Tralala des frères Larrieu : belle balade en musique dans les Pyrénées

Tralala des frères Larrieu a beau être un film de genre, il est définitivement un film des frères Larrieu : inventif, drôle, solaire. Leur leitmotiv est le désir sous toutes ses formes, et le protagoniste Tralala est l’objet de toutes les convoitises…

Synopsis :  Tralala, la quarantaine, chanteur dans les rues de Paris, croise un soir une jeune femme qui lui adresse un seul message avant de disparaitre : « Surtout ne soyez pas vous-même ». Tralala a t-il rêvé ? Il quitte la capitale et finit par retrouver à Lourdes celle dont il est déjà amoureux. Elle ne se souvient plus de lui. Mais une émouvante sexagénaire croit reconnaître en Tralala son propre fils, Pat, disparu vingt ans auparavant aux Etats-Unis. Tralala décide d’endosser le « rôle ». Il va se découvrir une nouvelle famille et trouver le génie qu’il n’a jamais eu.

Tralaland

Tralala. Sans chichi, les frères Larrieu vont droit au but avec ce titre évocateur. Tralala est une comédie musicale, la première des cinéastes, hormis quelques incursions dans la chanson dans certains de leurs films précédents. Tralala , c’est également le nom du protagoniste,  ce loser lunaire, ce sans domicile fixe interprété par Mathieu Amalric, leur partenaire de longue date, une fois de plus parfaitement adapté au rôle qu’on lui propose.

A Paris, la comédie musicale démarre sur des notes pas franchement primesautières. Tralala se réveille et se tient éveillé avec des rimes improvisées qui suintent la tristesse. L’homme préfère la pénombre de son cloaque au soleil éclatant du dehors, pas de quoi vraiment s’extasier.

Mais quand il finit par mettre le nez dehors, c’est un Tralala joyeux et insouciant qui émerge, échangeant quelques vers (les mêmes que dans la chambre, en réalité) avec un travailleur du chantier sur lequel on découvre que Tralala vit, un travailleur incarné par l’excellent chanteur Malik Djoudi. C’est ce ton que va garder le film tout au long de ses deux heures, un ton de pure fantaisie et de fun qu’on a plaisir à suivre.

Très vite, le film se déporte à Lourdes, lieu de naissance de Jean-Marie et Arnaud Larrieu. Tralala s’y rend à la poursuite d’une beauté énigmatique rencontrée devant la gare Montparnasse, et qui disparaît aussitôt en laissant derrière elle un briquet à l’effigie de cette ville, et une phrase sibylline et prémonitoire : « Surtout, ne soyez pas vous-même ». Son arrivée à Lourdes démarre alors une deuxième partie, le vrai centre du film où se nouent et se dénouent les histoires.

Tralala est reçu par certains habitants de la ville comme un véritable fils prodigue. Il serait Pat, le fils perdu de Lili (Josiane Balasko). Mensonge ou vérité, Tralala devient Pat, avec une mère, un frère, une maîtresse et une amoureuse et bien plus encore qui font irruption dans sa vie jusque-là solitaire. Ce que le film montre bien , « faire revenir Pat d’entre les morts », de trouver en Tralala un être cher, un souvenir perdu, une ombre écrasante de laquelle se défaire, ou au contraire une figure tutélaire. Tralala est l’objet de leurs fantasmes, et, ils sont l’objet de la possibilité de reconstruction pour Tralala. La démonstration est simple, voire simpliste, après tout, les thèmes évoqués sont universels, mais elle est pleine de folie et d’invention, et c’est finalement ce qu’on attend d’un film.

Ce que montre aussi très bien le film, c’est un visage inhabituel de Lourdes, écrasée par une imagerie généralement peu reluisante, que même les catholiques qui en ont fait un de leurs fiefs ne valident pas toujours : le merchandising à outrance, les processions ferventes qui prennent le pas sur le reste, les malades qui sont mis trop souvent en avant sans forcément qu’on pense à leur dignité. Lourdes, chez les frères Larrieu, est aussi une ville comme une autre , où on s’aime, où on jouit (et plutôt trois fois qu’une), où on danse, où on chante , où on vit.  Mélanie Thierry, la quarantaine flamboyante, chante merveilleusement Jeanne Cherhal dans un magasin à bondieuseries, Josiane Balasko fait tourner les platines au bord du lac de Lourdes et Amalric vit des amours passionnées entre bois et hôtels de luxe de pèlerins, tandis que la figure mariale s’offre une balade à Paris…

Le cinéma de Jean-Marie et Arnaud Larrieu est un cinéma vibrant de vie et d’inventivité. Mathieu Amalric nous a encore montré avec son dernier film, Serre moi fort, combien lui-même est également prêt à la fantasmagorie. Ensemble, ils ont réussi cet ovni de tragédie grecque sous des dehors de film malicieux. Pour notre part, aucune autre comédie musicale ne nous a autant réjoui depuis les Chansons d’amour de Christophe Honoré…

 

Tralala– Bande annonce

 

 

 

Tralala – Fiche technique

Réalisateur : Jean-Marie et Arnaud Larrieu
Scénario : Jean-Marie et Arnaud Larrieu
Interprétation : Mathieu Amalric (Tralala / Pat Rivière), Josiane Balasko (Lili Rivière), Mélanie Thierry (Jeannie), Maïwenn (Barbara), Bertrand Belin (Seb Rivière), Denis Lavant (Climby), Galatéa Bellugi (Virginie), Joseph Brisset (Robin), Balthazar Gibert (Balthazar), Jalil Lespert (Benjamin Trescazes), Duccio Bellugi-Vannuccini (Prêtre italien), Malik Djoudi (Babak)
Photographie : Jonathan Ricquebourg
Montage : Annette Dutertre
Musique : Dominique A., Bertrand Belin, Joseph Brisset (Sein), Jeanne Cherhal, Étienne Daho, Balthazar Gibert   (Sein), Philippe Katerine
Producteurs: Saïd Ben Saïd, Kevin Chneiweiss, Michel Merkt, Coproducteur : Olivier Père
Maisons de Production : SBS Productions, Arte France Cinéma
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 120 min.
Genre : Comédie musicale
Date de sortie :  06 Octobre 2021
France – 2021

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.