Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
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Accueil Cinéma Critiques films PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma Porteur d’un projet ambitieux et d’un univers visuel éclatant, Elio nous entraîne dans un voyage du troisième type signé Pixar. Le film suit un jeune garçon orphelin, en quête de sens après la mort de ses parents, espérant un renouveau dans l’immensité de l’espace. Dès ses premières scènes, l’œuvre semble renouer avec le meilleur du studio : inventivité visuelle, ton décalé, promesse d’émotion. Mais rapidement, le récit s’éparpille, absorbé par une démonstration graphique qui finit par faire de l’ombre à ses véritables enjeux narratifs. Les sous-intrigues restent inabouties, et le développement psychologique du héros, pourtant central, s’efface derrière une mise en scène luxuriante. Si le spectacle impressionne, il peine à masquer les aspérités d’une œuvre aussi séduisante que déséquilibrée. Pixar poursuit sa dynamique commerciale après le succès colossal de Vice-Versa 2 (en attendant la percée probable du concurrent chinois Ne Zha 2), mais Elio s’inscrit dans un contexte plus fragile : celui d’un essoufflement créatif perceptible. Du côté de Disney, même constat – l’originalité est sacrifiée au profit d’une avalanche de remakes en prises de vues réelles, aux résultats inégaux. Pixar reste pourtant un studio bâti sur un équilibre subtil : aborder des thèmes profonds avec légèreté, conjuguer émotion et merveilleux, et toucher un public intergénérationnel. C’est cette alchimie rare qui a fait de films comme Coco, Vice-Versa, Là-haut, Wall-E des jalons de l’animation hollywoodienne contemporaine. Ces dernières années, cette magie s’est quelque peu diluée dans des œuvres plus convenues. Toutefois, une nouvelle génération de créateurs continue d’incarner l’esprit pionnier du studio. Domee Shi l’a brillamment démontré avec Bao et Alerte Rouge, explorant les relations mères-filles et l’identité culturelle avec audace et sincérité. Madeline Sharafian, de son côté, a apporté une sensibilité douce et narrative avec le court-métrage Le Terrier. En les réunissant autour d’Adrian Molina, coscénariste de Coco, Pixar semblait former une équipe de choc pour porter Elio : un film de science-fiction animé capable, enfin, de transcender la malédiction du genre au box-office. Car en effet, l’animation de science-fiction demeure un territoire miné pour les grands studios : Atlantide : L’Empire perdu, La Planète au trésor, Buzz l’Éclair, Avalonia… tous se sont crashés au box-office, à l’exception notable de Wall-E. Elio partage pourtant certaines de leurs thématiques : l’attrait pour l’espace, la quête de foyer, la solitude et le deuil. Le personnage principal, fasciné par les enlèvements extraterrestres, rêve de trouver un endroit – ou une famille – où il se sentirait à sa place. Après avoir perdu ses deux parents, il garde littéralement la tête dans les étoiles, malgré les tentatives bienveillantes de sa tante pour l’ancrer dans le réel. C’est alors qu’il est enlevé par des extraterrestres et, bien malgré lui, nommé ambassadeur de la Terre auprès du Communiverse, une instance galactique réunissant les représentants de toutes les civilisations de l’univers. Perdus dans l’espace Ce monde intersidéral bigarré, peuplé de créatures aux formes variées, regorge de textures, de styles hybrides (2D/3D), et d’idées visuelles réjouissantes. On y retrouve l’audace graphique de Soul, ainsi qu’un véritable amour du détail. L’ensemble fourmille de clins d’œil et de trouvailles qui justifieraient à eux seuls un second visionnage. Cependant, cette profusion esthétique agit comme un leurre. Elle détourne l’attention d’un fil émotionnel qui manque de cohérence et d’approfondissement. L’histoire du deuil d’Elio, centrale, reste sous-exploitée. Le film cherche l’équilibre entre des influences fortes – E.T. l’extra-terrestre pour la douceur extraterrestre, Lilo & Stitch pour l’enfant marginal – sans jamais vraiment en retrouver l’intensité. Là où ces œuvres osaient l’insolence et la brutalité émotionnelle, Elio reste sage, parfois trop poli pour son propre bien. Certaines séquences, inspirées de classiques comme Body Snatchers, injectent un humour bienvenu, et la larve intergalactique qui accompagne brièvement le héros vole presque la vedette. Mais ces moments sont trop furtifs pour construire un attachement fort, et le climax peine à susciter le bouleversement espéré. Plusieurs arcs narratifs sont également laissés en suspens : la carrière de la tante dans l’aérospatiale, ou l’agressivité contre-nature du peuple de Grigon, suggèrent des développements abandonnés, sans doute à cause d’un remaniement durant la production – le film ayant déjà vu sa sortie repoussée d’un an. Ce sentiment d’inabouti affaiblit le potentiel émotionnel et thématique de l’ensemble. Elio a besoin de s’égarer dans les étoiles pour mieux comprendre ce qui lui manque sur Terre. Le film exprime, avec une sincérité touchante, le besoin vital de connexion entre les êtres, malgré les différences, malgré les distances. Il met en lumière cette vérité simple : ce que nous cherchons ailleurs est souvent déjà là, autour de nous. Dans un monde où les interactions humaines sont minées par l’hyperconnectivité, Elio répond à la question existentielle « sommes-nous seuls ? » par un câlin. Un geste modeste, mais d’une grande portée symbolique. Alors que la saison des blockbusters est envahie de remakes et de franchises zombifiés, Elio fait figure d’exception. Il ne révolutionne pas l’animation, mais il témoigne d’une vraie volonté de raconter autrement, de viser une sincérité rare dans le paysage contemporain. Les projections en 3D, particulièrement soignées, apportent une profondeur sensorielle bienvenue à cette œuvre imparfaite, mais pleine de bonnes intentions. Et même si tout n’est pas abouti, il est encore permis de s’évader et de rêver à travers le cosmos, en compagnie de personnages aussi étranges qu’attachants. Elio – Bande-annonce Elio – Fiche technique Réalisation : Madeline Sharafian, Domee Shi et Adrian Molina Scénario : Julia Cho, Mark Hammer et Mike Jones, d’après une histoire de Adrian Molina Montage : Anna Wolitzky et Steve Bloom Musique : Rob Simonsen Producteurs exécutifs : Pete Docter, Lindsay Collins Société de production : Pixar Animation Studios Pays de production : États-Unis Distribution France : Walt Disney Studios Motion Pictures Durée : 1h38 Genre : Animation, Science-fiction, Aventure, Famille, Comédie Date de sortie : 18 juin 2025 Elio : retrouvailles du troisième typeNote des lecteurs0 Note3
La rédaction LeMagduCiné·MusiqueMarty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes