Accueil Blog Page 812

Stoker, un film de Park Chan-Wook : Critique

0

 Stoker de Park Chan-Wook : Transmission du mal et déviance érotique

Synopsis:  Suite à la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India , qui vient tout juste d’atteindre ses 18 ans, fait la connaissance de son oncle Charlie  dont elle ignorait jusqu’ici l’existence. Ce dernier s’installe chez elle et sa mère Evelyn Stoker et va rapidement bouleverser la cellule familiale. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi…

 Pour son premier film hollywoodien, le réalisateur coréen de reconnaissance mondiale Park Chan-Wook, connu pour Thirst, ceci est mon sang (2009) mais surtout Old Boy (2004), Grand Prix au festival de Cannes, adapte ici le scénario de Wentworth Miller (l’acteur Michael Scofield dans Prison Break). Avec Stocker, le réalisateur retrouve ses thèmes de prédilection : une histoire de famille, de vengeance et de cruauté. Dès les premières minutes, Stocker est un véritable régal pour les yeux. Au bord d’une route, une fille élancée aux jambes nues, caressée par une brise silencieuse et une caméra langoureuse, observe des brindilles ensanglantées d’un air ingénu. En voix off, elle nous explique qu’elle est différente, qu’elle voit et ressent des choses que les autres ne voient et ne ressentent pas, et que nous ne sommes pas responsables de ce que nous sommes. La lumière du soleil et les couleurs donnent à la scène un caractère très éthéré. Nous voici plongés dans l’ambiance. Dès cette première scène d’une grande pureté visuelle, on sent que le maestro Park Chan-Wook a imposé la collaboration de son directeur de la photographie attitré, Chung Chung-hoon, qui apporte une classe monstrueuse à ce film aussi élégant que sulfureux.

Très vite, le spectateur comprend que les protagonistes semblent enfermés dans des costumes trop parfaits, des décors trop rigides, et qu’India est loin d’être une jeune fille en fleurs. L’arrivée inattendue du frère du défunt va être le premier événement perturbateur de l’intrigue. D’abord sceptique, l’adolescente se laisse apprivoiser par cet énigmatique oncle, ce qui lui permet de découvrir sa véritable nature. Référence directe à Bram Stoker et son Dracula (1897), le titre du film est en fait le nom de famille porté par les personnages. À l’instar du héros de l’écrivain, l’oncle Charlie vampirise son entourage, trouble, et s’immisce très vite dans le tête-à-tête conflictuel d’Indra avec une mère qui ne lui a jamais accordé beaucoup d’attention, et avec laquelle elle entretient des rapports réfrigérants. Or on connaît toute la forte symbolique sexuelle entourant le mythe du vampire. Le trio d’acteurs qui évolue dans ce quasi huit-clos anxiogène est aussi glamour qu’inquiétant. Tout d’abord la livide India, campée par Mia Wasikowska sobre et magnétique, bien éloignée de L’Alice aux pays des merveilles (2010) de Tim Burton, et confirme, après Spring Breakers (2013) qu’une rage inédite anime les jeunes filles. Pour India, c’est le passage de l’adolescence à l’âge adulte décrit de façon brillante par plusieurs petites touches de sensualité à l’érotisme déviant.Ses regards, ses silences, ses moues boudeuses nourrissent le film dépeignant une India solitaire et glaciale, puis une redoutable machine à broyer les cœurs et les âmes. L’acteur Britannique Matthew Goode, vu dans Match Point (2005) et Watchmen (2009) incarne avec brio l’oncle à la fois élégant et énigmatique. Avec son physique de gendre parfait, le spectateur hésite entre méfiance et fascination. Nicole Kidman est elle aussi brillante dans son rôle la blonde hitchcockienne par excellence au trouble lancinant et communicatif. Elle incarne parfaitement la mère, vulnérable et névrosée, mais aussi rivale, séduite par le prédateur et à la recherche du désir consolateur.

Park Chan-Wook parvient à transcender son scénario, somme toute assez classique, par la puissance et l’indéniable beauté de sa mise en scène. L’ambiance est étrange et délicieusement perverse, la mort stylisée, la violence esthétisée, les crimes sophistiqués. Stocker est un thriller psychologique sulfureux, envoûtant et dérangeant. A travers cette promenade macabre, le spectateur ressent l’ombre d’Alfred Hitchcock, à qui les références se multiplient (outre l’influence évidente de L’ombre d’un doute sur la dramaturgie, on aperçoit la douche de Psychose, le piano de Vertigo, un escalier semblable à celui des Enchaînés ou bien encore des oiseaux empaillés comme chez Norman Bates) ou la technicité et le maniérisme d’un Brian de Palma, à qui sont également emprunté la touche fantastique et le travail sur le son. Park Chan-Wook est également un génie du montage, bluffant de maîtrise et d’imagination. Certaines scènes touchent au sublime comme celle de l’improvisation au piano à quatre mains ou la séquence du brossage des cheveux évoquant le thème de la transmission du mal par la simple transition entre la brosse à cheveux de Kidman et les herbes sauvages, Enfin, il faut souligner un montage sonore splendide, primordiale pour l’intrigue, et une musique oppressante tout au long du film d’une grande beauté.

Sur la forme, Stoker est conte morbide et délectable avec une sensualité perturbante. Le problème du film au final, ce n’est pas tant la réalisation de Park Chan-wook que le scénario de Miller. Contrairement à Old Boy, l’intrigue, bien que captivante, est trop simple, bien trop linéaire Le dénouement laisse sur sa faim et casse toute la subtilité précédemment mis en place. Le film nous fascine mais ne parvient pas à nous surprendre. L’influence de la production US se fait sentir et les personnages ont été négligés dans le travail d’écriture. Avec un scénario plus travaillé, sans doute que Stoker aurait pu atteindre le chef d’œuvre. Si Stoker a connu un échec commercial outre-Atlantique, il n’en demeure pas moins une œuvre étrange, dérangeante et diaboliquement fascinante qui s’interroge sur l’origine de la transmission du mal. Pour les  amoureux de ce cinéma de la transgression.

Stoker : bande-annonce

Stoker : Fiche technique

Réalisation : Park Chan-wook
Scénario : Wentworth Miller et Erin Cressida Wilson
Interprétation : Mia Wasikowska (India Stoker), Nicole Kidman (Evelyn « Evie » Stoker), Matthew Goode (Charlie Stoker), Dermot Mulroney (Richard Stoker), Lucas Till (Chris Pitts)…
Image : Chung Chung-hoon
Montage : Nicolas De Toth
Musique : Clint Mansell
Direction artistique : Wing Lee
Décors : Thérèse DePrez
Costumes : Kurt and Bart
Production : Michael Costigan, Ridley Scott et Tony Scott
Société de production : Fox Searchlight Pictures, Indian Paintbrush et Scott Free Productions
Distribution :Twentieth Century Fox France
Avertissement : Interdit au moins de 12 ans à sa sortie en salles
Durée : 100 minutes
Genre : Thriller horrifique
Date de sortie : 1er mai 2013

Etats-Unis – 2012

 

 

Le passé d’Asghar Farhadi : Critique du film

0

Le passé d’Asghar Farhadi : Cinéma sans fards et peinture réaliste de l’âme

palme d'orAprès quatre années de séparation, Ahmad (Ali Mosaffa) quitte Téhéran pour Paris, à la demande de Marie (Bérénice Béjo), son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Marie souhaite refaire sa vie avec un jeune homme Samir (Tahar Rahim), lui même partagé entre son nouvel amour et la mère de son fils, plongée dans le coma. Lors de son séjour, Ahmad découvre les relations tendues qu’entretient Marie avec sa fille, Lucie (Pauline Burlet). Les efforts d’Ahmad pour tenter d’améliorer cette relation lèveront le voile sur un lourd secret du passé… Ce film est présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2013.

Après le succès légitime de ses deux premiers longs métrages, A propos d’Elly (2009) et surtout Une séparation (2011), Asghar Farhadi signe ici son premier film français tout en gardant en toile de fond ses thèmes de prédilection. En effet, ce n’est pas l’action qui intéresse le réalisateur iranien, mais bien plus les tourments de la psychologie humaine, la déchirure entre les hommes, le divorce, et les conflits familiaux. Le passé nous plonge ainsi dans un huit clos dramatique au scénario kafkaïen et maitrisé, une ambiance lourde mais stylisée, où tous les spectateurs s’adonnent à une psychologie sombre et manipulatrice liée au conflit des secrets. L’histoire se déroule dans le quartier populaire de Paris, bien éloigné des clichés et des cartes postales : un pavillon triste d’une morne banlieue, près de la voie ferrée et au jardin aussi désordonné que l’existence des protagonistes. La photographie magnifie la pluie et accentue l’impression de danger que ressent le spectateur. Les liens entre les personnages sont tous soumis à un dilemme, entre les doutes, la gêne, les mensonges, plongeant le spectateur au cœur d’une tragédie inexorable.

