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Match Retour, un film de Peter Segal : Critique

Match Retour : Une banale comédie sportive

Synopsis : Henry « Razor »Sharp (Sylvester Stallone) et Billy « the Kid » McDonnen (Robert De Niro) sont deux anciens boxeurs qui se sont affrontés lors de deux matchs, chacun en ayant remporté un. Mais la retraite anticipée de Razor empêcha l’occasion de faire la belle. Trente ans plus tard, bien qu’ayant continué sur des voies différentes, ils vont être à nouveau réunis à l’occasion de la réalisation d’un jeu vidéo. Ce qui aura comme conséquence l’organisation d’une véritable rencontre, qui pourra enfin les départager. Mais l’entente entre les deux hommes est toujours aussi tendue. Sans compter qu’ils devront convaincre le public et leurs proches qu’ils savent encore boxer et qu’un entraînement intensif ne peut leur faire de mal, et ce malgré le poids de l’âge.

À l’annonce du projet, beaucoup ont pris ce dernier comme une immense blague. En même temps, on nous vendait la rencontre improbable entre deux boxeurs cultes du cinéma que sont Rocky Balboa (la saga Rocky) et Jake LaMotta (personnalité bien réelle qui a eu droit à son biopic avec Raging Bull, réalisé par Martin Scorsese), interprétés qui plus est part leur comédien respectif (Sylvester Stallone et Robert De Niro). Rassurez-vous, il s’agissait d’une image promotionnelle pour donner aux spectateurs un brin de nostalgie avant le visionnage du film. Et il faut bien avouer qu’au final, voir un combat opposant Sly à De Niro pouvait être la curiosité amusante du moment, si l’on voyait cette rencontre comme l’équivalent d’Expendables pour un film de boxe. Un délire pleinement assumé qui joue à fond la carte du « on ose tout », orchestré en plus de cela par un habitué de la comédie en la personne de Peter Segal (Y-a-t-il un flic pour sauver Hollywood ?, La famille Foldingue, Max la Menace).

Ce qui aurait été génial avec Match Retour, c’est que le film aurait dû s’arrêter à un tel synopsis. Qu’il ne cherche pas à le développer. Car honnêtement, le long-métrage aurait très bien pu être une comédie diablement orgasmique, surtout avec ces deux têtes d’affiches. En jouant à fond la carte de la parodie et des vannes sur la vieillesse. Surtout qu’avec des références comme Rocky et Raging Bull, le festival de clins d’oeil se devaient d’être au rendez-vous. De cela, nous en avons via des situations scénaristiques (Stallone voulant boxer de la bidoche dans un abattoir, De Niro sortant son mythique « You talkin’ to me »…) et des détails visuels (des photos extraites des films d’origine). Pourtant, Match Retour ne se présente pas à nous comme il aurait dû faire mais plutôt en tant que comédie dramatique, tout ce qu’il y a de plus basique.

La faute notamment à avoir voulu dramatiser l’ensemble. En donnant une histoire aux deux boxeurs via l’intervention d’un personnage féminin dont, au final, on se serait bien passé. La raison de la mésentente entre les deux combattants : l’un ayant couché avec la femme de l’autre, en lui donnant par la même occasion un enfant. Faisant dériver le scénario sur différentes trames mille fois vues et qui se montrent inutiles : le fils rencontrant son père pour la première fois depuis sa naissance, le fait qu’un personnage se rapproche de son ex et qu’il en est toujours amoureux… Tout un tas de clichés et de personnages caricaturaux (surtout celui du jeune manager, un Noir surexcité comme Hollywood nous livre à chaque fois). Cette dramatisation permet néanmoins de s’attacher un minimum aux protagonistes, ce qui est déjà ça. Mais face à ce que pouvait promettre le projet, il est décevant de voir que celui-ci se prend beaucoup trop au sérieux. Les séquences humoristiques présentes se montrant bien trop sages, étant mises au second plan.a

Ne reste que le fameux combat final, comme dans tout bon film de boxe qui se respecte. Enfin, presque… Rappelons que Match Retour est réalisé par Peter Segal, qui s’est fait connaître par la comédie et dont la filmographie ne jure plus que par ce genre. Il n’est donc pas le cinéaste idéal pour filmer et donner de la puissance à un combat (même s’il avait déjà montré l’énergie de sa mise en scène avec les scènes d’action de Max la Menace). Résultat : nous avons affaire à la rencontre la plus molle jamais réalisée pour un film de boxe. Avec une caméra qui reste plantée là, scrutant les deux combattants qui, eux, semblent se démener un peu. Une séquence qui doit se contenter, du coup, du travail au montage (ralentis, découpages des séquences…) pour donner un semblant de peps qui, bien entendu, ne se fait jamais ressentir. Cela se remarque également pour d’autres moments du film (l’accident de voiture, le saut en parachute), dont certains doivent arborer des effets visuels discutables (dont le rajeunissement numérique des deux comédiens).

Mais au final, il ne faut pas se montrer aussi sévère avec Match Retour, le film se laissant regarder sans déplaisir. Ce dernier propose une brochette d’anciens acteurs qu’il est plaisant de retrouver aux côtés de nouveaux qui s’en sortent tranquillement (Kim Basinger, Alan Arkin, Kevin Hart, Jon Bernthal). L’histoire, qui ne sort nullement de l’ordinaire, se suit sans difficulté. Quelques passages comiques sont là pour redonner le sourire. En réalité, Match Retour est un long-métrage sympathique, qui amuse. Mais en étant qu’une simple comédie dramatique sportive, le film passe à côté de la parodie hilarante à tendance nostalgique qu’il aurait pu être. D’où cette note, qui exprime à la fois la déception et le contentement (de ne pas avoir eu un navet, ce qui aurait pu être le cas).

Fiche technique : Match Retour

Titre original: Grudge Match
États-Unis – 2013
Réalisation : Peter Segal
Scénario : Tim Kelleher, Doug Ellin et Rodnay Rothman
Interprétation : Sylvester Stallone (Henry « Razor » Sharp), Robert De Niro (Billy « The Kid » McDonnen), Kevin Hart (Dante Slate Jr.), Alan Arkin (Louis « Lightning » Conlon), Kim Basinger (Sally Rose), Jon Bernthal (B.J.), Paul Ben-Victor (Lou Camare), Camden Gray (Trey)…
Date de sortie : 22 janvier 2014
Durée : 1h53
Genre : Comédie, drame
Image : Dean Semler
Décors : Matt Callahan
Costumes : Mary E. Vogt
Montage : William Kerr
Musique : Trevor Rabin
Budget : 40 M$
Production : Warner Bros., Callahan Filmworks et Gerber Pictures
Distributeur : Warner Bros.

Maestro, un film de Léa Fazer : Critique

Maestro, voilà un film précédé d’un bouche-à-oreille très favorable. Un avis positif consensuel, tous âges confondus. Une réputation de feel good movie, ce qui n’est pas forcément de très bon augure…

Synopsis : Henri, un jeune acteur qui rêve de jouer dans FAST & FURIOUS, se retrouve engagé dans le film de Cédric Rovère, monstre sacré du cinéma d’auteur. Les conditions du tournage ne sont pas tout à fait celles auxquelles il s’attendait… Mais le charme de sa partenaire et la bienveillance du maître vont faire naître en lui des sentiments jusqu’alors inconnus. Et Rovère, conquis par la jeunesse et la fantaisie d’Henri, vivra ce tournage comme un cadeau inattendu.

A la lecture du dossier de presse, il apparaît que le film est réalisé par Léa Fazer, amie proche de Jocelyn Quivrin, et pour les funestes raisons que l’on connaît, ce dernier n’a pas pu réaliser. Il s’agit d’un « témoignage » suite à sa rencontre avec Eric Rohmer sur le tournage de son dernier film, Les Amours d’Astrée et Céladon. Léa Fazer a été coscénariste dans le projet initial.

Un film qui aurait pu être auto fictionnel donc, voire autobiographique, mais qui ne l’est pas, et ça pose souci, car c’est sans doute une des raisons qui font que ce film sonne faux, à la manière d’un carton-pâte.

Maestro raconte l’histoire de la rencontre improbable entre Henri (Jocelyn Quivrin), et Cédric Rovère (Eric Rohmer), sur le mode initiatique de l’acteur habitué aux films d’action (qui cite par cœur des dialogues entiers de Fast and furious visionné en boucle avec son meilleur ami), qui découvre le cinéma d’auteur et son maître, et qui petit à petit devient le fan numéro 1 du génie et poète.

Le film est une juxtaposition de gags plus ou moins réussis. Parmi les plus réussis, on trouve par exemple Michael Lonsdale dans des gags très visuels où il se lève et se rassied de manière très majestueuse, mais tel un automate rouillé, qui déploie péniblement ses éléments un à un, vraiment hilarant. Ou encore cette scène où Michael Lonsdale, est dans le recueillement voire la componction la plus absolue en faisant la lecture d’un passage de l’Astrée aux comédiens, quand il reçoit en pleine face une boulette de papier qui s’est trompée de destinataire ; il la défroisse et la lit à voix haute « ta meuf, je la kiffe, gros… » : la tête de Lonsdale en lisant ces mots qui de toute évidence lui sont plus incompréhensibles que du mandarin ancien est juste impayable. (Plus tard, quand il prend Henri à part pour lui demander presque timidement : « qu’est ce que ça veut dire : ta meuf, je la kiffe , gros », il nous offre une vraie belle scène de tendresse et d’émotion).

