Les Feux de l’Été (The Long, Hot Summer), de Martin Ritt en Blu-ray chez BQHL

Sortie ce mois de mars des Feux de l’Été (The Long, Hot Summer) en Blu-ray pour la seconde fois. Ici réédité chez les éditions BQHL, le long métrage de Martin Ritt nous emmène dans le sud des Etats-Unis dans un récit emmené par un casting prestigieux et étrangement partagé entre envolées romantiques, chronique rurale et farce bourgeoise.

Synopsis : Quand se consument toutes les passions… Précédé par une réputation d’incendiaire, Ben Quick échoue à Frenchman’s Farm, une petite ville du Mississippi dominée par le patriarche Will Varner et sa famille. Varner donne davantage que du travail à cet étranger en qui il se reconnaît : il l’accueille à son domicile, en fait le rival de son propre fils et le pousse dans les bras de sa fille, une femme indépendante que courtise un aristocrate indécis… En bousculant malgré lui l’ordre établi, Quick s’expose aussi à l’hostilité de certains.

Paul « Magnificent Blue Eyes » Newman et les autres

Les Feux de l’Été tient du récit classique qui suit l’arrivée d’un étranger au cœur d’une bourgade bien rodée. Bien sûr, cette intrusion dans la routine d’une ville et de sa famille dirigeante va poser quelques problèmes. Le charme du film n’est pas de faire de Welles un pestiféré usant jusqu’à la moelle un langage faulknérien même si cela s’avère être assez amusant. Et il n’est clairement pas dans son happy end brutalement – car rapidement – déployé dans un récit qui progressait à petit pas et tout en précisions. Il s’agit de la manière dont Ritt croise les tons. La chronique rurale croise ainsi celle bourgeoise qui tire vers une forme de farce baignée d’ironie. Et l’ensemble est habité par des envolées romantiques formidables.

Pour cela, Ritt joue des déplacements des personnages – et donc de leurs sentiments – qui vont amener les spectateurs dans des espaces musicaux bien précis. Le compositeur Alex North (Spartacus, Cléopâtre, Un tramway nommé désir) nous livre des refrains jazzy diégétiques, des tensions dramatiques extradiégétiques ou encore, à la croisée des chemins, des envolées lyriques avec l’une des plus belles compositions romantiques de l’histoire du cinéma (à écouter ci-dessous). Justement, Ritt amène Newman et les spectateurs dans la demeure bourgeoise des Varner où le refrain jazzy résonne aussi fort que l’ironie déployée sur les personnages et leur routine. La musique, ici diégétique, permet d’exposer une forme d’ironie méta, ancrée dans le réel comme dans notre expérience du film. L’accompagnement dramatique mis à part, cette mise en abîme laisse place à cette « croisée des chemins » constituée par un romantisme et un lyrisme particuliers. Cette manifestation prend notamment place lorsque Newman se retrouve en compagnie de la lumineuse Joan Woodward. La musique, utilisée de façon extradiégétique (que vous écoutez ci-dessous, si ce n’est pas encore fait), questionne les sentiments, joue musicalement des ambiguïtés émotionnelles à l’image des personnages qui se testent. C’est à croire que le compositeur, les personnages et les spectateurs sont tous dans l’expectative, conscients des enjeux tout en ne connaissant pas l’aboutissement de la séquence.

Ci-dessous, un morceau romantique et étrange de la bande-son composée par Alex North.

L’autre maillon qui traverse ces ambiances est bien sûr le personnage de Newman. Même si son point de vue est de temps à autre abandonné, ce dernier semble laisser l’empreinte de son regard, de son passage sur chaque scène, comme s’il était présent dans l’esprit des autres personnages et comme s’il les observait. On doit cela à la présence über-charismatique de Paul Newman dont le regard perçant et la belle gueule explosent de charme à l’écran, faisant exister le personnage davantage dans les silences que dans les dialogues bien menés. Le long métrage aurait beaucoup perdu en puissance dramatique sans l’acteur non reconnu à l’époque et que Ritt a imposé aux studios. Les deux se retrouveront d’ailleurs dans Paris Blues, Hombre, The Outrage et leur chef d’œuvre, Hud (Le Plus sauvage d’entre tous).

