Twilight : le vampire, un ado comme les autres ?

Twilight est un film d’ados comme on n’en fait (presque plus) avec une jeune fille complètement obnubilée par l’amour plus que par elle-même. Bella est ainsi totalement vampirisée par son amour viril et très fort. A mille lieues de films comme Morse, Twilight est un reflet déformant de l’adolescence. En utilisant la jeunesse comme prétexte et non plus comme art, il n’existe que par son désir de parler à cette dite jeunesse. Et les vampires dans tout ça ? Des ados comme les autres ?

Amours sanguines

En règle générale, quand l’adolescent s’empare d’un film, c’est pour grandir et donc évoluer. En effet, en se frottant au monde, à l’altérité, l’ado change, fait sa mue. Ainsi, Marie fait évoluer son regard, elle devient d’ailleurs un sujet en mouvement et non plus seulement celle qui regarde, tout au long de Naissance des Pieuvres. Quant à Oskar, il rencontre Eli et s’en voit transformé, radicalement. Leur histoire n’est pas tant celle d’un amour que d’une connexion (presque une interconnexion) solide où la violence a toute sa place, où la pâleur s’écrit dans des paysages enneigés. Eli est un véritable vampire qu’il faut inviter à entrer chez soi pour qu’il ne brûle pas. Dans Twilight, au contraire, la violence est revendiquée car c’est un beau gosse vampire après tout. Ainsi, Edward observe Bella pendant qu’elle dort et entre chez elle par la fenêtre, sans permission. Il n’est jamais invité à entrer et outre ses dents, on sait qu’il est vampire parce qu’il brille en plein soleil. Pour autant, à part leur âge parfois évoqué, les vampires de Twilight vont à l’école et sont des ados comme les autres. Ils tombent donc amoureux. Mais d’un amour exclusif, destructeur. Ainsi Bella ne cesse de demander à être mordue pour être comme eux.

Adolescence et violence 

Si Morse est un film violent et stylisé, Twilight passe de nombreuses heures au lycée, à filmer des personnages « so dark ». On y voit même une scène de bal improbable où Bella et Edward dansent comme dans un conte de fées. La Belle et la Bête réinventés ? Sauf que pour Bella le vampire n’a que peu d’importance, si c’est un loup, ça va aussi. Tant que c’est brutal, bête et (un peu) méchant, ça passe. Bon ok, Edward a fait le serment de ne plus manger d’humains et le loup n’est qu’un inoffensif petit ami potentiel qui passe de bûcheron sympa à dévoreur d’animaux. Et c’est ça qui séduit Bella  dont toute la construction psychologique adolescente se base sur une sorte de rébellion. Or, on ne sait pas bien contre quoi elle se bagarre. Sa seule cause, c’est un amour impossible auquel on a peine à croire (il se construit très vite, sur aucune base commune autre que « comme il est beau ») …Tout l’épisode II, sans Edward, est une suite de moments où Bella doit se mettre en danger pour… le voir apparaître.

Only lovers left alive 

Si l’on reprend le schéma de Morse, il s’agit avant tout d’une violence froide, crue, stylisée, mais souvent en hors-champ. Or, dans leur monde, le fantastique est une clé pour survivre. Le monde adulte n’a rien d’attrayant et celui des enfants est très dur pour Oskar. Pour Bella en revanche, tout ressemble à une longue suite de caprices. Le monde dans lequel elle vit est aseptisé, même si les adultes y sont un peu démissionnaires, sa mère préférant suivre son mec plutôt que l’élever. Or, dans Morse, le vampire est une vraie question, un vrai en enjeu, le sang également. Il est quand même une des composantes du vampirisme et la question de sa représentation, de la violence aussi (les vampires étant des tueurs, pas des proies) a du sens. On pense notamment aux flacons de sang avalés par les héros de Only lovers left alive. Dans Twilight, la question du sang est sans cesse évoquée, mais bien souvent reléguée au second plan. La résistance des personnages et notamment d’Edward au sang humain est pourtant une question passionnante. Mais tout est fait pour mettre en avant l’amourette des deux héros… Et Bella tient à ce que cela se fasse selon les codes des films à l’américaine. Les petites vengeresses de Lolita malgré moi ont l’air d’être plus assoiffées de la vitalité de leurs semblables à côté.

Réparer les vivants 

Oskar et Eli s’écrivent à deux, parce qu’ils ont besoin de croire qu’ils ne sont pas seuls au monde. Quant à Bella et Edward, ils poursuivent la quête d’un amour qui pourrait trouver sa place dans le monde réel, mais difficilement et tragiquement. Or, Bella a surtout peur de vieillir et de devenir un déchet pour Edward qui lui ne vieillit pas. C’est un éternel ado avec des airs de marquis centenaire. La question de savoir comment leur amour résistera au temps est une question vampirique à souhait. Elle est aussi une question d’adolescence parfaite. A cet âge où l’on veut des « pour toujours » la question de demain est pourtant celle de l’immédiateté, du tout, tout de suite. Or, demain, c’est aussi quel monde je construis, comment je lutte. Et c’est ce qui manque cruellement à Twilight pour faire de l’adolescence plus qu’un produit marketing : une vision du monde que défendent ses personnages. Dans Morse, il est tout à fait clair qu’Oskar et Eli construisent un monde de chaos, de champs de ruines. Un film de vampire où le glamour n’est pas roi, en voilà un programme. Car il est question d’épouvante et d’exil dans Morse.

C’est ça, toujours, qu’est l’adolescence au cinéma :  un adieu au monde connu et ouaté pour se plonger dans l’inconnu. Pensons ici à Nocturama et à ces post-adolescents qui rêvent de tout détruire pour tout reconstruire, mais se confrontent à la mort . En cela, peut-être, le vampire est un ado comme les autres, mais piégé dans un corps qui ne lui appartient pas, dans un entre-deux étouffant où la lumière ne peut pas pénétrer. Les personnages de Morse le savent et ont donc tous perdu l’espoir sauf en la fusion de leurs âmes. Être deux et le savoir, pour demeurer solitaire sur une terre sans refuge. La différence fondamentale est là entre un film sur l’adolescence vampirique et un film pour adolescents avec des vampires dedans.

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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