Du coup, s’il est indéniable que le film comporte de vrais moments d’humour, il semble rater sa cible qui est de rendre hommage à Rohmer, tant la volonté de faire rire prend le pas sur le reste et rend Rovère ridicule dans son attitude d’homme décalé, avec son cinéma différent, à l’économie, impulsif (quand il demande impromptu à Henri d’apprendre le biniou par exemple) ; on ne n’appréhende pas vraiment dans ce film ce qui fait de Rohmer, un poète, un Maestro.

La mise en scène, qui se veut également un hommage est surtout mise en valeur par le choix d’un cadre magnifique (le val de Creuse tel qu’on le rencontre dans l’Indre), dans les belles lumières mordorées d’un début d’automne du chef op Lucas Leconte.

Une mention spéciale à Dominique Rémond qui joue très bien le rôle de l’assistante du grand maître ; sa belle voix grave et cassée, donne à son jeu une sensualité que l’on regrette de ne pas voir plus souvent au cinéma.

Quant aux autres acteurs, ils font le job comme on dit, dans un registre de pure comédie. Seule Déborah François, Rohmérienne à souhait, dépasse ce contexte et nous rappelle, de manière assez fade, il faut bien en convenir, que le film est censé être un peu plus que ce que  ce que l’on voit…

Fiche Technique: Maestro

Réalisateur : Léa Fazer
Genre : Comédie
Année : 2013
Date de sortie : 23 Juillet 2014
Durée : 81 min.
Casting : Pio Marmaï (Henri), Michael Lonsdale (Cédric Rovère), Déborah François (Gloria), Alice Belaïdi (Pauline), Dominique Rémond (Francine)
Musique : Clément Ducol
Scénario : Léa Fazer, Jocelyn Quivrin
Chef Op : Luca Leconte
Production : France
Maisons de production : Mandarin Films, Rézo Production, Canal +
Distribution (France) : Rézo Films

The Salvation, un film de Kristian Levring : Critique

Dès les premières images, on voit bien que le film est un western un peu différent. Un homme, Jon, est sur le quai, dans l’attente de l’entrée en gare du train. Une belle femme blonde et un garçonnet, blond également, en sortent. Il s’agit de sa femme et de son enfant qu’il n’a pas vus depuis 8 ans, ayant émigré du Danemark vers l’Amérique pour faire fortune, après avoir fait la guerre contre les allemands.

Synopsis: 1870, Amérique. Lorsque John tue le meurtrier de sa famille, il déclenche la fureur du chef de gang, Delarue. Trahi par sa communauté, lâche et corrompue, le paisible pionnier doit alors traquer seul les hors-la-loi.

La prisonnière du désert

Dans cette première séquence, loin des plans larges sur les vastes prairies américaines, le réalisateur filme des plans serrés sur les visages plutôt souriants des personnages, une image bien peu représentative du genre western, dans une profusion de couleurs hyper saturées, qui n’évoquent en rien les grands maîtres du genre, comme John Ford. Et pourtant tous les codes du western sont là : le cow-boy solitaire, le shérif un peu dépassé, le méchant très vilain, les bagarres épiques, le saloon, la diligence, la pendaison. Avec une telle accumulation de stéréotypes, Levring finit par donner l’impression d’imiter un western plutôt que d’en réaliser un.

L’histoire est donc celle de Jon, avec un Mads Mikkelsen impeccable comme toujours dans un rôle quasi-mutique, ne dérogeant finalement pas à son habitude. Après avoir retrouvé sa famille à la gare, il repart avec elle en diligence vers Black Creek, son habitation. Le voyage s’effectue malheureusement en compagnie de deux hommes avinés et violents qui éjectent Jon de la diligence, avec des intentions peu équivoques envers sa femme. Bien vite, Jon retrouve la diligence, et le corps de son fils, puis celui de sa femme violentée.

Dès lors, le processus de vengeance/contre-vengeance se met en place. Jon tue les malfaisants de la diligence, dont l’un s’avère être le frère du gangster Delarue, auto-proclamé « protecteur » de la petite localité Black Creek où habite Jon. Delarue à son tour déploie un éventail d’horreurs pour venger la mort de son frère. Et Jon va devoir se défendre, et défendra aussi la petite localité de ce tortionnaire et de sa bande, d’où le « salvation » du titre.

Lorsque Jon retrouve la diligence, il fait nuit, et la lune qui inonde la scène donne une ambiance très inhabituelle pour un western : Mads Mikkelsen a le visage très lumineux et très argenté, et la prairie américaine apparaît pour ce qu’elle est véritablement, à savoir une savane sud africaine où le film a été tourné. Cette séquence, et bien d’autres encore, plongent le film dans une sorte d’incohérence visuelle, sans doute voulue par son réalisateur, afin de donner une identité renouvelée à son western. Cela ne fonctionne pas très bien, d’autant moins que les CGI (notamment les incrustations de plans de Monument Valley à la lumière beaucoup plus américaine, et plus douce) aggravent encore le résultat. Il est difficile dans le même temps d’exacerber cette lumière africaine, tout en insistant sur la présence des Monuments de la Valley.

La problématique de l’image est rejointe par d’autres mauvais choix de Levring qui fait ne fait qu’un ersatz de western , voire un pastiche qui, du coup, ne présente que peu d’intérêt. Il aurait été souhaitable de creuser davantage l’origine étrangère de Jon, pour faire un film original, en étayant un peu le sens et l’implication, que cela pouvait avoir dans sa vie de tous les jours, dans sa conquête de l’Ouest.

De même, le film est danois, taiseux et  minimaliste aussi bien dans les décors que dans les expressions des personnages. Levring aurait pu prendre encore plus partie de ses acteurs, Cantona, (alias le Corse, le bras droit de Delarue), Eva Green (une veuve pas vraiment consentante du violeur de la diligence, qui l’aurait sauvée des griffes des indiens après que ceux-ci lui ont tatoué le front et coupé la langue), et Mads Mikkelsen, qui sont très bien castés pour ce genre de rôle silencieux, mais qui sont outrageusement sous-utilisés  (surtout Cantona, et Eva green dans une moindre mesure).

On ne peut pas dire que The salvation soit un mauvais film, c’est un film plutôt divertissant, mais qui n’apporte rien au genre. Du coup, il oscille entre une dimension commerciale qu’il pourra vraisemblablement satisfaire, et une volonté artistique qui a visiblement raté sa cible.

Fiche Technique: The Salvation

Titre original : the salvation
Réalisateur : Kristian Levring
Genre : Drame/ Western
Année : 2014
Date de sortie : 27 Août 2014
Durée : 89 min.
Casting : Mads Mikkelsen (Jon), Eva Green (Madelaine), Jeffery Dean Morgan(Delarue), Eric Cantona (Le Corse), Mikael Persbrandt (Peter)
Musique : Kasper Winding
Scénario : Anders Thomas Jensen, Kristian Levring
Chef Op : Jens Schlosser
Production : Danemark , Afrique du Sud, UK
Maisons de production : Zentropa entertainments, Forward films, Spier films
Distribution (France) : Chrysalis Films, Jour2fete

 

 

 

 

Selfie saison 1 épisode 01 : Pilot – Critiques Séries

Lorsque ABC annonce une nouvelle version du film de George Cuckor My Fair Lady (1964) en format série, on pouvait craindre le pire. Appendice télévisuel du groupe Disney, la chaîne verse plutôt dans le programme familial, prônant de belles valeurs américaines tel Once Upon a time ou Agents of S.H.I.ELD. Des registres, certes variés mais hélas, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Rares sont les shows secouant le cocotier de la bienséance dans les foyers de nos copains outre-Atlantique. Par son sujet et son titre fort explicite, Sefie s’annonçait comme un produit détestable, une ode à l’égocentrisme et une nouvelle exaltation du paraître. Le projet partait donc sur de mauvaises bases mais étonnamment s’en tire avec quelques honneurs.

Synopsis: A la suite d’une rupture humiliante qui a été filmée et qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux, Eliza, une jeune femme dans la vingtaine totalement obsédée par son image, devient la risée de ses collègues et de tout internet. Elle a tout à coup plus de « followers » qu’elle ne l’aurait jamais imaginé, mais toujours aucun véritable ami pour la réconforter. Néanmoins pleine de ressources, elle demande de l’aide à l’expert en marketing de sa boîte pour redorer son image et transformer cette soudaine popularité en quelque chose de positif. Mais l’opération s’annonce délicate : Eliza vit littéralement dans un monde parallèle… 

#myfairlady

Les cartes sont donc redistribuées. Modernisation oblige, cette énième relecture du mythe de Pygmalion et Galatée (l’artiste qui tombe amoureux de sa sculpture) ne prend plus place au XIXéme siècle, époque où l’apparence et les manières faisait loi, mais de nos jours, à l’ère d’Instagram, Facebook, Twitter, où l’aspect extérieur... est toujours une valeur dominante. Un choix finalement logique, pas très original, mais le principe fonctionne aussi bien. Les véritables différences avec le modèle d’origine viendront finalement des personnages.

