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Je vais mieux : Jean-Pierre Améris renoue avec le burlesque tendre des Emotifs anonymes

Le mal du siècle est le prétexte qui sert à Jean-pierre Améris, dans son nouveau film Je vais mieux, pour détricoter les insécurités d’un doux personnage à la limite de l’onirique et qui finit par se frotter aux bornes de la réalité.

Synopsis : Un quinquagénaire est victime d’un mal de dos fulgurant. Tous les médecins, les radiologues et les ostéopathes du monde ne peuvent rien pour lui : la racine de son mal est psychologique. Mais de son travail, de sa femme ou de sa famille, que doit-il changer pour aller mieux ?

La thérapie du bonheur

Je vais mieux, le dernier métrage de Jean-Pierre Améris est encore un nouvel exemple de l’importance capitale des acteurs dans la production d’une œuvre cinématographique. Car voilà une histoire usée jusqu’à la corde, et pour continuer de filer la métaphore cordière, les ficelles du scénario sont tout de même assez visibles.

je-vais-mieux-jean-pierre-ameris-film-critique-eric-elmosnino-couple-amisEt pourtant, on prend du plaisir à suivre les tribulations de Laurent (excellent Eric Elmosnino), un architecte prospère soudain atteint de la maladie chronique du siècle : le mal de dos. Tout y passe, la psychologie de bas étage qui essaie de donner vie à l’expression « en avoir plein le dos », la médecine parallèle dont le cinéaste se moque gentiment, les gros règlements de compte censément libérateurs…Eric Elmosnino a toujours été inclassable, avec ce je ne sais quoi qui fait que tout en épousant parfaitement ses rôles, l’acteur, voire l’homme ne disparaît jamais vraiment, avec sa sorte de fausse fragilité qui entoure le personnage. Il porte ici le poids d’un film qui aurait pu n’être qu’une comédie française de plus en apportant une subtilité dans le traitement de ce personnage accablé de partout.

je-vais-mieux-jean-pierre-ameris-film-critique-alice-polComme dans les Émotifs anonymes en particulier, Jean-Pierre Améris a cette facilité à aller chercher la deuxième couche de ses personnages, celle qui est plus enfouie, plus intéressante. Ainsi, par exemple, les parents de Laurent, un couple hyper standard qui ne sait pas se dépêtrer de ses habitudes, incapable selon son fils de considérer ce qui est extérieur à sa communauté très réduite. Là où, chez Valérie Lemercier (Marie-Francine), un tel couple est tonitruant, avec une Marie-Hélène Vincent et un Philippe Laudenbach toujours à la limite de l’excès, ici, les personnages incarnés par Lise Lamétrie et Henri Guybet sont peut-être d’autant plus pernicieux qu’ils s’expriment en demi-ton, proférant les gags et les vacheries avec l’attitude presque torve de Monsieur tout le monde. De même, Alice Pol, insupportable chez  Dany Boon (Raid dingue) est transformée ici, posée, sensible mais drôle, sensuelle même.

je-vais-mieux-jean-pierre-ameris-film-critique-eric-elmosnino-henri-guybetBien que prévisibles donc, les différentes situations décrites dans Je vais mieux ne sont jamais vraiment gratuites. Le cinéaste apporte toujours une touche de légère critique sociale, dans le milieu du travail avec les relations personnelles compliquées de ceux qui aiment ou qui détestent Laurent, avec l’influence de leur comportement sur son avenir professionnel, le milieu médical pas toujours en empathie avec l’angoisse des malades, le milieu familial ou amical tout en faux-semblants. Et surtout, le comique proposé par Jean-Pierre Améris dépasse la comédie franchouillarde du moment au mieux pas drôle, et au pire franchement vulgaire. Il y a toujours de la tendresse dans les scènes, et le burlesque cache toujours une fêlure, une insécurité…

Je vais mieux n’est certainement pas la révélation du siècle, ni même le film le plus original de la semaine, mais avec son langage particulier tout en délicatesse, il est bien plus qu’un feel good movie kleenex qu’une autre comédie chasserait vite bien fait dès la semaine suivante. Son affiliation avec David Foenkinos, du roman éponyme duquel Je vais mieux a été librement inspiré,  rajoute encore un sou dans le crincrin d’un certain décalage.

Je vais mieux – Bande annonce

Je vais mieux – Fiche technique

Réalisateur : Jean-Pierre Améris
Scénario : Jean-Pierre Améris, d’après l’œuvre de David Foenkinos
Interprétation : Eric Elmosnino (Laurent), Ary Abittan (Edouard), Judith El Zein (Elise), Alice Pol (Pauline), François Berléand (Audibert), Henri Guybet (Le père de Laurent), Lise Lamétrie (La mère de Laurent), Valentine Cadic (Alice)
Photographie : Matthieu Poirot-Delpech
Montage : Anne Souriau
Musique : Quentin Sirjacq
Producteurs : Dominique Farrugia
Maisons de production : EuropaCorp, Coproduction : France 3 Cinéma, EuropaCorp Television
Distribution (France) : EuropaCorp Distribution
Durée : 86 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 30 Mai 2018
France – 2017

Tuer n’est pas jouer, un jeu mortel d’adolescentes par William Castle en Blu-ray

Ce mardi 5 juin va voir s’agrandir la « collection des (films de) maîtres » de l’éditeur Elephant Films. On trouvera notamment dans cet élan vidéo Tuer n’est pas jouer (I Saw What You Did), long-métrage de William Castle hochant entre thriller et comédie, grandes gueules du cinéma et jeunes premières adolescentes, constituant une intéressante série B à (re)découvrir dans une formidable version remastérisée.

Synopsis : Alors que leur parents sont absent, deux adolescentes, Libby et Kit décident de passer la soirée en s’amusant à faire des blagues au téléphone. Elles appellent au hasard des numéros et effraient les correspondants en leur déclarant qu’elles « savent ce qu’ils ont fait ! ». Mais quand elles appellent un véritable tueur, les conséquences de leur jeu risquent d’être fatales…

Sur la responsabilité du regard, par William Castle

On pourrait énoncer bien des défauts du film Tuer n’est pas jouer. Ce métrage de l’un des maîtres de la série B de genre possède une bande-son surexposée, une intrigue légèrement ficelée, des acteurs pas toujours convaincants… Mais il faut dépasser cela pour savoir se prendre au jeu des regards mis en place par Castle. Le cinéaste s’amuse avec le regard du spectateur, ce voyeur légalisé qui vient au cinéma prendre sa dose de visions et alors de frissons. Le générique de I Saw What You Did s’ouvre justement sur l’ouverture de deux trous permettant à nos yeux, et supposément ceux d’un tueur ou d’un pervers, d’observer le duo adolescentes discutant au téléphone et prévoyant de se retrouver chez l’une d’entre elles le temps d’une soirée excitée par l’absence des parents. Les spectateurs-voyeurs vont ainsi suivre la veillée des deux jeunes femmes accompagnées par la petite sœur de l’une d’elle. Puis le réalisateur tend à nous faire frissonner le temps d’une promenade en se jouant de notre perception et de nos attentes. Un chemin étrange, une porte qui se ferme toute seule… Puis Castle cesse ses petites terreurs de forain pour aller au cœur de son sujet. Notre regard de spectateur enjoué ne serait-il pas irresponsable ?

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Le pastiche Hitchcockien incarné par Joan Crawford et John Ireland n’est pas une grande réussite quand bien même il est lié (pas toujours adroitement d’ailleurs) au récit de ces jeunes femmes en puissance.

Voilà la question que va poser le cinéaste par la mise en scène de son trio de jeunettes s’amusant à faire des appels téléphoniques de façon inconséquente. L’une d’entre elles joue avec une voix langoureuse à contacter des hommes qu’elle espère mariés afin de rendre le jeu plus risqué et excitant. Mais si un couple s’amuse de ce jeu d’adolescentes, d’autres partent en dispute conjugale. L’un de ces échanges de couple vire à la bagarre puis à l’assassinat. Les filles ne le savent pas, et ne se sentiront pas impliqués. D’ailleurs, le film évacuera finalement la responsabilité de celles-ci dans cet accident meurtrier. Dommage, car là est le propos. Nos regards voyeuristes et emplis d’attente de spectateur d’épouvante/horreur ne seraient-ils pas responsables des décès qu’on voit dans ces longs-métrages à l’image du jeu inconséquent initié par les adolescentes ? Ainsi, le téléphone est aux filles ce que le cinéma est au spectateur, une fenêtre sur le monde qui, avec Castle, peut être utilisée à des fins d’amusement mortifère.