The Long, Hot Blu-ray

Les Feux de l’Été ressort en Blu-ray chez BQHL avec un nouveau master inédit en France que l’on pouvait découvrir outre-Atlantique chez l’éditeur Twilight Time en 2017. Exit le master de 2012 édité chez nous par Filmedia en 2014, sa définition médiocre et son grain sur-présent. Le film fait un come-back HD surprenant : définition à la hauteur du support (hormis sur quelques plans mais rien de grave) ; pas d’artefacts (griffes, poussières) et un grain mieux géré. On note aussi un meilleur rendu du scope anamorphique qui constitue la copie avec, à l’inverse du master de 2012, un grain de données sur chaque bord du cadre. Toutefois, quelques doutes subsistent quant à la colorimétrie très contrastée du film qui manque de nuances par rapport au master de 2012 (voir comparatifs ci-dessous). La question se pose : est-ce que cette nouvelle palette colorimétrique est plus proche du rendu original du film ? Un léger doute peut se former suite à un simple constat : les couleurs sont menées par deux dominantes : le jaune/doré et le magenta/violet.

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Copyright : Jerry Wald Productions, 20th Century Fox, Medusa, Twilight Time
Captures d’écran : DVDBeaver, Blu-ray.com

Peu à dire concernant les pistes sonores si ce n’est que la VF est à éviter tant les voix dominent et ce, sans restauration. On note quelques résonances sur certains dialogues beaucoup trop clairs en VO par rapport au reste de la piste sonore. Enfin, on regrette le sous-titrage très moyen du film par l’éditeur. Répliques ou morceaux de dialogues non sous-titrés, termes oubliés ou négligés et une traduction approximative constitue les sous-titres, gros point noir de l’édition.

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Même si le cadre n’est le meme entre les photogrammes, le changement colorimétrique est notable. Copyright : Jerry Wald Productions, 20th Century Fox, Medusa, Twilight Time
Captures d’écran : DVDBeaver, Blu-ray.com

Côté compléments, l’édition de BQHL ne comporte aucun des bonus présents sur celle de Twilight Time – soit la piste sonore musicale isolée, la bande-annonce, une archive des news de l’époque et un documentaire d’une vingtaine de minutes –, ni de la précédente édition de Filmedia. D’ailleurs, ne comptez pas sur des bonus vidéo et encore moins sur un menu, puisque la galette vous propose juste d’accéder à la version originale sous-titrée ou à la piste française. On note heureusement la présence extra-disque d’un livret de seize pages écrit par Marc Toullec, déjà rencontré sur de nombreuses éditions vidéo : Hellraiser, Zombie, Un justicier dans la ville, Jason et les argonautes, entre autres. Le Magduciné n’a pu avoir accès au livret, mais comme le note Kinoscript, Toullec, accompagné de citations de membres de l’équipe du film (acteurs, etc), reviendrait sur sa conception.

Ainsi l’édition BQHL partage : malgré cette colorimétrie étrangement exacerbée, le master enchante. Le manque de compléments sur la galette Blu-ray, même s’il est heureusement comblé par la présence du livret, a un gout de déception. Enfin les sous-titres sont tellement moyens qu’ils pousseront hélas certains à passer sur la VF médiocre ou bien mieux, à retirer manuellement ceux-ci via le lecteur et à goûter le film pleinement dans sa langue natale.

Extrait – Les Feux de l’été/ The Long, Hot Summer (1958)

CARACTERISTIQUES TECHNIQUESles-feux-de-l-ete-the-long-hot-summer-de-martin-ritt-avec-paul-newman-orson-wells-lee-remick-joan-woodward-visuel-du-dvd-blu-ray-editions-bqhl

USA – 1958 – Durée du film : 116 mn – format : 16/9 comp. 4/3- noir et blanc –

Sous-titres : français – Éditions BQHL

Bonus : Un livret de 16 pages conçu par Marc Toullec

Prix de vente conseillé

Blu-ray : 19,99 euros TTC

DVD : 18,00 euros

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