Bonne conduite : drive my karr

Il a fallu peu de temps après la surprise de La Folle Histoire de Max et Léon, puis la confirmation sur Les Vedettes, pour que Jonathan Barré prenne son envol en solo, tel un justicier isolé dans les profondes contrées bretonnes. Au détour d’un film de genre, ce dernier nous dévoile une situation plutôt cocasse, rendant sa Bonne Conduite très singulière, notamment vis-à-vis du duo iconique du Palmashow qu’il laisse cette fois-ci sur la banquette arrière.

Permis de se venger

Celle qui tient le volant, c’est bien entendu Laure Calamy, accompagnée de son premier degré qui n’est plus à démontrer (Seules les bêtes, Antoinette dans les Cévennes, À plein temps, Annie Colère, Dix pour cent). La rage et le caractère bien trempé sont les carburants qui alimentent la machine à tuer de Pauline Cloarec, que la comédienne incarne avec justesse. Nous la connaissons également dans un ton plus léger, plus déjanté et c’est sur cet équilibre que le film repose, laissant tout le champ à ce personnage féminin, qui doit surmonter le deuil de son compagnon, emporté par la furie des routes.

Cagoule sur la tête, les deux mains sur le volant. Plus qu’à bien accrocher sa ceinture pour mettre le pied au plancher. L’ouverture ne manque pas de nous immerger dans une atmosphère viscérale, mais pas trop. Pauline guette chaque infraction et change de visage la nuit, chevauchant fièrement sa Batmobile dans la pénombre bretonne. La formatrice au centre de récupération de points s’autorise ainsi à faire le ménage des moins prudents, dans un souci de prévention routière. Ce point de départ ne signifie pas pour autant que l’on tende vers une sensibilisation face aux incivilités ou aux responsabilités. Ce message a très bien été assimilé et ce serait de mauvais goût de foncer dans ce mur moralisateur.

Jonathan Barré et son co-scénariste Laurent Vayriot ont un projet qui se complexifie du côté du film de gangsters pour cette intrépide de la route. Elle devra ainsi rendre des comptes à un trafiquant de drogue (Tchéky Karyo) et à tout un tas de rencontres inattendues, tout au long de son périple.

La sécurité avant tout

En laissant des traces derrière son passage, il est évident que le dérapage n’est pas loin quand deux flics, un peu gauches sur les bords, collaborent afin d’identifier et de mettre la main sur la serial killeuse. C’est donc au Palmashow que l’on confie cet axe, davantage propice aux gags de répétition et dans l’illustration même des inspirations cinéphiliques du cinéaste. Grégoire Ludig et David Marsais sont pleinement investis dans le duo Giodano-Kervella, sortes d’outsiders lunaires dont on ne remet pas en cause la complicité, fatalement attachante.

C’est donc au détour d’un surprenant hommage aux Oiseaux d’Hitchcock, de Fargo des frères Coen ou encore d’Usual Suspects de Bryan Singer que l’on empiète sur un terrain glissant. Tout cela laisse paraître un manque de consistance pour le récit de la solitaire Pauline. Ce circuit admet tout de même des sorties de route notables, car Jonathan Barré continue de traîner la narration du sketch, où le tempo comique peut avoir du mal à passer. Il a tendance à s’enfermer dans un burlesque qui n’a pas besoin d’être aussi accentué dans le dialogue ou dans la stylisation. Cette dernière manie a de quoi atténuer l’efficacité de son humour, noir et décomplexé.

L’autre virage, plus pertinent, s’adresse à son héroïne, Pauline, qui arrive au bout de piste et qui doit envisager de lever le pied, afin de prendre un nouveau départ. Bonne conduite l’inscrit ainsi dans cette vision sociétale, qui nous pousse à nous responsabiliser. Et Barré nous sert ce propos avec le soupçon d’absurdité nécessaire pour que l’on ne s’ennuie pas avec une approche pédagogique, mais bien humoristique. Cette œuvre, aussi imparfaite soit-elle, nous donne tout de même matière à apprécier sa capacité à foncer jusqu’au sommet de son gag, avant de soudainement rétrograder dans un autre registre. En cela, le pari est gagnant et peut-être aimerait-on voir le cinéaste toucher ces films catastrophes que cite souvent le capitaine Giordano, au lieu de le voir cramer un bitume trop familier.

Bande-annonce : Bonne conduite

Fiche technique : Bonne conduite

Réalisation : Jonathan Barré
Scénario : Jonathan Barré, Laurent Vayriot
Photographie : Sébastien Cros
Musique originale : Charles Ludig
Montage : Delphine Rondeau
Décors : Charlotte Greene Gonnot
Costumes : Anaïs Blanc, Clothilde Veillon
Maquillage : Alice Robert
Son : Delphine Rondeau
Production : Waiting For Cinema
Pays de production : France
Distribution France : Pan Distribution
Durée : 1h35
Genre : Comédie
Date de sortie : 29 mars 2023

Synopsis : Pauline a une méthode bien à elle pour faire de la prévention routière : formatrice dans un centre de récupération de points le jour, elle se transforme en serial killeuse de chauffards la nuit…

Bonne conduite : drive my karr
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3

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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