Accueil Blog Page 811

After Earth : Shyamalan en mode écran de veille

Critique du film After Earth

Pour planter le décor, un vaisseau spatial se trouve contraint d’atterrir sur la Terre, une planète devenue interdite, mille ans après que l’humanité ait été obligée de l’évacuer, chassée par des événements cataclysmiques. Sur cette Terre désormais hostile, le père Cypher, inteprété par Will Smith grièvement blessé, doit rester dans une position de surveillance dans le vaisseau, tandis que son fils Kitai Raige incarné par Jaden Smith, s’engage dans un périple à haut risque pour signaler leur présence et demander de l’aide. Kitai va explorer des lieux inconnus, affronter les espèces animales qui ont évolué et dominent à présent la planète, et combattre une créature extraterrestre redoutable qui s’est échappée au moment du crash. Pour avoir une chance de rentrer chez eux, père et fils doivent apprendre à communiquer et se faire mutuellement confiance…

Après les films, Sixième Sens (1999), et Incassable (2000), Shyamalan avec Le Village (2004) réalise un film plus politique, mettant en scène une communauté fondée sur des croyances et des peurs et leur rupture. Entre temps soulignons que le réalisateur a fait des films dont a assez peu entendu parler comme La Jeune fille et l’eau (2006) et Phénomènes (2008).

C’est un réalisateur, qui à la manière d’un Michael Bay², semble cristalliser une forme de haine de la part des critiques, alors qu’il tente à juste titre de mettre de la poésie, une forme de philosophie et de réflexion dans ses films, malgré le formatage imposé par l’industrie hollywoodienne.

After Earth est d’abord l’adaptation cinématographique d’une bande dessinée After Earth : Innocence, et d’un roman After Earth : Ghost Stories. Mais on peut regretter un scénario prévisible qui le résume à un blockbuster, mené par des producteurs qui certainement n’arrivent plus qu’à voir la machine à fric facile, au détriment de la création. C’est un genre d’Heroic Fantasy classique où le fils du héros, ce père commandant, entouré d’une aura de guerrier sauveur, revient sur la Terre fondatrice de l’humanité, pour affronter des épreuves aussi bien physiques que mentales.On peut reprocher à ce film, la quasi inexistence des vestiges humains, un passage un peu trop rapide sur la flore et la faune terrestre, et une intrigue un peu plate mais avouons-le, ça reste un bon divertissement. Les paysages sont magnifiques, et dans l’ensemble les effets spéciaux sont à la hauteur des espérances.

De plus, Syamalan a encore une fois tenté d’introduire des thèmes dans cette œuvre de science-fiction, d’une part la relation entre un père et son fils avec ses complexités, et un traumatisme en fond de toile, un choix qui peut déstabiliser le spectateur par conséquent. Le thème de base, quant à lui, concerne l’affrontement de la peur, et la détermination à y faire face.Même si on passe rapidement sur le sujet comment affronter ses peurs, c’est probablement ce qui accroche le plus, ce point de vue sur nos frayeurs est atypique bien que tout à fait logique si on y pense une minute.

Cette phrase « La peur n’est pas réelle. Elle est un produit des pensées que tu crées… Le danger est très réel. Mais la peur est un choix » peut tout aussi bien faire référence au livre Dune ² : »Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi. »Cela montre aussi que le réalisateur n’a pas complétement succombé à cette industrie où les requins de la finance se sont introduits.

Les thèmes du film After Earth

After Earth est un film qui a plusieurs reprises, met en avant un point de vue sur la peur qui n’est qu’une illusion, une sorte d’énergie morte dans notre mental. La solution pour y faire face, consiste à revenir dans le temps présent.

C’est une idée philosophiquement très intéressante, revenir dans « maintenant » pour ne pas succomber : être conscient de son environnement en le touchant, d’où les scènes où le fils touche la terre, entend les bruits…  En fait, il prend conscience de qui est là à l’instant présent pour faire face aux dangers réels.Hélas la fragilité de l’intrigue vient ternir le véritable potentiel de l’histoire, qui est dans la phrase la peur est un choix, le danger est réel, et on passe trop vite sur cette idée, pour aller vers une fin bien trop prévisible. Notons au passage qu’un autre thème est sous-jacent, celui de l’écologie, bien que mineur, à travers la scène des baleines nombreuses et libres depuis le départ de l’humanité, un appel à protéger notre Terre de la destruction.

On peut au final se poser la question si Syamalan ne devrait pas lui aussi affronter ses peurs, sortir du mode écran de veille, pour aller vers le cinéma indépendant, et prendre une autre voie, lui aussi, loin d’un Entertainement castrateur ! Avec plus de liberté en effet, et en s’éloignant davantage des conventions hollywoodiennes, le réalisateur aurait pu magnifier son thème central et réaliser un grand film. Remarquons que l’affiche d’After Earth, avec Will Smith, reprend à peu de choses près le thème abordé par Oblivion.


Note : ²Michael Benjamin Bay est un réalisateur et un producteur américain connu pour avoir réalisé des films d’action et catastrophique avec gros budget, caractérisés par leur utilisation massive d’effets spéciaux. ²Dune est un roman de science-fiction écrit par Frank Herbert et publié aux États-Unis en 1965, un film réalisé par David Lynch en 1984 et 2000 une mini-série américaine en 3 épisodes, adaptée et réalisée par John Harrison.

« Star Trek : Into Darkness » : un blockbuster hollywoodien dans les règles de l’art

Le réalisateur J.J Abrams vient de s’offrir un blockbuster de la série la plus geek au monde : « Star Trek : Into Darkness »

Dans un monde en guerre, le Capitaine Kirk, animé par la vengeance, se lance dans une véritable chasse à l’homme, pour neutraliser celui qui représente à lui seul une arme de destruction massive. Nos héros entrent dans un jeu d’échecs mortel. L’amour sera menacé, des amitiés seront brisées et des sacrifices devront être faits dans la seule famille qu’il reste à Kirk : son équipe.

En effet, le réalisateur J.J Abrams qui a été choisi pour prendre la succession de Georges Lucas pour être aux commandes de ce Star Wars, nous offre dans ce second opus Star Trek un bon blockbuster festival respectant toutes les règles du genre. C’est un très bon divertissement, surpassant le premier opus. Nous avons un bon méchant charismatique John Harrison, incarné par l’acteur britannique Benedict Cumberbatch, remarquable dans la série Sherlock.

Un méchant autour duquel le scénario est bâti, un personnage dont les agissements provoquent le chaos et happent nos héros dans un tourbillon de violences et de sacrifices. L’intrigue repose sur la bonne idée toutefois de ne pas faire un méchant trop caricatural. Les motivations de ce dernier pourraient presque être compréhensibles…

C’est le genre de méchant que l’on aime, avec du relief faisant passer à la trappe le triste souvenir d’Eric Bana en Nero, vilain Romulien qui avait fait rire tout le monde !L’équipe est la même bande de copains, des héros sympas. Certes, les personnages sont présentés rapidement mais on comprend très vite le rôle de chacun. Zachary Quinto que l’on a pu voir dans Americain Horror Story est excellent dans le rôle d’un Spock innocemment rigide.

Par contre, le capitaine Kirk interprété par Chris Pine, est presque vide : il lui manque une âme.Les effets spéciaux sont à couper le souffle. Dès les premières minutes du film, l’action happe le spectateur. La scène du volcan est énorme. L’humour est présent sans tomber dans l’excès, les scènes dans l’espace sont dantesques et la narration bien soutenue.

Le film reste basé sur la série : nous sommes à bord de l’USS Enterprise, le capitaine T.Kirk, Spock le second du capitaine et enfin le docteur Mc-Coy ont pour but d’explorer de nouveaux mondes sans interférer dans leurs évolutions.Un blockbuster où l’action coule à flot, techniquement un Space Opera irréprochable. Les combats sont magnifiquement tournés mais « Star Trek : Into Darkness » ne suscite aucune émotion.

