Soul de Pete Docter : être ici et maintenant

Soul est un très beau film. Un film qui flirte avec les petits plaisirs de la vie et qui glorifie une forme de quotidien, où la beauté et l’importance des choses ne sont pas forcément celles que l’on croit.

Avec son New York jazzy rempli de détails graphiques, rendant l’ambiance de cette vie citadine douce et amère, contrebalancé par l’univers du Grand Avant et du Grand Après, rendu fin et épuré par le biais de ses traits abstraits et surréalistes, Soul est un double récit initiatique qui réussit tout ce qu’il entreprend : à la fois dans sa manière de nous accompagner au travers de cette dualité de forme et de fond, et dans sa faculté à épouser les formes de son propos. Premièrement, c’est le récit de Joe, qui est entre la vie et la mort, tombé dans une bouche d’égout juste avant d’avoir réalisé son rêve de jazzman. Puis celui de 22, une âme en germe qui ne demande qu’à voir éclore sa flamme pour pouvoir être injectée sur Terre même si elle déteste cette dernière. La différence entre les deux univers, qui se distinguent de par leur direction artistique opposée mais complémentaire, n’est en aucun cas un inconvénient à l’osmose du projet.

Au contraire, cette non symétrie rend encore plus cohérente et tangible la volonté même du film : percevoir les échanges, faire se jumeler les formes et les angles, et rendre palpable tous les petits détails organiques et sensoriels de notre existence. On passe du vertige du Grand Après qui happe les âmes pour les faire disparaitre, à la petite scène d’un bar à jazz avec fluidité.  Les univers ont chacun leur signification et influence sur le récit. Doté d’un humour toujours bien dosé (le personnage de Terry et ses calculs précis, le monde de la zone, le chat, le cynisme de 22), d’une émotion peut être plus tamisée qu’à l’accoutumée (les 20 dernières minutes sont un torrent d’émotion), d’une ambition narrative moins dense au premier coup d’oeil, de multitudes d’idées esthétiques (les âmes égarées), Soul mise sur son minimalisme et sa capacité à dupliquer les regards : de ce fait, l’incroyable BO de Trent Reznor et Atticus Ross, par ses sonorités « aquatiques », et celle de Jon Batiste pour ses mélodies jazz, accentuent cette profondeur de champ et cette course poursuite pour la vie.

Le récit démythifie le héros qui sommeille en ses protagonistes, dédouble Joe à travers le regard de 22 et de Joe lui-même, et rend essentiel chaque instant qui leur est donné pour assoir cette flamme qui ne demande qu’à exister. Dans la continuité de Coco (réflexion sur la mort et l’au-delà) et de Vice Versa (introspection sur la quête de personnalité et l’éveil de soi), Soul devient l’inverse de tous les récits héroïques qui définissent l’importance de chacun comme étant la corolaire à la grandeur du destin qui se comptabiliserait au travers de nos performances artistiques ou professionnels. Un peu comme Paterson de Jim Jarmusch, Soul pourrait pour certains sembler évasif et utiliser une forme de psychologie de comptoir avec son positivisme à outrance, mais il n’en est rien. Soul, est une petite bulle de plaisir et de réconfort qui symbolise à lui seul sa mission : le bonheur ne se situe pas dans la vocation mais dans l’importance que l’on veut bien donner à l’instant. 

Bande Annonce – Soul

Synopsis : Passionné de jazz et professeur de musique dans un collège, Joe Gardner a enfin l’opportunité de réaliser son rêve : jouer dans le meilleur club de jazz de New York. Mais un malencontreux faux pas le précipite dans le « Grand Avant » – un endroit fantastique où les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité, leur caractère et leur spécificité avant d’être envoyées sur Terre. Bien décidé à retrouver sa vie, Joe fait équipe avec 22, une âme espiègle et pleine d’esprit, qui n’a jamais saisi l’intérêt de vivre une vie humaine. En essayant désespérément de montrer à 22 à quel point l’existence est formidable, Joe pourrait bien découvrir les réponses aux questions les plus importantes sur le sens de la vie.

Fiche Technique – Soul

Réalisateur : Pete Docter et Kemp Powers
Scénario : Pete Docter, Kemp Powers, Mike Jones
Sociétés de distribution : Disney+
Durée : 101 minutes
Genre: Drame/Animation
Date de sortie :  25 décembre 2020 (DVD/BR depuis le 9 avril 2021)

 

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