L’interprétation des acteurs, petits et grands, est d’une grande justesse et suscite d’emblée l’empathie envers ces personnages qui se démènent dans la complexité de leurs vies affectives. Berenice Bejo (Marie) joue le rôle poignant d’une mère dominatrice et destructrice dans ses relations intimes avec les hommes, aux accents bien plus graves que ceux la révélèrent dans The Artist (2011). Le spectateur plaint surtout les enfants qui souffrent des errances de ces adultes paumés et désorientés. On saluera au passage la prestation éblouissante du jeune Elves Aguis (Fouad), le fils de Tahar Rahim (Samir) dont la rébellion cache une souffrance réelle et légitime face à un monde d’adultes qui se déchirent, ainsi que celle de Pauline Burlet (Lucie) au rapport tendu avec sa mère, cachant un lourd secret. La première grande qualité du film découle du choix judicieux du réalisateur iranien d’éviter l’écueil facile et redondant de la différence culturelle. A aucun moment la religion de l’ex-mari iranien, interprété par un Ali Mosaffa (Ahmad) sublime et bouleversant, véritable révélation de ce film, ne vient parasiter l’histoire. Au contraire, ce dernier devient le catalyseur, le confident au sein de cette famille qui n’est plus tout à fait la sienne. Comme dans Une séparation, chacun a ses raisons, chacun souffre et adopte tour à tour un comportement maladroit ou blessant. Farhadi ne juge pas ses personnages mais démontre avec intensité comment coexistent en nous le meilleur et le pire, comment la déception, le sentiment d’abandon et l’enfermement fertilisent le terreau de la rancœur et de l’incompréhension entre les êtres. Comme toujours, outre la mise en scène impeccable, la réalisation d’Asghar Farhadi est simple, et la direction d’acteurs, une vraie leçon de cinéma. Le spectateur ne peut qu’apprécier cette peinture réaliste, sans fards, extrêmement subtile des relations entre les personnages

Le passé devrait servir à construire l’individu et non l’entraver. Les deux hommes, le premier marié, rongé par la culpabilité, toujours relié à sa femme dans le coma, ou l’autre séparé mais toujours aimant, témoignent de l’impossibilité de s’affranchir de son vécu et de vouloir tout effacer d’un coup de baguette magique. Il est en effet difficile de quitter pour reconstruire. Le passé est parcouru par une tension inouïe, qui s’exprime dans la puissance de chaque situation, chaque dialogue. Avec Farhadi et ce cinéma hyper-tendu, nous ne sommes jamais très loin du thriller. D’ailleurs l’histoire elle-même ne semble pas totalement résolue mais se conclue par une touche artistique de toute beauté.

Grand portraitiste de l’âme humaine, Asghar Farhadi nous livre un film d’auteur intense et profond, sincère et bouleversant. Le Passé atteint l’essence même du cinéma : de l’émotion, du suspens et, surtout, beaucoup d’amour. Ce film est notre miroir, il nous dépeint tels que nous sommes avec nos failles, nos secrets. Il renvoie chacun à ses propres interrogations sur le problème la de communication entre les êtres, la dialectique entre la vérité et le mensonge, le pouvoir et les limites de la rédemption, la confusion des sentiments. A Cannes, Le passé mériterait a minima le prix du meilleur scénario ou un de ceux de la meilleure interprétation, tant ces deux aspects sont ici maîtrisés avec brio et retenue.

Le Passé d’Asghar Farhadi : Bande-annonce

Le Passé d’Asghar Farhadi: Fiche Technique

Réalisation: Asghar Farhadi
Scénario: Asghar Farhadi
Interprétation: Bérénice Bejo (Marie), Tahar Rahim (Samir), Ali Mosaffa (Ahmad), Pauline Burlet (Lucie), Elyes Aguis (Fouad), Jeanne Jestin (Léa), Sabrina Ouazani (Naïma), Valeria Cavalli (Valeria), Babak Karimi (Shahryar)…
Image: Mahmoud Kalari
Son: Dana Farnazehpour, Thomas Desjonquères, Bruno Tarrière
Montage: Juliette Welfling
Musique: Evguéni Galpérine, Youli Galpérine
Production: Alexandre Mallet-Guy
Distributeur: Memento Films Distribution
Durée: 2h10
France – 2013

Casting Le Passé d’Asghar Farhadi en image

 

 

 

 

Continuum : Une serie de SF sur le retour vers l’imparfait

Continuum, un cyber polar canadien qui se cherche…

La chaine showcase, une chaine canadienne diffusent des séries qui intéressent de plus en plus les chaines outre-Atlantique, après Lost Girl, Continuum, créée par Simon Barry est diffusée depuis 14 janvier 2013 sur Syfy.

Une femme flic Kiera, « Rachel Nichols », de l’an 2077 se retrouve projetée à notre époque suite à une explosion programmée par des « terroristes », connu sous le nom de Liber8. Dans son époque, les gouvernements n’existent plus, ils sont tous tombés et les individus privés de leurs droits fondamentaux sont sous la coupe des multinationales, de mégas corporations, c’est donc un monde dirigé par une économie quasi orwellienne.

Seul un groupe aux méthodes discutables, violentes, s’opposent à ces corporations, arrêtés par Kiera et condamnés à la peine capitale en 2077. Lors de l’exécution une explosion à lieu et une partie des leaders de Liber8 ainsi que Kiera sont projetés dans le passé. Elle arrive ainsi dans notre époque équipée de son costume bionique, super high tech et s’enrôlera dans les forces de polices locales, afin de continuer sa traque des rebelles. Elle fera connaissance avec un jeune génie de l’informatique, Alec « Erik Knudsen », et l’inspecteur Carlos Fonnegra « Victor Webster », de la Police de Vancouver.

La série bien que n’ayant pas les moyens de productions des grands networks américains, pas d’explosions toutes les deux secondes, ce qui est reposant, de temps en temps pour les scénaristes, dont le boulot est d’inventer de bonnes d’histoires. Or c’est le cas, même si la série s’enrobe dans un polar, une sorte de Cop show Science Fiction, il n’en reste pas moins que les rebondissements et les intrigues sont intéressantes.

Terrorisme et Ethique

De plus est, les questions posées dans cette série sont d’actualités, ce monde dirigé par des mégas corporations détruisant environnement, emploi, créant des crises financières comme les questions sur la lutte contre ces corporations.

Évidemment objectivement ce groupe Liber8 a raison de lutter contre ces entreprises, seulement leurs méthodes sont les mêmes que ceux employés par le camp en face.La série pourrait faire penser à la série Terminator, où encore Retour vers le Futur où mieux encore au film Nimitz retour vers l’enfer, dans lequel joue Martin Sheen, avec une révélation finale expliquant la raison de ce retour vers le passé.

Dans la série Continuum, l’un des leaders de ce monde dirigé par les corporations est incarné par l’homme à la cigarette de X-Files « William B. Davis » qui y joue un rôle primordiale, Kiera le rencontre dans notre époque quand il était un jeune informaticien de génie et toute la question est de savoir le chemin qu’il prendra, ce qu’il sera dans cette époque déterminera le futur d’où vient la policière. D’ailleurs son voyage dans le passé semble être planifié pour un projet bien plus ambitieux, que la simple poursuite des leaders d’un groupe dont le credo est :

« L’ennemi de la société est notre ami »

Nous en sommes à la saison 2 et dans la période des révélations, en tout cas une série regardable, réalisée sans chichis, basée sur un pitch assez simple en apparence, diablement efficace et en plus l’histoire ne s’embourbe pas dans les affaires de continuum espace-temps tout en posant des questions sur l’éthique, le terrorisme et le fait d’intervenir sur le cours du temps.

Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann

0

Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann : Strass, cotillons, paillettes et cinéma bling-bling

Le récit nous plonge dans le New-York des années folles, qui précèdent le Krach de 1929. Apprenti écrivain, Nick Carraway (Tobey Maguire), un jeune homme originaire du Minnesota, déménage à New York afin d’apprendre à œuvrer dans le milieu des obligations financières. Là-bas, il loue une maison dans un quartier chic du quartier West Egg de Long Island. Il fait la connaissance de son voisin Jay Gatsby (Leonardo DiCaprio), mystérieux millionnaire. Il retrouve également sa cousine Daisy (Carey Mulligan) et son mari volage, Tom Buchanan (Joel Edgerton), issu de sang noble. Nick devient l’observateur privilégié de ce monde de fêtes et de gens extravagants de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges

Quatrième adaptation très attendue du célèbre roman de Francis Scott Fitzgerald (1925), après celle de Jack Clayton (1974) avec Robert Redford, Gatsby le Magnifique est une adaptation clinquante, réalisée par Baz Luhrmann. Après la déception de son dernier film Australia (2008), Luhrmann revient à ses premières amours, un style bien reconnaissable depuis Roméo et Juliette (1995), inspiré du music-hall et jouant sur l’anachronisme d’une bande-son très contemporaine, ici le hip hop de Jay Z.Prince, et le R&B de Beyoncé ou de Lana del Rey. La musique, la construction du film, la narration de l’écrivain en voix off, évoquent également son grand succès, Moulin rouge (2001). La première partie de Gatsby le Magnifique, une première demi-heure très explosive, s’avère une débauche d’effets visuels et sonores, un foisonnement de couleurs et d’excentricité : les draps de soie s’envolent ; un phare vert éclaire l’autre bout de la rive ; des yeux énigmatiques sur une pancarte ; des mains qui se frôlent ; la transparence d’une piscine ; mais surtout un grand festival de cotillons et de paillettes, des costumes chatoyants, la tumulte festive du New York des années 20, toutes ces femmes, ces hommes tournoyant comme des papillons nocturnes. Le film de Baz Luhrmann fonctionne comme une orgie visuelle totale, d’une énergie folle, comme en témoigne la BO hallucinante. La photographie, la mise en scène, la direction artistique, les décors et surtout les costumes sont vraiment réussis. Puis, la seconde partie du film impose une chute lente et dramatique, celle de la passion tragique et impossible de Gatsby pour Daisy.

Gatsby le magnifique est un film-torrent qui émerveille et fascine, mais fatigue à vouloir trop en faire. Le film est constellé d’une multitude de plans qui s’enchainent si rapidement, que la tête du spectateur en devient chancelante. Par une utilisation anachronique de certaines musiques, un montage épileptique digne de MTV, un recours excessif à la 3D et aux travellings numériques, Baz Luhrmann signe un film aussi chargé que les décors de la demeure de Gatsby, réduisant ainsi l’essentiel de son travail d’adaptation à une performance outrancière de chef décorateur. Si la nature du film est respectée, celle d’un divertissement efficace, visuellement épatant, le tout demeure déséquilibré par de trop nombreuses superficialités et une trop grande technicité. De surimpression en surimpression, d’éblouissement en éblouissement, le spectateur est un peu perdu dans le méli-mélo d’images «Il faudrait pouvoir exposer l’année 1922», écrivait Fitzgerald. Ce n’est pourtant pas la critique sociale de l’époque qui intéresse le réalisateur, ni le Jazz Age fitzgéraldien, ni le thème de la crise qui traverse les époques, mais la propension du récit à lui laisser libre cours pour nous raconter ce qu’il nous a déjà proposé.

Cette poudre aux yeux ne suffit pas à pardonner l’erreur fondamentale de Luhrmann : celle d’avoir privilégier la forme au fond. Ce Gatsby le magnifique est un beau livre d’images, mais vide de la moindre émotion. En effet, le visuel ne fait pas le scénario. Le choix d’une reprise en voix off du texte de Fitzgerald plutôt que le traduire par l’image, est contestable. De même, la psychologie des personnages est moins bien amenée, moins fluide que dans la version de 1974 : Leonardo Di Caprio, est certes un grand acteur, dont toute la subtilité de jeu a été démontrée par sa haute performance dans Django Unchained (2012), mais il n’a ni le charisme, ni la prestance de Robert Redford dans ce rôle romanesque de millionnaire solitaire, mystérieux et idéaliste. Tobey Maguire change de registre après Spiderman, nous parle avec naïveté de ce millionnaire avec fascination, mais son rôle n’est pas celui de l’observateur affûté et critique comme pouvait l’être Sam Waterston : c’est ici un écrivain dont l’art sert de psychothérapie. Carey Mulligan, découverte dans Drive (2011) ou Shame (2011), amène une nouvelle fois avec elle sa mélancolie et sa douceur, mais n’a ni l’éclat, ni la folie de Mia Farrow, sublime Daisy dans la version d’origine. Surtout, le personnage de Myrtle Wilson est massacré : c’est pourtant elle la maîtresse sensuelle et exigeante de Tom, à l’origine du malheur de Daisy ; ici, l’interprétation d’Isla Fisher n’a aucun relief et ne sert de prétexte qu’à une scène d’accident de voiture, tout aussi spectaculaire qu’inutile. Seul, Joel Edgerton fait office d’impardonnable goujat et se montre particulièrement en jambes, dans son rôle de dandy au sang noble, cocu et adultérin…

Avec un casting de rêve et un budget pompeux, Luhrmann construit un film fascinant mais fragile. En dehors des décors et des costumes, le film oublie l’élément primordial qu’est la poésie. Le fond est sacrifié sur l’autel de la forme, comme en témoignent les dialogues creux et bien moins élaborés que dans le livre. Baz fait de cette adaptation un blockbuster hollywoodien digne de Las Vegas et Disneyland, lisse et sans âme. C’est regrettable tant il y avait matière à livrer ici une grande fresque romanesque. Très vite l’ennui s’installe. Il manque au tout une flamme, et l’espoir ne fait pas survivre l’étincelle. Il manque l’intimité, le mystère, pour que la magie, la fascination opèrent, puissent transposer le style extraordinaire de Fitzgerald, et toute sa mélancolie.

Da Vinci’s Demons : En route pour une saison 2

David S. Goyer co-auteur, scénariste des films  » The Dark Knight Rises Trilogy, Man of Steel » où encore de la fameuse série « FlashFoward » vient de se lancer dans une nouvelle aventure Da Vinci’s demons, une série qui mérite le détour.

Après Spartacus la chaine câblée Starz vient de commander une seconde saison nous narrant la vie d’artiste, d’inventeur et de génie de Leonardo da Vinci. D’ailleurs deux écrivains de comics books Jonathan Hickman et Matt Fractionde vont rejoindre l’équipe pour participer à la rédactions deux épisodes de la saison prochaine.

Libérer l’avenir

La série ressemble plutôt à une BD s’aventurant sur le terrain du mystique avec une quête du graal baptisé The Book of Leaves, une sorte de passage secret vers la connaissance suprême, faisant aussi penser au fameux roman de l’Italien Umberto Eco « Le Nom de la Rose » avec un zeste de super fantastique avec Vlad lui-même, le légendaire Dracula, « le dragon du diable » dans l’épisode 6 The Devil passant ce vendredi 17 Mai sur Starz.

Dans un monde à la 1984, où la pensée et la foi sont sous le contrôle d’une église inquisitrice, un homme va chercher le savoir, la connaissance, il a le feu sacré des génies, leurs marques, il sait observer, sa capacité d’observation est si importante qu’il percera plus d’un secret sur le fonctionnement, le code sur lequel est basé cet univers physique.

Faire le portrait d’un Léonardo jeune, un bâtard exubérant, rêvant de légitimité, d’une intelligence et d’une séduction incroyable sur un mode fantastique peut ne pas plaire, toutefois, au-delà de cet aspect, on nous conte que « l’histoire est un mensonge », que derrière la vérité organisée, il y une autre vérité et cette dernière est toujours plus incroyable que celle que nous pouvons imaginer. Pour voir cela, il suffit de regarder les actualités pour se rendre compte que la vérité dépasse toujours les apparences.

Les thèmes de l’obscurantisme, de complot sont très souvent abordés dans les séries, cette fois-ci il s’agit d’une conspiration, impliquant l’Église catholique et le Vatican jusqu’au sommet le plus élevé de la hiérarchie épiscopale dans une Rome où l’on retrouvera les Médicis, une famille, tout aussi légendaire que le fameux Da Vinci, le personnage le plus reconnu selon certains après Jésus.

Mais il est surtout et avant tout un génie, un artiste hors pair un homme qui consacrera sa vie à la découverte des fonctionnements des choses, mais aussi un homme qui se battra contre une société élitiste qui se maintient à travers l’interdit du savoir, et les ténèbres.

C’est le portrait d’un homme, d’un héros armée de sa force créatrice, de son génie pour faire émerger dans une époque d’obscurité une lumière. Évidemment on retrouve du sexe, du mystère et des complots comme dans la réalité, et nous avons notre héros, il n’a pas de bombes, pas de fusils, il est un génie, c’est son intelligence qui ouvriront des portes pour libérer le futur…Et de ce point de vue la série est à découvrir, elle est un miroir de notre propre époque, libérer l’avenir pourrait être aussi notre combat !