Ceci est regrettable car l’univers de Star Treck est très riche et il faut bien avouer que le respect des règles de l’art du blockbuster ne  suffisent ici pour en faire un film vivant. C’est une expérience cinématographique agréable mais vide avec un scénario trop prévisible même si la musique sans être grandiose reste efficace.Au final, « Star Trek : Into Darkness » est à l’image du Docteur Carol Marcus, qui ne semble n’être là que pour montrer sa belle plastique…

Synopsis : Alors qu’il rentre à sa base, l’équipage de l’Enterprise doit faire face à des forces terroristes implacables au sein même de son organisation. L’ennemi a fait exploser la flotte et tout ce qu’elle représentait, plongeant notre monde dans le chaos…

Shokuzai – Celles qui voulaient se souvenir, un film de Kiyoshi Kurosawa

Shokuzai – Celles qui voulaient se souvenir : Un thriller du traumatisme et de la pénitence, et satire sociale.

Shokuzai est l’adaptation d’un roman de Minato Kanae mis en scène par Kiyoshi Kurosawa, l’un des meilleurs réalisateurs japonais, pour un diptyque au cinéma, mais qui est à l’origine une mini-série de la chaîne nippone Wowow en cinq épisodes. « Shokuzaï » veut dire pénitence, la pénitence marquant le destin de quatre fillettes quinze ans après le viol et le meurtre d’une amie. Kivoshi Kurosawa nous propose un récit haletant et brillamment mis en scène présenté à la Mostra de Venise et au Festival Deauville Asie. L’œuvre de Kurosawa naît de l’envie de narrer les changements perceptibles dus à un traumatisme. L’auteur est travaillé par la question du vide ; dans Shokuzai, c’est le vide de la vie dont le souffle s’échappe dans l’horreur. L’horreur est le viol et le meurtre de la petite Emili par un homme dont l’identification est impossible en raison blocage mémoriel des 4 fillettes. L’intrigue glisse alors dans la culpabilité et la quête de rédemption suite à la promesse macabre d’une mère vengeresse, Asako. Cette dernière représente le fantôme du passé, jetant la malédiction, attendant même Sae, dans le premier épisode, sous un pont à la manière des esprits dans la tradition japonaise. Elle incarne la toute-puissance du désir de détruire autrui pour simplement être.

Shokuzai – Celles qui voulaient se souvenir impose un mélange des genres : drame glacial, tragédie intime mais aussi thriller et satire sociale. Kurosawa s’amuse à varier les genres dans chaque chapitre, et parvient à tenir le spectateur en haleine jusqu’au bout. Cette dénaturation de l’homme est aussi visuelle. Le film s’ouvre sur les couleurs douces de la campagne japonaise dans laquelle les robes des fillettes sont comme des coups de pinceaux. De l’après-midi ensoleillé, le film bascule soudainement dans la nuit noire symbolisant le voile épais de l’horreur qui s’abat sur leur destin. La lumière rouge des voitures de police amène également une lueur macabre. Le rouge chez Kurosawa est la couleur de l’au-delà : c’est le fantôme d’Emili qui couvre les visages et les culpabilisent. Puis, la photographie bascule dans des couleurs pastelles et dénaturées symbolisant le voile de l’évènement sur les vies brisées que Kurosawa dépeint. L’esthétique de ce film demeure toujours épurée avec une distance pudique envers les personnages, magnifiquement interprétés, et situe davantage le récit dans le mystère que dans l’émotion. Ici, les deux premières filles sont parfaitement antagonistes : Sae (1er chapitre) est calme, vierge, réservée et stérile. Elle a développé une phobie du contact et a mentalement bloqué son corps dans l’enfance s’interdisant la fertilité. Elle se déshumanise sous les traits d’une poupée fantasmée par son mari. Maki (2ème chapitre) est une institutrice coléreuse et combattive qui soigne son remord dans sa relation avec les enfants. C’est dans la rigueur du cadre scolaire qu’elle tente d’inculquer les valeurs qui auraient sans doute pu empêcher le drame. Elle se protège par des cours de Kendo qu’elle mettra en pratique lors d’une scène mémorable d’attaque à la piscine devenant ainsi l’héroïne temporaire qu’elle n’a pas pu être jusqu’alors, dans une société nippone où la réputation est fondamentale, mais peut se défaire aussitôt. C’est ainsi qu’elle paye sa dette [i]. Le spectateur ressent une étonnante fascination de ce film envoûtant, une bouleversante incursion soudaine dans le monde dur des adultes et la société nippone mais surtout au monde sexué de la gente masculine. Shokuzai est un bel exercice de style d’une mise en scène légère et intelligente dans sa manière de susciter un effroi qui peut surgir de nulle part, un malaise qui sourd, renforcé par une musique troublante.

Shokuzai est un film qui traite clairement des capacités de chacun d’assumer les traumatismes de son passé et les capacités de les résoudre et à devenir un adulte responsable : le poids de la culpabilité et de la rédemption. Un thriller très subtil et superbement mis en scène, sans concession avec ses personnages aux destins brisés mais également une satire sociale très fine qui met en exergue la solitude des hommes, le vide moral dans une société profondément atomisée et violente ne fonctionnant qu’en réseau de connaissances, le poids des traditions. De plus, se dégage de l’œuvre de Kurosawa une interrogation sur la place des femmes, un certain machisme social avec des mariages arrangés, des femmes-objets. Si le rythme est un peu lent, Shokuzai – Celles qui voulaient se souvenir est un beau film psychologique.

Synopsis : Dans la cour d’école d’un paisible village japonais, quatre fillettes sont témoins du meurtre d’Emili (Hasuki Kimura), leur camarade de classe. Sous le choc, aucune n’est capable de se souvenir de l’assassin. Asako (Kyoto Koisumi), la mère d’Emili, désespérée de savoir le coupable en liberté, convie les quatre enfants chez elle pour les mettre en garde : si elles ne se rappellent pas du visage du tueur, elles devront faire pénitence toute leur vie. Quinze ans après, que sont-elles devenues ? Sae (Yû Aoi) et Maki (Eiko Koike) veulent se souvenir…

Réalisation : Kiyoshi Kurosawa
Scénario : Kiyoshi Kurosawa
Acteur : Yu Aoi, Eiko Koike, Kyoko Koizumi, Hazuki Kimura, Mirai Moriyama, Kenji Mizuhashi
Auteur : Kanae Minato
Image : Akiko Serizawa
Montage : Koichi Takahashi
Musique : Yusuke Hayashi
Producteur/-trice : Tomomi Takashima, Yumi Arakawa, Nobuhiro Iizuka
Production : Django Film, WOWOW
Image : HD, 16/9
Son : Stereo
Genre Drame
Nationalité Japonais
Date de sortie 29 mai 2013 (1h 59min)


[i] Nous retrouverons cette stagnation de l’enfance avec Akiko (3ème chapitre) mais Kurosawa la pousse à l’extrême (voire au fantastique) avec cette « femme-ourse », sorte d’adolescente éternelle au comportement animal. Elle s’exclue de la communauté des hommes, qu’elle ne retrouvera seulement pour revivre une enfance à travers la fille de la copine de son frère. Dans le 4ème chapitre, Mayu (4e Episode) se détache un peu des 3 autres protagonistes. Elle est sans doute celle à qui le sous-titre celles qui oublient va le mieux. Cependant son comportement de fille volage repose belle et bien sur la perte d’opinion du corps et des atouts féminins.

Very Bad Trip 3, de Todd Philips

0

Very Bad Trip : Comédie policière au Caesars Palace

Afin de clore définitivement la trilogie, Todd Philips évite l’écueil de l’auto-remake et propose à notre « meute » un retour aux USA avec un petit passage par le Mexique, après l’escapade en Thaïlande dans Very Bad Trip 2 (2009). Allan, Phil et Doug se lancent dans une aventure complètement délirante et plutôt différente des deux précédents opus. Après les mariages et les enterrements de vie de garçon, les lendemains de fêtes endiablées et les gueules de bois, il fallait bien commencer par un enterrement tout court, celui du père d’Allan ! Mais cette fois, au lieu de devoir rassembler leurs bribes de souvenirs pour comprendre ce qui s’est passé, nos trublions doivent se lancer à la recherche de Leslie Chow et de ses lingots d’or, afin que Doug pris en otage, ne se fasse pas tuer. Sur fond de comédie policière, le pitch est un peu plus complet, amenant son lot de surprises, de rebondissements avec de nombreux clins d’œil aux épisodes précédents. Ce qui est annoncé comme le dernier volet de la saga a gardé toute son énergie pour clore une série ennemie du politiquement correct.

Very Bad Trip 3 prend un virage plus sentimental autour du personnage d’Alan, donnant à Zach Galifianakis, véritable mascotte de la série, son plus beau rôle. Tour à tout, pleurnichard puis donneur d’ordres, parfois inquiétant, souvent attendrissant, sa folie et sa jouissive désinvolture ont un véritable ressort comique tout au long de cette aventure ponctuée de situations toujours aussi loufoques et de répliques plus déroutantes que jamais. Le Chinois, l’emblématique vilain Chow, le trafiquant de drogue hilarant et psychopathe, campé par Ken Jeong, n’est pas en reste : toujours aussi déjanté et n’en faisant qu’à sa tête, ses pics de colères, sa dimension totalement incontrôlable, valent au spectateur quelques moments de grâce come le cambriolage dans la maison en mode chien, ses « You, Fuuuckers », la découpe des films d’alarme avec Phil en mode daltonien, ou encore son survol cocaïné du Caesars Palace en chantant « I believe I can fly, I believe I can touch the sky ». On n’oubliera pas non plus la scène d’entrée de la girafe décapitée par l’inconscience de notre cher Alan, et ses crises de larmes hilarantes. Ce nouvel épisode laisse donc un peu Stu et Phil sur le banc de touche, mais le spectateur a droit à de nombreux caméo comme le retour de Carlos ou le tatouage de Stu et le retour peu approfondi de quelques visages familiers: Mike Epps (le Doug noir), Heather Graham (l’escort-girl) et son fils (le bébé Carlos). On accueille parallèlement un nouveau venu : John Goodman qui cartonne dans son rôle de mafioso pourri jusqu’à la moelle. Le film est accompagnée d’une bonne mise en scène et d’une bande son adéquate à cet univers si particulier. Surtout, la scène post-générique est très drôle et demeure fidèle à l’esprit des premiers épisodes.

Si l’intrigue de Very Bad Trip 3 est un peu tirée par les cheveux, Todd Phillips clôture la trilogie avec un film légèrement meilleur que le second volet, qui n’était qu’un copié collé version Thaï, aux blagues réchauffées mais n’arrive pas pour autant à égaler le premier opus. Les bases même de la saga ne sont pas reprises, les fêtes déjantées, les cuites monstrueuses, la perte de mémoire et les aventures délirantes qui en découlent, ce qui pourra décevoir les fans de la première heure. Ici, c’est plutôt une chasse hilarante à l’homme.  Mais l’esprit de la saga n’est pas mort, loin de là. Alan est toujours aussi taré, Stu s’en prend plein la gueule et crie comme une gonzesse, tandis que Phil subit ses deux camarades pour notre plus grand plaisir. C’est la fin d’une grande histoire, tout au long remplie de situations cocasses, de dynamisme et surtout d’amitié. Avec ce dernier volet, Very Bad Trip devient non seulement une trilogie très rentable mais surtout indéniablement culte, au même titre que d’autres comédies américaines comme Mon Beau-Père ou encore Rush Hour. Ce troisième opus est surtout un super moment de rigolade, une bonne comédie d’aventures à l’énergie communicative, un Very Good Trip, excellent remède à la morosité ambiante !

Deux ans ont passé. Phil (Bradley Cooper), Stu (Ed Helms) et Doug (Justin Bartha) mènent des existences tranquilles et heureuses. Suite à l’enterrement du père d’Alan (Zach Galifianakis), la meute est à nouveau réunie. Face aux extravagances toujours plus folles de leur pote Alan, Phil, Stu et Doug, décident de l’accompagner jusqu’à un centre de soins psychiatriques. Bien-entendu, rien ne se passe comme prévu et les quatre compères se font kidnapper en route par un mafieux psychopathe. Pour se tirer de ce pétrin, la bande doit retrouver leur ingérable compagnon de virée, Leslie Chow (Ken Jeong), récemment évadé d’une prison thaïlandaise, et le convaincre de rembourser les millions en lingots d’or volés au truand. Pour boucler la boucle, ce périple mène la petite bande là où tout a commencé : Las Vegas…

Very Bad Trip 3 : Bande-annonce

La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino

0

La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino : Décadence de la Ville éternelle, comédie du néant

Rome, la ville éternelle, dans la splendeur de l’été. Jep Gambardella (Toni Servillo), 65 ans, continue de dégager un charme sur lequel le temps ne semble pas avoir d’emprise. Auteur dans sa jeunesse d’un seul roman, L’Appareil humain, qui lui a valu un prix littéraire, il n’a plus écrit depuis. Il est devenu un grand journaliste qui fréquente la haute société romaine et les mondanités. Sa vie est une succession de rendez-vous et de fêtes excentriques dont il est le principal protagoniste. Jep est cynique, blasé par la littérature et par l’amour, mais aussi un observateur éclairé de la décadence de la société romaine. Seul le souvenir de l’amour innocent de sa jeunesse sortira Jep de la résignation qu’il semble avoir choisie comme existence. Peut-être est il temps pour lui de se remettre à écrire… Ce film a été présenté en Compétition officielle au Festival de Cannes 2013

Après deux films formidables Il Divo (2008) et This must be the place (2011), tous deux déjà en compétition à Cannes, Paolo Sorrentino revient aujourd’hui avec La grande Bellezza. Dans le rôle principal, il fait de nouveau appel (pour la quatrième fois) à Toni Servillo [i]. Après avoir dépeint avec une certaine froideur l’élite politique italienne dans le majestueux Il Divo, Paolo Sorrentino donne cette fois une image toute aussi effrayante de l’élite culturelle. Avec ce sixième film, chronique délirante de la comédie humaine sur fond de vide spirituel, l’inventif et prolixe Paolo Sorrentino s’impose comme l’héritier de Federico Fellini [ii] évoquant le passé glorieux du cinéma d’auteur italien, qui force la réflexion et cherche une sorte de consensus philosophique sur le sens de la vie, mais aussi dans le décalage des personnages par rapport à la réalité du monde. Il nous propose un cinéma beau, intelligent, profond, remuant en nous les souvenirs, les émotions, les inquiétudes, un film sur le désir d’exister, et le sens de la l’existence lorsque la jeunesse s’est enfuie et qu’il ne reste que des visages, des moments, quelques réminiscences, quelques conversations pour encore faire brûler la flamme.

La-grande-bellezza12
La Grande Belleza est d’abord une critique acerbe de la décadence de la société romaine, décadence d’une époque, décadence d’un peuple, décadence de la civilisation. La scène d’ouverture dépeint une fête donnée pour les 65 ans de Jep, sur fond de techno disco, des hommes habillés et des femmes ornées de bijoux, se trémoussant sans complexe et avec frénésie ; le clou du spectacle est l’éruption du gâteau d’anniversaire d’une ex-starlette siliconée de la téléréalité berlusconienne, aux formes felliniennes mais abîmée par les abus en tous genres. Le film a une sensibilité propre et une démarche qui consiste à approfondir la vacuité des personnages dans une sorte de nihilisme romantique, ce qui vaut un tableau riche d’enseignement sur une certaine élite italienne superficielle et hagarde, qui s’étourdit en fêtes mondaines délirantes, pour se donner le sentiment d’exister, de vibrer encore, de se fréquenter entre gens du milieu. Mais le vernis se craquelle vite et révèle la véritable peinture : l’église est superficielle, ces élites boivent, se droguent, fréquentent des catins, essaient de cacher leurs failles en s’attribuant de fausses réussites, se toisent, se critiquent en une mêlée faussement complaisante. Fausse communauté en somme totalement décadente dont la vacuité de l’existence n’échappe ni au spectateur, ni mêmes aux principaux protagonistes. Au milieu de la fête, apparait Jep. Campé par un Toni Servillo magistral, Jep est terriblement lucide et mélancolique. Il assume sa superficialité. Rien ne peut l’empêcher d’être ce qu’il est toujours, un grand séducteur, un journaliste reconnu et réclamé dans toutes les fêtes. Mais le voilà engagé inexorablement dans le temps des bilans. Lui, le fêtard, l’abonné aux soirées déjantées et souvent coquines, porte à présent un regard cynique, sans illusion sur la société romaine qui l’entoure, et sur lui-même. Jep a toujours un petit sourire en coin quand il se penche sur son passé.

