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47 Ronin de Carl Erik Rinsch : Critique du film

Critique 47 Ronin : De la pub mensongère façon hollywoodienne

Synopsis : Un perfide seigneur de guerre ayant tué leur maître et banni leur tribu, 47 samouraïs errants jurent de se venger et de restaurer l’honneur de leurs compatriotes. Arrachés à leurs foyers et perdus aux quatre coins des terres connues, cette poignée de rebelles se voit contrainte de recourir à l’aide de Kai – un demi sang qu’ils avaient jadis renié – lors de leur combat à travers un univers violent, peuplé de monstres mythologiques, de métamorphoses maléfiques et d’effroyables dangers. Cet exil sera l’occasion pour cet esclave rejeté de se révéler leur arme la plus redoutable, et de devenir la figure héroïque qui donnera à cette troupe d’insoumis l’énergie de marquer à jamais l’éternité.

Un budget montant jusqu’à 170 millions de dollars (ce qui est énorme) pour un démarrage aux États-Unis de seulement 10 millions de dollars (écho d’un cuisant échec commercial, qui s’est confirmé au fil des semaines). Qu’a-t-il bien pu arriver à cette production Universal pour décevoir à ce point ? D’autant plus que le film nous a été vendu comme une fresque épique et agréable à regarder, une sorte de Seigneur des Anneaux à la japonaise, qui devait servir de tremplin au retour de Keanu Reeves (ses derniers succès en date étant la trilogie Matrix et Constantine, c’est pour dire !)…

À première vue, nous pouvons véritablement nous poser la question, 47 Ronin étant un film réussi du point de vue visuel. Les 170 millions de dollars se sentent énormément à l’écran, et cela se voit dans la plupart des apports techniques du long-métrage. Par là, il faut bien entendre qu’il est question des costumes, véritables prouesses signées Penny Rose (qui a travaillé sur Les Pirates des Caraïbes). Des décors en studio, offrant par moment des plateaux de tournage démesurés. Des effets numériques vraiment jolis. De la photographie de John Mathieson, grand collaborateur de Ridley Scott. Tous ces détails qui font que 47 Ronin est un long-métrage hollywoodien très coloré, qui avait franchement de quoi offrir, et qui voulait nous faire partager un peu de la culture japonaise (cela se ressent par moment). Un nouveau Seigneur des Anneaux ? Pas vraiment…

Le naufrage de 47 Ronin s’explique en un seul mot : la production. En s’intéressant un peu plus au making-of du film, tout devient explicite. Qu’est-ce que 47 Ronin ? Il s’agit d’une « version blockbuster » d’une légende japonaise, adaptée à la sauce fantasy par Universal, qui a nommé un « inconnu » en la personne de Carl Erik Rinsch. C’est là que les ennuis commencent : le réalisateur veut un film 100% asiatique, les producteurs un divertissement accessible à tous (même les plus jeunes). Du coup, le film n’a connu que des divergences artistiques et des changements soudains orchestrés par la production. Le spectateur le ressent énormément.

À commencer par le casting : Keanu Reeves à la base, ni même son personnage, ne faisait partie du scénario. Au début, 47 Ronin devait suivre nos renégats japonais dans leur quête de vengeance, avec que des acteurs asiatiques (Hiroyuki Sanada, Rinko Kikuchi, Kō Shibasaki…). Mais pour les producteurs, ce n’était pas assez vendeur. Du coup, ils y ont greffé le personnage de Keanu Reeves (pour relancer également la carrière de l’acteur), un paria devenu protagoniste principal de cette aventure. Toutefois, cet ajout est trop visible… Pendant tout le long du film, on se pose cette question : « mais à quoi sert-il ? ». Constat cruel mais véridique pour ce comédien qui est carrément inutile à la trame, aux autres personnages, au film, qui se montre perdu comme jamais (le seul Américain dans un casting japonais). Le véritable héros, c’est Hiroyuki Sanada, étant le seul comédien potable de la distribution, celui à qui l’on s’attache le plus, celui dont l’enjeu se montre le plus intéressant de tous. En bref, celui qui aurait dû être en tête d’affiche.