Mud – Sur les rives du Mississippi, un film de Jeff Nichols : Critique

1

Mud – Sur les rives du Mississippi : fable initiatique dans le bayou et cinéma d’émotion

Une petite île au milieu du Mississippi. Ellis et Neckbone, deux adolescents intrépides de 14 ans, découvrent un bateau perché au sommet d’un arbre et rencontrent un individu mystérieux avec un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur : Mud. Ellis et Neckbone vont aider ce fugitif au passé trouble à s’enfuir, en échange de son arme. Quelle est la véritable histoire de Mud ? Et qui est cette jolie blonde, Juniper, qui vient de débarquer dans la ville de L’Arkansas ?…

Après l’Arkansas et l’Ohio, Jeff Nichols pose ses caméras, sur les rives boueuses du Mississipi, celles de son enfance. Mud, à mi-chemin entre film d’aventures et thriller romantique, nous entraîne dans une Amérique bien loin de la modernité et de l’urbanisation. Le long des rives du Mississipi, la vie se déroule lentement. Le fleuve, symbole du sud des Etats-Unis, verdoyant et fantomatique, immense et sauvage, est admirablement filmé par le réalisateur [1] et devient un véritable personnage à part entière, avec sa dangereuse et trompeuse tranquillité. L’existence n’est-peut-être pas si paisible dans le bayou, surtout après l’arrivée du héros sauvage et romantique, Mud, lancé dans une course contre la mort après avoir tué par amour. A son contact, ses deux jeunes  confidents et alliés, Ellis et Neckbone, apprennent la vie et l’amour, ses beautés et ses noirceurs, l’apprentissage des compromis auxquels les adultes sont soumis, la découverte du mensonge, les premières trahisons sentimentales… Ce récit d’initiation et d’apprentissage de l’adolescence est filmé par Nichols avec une fluidité quasi-onirique, renforçant la mélancolie de ce passage délicat de l’innocence au monde adulte.

mud une histoire d'amour et d'initiation sur les rives du mississipi

En toile de fond, le film évoque avec nostalgie un mode de vie sur le point de disparaître. Le cinéaste mélange adroitement la mélancolie propre à la fin de l’enfance avec celle, plus difficile, de la réalité économique d’une région [2]. Au cœur du bayou habitent, dans des maisons sur pilotis, des américains déclassés et pauvres, pêcheurs vagabonds à la sensibilité aussi déconcertante que les histoires qu’ils racontent. Mud s’impose comme un film sensuel et lumineux, une  fable bouleversante sur l’amour, l’enfance et le sud des États-Unis, à mi-chemin entre Mark Twain et Steven Spielberg. A travers ce cinéma d’émotion mêlant les genres, Nichols et ses personnages placent l’amour comme moteur de toute chose. Mud est protecteur, rêveur et vengeur, agissant plutôt avec son cœur qu’avec la voix de la raison. C’est un homme qui croit au pouvoir de l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin face à ses parents qui se déchirent, et qui ne peut pas laisser insensible Neck, orphelin. Mud est l’espoir d’aventures bien sûr mais surtout d’une histoire d’amour forte et éternelle. Ce récit est donc aussi initiatique que romanesque.
Grâce au classicisme de la mise en scène, une photographie irréprochable et un montage délicat, le spectateur ressent toute la pureté romantique de ce récit et l’attachement profond du réalisateur pour cette autre Amérique, presque irréelle et filmée tel un paradis perdu. Les choix musicaux et visuels sont à couper le souffle, le tout emmené par une équipe d’acteurs tous plus vrais les uns que les autres : Matthew McConaughey (Mud) au charisme animal, presque bestial, est juste dans chacun de ses gestes et personnifie à la perfection ce personnage passionné.Après un Killer Joe (2012) époustouflant et depuis près de trois années maintenant, il semble marquer une intention de quitter le cinéma distrayant, et parvient à s’imposer parmi les plus grands [3]. Tye Sheridan [4] (Ellis) et Jacob Lofland (Neckbone) nous livrent une prestation authentique. Reese Witherspoon (Juniper) incarne une jeune femme mystérieuse. Autour d’eux, Sam Shepard (Tom Blankenship), l’ex marine protecteur, le père de cœur de Mud, Ray McKinnon (Senior) le père d’Ellis, paternel dur et pudique et Michael Shannon (Galen), l’oncle de Neckbone, décalé et touchant, avec son regard d’adolescent perdu et tentant tant bien que mal de devenir un tuteur responsable…. Tous la distribution est magnifique et les seconds rôles bien assurés. Le scénario est certes d’une grande simplicité, mais on soulignera une scène de fusillade finale d’une intensité rare pour un réalisateur, qui n’est pas un spécialiste du genre. Les amateurs de musique country apprécieront la bande son sobre, folk et sympathique.

Après le grand Take Shelter [5] (2011), Jeff Nichols se réapproprie les grandes légendes de l’Amérique, de Tom Sawyer à Huck Finn, et cultive avec une riche maîtrise formelle et esthétique les pulsions des sentiments. Mud est un revival virtuose de l’aventure juvénile sur grand écran, qui telle une brindille de bois au fil d’un cours ample, sinueux et rêveur, charrie les émotions de Mark Twain, de La nuit du chasseur[6], les bris de Southern Gothic et les ombres de William Faulkner [7]. A seulement 34 ans, Jeff Nichols s’inscrit dans le sillon des plus grands cinéastes américains, Kazan pour le lyrisme calme, Arthur Penn pour l’intelligence de la construction narrative. Mud peut être considéré comme un hymne à l’amour, au réel, à la puissance des sentiments et à la beauté des êtres. Il nous plonge dans un monde où l’innocence a encore droit de cité. Un monde où l’on croit aux histoires d’amours impossibles, où les parents sont encore des héros et où les mystères de la vie semblent infinis à explorer [8]. Reparti injustement bredouille du dernier festival de Cannes, Mud est indéniablement une œuvre d’une sensibilité rare, un récit universel, une poésie. Ne nous méprenons pas : c’est du grand cinéma !

Mud – Sur les rives du Mississippi : Bande-annonce


[1] Comme Ben Zeitlin dans Les Bêtes du sud sauvage (2012), Nichols filme avec beaucoup de soin ce long fleuve tranquille, qui même lorsque le rythme du récit s’endort, réussit à nous tenir en haleine.[2] Egalement dans Les bêtes du sud sauvage de Zeiltin, quasi documentaire ethnologique, on retrouve ce regard sur les classes populaires vivant pauvrement dans le bayou, cette ambiance poisseuse et délicate de la civilisation des bords du fleuve, mais avec plus de dureté.

[3] Ce revirement de l’acteur apparaît surtout dans PaperBoy (2012) et Killer Joe (2012).

[4] Tye Sheridan, déjà remarqué dans The Tree of life (2011) de Terrence Malick, film mystique et panthéiste et palme d’or du festival de Cannes 2011.
[5] Take Shelter (2012) est un intense drame psychologique, prix du festival de Deauville. un genre digne du drame familial The Tree of Life.

[6] Le plan subaquatique mêlant une étrange inquiétude rend hommage à La Nuit du chasseur (1956) de Charles Laughton.

[7] Mud est un film de caractères, un peu à la Faulkner, de situations psychologiques et de rapports humains forcés.

8] Il est impossible de ne pas penser à  Stand by Me de Rob Reiner (1987), autre conte initiatique mêlant adolescence et sens de la vie dans un décor naturel, ou à Un monde parfait (1993) de Clint Eastwood avec Kevin Costner.

Docteur House : La fin d’une série culte

Good bye Docteur House !

La série Dr House est Culte, elle a rencontré un vif succès aussi bien au États-Unis qu’en Europe, réussissant des millions de spectateurs en France à chaque épisode où le final a été diffusée en mars 2013. Cette notoriété est due au célèbre Gregory House campé par Hugh Laurie, un homme en apparence imbu de lui-même, et pour qui les relations humaines sont secondaires. L’engouement pour cette série est né d’un cocktail médecine et d’une personnalité, celle de House, principale moteur de la série, un médecin de génie, aux compétences exceptionnelles, une sorte de médecin sorcier, avec un caractère cynique, arrogant, irrévérencieux qui plait et qui déroute à la fois….

Sa capacité à traiter et diagnostiquer les maladies les plus rares avec l’aide son équipe, tel un Sherlock Holmes, fascinent. Il suit toutes les pistes, envoie ses collègues dans les lieux de vie de ses patients à la recherche du moindre indice, repoussant même parfois ses patients dans leurs derniers retranchements afin de leurs faire avouer ce qu’ils cachent…

Un docteur misanthrope, génial et charismatique se protégeant des états d’âmes de ses patients. En réalité, cette homme derrière une façade rustre, cache un profond altruisme, qui au fil des épisodes s’expose, laissant entrevoir des fêlures, des cassures. C’est un personnage complexe,  qui  ne s’est pas laissé briser par les conventions sociales. Sa jambe blessée, l’obligeant à marcher avec une canne, cette douleur qu’il surmonte à coup d’importantes quantités d’analgésiques révèlent un personnage ni bon ni méchant. Il est au-delà du bien et du mal, il est un vrai humaniste, dans son sens le plus noble peut-être..