La nostalgie est le dernier plaisir qui reste quand on n’a plus d’avenir», dit-il. Trop de désillusions, trop de superficialités pour affronter une nouvelle fois l’écriture, rien qu’une vanité de plus. Mieux vaut jouir de la vie, la mordre à pleine dents. Ce n’est pas la Dolce Vita, mais ça y ressemble après tout. Servillo apporte à ce personnage toute son humanité : Jep pourrait apparaître insupportable voire prétentieux avec son cynisme ravageur mais Toni Servillo réussit à le rendre attachant à travers un sourire doux et provoquant, qu’il garde même quand il balance des vérités acerbes à ses amis ou un regard plein de tendresse lorsqu’il contemple sa jeune maîtresse. Le choix du réalisateur d’en faire le narrateur de l’histoire est judicieux et permet une véritable immersion dans l’esprit du personnage. Tous les seconds rôles sont aussi talentueux, offrant une galerie de personnages hauts en couleurs: la rédactrice en chef naine et érudite, la confidente de Jep ; une femme devant sa réussite romanesque à ses coucheries avec un leader de parti ; un homme de théâtre qui doute de son talent ; une jeune actrice voulant écrire un roman proustien comme si les choses étaient acquises d’avance ; une mère richissime qui doit se battre contre la maladie mentale de son fils, une artiste ne pouvant définir le mot vibration ; un cardinal plus féru de recettes de cuisine que de spiritualité ; une religieuse de 104 ans vénérée telle une sainte, recevant les hommages des dignitaires de toutes les religions ; les strip-teaseuses qui s’effeuillent au milieu des notables encanaillés ; une nonne payant 700 euros pour une injection de botox ; une autre qui dîne un verre de cristal de champagne à la main  avec un prêtre ; un homme d’affaires corrompu… Un monde où la vacuité de l’existence ne fait pas de doute, ou l’argent est roi comme le personnage de Trumeau le démontre :

« Tu fais quoi comme métier ? », « Moi, je suis riche »

Vacuité d’une certaine élite, vacuité de l’art, vacuité de la religion, personne n’est épargné. C’est le tableau fellinien d’une société romaine qui nous est offert de scruter avec des touches de dérision, de pathétique, de nostalgie, de grotesque. Maîtrisant sa mise en scène de bout en bout (les travellings sont vraiment magnifiques), le cinéaste raconte aussi bien le ressenti intérieur d’un homme que celui d’une ville, et filme avec virtuosité cette comédie du néant, aidé par une bande-originale réussie et par des dialogues souvent tranchants. Une mise en scène savamment dosée où des passages tout en retenue et en finesse alternent avec des moments de démesure éclatante.

La Grande Belleza est une déclaration d’amour au cinéma italien, mais sans doute encore plus à la ville de Rome, ville éternelle, subliment filmée. Une œuvre nostalgique du rayonnement passé de l’Italie. Paolo Sorrentino filme autant les visages de l’Italie d’aujourd’hui que les statuts qui sont les seuls vestiges du glorieux passé. Car Rome est au cœur du film, la Rome plurielle, celle de l’Antiquité omniprésente, celle des palais somptueux, celle des lieux chargés de souvenirs cinématographiques, la Fontaine de Trevi, le Colysée, celle des musées recelant des trésors de toutes époques tel le superbe plan sur la Fornarina de Raphaël au Palazzo Barberini… Le film nous montre les errances du journaliste vieillissant dans Rome ce qui nous vaut de très beaux plans en clair obscur et des paysages remplis de lyrisme sur la ville. C’est une déambulation dans des lieux sublimes, des connivences avec les princesses et les nobles, des fêtes branchées avec les bourgeois de la culture ou des médias, les monsignori, les putes, les starlettes…

Au coin d’une rue, Jep descendant les escaliers croise furtivement une Fanny Ardant blonde. A la fois pesant, énervant, séduisant et magique, ce film est à l’image de Rome et de son personnage central : vampirisant. Le voyage est d’une grande beauté et touche parfois à la grâce comme la scène des flamants sur la terrasse s’envolant après le souffle de la sainte. Le spectacle est beau et parfois plein d’émotion, telle la rencontre entre Jep et son ami qui après le succès de sa représentation réussie de théâtre, annonce sa volonté de quitter cette Rome décevante ou la scène de la princesse déchue revisitant son palais devenu musée et contemplant son berceau : ou encore la sainte nonne expliquant son mutisme et sa vie de sacrifice par cette magnifique phrase: « Je me suis mariée avec la Pauvreté, et la Pauvreté ne se raconte pas ». Rome a la beauté du diable, et provoque le vertige immodeste esthétiquement galvanisant d’un cataclysme post berlusconien. Fellini dans toute sa splendeur, celui du début des années 60 mais aussi celui de Fellini-Roma (1972). Le générique de fin se laisse voir comme un long plan-séquence, vrai chant d’amour à la Ville éternelle.

La grande Bellezza est un film sublime mais déséquilibré. Le film est ambitieux, trop sans doute, virtuose, touche parfois à la grâce et à l’universalisme, mais manque de ressorts scénaristiques. Cette peinture de l’Italie tiraillée entre nostalgie et décadence, reste probablement trop contemplative et mal rythmée pour rester captivante de bout en bout. Malgré tout, La grande Belleza reste un superbe film dépressif sur la putréfaction et la décadence de la société romaine dans la droite lignée de Fellini, et dépeint une Italie hagarde dont les décors raffinés du passé peinent à dissimuler une odeur putride et mortifère. « Nous vivons dans l’illusion et passons notre temps à nous justifier dans un blablabla épouvantable d’inutilité. Sauf, peut-être, lorsque nous touchons à ce pour quoi nous sommes faits : l’amour de la beauté et la grâce ». La Grande Belleza est le reflet de la comédie humaine, drôle et pathétique, de la vacuité de la vie et du vide intersidéral de l’intellect. Une belle critique morale pour les amoureux du cinéma d’auteur.

 


Toni Servillo est un acteur de théâtre et de cinéma italien, également metteur en scène de théâtre et d’opéra. Il est l’impressionnant Giulio Andreotti dans Il Divo.[ii] Federico Fellini, a été couronné de la Palme d’Or en 1960 avec La Dolce Vita. Le héros, Marcello Rubini, aux ambitions littéraires frustrées peut apparaître comme l’ombre de ce que fut Jep Gambardella dans sa jeunesse. Son errance nocturne dans la Ville Éternelle ressemble au parcours de Jep, dandy désabusé, à travers cette Rome de toute beauté. À la Fontaine de Trevi, Sorrentino substitue celle de l’Acqua Paola sur la colline du Janicule, où la bouche du canon qui tire le coup de midi pour synchroniser les cloches des églises, ouvre le film. Au lieu d’une Anita Ekberg, c’est ici un Romain obèse en maillot de corps qui se rafraîchit dans la fontaine, alors qu’un touriste japonais s’écroule foudroyé tandis qu’une chorale entonne un chant éthéré. On retrouve des prolongements aux thèmes de la Dolce Vita : au faux miracle de la Vierge s’opposent la sainte édentée qui reçoit les représentants de toutes les religions et le cardinal futur pape, qui fuit la réponse aux questions existentielles de Jep ; les discussions intellectuelles chez Steiner trouvent un écho dans les joutes futiles qui se jouent sur la terrasse de Jep, et les errances nocturnes de Marcello et Maddalena inspirent les déambulations de Jep qui croise Fanny Ardant.