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Les adolescentes s’amusent de façon inconséquente à un jeu loin d’être sans retours…

Blu-ray n’est pas tuer

Le film est présenté dans une copie remastérisée haute définition soignée tant sur le plan visuel que sonore. On notera une présence relativement importante de poussières sur l’image selon la scène, présence qui n’altère pas la vision. Elephant Films met probablement à disposition la meilleure copie du film disponible sur le marché. L’expérience du long-métrage est enrichie d’un intéressant mais trop léger exposé d’une durée de quinze minutes sur le film et sa situation dans l’œuvre de Castle hélas débité à la va-vite par Eddy Moine. On trouvera aussi dans les compléments la bande-annonce d’époque ainsi qu’une galerie d’images. Notez que l’édition proposée par Elephant Films contient le Blu-ray et le DVD du film.

Bande-Annonce – Tuer n’est pas jouer (I Saw What You Did)

Tuer n’est pas jouer (I Saw What You Did)

Un film réalisé par William Castle en 1965

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Édité par Elephant Films

19,10 € l’édition Blu-ray + DVD

Sortie le 5 Juin 2018

Scarface de Brian De Palma : le rêve américain revisité

A l’occasion de la rétrospective Brian de Palma à la Cinémathèque Française du 31 mai au 4 juillet, LeMagduCiné revient sur les plus grands films du réalisateur.
Non content de proposer un véritable anti-héros de cinéma, Brian De Palma se permet de bouleverser l’univers des gangsters avec Scarface, film de tous les superlatifs. Ce qui en fait une fresque ambitieuse, démesurée, et traversant sans mal l’épreuve du temps à travers sa critique acerbe du capitalisme.

Synopsis : En 1980, Tony « Scarface » Montana bénéficie d’une amnistie du gouvernement cubain pour retourner en Floride. Ambitieux et sans scrupules, il élabore un plan pour éliminer un caïd de la pègre et prendre la place qu’il occupait sur le marché de la drogue.

Cela fait près de 34 ans que Scarface est ancré dans l’imaginaire collectif. Son personnage principal, son adage, « The World is Yours », (d’ailleurs souvent mal interprété), et sa réalisation en font une œuvre à part dans l’Histoire du cinéma. Tout ne fut pourtant pas rose lors de sa sortie : le film fut très mal accueilli par la critique, qui n’y voyait qu’un long-métrage vulgaire, ultra violent et à la morale douteuse, reprochant par exemple une stigmatisation des réfugiés cubains. Ce n’est que des années plus tard que le film gagne ses galons de film culte, et demeure, encore aujourd’hui, une proposition somme toute nouvelle au cinéma de gangster.  Par où commencer ?

L’antihéros parfait …

A l’origine, il y a ce script solide, brut, sans concessions, remake du film de 1933 d’Howard Hawks, pour lequel certaines répliques sont reprises au mot près. Script d’Oliver Stone, plus connu de nos jours en tant que réalisateur engagé et polémiste (du moins autrefois) que scénariste. Se servant de cette histoire pour vaincre ses démons, notamment une addiction à la cocaïne, il nous replonge dans un fait historique de la Floride datant de 1980, « l’Exode de Mariel », où le régime cubain de Fidel Castro exilait ceux qui n’adhéraient pas à la politique communiste. Des contre-révolutionnaires en somme. Nous est présenté l’un d’eux au cours d’un interrogatoire plutôt tendu avec des policiers : Tony Montana, surnommé Scarface à cause de sa balafre sur la joue. De cette scène d’exposition auparavant entrecoupée d’extraits télévisés nous montrant les exilés arrivant par cargos remplis en Amérique, le spectateur identifie d’entrée de jeu le personnage. Voyou ambitieux ne cherchant aucunement à se repentir, mais à creuser son nid dans une terre dite promise, où tout est possible. D’un petit boulot qu’il juge minable, Montana va peu à peu gravir les échelons de la haute criminalité dans le trafic de drogue, construire son réseau, et bâtir un empire à son image. Le rêve américain en somme. The World is Yours.

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C’est à Al Pacino que revient la lourde tâche de donner corps à ce personnage. Et quelle interprétation ! Car il était difficile de ne pas tomber dans le ridicule ou le cabotinage pour incarner la toute-puissance du criminel. Bien loin de l’image sobre et classieuse de Vito Corleone dans Le Parrain de Coppola (LE film mafieux par excellence), il parvient à offrir une nouvelle palette de jeu dans une interprétation en totale transcendance. C’est bien simple : Pacino est Montana ! Tour à tour charmeur et agressif, professionnel et maniant les « fuck » comme personne (226 fois au long des 170 minutes du film), il deviendra nettement plus imprévisible, paranoïaque et dangereux lors de son déclin, la seconde partie du film. Sentant la situation déraper, ses partenaires de crime se retournent contre lui, c’est un Pacino lessivé qu’on retrouve, névrosé, le visage marqué par ses excès de cocaïne. De vainqueur, il deviendra vaincu. Mais pour autant, il devient encore plus impitoyable et dingue, n’hésitant pas à sacrifier ses hommes, à faire la guerre, dans un final des plus assourdissants, où les balles des mitraillettes fusent autant que les insultes dans des décors clinquants, hallucinants de mauvais goût et de mégalomanie. Ces décors, et plus largement cette scène finale sont parfaitement représentatifs de la direction artistique de Scarface.

… au service d’une œuvre acerbe et démesurée

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Après le refus de nombreux réalisateurs, c’est finalement Brian De Palma qui se colle à la réalisation du film, après avoir flashé sur le scénario d’Oliver Stone, et surtout après un accord commun : négliger le réalisme. Par l’excentricité et la folie de son personnage principal, De Palma se réapproprie les codes du film de gangsters, et les ressert dans une atmosphère où la grandiloquence ne connaît pas (ou peu) de limites. A ce titre, pour illustrer cette ascension dans les plus hautes sphères de l’Amérique, De Palma reste fidèle à son style. Toujours le digne héritier d’Hitchcock (il suffit de voir les nombreuses plages de suspense que propose le film), il propose des personnages hauts en couleurs dans des scènes fortes où l’impact émotionnel l’emporte sur le souci de réalisme. En y exploitant les thématiques chères à son cinéma (le voyeurisme, l’impuissance, et même l’inceste !), on y trouve pêle-mêle de la torture à la tronçonneuse, des meurtres en pagaille, des trahisons et coups bas en tout genre, et surtout un aspect volontairement bling-bling lié à la mégalomanie de Montana. Logique en quelque sorte, lui et sa famille ayant connu la pauvreté et les affres du communisme.

Si tout cela peut paraître parfois cheap de nos jours (la bande originale très eighties, les chemises hawaïennes ouvertes jusqu’au 4e bouton, les bagues et bijoux bien apparents…), l’outrance clairement affichée entraîne une critique sous-jacente de la société de consommation, et plus globalement du capitalisme moderne. Un empire bâti sur des montagnes de dollars, comme en témoigne la scène pivot du film montrant la circulation de l’argent – sous l’air de Push It To The Limit de Paul Engemann – qui pourtant connaîtra une immuable destruction par l’ambition sans garde-fou de son créateur. Ou le vieil adage du serpent qui se mord la queue.

En cela, Scarface apparaît toujours diablement d’actualité. Le propos sous-entendu et illustré par une démesure totale et un personnage culte en fait d’elle une œuvre unique. Et une des meilleures créations de Brian De Palma.

A voir à la Cinémathèque Française le 03/06 à 19h00, le 16/06 à 20h00 et le 02/07 à 19h30

Scarface : Bande Annonce

Scarface : Fiche technique

Réalisateur : Brian De Palma
Scénario : Oliver Stone
Interprétation : Al Pacino (Tony Montana), Michelle Pfeiffer (Elvira Hancock), Steven Bauer (Mannie Ray), Robert Loggia (Franck Lopez), Mary Elisabeth Mastrantonio (Gina Montana), F. Murray Abraham (Omar Suarez), Paul Shenar (Alejandro Sosa) …
Photographie : John A. Alonzo
Montage : Gerald B. Greenberg, David Ray
Musique : Giorgio Moroder
Direction artistique : Edward Richardson
Production : Martin Bregman, Peter Saphier, Louis A. Stroller
Studios de production : Universal Pictures
Genre : Policier
Durée : 170 minutes
Date de sortie : 7 mars 1984
Etats-Unis – 1984

Concours Verónica : Remporte ton DVD du film d’épouvante

Concours : Après sa sortie au cinéma, le film d’horreur Verónica, réalisé par Paco Plaza, le créateur de la saga culte [•REC] et le producteur de The Impossible et 28 semaines plus tard, revient vous hanter le 6 Juin en Blu-ray, DVD & VOD

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

À Madrid, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des créatures surnaturelles qui menacent de s’en prendre à sa famille. Le seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.

Réalisateur : Paco Plaza
Avec : Sandra Escacena, Bruna González, Claudia Placer, Ivan Chavero, Ana Torrent, Consuello Trujillo…
Scénario: Fernando Navarro, Paco Plaza.
Production: Enrique López Lavigne, Maria Angulo, Mar Iilundain
Photographie : Pablo Rosso
Montage: Martí Roca
Effets spéciaux : Raúl Romanillos
Costumes: Vinyet Escobar
Musique : Chucky Namanera
Genre : Horreur
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Durée : 105 minutes

https://www.youtube.com/watch?v=Z7idDL8ZtIM

La bande son du film de possession démoniaque, Verónica, est composée par Eugenio Mira (le musicien signe sous le pseudo de Chucky Namanera), et de plusieurs morceaux du groupe Héroes del Silencio.

[Édition DVD]veronica-film-sortie-dvd-bluray-juin2018-wildbunch
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
Format image : 1.85, 16/9e comp 4/3
Format son : Espagnol DTS Master Audio 5.1 & Dolby Digital 2.0,
Français Dolby Digital 5.1 – Sous-titres : Français Durée : 1h41
Prix public indicatif : 14,99 € le DVD

A gagner : 3 DVD – MODALITÉS DU JEU

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Le Prisonnier d’Alcatraz prend son envol en DVD & Blu-Ray

Les éditions WildSide nous proposent de savourer Le Prisonnier d’Alcatraz, un des meilleurs films de prison du cinéma américain, réalisé par John Frankenheimer, avec Burt Lancaster et Karl Malden, dans un superbe coffret.

Le destin de « L’Oiseleur d’Alcatraz » est authentique, et lorsque le film est sorti, en 1962, son personnage principal était toujours emprisonné. Robert Stroud est au centre de l’attention publique aux États-Unis depuis 1955 et la parution du livre The Birdman of Alcatraz, de Tom Gaddis (qui sera interprété par Edmund O’Brien dans le film de Frankenheimer). Stroud est le plus vieux prisonnier du pays : son incarcération a commencé en 1909, alors qu’il avait 19 ans. Au total, il passera 54 ans en prison, dont 42 en isolement. Mais en cette fin d’années 50, le cas de Stroud est devenu médiatique et de nombreuses pétitions réclament sa libération. Le prisonnier est le symbole de l’injustice du système judiciairo-pénitenciaire américain.

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John Frankenheimer dirigeant Burt Lancaster

C’est cela (et bien d’autres choses encore) que nous raconte le livre rédigé par Doug Headline qui accompagne le film dans une superbe édition parue chez WildSide. Doug Headline est le fils du célèbre auteur de romans policiers français, Jean-Patrick Manchette, et l’auteur de livres sur James Stewart ou John Cassavetes ainsi que de documentaires sur Chabrol ou Lino Ventura, entre autres. Il signe, pour cette édition du Prisonnier d’Alcatraz, un livre de 200 pages agrémenté de nombreuses photos qui relate la fabrication du film et met en lumière les libertés prises par le scénario par rapport à la réalité historique.

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Car le film de Frankenheimer n’hésite pas à présenter Stroud comme une victime. Il faut dire que Le Prisonnier d’Alcatraz est entièrement porté par un Burt Lancaster qui est convaincu que le cas Stroud est un exemple flagrant d’injustice. L’acteur n’hésitera pas d’ailleurs à réécrire certaines scènes et cherchera à imposer ses vues à Frankenheimer (après avoir fait exclure le premier réalisateur du film, le Britannique Charles Crichton). Le tournage sera un long conflit d’ego entre les deux hommes, qui avaient déjà tourné ensemble Le Temps du châtiment l’année précédente et se retrouveront par la suite pour deux autres très grands films, Sept Jours en mai et Le Train.

Le film ne cache pas que Stroud est un personnage violent, mais excuse sa violence par les circonstances (un gardien injuste, etc.). En gros, c’est la prison elle-même qui exacerbe la violence et l’impulsivité du Prisonnier d’Alcatraz.

« Vous semblez détester le monde entier.
_ On s’adapte à la fosse à purin dans laquelle on vit »

Une prison qui est montrée de façon extrêmement réaliste. Le choix des cadrages, le montage, la voix off, la reconstitution mettent en évidence la volonté documentaire du projet, ce qui n’empêche pas Frankenheimer de maîtriser à la perfection l’aspect technique de son film.

L’une des originalités du film est bien entendu d’insister sur la carrière ornithologique de Stroud. Le prisonnier, condamné à l’isolement à vie, recueille d’abord un moineau, puis petit à petit va étudier les oiseaux au point d’en devenir un spécialiste reconnu. Et le film de Frankenheimer va appuyer sur la métaphore contenue dans cette situation : un prisonnier va construire des cages pour y mettre des oiseaux, comme une sorte de mise en abyme de sa condition. Les oiseaux deviennent le symbole de l’emprisonnement.

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Pour augmenter encore cette assimilation, le film n’hésite pas à insister sur le fait que les prisonniers sont traités comme des animaux.

« Vous n’êtes qu’un animal !
_ Les cages existent pour ça, les animaux, non ? »

Mais ce symbole est aussi paradoxal. Parce que les oiseaux sont synonymes de liberté. Cela participe encore plus à l’assimilation entre Stroud et les oiseaux : des personnages libres bien qu’étant emprisonnés.

C’est autour de ces oiseaux que va s’engager alors un récit minutieux, détaillé, passionnant et émouvant.

Le Prisonnier d’Alcatraz est incontestablement un des meilleurs films de prison du cinéma américain. Cette réussite est d’abord due au talent de John Frankenheimer, cinéaste souvent sous-estimé auquel on devra, par la suite, Un crime dans la tête, Opération diabolique ou French Connection 2. Il apporte ici son sens du récit, une efficacité narrative qui vient directement de son expérience télévisuelle : son film est absolument passionnant, sans le moindre temps mort. Il est aussi une grande réussite esthétique, avec un traitement de l’image directement inspiré des grands films noirs, avec ses jeux d’ombres et de lumières, ces barreaux qui se projettent sur les personnages, ses contre-jours, etc.

L’autre grand responsable de la réussite du film, c’est bien entendu Burt Lancaster. L’ancien acrobate devenu comédien autodidacte avait déjà quelques grands films à son actif : Les Tueurs, de Siodmak, Les Démons de la liberté, de Jules Dassin, Vera Cruz, d’Aldrich, ou bien entendu Elmer Gantry pour lequel il recevra un Oscar. Sa composition de Robert Stroud est saisissante. Derrière l’apparente sobriété de son jeu, il parvient à faire ressentir le feu qui habite le personnage. A ses côtés, on retrouve avec plaisir Karl Malden et Telly Savalas, entre autres.

Le coffret que sort WildSide rend parfaitement hommage à ce grand film. Avec la très belle restauration et le livre de Doug Headline, on se retrouve avec un superbe écrin dans lequel on peut savourer ce grand film.

Le Prisonnier d’Alcatraz : bande-annonce

Caractéristiques techniques du DVD :

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Master restauré
Noir & Blanc
Format image : 1.66
16/9ème compatible 4/3
Format son :
Anglais DTS Master Audio & Dolby Digital Mono 1.0
Français Dolby Digital Mono 1.0
Sous-titres : français
Durée : 141 minutes

Caractéristiques Blu-Ray :

Master restauré
Noir & Blanc
Format image : 1.66
Résolution film : 1080 24p
Format son :
Anglais et français DTS HD Master Audio Mono 1.0
Sous-titres : français
Durée : 147 minutes

Compléments :
Une illusion de liberté : entretien avec Richard H. Kline, cameraman sur le film (28 minutes)
Au-delà des grilles, un livre exclusif de 200 pages écrit par Doug Headline, illustré de photos d’archives rares.

Body Double de Brian De Palma, le mensonge 24 fois par seconde

A l’occasion de la rétrospective Brian de Palma à la Cinémathèque Française du 31 mai au 4 juillet, LeMagduCiné revient sur les plus grands films du réalisateur.
Forcément quand on s’amuse constamment avec les mêmes thèmes de prédilection, il est tout naturel d’atteindre à un moment une certaine apogée. Avec Body Double, Brian De Palma donne naissance à son film somme, celui qui conjugue aussi bien son amour du thriller à la Hitchcock, sa fascination pour le double, son obsession pour le voyeurisme mais surtout cette passion dévorante pour le cinéma.

