans un souci de réalisme, est clairement à saluer. Et libre à Reeves d’illustrer cet adage hitchcockien : « Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film ».
Et nous ne disons pas cela face aux multiples références que dégage ce personnage. Car parallèlement à la critique ouvertement antimilitariste, l’ombre d’Apocalypse Now plane sur tout le deuxième acte de la Planète des Singes : Suprématie. Par les similitudes tant physiques et psychologiques d’Harrelson avec Brando (bien que nous sommes loin du jusqu’au-boutisme de Coppola), mais aussi par la création d’une société à part, contraignant ceux qu’elle juge comme d’une race inférieure à l’esclavage. Une société renfermée sur elle-même, sur ce qu’elle a de plus déshumanisé, alors qu’elle lutte paradoxalement pour la sauvegarde de l’humanité. Le film ne s’arrêtera cependant pas là: en centralisant son contexte dans les codes de films de genre, le long métrage évoquera à la fois Le Pont de la Rivière Kwaï, La Grande Evasion ou encore les Douze Salopards. Si certains pourront parler d’un canevas narratif très classique, voire d’effets de déjà-vu, il s’agirait plutôt d’une réappropriation des références de certains chefs d’œuvre du 7e art, adaptées au contexte de la science-fiction.
Ensemble, singes forts !
Audacieux, La Planète des Singes : Suprématie l’est également dans le traitement de sa narration. Poursuivant le schéma instauré par L’Affrontement qui refuse ainsi tout aspect grand public, le film peut alterner longues plages de silence et scènes sous-titrées illustrant le quotidien et les conversations simiesques. Loin de tout bruit, fureur et esbroufe visuelle et sonore plutôt propices à ce genre de divertissement, le style volontairement épuré de la mise en scène n’entraîne cependant pas de longueurs ou de coupures rythmiques. Au contraire, elle s’autorise quelques embardées bienvenues qui n’étaient pas présentes dans les précédents volets. En tête du rayon nouveautés, nous retrouverons Méchant Singe (Steve Zahn), sidekick comique éminemment sympathique, discret, s’imposant quand il le faut et très loin d’être une attraction à blagues pour bambins ou adolescents en manque de rires gras. Les scènes d’action ne sont également pas en reste. Les deux plus marquantes sont une confrontation entre singes et soldats en début de long métrage, épopée guerrière brutale et aux plans larges inscrits dans la durée, ainsi que le combat final, caractérisé par un souffle poétique, voire lyrique. Et gage aux magiciens des studios Weta Digital de déployer une véritable maestria technique remplie d’effets spéciaux qui décollent réellement la rétine.
Car il était pour ainsi dire impossible d’évoquer La Planète des Singes Suprématie sans ses prodigieux effets visuels. Déjà époustouflants dans les deux précédents volets, la motion capture semble ici dépasser ses limites et livre un résultat proche de la perfection. Ayant désormais la possibilité de filmer plusieurs centaines de singes numériques sur un même plan grâce à ce procédé, parfois même au gré des éléments naturels (tempêtes de neige, pluie, feu…), c’est davantage lors de plans rapprochés et serrés que le résultat impressionne. Jamais les singes ne nous ont semblés aussi réels, aussi humains. Chaque détail, de leur pelage à l’iris de leurs yeux, en passant par leurs mouvements et expressions faciales, font que l’illusion fonctionne à plein régime. Et participe notamment à une caractérisation plus poussée de César. De quasi tous les plans, la dimension que lui offre Andy Serkis, au-delà de l’évolution conséquente au fil des opus, n’en fait pas qu’un simple héros. Mais une véritable icône.
Épique et émouvant, s’autorisant quelques pauses récréatives et un sous texte diablement habile sur les travers de la société et la condition humaine, La Planète des Singes : Suprématie est ainsi bien plus qu’un blockbuster. Il représente la conclusion en forme de chant de cygne d’une trilogie intelligente et bien pensée, renvoyant à tout un mythe de la science-fiction des années 70.