La pétillante Karen Gillan (Doctor Who, Les gardiens de la galaxie...) reprend le rôle d’Audrey Hepburn, Eliza, mais cette fois il ne s’agit pas d’une fille banale transformée en reine de beauté mais justement d’une femme au top de l’échelle sociale virtuelle. Populaire, égocentrique,  méprisante et pourtant suivie par des milliers de personnes via internet. Un rayonnement délirant qui se retournera contre elle lors d’une perte de self control. John Cho endosse quant à lui le costume autrefois porté par Rex Harrison, Henry, un homme solitaire, ayant une haute estime de lui-même et un regard acerbe mais lucide sur le monde qui l’entoure. Comme son prédécesseur, c’est plus par goût du jeu que par intérêt qu’il décide d’aider sa collègue fortement antipathique. Toutefois, l’arrogance exacerbée de la première version laisse place à un caractère plutôt renfermé, un homme qui semble mal à l’aise à l’idée d’être à découvert. Des petites touches de nouveautés démarquent la série de son modèle cinématographique et pourraient bien faire toute la différence au cours de la saison à venir. Le tout enrobé dans une ambiance de comédie romantique classique, agrémenté de chansons populaires connues et de personnages aux caractères marqués (pouvant parfois tomber dans la caricature). Une recette qui à souvent fait ses preuves.

Même si la réécriture semble être plutôt de bonne facture, l’écriture, elle, souffre d’une trop grande précipitation. Tout est trop rapide : le débit de parole d’Eliza va à toute vitesse, son « accident » est vite emballé, puis vient la déprime, la rencontre avec le sauveur potentiel, les défauts qui surgissent… L’attention est maintenue, mais parfois on aimerait que tout cela prennent un peu plus son temps, comme cette scène de transformation qui se règle étonnamment vite. Au pied du mur, la jeune femme doit trouver une robe et n’a d’autre choix que de demander de l’aide à une collègue qu’elle méprise (un monologue intérieur précédent nous ayants bien fait comprendre qu’elle détestait son style guindé d’intello à frange…). Cette dernière accepte mais la prend en défaut en débarquant avec toutes ses amies pour lui faire un relooking intégral. Pourquoi expédier cette séquence en deux minutes ? Pourquoi ne pas faire durer la scène pour mettre en place un malaise comique, vu qu’elle ne partage pas leurs goûts en matière de vêtements ? Eliza accepte, se laisse faire et voilà, le plan suivant elle ouvre la porte à son coach, arborant une belle frange toute neuve, subjuguant son invité par sa beauté nouvelle.

Sauf que nous ne sommes qu’à la moitié du premier épisode et qu’il s’agit d’une série prévue pour en compter plusieurs autres (et éventuellement d’autres saisons). Au bout de 16 minutes tout semble avoir été dit : Les conseils d’Henry fonctionnent, Eliza ressent le besoin de se faire des amies, la tension amoureuse entre les deux protagonistes est déjà palpable. Il va falloir bosser dur pour se sortir de là et maintenir l’intérêt pour les épisodes à venir. Ce qui pourrait apparaître comme une force devient finalement une grosse faiblesse : Selfie n’ennuie pas, mais va beaucoup trop vite pour surprendre. La série est sympathique mais les situations trop vites expédiées tuent dans l’œuf certain gags. Un cas rare ou le haut débit nuit à la qualité d’une série.

Pourtant un détail suscite l’intérêt, quelque chose d’assez inédit dans le paysage télévisuel qui pourrait bien faire la patte de la série, lui procurer une singularité : sa musicalité. Le film de Cuckor était adapté d’un musical à succès de Broadway, les numéros chantés y ont donc une place primordiale, la série aurait pu ignorer ce fait, ou embrasser son héritage à corps perdu, au risque de devenir un nouveau Glee. Bien qu’une version improvisée de Bad Romance surgisse soudainement, c’est une troisième solution plus subtile qui est choisie et qui apparaît à ceux qui savent écouter. Sur certains dialogues (il faut alors se détacher des sous titres), les personnages se mettent soudains à parler en rimes, avec un rythme de métronome, soutenu par une musique de circonstance. Il ne s’agit pas de chanson, mais presque, un entre-deux étrange entre la parole et le chant qui donne un effet des plus charmants à l’ensemble. Assez discret, mais judicieusement placé à chaque fois pour provoquer une légère surprise, ce petit truc ludique pourrait, s’il est employé à bon escient par la suite, donner à Selfie l’impulsion qui lui manque pour se démarquer des sitcoms classiques.

Au lieu d’une catastrophe, c’est finalement un produit plutôt agréable qui nous est offert, en grande partie grâce à l’alchimie évidente des deux interprètes principaux. Toutefois, si quelques idées sont bonnes, on peut rester sceptique quant à savoir si le concept pourra tenir la distance…

Fiche Technique: Selfie

Genre : Comédie, Romance
Créateur(s): Emily Kapnek
Pays d’origine : États-Unis
Date : 2014
Chaîne d’origine : ABC
Épisodes : 1
Durée : 25 min
Statut : en cours
Avec : Karen Gillan, John Cho, Tim Pepper, Da’vine Joy Randolph…

Evidence, un Court Métrage de Godfrey Reggio

Court Métrage : Evidence, Une courte mise en abyme troublante et efficace !

Synopsis : Godfrey Reggio offre une forme de complément de son œuvre majeure, Koyaanisqatsi dans un documentaire où des enfants avec des regards inquiets regardent la télévision. Sont-ils observés ou c’est cette fameuse télévision qui les perturbent ?

On peut lancer Evidence par simple curiosité puisque c’est le fameux réalisateur de Koyaanisqatsi, Godfrey Reggio qui est l’auteur de ce petit chef-d’œuvre. Si l’on a apprécié ce documentaire contemplatif, on peut naturellement se tourner vers ce documentaire qui s’apparente plus finalement à un Court-Métrage puisqu’il ne dure que 7 minutes. Mais, l’on ne s’attend pas à vivre la même émotion que sur un long métrage car il est assez rare tout de même de trouver un réalisateur qui parvient à véhiculer les mêmes émotions sur une plus petite durée.

Et finalement, on ne peut être que surpris de part ce court-métrage !!! Il est totalement captivant, les jeux de regard de ces différents enfants sont vraiment troublants et terriblement efficaces. On ressent une certaine mysticité dans les yeux de ces enfants, qui permet de vraiment développer son imagination sur ce « documentaire ».

Tout d’abord, on peut être en totale admiration devant ces jeunes regards pleins d’insouciances. Quoi de plus difficile que d’interpréter le regard d’un enfant qui ne sait pas encore gérer la plupart de ses émotions. Il est encore plus compliqué de les analyser lorsque l’on doit suivre une dizaine de regards d’enfants. On passe ainsi d’un sentiment d’admiration à une certaine forme d’inquiétude au point de se demander « mais qu’est-ce que j’ai fait pour que ce gamin me regarde comme ça? ».
Ainsi plusieurs interprétations sur ces fameux regards sont possibles. Premièrement, on peut se demander s’ils ne nous regardent pas comme si nous étions coupables de les faire entrer dans notre monde actuel rempli d’angoisses et de contraintes inutiles.

Ensuite, on peut s’interroger à savoir si ce Court Métrage n’était pas un complément à sa pensée véhiculée dans Koyaanisqatsi pour pouvoir accentuer la contemplation de ce monde. Comme si finalement ce Court Métrage, était en quelque sorte une forme de « post-traumatisme » de Koyaanisqatsi. Puisque l’on voit clairement au début et à la fin de ce CM un homme et une femme avec des regards sereins et avec une lecture beaucoup plus explicite (puisque ils sont ancrés dans notre société). Mais les enfants ne savent pas encore comment réagir face à ce monde « Koyaanisqatsisé » (heureusement que c’est pas un verbe celui-ci), et cela peut expliquer ces regards inquiets.

Après, on peut finir par imaginer que ces enfants avaient peur d’être finalement formatés par notre vie sociétale. Notamment, si l’on interprète le regard de l’homme au départ comme étant autoritaire et assez directif.

Une peur finalement de l’uniformisation, de la standardisation de nos actions etc …. On voit également certains enfants prêts à pleurer; signe sans doute d’une société qui laisse de moins en moins de place à la liberté d’expression ou de création que l’on discerne également dans Koyaanisqatsi notamment, du fait que la technologie a pris une place parfois démesurée dans notre vie quotidienne. Enfin, grâce à la dernière phrase explicative de ce que les enfants regardaient, on peut se dire que toutes ces versions pouvaient être exactes, même si nous n’avons aucune preuve (petit clin d’œil au titre).

Ces enfants regardent finalement avec stupéfaction l’objet qui représente sans doute le plus l’évolution de l’homme et sa dépendance face aux NTIC, la télévision.

Mais regardaient-ils la télé en étant encadrés par l’homme du début et la femme de la fin, ou étaient-ils des projections de la télévision ? Ou tout simplement regardent-ils la télé sans aucune idée précise, comme si cet objet de communication de masse avait empêché leurs esprits de s’émanciper ? Ces enfants étaient-ils bloqués dans un monde fiction loin de nos réalités concrètes ?

Ainsi, cette oeuvre est à la fois très marquante et troublante du fait qu’elle paraît à la fois être très accessible et en même temps tellement impossible à analyser parfaitement.

Godfrey Reggio – « Evidence »

Auteur de la critique : Adrien Lavrat

3 Days to Kill, un film de McG – Critique

3 Days to Kill, une production Besson trop paresseuse

Synopsis : Ethan Renner (Kevin Costner) est un redoutable agent secret résolu à renoncer à sa vie trépidante pour se rapprocher enfin de sa femme et sa fille, qu’il a longtemps tenues à distance pour les protéger, après voir appris qu’il n’en a plus pour longtemps à vivre. Lorsqu’on lui impose une ultime mission avec un remède à la clé, il doit mener de front les deux combats les plus difficiles de sa carrière : traquer un dangereux terroriste et s’occuper de sa fille adolescente pour la première fois depuis dix ans.

Taken a lancé une mode pour le cinéma d’action franco-américain signé par Luc Besson (scénariste/producteur) : faire venir dans notre chère capitale une star hollywoodienne pour que cette dernière « s’amuse » comme il se doit, flingue à la main. Après Liam Neeson et John Travolta (ce dernier dans From Paris with Love), c’est au tour de Kevin Costner. L’acteur emblématique des années 80 (Les Incorruptibles, Sens unique) et 90 (Danse avec les Loups, Robin des Bois : Prince des Voleurs, Bodyguard, Waterworld), qui s’est fait bien rare ces dernières années et qui tente de revenir via les seconds rôles (Man of Steel, The Ryan Initiative) et la télévision (Hatfields & McCoys). Premier rôle principal au cinéma depuis longtemps donc. Mais est-ce un retour qui s’annonce gagnant ?

Ce qui a de bien avec une production Besson, c’est le visionnage du générique du film. Notamment lorsque l’on s’attarde du côté des scénaristes, et qu’apparaît la mention « d’après une idée originale de Luc Besson ». 3 Days to Kill, c’est l’histoire d’un tueur d’élite qui va devoir rempiler contre son gré tout en le cachant à sa fille, avec qui il désire passer un peu de temps sans pour autant lui dévoiler sa double-identité. Une idée originale ? Du déjà-vu, oui ! Et ce n’est pas l’apport d’un enjeu anecdotique ni d’une relation père-fille déjà exploitée par la saga Taken qui vont y changer quoique ce soit.

En même temps, c’est une production Besson, rappelons-le. Ce qui induit que ce n’est pas du côté du scénario qu’il faut critiquer ce film mais plus vers le divertissement annoncé sur le papier. Avec son lot de fusillades, de bastons et de courses-poursuites. À l’instar du tout premier Taken qui ne perdait pas de temps en blabla ni en séquences dramatiques, allant directement à l’essentiel : un protagoniste dangereux qu’il ne faut pas énerver, qui en fait vraiment voir de toutes les couleurs à ceux qui croisent sa route (même la réplique « je vais vous retrouver et vous tuer » sonnait admirablement bien !). Malheureusement, 3 Days to Kill prend tellement de temps à mettre en valeur cette relation père-fille mille fois vues qu’il en oublie le principal : divertir.

Il faut bien avouer qu’on peut se laisser toucher par quelques moments dramatiques pourtant fort appuyés et qui font clichés. Mais ce que nous désirons avant toute chose, c’est de l’action. Or, ce genre de séquences se fait rare dans ce film, un comble ! Une fusillade au début, une autre à la fin, et une course-poursuite en voiture au milieu de tout cela. Rien d’autre. Alors que le film affiche au compteur 1h50, ce qui est largement au-dessus de la moyenne (1h30). Pourtant, il y avait matière à titiller notre attention quand on voit la séquence en voitures, filmée de manière énergique. Mais non, l’ensemble préfère rester paresseux, alambiqué par un montage anarchique (nous avons souvent l’impression de passer du coq à l’âne, certaines scènes ayant l’air incomplètes) et se contentant d’invraisemblances (le héros tirant à travers un épais bloc en béton servant de toit à un hall d’hôtel, par exemple ) qui ne peuvent passer inaperçues.

Sans oublier que 3 Days to Kill se veut être un film cool, voulant flirter avec l’humour. Mais en vous rappelant une nouvelle fois Taken, le long-métrage de Pierre Morel allait à l’essentiel, avec sérieux. Et ça marchait ! Là, le film de McG traîne tellement des pieds que les moments comiques ne font que trop rarement mouche. Si au début on peut se marrer d’une séquence où notre héros compte passer à l’action mais qui se retrouve freiner par la sonnerie de portable de sa fille, ou encore du délire du vélo violet, ces passages s’alourdissent à force d’être répétés sur toute la durée du film. Ponctués par d’autres moments tellement débiles (le héros demandant la recette de sauce tomate au mec qu’il torture) qu’on se retrouve obligé de rigoler devant tant de ringardise non voulue. Au moins, 3 Days to Kill fait sourire, mais pas de la manière dont l’avait prévue Besson ni McG. Et quand ça tombe dans le sujet d’actualité (les squatteurs), on reste impassible devant tant d’intérêts à un thème qui, finalement, n’en a aucun pour ce film.

De trop rares scènes d’actions arrivant à redorer le blason de ce film ? Pas tout à fait… Car d’un point de vue technique, 3 Days to Kill n’est pas une franche réussite. Que ce soient les effets visuels (un décor de fond comme une vue panoramique de Paris en pleine nuit depuis à balcon) qui sentent bons l’écran vert, les effets de styles foireux de la caméra (notamment quand le héros tombe dans les vapes, comme si la mise en scène passait par le found footage à la Projet X) et des défauts de tournage qui sautent aux yeux (les figurants continuant de passer comme si de rien n’était alors qu’un accident de la route vient tout juste de se dérouler). Après avoir pourtant réalisé Terminator Renaissance, McG fait preuve d’amateurisme sur bien des points, ainsi que d’une trop grande négligence.

Bref, 3 Days to Kill est ni plus ni moins un divertissement loupé. Qui ne peut compter que sur le charisme de Kevin Costner et sur le ton de légèreté qui pourra en faire rire certaines par moment. Quoiqu’il en soit, Costner méritait mieux que cela pour revenir sur le devant de la scène. Peut-être qu’un futur projet, qui sait, lui redonnera sa gloire d’antan.

Fiche technique : 3 Days to Kill

France, États-Unis – 2014
Réalisation : McG
Scénario : Luc Besson et Adi Hasak
Interprétation : Kevin Costner (Ethan Renner), Amber Heard (Vivi Delay), Connie Nielsen (Christine Renner), Hailee Steinfeld (Zoey Renner), Richard Sammel (Le Loup), Tómas Lemarquis (L’Albinos), Marc Andreoni (Mitat Yilmaz), Bruno Ricci (Guido)…
Date de sortie : 19 mars 2014
Durée : 1h53
Genre : Action
Image : Thierry Arbogast
Décors : Sébastian Inizan
Costumes : Olivier Bériot
Montage : Audrey Simonaud
Musique : Guillaume Roussel
Budget : 28 M$
Productions : EuropaCorp. et Relativity Media
Distributeur : EuropaCorp. Distribution

 

Brick Mansions, un film de Camille Delamarre : Critique

Brick Mansions : Castagne, Courses-poursuites et explosions à tout-va

Synopsis : Détroit, 2018. Damien (Paul Walker), policier expert en arts martiaux, est chargé d’infiltrer le dangereux ghetto de Brick Mansions. Sa mission : neutraliser une arme de destruction massive détenue par le gang de Tremaine (RZA), qui règne sur les lieux. Pour ce faire, Damien devra faire équipe avec Lino (David Belle), un habitant du quartier qui connaît la banlieue comme sa poche… mais qui a surtout une affaire très personnelle à régler avec Tremaine.

C’est toujours hilarant de voir une production Besson débarquer dans nos salles avec la mention « d’après une idée originale ». D’autant plus que les films ont beau avoir un acteur/protagoniste différent, les trames sont quasiment les mêmes à chaque fois, suivant principalement le schéma scénaristique suivant : un vétéran des forces spéciales ou un tueur qui ne faut pas embêter, un méchant le titille, et c’est parti pour 1h30 minimum de castagne, de courses-poursuites et d’explosions à tout-va. Alors, quand le plus américain de nos réalisateurs français nous livre un remake d’une de ses propres productions, l’hilarité n’en est que plus intense. Mais finalement, pourquoi ne pouvons-nous pas être surpris par un tel divertissement ?

