Prey : le retour en force du Predator

Nous pouvons désormais comparer Dan Trachtenberg à un nouveau Matt Reeves (les deux derniers opus de La Planète des Singes, The Batman). Soit un réalisateur baignant dans la pop culture qui sait éperdument ce qu’il a entre les mains. Un artisan sachant apporter sa pierre à l’édifice et ce sans jamais lui faire défaut. Sans avoir à copier à l’excès et balancer du fan service à tout-va pour exister. Et cela, il le prouve avec Prey, le nouveau volet de la saga Predator qui se montre digne de son aîné : un survival humble, efficace et réalisé avec un amour indéniable pour le célèbre chasseur extra-terrestre.


Predators précédents
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Synopsis de Prey : Il y a trois siècles sur le territoire des Comanches, Naru, une farouche et brillante guerrière, se fait désormais un devoir de protéger sa tribu dès qu’un danger la menace. Elle découvre que la proie qu’elle traque en ce moment n’est autre qu’un prédateur extraterrestre particulièrement évolué doté d’un arsenal de pointe des plus sophistiqués. Une confrontation aussi perverse que terrifiante s’engage bientôt entre les deux adversaires…

Predator 2 ? Une suite certes sympathique mais quelque peu oubliable. Predators ? Une sorte d’hommage au film originel mais qui ne le singeait plus qu’autre chose. The Predator ? Un énième film hollywoodien malade, parasité par des problèmes de production non négligeables. Vous l’aurez compris avec cette énumération, la saga Predator n’est jamais parvenue à retrouver l’aura de ses débuts. Car il faut bien le dire, personne n’a su marcher avec fracas dans les pas de John McTiernan. Futur réalisateur du brillant Piège de Cristal, le bonhomme avait su livrer en 1987 une série B tendue et immersive, faisant preuve d’une maîtrise absolue de la mise en scène et des codes du genre. Mais comme la majorité des licences du moment, celle de Predator n’a fait qu’enchaîner les suites et les produits dérivés – n’oublions pas les crossovers Alien vs. Predator et sa suite Aliens vs. Predator : Requiem – pour se retrouver peu à peu dans les abysses de la pop culture. Ne subsistant dans l’esprit des gens que grâce à la qualité et la nostalgie générées par le titre de McTiernan. Ajoutez à cela l’échec cuisant de The Predator et le rachat de la Fox par Disney, et tout portait à croire que la franchise était définitivement mise de côté, au profit de titres beaucoup plus « rassurants » d’un point de vue commercial. Autant vous dire que Prey était littéralement le film que plus personne n’attendait !

Et rien ne laissait présager que ce projet sur le papier bâtard allait réussir un quelconque exploit, provoquant bien plus de peur que d’espoir. « Bâtard » dans le sens où il est sorti un peu de nulle part. Initié par le producteur John Davis en 2016, qui espérait rebondir sur la mésaventure de The Predator, ce prequel (initialement appelé Skulls) s’est fait dans le plus grand secret jusqu’à son officialisation non désirée en 2020. Soit en pleine période où le studio devait faire suite au rachat par la firme aux grandes oreilles, cette dernière balançant sur sa plate-forme comme s’il s’agissait d’un déchet dont il fallait se débarrasser. Ce qui, il faut bien avouer, n’avait pas grande chose de rassurant ! Même d’avoir Dan Trachtenberg à la réalisation n’avait rien de prometteur. Car si le bonhomme avait su faire ses armes avec 10 Cloverfield Lane et un court-métrage adapté du jeu Portal (intitulé No Escape), nous ne connaissions pas ses capacités à devoir « survivre » auprès d’un rouage hollywoodien plus que bancal. Une peur grandissante qui s’est ressentie jusqu’aux toutes premières minutes du film, ce dernier affichant des effets numériques baveux et des plans qui piquent les yeux – l’apparition du titre fait vraiment peine à voir. Mais qui – Hallelujah ! – s’est très vite amoindrie par la suite. Mieux, elle a laissé la place à une jouissance que nous ne pensions plus ressentir un jour avec un film Predator !

Car avant d’être un volet estampillé de la franchise, Prey est avant toute chose un survival fait dans les règles de l’art. Une série B qui prend le temps de poser ses bases, de présenter son héroïne, pour ensuite enchaîner sur une chasse à l’homme des plus intenses. Simple et efficace ! Certes, le tout n’est clairement pas sans défaut : des facilités d’écriture (personnages secondaires survolés, final vite expédié…), un casting mitigé (si Amber Midthunder semble impliquée, le reste parait plutôt endormi), des effets numériques grossiers et une mise en scène impersonnelle. Mais Dan Trachtenberg parvient à nous faire fermer les yeux sur ces tares grâce à l’intérêt qu’il porte pour son personnage principal – permettant au public de s’attacher à elle et de vivre ainsi son face-à-face avec immersion. Et aussi grâce à la générosité dont il fait preuve pour filmer chaque séquence d’action. Surtout que le réalisateur s’exécute avec une intelligence et un amour pour la franchise Predator qui forcent le respect.