La Planète des Singes : Suprématie : Bande-annonce
La Planète des Singes : Suprématie: Fiche technique
Réalisation : Matt Reeves
Scénario : Mark Bomback et Matt Reeves
Interprétation : Andy Serkis (César), Woody Harrelson (Le Colonel), Steve Zahn (Méchant Singe), Terry Notary (Rocket), Karin Konoval (Maurice), Amiah Miller (Nova), Judy Greer (Cornelia)…
Photographie : Michael Seresin
Montage : William Hoy, Stan Salfas
Direction artistique : Maya Shimoguchi
Costumes : Melissa Bruning
Décors : James Chinlund
Effets visuels : Dan Lemmon, Joe Letteri
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : Peter Chernin, Dylan Clark,Rick Jafa, Amanda Silver
Sociétés de production : Chernin Entertainment
Distribution : Twentieth Century Fox
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Durée : 140 minutes
Genre : Action, science-fiction
Date de sortie : 02 Aout 2017 États-Unis – 2017
Avec Dunkerque, le duo formé par Christopher Nolan et Hans Zimmer continue sa longue collaboration ; et l’inertie qu’il y a entre les deux n’a jamais été aussi prégnante. Cette musique, omniprésente chez Nolan, est un catalyseur de tension dans son cinéma. Cette fois-ci, le cinéaste décide de délaisser les mots et les explications pour une immersion physique et d’une âpreté de tous les instants. C’est alors que la musique d’Hans Zimmer s’adjoint à la mise en scène pour composer une œuvre aussi puissante qu’étouffante.
Dunkerque, film de genre qui réagence ses propres codes, est une histoire de survie : l’intention de Christopher Nolan est de simuler le chaos et la terreur de la situation guerrière pour travailler en tandem avec les effets sonores qui oppressent son public. Christopher Nolan a des thèmes qui lui sont chers, comme celui de la dissection du temps. Sauf que la première qualité du réalisateur, est de ne jamais tomber dans la redite. On le voit bien, avec ses précédents films, où Interstellar devenait un saut de foi émotionnel impressionnant ; et maintenant avec Dunkerque. On a tous connu le cinéma de Christopher Nolan, extrêmement bavard, voire imbuvable dans sa volonté de nous asséner ses explications théoriques. Mais Dunkerque est un virage important : l’épure est de mise et seule l’image sera vecteur de récit. Pour rendre son récit de guerre en trois parties (air, eau, terre) encore plus immersif, le meilleur allié de Nolan est son compositeur fétiche : Hans Zimmer.
Qu’on se le dise très vite, c’est à double tranchant. Pour les allergiques de cette association, Dunkerque ne dérogera pas à la règle, et sera un objet auditif et visuel étouffant qui ne saura jamais se jouer des silences. Pour ceux qui aiment l’alliage entre la mise en scène toute en variation de plan de Christopher Nolan et la partition claustrophobe et lyrique d’Hans Zimmer, Dunkerque deviendra l’épicentre d’une collaboration déjà bien fournie. Ici, la musique est une machine affûtée destinée à pénétrer dans notre psyché interne et à reproduire la peur, le chaos que les soldats connaissent à l’écran, en ne s’arrêtant jamais et en devenant l’épine dorsale portant l’image du premier au dernier cadre (« The Tide »). En conséquence de quoi, dès les premiers instants, la musicalité retentit et prend les allures de personnages du film. Utilisant avec minutie le motif de l’horloge, des Tic-Tac résonnent dans le creux de notre oreille pour nous immerger dans l’urgence qui se déplace dans l’ombre du film pendant que certaines sonorités ressemblent à des piqûres de rappel, à une sirène d’alerte qui vous font constamment sentir que le danger est proche (« The Mole »).
Dans Dunkerque, l’ennemi est invisible, les personnages n’ont pas de caractérisation propre, le lieu est un no man’s land aride, et l’action n’a qu’un seul enjeu : celui de la survie. Le score d’Hans Zimmer est un exercice de précision absolue et de structure, qui préfère dessiner la musicalité arpentant l’insécurité de la vie (« Home ») plutôt que de se balader autour de mélodies qui nous bombardent de montées chevaleresques pompeuses : de ce fait, son résultat final, proche parfois de l’ambiant, est souple et sait délier son rythme selon si Nolan utilise des plans larges ou resserrés. De prime abord, la simplicité même des textures de la BO, qui flirtent entre l’ambient et l’orchestration héroïque, peuvent déconcerter car elles se construisent à partir de boucles sombres, de plages aliénantes (« The Oil »), de secousses asphyxiantes, de nappes nébuleuses, de violons qui chuchotent dans le vide, mais la façon dont le mixage est construit, en pyramide, est terriblement complexe.