Autre problème : le scénario. Pour une fresque épique à la Seigneur des Anneaux, avoir comme scénaristes Hossein Amini (Blanche-Neige et le Chasseur) et Chris Morgan (Wanted : Choisis ton destin, la saga Fast & Furious) posent déjà problème. Mais surtout, oser prétendre être l’équivalent d’une immense trilogie alors qu’on ne dure qu’1h58, c’est un peu nous prendre pour des imbéciles. Car, pour être l’égal des films de Peter Jackson, il faut étaler minutieusement son univers, ses personnages, ses trames… En moins de deux heures, c’est tout bonnement impossible ! De ce fait, nous nous retrouvons avec un film aux personnages inexistants, aux ellipses permettant des raccourcis maladroits, aux séquences s’enchaînant sans imagination, aux répliques affreusement creuses, aux clichés désespérants (cette romance…), aux incohérences indigestes (le personnage de Keanu Reeves n’utilise ses pouvoirs que de manière aléatoire ; ce géant de 2m30 en armure nous est présenté comme un surhomme, qui meurt au final de la façon la plus débile qui soit…). Sans oublier le remaniement qu’a subi le scénario de la part de la production, qui renforce le côté fouillis de l’ensemble, pour notre plus grand malheur.

 

Ce n’était pourtant pas une si mauvaise idée d’adapter cette légende populaire à la sauce heroic fantasy. Encore faut-il l’assumer pleinement ! La bande-annonce nous promettait des monstres, de la magie. De tout cela, vous n’aurez qu’une créature qui ne ressemble à rien au début du film, et une sorcière se transformant en dragon (au corps d’anguille…). C’est tout ! On a beau nous vendre un Keanu Reeves détenant des pouvoirs, ayant été élevé par des hommes-oiseaux, mais rien de tout cela ne transparaît à l’image. Quant au rythme du film, il est mal dosé. Qui expliquerait cette faible quantité de fantasy, mais également l’ennui qui pointe rapidement le bout de son nez (peu de scènes d’action épiques et flamboyantes comme il a été annoncé) et un montage anarchique (des ralentis ajoutés sans raison, des effets de style qui n’ont pas lieu d’être…).

Enfin, il convient de dénoncer l’énorme publicité mensongère qui a été faite sur ce film. La mise en avant de Keanu Reeves, qui n’a clairement pas sa place ici, alors qu’il est en tête d’affiche. Tout comme certains personnages, qui n’apparaissent dans le film que durant 10 secondes (le mec aux tatouages). Et surtout, où sont ces fameux 47 Ronin dont on ne nous cesse de faire l’éloge ? Nous avons juste droit à Keanu Reeves tentant de sauver sa bien-aimée et Hiroyuki Sanada en sauveur héroïque. Si vous vous attendiez à une bataille spectaculaire à la 300, c’est loupé !

47 Ronin est visuellement beau mais terriblement creux et mal emballé, ce genre de cadeau que l’on attend avec impatience et qui n’est finalement pas celui que l’on voulait, au point qu’il nous tarde de s’en débarrasser au plus vite. Décevant !

Fiche technique – 47 Ronin :

États-Unis – 2013
Réalisation : Carl Erik Rinsch
Scénario : Hossein Amini et Chris Morgan, d’après une histoire de Chris Morgan et Walter Hamada
Interprétation : Keanu Reeves (Kai), Hiroyuki Sanada (Oishi), Rinko Kikuchi (Mizuki), Kō Shibasaki (Mika), Tadanobu Asano (le seigneur Kira), Jin Akanishi (Chikara), Min Tanaka (le seigneur Asano), Masayoshi Haneda (Yasuno)…
Date de sortie : 2 avril 2014
Durée : 1h58
Genre : Action, aventure, fantastique
Image : John Mathieson
Décors : Jan Roelfs
Costumes : Penny Rose
Montage : Craig Wood
Musique : Ilan Eshkeri
Budget : 175 M$
Productions : H2F Entertainment, Mid Atlantic Films, Moving Picture Company et Stuber Productions
Distributeur : Universal Pictures International France

Auteur de la critique : Sebi Spilbeurg

 

Supernatural : Saison 1-9 : Critique de la Série

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Supernatural, c’est d’abord l’histoire de deux frères, celle des Winchester, qui après la mort brutale de leur mère dans des circonstances affreuses, deviennent des chasseurs comme leur père : à la recherche d’événements étranges, surnaturels, qu’ils identifient et éliminent.

Synopsis : Après la mort de leur mère, tuée par un démon, les frères Winchester sont initiés à l’art de la chasse par leur père, déterminé à retrouver le démon responsable. Las de ce train de vie, Sam a préféré retourner à une vie normale, mais il est forcé de reprendre les armes lorsque son frère Dean refait irruption dans son existence. De nouveau sur la route pour lutter contre des menaces diverses, ils ne se doutent pas encore qu’ils sont au centre d’une vaste lutte entre les forces du Bien et du Mal. Un combat qui ne semble jamais se terminer…

On the road again 

Bien que bénéficiant d’une renommée modérée dans le monde des séries, souvent considérée à tort comme une série d’ados, Supernatural possède pourtant des mérites certains, l’amenant à atteindre une qualité qu’il aurait été impossible de prévoir à son commencement. S’aventurant dans un nombre de saison à deux chiffres, elle parvient malgré tout à garder un niveau très appréciable, même s’il elle n’évite pas quelques écueils propre aux séries qui durent longtemps.