Dans Le Petit Soldat, Jean-Luc Godard fait dire à Michel Subor que « le cinéma c’est la vérité 24 fois par seconde ». Pour Brian De Palma, le cinéma c’est le mensonge 24 fois par seconde, et il a parfaitement raison. Car s’il y a une chose que De Palma a comprise et a fait comprendre au spectateur aux travers de ses œuvres, c’est tout l’art de la  manipulation qui se dégage du cinéma et le film parfait pour illustrer cette citation est définitivement Body Double. Nous propulsant dans la capitale américaine du 7ème art, Los Angeles, le 16ème film de De Palma suit Jake Scully, un acteur en galère, essayant de joindre les deux bouts en jouant dans de minables séries Z horrifiques. Une rencontre avec Sam Bouchard, un confrère aux apparences altruistes, une maison à l’architecture futuriste, une voisine adepte de danse lascive, tous ces éléments vont faire basculer la vie de Scully.

body-double-brian-de-palma-craig-wasson-deborah-sheltonLa première des lubies de De Palma qui transparaît est donc le voyeurisme. Dans son chic appartement, Scully n’hésite pas se rincer l’œil en matant à l’aide de sa longue vue sa nouvelle voisine, Gloria Revelle en train de se déshabiller. Ces actes de voyeurisme vont développer une véritable fascination de Scully pour Gloria. Jake se mettra à la suivre, à récupérer une de ses culottes qu’elle aura jetée à la poubelle, et même essayer de la sauver d’un mystérieux voleur avant qu’une crise de claustrophobie le mette hors-jeu. Renvoyant au personnage de James Stewart souffrant de vertige dans le chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock, Scully est quant à lui claustrophobe, une condition le paralysant dès qu’il se trouve dans un endroit exigu ou sombre. Évidemment ces actes de voyeurisme auront des conséquences, lorsque malgré lui Scully va devenir le témoin du meurtre particulièrement graphique de la belle Gloria à l’aide d’une perceuse électrique. Entre donc en scène l’un des personnages typiques de l’œuvre de De Palma, le témoin impuissant. D’autant qu’avec son profil qui tend vers le creepy, la police ne risque pas de le prendre très au sérieux.  À la manière de Sueurs Froides, cet acte meurtrier va découper le film en deux parties. Une première plus lancinante prenant le temps d’exposer les enjeux, et une deuxième où le jeu de dupe va faire son apparition.

Comme le titre l’indique, le double, autre passion de De Palma occupe une place centrale dans l’intrigue. Comme Kim Novak revenant d’entre les morts dans le chef d’œuvre d’Hitchcock, la silhouette (et notamment son déhanché)  de Gloria Revelle va réapparaitre au travers d’une actrice porno, Holly Body. En conservant cet angle du voyeurisme, activité qui se marie à la perfection avec le genre pornographique, Brian De Palma va donc une nouvelle fois traiter du dédoublement. Mais contrairement à des films comme Soeurs de Sang où le double représentait un aspect schizophrénique, permettant de distiller une ambiance horrifique, le double de Body Double est un moyen de faire une réflexion sur le cinéma. Holly Body est une actrice et a été engagée pour jouer le rôle de doublure de Gloria lors de ses numéros de danse. Tout cela nous ramène donc à ce que disait De Palma en ce qui concerne le cinéma, il s’agit du mensonge 24 fois par seconde. Il ne faut donc jamais se fier à ce que l’on voit, et chaque image est mensongère. C’est tout le message de Body Double.

body-double-craig-wasson-melanie-griffithUn jeu de faux-semblants inonde le film et aucun personnage ne semble être qui il est vraiment. Le fait que la plupart des personnages soient des acteurs, se maquillant, usant des alias, des déguisements joue dans ce sens. De Palma n’hésitera pas à nous plonger, comme Alice, de l’autre côté du miroir. Filmant à plusieurs reprises les dessous du cinéma, Body Double dévoile les supercheries qui trompent le spectateur et qui font partie intégrante de cet art. Que cela soit le travelling montrant un vampire dans un cercueil qui s’avère finalement être Scully grimé jouant un rôle ou même le générique placé sur un décor de studio, tous ces artifices permettent de perdre le spectateur, De Palma poussant même le vice jusqu’à transformer son film en véritable clip vidéo pour le groupe Frankie Goes to Hollywood et leur tube interplanétaire Relax dans une séquence anthologique. Cet aspect manipulatoire va donc être utilisé à plusieurs échelles. Par De Palma lui-même bien sûr mais surtout par le grand méchant du film. Tout comme De Palma fait et montre au spectateur ce qu’il veut, le tueur va ici s’amuser avec Scully, lui montrant ce qu’il doit voir. Il piège lui-même Scully en en faisant un protagoniste de sa supercherie à la manière d’un Truman Show macabre et dont il est le spectateur mesquin.  L’utilisation à plusieurs reprises du travellings circulaires est à ce point sublime, un enfermement qui trouve un échappatoire au travers de ces baisers langoureux échangés avec Gloria et Holly. Le choix de la claustrophobie comme souffrance propre à Scully n’est donc pas un choix anodin, car il s’articule avec le fait qu’il se retrouve prisonnier du cadre. Scully n’est pas véritablement maître de ses actes, il subit chaque action,  il est manipulé tel un pantin par les images que lui offre son ennemi. La seule façon de s’en sortir est donc de surmonter cette peur de l’enfermement. Ce n’est pas une simple mise en abyme sur le monde du cinéma que crée De Palma, c’est un autre film dans le film.

Avec son aspect méta, Body Double s’avère être un film très riche, qui transcende son statut de thriller inspiré d’Hitchcock. De Palma embrasse tous ses thèmes de prédilections pour au final parler avec une acuité folle du cinéma. En faisant preuve d’une virtuosité à toute épreuve, il est en pleine possession de ses moyens, offrant séquences cultes sur séquences cultes. Comment ne pas parler de cette filature incongrue à l’intérieur de ce centre commercial ? Ces danses voluptueuses sur l’érotique partition Telescope de Pino Donnagio, cette gueule d’indien terrifiante armée d’une gigantesque perceuse. Une grandiloquence que beaucoup qualifieront de kitschissime et qui  aura valu une nomination au Razzie Awards pour De Palma. Encore une preuve de l’incompréhension envers ce génie qui se remettait difficilement de l’échec de son très personnel Blow Out. Body Double est définitivement l’un des points d’orgue de sa vaste filmographie. Œuvre passionnante et passionnée, Body Double c’est tout simplement Brian De Palma 24 fois par seconde.

A voir à la Cinémathèque Française le 02/06 à 21h15, le 08/06 à 21h45 et le 22/06 à 22h00

Body Double – Bande Annonce

Body Double – Fiche Technique

Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Brian de Palma et Robert J. Avrech
Interprétation : Craig Wasson (Jake Scully), Melanie Griffith (Holly Body), Gregg Henry (Sam Bouchard), Deborah Shelton ( Gloria Revelle)
Photographie : Stephen H. Burum
Musique : Pino Donaggio
Montage : Gerald B. Greenberg et Bill Pankow
Production : Brian de Palma et Howard Gottfried
Sociétés de production : Columbia Pictures
Société de distribution : Columbia Pictures
Date de sortie en France : 20 février 1985
Genre : thriller

États-Unis – 1984

 

 

 

Obsession de Brian de Palma : l’amour tragique

A l’occasion de la rétrospective Brian de Palma à la Cinémathèque Française du 31 mai au 4 juillet, LeMagduCiné revient sur les plus grands films du réalisateur.
Son huitième film s’inspire du scénario d’une de ses idoles, le célèbre Sueurs Froides d’Hitchcock. Il signe ici un thriller romantique de grande envergure et peut-être même l’une de ses œuvres les plus réussies.

Synopsis : Ayant vu sa femme mourir faute d’avoir payé la rançon exigée par leurs kidnappeurs, Michael Courtland, homme d’affaire américain, rencontre un jour en Italie une femme lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Malgré les avertissements de son entourage, il y voit une seconde chance qu’il ne veut pas laisser passer. Au risque de réveiller un passé douloureux…

Si la parenté d’Alfred Hitchcock est évidente pour ce film, il ne faut pas oublier de citer une autre de ses inspirations : Fin d’automne du japonais Ozu, sorti en 1960, que son co-scénariste Paul Schrader l’a obligé à voir. En effet, De Palma s’inspire de ces deux modèles de par les thèmes présents dans les deux créations, ainsi que pour le scénario de son long-métrage. Ici, les thèmes du deuil et des tourments internes sont à l’épicentre de son travail, comme c’est le cas dans les deux autres œuvres.

