Peggy Sue s’est mariée et Jardins de pierre : le deuil de l’innocence selon Francis Ford Coppola

Les longs-métrages que Francis Ford Coppola réalisa dans une décennie 1980 maudite subissent depuis lors un traitement injuste. On ne peut donc qu’accueillir avec excitation ces nouveaux masters restaurés, proposés par Carlotta, deux des meilleures œuvres du maître américain sorties durant cette époque. Si les nouvelles copies sont d’excellente facture et remplissent leur mission principale en nous rappelant les immenses qualités des deux films, il est fort dommage que ces sorties « événements », bien mises en valeur par le joli packaging, ne soient pas accompagnées de suppléments vidéo plus conséquents…

Nous ne reviendrons pas en détail, dans cet article, sur Peggy Sue s’est mariée et Jardins de pierre, les deux films ayant déjà été décortiqués sur le site. Leur restauration et réédition conjointe par Carlotta sont toutefois l’occasion de souligner leur contiguïté à une époque où leur géniteur, Francis Ford Coppola, a souvent proposé des variations autour de thèmes identiques. En effet, après le désastre commercial de Coup de cœur en 1982, Coppola entama une longue traversée du désert marquée par de nombreuses épreuves professionnelles et personnelles. Marqué par un présent difficile, faut-il s’étonner que le metteur en scène – y compris dans des œuvres de commande – chercha dorénavant l’inspiration dans un passé parfois idéalisé ?

La veine nostalgique fut entamée dès Outsiders (1983), dont l’action se déroule dans ces années 60 qui, pour le cinéaste, symbolisent évidemment un âge d’or, autrement dit l’adolescence. Coppola assuma les liens entre ses films au point de situer son opus suivant, Rusty James (1983), au même endroit (dans l’Oklahoma), recyclant une partie du casting ainsi que l’équipe technique. Cotton Club (1984), un film de commande, raconte quant à lui l’histoire d’un club de jazz à la fin des années 20. Plus tard, Tucker (1988) se situe lui aussi dans un passé (l’après-guerre) où tous les espoirs étaient encore permis, où les hommes pouvaient imaginer le futur. Peggy Sue s’est mariée (1986) et Jardins de pierre (1987) s’inscrivent tout naturellement dans ce même « cycle » cohérent qui revisite le passé et traite de la perte de l’innocence. Les restaurer ensemble fait sens, car les deux œuvres sont sans doute parmi les plus personnelles et les plus réussies de Coppola dans les années 80. Elles représentent aussi deux approches, l’une joyeuse et idéaliste, l’autre mélancolique et intimiste, complémentaires dans son exploration du passé.

Peggy Sue s’est mariée : réenchanter le présent

Synopsis : Le mariage de Peggy Sue est en plein naufrage. Charlie, son rocker de mari, et elle sont sur le point de divorcer. Lors de la fête des anciens élèves du lycée Buchanan, Peggy Sue est élue reine de la soirée. Très touchée, elle s’évanouit et, lorsqu’elle reprend connaissance, elle se retrouve vingt-cinq ans en arrière, en 1960, jeune lycéenne et fiancée à Charlie.

Initialement confié à Jonathan Demme qui s’est retiré du projet, ensuite à Penny Marshall jugée trop inexpérimentée, Peggy Sue s’est mariée atterrit chez Coppola, qui parviendra à transformer ce film de commande en une œuvre éminemment personnelle. A la fois comédie du remariage et fantaisie légère typique des années 80 (rappelons que Retour vers le futur est sorti l’année précédente), le film retrace la folle aventure de Peggy Sue Bodell (Kathleen Turner) qui, suite à une syncope lors d’une soirée de réunion de son lycée, est propulsée dans les années 60 où elle a l’occasion de revivre ses années de jeunesse. L’idée géniale est évidemment que Peggy Sue ne revisite pas son passé via des flash-backs mais en conservant son apparence de quadragénaire, ce dont personne ne semble se rendre compte. Cette idée sera reprise par Noémie Lvovsky en 2012 dans Camille redouble.

