Marceline ou le monde des autres de Marc Desaubliaux

Dans une petite ville localisée dans le nord de Paris, Rougemont semble incarner la cité provinciale idéale. Pour les éminentes et bourgeoises familles qui y vivent, il est urgent de préserver les traditions. Leur conservatisme est mis à mal, lorsque Marceline souhaite s’intégrer à ce monde, qui n’est clairement pas le sien. Originaire de la banlieue, elle est prête à tout pour grimper l’échelle et satisfaire ses ambitions. Pour cela, elle entend bien approcher les Frémy, réputés pour leur richesse et très respectés par la communauté… Marc Desaubliaux présente un nouveau roman percutant, nourri par son style reconnaissable. L’auteur décrit avec brio la vie d’une famille fortunée, qui ne parvient pas à atteindre le bonheur pour autant.

Depuis qu’il écrit, Marc Desaubliaux s’est trouvé une vocation pour les maux de l’âme. En 1979, il présente le Journal du désespoir, un plongeon dans l’intimité d’un adolescent qui souffre. Grâce à sa plume précise et riche, digne d’une œuvre de Balzac, il pose les mots justes, sur des réalités qui restent souvent dans l’ombre. Marceline ou le monde des autres est un drame actuel, qui se déroule en 2018. Le lecteur suit différents points de vue.

D’un côté, le texte présente le quotidien du clan Frémy. En apparence, tout semble leur réussir, puisqu’ils vivent dans une luxueuse maison et jouissent d’un confort financier plus que suffisant. Pourtant, derrière cette façade mensongère, le tableau mis en lumière révèle toute sa noirceur. Une mère alcoolique, un père soumis, deux fils qui recherchent le frisson de l’aventure… De l’autre côté, la famille Chérisy subit un quotidien pénible, dans les quartiers populaires. Marceline et sa sœur doivent supporter des parents agressifs et vulgaires. Malgré leurs différences, ces deux mondes sont sur le point d’entrer en collision.

Marceline se révolte contre son propre milieu social

À la maison, l’ambiance est électrique. Malgré des résultats encourageants à l’école, la mère de Marceline insiste pour qu’elle puisse arrêter les cours et travailler. Pourtant, la jeune fille est encore mineure. En effet : à ses yeux, les études ne rapportent pas d’argent. Un salaire en plus permettrait donc au foyer de subvenir à davantage de besoins…

Avec leur accent ch’ti très prononcé et leurs réflexions parfois très crues, les membres de la famille Chérisy incarnent une vraie caricature. Heureusement, Marceline se révèle être une jeune fille très intelligente et vive, qui souhaite s’en sortir coûte que coûte. Au cours du récit, l’héroïne va s’approcher de la lumière, de plus près. Ainsi, elle va réussir à dégoter un stage chez Patrick Frémy, qui va la prendre sous son aile. Protégée par cette famille très influente, Marceline monte les marches, vers l’ascension sociale… Le comble ? Ses parents détestent la famille Frémy. Il semblerait qu’un secret bien gardé soit à l’origine de cette haine irrationnelle. Va-t-elle découvrir les griefs qui opposent les siens à ce foyer confortable ?

Patrick et France Frémont : le naufrage d’un mariage sans saveur

Patrick ressemble au personnage principal d’un autre livre de Marc Desaubliaux, dont le titre est Un homme sans volonté. Malgré son porte-monnaie bien lourd et ses possessions, ce bourgeois se laisse mener par le bout du nez. Pendant tout le roman, le lecteur ne peut s’empêcher de ressentir de la pitié, de l’empathie pour lui. Abandonné par sa femme, il souhaite préserver l’image et la réputation de sa famille.

Un soir, France fuit son époux dans la nuit noire. Elle quitte Rougemont pour retrouver la capitale, cette ville adorée qu’elle aime de tout son cœur, plus que son propre mari. Soucieux de protéger ses fils Henri et Paul, Patrick n’hésite pas à mentir. Maman n’est pas alcoolique, elle est juste partie en voyage… Mais les deux garçons ne sont pas dupes. D’ailleurs, de leur côté, les frères expérimentent leurs premières bêtises, croisant la route de Marceline.

Des secrets de famille croustillants, qui pimentent l’intrigue

Comme l’œuvre alterne les points de vue entre les Frémy et les Chérisy, le lecteur ne s’ennuie pas une seconde. Si Patrick ne cherche pas à retenir sa femme et n’exprime aucune émotion forte, il semble néanmoins déterminé à résoudre une énigme. Celle de sa propre lignée, qui cacherait une mystérieuse part d’ombre. Parmi les ancêtres, certains éléments nous renvoient donc à la Seconde Guerre mondiale, à la collaboration sous le IIIe Reich. Dans son enquête, Patrick tombe des nues et découvre le pot aux roses, petit à petit. Le lecteur est tout aussi avide d’en apprendre plus, à ce sujet.

Finalement, Marceline ou le monde des autres offre un bon moment de divertissement. C’est un roman qui permet également de dénoncer les systèmes de castes, qui sont toujours actuels. Dans ce Rougemont figé dans le temps, les riches s’assoient sur les premiers bancs de l’église, tandis que les pauvres se contentent du fond. Que l’on soit plein aux as ou ruiné, chacun doit accomplir son propre chemin de croix… Dans ces existences qui s’entremêlent, la corruption et la méchanceté deviennent ordinaires.

Marceline ou le monde des autres, Marc Desaubliaux
Des Auteurs Des Livres, novembre 2022, 323 pages

Festival

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