Hans Zimmer n’est pas un musicien qui y va avec le dos de la cuillère, et on aurait pu s’attendre à de grandes mélodies patriotiques ou à des symphonies victorieuses. Sauf que l’épure, l’abstraction cinématographique, de Dunkerque ne concernent pas seulement l’art graphique mais aussi le contexte sonore de l’œuvre : vous ne trouverez pas de grands thèmes ou de grandes mélodies dans Dunkerque. C’était l’objectif premier de la bande son : faire en sorte que l’ossature sonore du film ne soit que la représentation musicale de l’action (« Supermarine »), de la peur sachant que la mort est la seule émotion qui parcourt les personnages. Alors qu’une architecture indus, proche d’un Trent Reznor, s’immisce dans les soundtracks qui accompagne Dunkerque, c’est la peur qui devient le thème principal d’un film, qui par opposition au silence de cathédrale qui entoure les personnages, fait de sa musique le moteur de son découpage cinématographique.
Et même si l’utilisation du silence ou des simples sonorités naturelles auraient pu accentuer la tension et l’isolement de ses soldats, la musique est ainsi faite, sans aucune respiration, qu’elle se fait l’écho tentaculaire de la tragédie qui se déroule devant nos yeux. En dépit de son aspect un peu trop didactique dans les précédentes œuvres de Nolan, ne laissant guère place à l’imagination du spectateur, cette fois ci Hans Zimmer, comme dans Interstellar, fait de sa musique une traduction de ce qui se passe à l’écran plutôt que de n’être qu’un simple outil qui retranscrit l’engouement autour des enjeux. Enlevées de cette habituelle preuve de démonstration, les chansons qui s’insèrent dans Dunkerque n’en sont plus et deviennent alors le flux narratif même de l’œuvre, le portrait même de la thématique du film : la peur de l’inconnu. La peur du temps qui passe.
Dunkerque Musique Tracklist
1. The Mole
2. We Need Our Army Back
3. Shivering Soldier
4. Supermarine
5. The Tide
6. Regimental Brothers
7. Impulse
8. Home
9. The Oil
10. Variation 15 (Dunkirk)
11. End Titles
Actrice, chanteuse, réalisatrice… Jeanne Moreau, l’étoile du cinéma français s’en est allée le 31 juillet 2017. Retour sur les instants cultes de la carrière d’une star solaire à la personnalité frondeuse.
« Elle est la plus grande amoureuse du cinéma français. La bouche frémissante, les cheveux fous, elle ignore ce que d’autres appellent « la moralité » (…), donnez-lui un vrai rôle, nous aurons un grand film. » François Truffaut
Née le 23 janvier 1928, elle intègre le Conservatoire de Paris en 1947, sa carrière sur les planches débute quand la comédienne en herbe se fait remarquer dans une pièce d’André Gide, Les Caves du Vatican, mis en scène par Jean Meyer. Elle débute sa carrière cinématographique en 1950, à 21 ans, avec son premier film, Dernier amour de Jean Stelli. En 1954, elle campe le rôle d’une vamp aux côtés de Jean Gabin et d’un autre comédien débutant, Lino Ventura dans Touchez pas au Grisbi de Jacques Becker. Actrice ensorcelante à la voix ravageuse, elle tourne sous la direction de grands réalisateurs du cinéma européen et américain, de Orson Welles (Le Procès, 1962) à Louis Malle (Ascenseur pour l’échafaud, 1957), en passant par Roger Vadim pour Les Liaisons Dangereuses (1960) avec Gérard Philip où elle incarne une Juliette de Merteuil vénéneuse. Elle épingle à son panthéon les oeuvres des plus grands : Joseph Losey (Eva, 1961, Monsieur Klein, 1976), Michelangelo Antonioni (La Nuit, 1961), Jacques Demy (Baie des anges, 1963), Luis Buñuel (Le Journal d’une femme de chambre, 1964), François Truffaut (Jules et Jim, 1962, La Mariée était en noir, 1967), Tony Richardson (Mademoiselle, 1966, Le Marin de Gibraltar, 1967), Bertrand Blier (Les Valseuses, 1974), Elia Kazan (Le Dernier Nabab, 1976), Rainer Werner Fassbinder (Querelle, 1981), Jean-Pierre Mocky (Miraculé, 1987), Wim Wenders (Jusqu’au bout du monde, 1991), Theo Angelopoulos (Le Pas suspendu de la cigogne, 1991), Amos Gitai (Désengagement, 2007), Tsai Ming-liang (Visages, 2009), Manoel de Oliveira (Gebo et l’ombre, 2012)... Jeanne Moreau connaitra une carrière d’exception avec plus de 130 films.
