Deauville 2025 : The Plague, les ados à la piscine du diable

Transformation du corps, sexualité, moqueries, isolement, jeux de pouvoir : l’adolescence s’accompagne d’un lot d’épreuves à la fois intimes et sociales. Avec The Plague, Charlie Polinger nous plonge sans ménagement dans une piscine très viscérale du coming of age, où la haine, le harcèlement et la violence attirent des garçons tourmentés vers le fond. Un thriller étouffant, qui fonctionne surtout grâce à son atmosphère sonore anxiogène et sa mise en scène nerveuse.

Diplômé de l’AFI Conservatory de Los Angeles, Charlie Polinger s’est fait remarquer par son court-métrage, A Place to Stay, qui aborde la double vie d’un jeune homme gay au sein d’une société réprimant l’homosexualité. Pour son premier long-métrage, il renonce à la sensibilité mais poursuit son traitement des émotions contradictoires ressenties au sein d’un contexte sociétal hostile. Présenté dans la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes, The Plague a reçu le Prix de la meilleure création sonore.

« L’enfer, c’est les autres »

Dans un campus de water-polo, Ben, un garçon réservé âgé de douze ans, cherche à s’intégrer au sein de sa promotion. En rejoignant une bande menée par Jack, il découvre un environnement cruel, où règnent la peur et les pulsions. Observateur timide, mais pas naïf, Ben assiste au harcèlement sans fin d’Eli, un camarade que le groupe fuit littéralement comme la peste à cause de sa maladie de peau.

The Plague montre ainsi l’adolescence comme une période de transition répugnante. Les changements physiques sont perçus comme des infections contagieuses, les désirs sexuels deviennent une cause de railleries, et la différence une source d’angoisse irrationnelle. Dans la lignée d’Un monde, qui mettait en scène le harcèlement dans une école, le film nous enferme dans un univers clos. La piscine, le dortoir et les couloirs de l’établissement composent une prison effroyable qui attise la perversion de garçons détraqués par leurs hormones. Même l’entraîneur de water-polo, remarquablement interprété par Joël Edgerton (Master Gardener, It Comes at Night) se révèle totalement impuissant pour gérer la situation.

Loin du drame ou de la comédie, genres dominant les œuvres consacrées au passage à l’âge adulte, Charlie Polinger fait de l’adolescence « un enfer d’anxiété sociale », où chacun entretient une peur phobique du jugement des autres tout en affrontant des dynamiques de pouvoir. Pour imaginer ce film très personnel, il s’est inspiré de sa propre expérience et des journaux qu’il tenait lors d’un camp été. Même si The Plague ne cache pas sa référence à Carrie au bal du diable, il joue davantage sur la paranoïa, avec une frontière poreuse entre jeu et réalité, que sur le surnaturel. Cette peste renvoie donc autant à la mise au ban de garçons divergents qu’à une aversion maladive qui se propage comme le feu dans le camp sportif.

Coincé au milieu de ce climat pernicieux, Ben en vient à se détester, puis à haïr l’autre, dans un cycle sans fin de fureur et d’horreur. Le contexte du water-polo n’apporte cependant aucune eau à son moulin. On suppose que ce sport a été choisi à dessein pour favoriser l’exposition des corps en mutation et accentuer l’agressivité des garçons. Du reste, les scènes aquatiques sont plutôt réussies, à tel point que la piscine elle-même semble opprimer les joueurs.

Finalement, ce ne sont pas les thèmes, ni le récit, mais la réalisation très maîtrisée de The Plague qui fascine. L’angoisse déployée à l’intérieur du campus demeure permanente. Entre le bassin, les douches, la cantine, les corridors et les dortoirs, on se sent presque aussi oppressé que dans les couloirs de The Shining. Lorsque la violence surgit, elle s’apparente alors à une délivrance. Le son et la bande-originale participent grandement à l’ambiance étouffante du film. Chaque silence est pesant. Chaque bruit est menaçant. Et on attend impatiemment l’explosion inévitable. Avec ce film de genre redoutablement efficace, Charlie Polinger parvient à marquer les esprits malgré un sujet classique. Une raison suffisante pour se jeter à l’eau sans réfléchir.

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Deauville 2025.

The Plague : fiche technique

Réalisation et scénario : Charlie POLINGER
Interprètes : Joel EDGERTON, Kayo MARTIN
Sociétés de production : SPOOKY PICTURES
Pays de production : Roumanie, États-Unis
Genre : Thriller
Durée : 1h35

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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