"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.
Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.
Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Fresque cosmique, le film prend de la distance afin de présenter les paysages dévastés, fruit de la folie des hommes, comme une planète hostile colonisée par une civilisation étrange. Loin d’entretenir une vision insensible du malheur des hommes, Werner Herzog s’attarde sur sa cruauté et sa folie, renouant ainsi avec les principes du lointain romantisme allemand.
Vous souvenez-vous de l'incroyable "Seul au monde" sorti en 2000 ? Non ? Dommage, vous avez raté l'occasion de pleurer pour un ballon (et je ne parle pas de la Coupe du monde). Vous vous souviendrez peut-être du plus récent "Premier Contact", de Denis Villeneuve ? C'est peut-être l'écriture et la façon de filmer des extra-terrestres la plus intelligente qu'on ait eue au cinéma. En revanche, difficile de croire que vous avez oublié le sacro-saint "Interstellar", immense chef-d'œuvre intemporel qui a éclipsé la quasi-intégralité des films de science-fiction spatiaux depuis sa sortie. Prenez un peu de ces trois monuments du 7ᵉ Art, prenez un Ryan Gosling au top de sa forme. Bravo, vous venez d'obtenir "Projet Dernière Chance".
Dans les limbes d'un purgatoire fantasy, une princesse guerrière cherche la vengeance et trouve peut-être le pardon. Avec "Scarlet et l’éternité", Mamoru Hosoda signe une œuvre hantée par Shakespeare et les conflits contemporains — belle à regarder, moins convaincante à ressentir.
Martin Scorsese, Sam Raimi, Angelina Jolie, Gal Gadot : autant de personnalités qui se sont frottées de près ou de loin à cette adaptation du classique de James Whale de 1935, "La Fiancée de Frankenstein". Et pourtant à l'arrivée, c'est Maggie Gyllenhaal qui hérite du morceau et se lance à corps perdu dans la bataille quitte à signer une oeuvre malade de sa gestation chaotique mais indéniablement habitée. Un joli paradoxe en somme qui mérite le détour.
Il est toujours agréable de voir un cinéaste prendre un virage radical, à l'opposé de son registre de prédilection. Andrea Di Stefano a construit son cinéma dans la veine du thriller policier — "Paradise Lost", "The Informer", puis "Dernière nuit à Milan", son œuvre la plus aboutie — tout en parsemant ses récits d'une aura romantique entre ses protagonistes. Avec "Il maestro", il change de cap et s'aventure sur le terrain de la comédie italienne, en retrouvant Pierfrancesco Favino pour un road trip à travers l'Italie des années 80.
C’est à travers l’enquête d’un survivant du régime, le journaliste Michael Goldsmith, que nous est conté le règne de Jean-Bedel Bokassa, président puis empereur autoproclamé de la République centrafricaine entre 1966 et 1979. Aujourd’hui quelque peu oublié, cet épisode est pourtant une illustration tragique et cruelle de l’hubris humaine à la sauce africaine.
Pixar signe un film sur le courage de la révolte — et recule au moment de conclure. "Jumpers" est beau, drôle, inventif, porté par une animation somptueuse et un sens du gag qui fait mouche. Mais à force de brouiller ses convictions et de ménager son public, il finit par ressembler au compromis qu'il prétend dénoncer. Une fable écologique généreuse, esthétiquement irréprochable, et politiquement timorée.
Ecrit en quatre jours, le film assume sa part d’improvisation et de libre déambulation dans les franges oubliées et désabusées de la société, de part et d’autre de l’Atlantique. Cette œuvre déroutante, à la lisière de plusieurs genres et à la mise en scène quasi-documentaire, est un des films les plus crus et les plus singuliers d’une carrière pourtant placée sous le signe de l’imprévisibilité.
Le Principe de Wellington de Nathalie Léger : une commande de scénario sur l’aveu devient une enquête vertigineuse sur l’écriture, la vérité et les masques du « je ». Entre anagnorisis tragique, Wittgenstein, Emily Dickinson et imitation des personnages aimés, la narratrice-écrivaine explore les confins du langage et de la fiction, interroge les affres de la création et la culpabilité, et tisse une émouvante apologie de la relation entre frères et sœurs.
« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ?
- Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »
Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.
Dans "Géographie du rap : Villes et scènes en France et aux États-Unis", le géographe Séverin Guillard étudie les signes et lignes de force qui relient les artistes à leurs villes, ainsi que les inégalités qui séparent les scènes locales des centres de l’industrie musicale. De Lille à Atlanta en passant par Paris, représenter un lieu, c’est aussi revendiquer sa place sur un échiquier complexe.
Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.