Rebuilding, l’exode des cowboys errants

Note des lecteurs1 Note
3

Le cinéma présente souvent les cowboys comme des héros solitaires, des hommes en souffrance qui peinent à subsister au sein d’un monde à la dérive. En s’attachant à l’histoire d’un père qui a déjà tout perdu, Rebuilding dresse le portrait de cowboys déracinés, privés de leur terre et de leur raison d’être. Un beau drame qui redonne foi en l’avenir.

Max Walker-Silverman a déjà signé un premier long-métrage, A Love Song, une romance rurale située dans l’Ouest sauvage, qui a été sélectionnée au Festival de Sundance et à la Berlinale 2022. Avec Rebuilding, le réalisateur américain montre à nouveau son attachement aux paysages en tournant au cœur du Colorado, le décor de son enfance. Également projeté au Festival de Sundance, le film a été présenté en compétition au Festival de Deauville 2025.

Dans la lignée de The Rider et Bull, deux drames attachés à la figure du cowboy moderne, Rebuilding nous plonge dans le quotidien d’un homme en quête de sens et de résilience, bien loin des idéaux du rêve américain. 

Périple en terre brûlée

Dès ses premières images, Rebuilding montre le paysage comme un reflet de notre identité. En témoigne le surnom adopté par le personnage principal, Dusty, incarné par un Josh O’Connor à l’honneur cette année (The Mastermind, Le Son des souvenirs). Cette référence à la poussière fait directement écho à la perte de son ranch, détruit par les flammes. Anéanti, Dusty n’a d’autre choix que de renaître de ses cendres pour se reconstruire. Rebuilding s’imprègne ainsi d’un certain état d’esprit américain, fondamentalement attaché à ses racines. Dans cette mentalité, quitter le lieu où l’on a grandi demeure une perspective complexe et écœurante, car seul le décor, familier et sécurisant, offre un sentiment d’appartenance au monde.

L’affection aux plaines du Colorado est bien tout ce qu’il reste à Dusty. Séparé de sa femme, et de sa fille qu’il garde parfois le week-end, il vagabonde en quête de sens et de réconciliation. Il s’installe alors dans un camp de fortune, sur un terrain attribué par l’État pour le relogement de réfugiés. Tout comme Omaha et The New West, également sélectionnés à Deauville, Rebuilding montre l’impuissance des pouvoirs publics américains à secourir les plus démunis, pas même aidés par un système d’assurance habitation en cas de sinistre. Malgré cette situation désespérée, le film porte un beau message de solidarité et d’espoir en l’avenir. À travers une communauté de laissés-pour-compte toujours prête à se serrer les coudes, il nous incite à faire preuve de gentillesse, de bonté et d’entraide pour que la société avance dans la bonne direction.

Le propos parvient à ne pas tomber dans les clichés en déployant un récit lent, mais assez profond. Le choix de contenir les émotions, tout en retenue, n’offre pas de fulgurance dramatique mais n’empêche pas de s’attacher aux personnages. La mise en scène minimaliste adoptée par Max Walker-Silverman, les silences, les regards qui traduisent nombre de questionnements intérieurs renforcent ce traitement épuré. Avec une simplicité naturelle, Rebuilding nous invite à rebâtir ensemble des maisons incendiées et à recomposer des vies brisées. Un geste de cinéma engagé pour colmater les fractures de notre société individualiste.

Bande-annonce – Rebuilding

Fiche technique – Rebuilding

Réalisation : Max Walker-Silverman
Scénario : Max Walker-Silverman
Producteurs : Jesse Hope, Dan Janvey, Paul Mezay
Distribution : KMBO, MK2 Films
Interprétation : Josh O’connor, Lily Latorre, Meghann Fahy, Kali Reis, Jefferson Mays, Amy Madigan…
Genre : drame
Date de sortie : 17 décembre 2025
Durée : 1h35
Pays : États-Unis

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.