Comme dans Sueurs Froides, le personnage central, Michael Courtland, interprété par Cliff Robertson, après avoir perdu et sa fille et sa femme, croit voir revenir celle-ci en la personne d’une restauratrice d’art italienne lui ressemblant trait pour trait. Et de cette apparition divine, De Palma arrive à tirer une histoire incroyable où les retournements de situations se mêlent à une histoire d’amour tragique. Car, oui, l’histoire est bien écrite, et on se plaît à se laisser surprendre par les différents twists, assez incroyables par ailleurs. Et même si les plus perspicaces d’entre nous peuvent les voir venir, ils sont suffisamment bien amenés pour ne pas paraître trop gros. Le tout forme un scénario tordu typique du travail de De Palma.

Dans Obsession, le tour de force réside aussi dans l’espérance que le film arrive à créer chez le spectateur. En effet, plus le film avance et plus l’on se rattache aux croyances du personnage principal, à cette réapparition presque divine de sa supposée femme. Mais nos doutes gagnent peu à peu du terrain, balayant nos suppositions, ou les confirmant. Le réalisateur est très fort dans ce jeu des masques que ses personnages portent. Courtland d’abord, s’évertuant à croire l’incroyable, s’enfonçant peu à peu dans de la domination pure et dure avec sa femme, et elle, qui revêt l’identité de la défunte mère. Le thème de l’amour presque désespéré, quand on est prêt à tout pour garder son amour pour soi, quitte à l’enfermer, est brillamment montré.

obsession-brian-de-palma-critiqueCependant, le travail le plus remarquable réside dans la direction d’acteurs. A eux deux, Cliff Robertson et Geneviève Bujold portent le film sur leurs épaules, arrivant à composer des personnages névrosés tout à fait crédibles. Tous deux évoluent également dans de magnifiques décors, comme la Basilique San Miniato al Monte à Florence, ou bien à Sienne, dans les scènes d’intérieur tournées à la Collégiale de San Gimignano. D’ailleurs, l’art a une place particulière dans ce long-métrage, entre les différents monuments et le tableau présent dans la chambre des époux. Ce qui renforce ainsi son aspect esthétique, déjà exploité par la réalisation de Brian de Palma.

L’appellation « thriller romantique » du film souligne deux aspects qui lui sont inhérents : son indéniable côté d’enquête mystérieuse, avec de nombreux secrets et retournements de situation. Mais aussi son scénario racontant une histoire d’amour, appuyé par les sentiments névrosés des personnages et relevé par les différentes œuvres présentes. Tout cela, bien qu’ambivalent, lui donne un cachet unique et appréciable.

C’est par ces différents points abordés que cette œuvre filmique est un classique et un must-see de la filmographie de Brian de Palma, alors ne passez pas à côté si vous ne le connaissez pas.

A voir à la Cinémathèque Française le 02/06 à 19h00, le 17/06 à 19h15 et le 21/06 à 16h45

Obsession : Bande-Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=FtRVklEb7Vo

Obsession : Fiche Technique

Réalisation : Brian de Palma
Scénario : Paul Schrader, d’après une idée originale de Brian de Palma et Paul Schrader
Interprètes : Cliff Robertson, Geneviève Bujold, John Lithgow, Wanda Blackman, J. Patrick McNamara, Stanley J. Reyes, Tom Felleghy…
Image : Vilmos Zsigmond
Montage : Paul Hirsch
Musique : Bernard Herrman
Décors : Jerry Wunderlich
Costumes : Frank Balchus
Sociétés de Production : Columbia Pictures et Yellowbird Productions
Distributeur : Columbia Pictures
Budget estimé : 1,4 Millions
Durée : 97 minutes
Genre : Thriller romantique

États-Unis – 1976

 

Outrages de Brian de Palma : la morale comme blessure de guerre

A l’occasion de la rétrospective Brian de Palma à la Cinémathèque Française du 31 mai au 4 juillet, LeMagduCiné revient sur les plus grands films du réalisateur.
C’est dans la fin des années 1980 que Brian de Palma décide de faire son film de guerre au Vietnam, qui est devenu un genre cinématographique en tant que tel. Mais au lieu de disséquer la guerre dans sa violence de tranchée, ou dans la terreur des batailles, le réalisateur américain, avec Outrages, préfère s’intéresser à ce qui se déroule en hors champ, là où la monstruosité et le mensonge se font encore plus terrifiants.

Au fur et à mesure des années, la guerre du Vietnam a été l’un des sujets les plus prolifiques pour les plus grands cinéastes contemporains. C’est dire à quel point cette guerre a influencé l’héritage et la mentalité américaine de l’époque. Il faut dire que les thématiques à traiter sont nombreuses et permettent un large éventail d’interprétations. Chacun y a ajouté son grain de sel et y a dévoilé sa propre vision des choses. Que cela soit Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Platoon d’Oliver Stone, Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino, ou même, Full Metal Jacket de Stanley Kubrick.

L’âme humaine, la déshumanisation progressive due au conflit, le contexte d’omerta et d’intérêt général d’une armée, la porosité des raisons du conflit sont au cœur d’un film, qui, derrière une affaire de mœurs, parle avec encore plus de profondeur des méfaits d’une guerre sur l’Homme. Par esprit de vengeance, le commandant d’une patrouille décide de kidnapper une jeune vietnamienne pour que lui et ses hommes puissent la violer et la tuer. Tous participeront à cet acte barbare, sauf la jeune recrue, Eriksson. A partir de là, Outrages va devenir un bras de fer, un face à face moral et hiérarchique entre deux hommes. Incarné par Sean Penn et Michael J. Fox, le film se veut âpre et régule sa mécanique autour de la justice morale et la déshumanisation presque logique d’humains devenus des animaux.

Outrages, comme souvent chez Brian de Palma, se sert de ce contexte pour n’en faire qu’un simple fil rouge figuratif. Ce qui le touche principalement dans ce récit, c’est le symbole de la vérité donnée, c’est la croyance ou la défiance en un système qui se protège malgré ses actes horrifiques. Outrages, à sa manière, dénonce l’armée américaine et l‘instrumentalisation de sa venue au Vietnam, mais aussi de la place et de la conséquence des images véhiculées, comme dans Snake Eyes et d’autres de ses œuvres : à savoir, notre position par rapport au voyeurisme et la complicité même du témoin ou même du spectateur. Cependant, dans cette guerre qui devient interne, où l’armée américaine se divise, c’est une tragédie insidieuse qui se noue.

Mais derrière cette insurrection, Brian de Palma n’en oublie pas non plus de parfois tenir au cahier des charges du film de guerre des scènes de combats, notamment celle dans les souterrains des tranchées ennemies où Meserve sauve Eriksson. Là où Snake Eyes ne devait qu’être qu’une enquête policière, Outrages ne devait être qu’un film de guerre. Sauf que De Palma en fait des thrillers politiques sur le code d’honneur, l’étroite limite de la fraternité, la promiscuité avec la mort et le nivellement par le bas de la hiérarchie. Pourtant, derrière la maîtrise incessante de Brian de Palma sur son sujet, à la fois dans sa mise en scène, de son montage alterné, de son cavenas alambiqué, sa tenue en tension, Outrages peine à émouvoir ou à toucher du doigt l’humain que nous sommes, à cause du surjeu de ses acteurs.

Se donnant souvent le mot à travers des dialogues symboliques et à la vision du monde différente, Sean Penn et Michael J. Fox emprisonnent par moments le film dans un cabotinage un peu éhonté, qui, par sa théâtralité, dessert le film. Quoi qu’il en soit, De Palma a toujours aimé rajouter cette touche de vulgarisation dans l’antre même de ses œuvres : Outrages ne diffère pas de la filmographie de son auteur. Parfois un peu bancal, trop schématique dans sa manière de lire son cas de conscience entre le bien et le mal, le film n’en reste pas moins une convocation hybride et passionnante du monde de la guerre et de ses enjeux invisibles.

Synopsis : Lors d’une mission, Eriksson, jeune recrue, est sauvé d’une mort certaine par son commandant Meserve. Quelques jours plus tard, l’opérateur radio de l’escouade américaine est abattu dans un village allié. Meserve décide alors d’enlever une jeune villageoise. Eriksson, ne doutant pas du sort réservé à la jeune fille, va se battre, malgré son admiration pour son commandant, contre tous les hommes de sa patrouille.