Fast & Furious 6 de Justin Lin

0

Fast & Furious 6 de Justin Lin : Adrénaline et gros bolides, belles nanas et messieurs muscles

Après leur rodéo à Rio, où ils s’étaient attaqués à un cartel de la drogue, Brian (Paul Walker), Dom (Vin Diesel) et toute leur équipe, se sont éparpillés aux quatre coins du globe avec un butin de 100 millions de dollars. Toutefois, ils sont dans l’incapacité de retourner chez eux et vivent en perpétuelle cavale. Pendant ce temps, l’agent fédéral  Hobbs (Dwaine Johnson) traque un groupe de chauffeurs mercenaires, surarmés et entrainés, dont le cerveau nommé Shaw (Luke Ewans) est secondé par celle qui fait tant vibrer Dom et qu’il ne pensait jamais revoir : Letty.(Michelle Rodriguez). Hobbs demande donc à Dom de rassembler son équipe de choc à Londres. En retour ? Un  casier vierge pour chacun d’eux leur permettant un retour près des leurs…

Vroom, vroum, et c’est reparti ! Pour la quatrième fois, nous retrouvons Justin Lin aux commandes de ce 6ème opus de la saga Fast & Furious qui ne devrait pas décevoir son public en décharges d’adrénalines et en beaux bolides malmenés. Depuis le Fast 4, on sait que la série s’est éloignée de ce qui la définissait à l’origine : un film sur le tuning ou sur les courses de rue underground, les gros bolides et l’argent facile. Elle est désormais résolument orientée vers l’action pure. Ses thèmes sont devenus la guerre, les armes, les accidents de voiture, les combats. Avec Fast 6, Justin Lin récidive et a gardé tous les ingrédients qui avait fait de Fast 5 un film d’action réussi : un casting qui ferait rougir celui d’Expendables, des gros bras, des belles filles, de l’humour, de beaux bolides et des fusillades à gogo.Fast & Furious 6 est bel et bien bourré d’action, mais également rempli de courses poursuites à fond la caisse, de cascades superbement chorégraphiées et toujours aussi explosives. Ce 6ème opus est donc un film d’action réussi où les fans retrouveront avec plaisir ces voitures aux moteurs V8 bourdonnants, ces  bolides flashy (Daytona, Ford Escort, Aston Martin…),  de l’action, du grand spectacle, de la castagne, mais aussi beaucoup d’humour (comme la scène de déshabillage du vendeur de voiture ou les nombreuses blagues de Han et de Roman Pierce), accompagnés d’une bande-son qui colle très bien à l’univers de Fast & Furious. Bref, une orgie de testostérone !

Depuis le 4, la série tente d’instaurer certaines histoires dramatiques pour unir les personnages et les rendre bien plus attachants. Avec Fast 6, s’affiche clairement l’ambition des producteurs et scénaristes à vouloir tisser des liens entre chaque film pour ne former qu’une seule histoire : un souci d’unité. Côté casting, Justin Lin s’amuse à repasser de manière chronologique les épisodes précédents et à. faire revenir des personnages secondaires, liant les multiples scénarios entre eux et enrichissant un peu plus l’univers de la saga. Nous retrouvons bien sur la « famille » : Toretto, O’Conner, Mia, Pearce, Parker, Gisele et Han. Dominique Torreto, le caïd en marcel joué par Vin Diesel, est toujours aux cotés de Brian O’Conner (Paul Walker) et Mia (Jordana Brewster), sa sœur. Nous accueillons une nouvelle fois Dwayne Johnson, The Rock, encore plus en muscles que jamais dans le camp Torreto. Et nous assistons au retour surprise de Lettie Ortiz (Michelle Rodriguez), disparue dans l’épisode 4. En plus de réunir le casting estampillé des précédents opus (Ludacris, Tej Parker, Gal Gadot, Gisèle, et Sung Kang, Han), c’est avec un grand plaisir que nous retrouvons les déboires humoristiques de Roman Pierce, interprété par l’excellent Tyrese Gibson. Luke Evans incarne le meilleur méchant de la saga, redoutable, très ingénieux et charismatique. La scène finale post -générique introduit le nouveau méchant du prochain épisode, Jason Stattham tout en bouclant la boucle avec Fast & Furious 3, Tokyo Drift, la première réalisation le Lin dans la série. Justin Lin clôture ici sa participation à la saga qu’il a rendue plus mature au fil du temps, et laisse la main à James Wan qui nous offrira un 7ème opus certainement plein de surprises.

Certes, le scénario de ce Fast & Furious 6 souffre de nombreuses invraisemblances tombant parfois dans une surenchère visuelle : -la scène du tank sur l’autoroute : la scène du pont ou Vin Diesel saute de sa voiture tel un super Hulk pour rattraper sa dulcinée, sans une égratignure bien évidemment (quoique très comique, les gens ont bien ri dans la salle) ; une piste d’atterrissage interminable… Les nostalgiques des premiers Fast reprocheront sans doute une mutation de la saga en un pur Expendable… On regrettera également un puritanisme américain bien affiché et totalement assumé : après une bonne tuerie, il ne faut surtout pas oublier de souhaiter que Dieu bénisse l’Amérique et la famille évidemment, tel un clip de campagne pour le parti républicain ! Mais en termes d’action pure, ce film est une vraie réussite que ce soit pour les cascades improbables à couper le souffle, les combats qui font mal, ou les scènes de poursuites pures et dures qui décoiffent. Que demander de plus ?  Certes, ce n’est pas du grand cinéma, mais c’est diablement efficace!! Ce blockbuster ultra-vitaminé est le genre de film parfait pour ne pas trop réfléchir et pour admirer confortablement les scènes d’action et les effets spéciaux spectaculaires. Totalement jouissif pour les fans !

 

 

 

 

 

Epic : la bataille du royaume secret de Chris Weber

0

Epic : la bataille du royaume secret de Chris Weber, style elfique, conte écologique et morale panthéiste

Dans la forêt existe un monde miniature où s’opposent les forces du bien, les hommes-feuilles et les forces du mal, les méchants crasseux dirigées par le vil Mandrake. La paix est menacée suite au décès de la reine Tara. Une jeune femme Mary Katherine découvre que les lubies de son père sur ces êtres minuscules sont vraies après avoir été rétrécie et propulsée au cœur d’une aventure qui met en jeu l’avenir de la forêt et de notre monde. Aidée par des personnages singuliers et fantaisistes, Mary Katherine se voit confier la mission de sauver ce royaume caché en protégeant un mystérieux bourgeon confié par la reine défunte… A partir de 6 ans.

A l’instar de Dreamworks Animation et de ses féériques Cinq Légendes (2012), Blue Sky Studios de Twentieth Century Fox adapte ici un livre pour enfants de William Joyce à travers un de ses artisans les plus connus, le réalisateur américain Chris Wedge, créateur de la franchise à succès de L’Age de Glace (2002). Après le succès en demi-teinte de Robots (2005), le réalisateur propose un nouveau projet d’animation ambitieux, Epic : la bataille du royaume secret.

Epic est un film d’une grande beauté plastique, bercé de personnages toujours aussi fantasques et dotés d’une bonne dose de poésie, d’action et d’humour. Les plans sont profonds et dynamiques ; les dessins et les couleurs sont magnifiques (comme dans Rio, 2011) et très réalistes et raviront les amateurs du style elfique. L’animation de ce monde de la nature est sublime, mais aussi totalement immersive grâce à une 3D enivrante et aboutie, avec une belle profondeur de champs, et qui se distingue surtout dans les déplacements incessants de ces hommes-feuille, leurs courses poursuites dans les arbres ou les scènes de batailles D’emblée, une empathie se créée pour ces personnages sympathiques, mais aussi très proches de nous, très humains, surtout que l’humour est de la partie grâce au chien à trois pattes mais surtout aux gags du duo de Mub la limace et Grub l’escargot, les amis dévoués des deux héros, Mary Katherine et Nod. Ce binôme comique n’est pas sans rappeler Timon et Pumba du Roi lion (1994).

