Films Classiques

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

L’Homme des vallées perdues (1953) de George Stevens : modèles masculins de la Frontière

Entre récit d’apprentissage, réflexion sur la violence dans une société embryonnaire, et triangle amoureux à bas bruit, L’homme des vallées perdues (Shane) ne répond guère aux canons du western traditionnel. Face à la chaîne Teton, dans le Wyoming, l’âpre conflit entre éleveurs et colons gâte la magnificence des paysages. Dans ce monde ouvert et qui se cherche encore, à l’instar du jeune Joey qui est irrésistiblement attiré par la brutalité des hommes, surgit un cavalier solitaire dont on ne sait rien. Vestige d’un passé violent en voie de disparition, il se mue paradoxalement en berger qui protègera les brebis de la future civilisation.

Yi Yi : un portrait symphonique

Vingt-cinq ans après sa sortie, "Yi Yi" d’Edward Yang demeure un chef-d’œuvre bouleversant sur la famille, le deuil, le temps qui passe et la quête de sens. À travers une mise en scène d’une rare délicatesse, le cinéaste taïwanais signe un récit choral d’une humanité profonde, reflet d’une société en mutation. À (re)découvrir dans sa somptueuse restauration 4K.

Naïs : l’amour d’azur de Marcel Pagnol

Dans "Naïs", Marcel Pagnol réinvente la nouvelle sombre de Zola en une œuvre lumineuse et poignante. Sur fond de Provence ensoleillée, l’amour devient un acte de résistance sociale. Grâce à Fernandel, Jacqueline Bouvier et Raymond Pellegrin, ce drame romantique explore les thèmes de l’émancipation, du déterminisme et de la tendresse silencieuse. À redécouvrir en salle dans une version restaurée en 4K.

Cigalon : l’amuse-bouche de Marcel Pagnol

Œuvre singulière de Marcel Pagnol, "Cigalon" raconte l’histoire d’un cuisinier orgueilleux refusant de servir ses clients dans un petit village provençal. Portée par l’exubérance d’Alexandre Arnaudy, cette comédie restaurée en 4K mêle humour grinçant, joutes verbales et satire des travers humains. Un délice à (re)découvrir en salle.

Merlusse : le Noël oublié de Marcel Pagnol

Film de Noël méconnu de Marcel Pagnol, "Merlusse" explore la solitude et la bienveillance dans un internat marseillais vidé pour les fêtes. Entre huis clos intimiste, dialogues ciselés et chaleur humaine, Pagnol livre un hommage touchant aux figures éducatives de l’ombre. Restauré en 4K, ce récit sobre et profond mérite une nouvelle attention.

Rendez-vous : quand elle l’enlace dans ses bras de cendres

Sortie en plein cœur des années 80, premier grand rôle de Juliette Binoche, prix de la mise en scène au Festival de Cannes, "Rendez-vous" d’André Téchiné est un film qui est un poison pour tous les protagonistes du long métrage. Entre conquête difficile de la vie de bohème, érotisation du corps malmené, vie rêvé, voici une œuvre particulièrement imprégnée par la notion d’auteur, où les suicidaires sont humiliant et fantomatique, et où les vertueux ne le sont plus à moyen terme. Le désir de la chair peut déclencher une frustration. La frustration, une obsession. Et l’obsession, une déperdition.

Les Maîtres du Temps : le vide et l’infini

Film d’animation culte de René Laloux & Mœbius, "Les Maîtres du Temps" est un space opera visuellement fascinant, entre poésie graphique et science-fiction rétro.

A Scene at the Sea : le silence symphonique

Premier film de Takeshi Kitano où ce dernier n’apparait pas en tant qu’acteur, "A Scene at the Sea" préfigure ce qu’il y aura dans certains autres de ses films poétiquement embellis où une part d’enfance et de grand rêve prédomine et où la simplicité du propos se marie avec des visuels particulièrement épurés et biseautés. Le silence favorise la méditation. Le handicap permet une œuvre profonde et authentiquement touchante. Les deux protagonistes principaux ont beau être muet, leur alchimie agit comme une symphonie.

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« Amériques » : avant que Lafayette ne devienne une légende

Avant l’Hermione, avant le héros célébré des deux côtés de l’Atlantique, il y eut La Victoire et une première traversée clandestine. Avec Amériques, Esther Gil et Laurent Paturaud racontent cette aventure française dans la guerre d’Indépendance américaine en déplaçant légèrement le regard : Lafayette est là, mais le véritable guide se nomme Charles-François du Buysson.

« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe » : un pied à Wall Street, l’autre sur les rails

Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour referment leur diptyque sur Newland Arrow, héritier de la haute finance new-yorkaise qui persiste à préférer aux salons bourgeois la poussière des trains et la compagnie des hobos. Une belle idée de personnage, une Amérique saisissante, mais un second volume qui avance parfois un peu trop vite.

Montefiore : le carcan familial

« - Est-ce que tu savais que « famille » venait du dialecte primitif du centre de l’Italie ? - Et ça y est… C’est reparti avec les théories… - C’est dérivé du mot « famel ». Et « famel » dans ce dialecte, ça veut dire « esclave ». Étymologiquement, la famille, c’est l’ensemble des esclaves qui vivent sous le même toit. - Hahaha ! - N’importe quoi !! - Alors que « tribu » ça vient du sanskrit, d’un mot qui veut dire « naissance ». Avouez que ça a plus de gueule… »

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« Les 400 coups » : l’école, cette drôle de fabrique à souvenirs

De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.