En mettant en scène l’histoire des hommes de Panfilov, The 28 Heroes, qui vient de sortir en DVD et Blu-Ray aux éditions Rimini, nous plonge en plein cœur d’une bataille décisive de la Seconde Guerre Mondiale.
Synopsis : Novembre 1941. Les Allemands tentent une percée qui les emmènerait jusqu’à Moscou. Un petit groupe de soldats de l’Armée Rouge a pour mission de les stopper le plus longtemps possible.
L’histoire des 28 Hommes du général Panfilov, c’est un peu comme Fort Alamo ou la bataille des Thermopyles, l’histoire d’une poignée d’hommes qui vont, par leur courage et au prix du sacrifice de leur vie, retarder l’avancée d’une armée ennemie infiniment plus nombreuse et mieux préparée. L’histoire idéale pour faire un film, d’autant plus que le film de guerre reprend de la vigueur depuis quelque temps. Que ce soit pour critiquer la guerre et ses conséquences (Démineurs), pour montrer la réalité de conflits contemporains (Afghanistan, Irak) ou simplement pour le spectacle (Dunkirk), le genre connaît un sursaut de popularité. La Russie ne fait pas exception, avec des films comme Résistance (sur la Bataille de Sébastopol) ou Stalingrad.

Comme tout film visant à faire l’apologie de héros s’étant sacrifiés pour leur nation, The 28 Heroes ne fait pas preuve d’une grande inventivité. Les deux réalisateurs nous déploient tout l’arsenal des procédés auxquels nous sommes déjà habitués : la musique grandiloquente, les contre-jours et les contre-plongées, etc. Mais, à défaut d’être original, le film est solidement réalisé. Les images sont très belles, le scénario est bien construit et l’ensemble donne un rythme rapide, sans le moindre temps mort.
Le film sait prendre son temps pour nous présenter les personnages, puis nous les montrer lors des préparatifs de la bataille. La réalisation nous donne ainsi une image bien précise du décor, qui aura une importance capitale dans le film. Nous voyons les soldats creuser les tranchées, et nous avons le temps de sympathiser avec chacun d’entre eux.

Puis, l’arrivée des Allemands change toute l’atmosphère. D’autant plus que les réalisateurs appuient fortement sur les différences entre les deux ennemis. D’un côté, les Allemands arrivent avec leurs canons et leurs chars, dans le bruit et la fureur, de nuit. Ils n’ont pas de visage et semblent déchaîner l’enfer sur leur passage. Face à eux, les Soviétiques (parce qu’il n’y a pas que des Russes) sont toujours filmés dans la blancheur de la neige, avec leurs armements de fortune et toute leur humanité. A nouveau, le procédé n’est pas nouveau, mais il est employé avec efficacité.
Le reste, c’est un film de guerre plutôt réussi, un combat spectaculaire qui parvient à être un divertissement solidement réalisé.
A sa sortie, le film avait cependant fait l’objet d’une polémique. Il semblerait que l’histoire des 28 hommes de Panfilov soit une légende forgée de toutes pièces par la propagande soviétique de l’époque, et des journalistes avaient accusé le film d’être un instrument de propagande du gouvernement de Vladimir Poutine. Ce qui est sans doute vrai : The 28 Heroes est financé en partie par le Ministère russe de la Culture lui-même.
Ce qui est intéressant, c’est que le film ne cache pas être une légende, une histoire quasi-mythifiée. Ainsi, les soldats n’arrêtent pas de partager les histoires des exploits légendaires de certains « héros » modernes. Tout le monde sait bien que ces histoires sont montées en épingle par la propagande, personne n’est dupe. C’est un peu la même chose avec cet épisode. On sait bien que, même s’il y a un fond de vérité, les détails relèvent plus de la légende. L’un des soldats dira même « on gonflera les chiffres des pertes allemandes, ce sera bien pour nos petits-enfants ». Et puis, l’essentiel est que le résultat soit un vrai bon film de divertissement, un spectacle qui se laisse voir avec beaucoup de plaisir. Et ici, la mission est accomplie.