Une intelligence qui montre à quel point le cinéaste s’est montré humble et respectueux envers son aîné mais aussi les attentes du public. Rien que le fait d’avoir pris comme personnages des chasseurs commanches du XVIIIe siècle, cela induit beaucoup de choses scénaristiquement parlant. Cela permet de présenter un nouveau cadre avec thématique sociétale à la clé – une chasseresse devant se faire une place dans un milieu patriarcal – ; mais surtout de s’y attarder plutôt que de jouer la carte du suspense quant à la présence du Predator, montrée très rapidement dans le film. Car à quoi bon créer une tension sur une créature dont le public connait déjà le modus operandi ? De justifier que les personnages puissent deviner de manière naturelle (pour le rythme du film) les agissements de leur ennemi. De retrouver l’aspect primal, bestial, de l’opus originel – des chasseurs aux armes rudimentaires devant faire preuve de ruse pour réussir dans une nature hostile. Et de jouer avec des faits historiques, comme ces bisons dépecés par les colons – pour affamer les tribus amérindiennes – faisant écho aux victimes écorchées du Predator. Le tout sans jamais se perdre dans du fan service à outrance – juste une référence bien placée à Predator 2, et c’est tout ! Et du côté de la mise en scène, c’est également la même chose ! Car plutôt que de reproduire la mise en scène immersive de McTiernan à cause du cadre – la jungle troquée par les forêts et grandes plaines américaines – Trachtenberg use de son décor d’une toute autre manière pour créer une tension certaine. Comme en témoigne la séquence où l’héroïne se planque dans des hautes herbes, ayant vue sur tout mais devant guetter un adversaire invisible.

Et par amour pour la franchise, il faut entendre par là que le réalisateur a permis à la créature de retrouver toute sa majesté, évaporée au fil des films. Pour dire, Prey propose le Predator le plus badass que nous ayons vu depuis le premier volet ! À chacune de ses apparitions, le cinéaste s’emploie à l’iconiser comme aucune autre suite n’avait fait jusque-là. Que ce soit son entrée en scène progressive – une série de chasses où le Predator monte en gamme question gibiers : serpent, loup puis ours – ou alors ses attaques filmées avec malice et brutalité, le réalisateur nous livre un chasseur en très, très grande forme. Qui plus est servi par un arsenal toujours aussi captivant et un excellent retour aux effets pratiques – le costume fait oublier l’aberration numérique de The Predator.

Rien que pour cela, nous ne pouvons que remercier Dan Trachtenberg. Pour avoir livré une série B tenant agréablement la route, bien qu’imparfaite. Mais surtout pour avoir redonné ses lettres de noblesse à un monstre emblématique du cinéma. Lui offrant une nouvelle jeunesse et l’occasion de perdurer encore longtemps sur nos écrans. Succès oblige, Disney n’hésitera pas à exploiter le filon ! D’autant plus que le cinéaste s’est déjà exprimé sur le sujet, ayant déjà quelques idées à mettre en place pour d’éventuelles suites. Il ne reste plus qu’à espérer que ces dernières ne viennent pas ternir la bonne impression laissée par Prey. Et qu’elles sortiront, elles, sur grand écran. Car le seul grand regret de ce prequel, c’est de devoir le découvrir sur une plate-forme de streaming et non au cinéma.

Prey – Bande annonce

Prey – Fiche technique

Réalisation : Dan Trachtenberg
Scénario : Patrick Aison et Dan Trachtenberg, d’après les personnages créés par Jim et John Thomas
Interprétation : Amber Midthunder (Naru), Dakota Beavers (Taabe), Dane DiLiegro (le Predator), Stormee Kipp (Wasape), Michelle Thrush (Aruka), Julian Black Antelope (chef Kehetu), Stefany Mathias (Sumu), Bennett Taylor (Raphael)…
Photographie : Jeff Cutter
Décors : Amelia Brooke et Kara Lindstrom
Costumes : Stephanie Porter
Montage : Claudia Castello et Angela M. Catanzaro
Musique : Sarah Schachner
Producteurs : John Davis, Marty Ewing et Jhane Myers
Maisons de production : 20th Century Studios, Davis Entertainment et Lawrence Gordon Productions
Distribution (France) : Disney +
Durée : 99 min.
Genres : Horreur, science-fiction
Date de sortie :  05 Août 2022
États-Unis – 2022

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3.5

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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