Pour savoir ce qu’est Brick Mansions, il faut remonter 10 ans en arrière, à l’époque où sortait un certain Banlieue 13. Qui se déroulait dans un futur proche, où toute une cité de la banlieue parisienne était cernée par l’armée, pour y « enfermer » la criminalité, laissant tous les habitants livrés à eux-mêmes. Un taudis grandeur nature dans lequel va pourtant se retrouver une bombe nucléaire que doit désamorcer un policier qui, pour le coup, devra faire équipe avec un bon samaritain yamakasi pour y parvenir. Un homme confronté en parallèle au parrain de cette fameuse Banlieue 13, qui détient son ex-petite amie en otage pour une histoire de drogue. Bref, du Besson pur jus, que nous retrouvons à la scène près dans ce remake.

Ne passons pas par quatre chemins : Brick Mansions, c’est la copie conforme de Banlieue 13, à la seule différence que l’histoire ne se déroule plus à Paris mais à Detroit (question criminalité, les États-Unis ne pouvaient rêver mieux comme lieu d’action). Sinon, nous retrouvons les mêmes personnages (Damien, Lola, K2…), les mêmes séquences (les plans n’ont quasiment pas changé entre les deux films). Si vous avez vu Banlieue 13, ce remake n’a clairement aucun intérêt, du moins sur le plan scénaristique. Comme tout bonne production Besson qui se respecte.

Ce que nous voulons avant tout chose, c’est de l’action à outrance. Brick Mansions nous en fournit avec une très grande générosité, lui permettant de remplir amplement son cahier des charges (bien loin de la redondance exaspérante de 3 Days to Kill). La bande-annonce nous promettait un film qui bougeait, le film assure grandement le spectacle. Bien plus que le long-métrage de base, pourtant réalisé par Pierre Morel (le cinéaste de Taken), qui faisait preuve d’amateurisme et de manque de moyens, le tout pour un aspect un peu trop « frenchy » pour un divertissement d’action. Ici, c’est le monteur Camille Delamarre (ayant œuvré sur Le Transporteur 3, Colombiana, Taken 2…) qui s’y colle pour sa première réalisation, et montre qu’il sait s’y prendre avec un film de cet acabit. À défaut d’être original, Brick Mansions ne nous prend aucunement pour des pigeons et livre tout le quota d’adrénaline que nous sommes venus voir, notamment via des cascades ahurissantes et des fusillades qui s’enchaînent sans aucun temps mort. Le tout filmé et monté avec une énergie folle, qui fait oublier tous les défauts de ce divertissement. Même si le long-métrage se termine à la va-vite (encore une fois, comme dans le film originel), nous prenons aisément notre pied.

Là où Brick Mansions surpasse également Banlieue 13, c’est du côté de son casting. Non pas que les comédiens soient bons. Nous en avons certains qui ne jouent pas, préférant rester inexpressifs (David Belle, qui revient faire des sauts de l’ange après Banlieue 13 et sa suite, le rappeur RZA). Mais généralement, là où Brick Mansions l’emporte, c’est par le charisme indéniable de ses interprètes. Ici, les comédiens ont bien plus de présence que dans les premiers films. Notamment Paul Walker, dont le décès influence (malheureusement) ce constat. Déjà, ne pas avoir des bonshommes aussi séduisants qu’une huître aide énormément à l’intérêt que nous pouvons porter à ce divertissement pur et dur.

D’accord, Brick Mansions n’a vraiment rien d’exceptionnel. Mais descendre ce film serait comme attendre du Shakespeare de la part de Transformers. Si l’on voit ce genre de divertissement, nous savons à quoi nous attendre : de l’action ébouriffante qui éclate sous nos yeux du début jusqu’à la fin, tout en mettant de côté les personnages et l’histoire sans que cela nous gêne. Brick Mansions est clairement ce film, qui ne se prend nullement au sérieux (surtout quand on voit le personnage de Yéti/Stéroïde). Un spectacle assurément crétin au possible et qui ne casse pas trois pattes à un canard. Mais bon sang, que cela fait du bien !

Fiche Technique: Brick Mansions

France, Canada – 2014
Réalisation : Camille Delamarre
Scénario : Luc Besson et Robert Mark Kamen, d’après le scénario de Banlieue 13 écrit par Luc Besson et Bibi Naceri
Interprétation : Paul Walker (Damien), David Belle (Lino), RZA (Tremaine), Carlo Rota (George « The Geek »), Bruce Ramsay (le maire), Ayisha Issa (Rayzah), Gouchy Boy (K2), Catalina Denis (Lola)…
Date de sortie : 23 avril 2014
Durée : 1h31
Genre : Action, policier
Image : Christophe Collette
Décors : Jean-André Carrière
Costumes : Julia Patkos
Montage : Carlo Rizzo et Arthur Tarnowski
Musique : Marc Bell et Trevor Morris
Budget : 28 M$
Production : EuropaCorp.
Distributeur : EuropaCorp. Distribution

Auteur de la critique : Sebi Spilbeurg

Doctor Who Saison 8 Episode 2 : Into the Dalek : Critique

Critique Doctor Who Saison 8: Into the Dalek

Plus petit à l’extérieur…

Le Docteur n’avait pas fait un retour très marquant dans le premier épisode, pour cette fois, les auteurs semblent avoir mis le paquet.

L’action démarre pleine balle dans l’espace, un vaisseau poursuivit par les daleks au milieu d’un champ d’astéroïde. Aux commandes de la navette, la jeune lieutenant Journey Blue qui tente de sauver son frère. Quelque tirs de laser plus tard et sa navette est détruite, son frère tué, mais elle se réveille dans le Tardis, accueilli par le seigneur du temps tenant deux café dans sa main. Après un premier contact houleux, il accepte de la ramener au vaisseau amiral où l’équipage, par méfiance, menace de le tuer. Sauf s’il accepte de soigner un prisonnier de guerre particulier : Un Dalek.

Cette nouvelle aventure semble lorgner vers le space opéra plus classique ou vers la science-fiction la plus « pure ». Il s’agira cette fois de rentrer (grâce à la miniaturisation) dans le corps de l’alien (ou plutôt son exosquelette), référence sympathique au Voyage Fantastique de Richard Fleisher (1966) (remaké par Joe Dante sous le titre l’Aventure intérieure en 1987), le Docteur ne se prive d’ailleurs pas de noter que cela ferait un super film, une petite touche d’humour plutôt facile? mais qui fait du bien et permet à la série de dire qu’elle connaît ses classiques. Et justement, la trame principale souffre peut être d’un trop grand classicisme.

Le voyage au centre du robot ne laissera que peu de surprise au spectateur averti. L’idée n’est pas mauvaise, l’écriture non plus, seulement il y a une impression de déjà-vu. Le thème bien sûr déjà vu au cinéma (dans un humain, pas un dalek bien sûr), mais surtout dans les dialogues. Si les différentes incarnations du docteur avaient leurs différences notables, il y a un point commun qui semble revenir, le coté pédagogue de l’extrême. Cette manie qu’a le personnage de répondre aux questions par d’autres questions (un peu tordue parfois). Une façon de rendre l’intrigue assez ludique, faisant participer le spectateur à ce jeu étrange, ce qui est plutôt une riche idée pour stimuler le jeune public qui regarde la série. Oui, mais après 7 saisons de cours magistraux prodigués, notre cerveaux est plus que stimulé, et l’habitude prend le pas sur le goût du jeu. On devine rapidement où le maître d’école veut en venir, donc la surprise de la révélation passe un peu à la trappe. On regrettera aussi le manque de surprise dans l’intérieur du Dalek, qui contient des anticorps (dans un exosquelette difficile de voir l’intérêt), un cœur et un cerveau… rien de bien nouveau en fait.