En images, les 12 films d’une muse du cinéma d’auteur, sollicitée par les plus grands metteurs en scènes et qui dira lors d’une interview accordée à «Télé Obs» :
«J’ai séduit beaucoup d’hommes. J’ai toujours été vers des hommes qui avaient du talent. Je n’ai pas eu des amants pour avoir des amants.»
« Ascenseur pour l’échafaud » (1958)
En 1956, Jeanne Moreau joue dans la pièce La Chatte sur un toit brûlant, elle y fait la rencontre de Louis Malle, qui lui confie, en 1957, le rôle d’une amante, complice du meurtre de son mari, bloquée dans un ascenseur. Sur des airs du trompettiste et compositeur Miles Davis, elle déambule sur les pavés de Paris, désemparée. Ascenseur pour l’échafaud, le film qui l’a révélée au grand public et l’a fait entrer dans la grande famille du cinéma est tiré du roman de Noël Calef et a reçu le prix Louis Delluc. Sa collaboration avec le cinéaste se poursuivra avec Les Amants (1958), Le Feu follet (1963) et Viva Maria! (1965)
« La Notte ‘La Nuit’ »(1961)
Dans ce drame au titre tiré d’une toile de Roberto Siron, Michelangelo Antonion fait jouer Jeanne Moreau aux côtés de Marcello Mastroianni et de Monica Vitti, dans une histoire contant la fin tragique d’un amour à travers des errances sublimes dans la ville de Milan.
« Eva »(1962)
Dans ce film de Joseph Losey, elle campe Eva, une française indépendante qui rencontre à Venise Tyvian Jones, un écrivain usurpateur incarné par Stlanley Becker.
« J’ai accepté de tourner pour Orson Welles, alors que tout le monde disait de lui qu’il était cuit. »
« Le procès » (1962)
Le réalisateur de Citizen Kane mis au ban par Hollywood adapte le roman de Franz Kafka Le Procès, une relecture sur les méandres d’un système juridique déshumanisé où la puissance totalitaire de l’appareil bureaucratique broie l’individu. Dans ce film prothétique, Jeanne Moreau incarne Marika Burstner, une danseuse de night-club. Elle tournera avec Orson Welles, Falstaff (1966) et Une Histoire immortelle (1968)
« Jules & Jim » (1962)
https://www.youtube.com/watch?v=Y5VOmrQlY90
Le réalisateur des Quatre cents coups lui offre, en 1962, le rôle de Catherine dans le mythique Jules (Oskar Werner) et Jim (Henri Serre), l’histoire d’un triangle amoureux tragique sur fond de première guerre mondiale. Elle y chante Le Tourbillon de la vie avec Serge Rezvani à la guitare. Cette chanson marque le début de sa carrière comme chanteuse. Jeanne Moreau retrouve François Truffaut dans La Mariée était en noir (1967)
« La Baie des Anges » (1963)
https://www.youtube.com/watch?v=COMdB-B4EZc
La Baie des Anges, un film délicat de Jacques Demy, à la superbe photographie en noir et blanc signée Jean Rabier. Dans ce long métrage, Jeanne Moreau incarne la belle Jackie, une romanesque flambeuse à la chevelure blonde platine sur une musique de Michel Legrand.
« Le journal d’une femme de chambre » (1964)
Interview de Jeanne Moreau au sujet du film Le journal d’une femme de chambre :
Dans Le Journal d’une femme de chambre de Luis Buñuel adapté du roman d’Octave Mirbeau et paru en 1900, l’actrice campe avec brio Célestine, une femme de chambre aux côtés de Georges Géret et Michel Piccoli. Le film dresse un portrait au vitriol d’une bourgeoisie aux comportements pervers.
