« The Plot » : « Le passé revient toujours nous hanter »

Après Shanghai Red, on retrouve le dessinateur Joshua Hixson chez HiComics, cette fois à l’occasion de la publication de The Plot, une série horrifique coécrite par Tim Daniel et Michael Moreci.

Un éminent industriel, Charles Blaine, et sa femme trouvent la mort dans des circonstances troublantes. Ils laissent derrière eux deux enfants, Zach et Mackenzie, aussitôt confiés à Chase, un oncle depuis longtemps perdu de vue. L’homme semble instable et peu désireux de s’ouvrir aux deux adolescents. Il décide de les installer dans la maison familiale de son enfance, à Cape Augusta, ce qui n’est pas du goût du shérif Sullivan, qui lui témoigne son hostilité dès leur arrivée. Les Blaine sont apparemment précédés d’une sinistre réputation : « Tout ce qu’ils touchent se transforme en or. Tous ceux qu’ils touchent deviennent poussière. »

La créature monstrueuse qui a attaqué Charles et son épouse au début du récit suffirait probablement à en attester. Mais ceux qui en douteraient encore pourront porter au crédit de cette assertion les phénomènes surnaturels qui entourent les marécages, les apparitions cauchemardesques dans le manoir ou ces silhouettes menaçantes que l’on distingue à travers les fenêtres. Entre les cadavres emmurés et inexplicablement bien conservés et les troubles qui semblent toucher tous ceux qui approchent les Blaine d’un peu trop près, The Plot prend des atours horrifiques qu’une imagerie glauque et crépusculaire ne fait que corroborer. On doit cette dernière à l’excellent Joshua Hixson, déjà à l’œuvre dans un Shanghai Red pessimiste et sépulcral.

The Plot est fait d’un mystère qui ne cesse de s’épaissir. Et si son récit fonctionne admirablement bien, malgré son observation assez stricte des canons de l’épouvante (les apparitions soudaines, les inserts sur des mains prédatrices, la maison hantée…), c’est essentiellement pour tout ce qu’il conserve loin de notre entendement. Que signifie ce fameux « pour recevoir, il faut d’abord donner » ? Qui est vraiment Chase, présenté comme un « gosse terrifié » ayant fui une famille dysfonctionnelle ? Quels sont ses fameux « cadavres dans le placard » ? L’affirmation de cette professeur d’histoire selon laquelle « le passé revient toujours nous hanter » contient-elle les clefs de cette énigme ? Toutes ces questions demeurent en suspens et irrigueront un second tome logiquement attendu avec impatience.

En attendant de combler les trous, le lecteur n’a d’autre choix que de se laisser bercer par une atmosphère noire et sordide, pâmer d’effroi devant Rose, cette mère démente, ou des enregistrements sonores inquiétants, et se demander dans quelle mesure Chase entend réellement protéger les enfants de son frère. Pourquoi, en effet, les avoir emmenés dans un lieu si lugubre ? Et quid du shérif Sullivan, qui confesse sa jalousie envers les Blaine et semble les honnir à un tel point que cela en devient suspect ? Décidément, nombreux sont les éléments méritant un éclaircissement. Mais Tim Daniel, Michael Moreci et Joshua Hixson semblent pour l’heure surtout chercher à y jeter une ombre épaisse et effrayante, qui pourrait se réclamer, certes à la marge, autant de Psychose que de La Nuit du chasseur

Aperçu : The Plot (HiComics)

The Plot, Tim Daniel, Michael Moreci et Joshua Hixson
HiComics, mai 2021, 136 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les Dates chocs de l’Histoire » : quand tout peut encore basculer

On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".

« Les 400 coups » : l’école, cette drôle de fabrique à souvenirs

De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.

« Lenny » : une famille pas comme les autres

À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.