Mais l’épisode n’est pas mauvais pour autant. Son intrigue est presque anecdotique et ne se hisse pas aux niveau des meilleurs de la série, en revanche on peut noter quand même quelque point positif en parallèle de cette nouvelle aventure. L’apparition de Missy (la nouvelles antagoniste) au moment le plus inattendu, mais surtout l’entrée en scène d’un nouveau personnage et intérêt amoureux pour Clara : le prof de math et vétéran de guerre Danny Pink (Samuel Anderson). Un homme qui apparaît étonnamment sombre et semble avoir vécu quelques traumas dans sa vie. Une touche noire qui prend toute sa place dans cet univers. Ben Wheatley de retour à la réalisation, rend le flirt entre l’assistante joviale et ce professeur triste étonnamment charmante, grâce à un montage non linéaire qui montre un caractère plutôt renfermé et maladroit. Il ne reste qu’une chose à espérer : que ses interactions futures avec le docteur (qu’il ne rencontre pas de suite) apporteront à la série une profondeur nouvelle. Ce dernier étant devenu plus radical dans ses idées, s’il à toujours rejeté la violence, cette fois ce sont carrément les militaires eux même qu’il semble avoir en grippe (quand auparavant il leur témoignait tout de même un certain respect, notamment avec le Brigadier). Danny pourrait alors devenir un miroir intéressant du seigneur du temps, partageant avec lui un passé d’ancien combattant et une certaine complicité avec la fille impossible, mais partant déjà sur de mauvaises bases…

Quand à Peter Capaldi, si sa première apparition laissait un goût étrange, il est heureux de constater qu’il semble cette fois avoir vraiment pris ses marques. Une interprétation plus sombre, plus grincheuse, qui pourrait peut-être laisser certain fans sur le carreau (le voir sacrifier un de ses alliés de sang-froid à quelque chose de dérangeant). Il faudrait attendre encore un peu pour savoir si ce nouveau Docteur est un homme bon, néanmoins l’acteur à suffisamment de charisme pour nous convaincre de le suivre dans ses nouvelles aventures. Bien que tout cela semble avoir perdu un peu de fun.

Fiche Technique: Doctor Who Saison 8

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

Auteur de la critique: Vincent Baudart

 

La Horde sauvage, un film de Sam Peckinpah : Critique

[Critique] La Horde sauvage 

Synopsis : Au sud du Texas, Pike Bishop et ses hommes s’apprêtent à attaquer les bureaux de la compagnie de chemin de fer. Mais Duke Thornton et ses chasseurs de primes les attendent au tournant. Un bain de sang se prépare. 

Les Douzes Salauds partent

Auteurs d’un braquage raté à San Rafael, ville imaginaire du Texas, une demi-douzaine de voleurs en route pour le Mexique sont traqués par une demi-douzaine de chasseurs de primes.

Pour nous narrer les aventures de son Wild Bunch, Peckinpah encre son histoire en pleine révolution mexicaine. Il rythme le récit grâce à un montage nerveux qu’il contraste avec nombre de ralentis, surtout lors de fusillades dantesques et sanglantes, durant lesquelles personne n’est épargné. Le duo Ryan/Holden en impose, le face à face entre Deke Thornton et Pike Bishop est savoureux. Si Ryan multiplie les ruses pour tenter d’attraper la horde et ne passe clairement pas pour un burrito, l’affaire est loin d’être pliée, car Robert aura maille à partir avec un Holden pas sot.

Le toujours sympathique, et salopard à plus d’un titre Ernest Borgnine répond présent. Toujours solide, et fidèle second de Pike, les deux hommes nous gratifieront de quelques-uns des plus beaux dialogues du film. Le reste de la distribution s’en sort très bien, mais peine à exister face au charisme des trois mastodontes susnommés. La bande son est tout à fait dans le ton, et procure une grande intensité à l’ensemble, ponctuant cette déferlante de violence, omniprésente jusqu’au final, apocalyptique comme l’on peut s’y attendre. Le massacre de Fort Mapache, version Peckinpah.

Cette histoire au pessimisme latent, qui s’étale dans l’espace et le temps, aurait pu se régler en une matinée sur le territoire américain, sans verser le sang, autour d’une table. Mais The Wild Brunch n’aurait certainement pas eu la même saveur.

La Horde sauvage : Bande-annonce

La Horde sauvage : Fiche technique

Titre original: The Wild Bunch
Réalisation: Sam Peckinpah
Scénario: Sam Peckinpah, Walon Green
Interprétation: William Holden, Robert Ryan, Ernest Borgnine
Photographie: Lucien Ballard
Musique: Jerry Fielding
Production: Phil Feldman, Roy N. Sickner
Budget : 6 224 087 $
Genre: Western

Durée : 145 minutes
Avertissement : Interdit aux moins de 12 ans

Etats-Unis – 1969

Black Box, Saison 1 : Critique de la série

 Black Box : Dr House au Féminin

Synopsis : Catherine Black est une célèbre neurologiste qui est atteinte de trouble bipolaire; elle est contrainte de cacher sa maladie et la seule personne au courant est sa psychiatre, Dr Helen Hartramph. Elle ne veut pas revivre la bipolarité de sa mère, qui s’est suicidé à cause de sa maladie. Son secret l’empêche d’avoir une vie de famille et d’avoir des relations amoureuses sérieuses.

La récente série réalisée et produite parIlene Chaiken (créatrice deThe L Word) et Bryan Singer (producteur de Dr House), aux allures de nouveau drama dans le milieu médical romanesque, évoquant Dr House et autres Grey’s Anatomy, se révèle par son coté plus sérieux en s’épanchant exclusivement sur les cas concernant la « boite noire », communément appelé le cerveau. En plus d’opter pour l’objet d’étude infatigable qu’est notre cerveau, la série a pour personnage principal une neuroscientifique brillante, une femme  intelligente dans un milieu d’hommes, ce qui est plutôt rare. Atteinte elle-même de bipolarité, la maladie va orchestrer l’avancée de l’intrigue; une maladie rarement évoquée, ou du moins rarement aussi bien mise en avant, que dans cette série.

Son actrice principale, Kelly Reilly, jusque-là connue pour des rôles secondaires ou peu investis, se retrouve à interpréter avec brio ce personnage ambivalent. Le spectateur assiste aux montagnes russes émotionnelles de son être complexe. Même si Catherine est censée être sous traitement, ses penchants autodestructeurs la persuadent parfois d’arrêter de se soigner et libèrent ses instincts bipolaires. Si elle se sait impulsive, et atteinte de trous noirs durant ses crises de bipolarité, elles lui prodiguent également des éclairs de génie qui lui permettent d’exceller dans son travail et de ne pas subir le stress. Des éclats de folie qui subliment l’actrice, avec une palette d’émotions possédant son visage, sa voix, sa gestuelle.

Chaque épisode traite d’un nouveau patient, d’un nouveau cas sérieux, touchant la neurologie. Avec des symptômes déroutants, chaque épisode vaut le détour et relate des cas bien réels. Alors qu’on peut d’abord penser que ces histoires sont totalement inventées, elles sont néanmoins inspirées d’histoires vraies, même rares. L’exemple du « ver musical » (le fait d’avoir une aire musicale coincée dans la tête), décrit un réel symptôme. Heureusement, les avancées médicales de notre époque, permettent pour la plupart de ses cas d’être soignés ou traités. Cette série permet alors de nous renseigner sur les vices de notre cerveau, sans nous perdre en termes scientifiques et incompréhensibles.

Bien que tournant exclusivement autour du personnage de Catherine, sa famille, son fiancé et ses collègues, gardent chacun un rôle essentiel dans le déroulement de la série. Car malgré sa carrière parfaite, sa vie privée est un vrai champ de bataille. Le passé traumatisant de sa mère, elle aussi atteinte de bipolarité, a poussé Catherine à cacher à sa propre fille son existence, pour ne pas lui faire subir sa propre enfance. On s’attache alors aux drames familiaux et complexes qui la touchent, à la difficulté que peut entrainer sa maladie pour établir une relation stable. Puis, sa crédibilité professionnelle est mise à rude épreuve en cachant sa maladie au quotidien pour mieux prospérer dans le milieu de la recherche médicale. Des personnages tout aussi ambivalents, mais néanmoins profonds de complexité. On perd sans doute l’intérêt de certains en cours de route, principalement avec les histoires et maladies en parallèle de ses collègues. Malgré la performance de Vanessa Redgrave, la psy de Catherine, les séances au début intéressantes (qui permettent de construire l’ambivalence du personnage), deviennent répétitives et perdent d’intérêt.

Les amateurs de jazz seront conquis par la B.O. de la série. Utilisant des accords doucereux de pianos, saxophones et trombones comme musique de fond. Le Jazz langoureux s’accorde avec les plans d’un décor lumineux du New York nocturne et agité.

Très peu estimée, la série n’a pas rencontré un succès foudroyant. Ce drame vaut néanmoins le détour pour son sérieux à traiter des maladies touchant le cerveau. L’actrice porte également bien ce rôle aux multi-personnalités, à la fois figure de femme forte et fragile, ambitieuse et désespérée, douce et amère. Une série mature qui elle aussi fait preuve de dualité, à la fois par son coté sombre et profond, mais aussi singulier et pétillant. La série prend le temps de s’inscrire dans les esprits. Toutefois, elle n’entamera pas de saison suivante, elle a été récemment annulée par ABC pour manque d’audience.

Fiche technique – Black Box

Créateur(-rice) : Amy Holden Jones
Année : 2014
Producteur(s) : Ilene Chaiken, Bryan Singer, Oly Obst, Anne Thomopoulos
Casting : Kelly Reilly, Ditch Davey, David Ajala, Terry Kinney, Ali Wong, David Chisum, Laura Fraser, Siobhan Williams, et Vanessa Redgrave.
Genre : Drame, Medical
Nombre d’episodes : 13
Saison(s) : 1/1
Statut : Annulée
Durée : 42 minutes
Origine : Etats Unis

Auteur de la critique : Céline Lacroix

 

Paranormal Activity: The Marked Ones : Critique du film

À l’annonce de ce nouveau Paranormal Activity, l’étonnement était au rendez-vous. Non pas que la sortie d’un énième opus de cette saga à pigeons soit une surprise. Mais plutôt que celui-ci soit difficile à placer dans la série. Nous avons comme titre Paranormal Activity : The Marked Ones. Pourquoi un titre à rallonge alors que, jusqu’ici, la saga s’était contentée de numéro ?