Faiseur de miracle, sorcier des temps modernes, il clame n’avoir aucune confiance en ses malades partant du principe qu’ils mentent tous. D’ailleurs il n’aime que les cas inédits, les maladies infectieuses, rares, et tel un chevalier il part à la recherche du Graal, dans une quête de vérité, entouré d’une équipe triée sur le volet, à qui il en fera voir de toutes les couleurs.

Dans le pilot de la série un dialogue entre le Docteur House et le Docteur Cameron exprime fort bien ce que cherche House…

Tout le monde ment.

Dr. Cameron: Dr House n’aime pas les relations avec les patients.

Dr Foreman: Traiter les patients, n’est ce pas pourquoi nous sommes devenus médecins?

Dr House : « Non, le traitement des maladies est pourquoi nous sommes devenus médecins. Le traitement des patients est ce qui rend la plupart des médecins misérables. »

Jeu de pistes et Maladie.
Nous avons pu ainsi voir toutes sortes de maladies aussi étranges les unes que les autres comme dans l’épisode Ocam’s Razor de la saison 1 : après des rapports fougueux avec sa fiancée, Brandon Marell s’effondre souffrant de douleurs abdominales, nausées, fièvres et pression artérielle faible. Chaque épisode commence ainsi par une maladie étrange, rare et une quête qui va elle aussi plus loin que la maladie. Elle concerne souvent l’âme des patients, leurs cachotteries, leurs croyances… Nous allons apprendre des noms de maladie aux noms parfois étonnants comme pseudohermaphrodisme masculin par insensibilité aux androgènes, cancer du testicule, intoxication aux œufs de crapaud où encore hémochromatose génétique.

Le final

Résumé de l’épisode. L’épisode s’ouvre sur une scène apocalyptique. Allongé sur le sol d’un bâtiment, House passe en revue toutes les saisons, sous forme de flashback avec ses amours ratées, ses rêves cassés et ses espoirs brisés, révélant au fil de ses flashs les raisons qui l’ont amenées dans cette immeuble prêt à s’effondrer à côté d’un patient mort. A la recherche de House, ses amis Wilson et Foreman voient de loin l’immeuble exploser ne laissant aucun doute sur la fin tragique du médecin.

Mort et Libre

Lors de l’enterrement du célèbre House, Wilson remplacera un discours élogieux par un : « House était un connard ». Soudain le téléphone sonne et Wilson lit cette étrange SMS : « Tais-toi imbécile ». House s’est s’échappe en réalité du bâtiment, profitant de la situation pour échanger son fichier dentaire avec celui de son patient revenant à son principe : tout le monde ment.

Libre et officiellement mort, il consacrera ses derniers mois à Wilson, qui a le cancer. Les deux amis s’en vont en moto traverser le pays, se débarrassant des personnages qu’ils avaient incarnés jusqu’à présent et qu’ils n’étaient probablement plus au fil des saisons. Dans ce final comme dans la personnalité du Docteur House, il n’y a pas de bien où de mal, ni de happy end ni de sad end, just autres chose…

Les Gamins d’Anthony Marciano

Les Gamins d’Anthony Marciano : Comédie funky et insouciance juvénile

Thomas et Lola forment un jeune couple. A peine fiancé, Thomas rencontre son futur beau père Gilbert, marié depuis 30 ans à Suzanne. Gilbert en pleine crise de la cinquantaine, s’ennuie ferme à la maison et dans son couple. Il tente de dissuader Thomas de se marier. Il se lie très vite d’amitié avec son futur gendre, qui rêve d’une carrière dans la musique. Les deux compères traversent ensemble une nouvelle crise d’adolescence et se lancent alors dans une vie d’insouciance, pleine de péripéties, persuadés que la liberté est ailleurs…

Voilà longtemps qu’une comédie française ne nous avait pas fait rire! Le premier long métrage du jeune réalisateur Anthony Marciano est une comédie transgénérationnelle à l’humour potache, un bon antidote à la sinistrose ambiante. Menée tambour battant, comme le démontre la BO réussie et percutante, pop et funky à souhait, le spectateur appréciera les dialogues jouissifs, le scénario truffé de gags, parfois hilarants, comme la séquence d’autodérision avec le sosie de Patrick Bruel en agent immobilier, le délire ado et rafraîchissant de Chabat (en très grande forme et marquant un retour gagnant dans la comédie), la racaille de Versailles ou la scène finale de traduction pour l’Iranien dans l’auditorium.

Partant sur la base d’une comédie pseudo-romantique, le style se fend et laisse entrevoir une série de péripéties beaucoup plus rock’n roll, privilégiant un comique de situation. Dès les premières minutes du film, le duo Chabat/Boublil s’impose comme une évidence tant est flagrante la complicité de ces larrons en foire. Mélanie Bernier est charmante et a un rôle, enfin à sa hauteur. Sandrine Kiberlain révèle un talent comique, en bobo défendant les causes humanitaires, ne terminant jamais ses phrases, et mangeant des algues ou du tofu. La petite comédienne qui joue Mimi Zozo est assez surprenante et le spectateur a en prime des invités guest surprenants, comme Iggy Pop. Malgré un scénario « gentillet » et ciselé, assez convenu et attendu (écrit par Max Boublil), la mayonnaise prend, et cette comédie dégage une belle énergie, bourrée de vannes réjouissantes pour adulte, de situations improbables complètement délirantes et même d’une petite touche « trash », qui fait ressentir l’influence de Judd Apatow[i], des Frères Farrelly[ii] ou l’humour des Nuls.

La mise en forme est plaisante et le fil de l’histoire reste convaincant et parle de thèmes comme la crise de la cinquantaine, les relations de couples qui durent et celles qui naissent, l’équilibre à établir entre nos rêves et la réalité, la cruauté du monde du show-business. La musique est vraiment un atout important qui donne un peu plus de caractère au film, Boublil nous fait réviser nos conjugaisons en chantant…Malgré des personnages féminins sous-développés, une seconde partie de film qui part dans le classique, (le rêve de musique, la crise du couple), et un happy end conventionnel, rien ne gâche le plaisir du spectateur qui passera une soirée distrayante, pleine de légèreté avec cette comédie de potes à l’humour régressif. Les Gamins n’est certes pas la comédie du siècle, mais une bonne romcom à la française, une belle réussite sans prétention, un film efficace où l’on rit facilement. Que demander de plus?


[i] Judd Apatow, réalisateur, scénariste et producteur américain. On lui doit des succès tels que la réalisation avec succès de 40 ans, toujours puceau (2005), En cloque, mode d’emploi (2007), Sans Sarah rien ne va (2008), Funny People (2009), Mes meilleures amies (2011)
[ii] Peter et Bobby Farrelly sont les réalisateurs américains de Dumb and Dumber (1995), qui devient culte, de Mary à tout prix (1998), leur plus grand succès, de Fous d’Irène (2000), de L’Amour extra-large (2002), et de Deux en un (2004)

La bande originale de Gatsby le Magnifique

Toute la bande originale du film Gatsby le Magnifique en musique

Gatsby le Magnifique sort le 15 mai 2013 au cinéma et  la bande originale s’annonce aussi riche que le film où la mise en scène foisonnante tient un grand rôle, avec des titres chantés par Beyoncé, Jay-Z, Fergie, Will.i.am, ou encore Emeli Sandé. Le réalisateur Baz Luhrman s’est surtout fait connaitre avec Romeo et Juliet (1996) et l’excellent Moulin Rouge (2001), une comédie musicale qui a marqué son époque.

Il vient de réaliser un nouveau long-métrage, consacré au personnage de Gatsby le Magnifique. Basé sur le roman éponyme de Francis Scott Fitzgerald publié en 1925, son casting tout aussi prestigieux que son étonnante B.O musicale ne laissera pas indifférent, le rétro et le groove Jazzy de cette époque ont été revisités façon Luhrman qui n’en est pas à son premier anachronisme musical : déjà dans le film Moulin Rouge, nous pouvions entendre des tubes pop de Christina Aguilera et Nirvana…Dans Gatsby le Magnifique, nous allons vibrer au rythme entre autres de Jay-Z avec le titre No Church in the Wild, enregistré avec Kanye Wes, Love Is Blindness de U2, repris par Jack White.