Union fraternelle 

Dean, l’ainé, est désinvolte et irrévérencieux. Il a suivi son père sans hésitations, obéissant sans poser de questions. Il donne une image cool, d’homme fort, viril, ignorant la peur et draguant les jolies filles. Mais quand il souffre? il prend tout sur lui et prend bien garde à ne rien montrer, à ne surtout pas se montrer faible. C’est le grand frère et il prend très à cœur son rôle de protecteur, n’hésitant pas à donner sa propre vie pour Sam. Mais à la mort de leur père, il commence à réaliser que cette vie leur a trop coûté, qu’elle leur a demandé trop de sacrifices. Il finit par se demander ce qu’aurait pu être sa vie si les événements s’étaient déroulés autrement. Il ne veut plus être le gentil soldat obéissant de son père. Il est celui qui souffre le plus de chaque perte, où chaque disparition le renvoie à sa propre solitude.

Sam, le plus jeune, est le plus réfléchi. Contrairement à son frère, il se disputait fréquemment avec leur géniteur. Pourtant malgré leurs altercations, il était plus proche de lui que Dean : les deux tenaient plus à la vengeance qu’à préserver la famille. Il n’aimait pas cette vie, sans attaches, toujours à se déplacer, jusqu’à ce qu’il en ait marre et décide de rompre les ponts. Quand ce monde qu’il croyait avoir quitté frappe de nouveau tragiquement, il abandonne tout et se jette entièrement dans la chasse. Bien que de nature moins violente que son frère, il possède un fond sombre qui l’a amené parfois à s’approcher de très près de la ligne rouge.

Les deux frères ont vécu sur les routes, baladés de villes en villes, de classes en classes. Ils ont été éduqués à la dure par leur père. Tandis que les autres enfants apprenaient à jouer au foot, eux ont appris à tuer des monstres, affrontant ce qu’aucun enfant ne devrait affronter.

Ils ne peuvent compter que l’un sur l’autre. Le puissant lien qui les unit est à la fois leur force et leur faiblesse. Leur force car il leur permet de résister aux diverses influences qui pourraient les amener à perdre pied, de continuer le combat coûte que coûte, de toujours se relever. Et leur faiblesse car ils seraient prêt à tout sacrifier pour sauver l’autre, y compris leur propre vie, y compris pactiser avec le diable… une faiblesse que leurs ennemis connaissent bien et qu’ils exploitent. S’ils se sont plusieurs fois séparés, parvenant parfois à profiter d’un court repos, ils ont toujours finis par se retrouver, reprendre la même vie, quitte à laisser derrière les personnes rencontrées en chemin.

Deux tempéraments opposés. La force et l’intelligence. Une équipe efficace, ce qui n’empêche pas de nombreux conflits, exacerbés par leur relation entre frères.

On the road so far 

La série parvient à concocter un mélange de ton étonnant. Des épisodes peuvent se montrer très sombres, d’autres complètement décalés, et la plupart du temps les deux à la fois. Ainsi les Winchester se retrouvent à la merci d’un illusionniste farceur qui les plonge dans une télé réalité burlesque avant de se la jouer experts et sitcom  Une autre fois ils se retrouvent dans un monde parallèle où leurs aventures sont racontées dans une série et où ils rencontrent les vrais créateurs du show !  Une mise en abîme qu’affectionne bien la série. Ou bien encore lorsque Sam revit sans cesse le même jour finissant inlassablement sur la mort de Dean dans un festival d’humour noir. Dean, celui souvent victime des sorts, est devenu ainsi très peureux (on le voit crier de peur devant un chat), et on le voit même se comporter comme un chien. Des moments bien souvent hilarants pour une série pourtant bien plus sombre que les séries pour ado que vise principalement la CW.

La série jouit d’une réalisation maîtrisée, tant au niveau de l’horreur que du suspense que du jeu d’acteur. Elle bénéficie également d’un bel habillage musical, orienté rock, tel « Carry On Wayward Son » véritable symbole de la série qui revient à chaque premier et dernier épisode accompagnant des extraits des épisodes de la saison passée ou de celle qui vient de s’écouler.