A voir à la Cinémathèque Française le 02/06 à 14h30 et le 24/06 à 16h30

Bande Annonce – Outrages

Fiche Technique – Outrages

Réalisateur : Brian de Palma
Scénario : David Rabe
Interprétation : Sean Penn, Michael J. Fox, Don Harvey
Musique : Ennio Morricone
Photographie : Stephen H. Burum
Montage : Bill Pankow
Maisons de production : Columbia Pictures
Distribution (France) : Columbia TriStar Pictures
Durée : 113 minutes
Genre : Guerre
Date de sortie : 19 janvier 1990

Soeurs de sang de Brian De Palma, l’héritier d’Hitchcock

A l’occasion de la rétrospective Brian de Palma à la Cinémathèque Française du 31 mai au 4 juillet, LeMagduCiné revient sur les plus grands films du réalisateur.
Après des films plutôt confidentiels, fortement influencés par les années 60 et la Nouvelle Vague française, Brian De Palma pose avec Sœurs de Sang, les jalons de son cinéma dit « hitchcockien » qu’il va développer tout au long de sa carrière.

soeurs-de-sang-brian-de-palma-margot-kidderSi Murder a la mod avait déjà montré l’amour que portait Brian De Palma pour le maître du suspense Alfred Hitchcock, c’est bien Sœurs de Sang qui marquera les esprits, et inscrira De Palma comme le véritable héritier du cinéaste britannique. C’est aussi à partir de ce moment que certaines des obsessions du réalisateur américain vont se faire plus évidentes. Le générique met en avant un côté très organique avec ces images de fœtus sur une musique inquiétante signé Bernard Herrmann (compositeur fétiche de Hitchcock) avant de finir sur deux fœtus, signe de gémellité. Dès ce générique, De Palma présente au public l’une des thématiques qui va le hanter dans quasiment toutes ses œuvres, le double. Bien sûr, il est annoncé dès le titre, mais ce n’est pas simplement un lien de sang qui intéresse le cinéaste. La fascination de De Palma réside dans ces doubles identiques, aux physiques interchangeables mais aux psychologies diamétralement opposées, le plus souvent une opposition entre un esprit diabolique et l’autre d’une candide innocence. Quoi de mieux donc que l’histoire de sœurs siamoises (ne faisant au départ qu’une) pour exploiter pleinement cette thématique ?

Les sœurs éponymes, Danielle et Dominique, ont vécu la majeure partie de leur vie rattachée au niveau de leur hanche, et ont développé des caractères très différents. Danielle est une douce jeune femme, faisant carrière dans le mannequinat et la télévision. À côté, Dominique possède un caractère instable, une voix limite monstrueuse, s’habille dans un noir funeste, au contraire de Danielle préférant exhiber des robes d’une blancheur immaculée. La jalousie de Dominique, vivant à la manière d’une recluse, envers sa sœur qui se retrouve propulsée sous le feu des projecteurs va donc indéniablement aboutir à un acte dramatique. À la manière de Psychose de Hitchcock qui prépare le spectateur pendant plus d’une demi-heure à cette scène cathartique de la douche, Sœurs de Sang bascule lorsque Dominique assassine l’amant de Danielle. Une scène sanglante où la lame trace le destin mortifère du pauvre Philip. Le spectre hitchcockien englobe toute cette séquence où De Palma convoque à la fois le classique Psychose mais également Fenêtre sur cour.

soeurs-de-sang-brian-de-palma-jennifer-saltCe qui nous amène à l’autre thématique qui habite le cinéma de Brian De Palma, le voyeurisme. Dès la première séquence du film, tout le cinéma de De Palma transparaît. Au travers d’un écran de télévision, il nous convoque à une émission de caméra cachée mettant en scène une jeune aveugle sur le point de se déshabiller dans un vestiaire alors qu’un homme si trouve déjà. Une émission nommé à juste titre Peeping Tom, autrement dit voyeur. L’écran, les faux semblants avec Danielle jouant le rôle d’une aveugle, et Philip dans la position du voyeur, les deux personnages présents dans cette séquence incarnent à la perfection les obsessions de De Palma. Et forcément, cette séquence de meurtre va faire entrer en scène celle du voyeur, le témoin. En utilisant un procédé dont il est friand, le split-screen, De Palma va monter tout une séquence à partir du point de vue des deux protagonistes : la victime agonisante, et le témoin observant de la fenêtre d’en face l’horrible meurtre à la manière de James Stewart dans le classique de Hitchcock.

Dans un schéma narratif lui aussi inspiré du maître du suspense, De Palma va donc mettre en scène ce témoin malheureux, qui se lance lui-même dans une enquête alors qu’il se heurte à une police refusant de le croire. Un scénario qui semble aux premiers abords classique, qui renvoie à de nombreux piliers du genre, mais qui se trouve être exécuté avec une certaine virtuosité. Un récit où les faux semblants sont légions, les points de vue multiples (où le split screen va être parfois utilisé afin de créer un véritable suspense, en témoigne celui de la séquence du nettoyage de la scène de crime), et où il est difficile de se fier à ce que l’on voit. Les perceptions, qu’elles soient celles du personnage de Grace Collier, le témoin ou du spectateur vont être mises à mal par le cinéaste. Il est difficile de se fier à ce que nous montre le film. De Palma en est pleinement conscient et exploite à son maximum le côté trompeur propre au cinéma. La perte de repère est l’un des moteurs du récit, De Palma s’amusant à nous perdre, nous emmenant même dans une sorte de cauchemar en noir et blanc. Le film développe un climat schizophrénique des plus oppressants.

Si le style peut sembler encore un peu balbutiant à certains moments, le suspense est haletant, sachant distiller les moments de tension, s’amusant avec des retournements de situations, tout en développant une atmosphère propre aux films d’horreur au travers du prisme de la psychose et d’un côté organique parfois assez malsain. Sœurs de sang est bien plus qu’un brouillon du travail que fera Brian De Palma plus tard dans sa carrière, c’est une véritable plaque tournante dans son œuvre. Bien plus qu’un hommage à Alfred Hitchcock, il est l’expression d’un auteur obnubilé par des thématiques bien précises et qui seront disséqué à maintes reprises pour créer l’une des filmographies les plus fascinantes de l’histoire du cinéma. Un cinéma généreux, passionné, dévorant et surtout conscient de la richesse de son art et de son côté manipulateur. Ce n’est pas la renaissance d’Alfred Hitchcock, c’est la naissance de Brian De Palma.

A voir à la Cinémathèque Française le 01/06 à 21h15, le 11/06 à 17h et le 29/06 à 15h

Soeurs de Sang – Bande Annonce

Soeurs de Sang – Fiche Technique

Titre original : Sisters
Scénario et réalisation : Brian de Palma
Interprétation : Margot Kidder (Danielle Breton/Dominique Blanchion), Jennifer Salt ( Grace Collier), William Finley (Emil Breton), Charles Durning (Joseph Larch)
Photographie : Gregory Sandor
Musique : Bernard Herrmann
Montage : Jerry Greenberg
Production : Paul Hirsch
Sociétés de production : American International Pictures
Société de distribution : American International Pictures
Date de sortie en France : 2 février 1977
Genre : thriller
Durée : 92 minutes

Etats-Unis – 1973

 

Deux Hommes en fuite : la cavale sans issue de Joseph Losey

Fidèle à l’exigence qui caractérise sa ligne éditoriale, Carlotta nous convie à (re)découvrir un film longtemps demeuré invisible bien que considéré comme l’un des meilleurs de son auteur. Après sa ressortie en salles en octobre dernier, Deux hommes en fuite de Joseph Losey s’invite donc dans vos salons. Une œuvre singulière portée tant par l’empreinte de son réalisateur que par l’investissement d’un Robert Shaw (également coauteur de l’adaptation du roman de Barry England) possédé, et dont l’écrin HD permet d’apprécier les partis-pris à leur valeur avant-gardistes.

A perte de vue

Dans un relief escarpé, deux hommes menottés courent à perdre haleine. On ne saura jamais rien d’eux, ni d’où ils viennent, sinon ce que les indices disséminés ici et là et des bribes de conversation nous laissent deviner. On ne sera pas plus fixé sur le mystérieux hélicoptère noir lancé à leur recherche, cerbère ailé surgissant de nulle part plus pour les harceler que pour les arrêter. Le flou plane même sur l’espace-temps diégétique, accentuant la dimension uchronique d’un récit qui évolue dans une opacité équivoque. Il s’agit peut-être d’un monde parallèle, ou du cauchemar d’une réalité dissolue dans un ensemble de signes obstruant l’horizon des fugitifs.

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Robert Shaw et Malcolm McDowell jaugent la situation

Comme le souligne Michel Ciment dans l’excellente interview proposée en bonus, le titre original Figures in a landscape (soit « Deux silhouettes dans un paysage ») se révèle bien plus révélatrice des parti-pris de mise en scène de Joseph Losey. En effet, jamais Deux hommes en fuite ne cherche à sortir de l’abstraction dans laquelle il plonge son histoire. Losey déréalise ses éléments pourtant reconnaissables pour en faire les mailles d’un réseau de symboles diffus, puisant dans l’inconscient du spectateur pour nourrir l’image de ses projections viscérales.