S’agit-il de Paranormal Acivity 5 ? Il faudra attendre plus d’informations quelques mois après la sortie pour apprendre qu’il s’agit en réalité d’un spin-off pour lancer le prochain opus (qui serait soit le fameux numéro 5, soit un The Marked Ones 2, prévu pour octobre 2014). User le concept jusqu’à la moelle n’a-t-il  pas suffi aux producteurs qui décident tout de même de l’étirer avec des épisodes à part ? On peut le croire, le 4 n’ayant pas rapporté autant que ses prédécesseurs, avec notamment une critique encore plus assassine qu’à l’accoutumée. Mais le résultat est-il aussi lamentable qu’auparavant ?

Que les choses soient bien claires : The Marked Ones cherche à se démarquer de la saga initiale. Elle en oublie le concept de base qui était de suivre une famille en proie à des phénomènes paranormaux, un démon tournant autour d’eux, et qui tentait de percer ces mystères en mettant sa maison sous surveillance vidéo.

Ici, il est plutôt question de possession, d’exorcisme. Ce qui n’est pas bien nouveau dans le paysage du cinéma horrifique. D’autant plus que The Marked Ones part dans bon nombre de directions, mettant au premier plan énormément de détails qui nous font perdre par moment le fil. Alors que le but était de raconter une histoire parallèle à la saga, tout en essayant de donner quelques révélations à cette dernière que seuls un œil avisé, (nos héros découvrant une cassette avec les noms de Katie et Kristie, les sœurs de la saga originale, qui apparaissent en mode fantomatique devant notre héros, jeunes) et une imagination débordante, (le fait que l’un des héros se retrouve, à la fin, dans une séquence du premier film, avec Katie) remarqueront les liens tout en les comprenant. Quoiqu’il en soit, l’ensemble se montre assez brouillon.

Quant à la mise en scène, le constat est inévitable : celle-ci, subjective, perd littéralement de sa crédibilité. Son but premier est de faire en sorte que le spectateur doit croire que le film a été filmé par lui-même. Pourtant, bon nombre de détails techniques nuisent au rendu final, dont le montage (qui coupe les scènes quand ça arrange le scénario) et le script (durant plusieurs passages, vous vous demanderez : « Pourquoi tu filmes à ce moment ? Quelqu’un de censé aurait déjà posé ou éteint la caméra ! »). Tout en passant par quelques séquences répétitives, déjà vues dans la saga (le héros filmant ses proches et sa maison, servant d’introduction au film, alors que l’on s’en passerait bien).

Et pourtant, The Marked Ones se présente comme le meilleur opus de la saga, voire un film d’horreur presque efficace, malgré un budget de 5 millions de dollars. Ce film laisse tomber le système de « caméra de surveillance » qui, même s’il se voulait crédible avec un tel concept, n’était jamais angoissant mais plutôt soporifique. Ici, retour à la classique mise en scène de [REC] et consorts, pour un scénario qui démarre dès les 15 premières minutes (alors que pour les autres opus, il fallait attendre les 15 dernières minutes). Même si la trame s’étire un peu trop, celle-ci nous propose bien plus de phénomènes paranormaux. Pas les éternelles et innocentes portes qui claquent, lumières qui s’allument/s’éteignent sans raison, une ombre qui apparaît/disparaît… Il est plutôt question de personnes tombant du ciel, de force surhumaine, de meubles en lévitation parce qu’un personnage possédé apparaît soudainement tout en flottant dans les airs… De véritables séquences qui titillent enfin notre intérêt et qui fournit son petit lot de moments angoissants.

Car la caméra subjective classique (celle qui est toujours portée par un personnage et non simplement posée à un endroit du décor) permet quelques moments de frayeurs, avec des apparitions soudaines ou des « détails » qui passent subitement devant l’objectif de la caméra (comme ce simple mouchoir jeté d’on ne sait où, et qui surprend réellement). Avec en plus le souffle de peur poussé par le cameraman, généralement un personnage auquel on s’est attaché au préalable. Oui, pour une fois dans un Paranormal Activity, on s’intéresse au sort de ses protagonistes !

Dans son délire le plus total, The Marked Ones assume pleinement d’avoir un scénario bordélique, à tel point qu’il se permet un final comme nous ne pouvions l’attendre. À savoir l’introduction, certes pendant quelques minutes, de personnages secondaires, de la racaille qui vient dégommer du possédé avec des fusils à pompe. Inattendu, voire ridicule, mais au combien efficace. Livrant un dernier quart d’heure véritablement saisissant, aussi bien du côté du divertissement que du survivor angoissant. Étonnant et prenant.

En voyant ce film, jamais vous n’oseriez penser vous amuser autant avec un Paranormal Activity. Énorme surprise que ce spin-off, qui casse littéralement les codes de la saga pour être un film d’horreur plutôt efficace et rarement pompeux. Même si les défauts sont forts nombreux, empêchant ce film d’égaler [REC], Cloverfield ou encore Chronicle. The Marked Ones n’est pas l’attrape-nigaud qu’était chaque opus de la saga jusqu’ici. On est curieux de voir ce que va donner le nouvel épisode : va-t-il continuer sur cette lancée encourageante ou reprendre le statut de somnifère de la saga principale ?

Synopsis : Jesse (Andrew Jacobs) est un adolescent de 18 ans, fraîchement diplômé, qui assiste contre son gré à divers phénomènes paranormaux provenant de sa voisine du dessous. Une étrange femme qui se livre à des rites sataniques qui va être à l’origine du comportement suspicieux d’Oscar (Carlos Pratts), une connaissance. Mais aussi d’une morsure au bras dont Jesse se rendra compte un beau matin à son réveil, et qui va le rendre, petit-à-petit, distant et colérique. Renforçant autour de lui ces fameux phénomènes paranormaux, qui entraînent la mort de ses proches.

Fiche technique –Paranormal Activity: The Marked Ones

The Paranormal Activity : The Marked Ones
États-Unis – 2014
Réalisation : Christopher Landon
Scénario : Christopher Landon
Interprétation : Andrew Jacobs (Jesse), Richard Cabral (Arturo), Gabrielle Walsh (Marisol), Carlos Pratts (Oscar Hernandez), Jorge Diaz (Hector), Catherine Toribio (Penelope), Noemi Gonzalez (Evette)…
Date de sortie : 1er janvier 2014
Durée : 1h24
Genre : Épouvante, horreur
Image : Gonzalo Amat
Décors : Nathan Amondson
Costumes : Marylou Lim
Montage : Gregory Plotkin
Budget : 5 M$
Production : Paramount Pictures
Distributeur : Paramount Pictures France

Auteur de la critique : Sebi Spilbeurg

 

Adieu au Langage de Jean-Luc Godard : Critique du film

Adieu au Langage : Un grand réalisateur ne manque jamais son dernier film

Synopsis : Un couple dont la situation se complique recueille un chien errant qui va soudainement prendre la parole. Comment cette histoire se terminera-t-elle ?

Aujourd’hui, on peut distinguer de nombreuses personnes qui peuvent s’offusquer devant ce titre. C’est du Godard de toute façon, quelqu’un qui parle pour ne rien dire, il aurait dû s’abstenir de refaire un film, Godard c’est l’éternelle « Nouvelle-Vague ». Mais on peut dire et penser ce que l’on veut sur ce dernier, aux USA, s’il y a bien un réalisateur français que tout le monde connaît c’est JLG (avec Tati). Ainsi, la notoriété de ce Monsieur n’est pas à remettre en question, même si vous n’adhérez pas à son style, il fait partie des grands réalisateurs français.

Ainsi, Adieu au Langage peut apparaître comme l’un des chefs-d’œuvre de l’année 2014, et ce pour de multiples raisons.

La dynamique intellectuelle

Cette œuvre est destinée tout particulièrement aux personnes qui aiment le cinéma qui fait vraiment réfléchir, où l’on ressort avec de nombreuses questions en tête. Ce qui manque cruellement dans le cinéma actuel…

Certains pensent que Godard impose toujours sa vision des choses … Les choix très personnels du réalisateur ont souvent laissé perplexes de nombreux spectateurs, jugeant son cinéma d’un « style élitiste ».

Justement dans ce film, le réalisateur présente les choses à sa manière, mais sans forcément tout remettre en question, l’objectif étant de modifier notre perception des diverses mutations structurelles de notre société. C’est un film très humain, où l’on a l’impression de repartir de zéro, sans toute cette superficialité ambiante. On redécouvre les rites de notre vie sociétale à son commencement, l’homme en contact avec la nature par exemple. Finalement, Godard nous explique la façon dont il a vu évoluer les choses tout au long de sa carrière de réalisateur.