Caractéristiques du DVD :
Durée : 116 minutes
Langues : Français et Russe
Sous-titres Français
Son 2.0 & 5.1
Format 2.35
16/9 compatible 4/3







Car Winter Brothers n’est pas un film facile, un film à la limite du film expérimental pur, avec une longue séquence d’ouverture en temps quasi-réel ayant lieu au fin fond d’une mine, elle-même au fin fond d’un Danemark méconnu et hostile. Les toutes premières minutes sont plongées dans un noir total graduellement éclairé par de minuscules touches de lumière provenant des lampes frontales d’un ou deux mineurs, ponctuées par les bruits insensés de l’endroit : les machines qui tournent, les pioches, le minerai qu’on balance dans les brouettes, l’eau qui ruisselle dans les cavités… C’est un travail extraordinaire et précis sur le son que Lars Halvorsen a concocté, étoffé par l’électronique industrielle de Toke Brorson Odin. La séquence, située en fin de quart, débouche sur la sortie des mineurs qui atterrissent littéralement dans le contraste saisissant de la neige. C’est un noir et blanc hyper graphique que le cinéaste plasticien met en scène dans ce choc entre la noirceur du monde industriel et la blancheur de la nature, cette même nature que ses compatriotes et contemporains tels que Rúnar Rúnarsson (Sparrows) mettaient déjà en avant dans ce jeune cinéma islandais qui est en train de se façonner sous nos yeux.
Fragile et presque naïf, Emil sourd la solitude par tous ses pores. Des parents inexistants, un frère beaucoup plus avenant et qui gagne du terrain sur lui, une jeune femme qui n’est sa petite amie que dans ses fantasmes. L’émotion nous étreint vraiment, lorsqu’un ouvrier, un de ses plus fervents « clients » tombe gravement malade après un empoisonnement dont tout le monde soupçonne Emil d’être à l’origine. Le voilà alors qui court partout, son visage enfariné de calcaire, à essayer de vendre son alcool. Tout le monde lui tourne le dos, lui refuse même un regard, et le désarroi qu’on lit dans les yeux hébétés d’Emil est une des choses les plus poignantes du film. Ce n’est pas son alcool qu’on rejette, c’est lui tout entier. Son propre frère, dans un combat extrême -et extrêmement dénudé-, une des scènes phares du film, semble vouloir sa mort. Rarement un cinéaste a réussi à montrer ainsi la solitude d’un homme entouré d’une violence et d’une hostilité omniprésentes, de la part des éléments et de la nature, de la part de son environnement quotidien, mais surtout de la part des autres humains totalement déshumanisés. A moins que ce ne soit Emil lui-même qui n’est pas dans la norme humaine…The Lack of Love Story, un défaut d’amour criant qui crève l’écran tel un trou béant.
Alors, bien qu’on n’arrive pas toujours à percer le mystère des messages de Hlynur Palmason, on ne peut rester indifférent devant Winter Brothers qui est une proposition forte de cinéma, en ce qu’il joue pleinement sur le son et l’image, en ce qu’il exploite un scénario qui ne verse jamais dans la facilité, et surtout en ce qu’il suscite l’émotion brute chez le spectateur, en étant une expérience sensorielle intense aussi bien que l’histoire solide d’un personnage touchant qui entraîne sans réserve l’empathie du spectateur.
Dans ce monde authentique des années 1960, del Toro brosse d’un pinceau presque naturaliste le portrait de protagonistes marginaux, de laissés-pour-compte de la société enfermés dans leur propre isolement. Elisa Esposito, atteinte de mutité, est traitée avec force mépris par son propre entourage.
Ainsi l’amphibien, loin de la créature démoniaque, est presque immédiatement humanisée grâce aux émotions qu’il manifeste. Il apprécie la musique et parvient à communiquer avec Elisa d’une façon déconcertante en apprenant rapidement le langage des signes. La mutité, que l’héroïne percevait comme un effroyable handicap, se transforme ici un atout pour échanger avec un être également incapable de parler.
Guillermo del Toro prouve avec La Forme de l’eau qu’il ne cessera jamais de nous surprendre. Autour d’une histoire assez simple, il parvient à créer un univers fabuleux, avec des réflexions plus profondes qu’il n’y paraît et un visuel magnifique.