A l’instar de cet instant dans lequel l’hélicoptère révèle sa dimension surnaturelle en se découpant en ombre chinoise dans le soleil, Losey épure son argument pour mieux en stimuler l’essence allégorique. Comme a pu le faire Alfonso Cuaron sur Gravity, Deux hommes en fuite  repose moins sur ce que l’on identifie (donc qui appartient à la diégèse) que ce que le cadre nous évoque (ce qui dépasse le cadre du récit). D’où l’équilibre d’une réalisation moins naturaliste que panthéiste, qui flatte ses extraordinaires décors naturels dans un scope majestueux pour mieux confiner les personnages dans l’horizon, comme s’ils essayaient de retraverser le Styx en sens inverse.

L’œil de la caméra

Or, cette sensation d’une nature hostile est véhiculée à travers les subtilités d’une mise en scène qui ne prend jamais parti pour les personnages. Plutôt que de cheviller sa caméra à la subjectivité de ses personnages, Losey désolidarise régulièrement l’appareil de son duo. A l’instar de ses moments où Robert Shaw et Malcolm McDowell démarrent au premier plan pour s’enfoncer ensuite dans la profondeur de champ. Comme si le cinéaste voulait faire « disparaitre » l’objectif en le mettant d’abord au service des états d’âmes des personnages, avant d’en faire le témoin de leur présence en cassant la composition du cadre. La caméra semble alors comme prévenir les lieux de la présence des deux hommes, comme le suggère l’intervention systématique de l’hélicoptère qui succède à ces plans. L’évasion impossible est déjà là, dans cette impossibilité d’échapper à cet œil totalitaire qui ne ménage aucun espace de liberté aux fuyards, dépouillés de tout champ d’intimité (voir ce moment où pris d’une envie irrépressible, ils vont à la selle l’un en face de l’autre, hilares).

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Robert Shaw et l’hélicoptère: combat inégal

Songe délétère et oppressant, emmenant les protagonistes aux confins de l’épuisement physique et psychologique, jouant de son postulat minimaliste pour charrier l’inconscient d’une époque (voir cette conclusion suggérant l’avènement d’une dystopie fasciste), Deux hommes en colère est une œuvre qu’il est urgent de (re)découvrir. Ne serait-ce que pour mesurer son empreinte considérable sur le cinéma des années suivantes (Gravity donc, mais aussi Délivrance, Rambo, Gerry…).

Côté éditorial, Carlotta a soigné le boulot : malgré quelques bugs en cours de route, l’image s’avère tout simplement splendide, restaurant la palette de couleurs des nombreux décors différents tout en respectant le grain d’origine. La piste sonore n’est pas en reste et accentue la dimension immersive de l’expérience. On regrettera simplement que les bonus se réduisent à l’interview (certes fort éclairante) de Michel Ciment mentionnée plus haut, un making-of d’époque et une bande-annonce, ne rendant que partiellement justice à ce film majeur enfin réévaluable par la postérité.

Deux hommes en fuite : Bande-annonce

FICHE TECHNIQUE:

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 Réalisateur : Joseph Losey
Producteur : John Kohn
Réalisé par :  Robert Shaw
Basé sur : Figures in a Landscape de Barry England
Interprétation : Robert Shaw, Malcolm McDowell
Musique : Richard Rodney Bennett
Photographie :  Henri Alekan, Guy Tabary, Peter Suschitzky
Monté par : Reginald Beck

 

Blow Out de Brian De Palma : le film au tournant de sa carrière

A l’occasion de la rétrospective Brian de Palma à la Cinémathèque Française du 31 mai au 4 juillet, LeMagduCiné revient sur les plus grands films du réalisateur. L’ouverture se fera demain soir avec Blow Out, en sa présence.
Scénario foisonnant, caméra virtuose, acteurs épatants : les superlatifs ne manquent pas pour vanter Blow Out, où les thèmes du cinéaste s’entrecroisent, et où les références à d’autres cinéastes sont nombreuses sans lui faire de l’ombre le moins du monde.

Synopsis : Un soir, dans un parc, Jack Terry, ingénieur du son, enregistre des ambiances pour les besoins d’un film. Il perçoit soudain le bruit d’une voiture arrivant à vive allure. Un pneu éclate. Le véhicule fou défonce le parapet et chute dans la rivière. Jack plonge et arrache à la mort une jeune femme, Sally. Mais le conducteur est déjà mort… 

La nuit du chasseur

Après le succès considérable de Pulsions, l’échec commercial du Blow Out de Brian De Palma fut d’autant plus retentissant. La faute sans doute à un mauvais timing en ce qui concerne le casting de John Travolta, une star certes, mais une star fraîchement sortie de rom-com musicales couleur rose bonbon. Et pourtant, voilà un film qui ne démérite pas, culte jusqu’à ce jour, un des meilleurs de son auteur selon beaucoup de ses afficionados.

Le film démarre avec une séquence fortement sexualisée que l’on voit à travers une vitre, avec, sous une lumière rouge explicite et assez caractéristique, une bande de copines dévêtues et très joueuses. Leur voisine de chambre, une jeune étudiante, tente vainement de faire régner le calme. Un homme s’intercale entre le spectateur et les ébats qui se déroulent de l’autre côté de la vitre, un concierge quelconque qui profite d’une vue excitante ; puis un autre homme arrive derrière ce dernier, un poignard à la main, le trucide et prend sa place à la fenêtre. Tout ce cirque assez kitch finit par une scène où une des jeunes femmes, nue sous la douche, se fait poignarder et son cri d’effroi qui s’apparente davantage à un bêlement de série Z résonne comme une mauvaise blague.

Cette séquence sous forme de pré-générique est en fait un film dans le film sur lequel Jack Terri, le protagoniste (John Travolta), travaille comme ingénieur du son. Elle pose déjà les thématiques et les références chères à De Palma. En ce qui concerne les thématiques, il s’agit évidemment du voyeurisme, un triple voyeurisme ici du spectateur qui regarde un meurtrier qui regarde un brave concierge qui reluque des filles nues par la fenêtre. Puis, une double référence à Hitchcock encore et toujours, le maître absolu du cinéaste, avec et la scène de la douche de Psychose, et les fenêtres de Rear Window (Fenêtre sur cour) concentrées sur quelques minutes. Un film de série Z, filmé à la truelle comme pour s’en moquer, comme pour permettre à De Palma de prendre ses distances avec un cinéma de genre auquel on le cantonne désormais, mais un film qui contient presque tous les codes de Blow Out.

Jack est donc preneur de son. Un soir, déployant son matériel à la manière d’un chef d’orchestre ou d’une sorte de maître du jeu, alors qu’il partait enregistrer de nouveaux sons pour son ami réalisateur Sam, il entend le bruit d’une explosion puis du crissement des pneus d’une voiture qui quitte la route. Le temps d’arriver sur les lieux, la voiture défonce le parapet et tombe dans l’eau. Jack saute à l’eau parvient à sauver la passagère, mais pas le conducteur. Il apprendra à l’hôpital que la victime de l’accident est un candidat à la présidence et que la passagère n’est pas sa femme. En réécoutant son enregistrement, il va débusquer différents sons qui n’étaient pas censés être là. Jack est alors pris d’une frénésie paranoïaque à tenter de prouver que l’accident était un meurtre politique, et que sa vie et celle de Sally, la passagère (Nancy Allen, alors épouse du cinéaste), étaient en danger s’il ne rendait pas publiques ces preuves. L’intérêt de De Palma pour la politique n’est jamais bien loin.

Blow Out est un bien sûr un film haletant truffé d’un suspense compliqué encore par une histoire de meurtres en série. Mais il n’est pas que ça. En filigrane, on peut sentir cette envie du cinéaste de faire quelque chose de différent, sortir des sentiers battus, avec notamment une utilisation de ses personnages à contre-courant de ce qu’on attend de lui. Le personnage de John Travolta avec ses idées conspirationnistes a tout sur le papier de l’exalté romanesque, mais l’acteur lui amène un jeu très plaisant et une sorte de pondération très convaincante, un jeu sans aucun cabotinage entre amusement et gravité. Nancy Allen et John Lithgow, un autre personnage-clé du film, sont également remarquables. Contrairement à « Colocs en furie », le film dans le film, et contrairement à Pulsions, Blow Out joue la carte de la chasteté, alors que l’attirance entre les deux personnages est patente. Il se positionne au contraire sur des sujets très différents, le rôle de l’image, la punition subie par les hommes (celui qui trompe sa femme, le héros qui joue avec le feu avec sa soif de vérité, etc.)