A bien y regarder, le film n’est que très peu construit sur une opposition entre un présent marqué par des échecs consommés (Peggy Sue et Charlie ont divorcé, Charlie n’a pas percé dans la musique) et un passé aux horizons encore ouverts, il est en réalité inscrit tout entier dans la nostalgie. Peggy Sue s’est mariée débute en effet par les préparatifs de l’héroïne à la soirée de réunion de son lycée, puis la réunion elle-même. Pour l’occasion, la « quadra » pimpante enfile à nouveau sa robe de princesse du bal (prom queen) – vision drolatique quand on n’a plus vingt ans – sous les yeux de sa fille Beth (Helen Hunt), elle retrouve à la fête les lieux et les personnes de sa jeunesse, et elle se voit même réélue princesse du bal. Avant même que ne débute son aventure dans les couloirs du temps, Peggy Sue évolue donc déjà dans le passé, en quelque sorte. Un passé volontairement idéalisé par le cinéaste. Les années 60 représentent certes un temps de liberté et de bonheur incroyables pour les jeunes Américains, une parenthèse enchantée entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début du conflit vietnamien et de la crise économique causée par le choc pétrolier de 1973. Pour un Coppola en proie aux doutes et aux problèmes financiers et personnels, pour qui cette période coïncide en outre avec ses années de jeunesse, les années 60 sont clairement frappées d’un sceau idéalisé, qui édulcore la réalité pour n’en garder que les bons souvenirs et l’esthétique gaie et colorée.

Du présent, finalement, Coppola ne révèle que ce qui est essentiel à l’intrigue, c’est-à-dire les échecs que Peggy Sue aura l’occasion de « corriger » en se voyant offrir une occasion unique de revivre ses années de lycée. Là intervient la deuxième idée géniale du film. On pense d’abord que l’héroïne va profiter de cette opportunité invraisemblable pour réparer ses erreurs de jeunesse et refaire sa vie. Elle pourrait par exemple mettre fin à sa relation avec Charlie (Nicolas Cage), qu’elle sait condamnée, choisir de ne pas avoir d’enfant trop jeune pour vivre ses rêves, ou encore pousser Charlie à réaliser les siens. Le récit dévie pourtant rapidement lorsque Peggy choisit au contraire, et à l’instar de Coppola, de profiter à fond de son aventure nostalgique. Contrairement à ce qu’elle dit souhaiter au début, lors de la fête de réunion de son lycée, elle ne va pas « faire les choses autrement » mais profiter simplement des choses de son passé. De ses parents et grands-parents, de sa sœur Nancy (Sofia Coppola), de son lycée, des amours qu’elle n’a pas concrétisés à l’époque. Et à la fin, Peggy Sue prend exactement les mêmes décisions qu’il y a plus de vingt ans. En troquant le côté convenu du fantasme de pouvoir refaire sa vie pour une ambiance solaire, le film réussit son pari d’être à la fois mélancolique et feel good, touchant et finalement plus réaliste qu’il n’y paraît.

Jardins de pierre : se réconcilier avec le passé 

Synopsis : Le soldat Jack Willow a trouvé la mort au Vietnam, ce qui désespère son père spirituel, le sergent Hazard, qui l’avait mis en garde contre cet engagement risqué. Willow est enterré, avec quinze camarades, dans le cimetière d’Arlington, immense jardin de pierre. La cérémonie est l’occasion pour Hazard de retracer le parcours du jeune idéaliste, le fils d’un de ses anciens frères d’armes.

Le projet suivant de Francis Ford Coppola, tourné en 1987, peut sembler un contre-pied de Peggy Sue s’est mariée. Gardens of Stone est en effet une adaptation, mise sur pied par le cinéaste (il ne s’agit donc pas d’un film de commande), du roman du même nom de Nicholas Proffitt. Avant de couvrir les événements du Vietnam en tant que reporter pour Newsweek, ce dernier fit son service militaire au sein du 3e régiment d’infanterie, au célèbre cimetière d’Arlington en Virginie. Le roman se base sur ces deux expériences croisées.