L’émotion est aussi au rendez-vous, notamment à travers les relations entre le chef de la garde royale, le valeureux Ronin et de la reine Tara. Il y a aussi beaucoup de magie dans cette animation, du fantastique et de l’imaginaire. Dans cet affrontement des forces du bien contre le mal représenté par le hideux Mandrake qui cherche à neutraliser le bourgeon magique afin de transformer la Terre en un monde ténébreux et stérile, Epic porte bien son nom et carbure à un rythme de folie, enchaînant les séquences d’action virevoltantes, trépidantes, et de combat de façon détonante. La partition de Danny Elfman prouve une nouvelle fois qu’il est un compositeur incroyable.epic-la-bataille-du-royaume-secret-banniere-2

Certes, le  récit qui consiste à rapetisser le héros et emporter le spectateur dans son sillage pour vivre des aventures dans un monde fascinant et effrayant, est une figure imposée du langage cinématographique [i]. Certes, comme souvent dans l’animation, les bons sentiments ont la vie dure. Mais Epic est plus que cela et réussit à renouveler le genre. Tout comme Là Haut (2009), ce conte écologique à la morale humaniste porte en lui un message profond et très actuel et beaucoup plus adulte qu’il n’y paraît : la nécessité de protéger la nature bien sur, mais aussi les rapports parfois conflictuels entre les enfants et leurs parents, la tolérance, et la révolte de la jeunesse envers un ordre établi. C’est en ce sens qu’il ne peut se réduire à un simple remake d’Arthur et les Minimoys, (2006). En effet, « Le bourgeon, c’est la vie de la forêt ». « Nous sommes tous des individus et nous sommes tous reliés aux autres ». « Les parchemins nous guident grâce à la mémoire du passé »…

Si le scénario d’Epic reste prévisible et conventionnel, cette aventure légère, rythmée et intelligente dans un cadre forestier ne manque pas de charme. Sans atteindre la sensibilité et l’onirisme des fables naturalistes d’Hayao Miyazaki [ii] et notamment de son sensible Arrietty (2010), ce joli conte écolo, humoristique et poétique mené avec virtuosité et vivacité, prouve la capacité des Studios Blue Sky de se renouveler. Après la déception ressentie l’été dernier avec L’Age de Glace 4 (2012), Le chemin emprunté ici, semble les rapprocher de la cheville des plus grands : DreamWorks ou Disney-Pixar. S’ils ne révolutionnent pas le genre, Epic est un bel effort qui ravira les plus petits comme les plus grands : les petites filles romantiques se demanderont si l’amour triomphera à la fin ; les petits garçons s’exciteront de la bagarre et des scènes de combat ; quant à l’adulte, il réfléchira sans doute un peu plus, et s’il a gardé son âme d’enfant, rêvera lui aussi de chevaucher un oiseau multicolore. 

Personnage du film d’animation Epic le royaume secret

epic animation les-personnages

Beyoncé Knowles sur youtube

[i] Nous pouvons citer entres entre autres Chérie j’ai rétréci les gosses de Joe Johnston (1989), L’homme qui rétrécit de Jack Arnold (1957), Microcosmos, le peuple de l’herbe (1996), 1001 pattes (1998), Arthur et les Minimoys (2006), Horton (2008).

Hayao Miyazaki est incontestablement un maître du genre, reconnu internationalement pour ses animations à échelle de l’enfant, pleines de curiosité et de pédagogie, aux valeurs universelles et écologiques : parmi ses plus grandes œuvres, Nausicaa de la vallée du vent (1984), Le Château dans le ciel (1986), Mon voisin Tohoro (1988), Kiki la petite sorcière (1989), Princesse Mononoke (1997) qui le consacra en occident, Le Voyage de Chihiro (2001), Le Château ambulant (2004) ; Ponyo sur la falaise (2008), Le vent se lève (2013). Il est aussi le scénariste du très onirique et poétique Arietty, le petit monde des charpadeurs de Hiromasa Yonebayashi (2010).

 

Only God forgives, un film de Nicolas Winding Refn : Critique

0

 Only God Forgives : Complexe d’Œdipe vénéneux, cinéma choc et silence cauchemardesque.

palme d'or

Synopsis : Bangkok. Julian dirige un club de box thaï, façade d’un vaste trafic de drogue. Son grand frère Billy (Tom Burke) est retrouvé mort après avoir assassiné une prostituée de 16 ans. Cristal, la mère de Julian, débarque des Etats Unis pour rapatrier le corps de son fils et demander à Julian de venger son frère. Ils se rendent compte rapidement que le « véritable » responsable de la mort de son fils est un ancien policier Chang, au sens de la justice radical…

Deux ans après le sensationnel Drive (2011), prix de la mise en scène au festival de Cannes, Nicolas Winding Refn revient sur la croisette avec Only God Forgives en compétition officielle, sa neuvième réalisation marquant ses retrouvailles avec son acteur fétiche Ryan Gosling. Mais l’essai n’est pas le même : Only God Forgives lorgne plutôt du côté de l’hermétique, mais non moins réussi, Valhalla Rising (2010). Le réalisateur danois revient ici à un cinéma plus personnel, plus expérimental, et surtout plus radical. Winding Refn mise tout sur l’esthétique, l’ambiance et le non-dit. Si le rythme est lent, le film est beaucoup plus trash. Les plans à l’esthétique irréprochable et aux couleurs contrastées ont comme unique but d’agresser les rétines du spectateur « Art is an act of violence », telle est la philosophie cinématographique de Refn. Ici, le réalisateur ne fait pas de compromis avec son art, et s’éloigne de la commande de Drive, pour nous délivrer un film où la violence et le chaos semblent régner dans un grand silence cauchemardesque, mais toujours mêlé de poésie. Dans Only God forgives, la réalisation est esthétisante et s’installe dans l’onirisme de la nuit thaïlandaise : Bangkok filmée au cœur de son âme, jouant à la fois sur la luxure ou la misère ; les néons éclairant les dragons récurrents qui ornent les murs ; le réalisateur danois enferme la psychologie déviante ses personnages dans un labyrinthe de couloirs aux lumières, oscillant entre le rouge, le orange et le bleu, évoquant l’univers de David Lynch, dont la seule issue est la mort. La mise en scène de ce polar noir, violent et amoral est ébouriffante. Les images s’imposent comme autant de tableaux purement hypnotiques dont il ne faut pas tant chercher le sens qu’admirer la finesse. La partition planante de Cliff Martinez est encore ici admirable et accompagne parfaitement cette descente en enfer.

Only God Forgives est un film sur la vengeance, un thème somme toute classique.

Mais ici, la violence est radicale. Les scènes d’actions sont courtes, violentes, gores, brutales, viscérales : aucune pitié. Le pardon n’est pas terrestre et c’est cette même froideur qui séduit. La dédicace en fin de générique à Jodorowsky et son cinéma mystique d’avant-garde est tout à fait pertinente. Vithaya Pansringarm (aperçu dans Very Bad Trip 2) incarne ici parfaitement le Dieu vengeur, l’ange de la mort, un être déterminé, froid, stoïque, réfléchi qui livre la sentence implacable à grands coups de sabres assurés. Winding Refn amène un décalage burlesque avec ce policier qui après ses mises à mort chantent des chansons thaï à l’eau dans rose dans un karaoké. Kristin Scott Thomas, ici à contre-emploi campe une Crystal incontournable et détestable, manipulatrice et intransigeante, hystérique et mère incestueuse. Sa perversion et son érotisme muselé crève l’écran. A la fois humiliante, froide, vulgaire mais digne, elle s’impose comme une fatalité qu’il est impossible de contredire ou d’éviter. Elle est la représentation même de ce monde violent dans laquelle la notion de justice n’est que le fruit de la parole impulsive de l’homme. Cette mère castratrice et vulgaire se place en caïd dans un monde d’hommes. Ryan Gosling remplit son rôle, de fils cadet désorienté et mal dans sa peau. Avec son nouveau long-métrage, Nicolas Winding Refn pousse à son paroxysme le film de vengeance. La scène de combat aux poings et surtout la scène de torture sont brillantes.

La sexualité prend également une place importante pour la première fois chez Refn. Que ce soit dans Pusher (1996), Bronson (2010), Valhallah Rising ou Drive, le réalisateur ne traitait que très peu la question sexuelle. Mais encore une fois, il se démarque en allant droit au but : Rian Gosling campe un personnage d’apparence très viril, mais totalement impuissant, face à un frère pédophile et une mère incestueuse. Julian est un être mutique au regard et à la stature impeccable, mais faible, tant physiquement que sexuellement, castré et vampirisé par une mère monstrueuse dont il est le souffre douleur, qui prend plaisir à l’humilier, et dont toute l’ambiguïté des rapports incestueux est évoquée. Cet Only God Forgives représente un anti-Drive, dans le sens où le personnage principal, tout aussi silencieux qu’ayant des fantasmes bien réels de violence, n’est pas une sorte de super-héros invincible, mais a un fond d’humanité. S’il est poussé au crime, c’est par amour pour sa mère. Il est à la recherche d’une réponse existentielle, réponse qu’il espère trouver dans la foi et dont il espérait se rapprocher en tuant son père et réponse qu’il espère trouver à l’intérieur du corps de sa mère, là ou tout a débuté. Entre film psychanalytique, drame œdipien et thriller d’un nouveau genre, le film survit par la richesse et la densité de ses thèmes.

