Présenté en Compétition officielle, le nouveau film de Mario Martone – Nostalgia – est une odyssée lancinante sur les vestiges d’un passé qui ne passe pas. Hélas, un peu (trop) déjà vue pour convaincre totalement.
A la recherche du temps perdu
S’il était encore de ce monde, Marcel Proust n’aurait sûrement pas renié Nostalgia. Ce dernier explore, en effet, les méandres du temps perdu. Exilé depuis 40 ans à l’étranger, et habitant du Caire, Felice (Pierfrancesco Favino) revient à Naples, la ville de son enfance. Le personnage retrouve une ville quasi inchangée. Il revoit sa mère (qui elle a bien changé). Contre toute attente, alors que le voyage ne devait durer que quelques jours, Felice est submergé par les souvenirs qui lui renaissent en mémoire. Naples est la nouvelle Combray moderne. La madeleine de Proust prend ici la forme d’une moto. Felice reprend littéralement le chemin de son adolescence. Le souvenir vient se superposer à la fiction. Deux temporalités se font face et s’affronte, entre le passé (faussement) idyllique et le présent nostalgique.
Felice éprouve une nostalgie aussi bien présente que passée. Le personnage est confronté à la nouvelle délinquance qui gangrène Naples, lui qui, plus jeune, était le roi des casse-cous (et des 400 coups), avec son ami Oreste Spasiano. Le héros est loin de se douter que ce dernier est devenu le Don Vito Corleone de la ville. Cette dernière vit sous la coupe mafieuse de ce parrain qui se balade en jogging à la nuit tombée. Felice se retrouve englué dans une autre bataille. Le prêtre Luigi Rega (Francesco Di Leva) est entré en croisade contre le « Malommo » (alias Oreste Spasiano).
L’homme de Dieu tente, comme il le peut, de rallier la jeunesse à sa cause, en faisant de l’église de Naples une sorte de MJC, censée sortir les jeunes de la rue et de ses trafics. Ce personnage (campé avec force par Francesco Di Leva) est peut-être le plus intéressant du film – du moins est-il celui qui met un peu de beurre dans les épinards. Car Nostalgia souffre d’une mise en scène lancinante, qui peine à faire décoller une intrigue, sonnant (hélas) le triste déjà-vu.
La nostalgie n’est plus ce qu’elle était
Évoquer le retour au pays d’un homme depuis longtemps parti constitue une topique largement exploitée par le cinéma d’hier et d’aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne. Le septième art est, au fond, un art de la redite (à l’instar peut-être de tous les autres). Il importe peu qu’on raconte la même chose si cette « chose » en question est évoquée de façon nouvelle. C’est là que la mise en scène prend toute son importance. Malheureusement, celle de Nostalgia patine un peu. La (re)découverte de la ville par Felice prend du temps (et c’est tant mieux). La lenteur permet de faire ressentir au public les bouleversements socio-économiques qui se sont emparés de la cité napolitaine. Cette arrière-fond politique laisse ensuite la place à la véritable « intrigue » du film.
Felice est détendeur d’un secret qu’il lui serait fâcheux d’avouer à la face du monde (s’il veut rester en vie). La vie du héros prend une tournure dangereuse lorsqu’il se rapproche du Padre Luigi Rega, qui voit en lui un exemple de réussite pour les jeunes du quartier. Felice est dans le viseur des hommes du « Malommo » qui le somment de quitter la ville. Mais le héros est bien décidé à rester. Il souhaite régler ses comptes avec le passé, et met alors tout en œuvre afin de rencontre Oreste, convaincu qu’il est resté le même.
Une mise en scène décevante au service du déjà-vu
La « nostalgie n’est plus ce qu’elle était » disait Simone Signoret. Nostalgia réactive l’adage de la comédienne. Felice est un homme naïf, trompé par une nostalgie qui lui fait perdre quelque peu la raison. Le personnage vit hors du monde et croit pouvoir régler les choses à coups de pardons tardifs. Oreste est plus cynique (et peut-être aussi plus sage). Deux visions et deux mondes s’opposent. Felice croit pouvoir (faire) revivre le passé. Le personnage est, d’une certaine façon, convaincu que le temps perdu n’est jamais vraiment mort. Il suffit d’aller le chercher. Oreste n’est pas du même avis. Pour lui, le passé est passé. Il n’existe pas (ou plus). Le « Malommo » n’est pas dupe. Il sait que les racines de la nostalgie de son amie d’enfance sont – en réalité – gangrénées par la honte et la culpabilité. Or, on n’efface pas un crime (malgré toute la bonne volonté du monde). Pas plus qu’on ne demande pardon quarante ans après les faits. Mais alors, à qui la faute ? Felice est-il coupable de sa fuite en avant ? Peut-on échapper à son propre passé (et présent) ?
