Les éternels personnages secondaires du cinéma français

Et si les Minions avaient été d’éternels seconds rôles ? Et si C-3PO avait volé la vedette à Anakin en prenant lui-même le pouvoir ? Les personnages secondaires sont des adjuvants du héros, parfois des méchants qui rendent l’histoire plus poignante, le héros plus héroïque. Mais dans le cinéma français bien souvent, et particulièrement dans les films choraux dont notre hexagone est friand, beaucoup d’acteurs sont relégués à être d’éternels seconds rôles. On en a même inventé un César du « Meilleur acteur-trice dans un second rôle » souvent remis à des acteurs/actrices qu’on aurait voulu voir sacrés Meilleurs acteurs-trices.

2e place 

Jacques Villeret hier, Alban Ivanov aujourd’hui… Les seconds rôles dans le cinéma français sont souvent comiques. C’est que nous avons la dent dure et avons du mal à voir un acteur changer de registre tout simplement. Ainsi, ces dernières années, Alban Ivanov s’est éternisé dans les seconds rôles, tous un peu les mêmes, le petit rigolo en arrière fond. On se souvient notamment de ses prestations  de petit « loser magnifique » comme on se plait à les appeler dans La vie scolaire, Le sens de la fête, Une Belle équipe, Hors normesSauf qu’au bout d’un moment ça tourne en rond. Difficile en effet de démêler la profondeur et l’intérêt de tous ces rôles. On se prend même à se dire « ah tiens, ce serait pas Alban Ivanov ? » (voir pour ça le film à sketchs Selfie). Le voilà peut-être condamné à l’image d’un François Damiens (avec le célèbre rôle qu’il a tenu dans L’Arnacoeur aux côtés de Romain Duris) avec Les Cow-boys et Suzanne, à faire son coming-out dramatique pour évoluer à l’écran. Cependant, ce dernier est revenu aux seconds rôles récemment notamment dans Le Prince oublié. Côté féminin, on pense à la tonitruante Laure Calamy dont l’apparition dans La Belle équipe  (tiens tiens comme un certain Alban Ivanov) marquait le paroxysme de ce travail. Elle y était une caricature de ce qu’elle sait le mieux faire en femme soumise s’émancipant peu à peu dans un milieu bourgeois. Elle en faisait beaucoup trop, peut-être pour exister dans ce monde de personnages tous sous-écrits.  Ces seconds rôles-là montrent une incapacité de la comédie française à être absolument drôle par essence ou à la comédie sociale à la Hors normes cherchant à traiter d’un sujet grave de manière légère. Le second rôle devient alors l’élément comique, le gimmick éternel. Il n’est pas là en tant que personnage mais presque comme le bouffon du roi.

Notre patrimoine

François Berléand a aussi cette fonction dans de nombreux films depuis son rôle dans Les choristes, le fameux « pion, pion, pion, pion, pion ». Preuve aussi que certains « éternels » seconds rôles tiennent des fonctions d’accompagnement de l’intrigue ou du héros. On pense notamment à son rôle dans Le Concert en tant que directeur du théâtre du Châtelet. Sa prestance donne toute sa saveur au rôle, sans en faire trop ni pas assez. On peut ainsi noter sa présence dans Au revoir les enfants ou encore Ne le dis à personne. Dominique Besnehard dans un autre registre encore se fait aussi la joie de quelques apparitions, notamment en éditeur dans le choral Casse-tête chinois. Mais d’ailleurs qui jouait la mère de Jacques Mesrine dans le film avec Vincent Cassel ? Myriam Boyer, une autre habituée des seconds rôles. On pourrait penser à beaucoup d’autres figures notamment la réalisatrice de Camille Redouble dans lequel elle s’est donnée le premier rôle mais que l’on voit apparaître dans de nombreux autres en figures secondaires : Noémie Lvovsky. Dans L’Apollonide, 17 filles ou encore Les Adieux à la reine. Un personnage de lien, metteur en scène parfois aussi. C’est le cas dans L’Apollonide où la hiérarchie entre premier et second rôle n’existe plus vraiment puisque nous sommes face à un film collectif, entier où chaque rôle repose sur l’autre, à égalité. On y retrouve d’ailleurs l’actrice Adèle Haenel. Si elle n’a pas souvent été second rôle puisque dès son (presque) tout premier rôle dans Naissance des pieuvres elle était aux commandes du rôle numéro 1, à égalité avec  Pauline Acquart alias Marie. D’ailleurs d’égalité il est aussi question dans le dernier film d’Adèle Haenel : Portrait de la jeune fille en feu. Le film met en scène ses personnages à l’économie, sans nulle besoin de faire appel à pléthore de comédiennes. On a du mal ensuite (même si l’histoire d’amour en met deux en avant) à hiérarchiser les quatre personnages féminins qui peuplent ce film de regards bienveillants. Si on lorgne du côté américain le très Netflix Marriage story met également en scène des personnages secondaires à hauteur des personnages principaux avec la superbe Laura Dern aux côté des premiers  Johansson  et Adam Driver (d’ailleurs premier ou second rôle dans Star Wars ?)… La voilà avocate, lien, metteur en scène du divorce de ces deux protagonistes pris dans la spirale du désamour.

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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