Only God Forgives est un film transcendant, sans limites et original qui nous fait vivre une véritable expérience sensorielle. Là où Le Guerrier Silencieux (2010), Drive, Bronson et la trilogie Pusher s’interrogeaient sur les actes, Only God Forgives se plonge dans une exploration abyssale de l’âme, une réflexion mystérieuse et sombre sur l’homme et sa foi face à son existence. Une nouvelle fois, Refn ne livre aucune fin réelle. Dans Drive, impossible de savoir si le héros a survécu, s’il rêve, s’il est mort… Dans Only God Forgives, on tend à l’abstraction, au formalisme esthétisant et expérimental. Si le scénario peut apparaître simpliste, le film est sujet à de multiples niveaux de lecture et bouscule. Une claque cinématographique assurément, d’une beauté rare, une œuvre d’art, un ovni cinématographique sifflé à Cannes, mais qui fait déjà couler beaucoup d’encre et qui devrait connaître un avenir plus radieux. Only God Forgives est un langage par l’image, qui est à réserver aux amateurs du cinéma choc, des David Lynch tardifs, de Stanley Kubrick, d’Enter the void (2010) de Gaspard Noé ou encore de l’univers de Luis Bunuel.

Only God Forgives : Bande-annonce

Only God Forgives : Fiche technique

Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Nicolas Winding Refn
Interprétation : Ryan Gosling (Julian Hopkins), Kristin Scott Thomas (Crystal Hopkins), Vithaya Pansringarm (Chang), Tom Burke (Billy Hopkins)…
Image : Larry Smith
Montage : Matthew Newman
Musique : Cliff Martinez
Direction artistique : Russell Barnes
Décors : Beth Mickle
Costumes : Wasitchaya ‘Nampeung’ Mochanakul
Production : Johnny Andersen, Lene Børglum, Jacob Jarek
Sociétés de production : FilmDistrict, Gaumont et Wild Bunch
Distribution : Wilde Side / Le Pacte
Avertissement : Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
Festivals : Sélection officielle à Cannes 2013 et Grand Prix à Sydney 2013
Durée : 90 minutes
Genre : Gangsters, action
Date de sortie : 22 mai 2013

Danemark / France / Etats-Unis – 2013

 

 

Mamá : Magnifique partition de Fernando Velazquez

Berceuse frissonnante de Velazquez dans le film Mamá

La musique aussi est un gros point fort avec cette berceuse inquiétante, une magnifique partition de Fernando Velazquez, les violons aigus ponctuant les frissons.

Cet ensemble musical construit lentement la tension, elle monte en vous au début c’est plutôt calme et tranquille, mais pas pour longtemps. Après une ligne de flute, un violon en solo, on monte vers des trémolos, des cordes dégageant l’information que quelque chose de mauvais va se passer…

Velasquez libère dans cette partition une fureur terrifiante, des notes d’une beauté musicale luxuriante, une énergie puissante se diffusant et se déplaçant de la lumière vers les ténèbres, l’obscurité…En particulier Final Reel où le sentiment de terreur se faufile en vous pour s’y installer. En effet les 13 minutes de Last Reel résume à coup de cordes exaltantes alternant les coups de cuivres martelés fébrilement ses moments de beauté et ce sentiment qu’une chose mauvaise va arriver…

Tracklist de la musique de Mama

The Car and the Radio
The Encounter and Main Title Helvetia A New Home (2:32)
What Happens Now ? Voices From the Outer Room Observation Room Victoria Come Mama
The Painted Wall / The Doll Desange Folder Scare and Lucas Wake UpWilson Pass Vic the Laptot Archive You Guyss Talk a Lot Last Hypno Good Night Mama Fight Final Reel

Mama Fight – Fernando Velazquez

 

 

 

Mamá d’Andreas Muschietti : Critique du film

0

Mamá : Fable gothique sur l’enfance, spectre dans le placard

Avec Mamá, tous les éléments du conte d’antan sont réunis [i]. Dès l’ouverture et l’apparition à l’écran du “Once upon a time…”, et durant La première demi-heure du film typique des productions horrifiques espagnoles, le spectateur est plongé dans une fable noire aux méandres angoissants : un accident sous la neige, une situation familiale dramatique (le père indigne qui conduit ses enfants dans la forêt enneigée pour s’en débarrasser) ; une grande demeure délabrée et isolée au fin fond des bois, où habite une âme maléfique qui offre de la nourriture aux fillettes, entité spectrale, paysages et ambiance éthérés… La lumière est douce, les filtres jaunâtres et blanc pur. Le décor et l’ambiance du conte fantastique sur l’enfance [ii] sont plantés…

Petit carton au box office américain l’hiver dernier et grand gagnant du dernier Festival de Gérardmer [iii],Mamá est le premier film du réalisateur Andres Muschietti, produit par Guillermo Del Toro . Adaptation du terrifiant court métrage éponyme visible sur Youtube, Mamá nous réapprend à avoir peur des placards et des coins d’ombre, à redouter les bruits suspects annonciateurs d’une monstrueuse apparition, du fantôme possessif et gémissant. De quoi regarder sous son lit avant de dormir! Formellement somptueux et fort d’une interprétation solide, ce conte fantastique installe un climat d’angoisse qui nous tient en haleine jusqu’à sa magnifique et étonnante conclusion, éloignée des conventions hollywoodiennes, d’une grande poésie noire à la Tim Burton. Mamá est aussi un film traitant d’une opposition sur l’image maternelle : comme Frankenstein qui possède un côté touchant malgré sa monstruosité, Mamá est une créature ambivalente à la fois maternelle et destructrice, à la fois hideuse et fascinante, traînant une forme de malédiction, hantée par la maternité dont elle fut privée de la façon la plus arbitraire qui soit. Del Toro a sans doute apporté une touche de lyrisme tragique à la « mama ».

Comme tous les grands monstres réussis, elle est une âme en peine, complexe et touchante. Tandis qu’Annabel, guitariste dans un groupe de rock et dénuée a priori d’instinct maternel, est contrainte de devenir la mère de substitution. Jessica Chastain [v] est parfaite dans ce rôle de tante de fortune dépassée par les événements et sacrifie ici la chevelure blonde qu’elle portait encore dans Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow, 2012) au profit d’une coiffure courte et aussi noire que son look. Son personnage évolue en constante finesse, prenant en main le scénario.

Mais c’est surtout les performances des deux petites filles, rampantes, craintives, farouches puis dociles, qui forcent le respect : Megan Charpentier (Victoria) et surtout Isabelle Nelisse (Lilly) interprètent à la perfection ces enfants sauvages élevées au creux de la forêt par une mère fantôme délirante [vi]. Mamá aborde ainsi une réflexion sociologique sur l’étude des comportements innés/acquis : les petites filles à l’instinct bestial vont peu à peu revenir à la civilisation grâce à l’amour. Dans cette évolution, Nikolaj Coster-Waldau [vii] (l’oncle Lukas) le beau gosse utilitaire, est rapidement éclipsé. Il ne faut pas oublier comme personnage central, le fantôme à la silhouette de ju-on japonisant, perdu et délirant. Si la définition du monstre est une personne effrayante, inhumaine, qui suscite l’horreur, Mamá entre sans nul doute dans cette catégorie d’entité terrifiante, se situant entre Ring (1999) et The Grudge (2004).

Muschietti s’appuie sur la sensibilité de ses personnages, autant réalistes que fictifs. Le réalisateur aime ces personnages et cela fait toute la différence : Mamá est l’anti-Sinister (2012) par excellence. Aucun d’eux n’incarne le mal absolu. La musique aussi est un gros point fort avec cette berceuse inquiétante, une magnifique partition de Fernando Velazquez, les violons aigus ponctuant les frissons. La photographie et la mise en scène sont les principaux atouts de ce premier essai. Si le film est imparfait, il témoigne d’un amour sincère pour le genre. Certes, le scénario pêche et se noie à travers les errements du psychologue, personnage mal défini, à la fois examinateur des fillettes, puis enquêteur des dessous surnaturels, avant de devenir victime lui-même. Mais la qualité artistique de Mamá, sa poésie macabre, son lyrisme mystérieux font de ce film un conte fantastique bercé d’émotions, sur fond de maternité maudite. Avec Mamá, la terreur s’installe mais le papillon bleu se pose et porte l’espoir. Après Sinister et Insidious, le film d’épouvante prouve de façon indéniable qu’il peut encore se renouveler.