« Mata Hari, agent H21 » (1964)
Dans Mata Hari, agent H21, Moreau interprète avec grâce et volupté ladite espionne, danseuse et courtisane de la fin du 19ème siècle. La mise en scène élégante de Jean-Louis Richard additionnée au scénario brillant de François Truffaut rendent l’ensemble harmonieux et raffiné.
« Mademoiselle » (1966)
Dans Mademoiselle, Tony Richardson aborde le thème des pulsions primitives. Dans ce film au scénario cosigné par les écrivains Marguerite Duras et Jean Genet, l’actrice incarne une institutrice dévorée par la frustration sexuelle. Elle rendra hommage à Duras en 2002 dans Cet Amour-là de Josée Dayan après avoir lui avoir prêté sa voix pour L’Amant de Jean-Jacques Annaud 10 ans plus tôt.
Pour Grégory Cavinato Membre de l’U.P.C.B. :« Mademoiselle est surtout un triomphe personnel pour Tony Richardson, cinéaste sous-estimé dont l’œuvre entière serait à redécouvrir et pour Jeanne Moreau qui démontre une fois de plus, avec ce rôle complexe et risqué, son courage et son immense talent. »
« Les Valseuses » (1974)
En 1974, Jeanne Moreau donne la réplique à Gérard Depardieu, Miou-Miou et Patrick Dewaere, dans Les Valseuses de Bertrand Blier. Elle incarne Jeanne Pirolle, une ancienne prisonnière, qui se suicide en se tirant une balle dans le vagin, après avoir dégusté un plateau de fruits de mer et fait l’amour avec le duo Depardieu-Dewaere.
« Querelle » (1981)
Le réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder lui confie le rôle de Madame Lysiane, une tenancière d’un bordel, La Féria, où se joue le destin de Querelle un marin. Dans ce film, Jeanne Moreau chante « Each man kills the thing he loves ».
« La vieille qui marchait dans la mer » (1981)
La vieille qui marchait dans la mer sous la direction de Laurent Heynemann, transpose à l’écran un roman de Frédéric Dard. Jeanne Moreau y incarne Lady M, une vieille femme riche et excentrique aux deux-mille dix-sept amants. En vacances avec Pompilius Enaresco (Michel Serrault), elle jette son dévolu sur un dénommé Lambert (Luc Thillier).
« Cet Amour-là » (2002)
http://www.dailymotion.com/video/x96ws9
Moreau rendra vie au monstre sacré de la littérature en rejouant la passion artistique que Marguerite Duras partagea avec un jeune et fervent admirateur, Yann Andréa. En 1975, elle avait interprété India Song, une chanson écrite par Duras pour le film du même nom, sur la musique de Carlos d’Alessio.
Les Récompenses d’une artiste à la filmographie vertigineuse : en 1960, l’actrice décroche le prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes pour son rôle dans Moderato cantabile, de Peter Brook, adapté du roman de Marguerite Duras.
Jean-Paul Belmondo a dit à l’AFP « Pour moi, Jeanne Moreau, c’était la gaieté. Elle aimait beaucoup faire des farces et, évidemment, avec moi l’entente était parfaite », a ajouté l’acteur.
En 1992, Jeanne Moreau est récompensée d’un premier César de la Meilleure actrice pour La Vieille qui marchait dans la mer de Laurent Heynemann. Puis deux Césars d’honneur en 1995 et en 2008 ainsi qu’un Oscar d’honneur en 1998 saluant sa carrière et son talent outre atlantique.
En 1976, encouragée par Orson Welles, Jeanne Moreau réalise Lumière, un film sur l’amitié féminine aux côtés de Lucia Bosé. En 1979, elle conte les amours d’une jeune fille, à la veille de la Seconde Guerre mondiale dans L’Adolescente, avec Simone Signoret, une autre actrice à la carrière éclectique. Puis, elle se lance dans une série documentaire sur les stars hollywoodiennes et réalise un portrait de Lillian Gish.