Ensuite, ce film est 100% « made in JLG », la façon de s’exprimer, de communiquer, de transformer des dialogues simples en des paroles compliquées, cette manière d’articuler. Les français sont connus pour être des poètes, la langue française appréciée comme étant riche… JLG représente ainsi de la meilleure manière toutes ses caractéristiques, tout en restant fidèle à son style. Cela fait du bien de voir des dialogues travaillés aujourd’hui, qui cherchent à faire « philosopher » le spectateur.

adieu-au-langage-godard-critique-film-inversion-3d

Godard qui fait du 3D ?

Quel choix astucieux ! Jean-Luc surprend tout le monde en utilisant la 3D. Ce qui en surprendra certainement plus d’un. Avant ce film, beaucoup « d’anti-Godard » pensaient sans doute, que de toute de façon ce réalisateur ne sait faire que du cinéma archaïque, traduisant finalement son incapacité à être dans l’ère du temps. Il répond ainsi de la meilleure des façons avec une utilisation d’une 3D quasi-parfaite. Dans Adieu au Langage, la 3D est superbement exploitée, ce qui le range parmi les plus beaux films français en 3D.

Finalement, Godard est un génie, capable de s’adapter à n’importe quelle technique de création cinématographique. C’est aussi une manière de laisser en guise de touche finale, une image d’un réalisateur qui a d’innombrables capacités de création. Bien que celui-ci avait décidé de garder son propre style cinématographique jusqu’à présent.

De plus, Godard a très astucieusement décidé de surexploiter la 3D, en réalisant certaines séquences à couper le souffle. Il a notamment osé tenter une 3D inversée à un moment notamment, lorsque la femme devient l’objet de l’homme et doit se soumettre aux ordres et à l’exhibition dans la société. Godard décide alors de nous faire une inversion 3D, qui nous laisse l’impression que c’est le monde à l’envers …C’est sans doute aussi une manière de critiquer les films d’Hollywood actuels, où l’on retrouve très souvent des films en 3D « surfaits ». Godard a toujours jugé que le cinéma américain était un peu trop un « cinéma fiction », trop éloigné des réalités, avec souvent des films imagés.

La personnification et la métaphore

Godard a un certain talent pour exprimer ses opinions au travers de ses acteurs, on peut notamment le remarquer dans Pierrot le Fou. Mais ici, son interprète c’est un chien. D’où la partie sur la métaphore, le chien est l’homme, et l’homme est chien. Ce choix est très habile : souvent on utilise l’expression « Quel monde de chien » pour décrire notre univers un peu cruel, où l’on on est quelque peu désabusé. On pourrait même reprendre l’exemple d’un documentaire culte dans son genre qui reprend directement l’expression « Mondo Cane ». Le choix du chien est peut-être aussi une dédicace aux nombreux sponsors qui ont refusé de financer ou de participer à son dernier film, Godard s’est peut-être vu traité comme un chien lui aussi …… Ainsi, notre chien s’appelle Jean-Luc. Celui-ci contemple notre monde, mais celui-ci n’a pas de langage que l’on pourrait codifier. En quelque sorte, il fait appel à d’autres sens comme l’ouïe et la vision notamment. C’est là qu’intervient la question sur la compréhension du langage.

Le langage est-il indispensable à notre émancipation spirituelle ? Est-il à la fois la cause et la conséquence de notre société ? N’est-il pas un outil démocratique ? Est-il plus intelligible par écrit qu’à l’oral ? La technologie est-elle une nouvelle forme de langage, garde-t-il alors la même valeur ? Le langage universel n’est-il pas au-dessus des mots ? Le langage, une obligation de communication ? Godard, le chien, ne nous donne pas une leçon, il cherche juste à nous faire réfléchir sur ces questions …

Ensuite, on retrouve un Godard que l’on pourrait qualifier d’ »avocat de la femme », comme dans son Court-Métrage, Anticipation ou l’Amour en l’an 2000. Il se personnifie parfois, dans cette jeune femme dénudée, vide de sens et de paroles dans cette société à domination « masculine ». Le message véhiculé ? Surement de changer notre regard sur la perception de la femme qui depuis très longtemps selon l’auteur, est la source de stéréotypes infondés. Adieu au Langage évoque également certains passages du Mépris, où l’on voit BB en femme objet, mais qui reste une femme libre de ses décisions. Comme si la femme avait finalement un pouvoir bien sous-estimé …

La littérature vs NTIC

En outre, Godard s’attarde souvent au cours de son œuvre à la place de la littérature aujourd’hui, qu’il considère certainement comme étant la meilleure utilisation du langage, avec le cinéma bien sur. On voit notamment des jeunes étudiants que l’on pourrait qualifier de marginaux (avec leurs habits) qui sont en train de lire. La littérature n’est-elle pas entrain de se perdre dans les nouvelles générations ? La littérature, une façon archaïque d’utiliser le langage et de communiquer ses pensées et ses idées ? La technologie est-elle un réel un vecteur de communication, n’est-elle pas nuisible à l’évolution de l’être ? L’échange est-il plus complexe, plus simple par l’intermédiaire de la technologie ? L’avenir de la littérature n’est-elle pas dans la technologie ?

Un passage justifie notamment ces nombreuses questions : deux personnes autour d’un stand de livres sont en train d’échanger leurs impressions sur un livre, par téléphone, en partageant leurs connaissances et leurs idées. Dans le même plan, une personne est simplement en train de lire une première de couverture, comme si finalement la lecture avait perdu de son dynamisme …A un autre moment, des personnes échangent de manière brutale et l’on voit dans le fond écrit sur une palissade « LANGAZ ». Cela ne représente-il pas d’une certaine façon notre langage asphyxié ? Comme si au cours de notre évolution, nous étions en train de perdre nos capacités linguistiques et la richesse de nos langues respectives. On peut également l’entendre comme les critiques à l’encontre de Godard dans sa façon de s’exprimer et son utilisation du langage optimal. Un style qui passe de moins en moins aujourd’hui, d’où sans doute ce fameux « LANGAZ ».

Les moments 100% « made in Godard »

Voici un petit panel de moments atypiques appréciables. Mettons-nous à la place du chien (soit de l’homme), Jean-Luc :

– JLG 1 : « Je sais que la majorité des personnes qui verront mon film sont des français, je sais qu’ils sont pour la plupart mauvais en anglais, enfin ils adhèrent à mon cinéma donc c’est l’élite donc ils parlent anglais. Du coup, je vais faire un petit speech de 3 minutes juste en anglais sur les prémices de la démocratie tant pis si certains ne comprennent pas l’anglais »

– JLG 2 : « Et ils pensent (les spectateurs) que je vais les laisser voir tout le temps des images ? Non, ça serait trop beau, je vous laisser philosopher sur ce que je suis en train de vous dire, je vais arrêter le film pendant 3 minutes pour m’assurer que vous soyez bien concentrés. Et puis ça vous vous permettra de vous reposer après toutes les infos emmagasinées »

– JLG 3 : « Je suis un « artiste du langage », et je compte bien le démontrer, qu’avec ma finesse linguistique je suis capable de dénoncer ce que je veux. T’as déjà vu des personnes ne pas du tout freiner lorsque le feu est vert ? Evidemment, Mao Tsé-toung et Che Guevara » … Autre exemple,  » qu’est ce que tu penses de la Russie ? S’ils sont européens ils ne seront plus russes, donc ils ne peuvent pas être européens.  » …

Un demi chef-d’œuvre

Adieu au Langage était déjà le film extraterrestre du dernier Festival. Il a tout de même était nominé ce qui peut surprendre, tant ce film est hors-sujet (ce qui n’est pas plus mal) par rapport aux autres films qui étaient en compétition.

Adieu au langage, est un film que l’on ne retrouvera pour ainsi dire plus jamais dans notre cinéma. C’était la dernière vague du Tsunami Godard … Mais, l’on prend un réel plaisir à couler sous cette dernière vague. Nous avons l’occasion notamment de découvrir un JLC proche de la nature et des choses simples de la vie. Ce film est sans doute finalement même plus positif que Pierrot le Fou, c’est en quelque sorte un hymne à la vie lorsqu’il décide de nous montrer cette nature verdoyante…

Tu nous laisses finalement sur une image de toi, le chien Jean-Luc, partant sur un chemin isolé en pleine nature, loin de nous. Tu nous manqueras forcément …

AH DIEU GoDaRd !!!

Jean-Luc Godard – « Adieu au langage » (2014) (Trailer)

Fiche technique – Adieu au Langage

Réalisateur : Jean-Luc Godard
Scénario : Jean-Luc Godard
Acteurs : Alexandre Païta, Héloïse Godet, Jessica Erickson
Durée : 70 minutes
Date de sortie initiale : 21 mai 2014
Producteurs : Alain Sarde, Brahim Chioua, Vincent Maraval

Auteur de la critique : Adrien Lavrat