Aux couleurs chatoyantes, à la légèreté et au script fantaisiste du film précédent, Coppola oppose une atmosphère intimiste, une tonalité mélancolique voire profondément triste, et un scénario abordant le drame bien réel de la défaite américaine au Vietnam. Contrairement à Peggy Sue, aussi bien le sergent dur à cuire Hazard (James Caan) que la recrue idéaliste Willow (D. B. Sweeney) ne dévient pas de leur destin tout tracé dans le cadre fraternel mais rigide de l’armée. Le premier n’obtient pas la mutation tant désirée vers une unité de formation des recrues pour le front, tandis que le second, aveuglé par ses rêves d’héroïsme, ne remettra jamais ses ambitions en question. L’aîné frustré reste à la maison et perd chaque jour un peu plus ses illusions à mesure que ses jeunes compatriotes reviennent du front dans un cercueil, Willow compris. Si Peggy Sue s’est mariée est un film solaire, Jardins de pierre est une œuvre crépusculaire.

Pourtant, les deux longs-métrages s’inscrivent dans une continuité thématique évidente. La nostalgie et la perte de l’innocence y constituent le fil rouge, les atmosphères différentes s’expliquant évidemment par un cadre et un récit totalement différents. Encore que le caractère évident de ces différences se discute. Après tout, que sont les grands succès du cinéma d’action reaganien (Rambo 2, Portés disparus, etc.) si ce n’est la guerre du Vietnam à la sauce Peggy Sue ? Un événement marquant (pour la nation, pas uniquement pour l’individu) que l’on a l’occasion de revivre afin de corriger nos erreurs et réécrire l’histoire ? En adaptant Jardins de pierre, Coppola opère un choix diamétralement opposé. Ici, pas d’héroïsme triomphant, pas de seconde chance, pas même de guerre, cette dernière étant vécue « en coulisses ».

Le cinéaste américain ne réinvente pas la tragédie récente de l’Amérique, il la regarde en face et pose un regard approprié dessus, celui que permet la distanciation historique. La tristesse et le deuil dominent d’abord, auxquels répondent en écho les sentiments personnels de Coppola, dont le fils aîné Gian-Carlo est décédé pendant le tournage du film. Le caractère intimiste et profondément humain de Jardins de pierre lui permet pourtant de ne jamais verser dans le spleen ou la noirceur facile. Le film est marqué par l’acceptation de son destin. Par le pardon, aussi, comme l’illustre la prééminence du vétéran. Une figure jadis honnie par le monde artistique et systématiquement représentée sous un jour négatif dans le cinéma américain des années 70, ici présentée comme un individu chaleureux, droit dans ses bottes, à l’idéologie plus subtile qu’on ne pourrait le penser… et même plus raisonnable que les pacifistes qui le provoquent gratuitement ! Jardins de pierre représente ainsi une époque qui initie enfin une réconciliation entre deux mondes jadis antagonistes, symbolisée dans le film par la relation irréaliste entre le vétéran Hazard et la journaliste Samantha David (Anjelica Huston). Là où réside la réussite majeure du film est qu’à aucun moment, Coppola n’en a fait une œuvre foncièrement politique. L’humanité des personnages et la puissance des liens qu’ils nouent entre eux sont au cœur du film. Ce sont elles qui permettront de surmonter les épreuves de la vie sans les nier, de tolérer les erreurs passées sans les corriger.

SUPPLÉMENTS 

Les nouveaux masters restaurés haute définition de ces deux beaux films de Coppola sont hélas accompagnés de bien peu de suppléments, trop peu pour un metteur en scène aussi célébré et des œuvres d’une telle qualité… Outre les traditionnelles bandes-annonces (sommes-nous les seuls à les considérer parfaitement dispensables ?), un seul bonus vidéo nous est en effet proposé sur chacun des DVD ou Blu-ray (le contenu est identique), à savoir une analyse du réalisateur et historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret. En outre, l’analyse n’est pas livrée sous forme d’entretien, comme souvent, mais à travers un commentaire en voix off, illustré par des images et extraits des films. Si l’analyse est de haut niveau et qu’on y apprend beaucoup de choses, le format choisi la rend très littéraire (il est évident que Thoret lit son texte, à un rythme soutenu qui plus est), parfois difficile à suivre et quelque peu dépassionnée.