Soundtrack du film The Great Gatsby

01 Jay-Z – 100$ Bill
02 Beyoncé & André 3000 – Back to Black
03 will.i.am – Bang Bang
04 Fergie, Q-Tip & GoonRock – A Little Party Never Killed Nobody (All We Got)
05 Lana Del Rey – Young and Beautiful
06 Bryan Ferry & the Bryan Ferry Orchestra – Love Is the Drug
07 Florence & the Machine – Over the Love
08 Coco O of Quadron – Where the Wind Blows
09 Emeli Sandé & the Bryan Ferry Orchestra – Crazy in Love
10 The xx – Together
11 Gotye – Hearts a Mess
12 Jack White – Love Is Blindness
13 Nero – Into the Past
<14 Sia – Kill and Run

Evil Dead, un film de Fede Alvarez : Critique

Evil Dead : Pluie de sang et gore poétique

Après les séries télévisées Hannibal et Bates Motel, et avant l’arrivée imminente sur le grand écran de Carrie, la Revanche et Texas Chainsaw 3D, les remake du monde horrifique sont décidément à la mode ces temps-ci, essayant tant bien que mal de reconquérir un public en quête de sensations fortes. Le cinéma d’horreur serait-il en manque d’inspiration ?

Voici maintenant le remake du culte Evil Dead, premier du nom (1981), qui a révolutionné le genre à son époque. Produit par Sam Raimi, le réalisateur de l’opus origineldont on retrouve bien ici la patte à travers notamment les plans rapides du démon arpentant la forêt, autrefois à mobylette, et par Bruce Campbell, l’inoubliable Ash de la trilogie, Evil Dead est réalisé par un jeune réalisateur uruguayen, Fede Alvarez, auréolé jusqu’ici de quelques courts-métrages comme Ataque de Panico (2009). Simple remake ou reboot ambitieux ? Telle était la grande interrogation des spectateurs qui se sont précipités en salle, nostalgiques de la célèbre trilogie des années 80/90, souvent plagiée mais rarement égalée. «Vivez l’expérience la plus terrifiante : Evil Dead », ou « la scène la plus gore de tous les temps», indique la jaquette française. Le contrat a-t-il été rempli ?

Dés la bande-annonce non censurée, le spectateur fut prévenu : le film ne cherche pas à être tendre avec lui. Il va y avoir de l’hémoglobine à profusion. C’est sanguinolent, angoissant, bourré de références cinématographiques, à Tarantino notamment, mais aussi au film originel de 1983. On retrouve la vieille cabane abandonnée, les branches violeuses, la fameuse trappe où l’en enferme l’être possédé, la tronçonneuse… Toute la mythologie Evil Dead est respectée, son  ambiance glauque, pesante et malsaine, avec néanmoins de nouvelles idées, de nouveaux outils de torture, comme un plan un couteau à viande, un pistolet à clous, laissant présager la boucherie qui se prépare.

Mais le récit de Fede Alvarez est plus un reboot qu’un simple remake. Il prend quelques libertés avec le scénario d’origine et la tonalité est beaucoup plus sérieuse : on s’éloigne grandement de l’humour décalé d’un Ash et l’on plonge dans l’horreur gore. Le réalisateur uruguayen révèle tout son génie pour les effets spéciaux, ne se laissant pas piéger par la facilité du numérique et des images de synthèses, mais privilégiant des effets spéciaux à l’ancienne. Ces derniers donnent vraiment une dimension cauchemardesque aux différentes blessures ou mutilations, qui à travers des maquillages fantastiques, n’en sont que plus réelles et oppressantes. Donnant vie au démon, ils rappellent ceux de L’Exorciste (1973), pour une Jane Levy finalement proche d’une Linda Blair, mais dont la finalité sera toute autre, celle du pur gore. Ainsi, la réalisation est une pure merveille et cet Evil Dead impressionne surtout par le réalisme des scènes de boucherie. D’un seul coup la machine sanguinolente démarre, brutalement, sauvagement, jusqu’à la scène finale, aussi gore que poétique avec une superbe pluie de sang), montant la tension et l’horreur à leur paroxysme.

A partir du moment où l’incantation est citée à haute voix pour réveiller le mal qui sommeille, le rythme ne baisse plus jusqu’au générique de fin et sans scène inutile de sexe, pour une fois. Le spectateur n’attend pas en effet, pour voir le sang dégouliner. Car du sang, il en voit partout, sans aucune limite, et en quantité impressionnante puisque la réalisation a utilisé pas moins de 25.000 litres de faux sang sur le tournage. Fede Alvarez agit en roue libre et prend plaisir à balancer des litres d’hémoglobine sur son actrice principale, Jane Lévy, partant du postulat assez astucieux d’éparpiller le spectateur par le stratagème d’hallucinations visuelles liées au sevrage de son héroïne. Mention spéciale à la scène du cutter, qui démontre la volonté de l’équipe d’aller aussi loin que possible. On ressent le goût du tableau gore façon Fulci. Le jeune réalisateur n’a pas hésité a utiliser des plans et mouvements dingues pour donner un maximum de divertissements dans les scènes d’actions violentes. Tous ces éléments ont servi de faire une union spectaculaire avec l’excellente composition musicale de Roque Banos. Ce film, visuellement est brutal. La photographie est magnifique : cette cabane on la connait mais on ne l’a jamais vu aussi belle ; la Jeep rouge posé dans le décor, est à la limite de la poésie ; Le montage sonore, époustouflant et épuré tant il s’avère efficace : rien qu’à entendre le bruit des os cassés, le spectateur a mal. L’autre point fort cet Evil Dead cuvée 2013 est sa mise en scène très stylisée avec beaucoup d’effets qui installent le climat lugubre, macabre du film (le gros plan de l’ampoule qui scintille où la scène de Mia sous la douche bouillante), le tout étant très fluide. Féroce, cruel, le film tient ses promesses en matière de gore outrancier et de situations oppressantes.

evil dead possedéeCôté casting, pas d’énorme surprise, hormis l’interprétation impressionnante de Jane Levy,  à la hauteur de son personnage complexe et torturé. Elle tire profit de l’écriture de son personnage pour en devenir effrayante et naturelle, dangereux cocktail, ici parfaitement dosé. Elle joue merveilleusement l’être possédé farceur et masochiste. Le reste du casting demeure assez fadasse : on retrouve le beau gosse, campé par un Shiloh Fernandez (vu dans le Chaperon Rouge de 2010), aux réactions et aux dialogues d’une naïveté déconcertante, au charisme inexistant, et terriblement agaçant quand il s’agit de prendre la bonne décision qu’il ne saisit jamais. Jessica Lucas  joue une infirmière arrogante qui pense trouver les bonnes solutions en assommant l’héroïne de piqûres d’anxiolytiques et Lou Taylor Pucci a été enlaidi à souhait et volontairement démodé pour jouer le rôle de l’incantateur malheureux et pas très futé. La surprise vient plutôt à la fin du générique, un petit clin d’œil au film d’origine et à son acteur charismatique et l’humour déjanté Bruce Campbell. « On ne touche pas à Dieu », clame Alvarez dans un interview. Mais il reste probable que l’on revoit « Dieu » dans un prochain opus, peut-être dans un Evil Dead 4, avec cette fois aux commandes Sami Raimi.

Les fans des films d’horreur façon « old school » reprocheront sans doute la censure du film imposée par le MPAA (Motion Picture Association of America) qui a abouti à un montage moins gore que le précédent, et attendront avec impatience la sortie d’un éventuel director’s cut à l’occasion du DVD. De même, l’histoire est simpliste, bien qu’efficace. La VF est vraiment faiblarde. Surtout, trop de gore tue la peur : il manque encore à Fede Alvarez un bon sens du suspense pour arriver à jouer vraiment avec la peur, même si, côté horreur, il a de l’appétit et restera un réalisateur à suivre pour le genre. A vouloir trop faire dans l’effet choc, le réalisateur oublie que la suggestion à dose raisonnable, est bien plus efficace.

Le film aurait pu développer les origines du mal et ne pas sombrer dans une succession de scènes plus gores les unes que les autres, pouvant agacer le spectateur. Evil Dead version 2013 n’a certes pas le grain de folie expérimentale de l’original et n’exploite pas le coté horrifique des possessions des personnages, ni même l’ambiance démoniaque qui flottait dans les anciennes versions. Il ne réussit pas là où Insidious (2011) l’avait fait, en créant la surprise.

Si ce  Evil Dead  n’est pas « l’expérience la plus terrifiante de tous les temps », il demeure un reboot de qualité, une œuvre complète, et surtout il révèle un réalisateur d’avenir pour le genre. Dans le fond cependant, le film reste supérieur à la majorité des films d’épouvante actuels (Paranormal Activity, Le Dernier Exorcisme…), pour sa singulière démesure dans le gore. Le spectateur ressent toute la  nostalgie pour l’œuvre originale, mais aussi l’amour du réalisateur tous les films d’horreur qui ont bercé une époque hélas révolue : Evil Dead, BrainDead, Freddy, Les griffes de la nuit… Le remake est de qualité dans la lignée de La colline à des yeux et La dernière maison sur la gauche mais ne surpasse pas le classique indémodable de Sam Raimi qui, avec beaucoup moins de moyens, était gorgé de trouvailles visuelles propres à son metteur en scène et suscite davantage la peur. Espérons tout de même que le cinéma d’horreur connaîtra une renaissance sans puiser éternellement dans des œuvres déjà connues, qu’il renouera avec création et inventivité. A conseiller aux nostalgiques des films d’horreur « Old school ».

