Je vais mieux : Jean-Pierre Améris renoue avec le burlesque tendre des Emotifs anonymes

Le mal du siècle est le prétexte qui sert à Jean-pierre Améris, dans son nouveau film Je vais mieux, pour détricoter les insécurités d’un doux personnage à la limite de l’onirique et qui finit par se frotter aux bornes de la réalité.

Synopsis : Un quinquagénaire est victime d’un mal de dos fulgurant. Tous les médecins, les radiologues et les ostéopathes du monde ne peuvent rien pour lui : la racine de son mal est psychologique. Mais de son travail, de sa femme ou de sa famille, que doit-il changer pour aller mieux ?

La thérapie du bonheur

Je vais mieux, le dernier métrage de Jean-Pierre Améris est encore un nouvel exemple de l’importance capitale des acteurs dans la production d’une œuvre cinématographique. Car voilà une histoire usée jusqu’à la corde, et pour continuer de filer la métaphore cordière, les ficelles du scénario sont tout de même assez visibles.

je-vais-mieux-jean-pierre-ameris-film-critique-eric-elmosnino-couple-amisEt pourtant, on prend du plaisir à suivre les tribulations de Laurent (excellent Eric Elmosnino), un architecte prospère soudain atteint de la maladie chronique du siècle : le mal de dos. Tout y passe, la psychologie de bas étage qui essaie de donner vie à l’expression « en avoir plein le dos », la médecine parallèle dont le cinéaste se moque gentiment, les gros règlements de compte censément libérateurs…Eric Elmosnino a toujours été inclassable, avec ce je ne sais quoi qui fait que tout en épousant parfaitement ses rôles, l’acteur, voire l’homme ne disparaît jamais vraiment, avec sa sorte de fausse fragilité qui entoure le personnage. Il porte ici le poids d’un film qui aurait pu n’être qu’une comédie française de plus en apportant une subtilité dans le traitement de ce personnage accablé de partout.

je-vais-mieux-jean-pierre-ameris-film-critique-alice-polComme dans les Émotifs anonymes en particulier, Jean-Pierre Améris a cette facilité à aller chercher la deuxième couche de ses personnages, celle qui est plus enfouie, plus intéressante. Ainsi, par exemple, les parents de Laurent, un couple hyper standard qui ne sait pas se dépêtrer de ses habitudes, incapable selon son fils de considérer ce qui est extérieur à sa communauté très réduite. Là où, chez Valérie Lemercier (Marie-Francine), un tel couple est tonitruant, avec une Marie-Hélène Vincent et un Philippe Laudenbach toujours à la limite de l’excès, ici, les personnages incarnés par Lise Lamétrie et Henri Guybet sont peut-être d’autant plus pernicieux qu’ils s’expriment en demi-ton, proférant les gags et les vacheries avec l’attitude presque torve de Monsieur tout le monde. De même, Alice Pol, insupportable chez  Dany Boon (Raid dingue) est transformée ici, posée, sensible mais drôle, sensuelle même.

je-vais-mieux-jean-pierre-ameris-film-critique-eric-elmosnino-henri-guybetBien que prévisibles donc, les différentes situations décrites dans Je vais mieux ne sont jamais vraiment gratuites. Le cinéaste apporte toujours une touche de légère critique sociale, dans le milieu du travail avec les relations personnelles compliquées de ceux qui aiment ou qui détestent Laurent, avec l’influence de leur comportement sur son avenir professionnel, le milieu médical pas toujours en empathie avec l’angoisse des malades, le milieu familial ou amical tout en faux-semblants. Et surtout, le comique proposé par Jean-Pierre Améris dépasse la comédie franchouillarde du moment au mieux pas drôle, et au pire franchement vulgaire. Il y a toujours de la tendresse dans les scènes, et le burlesque cache toujours une fêlure, une insécurité…

Je vais mieux n’est certainement pas la révélation du siècle, ni même le film le plus original de la semaine, mais avec son langage particulier tout en délicatesse, il est bien plus qu’un feel good movie kleenex qu’une autre comédie chasserait vite bien fait dès la semaine suivante. Son affiliation avec David Foenkinos, du roman éponyme duquel Je vais mieux a été librement inspiré,  rajoute encore un sou dans le crincrin d’un certain décalage.

Je vais mieux – Bande annonce

Je vais mieux – Fiche technique

Réalisateur : Jean-Pierre Améris
Scénario : Jean-Pierre Améris, d’après l’œuvre de David Foenkinos
Interprétation : Eric Elmosnino (Laurent), Ary Abittan (Edouard), Judith El Zein (Elise), Alice Pol (Pauline), François Berléand (Audibert), Henri Guybet (Le père de Laurent), Lise Lamétrie (La mère de Laurent), Valentine Cadic (Alice)
Photographie : Matthieu Poirot-Delpech
Montage : Anne Souriau
Musique : Quentin Sirjacq
Producteurs : Dominique Farrugia
Maisons de production : EuropaCorp, Coproduction : France 3 Cinéma, EuropaCorp Television
Distribution (France) : EuropaCorp Distribution
Durée : 86 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 30 Mai 2018
France – 2017

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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