Underwater, de William Eubank : sous-Alien des profondeurs

C’est bien connu, dans l’espace, personne ne vous entend crier. Sous l’eau non plus. Underwater, qui voit l’affrontement entre Kirsten Stewart et des bestioles, prend bien vite des allures d’Alien sous l’eau. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Underwater commence par une scène qui fait peur.
Non pas peur comme dans un film d’horreur réussi qui nous maintiendrait dans nos petits souliers.
Non : la scène fait peur parce que l’on y voit déjà tous les défauts qui, on le craint, ne pourront que se répéter tout au long des 95 minutes de ce film.

Les spectateurs viennent donc juste de découvrir, dans une station sous-marine de forage, une jeune Kirsten Stewart qui doit, dès les premières minutes du film, faire face à ce qui semble être un tremblement de terre qui va sérieusement endommager la station. Du coup, voilà notre protagoniste, bientôt rejointe par un autre personnage, en train de courir comme des dératés dans les couloirs de la station, histoire de se mettre à l’abri en fuyant les explosions qui surgissent de partout.

La scène montre d’emblée deux défauts rédhibitoires. Tout d’abord, n’ayant pris le temps ni de présenter les personnages, ni d’implanter l’ambiance, la réalisation échoue lamentablement à créer une forme de suspense autour du destin des deux protagonistes présents à l’écran. Confondant vitesse et précipitation (ce qui sera confirmé à plusieurs reprises dans l’ensemble du métrage), William Eubank doit sans doute penser qu’instaurer une atmosphère et développer des personnages, c’est de la perte de temps…

Et du temps, il n’en a pas à perdre ! 95 minutes (génériques compris) pour un film qui mélange allègrement Alien, Abyss et The Mist, avec peut-être une pointe de Cloverfield, c’est peu. Nous aurons donc droit à des éléments pris à droite et à gauche et assemblés pour former un film. Le plan d’ouverture, qui nous montre les couloirs vides de la station, ressemblent tellement à ceux qui ouvrent Alien qu’on s’attendrait presque à voir les caissons où dorment les spationautes. Les naufragés des fonds marins pris dans leur station assaillie par des formes inconnues, ça rappelle le film de Darabont.

L’un des problèmes majeurs de ce film, c’est que jamais, au grand jamais, il n’y a la moindre surprise. Tout a déjà été vu et revu. L’organisation d’Underwater respecte scrupuleusement un cahier des charges, avec ses faux suspenses, les personnages qui vont mourir les uns après les autres (un par séquence, si possible), son boss final et l’inévitable scène du sacrifice dans le but de sauver ses petits camarades. Rien ne nous est épargné.

Enfin, le dernier défaut principal, c’est l’incapacité qu’a le cinéaste de filmer des scènes d’action lisibles. La caméra tremblotante, les ralentis tout moches pendant que les corps sont emportés par les explosions, l’absence de repères spatiaux et de nombreux problèmes visuels rendent les scènes d’action d’une laideur rare.

Et pourtant, il y a de bonnes idées de mise en scène qui affleurent, de temps à autres. D’abord, le fait de jouer avec la lumière. L’ensemble d’Underwater se déroule dans une très faible luminosité. Cela permet de créer un sentiment d’oppression quasi claustrophobe. Dans les scènes où les personnages découvrent les bêbêtes qui les attaquent, cette faible luminosité parvient même à développer un certain suspense, puisque nous ne parvenons pas à voir correctement et dans son ensemble ce qui surgit des fonds sous-marins. L’arme est cependant à double tranchant : ceux qui s’attendront à voir bien nettement à quoi ressemblent les montres convoqués ici en seront pour leurs frais : ils resteront globalement dans les zones d’ombre.

Enfin, comment ne pas terminer en mentionnant les dialogues, qui oscillent entre le navrant et le ridicule. Bien souvent, on se dit que le film aurait pu être tout aussi compréhensible si les personnages s’étaient tus, et il aurait gagné en qualité.
Du coup, au milieu de tout cela, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Et si l’interprétation est honnête, elle ne peut faire de miracles dans un tel contexte.

Synopsis : suite à un tremblement de terre, les survivants d’une station sous-marine de forage essaient de trouver une solution pour rejoindre la surface. Mais les forages ont réveillé des bestioles inconnues.

Underwater : bande annonce

Underwater : fiche technique

Réalisateur : William Eubank
Scénario : Brian Duffield, Adam Cozad
Interprètes : Kirsten Stewart (Nora), Vincent Cassel (le commandant), T. J. Miller (Paul)
Musique Marco Beltrami, Brandon Roberts
Montage : Todd E. Miller, Brian Berdan
Photo : Bojan Bazelli
Production : Peter Chernin, Jenno Topping, Tonia Davis
Sociétés de production : 20th century fox, TSG entertainment, Chernin Entertainment
Société de distribution : 20th century fox
Genre : fantastique
Durée : 95 minutes
Date de sortie en France : 08 janvier 2020
Etats-Unis- 2020

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1.5

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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