Synopsis : Cinq amis, Mia, son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, séjournent pour un week-end dans une cabane isolée en pleine forêt. Mia au vécu déjà lourd, cherche avant tout, à se débarrasser de ses addictions avec l’aide de ses amis. Mais très vite, le groupe vit des moments de terreur intense après avoir découvert le Livre des morts. L’incantation d’Eric libère la plus épouvantable des forces qui va se déchaîner sans relâche sur chacun d’entre eux.

Evil Dead : Bande-annonce

Evil Dead : fiche technique

Réalisateur : Fede Alvarez
Scénario : Fede Alvarez, Rodolfo Sayagues
Interprétation : Jane Levy (Mia), Shiloh Fernandez (David), Lou Taylor Pucci (Eric), Jessica Lucas (Olivia)…
Photographie : Aaron Morton
Direction artistique : Roger Murray-Leach
Montage : Bryan Shaw
Musique : Roque Baños
Production : Sam Raimi, Bruce Campbell, Robert G. Tapert
Société de production : TriStar Pictures, FilmDistrict, Ghost House Pictures
Distribution : Metropolitan FilmExport
Genres : Horreur
Durée : 91 minutes
Date de sortie :
Classification : Interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie, et aux moins de 18 ans depuis sa sortie en DVD

Etats-Unis – 2013

Iron Man 3 de Shane Black

Critique Iron Man 3 : Est-ce l’armure qui fait l’homme ou l’homme qui fait l’armure ?

Premier film de la phase 2 des studios Marvel après la réunion des Avengers, ce troisième volet consacré à l’homme en armure, change la donne puisque cette fois-ci, la réalisation et la plume sont confiées à Shane Black, scénariste de nombreux films d’action dont L’Arme fatale (1987) et réalisateur de l’excellent Kiss Kiss Bang Bang (2005, déjà avec Robert Downey Jr. Après un premier opus réussi grâce à son héros mégalo et tous deux dirigés par Jon Favreau, l’objectif est élevé pour Shane Black, le troisième opus étant très attendu par de nombreux fans.

L’histoire d’Iron Man 3 offre une vision différente et nous présente un Tony Stark angoissé, lorsqu’il repense à l’invasion des Chitauris à New York (Avengers, 2012). Graphiquement maîtrisée et bien rythmée, celle-ci s’attarde davantage sur le côté humain de Tony Stark sans son armure que sur Iron Man , le thème du doute et de la faiblesse intérieure des supers-héros étant un élément récurrent des comics. Tous n’aimeront cette transformation du héros, mais dans ce troisième volet, c’est bien l’homme qui est mis à l’épreuve et non l’armure. Il en ressort d’avantage de tension et d’angoisse que dans les précédents opus. L’insupportable génie fait face à la peur ; le héros cynique à l’égo surdimensionné montre ses faiblesses et se laisse porter par ses sentiments, que ce soit envers Pepper ou le garçon du Tennessee : « Je ne suis qu’un type dans une boîte de conserve » nous dit Stark au cours du film. Shane Black réussit parfaitement à rendre le personnage touchant, fragile et friable sans lui enlever son sens de la répartie et son humour décapant, très présent dans le film. Le spectateur se délecte des failles et des ratés du héros, mais aussi par le niveau des déflagrations des combats renforcés par des effets spéciaux spectaculaires, et un scénario plutôt malin, riche en surprise.

Si le scénario s’attarde sur l’homme qu’est Tony Stark, interprété par un Robert Downey Jr toujours très convaincant et qui crève l’écran, le spectateur retrouve bien tous les personnages de la saga et les acteurs secondaires ne sont pas en reste : Gwyneth Paltrow (une Pepper Potts ravissante et téméraire) et Jon Favreau (Happy Hogan), bénéficient d’un renforcement de leur personnage ; Guy Pearce (Aldrich Killian), colle très bien à son personnage de super méchant incandescent suite au virus ; Ben Kingsley (Le Mandarin) est excellent et surprendra plus d’un; (Happy Hoggan), Don Cheadle (James Rhodes), sont toutefois un peu effacés, et Rebecca Hall (Maya Hansen) tente de sauver les meubles malgré le peu de place laissé à son personnage Les effets visuels signés Marvel/Disney sont comme à leur habitude sublimes, avec des moments de grâce (la destruction de la villa, le sauvetage ou le combat final avec toutes les armures MK). La photographie d’un directeur plusieurs fois oscarisé, est très belle, et apporte au film de superbes images. Les technologies de Tony ont beaucoup progressé et continuent à nous épater et à nous impressionner. Il contrôle ses multiples armures à distance, elles viennent à lui par le simple fait de gestes. Il peut changer d’armure en deux temps trois mouvements. On se demande même parfois si l’armure n’est pas dotée d’une conscience en voyant la poussée de ces technologies. L’histoire est bien construite, le scénario est rempli d’humour et de surprises. La scène bonus est drôle : elle met en scène Tony chez son psychanalyste personnel, Bruce Banner. Celui-ci s’est endormi et n’a entendu que le début de l’histoire…

Les fans des comics de l’univers Marvel reprocheront au film certainement son manque d’action et certaines libertés scénaristiques : ainsi, Iron Patriot n’est pas à James Rhodes mais à Norman Osborn dans Spider Man ; l’armure est ici rechargée par batterie alors que dans les épisodes précédents, la découverte de Tony était bien le réacteur ARC de 3ème génération à énergie verte, qui alimentait toute la tour Stark ; comment Tony pourra désormais contrôler l’armure sans son cœur artificiel ? De même, les fans dénonceront la vulnérabilité de l’armure que n’importe qui ou presque peut revêtir (Pepper Pots, Kilian et même le Président des Etats Unis), l’absence d’explication sur Extremis, le nano-virus, sur les motivations profondes du Mandarin, ou encore une 3D mal exploitée. Ils regretteront l’absence de musique du groupe ACDC, remplacée par Eiffel 65. ls percevront une patte Disney beaucoup plus importante que dans Avengers, notamment à travers la relation de Tony et de l’adolescent. Surtout les fans ne pardonneront pas le twist scénaristique sur le Mandarin ;à leur grand désespoir, ils ne verront pas en effet, Starck combattre en pleine possession de ses moyens, le véritable Mandarin aux dix anneaux Makluan, un redoutable ennemi tout à fait crédible, à la façon de Bane dans The Dark Knight Rises (2012). Toutefois, les autres spectateurs y verront peut-être une mise en abîme rigolote du jeu d’acteur, l’avenir cinématographique du héros reste plutôt vague«  Mon armure n’a jamais été une distraction ou un passe temps, mais un cocon. Je suis un homme nouveau à présent. Il y a une chose que l’on ne m’enlèvera pas : je suis Iron Man ! conclut néanmoins le héros. Une suite à la trilogie demeure incertaine. Nous retrouverons sans doute Iron Man dans le prochain Avengers.

Iron Man 3 reste un bon blockbuster avec des effets spéciaux réussis, quelques séquences d’action époustouflantes et un scénario dans l’ensemble bien mené . Du côté cinéma à proprement parler, Iron Man 3 réussit sa mission : nous divertir. Et cela va continuer maintenant que la phase 2 des Avengers est lancée : Bientôt le Captain America et Thor vont faire leur grand retour. Un peu de patience, les super héros n’ont pas fini d’inspirer le cinéma!

On retrouve ce schéma dans The Dark Knight Rises (2012) de Christopher Nolan, avec un Batman toutefois beaucoup plus sombre.

Synopsis : Tony Stark, industriel milliardaire et flamboyant, qui est aussi Iron Man s’est mis durant ses nuits d’insomnie à construire avec obsession de nombreuses armures. Désormais, Pepper Potts dirige son entreprise et ils viennent de s’installer ensemble. Mais très vite, la vie paisible du couple est perturbée par les actes terroristes d’un ennemi mystérieux, le Mandarin. Lorsque le chef de la sécurité de Stark Industries, Happy Hogan,est victime d’un de ses attentats, Stark défie le Mandarin par le biais des médias. Il découvre rapidement l’existence du programme Extremis, un traitement expérimental dont le but initial est de guérir les personnes souffrant d’une mutilation. Développé par Killian à partir des recherches de Hansen, le sérum est instable et les sujets dont le corps n’a pu accepter le traitement voient la température de leur corps augmenter avant d’exploser. Alors qu’il se jette dans la bataille, Stark va enfin découvrir la réponse à la question qui le hante secrètement depuis si longtemps : est-ce l’homme qui fait l’armure ou bien l’armure qui fait l’homme ?

