Le Roman de Jim : concentré de tendresse

3.5

Dans Le Roman de Jim, les frères Larrieu s’emparent d’un roman comme taillé à leur image avec un personnage d’une tendresse infinie, campé par un Karim Leklou expressionniste. Ils délaissent un temps la fantaisie d’un Tralala pour atteindre l’épure, l’image parfaite teintée d’une nostalgie omniprésente.

Aymeric est « gentil » dit-il, sans se forcer parce qu’il pense que le monde est rempli de gentils, même si ses histoires avec les filles sont toujours compliquées, du moins se terminent brutalement. Il en garde toujours des souvenirs en photos qui l’accompagnent, même non développées. On voit les négatifs se dévoiler à l’écran, la couleur viendra plus tard. La vie d’Aymeric est ainsi : celle d’un observateur, d’un amoureux qui capte les plus beaux instants. Karim Leklou prête ses traits à ce personnage tiré du roman de Pierre Bailly, qui est à l’origine de cette idée d’adaptation. L’acteur y promène sa dégaine, son air détaché et sincère à la fois, bon enfant, tout du long. On le voit être, sans broncher, le jouet du destin. Chaque fille qu’il rencontre prend d’instinct le pouvoir, il les regarde et ce regard les illumine, les rend plus fortes, peut être. Chaque rencontre est l’occasion d’une scène travaillée, riche en contrastes et en regards. Lorsqu’il rencontre Olivia, c’est dans la lumière d’une soirée techno, Sara Giraudeau danse et hypnotise, comme dans la photo parfaite. Aymeric se laisse ainsi porter au fil de l’eau, de la vie. C’est Florence qui l’aborde un soir, avec toute son extravagance, sa certitude de plaire. Elle le félicite ensuite d’être assez gentil pour coucher avec une femme enceinte d’un autre, qui n’assume pas. C’est donc avec un naturel déconcertant qu’Aymeric devient le père de Jim, le premier père, celui qui l’élève sans rien attendre en retour que l’épanouissement d’un lien sans loi.

C’est alors que le début d’un mélo pointe le bout de son nez : soudain, le « vrai » père de Jim, Christophe, revient. Il veut une place dans la vie de Jim. Or, pour Jim, Aymeric est son père après les petits déjeuners, les journées d’école, les moments partagés ensemble dans la nature du Haut Jura depuis sa naissance. Christophe fait d’abord un peu peur à Jim avec sa déprime et son air de fantôme. Pourtant, sans qu’Aymeric ne se méfie vraiment, il prend peu à peu sa place et, à la faveur d’un océan traversé, Aymeric perd Jim. Là encore, sa colère ne s’exprime pas vraiment et il reprend le fil d’une vie faite de petits boulots, jusqu’à ne presque plus exister comme le prétend Olivia, la seule qui le laissera exister un peu auprès d’elle. Les deux frères réalisateurs filment cette histoire d’amour paternel avec une simplicité et une épure qui tranchent après la pépite fantaisiste qu’était Tralala. Pourtant, la question de la filiation – une mère décidait de trouver son fils disparu sous les traits d’un troubadour qui passait par là –  est une nouvelle fois prégnante, du choix qu’on fait d’être présent dans la vie d’un enfant, même quand c’est l’enfant des autres. Cette simplicité n’est pas exempte de cruauté. On la découvre à travers la voix off d’Aymeric, qui donne autant d’importance à une Twingo venue le récupérer à sa sortie de prison, qu’à la trahison de Florence. La lumière du Jura inonde le film et pourtant chaque scène semble emprunte d’une nostalgie qui vient s’ajouter, telle une fine pellicule, sur  l’instant présent.

Le drame se joue et se noue avec une simple petite larme sur la joue d’Aymeric, impeccable Karim Leklou encore une fois, sans que le drame soit clairement dit, jamais hurlé. On pourrait être chez Kore-Eda dans Tel père, tel fils ou Still Walking. Tout se joue dans la vie qui s’étire et le monde qui s’écroule sans signes annonciateurs, sans une once de vraie méchanceté. La bonté du personnage principal, qui va aimer et se résigner dans un même geste d’une infinie tendresse, le mène tout de même vers la lumière, vers la couleur qu’il offre à ses photos en les développant enfin. On les voit se révéler à  l’écran comme pour nous rappeler les instants de bonheur et donner l’espoir de tous ceux à venir, dans une dernière scène aussi banale que déchirante

Le Roman de Jim : Bande annonce

Le Roman de Jim : Fiche technique

Synopsis : Aymeric retrouve Florence, une ancienne collègue de travail, au hasard d’une soirée à Saint-Claude dans le Haut-Jura. Elle est enceinte de six mois et célibataire. Quand Jim nait, Aymeric est là. Ils passent de belles années ensemble, jusqu’au jour où Christophe, le père naturel de Jim, débarque… Ça pourrait être le début d’un mélo, c’est aussi le début d’une odyssée de la paternité.

Réalisation : Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu
Scénario : Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu d’après l’œuvre de Pierric Bailly
Interprètes : Karim Leklou, Laetitia Dosch, Sara Giraudeau, Bertrand Belin, Noée Abita
Photographie : Irina Lubtchansky
Montage : Annette Dutertre
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 1h41
Date de sortie : 14 août 2024

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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