Les menaces sont nombreuses et variées. Vampires, loups-garous, djins, métamorphes et autres monstres variés du folklore, démons, esprits, magie noire, malédictions, divinités en manque de sacrifices humains… avec à chaque fois des méthodes propres pour les combattre : exorcisme, sceau de protection, armes spéciales, sel pour éloigner les démons, balles d’argent pour les loups-garous, ou encore brûler les cadavres des esprits. Une variété de situations et un vaste terrain mythologique à l’origine de la longévité de la série.

Durant les deux premières saisons, les épisodes sont majoritairement indépendants, même si une mythologie se met lentement en place (retrouver leur père, connaître le plan du démon aux yeux jaunes). Dès la saison 3, la mythologie prend plus de place (combattre Lilith) pour devenir prépondérante (empêcher la venue de Lucifer, éviter l’Apocalypse). La saison 4 voit ainsi les réponses arriver, les plans du démon aux yeux jaunes, sa présence lors de cette nuit fatidique… Cette saison accueille également un élément clé de la série : les Anges. Mais ces anges là n’ont rien à voir avec de gentilles créatures divines avec une auréole sur la tête. Ce sont des guerriers insensibles et méprisants, ne montrant aucune pitié envers l’humanité,  et les dommages sont collatéraux dans leur lutte contre les démons. Initialement perçus comme des puissants alliés, ils vont dévoiler des objectifs bien moins nobles…

La saison 4 place ainsi les pièces de l’apocalypse destinée à s’accomplir. Le combat final entre le Bien et le Mal, au détriment de l’humanité, avec au milieu les deux frères, face à des rôles prédestinés qu’ils rejettent. A bout, désespérés, la souffrance des pertes subies, la culpabilité de ne pas avoir pu les sauver, celle encore plus forte d’avoir joué un rôle dans les catastrophes qui s’enchaînent, l’impression d’un combat sans fin, sans espoir, une solitude dévorante… Tout aurait pu les diviser, pourtant ils sont restés plus liés que jamais, unis dans une lutte qui semblait impossible. Une saison à laquelle on pourrait reprocher de trop se focaliser sur l’apocalypse, mais qui s’achève sur une fin cohérente et poignante et qui aurait pu tout à fait conclure la série.

Les cinq premières saisons ont été pensés à l’avance, ce qui est appréciable et ce qui manque à certaines séries. Des éléments des premières saisons se retrouvent dans les dernières, des questions trouvent leurs réponses. On apprend à mieux connaître les deux frères, leur père, les relations qui les unissent, au travers de divers histoires, comme les voyages dans le temps qui les amènent à découvrir leurs parents jeune version retour vers le futur. Ainsi, ils finissent par pardonner à leur père de leur avoir donné une éducation qui peut sembler très condamnable, car ils comprennent qu’en en agissant ainsi il leur a sauvé la vie. On a aussi une affaire impliquant une de leur rencontre passée, l’occasion de retrouver les deux frères à l’école, ou encore lorsqu’ils échouent au Paradis, où ils découvrent leur version très différente du bonheur. Malgré le nombre de personnages réduit, la série parvient à suffisamment trouver de quoi raconter.

Mais les Winchester ne sont pas non plus seuls. Ils peuvent compter sur l’aide de Bobby, un vieil ami de leur père, qui va prendre une place de plus en plus importante. Bourru, il renferme pourtant en lui la culpabilité d’avoir dû tuer sa femme, possédée par un démon, et comme tout chasseur, le fardeau d’une vie qui ne peut que se terminer douloureusement. Et aussi Castiel, l’Ange qui s’est découvert des sentiments humains et qui s’est greffé à l’équipe. Désobéissant à ses semblables, il est devenu le plus puissant allié des Winchester, même si dans ses tentatives pour restaurer l’ordre au Paradis, il a commis des actes très condamnables. Ses difficultés pour comprendre l’humanité, notamment les références culturelles de Dean, font partie des meilleurs moments comiques. Et enfin Crowley, démon cynique aux sarcasmes savoureux, propre à figurer dans les répliques cultes, qui a dû à plusieurs reprises, s’allier aux chasseurs pour lutter contre des menaces communes. Une association qui n’est pas sans créer des étincelles. Apparu tardivement, il est devenu un des personnages principaux, tant les scénaristes ont heureusement compris qu’ils n’avaient pas intérêt à l’éliminer.