L’écume des jours, un film de Michel Gondry : Critique

2

L’Écume des jours : Univers onirique, bric à brac et cinéma de visions

C’est l’histoire d’amour surréelle et poétique d’un jeune homme idéaliste et inventif, Colin, qui rencontre Chloé, une jeune femme, douce et charmante. Peu après leur rencontre, les deux amants décident de se marier. Mais leur quotidien s’assombrit lorsque Chloé est touchée par une étrange maladie, un nénuphar qui  grandit dans son poumon…

Que le pari de cette adaptation semblait risqué pour Michel Gondry [i]! Porter à l’écran le célèbre roman éponyme de Boris Vian, L’écume des jours, pouvait relever pour certains esprits bien pensant, d’une gageure, ou du moins d’une folie. C’est sans doute oublier bien vite que Gondry a l’imaginaire fertile, aime l’univers poétique et mélancolique. Il se distingue déjà en 2004, aussi bien auprès des critiques que du public, par un véritable bijou cinématographique, un monument fantastique, Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Puis vient La Science des rêves (2006), où Gondry laisse libre cours à son imaginaire débridé. Dès lors, avec cet univers plastique si particulier, le réalisateur semble être des plus légitimes pour reproduire l’univers fantastique de l’œuvre de Boris Vian. Un des films les plus attendus de l’année 2013.

Tout comme le roman de Boris Vian, très visuel et détaillé dans les descriptions physiques,L’Ecume des jours de Gondry (BO) révèle un  monde incroyablement riche et foisonnant d’idées visuelles incroyables et poétiques, de machineries mécaniques en tout genre, de petites trouvailles merveilleuses, de décors absolument improbables.

L-ecume-des-jours-nuage-objet-volantLe spectateur retrouve ainsi l’imagination sans borne du réalisateur, son art du bricolage, sa fantaisie sans limite et se plonge dans un univers aérien, poétque et fantasque, qui l’emmène dans des contrées suspendues, dans toute la première partie du film [ii]. Puis la seconde partie devient plus calme, plus tragique ; Le tout glisse, au rythme de la croissance du nénuphar, vers une esthétique monochrome où mêmes les objets les plus capricieux se meurent doucement, les êtres vivants glissent aussi vers leur abîme respectif. L’appartement se rétrécit, les couleurs de l’image se fanent, la lumière s’atténue, le sentiment d’oppression grandit, tandis que se noue le drame pour s’achever dans un superbe noir et blanc, sobre et pudique, d’une infinie beauté.
Michel Gondry a fait les bons choix, notamment celui de décontextualiser l’époque en détournant des objets qui étaient à l’avant-garde dans les années 70, un peu comme Terry Giliam dans Brazil (1985), ou de privilégier les effets spéciaux simples et mécaniques à l’ancienne,en stop motion et cartons pates, aux effets numériques. De même, il demeure très fidèle aux descriptions des objets (le car de police avec « une multitude de pieds vibratiles »), des lieux (l’appartement de Colin) ou des costumes (la robe d’Isis, « la grille en fer forgée formant l’empiècement du dos »); au-delà, il a été surtout inspiré par l’esprit du livre, avec par exemple l’introduction de l’atelier (tourné dans la salle du comité central du P.C. bâtie par Oscar Niemeyer) où s’écrit le livre sur des machines à écrire qui glissent sur des tapis roulants. Le spectateur plonge ainsi véritablement dans le surréalisme. Le conceptualisme est poussé aux limites de l’imaginaire : l’univers est riche et plein de vie, la danse réinventée, Ellington ressuscité. On retrouve le pianococktail, l’arrache-cœur, l’idée d’un matérialisme bienfaisant, la philosophie sartrienne mais aussi toutes les réflexions sociales de Boris Vian : la critique de l’église ou de l’exploitation dans les scènes de travail à l’usine, celle des (1936) avec Chaplin. Le plan formel est très travaillé (perspective pour la souris, des cordes se substituent en faisceaux de lumière). Un écho au second film de Gondry, est palpable à travers les prises de vue sous-marine avec vidéo-projection en guise de fond d’incrustation, la personnification de la sonnette en araignée (dans La Science des Rêves, un rasoir électrique). La différence est dans l’énergie : alors que La Science des Rêves suit un rythme plutôt monotone et joue sur l’intime,L’Écume des Jours est un véritable feu d’artifice plein d’expressivité. La photographie est très belle, la mise en scène excellente, la bande-son très variée et adaptée à l’émotion de chaque séquence. D’une inventivité visuelle et narrative folle, ce cinéma de visions est d’autant plus troublant qu’il est orchestré avec une apparente simplicité  et rend palpable sur grand écran la poésie, l’humour et le romantisme de l’œuvre de Boris Vian.

unvers ecume des jours2parte

La réussite de ce film est en également en grande partie due à un casting judicieux, même si les acteurs sont un peu plus âgés que les personnages du livre : Audrey Tautou, douce et candide incarne une Chloé aussi fragile et touchante que dans le livre. Romain Duris fait un bon Colin, naïf et insouciant. Omar Sy est impeccable en cuisinier de Colin au langage sophistiqué, à la posture distinguée et relativement froide, tout comme Gad Elmaleh, en fan pathétique de Jean-Sol Partre. Une mention spéciale aux personnages secondaires : Aissa Maiga, juste dans son interprétation ou Charlotte Le Bon, pleine de charme; Sacha Bourdo est parfait dans le rôle de la souris et en donne une interprétation sans caricature et tout en douceur ; on notera également la folie froide d’Alain Chabat et le stoïcisme de Philippe Torreton, parfait en Jean-Sol Partre. Dans ce casting, il y a des stars en effet. Toutefois, Gondry ne fait aucune concession à but commercial à l’univers surréaliste qu’il retranscrit parfaitement, à sa manière. Tout comme Boris Vian  s’est efforcé dans son livre de ne pas développer ses personnages, Gondry dirige subtilement ses acteurs et leur laisse le temps de s’identifier d’une manière ou d’une autre à leur rôle, apporter leur propre touche au livre, pour le rendre encore plus subjectif. Il est donc normal que les objets soient plus mis en valeur que les acteurs puisque c’est Vian lui-même qui l’a voulu : dans le roman, les personnages sont sous-représentés par rapport aux objets. Les quelques libertés prises par le réalisateur s’intègrent parfaitement à l’histoire, notamment au niveau de l’humour absurde et subtil.

Évidemment, comment rendre en images ce que l’imagination construit à la lecture ? Si certains spectateurs reprocheront un déséquilibre  entre esthétisme et émotion, un manque de linéarité, Gondry réalise encore une fois un film dans un style qui lui est propre. Il reste très fidèle aux idées transmises par Boris Vian, pourtant tant dénigrées il y a cinquante ans. Le spectateur s’attache tout de même aux personnages, et ainsi Gondry, notamment dans sa mise en scène dense et poétique,rend un très grand hommage à tous les cinémas et procédés littéraires surréalistes possibles. L’Écume des jours est vraiment un film unique en son genre. Gondry retourne à son cinéma d’origine, le cinéma qu’il affectionne tant, celui de Soyez sympas, rembobinez (2008), et s’éloigne des sirènes hollywoodiennes, des productions formatées, comme celle du Green Hornet (2011). Le spectateur ressort de la salle, bousculé par l’univers surréaliste empreint de sensibilité poétique, véritable explosion de visuel. C’est comme un rêve éveillé. À la sortie de la salle, le spectateur rêvera peut-être de retrouver les danseurs de Bigle-moi, des nuages tirés par un grutier solitaire ou des véhicules marchants dans les rues… L’écume des jours sonne alors comme une foi retrouvée au cinéma originel. Cette adaptation improbable, pouvant déranger ou décevoir, restera quoi qu’il en soit, une œuvre majeure de la carrière de Michel Gondry. A conseiller à un public cinéphile averti.

Fiche technique : L’Écume des jours

Titre anglophone international : Mood Indigo
Réalisation : Michel Gondry
Scénario : Luc Bossi et Michel Gondry, d’après L’Écume des jours de Boris Vian
Casting : Romain Duris, Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Omar Sy…
Musique : Étienne Charry
Photographie : Christophe Beaucarne
Montage : Marie-Charlotte Moreau
Décors : Stéphane Rozenbaum
Costumes : Florence Fontaine
Sociétés de production : Brio Films, SCOPE Invest, Scope Pictures
Distribution : Studiocanal (France)
Pays d’origine : France
Budget : 19 000 000 €
Genre : comédie dramatique
Durée : 125 minutes


[i] Rappelons tout de même qu’il y avait eu une première adaptation ciné en 1968 (avec Jacques Perrin)

[ii] Déjà, la bande-annonce sent l’onirisme, la poésie, la fraicheur qui manque à la production française de ces derniers temps.