Deauville 2025 : Le Son des souvenirs, une vie en musique

Nul besoin d’être mélomane pour reconnaître que musique, temps et mémoire entretiennent des liens intimes. Les chansons qui ont bercé notre jeunesse résonnent toujours en nous rappelant des souvenirs passés, heureux ou douloureux. Sur ce fondement, Le Son des souvenirs compose un récit d’amour et de folklore sur la fragilité de la passion, le poids du regret et la fuite des années. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, Oliver Hermanus signe un drame sensible qui souffre de son ton monocorde et de sa mise en scène académique.

Le réalisateur sud-africain a acquis sa notoriété avec Beauty, sélectionné à Un Certain Regard en 2011 et lauréat de la Queer Palm. Après Vivre, qui a valu à Bill Nighy une nomination aux Oscars, Oliver Hermanus aborde à nouveau l’homosexualité. Comme dans Beauty, Le Son des souvenirs s’ouvre par une rencontre fortuite qui bouleverse la vie d’un jeune homme, touché par une passion irrépressible.

Adapté d’une nouvelle de Ben Shattuck, qui a lui-même écrit le scénario, le projet a pâti d’une lente recherche de financements, si bien que Paul Mescal l’avait rejoint bien avant d’exploser à l’écran avec Aftersun, Sans jamais nous connaître et Gladiator II. Une naissance complexe qui n’a pas empêché le film d’être sélectionné en Compétition au Festival de Cannes. Paul Mescal et son acolyte, Josh O’Connor, également présent pour The Mastermind, ont ainsi foulé pour la première fois le tapis rouge.

Le chant du souvenir

Lionel, un fermier du Kentucky doté d’un don exceptionnel pour le chant, entre au conservatoire de Boston. Il y rencontre David, un compositeur avec lequel il noue rapidement une relation passionnée. Lorsque David est mobilisé pour la guerre, Lionel reprend son existence à la ferme. À son retour, les deux amants se lancent dans un road trip dans les forêts et les îles du Maine. Armés d’un magnétophone de fortune, ils partent en quête d’un véritable trésor, les chansons locales d’une multitude de villages locaux qui composent une folk unique. Mais David reste marqué par son expérience des tranchées, dont il refuse de parler. Si Oliver Hermanus a déjà tourné un film de guerre, Moffie, il y montrait les horreurs du front au sud de l’Angola. Dans Le Son des souvenirs, il évoque les douleurs d’un homme revenu brisé à jamais. Sans nouvelles de David, Lionel poursuit sa vie de chanteur, entre Rome et Londres, tout en souffrant de l’absence de son ancien compagnon.

À travers ce récit, le réalisateur sud-africain aborde l’homosexualité d’une manière pudique qui n’est pas sans évoquer Le Secret de Brokeback Mountain. L’amour demeure aussi caché, frustré, et repose sur les interprétations impeccables de Paul Mescal et Josh O’Connor. Cependant, Oliver Hermanus n’en fait pas le cœur de son film. Le Son des souvenirs traite davantage du passage du temps, d’une existence hantée par les souvenirs et les regrets, en quête perpétuelle d’une ancienne passion toujours vivace. Pour affronter le deuil de cette vie perdue, il ne reste plus que la musique et le désir de la graver en soi pour l’éternité. Une chanson devient alors l’écho de la mémoire, de moments fugaces, voire d’une personne chère.

Malgré ces thèmes sensibles, Le Son des souvenirs livre une histoire très linéaire avec un rythme lancinant, sans véritable envolée lyrique ni visuelle. Le film suit ainsi une partition bien rodée qui ne parvient pas à nous toucher. Sur une approche similaire, confondant amour et musique, Alabama Monroe offrait bien plus d’émotions. Et si le classicisme du drame d’Oliver Hermanus joue sur une sobriété volontaire, il ne nous emporte pas dans cette longue ballade monocorde que l’on regarde, non pas avec ennui, mais avec une certaine indifférence. Aussi, Le Son des souvenirs, loin de marquer les esprits, s’évapore comme les sons fuyants que les deux musiciens cherchent désespérément à conserver.

Bande-annonce – Le Son des souvenirs

Fiche technique – Le Son des souvenirs

Titre original : The History of Sound
Réalisation : Oliver Hermanus
Scénario : Oliver Hermanus
Production : End Cue
Distribution : Universal Pictures International France
Interprétation : Josh O’Connor, Paul Mescal, Chris Cooper, Molly Price…
Genre : drame
Date de sortie : 14 janvier 2026
Durée : 2h07
Pays : Etats-Unis

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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