Synopsis  : Après avoir abattu deux de ses collègues Lucas (Nikolaj Coster-Waldau) tue sa femme et part prend la fuite avec Victoria (Megan Charpentier) et Lily (Isabelle Nelisse), ses jeunes filles de 1 et 3 ans. Suite à un accident de voiture, ils se cachent dans une cabane en pleine forêt. Au moment où le père s’apprête a donner la mort a ses filles, une mystérieuse ombre surgit et l’en empêche. Cinq ans plus tard, les autorités retrouvent les petites, réduites à l’état sauvage. L’oncle et sa petite amie Anabel (Jessica Chastain) les recueillent mais cette même présence maléfique semble avoir suivi les deux fillettes…

Mamá : Bande-annonce

Voici le lien du Mamá short film de 2008 sur Youtube


[i] Le début du film évoque les contes des Frères Grimm, à l’origine saturés de mort (mais aussi de sexualité), avant que ces derniers ne les aseptisent pour les rendre acceptables par la bourgeoisie allemande de leur temps.

[ii] L’enfance est l’un des thèmes fétiches du cinéma d’horreur : après The secret (Pascal Laugier, 2012), La Dame en noir (James Watkins, 2012), Sinister (Scott Derrickson, 2012) – voire le français Derrière les murs (Pascal Sid, 2010), qui, sans être un film d’épouvante, joue sur les registres du genre.

[iii] Au 20è Festival du Film Fantastique de Gerardmer, Mamá a remporté les 3 prix les plus prestigieux : Grand Prix, Prix du Public et Prix du Jury Jeune.

[iv] Guillermo Del Toro est le réalisateur emblématique du film d’épouvante :  Mimic (1997), HellBoy (2004), Le Labyrinthe de Pan (2006) et bientôt Pacific Rim (2013). Guillermo Del Toro, rappelons-le, est un brillant auteur qui possède sa propre touche esthétique, détectable notamment par son fétichisme des monstres en tout genre, les insectes souvent, mais aussi les entités à l’état larvaire, ou les appareils servant à mesurer le temps (tels que les horloges).[v] Jessica Chastain est une actrice en pleine ascension  depuis deux ans : Take Shelter (2011), The tree of life (2011), Des hommes sans loi (2012) et encore fraîche de sa nomination aux Oscars pour Zero Dark Thirty (2012).

[vi] Megan Charpentier et Isabelle Nelisse rejoignent au Panthéon les enfants prodiges ; Victoire Thivisol dans Ponette (1995) ou la talentueuse Bailee Madison de Don’t Be Afraid of the Dark (2011).[vii] Nikolaj Coster-Waldau jouait dans Oblivion mais est surtout connu pour son rôle de Jamie Lanister dans la série Game of Thrones,

Orphan Black : Clones en rebellion

Orphan Black, une série d’anticipation fun

Orphan Black une série canadienne vient d’être renouvelée pour une seconde saison, ce mélange de thriller et science-fiction, s’est fait une place sur les écrans américains. Créée par Graeme Manson, John Fawcett, cette série est une production originale de BBC America, et on peut dire qu’après avoir regardé les 5 premiers épisodes, je comprends ce renouvellement, il y a un côté très British comme dans la série Misfits, une énergie et un humour particulier, sans parler de cet inimitable accent anglais.

L’histoire d’Orphan Black aurait pu être une simple usurpation d’identité, en effet, Sarah interprétée par « Tatiana Maslany » l’héroïne, une orpheline marginale, pauvre, un peu paumée, assiste à la mort de Beth, une inspectrice de police qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Elle décide de prendre son identité, profitant de la troublante ressemblance, pensant sortir ainsi d’une existence où l’argent manque. On apprend que Sarah a une petite fille qu’elle avait laissée, et donc le mystérieux compte en banque bien garni de Beth est une aubaine.

On pourrait se croire dans une série comme Revenge, où encore Ringer, les histoires de changement d’existence, les découvertes d’un autre mode de vie et un compte en banque anormalement bien garni aurait pu faire déjà en soi une série, on aurait pu suivre la vie de Sarah passant d’un monde à un autre.L’introduction du fantastique dans ce monde réel, n’est pas forcée, cela pourrait en effet être une réalité dans un futur proche. Sarah découvre que Beth, celle dont elle a volée l’identité n’est pas la seule qui lui ressemble.

Dans le premier épisode elle rencontre Katja, une autre jeune femme possédant d’ailleurs le même type de téléphone qu’elle, avec une coque rose fluo, une allemande tuée par un mystérieux tueur qui tente d’éliminer les clones les unes après les autres. On découvrira au fil des épisodes que les clones possèdent des caractéristiques semblables.

L’univers de la série comme les personnages sont soignés, nous avons le frère gay fêtard Félix, un jeune homme de 23 ans caustique, artiste et mondain à ses heures, aux répliques cultes comme nous allons le voir en affiches. Le suspens monte en crescendo, le fantastique, l’étrange s’introduisent tout doucement dans ce monde réel, à mesure que Sarah devient Beth, qu’elle s’immisce dans la vie de cette dernière.Les cliffhangers sont nombreux dans cette série, on attend toujours la suite pour suivre les aventures de Sarah et les autres clones qu’elle rencontre au cours de son aventure dans ce monde étrange.

Extrait d’une interview de Tatiana Maslany

Dans une interview sur Buzzfeed.com dont voici un extrait Tatiana Maslany parle de son personnage en disant :

« Je suis obsédée par Sarah depuis le début. J’ai été complètement séduite par son  personnage – il y avait tellement de complexité, et tant de choses à y exploiter – et puis en même temps, ce défi de jouer et explorer plusieurs personnalités ».

Le spectacle a été comparé à beaucoup d’autres spectacles, dont certains ont mieux fonctionné que d’autres. Inspirée par le Film Memento, un côté X-Files pour la conspiration et bien entendu Battlestar Galactica pour ses histoires de clones.

Nous avons tous les deux aimés le ton et l’humour de Six Feet Under comme show sérialisé. Si vous faites un spectacle qui a une prémisse absurde comme une histoire de clones, vous pouvez aussi bien vous amuser avec elle, non ?

Vous pouvez ainsi profiter et permettre au public de rire.Pour moi, regarder United States of Tara – même si elle a du mal avec, vous savez, un trouble mental – il y a beaucoup d’humour dans cette exploration des multiples identités, et une femme jouant beaucoup de rôles différents, en raison de son engagement total pour ces différentes personnalités ».

Les clones 

Le Loft coloré de Félix, le frère adoptif de Sarah

Les tirades cultes

Note : Toutes les galeries ont été inspirées par le site bbcamerica.com

Stoker BO du film : Musique de Clint Mansell, Philip Glass et autres artistes

Stoker une BO hallucinante composée par Clint Mansell.

Park Chan-Wook, l’auteur du film Old Boy, dans son film Stoker nous offre une musique envoûtante, « trippante » pour un film à l’apparence gothique éthéré, un conte de fée vampirique, pervers à souhait…

La danse torturée, piquante entre India, l’oncle Charlie Stoker et Evie Stoker se jouent sur une musique toute aussi intense.

Tracklist Musique Stoker

I’m Not Formed By Things That Are of Myself Alone « dialogue »
Becomes the Color – Emily Wells
Happy Birthday « A Death in the Family » – Clint Mansell
Uncle Charlie – Clint Mansell
A Whistling Tune from a Lonely Man « dialogue »
The Hunter & the Game – Clint Mansell
Blossoming – Clint Mansell
Summer Wine – Nancy Sinatra & Lee Hazelwood
Becoming… – Clint Mansell
Duet – Philip Glass
Crawford Institute « Family Secrets » – Clint Mansell
Stride La Vampa « Verdi » – Victoria Cortez
The Hunter Plays the Game – Clint Mansell
In Full Bloom – Clint Mansell
The Hunter Becomes The Game – Clint Mansell
We Are Not Responsible For Who We Come to Be « Free »
If I Ever Had a Heart – Clint Mansell & Emily Wells « Bonus Track »

Clint Mansell – « In Full Bloom » – « En Pleine Floraison »

Je conseille ce morceau pour sa beauté et son crescendo représentant assez bien ce film à travers sa palette d’émotions où la pulsion meurtrière se cache même derrière la rose.