Evil Dead, un film de Fede Alvarez : Critique

Evil Dead : Pluie de sang et gore poétique

Après les séries télévisées Hannibal et Bates Motel, et avant l’arrivée imminente sur le grand écran de Carrie, la Revanche et Texas Chainsaw 3D, les remake du monde horrifique sont décidément à la mode ces temps-ci, essayant tant bien que mal de reconquérir un public en quête de sensations fortes. Le cinéma d’horreur serait-il en manque d’inspiration ?

Voici maintenant le remake du culte Evil Dead, premier du nom (1981), qui a révolutionné le genre à son époque. Produit par Sam Raimi, le réalisateur de l’opus origineldont on retrouve bien ici la patte à travers notamment les plans rapides du démon arpentant la forêt, autrefois à mobylette, et par Bruce Campbell, l’inoubliable Ash de la trilogie, Evil Dead est réalisé par un jeune réalisateur uruguayen, Fede Alvarez, auréolé jusqu’ici de quelques courts-métrages comme Ataque de Panico (2009). Simple remake ou reboot ambitieux ? Telle était la grande interrogation des spectateurs qui se sont précipités en salle, nostalgiques de la célèbre trilogie des années 80/90, souvent plagiée mais rarement égalée. «Vivez l’expérience la plus terrifiante : Evil Dead », ou « la scène la plus gore de tous les temps», indique la jaquette française. Le contrat a-t-il été rempli ?

Dés la bande-annonce non censurée, le spectateur fut prévenu : le film ne cherche pas à être tendre avec lui. Il va y avoir de l’hémoglobine à profusion. C’est sanguinolent, angoissant, bourré de références cinématographiques, à Tarantino notamment, mais aussi au film originel de 1983. On retrouve la vieille cabane abandonnée, les branches violeuses, la fameuse trappe où l’en enferme l’être possédé, la tronçonneuse… Toute la mythologie Evil Dead est respectée, son  ambiance glauque, pesante et malsaine, avec néanmoins de nouvelles idées, de nouveaux outils de torture, comme un plan un couteau à viande, un pistolet à clous, laissant présager la boucherie qui se prépare.

Mais le récit de Fede Alvarez est plus un reboot qu’un simple remake. Il prend quelques libertés avec le scénario d’origine et la tonalité est beaucoup plus sérieuse : on s’éloigne grandement de l’humour décalé d’un Ash et l’on plonge dans l’horreur gore. Le réalisateur uruguayen révèle tout son génie pour les effets spéciaux, ne se laissant pas piéger par la facilité du numérique et des images de synthèses, mais privilégiant des effets spéciaux à l’ancienne. Ces derniers donnent vraiment une dimension cauchemardesque aux différentes blessures ou mutilations, qui à travers des maquillages fantastiques, n’en sont que plus réelles et oppressantes. Donnant vie au démon, ils rappellent ceux de L’Exorciste (1973), pour une Jane Levy finalement proche d’une Linda Blair, mais dont la finalité sera toute autre, celle du pur gore. Ainsi, la réalisation est une pure merveille et cet Evil Dead impressionne surtout par le réalisme des scènes de boucherie. D’un seul coup la machine sanguinolente démarre, brutalement, sauvagement, jusqu’à la scène finale, aussi gore que poétique avec une superbe pluie de sang), montant la tension et l’horreur à leur paroxysme.

A partir du moment où l’incantation est citée à haute voix pour réveiller le mal qui sommeille, le rythme ne baisse plus jusqu’au générique de fin et sans scène inutile de sexe, pour une fois. Le spectateur n’attend pas en effet, pour voir le sang dégouliner. Car du sang, il en voit partout, sans aucune limite, et en quantité impressionnante puisque la réalisation a utilisé pas moins de 25.000 litres de faux sang sur le tournage. Fede Alvarez agit en roue libre et prend plaisir à balancer des litres d’hémoglobine sur son actrice principale, Jane Lévy, partant du postulat assez astucieux d’éparpiller le spectateur par le stratagème d’hallucinations visuelles liées au sevrage de son héroïne. Mention spéciale à la scène du cutter, qui démontre la volonté de l’équipe d’aller aussi loin que possible. On ressent le goût du tableau gore façon Fulci. Le jeune réalisateur n’a pas hésité a utiliser des plans et mouvements dingues pour donner un maximum de divertissements dans les scènes d’actions violentes. Tous ces éléments ont servi de faire une union spectaculaire avec l’excellente composition musicale de Roque Banos. Ce film, visuellement est brutal. La photographie est magnifique : cette cabane on la connait mais on ne l’a jamais vu aussi belle ; la Jeep rouge posé dans le décor, est à la limite de la poésie ; Le montage sonore, époustouflant et épuré tant il s’avère efficace : rien qu’à entendre le bruit des os cassés, le spectateur a mal. L’autre point fort cet Evil Dead cuvée 2013 est sa mise en scène très stylisée avec beaucoup d’effets qui installent le climat lugubre, macabre du film (le gros plan de l’ampoule qui scintille où la scène de Mia sous la douche bouillante), le tout étant très fluide. Féroce, cruel, le film tient ses promesses en matière de gore outrancier et de situations oppressantes.