En 1975 et en 1995, elle préside le jury du festival de Cannes en offrant la Palme d’or à Mohammed Lakhdar Hamina pour Chronique des années de braise et à Emir Kusturica pour Underground. Une actrice mythique, première femme élue à l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France en 2000, qui a crée une école de Cinéma à Angers et prêtée sa voix pour le jeu vidéo Genesys, Jeanne Moreau, une actrice incandescente à qui France Télévisions rend hommage ce mardi 1er août avec deux films de Louis Malle : « Ascenseur pour l’échafaud » sur France 5 à 20h50 et « Viva Maria » sur France 2 à 23h20.
Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, c’est au tour de l’univers imaginaire de Wes Anderson de nous faire voyager avec Moonrise Kingdom.
Moonrise Kingdom: une destination poétique
« C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure. »
Moonrise Kingdom est l’histoire des Bonnie and Clyde juvéniles. Au beau milieu de la Nouvelle-Angleterre, sur une île bercée par la mélodie de Françoise Hardy, se situe le cocon de deux jeunes tourtereaux : Sam et Suzy. Fidèle à l’univers si personnel de Wes Anderson, Moonrise Kingdom est la septième réalisation du maître de l’imaginaire stylisé. Ce film, à l’ambiance 60’s, nous transporte au sein d’une aventure unique, toute droite sortie des chimères du réalisateur. Mais outre la singularité de cette œuvre, Moonrise Kingdom est surtout un incontournable de cette période ensoleillée.
1965, sur l’île Prudence. La mer est calme et l’ambiance estivale. La découverte du campement des scouts nous plonge dès le début du film, dans une certaine nostalgie. Feu de camp, tentes, boussoles et cartes, Moonrise Kingdom a le don de faire remonter en nous, des souvenirs d’enfance. Cette aventure est construire telle une véritable chasse au trésor. C’est un cache-cache grandeur nature, toute en subtilité. À la recherche de l’emblématique duo à culotte façonné par Wes Anderson, le film nous plonge, durant 1h30, au centre d’une escapade rythmée par des paysages aux airs de vacances.
Sur le plan visuel, la dimension « carnet de voyage » y est omniprésente. Moonrise Kingdom nous fait découvrir, à travers un esthétisme symétrique, une carte postale de la Nouvelle-Angleterre ; sentiers côtiers et paysages champêtres. On s’y croirait presque ! Mais Moonrise Kindgom, c’est avant tout l’histoire d’un premier émoi amoureux. Qui dit période estivale, dit forcément amour de vacances. La romance juvénile de Sam et Suzy est une idylle insouciante, à la fois amusante et touchante. Mais ce qui fait la particularité de cette œuvre, c’est sa dimension narrative. Moonrise Kingdom est un conte poétique, qui tente, par le biais de sa narration et de son visuel, de nous évader le temps d’une heure-trente. Et c’est une réussite ! Pourtant, de nombreuses critiques ont dénoncé la mièvrerie de ce film. Mais pour apprécier à sa juste valeur cette aventure décalée, il est important de rentrer dans le jeu de cette romance ironique. En effet, loin de l’ambiance mélo-dramatique, Wes Anderson inscrit dans la réalité, le rêve de ces jeunes amoureux. C’est une évasion à la fois intemporelle et irréelle. Mais les vacances ne sont-elles pas faites pour lâcher prise ?
Moonrise Kingdom est donc une œuvre aérienne toute en légèreté. Alors, laissez-vous emporter par ce petit voyage dans l’univers romancé, de Wes Anderson.
Moonrise Kingdom : Bande Annonce
Fiche technique : Moonrise Kingdom
Réalisation : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson et Roman Coppola
Interprétation: Jared Gilman (Sam), Kara Hayward (Suzy), Bruce Willis (Capitaine Sharp), Edward Norton (le chef scout Ward), Bill Murray (M. Bishop), Frances McDormand (Mme Bishop), Jason Schwartzman (Ben)…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Robert D. Yeoman
Production : Wes Anderson/ Scott Rudin/ Steven Rales/ Jeremy Dawson
Société de production : Focus Features
Société de distribution (France) : Studio canal
Genre : Comédie dramatique
Durée : 93 minutes
Date de sortie française : 16 mai 2012
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