Le film pose des questions existentielles qui auraient mérité d’être traitées autrement qu’à travers les grilles d’une intrigue trop prévisible. Dès le départ, on sait comment tout cela finira (mal, en somme). Cela gâche un peu notre plaisir de spectateur.trice avide de mystères et de surprises. Bien que l’histoire initiale ne soit pas nouvelle, la mise en scène n’en renouvelle pas les codes et les scènes attendus. Les retrouvailles entre la mère et le fils, et Felice et Oreste manquent d’ampleur. La binarité positif-négatif qui caractérise le gentil Felice et le méchant Oreste paraissent trop faciles pour ne pas agacer le public. Le personnage du prêtre nous préserve de l’ennui. Par son espoir, et l’immensité de sa quête, il réjouit le public, en sauvant (un peu) l’ensemble.
Le film Nostalgia est présenté en compétition au Festival de Cannes 2022.
Nostalgia : bande annonce
Nostalgia : fiche technique
Scénario et réalisation : Mario Martone
Interprètes : Pierfrancesco Favino, Francesco di Leva, Tommaso Ragno
Photographie : Paolo Carnera
Montage : Jacopo Quadri
production : Luciano Stella, Maria Carolina Terzi
Société de production : Medusan Picomedia, Mad Entertainement, Rosebud Entertainment Pictures
Société de distribution : ARP Sélection
Genre : drame
Durée : 118 minutes
Italie – 2022
No Zombies : « Le Livre de Lila ». Ce troisième tome de la série
Monte-Cristo : « Le Prisonnier ». Dans un triptyque dont « Le Prisonnier » constitue le premier tome, Jordan Mechner et Mario Alberti prennent le parti de réinventer Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Pour ce faire, ils s’appuient sur le personnage de Sam Castillo, tout juste fiancé à la belle Abigail et promu dans sa société, mais injustement jeté en prison suite à des accusations de terrorisme. Le récit, échevelé, se déploie sur fond de conspiration et comporte une amitié initiatique avec un détenu. L’erreur de Sam a été d’apporter aux États-Unis des lettres en provenance d’Irak, d’être un peu trop menaçant quant aux relations étroites entre son collègue Dalgleish et l’entreprise Greendale, elle-même en cheville avec le général Northrup depuis des contrats d’assistance logistique conclus du temps du Vietnam. « Le Prisonnier » se conçoit dès lors comme la perdition extraordinaire d’un homme ordinaire, lequel fera les frais de la corruption militaro-politique mais aussi, dans une moindre mesure, de la jalousie amoureuse. Dans une Amérique encore caractérisée par la paranoïa post-11 septembre, et très bien restituée par Mario Alberti, Sam Castillo va voir son existence laissée en jachère durant quinze années, avant de reprendre pied. Mais pour quoi faire ?
Dino Park (T.02). Le Dino Park comprend une dizaine d’attractions et est dirigé par un homme d’affaires très soucieux de son portefeuille. Il n’hésite pas à renommer les dinosaures pour des raisons commerciales, à les transformer en animaux-sandwichs arborant des pancartes publicitaires, voire à faire passer leur santé après ses propres intérêts financiers. Ce dernier aspect est matérialisé à l’occasion d’un clin d’œil manifeste à Jurassic Park et à sa séquence du tricératops malade (avec cette désormais fameuse fouille fécale). Ce n’est d’ailleurs pas la seule allusion au chef-d’œuvre de Steven Spielberg. Ce second tome, d’Arnaud Plumeri et Bloz, comporte de nombreuses fiches signalétiques de dinosaures, mais aussi plusieurs dossiers pédagogiques, glissés entre des récits humoristiques à une ou deux planches. Destiné aux enfants, didactique, reposant pour partie sur le comique de répétition (notamment les gags impliquant un stagiaire martyr), l’album ravira les jeunes passionnés de dinosaures avec sa tonalité légère et ses informations distillées de manière ludique. Au programme : un élasmosaure ayant inspiré le monstre du Loch Ness, un microraptor ailé pesant à peine un kilo, un spinosaure capable de poursuivre ses proies de la terre à la mer ou encore un gasosaure au nom pas tout à fait innocent…
The Plot : 1674. « Tout ce qu’ils touchent se transforme en or. Tous ceux qu’ils touchent deviennent poussière. » Cette assertion issue du premier tome de