Deauville 2025 : Sur la route d’Omaha, la route de l’abandon

Les États-Unis ne sont guère renommés pour leur politique sociale. Le système d’assurance santé, d’indemnisation et d’assistance laisse parfois des individus totalement démunis. C’est cette réalité que dépeint Sur la route d’Omaha, un drame poignant sur un père de famille désespéré qui traverse le pays avec ses deux enfants. Malgré son rythme lent et son récit relativement prévisible, le film, qui a reçu le Prix du Jury, touche par sa sincérité.

Nebraska. Février 2008. Dans l’objectif de réduire le nombre d’avortements, l’Assemblée locale vote la loi « Safe Haven » offrant un havre de paix aux parents en détresse. Elle donne la possibilité de laisser un nourrisson dans un hôpital de l’État, sans s’exposer à des poursuites pénales. Seul problème : la loi, entrée en vigueur le 18 juillet 2008, n’a pas fixé d’âge maximum. S’engouffrant dans ce vide juridique, des parents originaires du Michigan au Georgia ont parcouru les États-Unis pour abandonner leurs enfants. Avant la réécriture de la loi par les parlementaires, en novembre 2008, 35 enfants ont été déposés, parmi lesquels aucun nourrisson.

Premier film de Cole Webley, Sur la route d’Omaha s’empare de ce sujet avec force et simplicité. Grâce à un road trip vers une destination inconnue, il nous embarque dans un voyage au sein des fractures de l’Amérique.

Les enfants de l’Oncle Sam

En pleine nuit, Ella et Charlie sont réveillés en sursaut par leur père. Sommés de prendre quelques affaires essentielles, ils sont embarqués en voiture et conduits sur les routes interminables des États-Unis. Ce qui démarre comme une expérience amusante, sous couvert de vacances improvisées, vire progressivement à l’angoisse. Charlie, encore jeune, se laisse porter sans appréhension. En revanche, Ella ne cesse d’interroger son père : que font-ils ? Où vont-ils ? Ces questions demeurent en suspens.

Entre moments de joie éphémères – dîner au restaurant, course avec des cerfs-volants, balade au zoo – et lente chute aux enfers d’un père qui donne à ses enfants le peu qui lui reste, Sur la route d’Omaha nous touche facilement, sans en faire trop. Au lieu de porter un jugement moral sur le père, il préfère pointer du doigt la désolation de parents contraints de laisser leurs enfants, faute des ressources nécessaires pour s’en occuper. Si en France, on imagine difficilement l’absence d’aide financière et sociale pour soutenir les parents, aux États-Unis, l’abandon semble être la seule et effroyable solution.

John Magaro, déjà remarqué au Festival de Deauville dans Call Jane, LaRoy, Past Lives et The Mastermind, interprète avec beaucoup de sensibilité ce père accablé. Molly Belle Wright est tout aussi impressionnante dans le rôle d’Ella. Sans connaître la destination réelle de ces personnages, ni la loi Safe Haven, le récit s’anticipe rapidement. L’effet de surprise n’est donc pas présent. Cependant, cela n’enlève rien à la sidération que l’on ressent. Bien entendu, c’est pour sa vision d’une société américaine effondrée que Sur la route d’Omaha a été distingué par le Jury. Le thème de la jeunesse se retrouve aussi dans Olmo, deuxième Prix du Jury, et dans The Plague, Grand Prix du Festival de Deauville et Prix de la Critique, qui porte sur le harcèlement scolaire.

Bande-annonce – Sur la route d’Omaha

Fiche technique – Sur la route d’Omaha

Réalisation : Cole Webley
Scénario : Robert Machoian
Production : Sanctuary Content
Distribution : Condor Distribution
Interprétation : John Magaro, Molly Belle Wright, Wyatt Solis, Talia Balsam, Rachel Alig…
Genre : drame
Date de sortie : 22 juillet 2026
Durée : 1h23
Pays : États-Unis

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également...

Juste pour une nuit : jusqu’au bout de l’ennui

Envie de chaos libidinal pendant douze heures dans une Amérique sous couvre-feu sentimental ? Le nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi) propose plutôt un téléfilm sagement filmé, où même Monica Barbaro et Callum Turner peinent à faire des étincelles.

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.