Le film est inventif, à l’image de ces cinq panoramiques successives, véritablement étourdissantes, dans une pièce où Jack découvre qu’on a effacé toutes ses bandes. La photographie de Vilmos Zsigmond est belle, réveillée régulièrement par des prises de vue en double focale, alors en vogue dans ces années-là. Des prises de vue troublantes, totalement cohérentes avec le postulat du cinéaste qui consiste à montrer à la fois l’illusion et la vérité du médium cinématographique manipulable à l’excès, ainsi qu’on voit John Travolta le faire en créant un véritable film à charge pour la thèse qu’il défend,  avec d’une part ses propres prises de son, et d’autre part les clichés pris par un photographe présent sur les lieux rassemblés en un  document précis sur le déroulement de l’accident et du possible coup de feu. (On ne peut évidemment s’empêcher de penser au célèbre film muet de Zapruder qu’un certain Dr Randolph Robertson s’est évertué à coupler avec l’enregistrement sonore de la police pour un nouvel éclairage sur l’assassinat de JFK…)

Le film de De Palma finit là où il a commencé, ou presque. Mais comme souvent chez le cinéaste, les héros auront perdu leurs illusions, la punition frappe tous azimuts, et le cinéma est le grand gagnant. Car, plus encore que le Blow-up d’Antonioni, une autre référence affichée du film, Blow Out explose littéralement quant à sa prise en compte du rôle de l’image (et du son) dans la recherche de la vérité.

A voir à la Cinémathèque Française le 31/05 à 21h15, le 14/06 à 21h30 et le 22/06 à 19h

Blow Out– Bande annonce

Blow Out – Fiche technique

Titre original : Blow out
Réalisateur : Brian De Palma
Scénario : Brian De Palma
Interprétation : John Travolta (Jack), Nancy Allen (Sally), John Lithgow (Burke), Dennis Franz (Manny Karp), Peter Boyden (Sam), Curt May (Donahue)
Musique : Pino Donaggio
Photographie : Vilmos Zsigmond
Montage : Paul Hirsch
Producteurs : George Litto, Fred C. Caruso
Maisons de production : Cinema 77, Geria, Filmways Pictures, Viscount Associates
Distribution (France) : UGC Distribution
Budget : 18 000 000 USD
Durée : 108 min.
Genre : Thriller
Date de sortie : 17 Février 1982
États-Unis – 1981

Perfect Blue de Satoshi Kon, premier coup d’éclat d’un maître de la japanimation

Parmi les ressorties immanquables du mois de mai se trouve Perfect Blue. Une œuvre d’une maîtrise folle qui plonge le spectateur dans un cauchemar inattendu et qui fait entrer son auteur, Satoshi Kon, dans le panthéon de l’animation japonaise.

perfect-blue-satoshi-kon-mimaPerfect Blue commence comme un film de Sentai avec ces guerriers colorés affrontant un monstre extraterrestre. Dès le début Satoshi Kon nous met sur une fausse piste. Il n’est évidemment pas question de combattants dotés de super pouvoirs dans Perfect Blue mais d’une idol qui se reconvertie en actrice.  Le cinéaste japonais nous plonge dans le monde kawaii de la J-Pop et de ses chanteuses attirant les foules à l’aide de tenues légères et de chansons entraînantes.  Un univers coloré où retentit le morceau des Cham « Angel of Love » mais dans lequel une part d’ombres s’immisce également. Un côté sombre qui va s’agrandir alors que Mima, la leader charismatique du groupe, décide d’arrêter la chanson pour se consacrer à une série télévision. Forcément cette décision ne va pas plaire à tous les fans, et notamment un mystérieux vigile à l’allure plus que creepy qui semble prendre très à cœur le rôle de garde du corps de Mima. Alors que Mima commence à prendre du galons dans la série télé, des événements étranges et funestes vont avoir lieu.

S’il y a quelque chose que Satoshi Kon adore, c’est bien triturer les méninges de ses spectateurs. On se rappelle de sa série Paranoia Agent ou encore de Paprika qui aura servi d’inspiration majeure à Christopher Nolan pour son Inception, mais dès son premier film, le japonais montre une maîtrise inégalée dans le domaine de la manipulation. Si on est familier de la japanimation des studios de Ghibli, on risque de se trouver très déstabilisé par Perfect Blue. Derrière ses premières apparences plutôt mignonnes, le long-métrage de Kon va très vite se muter en un cauchemar paranoïaque. Puisant dans le cinéma de Brian De Palma et d’Alfred Hitchcock, Perfect Blue va s’amuser à tisser lentement une toile schizophrénique prenant la pauvre Mima au piège. L’intelligence de Satoshi Kon se manifeste dans la façon dont le cinéaste va distiller son climat anxiogène. En incorporant des éléments au compte-gouttes, en commençant par un site très renseigné sur la vie privée de la jeune femme, Satoshi Kon fait entrer le spectateur dans cette ambiance terrifiante au même rythme que le personnage de Mima.

Le fait que Mima soit devenu une actrice dans une série télé policière va permettre au réalisateur de complètement redistribuer les cartes entre réalité et fiction. Perfect Blue va gommer les barrières entre les deux. Il devient difficile de discerner la réalité du film et « le film dans le film ». La mise en scène manipulatrice de Satoshi Kon nous fait croire à ce que l’on voit avant de nous l’arracher sous le pied avec un grand « COUPEZ ». Le réalisateur nippon va pousser le vice de plus en plus loin, réutilisant le nom de Mima pour désigner l’alter ego de son personnage dans la série Double Bind. Le cauchemar schizophrénique se fait de plus en plus épais et se manifeste à Mima par son image de l’ancienne « elle », celle restée idol de la pop. Au travers des vitres et miroirs, le reflet de l’ex-popstar se fait menaçante, rappelant la gloire passée et dénigrant sa nouvelle vie, l’accusant de trahir ses fans et son image. Satoshi Kon questionne ici la reconversion de ces idols japonaises, starlettes érigées en véritables héroïnes par leurs admirateurs. Des reconversions qui peuvent engendrer des dérives quand on observe la dédication des fans pour eux. On se souvient de la mort de hide, la star du groupe de Visual Kei X Japan qui a poussé au suicide un certain nombre d’aficionados du groupe. En réutilisant ces impacts réels, le mangaka crée un thriller machiavélique où l’angoisse s’intensifie au fur et à mesure que la carrière de Mima prend un tournant de plus en plus large. Scène de viol à la télé, photoshoot dénudé, l’innocente et jeune Mima laisse place à une femme essayant de s’imposer dans un nouveau monde. Le merchandising pervers autour de Mima entraîne un sentiment d’appropriation de la part de ses fans et de l’industrie. Alors que Mima essaye d’échapper à cette emprise de produit marketé, cette dernière la rattrape de manière effrayante.

Le jeu de miroirs qui agit comme le fil conducteur du long métrage va surtout imprégner la mise en scène de Satoshi Kon. Alors que le film prend au départ des apparences familiales jouant avec des personnages de la culture populaire, adorés des enfants, et le mouvement de la J-Pop, véritable phénomène au pays du soleil levant, Perfect Blue démarre sous de belles hospices. L’animation va elle-aussi dans ce sens, un univers coloré, certes un peu saccadé, mais témoin d’une aura plutôt festive. Un petit bonbon à l’image de la musique catchy des Cham.  Mais ce bonbon va très vite se transformer en champignon hallucinogène. Les mélodies accrocheuses laissent place à une partition sinistre accompagnée d’une mise en scène qui se fait beaucoup plus labyrinthique, nous transportant dans les méandres de l’esprit torturé de Mima. L’horreur prend définitivement le pas, une horreur intangible qui, malgré quelques sursauts sanguinaires, se fait surtout psychologique. En seulement 1h21, Satoshi Kon s’est imposé comme un grand nom de la japanimation. En faisant ses armes en compagnie de l’auteur d’Akira, Katsuhiro Otomo, on peut dire que l’élève a rattrapé le maître. Perfect Blue s’élève sur les sommets de l’animation avec cette œuvre complexe au déroulé indéniable, aux couches multiples. Du travail d’orfèvre qui va tracer le chemin d’une trop courte filmographie absolument passionnante.

Perfect Blue – Bande-annonce :

Perfect Blue – Fiche Technique :

Titre original : Pafekuto Buru
Réalisateur : Satoshi Kon
Scénario : Sadayuki Murai, d’après l’oeuvre de Yoshikazu Takeuchi
Doublage : Junko Iwao (Mima), Rica Matsumoto (Rumi), Shinpachi Tsuji (Tadokoro), Masaaki Ôkura (Me-mania)…
Photographie : Hisao Shirai
Animation et effets visuels : Hiroyuki Morita
Musique : Masahiro Ikumi
Société de production : Mad House Ltd, Rex Entertainment
Société de distribution de la reprise : Splendor Films
Genre : thriller
Date de première sortie en France :  8 septembre 1999
Date de reprise : 9 mai 2018
Durée : 81 minutes

Japon – 1997