Cela dit, la qualité de l’analyse de Thoret, un habitué de l’exercice, est irréprochable. Parmi les commentaires principaux concernant Peggy Sue s’est mariée (« Réparer le présent »), retenons la mise en contexte du film dans la filmographie de Francis Ford Coppola (décennie 80 très difficile, film de commande que le cinéaste s’est approprié, continuité thématique, etc.), mais aussi dans une période du cinéma américain où beaucoup de succès populaires célébraient (et magnifiaient) le passé ou refaisaient l’histoire officielle, après une décennie 1970 difficile, dépeinte dans des œuvres parfois violemment critiques. Thoret note avec perspicacité que, dans le film, Coppola recrée un véritable âge d’or, où tout est magnifique. Ainsi, lorsque Peggy souffle son secret à Richard Norvik (Barry Miller) et lui dévoile les inventions du futur, elle n’évoque que des choses matérielles (les bas nylons, les télévisions miniatures, les bébés éprouvettes…), jamais les bouleversements politiques et autres crises, ce qui est très significatif.

Quant à Jardins de pierre, dans une analyse intitulée « Fantômes de guerre », le spécialiste le qualifie à juste titre « d’un des films oubliés de Coppola, et pourtant l’un des plus beaux ». On évoquait plus haut le rôle de trouble-fête du film dans le cinéma d’action reaganien, qui réinventait la guerre du Vietnam. Thoret opère une autre comparaison. Face aux Full Metal Jacket de Kubrick, Platoon de Stone et Le Maître de guerre d’Eastwood, sortis à la même époque, la tonalité crépusculaire et anti-spectaculaire de l’œuvre de Coppola a forcément joué en sa défaveur. Thoret met également le film en parallèle avec Apocalypse Now, dont il n’est selon lui pas l’opposé mais « une espèce de codicille ». Le chef-d’œuvre de 1979 est une fresque baroque, visuellement époustouflante, avec des personnages et des situations hors du commun, alors que Jardins de pierre est un film en vase clos, loin du champ de bataille, réaliste et sobre. La distance avec le conflit est marquée, aussi bien historiquement que narrativement, puisque le récit se déroule loin des champs de bataille. Il s’agit d’une vision plus apaisée, mais aussi mélancolique du conflit. En outre, deux acteurs (Laurence Fishburne et Sam Bottoms) jouent dans les deux films, et le nom du personnage de Willow fait penser à Willard, le héros d’Apocalypse Now interprété par Martin Sheen. Willow pourrait même être un Willard plus jeune, encore naïf et idéaliste. Enfin, Thoret souligne le fait que Coppola a souvent représenté la force du rite, ici au cœur même du film. Au début, quand ils sont montrés avec de la distance, il y a une forme d’absurdité, voire de ridicule dans ces rites extrêmement rigides. On comprendra peu à peu leur rôle structurant au sein d’un microcosme chaleureux, leur rôle crucial dans un processus de deuil certes codifié. Et à la fin, leur puissance émotionnelle éclatera lors de la scène poignante des funérailles militaires.

Note concernant l’édition

3

Suppléments des éditions DVD et Blu-ray :

Peggy Sue s’est mariée

  • « Réparer le présent », une analyse de Jean-Baptiste Thoret
  • Bande-annonce originale
  • Memorabilia inédits

Jardins de pierre

  • « Fantômes de guerre », une analyse de Jean-Baptiste Thoret
  • Bande-annonce originale
  • Memorabilia inédits

Note concernant le film

4

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.

Sirāt : l’odyssée des damnés

Prix du jury au Festival de Cannes 2025, Oliver Laxe prolonge son cinéma de l’épreuve et de la foi dans un road-trip halluciné au cœur du désert. Entre communauté de teufeurs, deuil intime et bascule métaphysique, "Sirāt" interroge l’errance contemporaine dans un monde vidé de repères. Une expérience sensorielle radicale, portée par les corps, la musique et un monde au bord de l’effondrement.

Once upon a time in Gaza : l’Espoir, le Vice et la Trahison

"Once Upon a Time in Gaza" des frères Nasser est une tragi-comédie saisissante mêlant fraternité contrariée, satire sociale et résistance artistique. Entre fable noire et cinéma engagé, le film dresse un portrait poignant et absurde de la vie à Gaza, où chaque geste devient un acte de survie sous un ciel d’oppression.