evil dead possedéeCôté casting, pas d’énorme surprise, hormis l’interprétation impressionnante de Jane Levy,  à la hauteur de son personnage complexe et torturé. Elle tire profit de l’écriture de son personnage pour en devenir effrayante et naturelle, dangereux cocktail, ici parfaitement dosé. Elle joue merveilleusement l’être possédé farceur et masochiste. Le reste du casting demeure assez fadasse : on retrouve le beau gosse, campé par un Shiloh Fernandez (vu dans le Chaperon Rouge de 2010), aux réactions et aux dialogues d’une naïveté déconcertante, au charisme inexistant, et terriblement agaçant quand il s’agit de prendre la bonne décision qu’il ne saisit jamais. Jessica Lucas  joue une infirmière arrogante qui pense trouver les bonnes solutions en assommant l’héroïne de piqûres d’anxiolytiques et Lou Taylor Pucci a été enlaidi à souhait et volontairement démodé pour jouer le rôle de l’incantateur malheureux et pas très futé. La surprise vient plutôt à la fin du générique, un petit clin d’œil au film d’origine et à son acteur charismatique et l’humour déjanté Bruce Campbell. « On ne touche pas à Dieu », clame Alvarez dans un interview. Mais il reste probable que l’on revoit « Dieu » dans un prochain opus, peut-être dans un Evil Dead 4, avec cette fois aux commandes Sami Raimi.

Les fans des films d’horreur façon « old school » reprocheront sans doute la censure du film imposée par le MPAA (Motion Picture Association of America) qui a abouti à un montage moins gore que le précédent, et attendront avec impatience la sortie d’un éventuel director’s cut à l’occasion du DVD. De même, l’histoire est simpliste, bien qu’efficace. La VF est vraiment faiblarde. Surtout, trop de gore tue la peur : il manque encore à Fede Alvarez un bon sens du suspense pour arriver à jouer vraiment avec la peur, même si, côté horreur, il a de l’appétit et restera un réalisateur à suivre pour le genre. A vouloir trop faire dans l’effet choc, le réalisateur oublie que la suggestion à dose raisonnable, est bien plus efficace.

Le film aurait pu développer les origines du mal et ne pas sombrer dans une succession de scènes plus gores les unes que les autres, pouvant agacer le spectateur. Evil Dead version 2013 n’a certes pas le grain de folie expérimentale de l’original et n’exploite pas le coté horrifique des possessions des personnages, ni même l’ambiance démoniaque qui flottait dans les anciennes versions. Il ne réussit pas là où Insidious (2011) l’avait fait, en créant la surprise.

Si ce  Evil Dead  n’est pas « l’expérience la plus terrifiante de tous les temps », il demeure un reboot de qualité, une œuvre complète, et surtout il révèle un réalisateur d’avenir pour le genre. Dans le fond cependant, le film reste supérieur à la majorité des films d’épouvante actuels (Paranormal Activity, Le Dernier Exorcisme…), pour sa singulière démesure dans le gore. Le spectateur ressent toute la  nostalgie pour l’œuvre originale, mais aussi l’amour du réalisateur tous les films d’horreur qui ont bercé une époque hélas révolue : Evil Dead, BrainDead, Freddy, Les griffes de la nuit… Le remake est de qualité dans la lignée de La colline à des yeux et La dernière maison sur la gauche mais ne surpasse pas le classique indémodable de Sam Raimi qui, avec beaucoup moins de moyens, était gorgé de trouvailles visuelles propres à son metteur en scène et suscite davantage la peur. Espérons tout de même que le cinéma d’horreur connaîtra une renaissance sans puiser éternellement dans des œuvres déjà connues, qu’il renouera avec création et inventivité. A conseiller aux nostalgiques des films d’horreur « Old school ».

Synopsis : Cinq amis, Mia, son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, séjournent pour un week-end dans une cabane isolée en pleine forêt. Mia au vécu déjà lourd, cherche avant tout, à se débarrasser de ses addictions avec l’aide de ses amis. Mais très vite, le groupe vit des moments de terreur intense après avoir découvert le Livre des morts. L’incantation d’Eric libère la plus épouvantable des forces qui va se déchaîner sans relâche sur chacun d’entre eux.

Evil Dead : Bande-annonce

Evil Dead : fiche technique

Réalisateur : Fede Alvarez
Scénario : Fede Alvarez, Rodolfo Sayagues
Interprétation : Jane Levy (Mia), Shiloh Fernandez (David), Lou Taylor Pucci (Eric), Jessica Lucas (Olivia)…
Photographie : Aaron Morton
Direction artistique : Roger Murray-Leach
Montage : Bryan Shaw
Musique : Roque Baños
Production : Sam Raimi, Bruce Campbell, Robert G. Tapert
Société de production : TriStar Pictures, FilmDistrict, Ghost House Pictures
Distribution : Metropolitan FilmExport
Genres : Horreur
Durée : 91 minutes
Date de sortie :
Classification : Interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie, et aux moins de 18 ans depuis sa sortie en DVD

Etats-Unis – 2013

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