Une longévité rare 

La décision de continuer au-delà de la durée prévue pouvait s’avérer discutable, tant une telle décision est bien souvent le signe du déclin, mais les créateurs s’en sont bien tirés. Ils ont prolongé la mythologie tout en la respectant, faisant de Crowley un personnage incontournable. Ils sont parvenus à se renouveler malgré le nombre de plus en plus important de saisons, une prouesse pour une série mythologique, et à conserver une fraîcheur suffisante. Malgré des dizaines d’épisodes passés à éliminer des menaces surnaturelles, les scénaristes parviennent toujours à inventer de nouvelles situations où les Winchester ont bien du mal à déterminer l’origine de la menace, et se retrouvent confrontés à des affaires bizarres même pour eux.

La saison 6 s’avère même l’une des meilleures saisons, avec plusieurs rebondissements surprenants, plusieurs intrigues liées regroupant à la fois les démons, les anges et les monstres. Certes, on ne retrouve plus cette cohérence qui s’étalait d’une saison sur l’autre. Certaines intrigues sont plus faibles que d’autres, comme les Léviathans dans la saison 7 (la saison la plus faible). Et des événements répétitifs se produisent néanmoins, Dean et Sam mourant avant de revenir à la vie (surtout Cass en fait), passant un petit séjour en Enfer ou au Purgatoire qui les aura beaucoup affectés… Ils ont une grosse dispute en début de saison avant de faire à nouveau équipe comme avant.

Les scénaristes ont pris l’habitude de régulièrement supprimer les personnages devenus récurrents, occasionnant de nouvelles épreuves aux deux frères qui se retrouvent à chaque fois seuls. Une tendance qui permet certes d’apporter de nouvelles têtes –comme la géniale geek lesbienne jouée par Felicia Day- et d’émouvoir, mais peut-être parfois un peu trop poussée. D’ailleurs, après tant d’années, les Winchester en ont tellement pris plein la tronche, ont tellement souffert, désespéré, culpabilisé, connu des repos trop éphémères, qu’on en vient à souhaiter qu’enfin ils se reposent et sauvent le monde une bonne fois pour toute.

Mais tant que la qualité se maintient, nous sommes demandeurs ! De toute façon, comme l’a dit le Prophète, « les fins sont toujours difficiles à écrire, car les fans ne sauront jamais satisfaits »

Fiche technique : Supernatural

Titre original et français : Supernatural
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Genre : fantastique, horreur, mystère, suspense, thriller
Création : Eric Kripke
Réalisation : Eric Kripke
Production : Eric Kripke
Production exécutive : McG, Robert Singer
Scenario : Sera Gamble, Eric Kripke, Ben Edlund, Andrew Dabb et Daniel Loflin, Brett Matthews, Adam Glass, Jeremy Carver, Cathryn Humphris, Raelle Tucker, John Shiban.
Musique : Carry On Wayward Son
Personnages récurrents : Jared Padalecki est Sam; Jensen Ackles estDean; Jim Beaver est Bobby; Misha Collins est Castiel; Mark Sheppard est Crowley
Société de production : Warner Bros. Television
Sociétés de distribution (télévision) : The WB (saison 1), The CW (saisons 2 à 9)

Auteur de la critique: William

From Dusk till Dawn, Saison 1 : Critique de la série

Si les cinéastes ne se sont jamais privés pour adapter sur grand écran certains des plus grands succès de la télévision, la tendance actuelle serait plutôt à l’opposé. Scorsese et Spielberg ont ainsi annoncé que leurs films Shutter Island et Minority Report auraient droit à une seconde vie sur la petite lucarne. Une bonne manière de creuser un peu plus l’univers développé dans leurs long-métrages. Robert Rodriguez avait lancé la tendance en portant son cultissime Une Nuit en enfer sur petit écran.

Objectif annoncé, explorer la mythologie et les origines du fameux Titty Twister à travers dix épisodes de cinquante minutes. Soit cinq fois la durée du film originel, à une vache près. Alors forcément, pour tenir la distance, il a fallu modifier un peu le scénario original.

De nouveaux personnages pas indispensables

Un peu comme pour le long-métrage, la série peut se diviser en deux parties. Avant et après le lap dance de Salma Hayek, remplacée ici par la jeune Eisa Gonzalez, qui ne manque pas de charme non plus. Les cinq premiers épisodes suivent scrupuleusement la trame narrative du film, racontant la cavale des frères Gecko vers le Mexique. Les personnages y sont plus fouillés, les scènes rallongées, une sous-intrigue est ajoutée, tandis que plusieurs personnages secondaires font leur apparition. Ces derniers font d’ailleurs trop souvent office de cache-misère, et ne font qu’un bref passage avant de disparaître sans explications. Si leur impact sur le scénario se fait parfois ressentir, ils sont pour la plupart loin d’être indispensables.

Après deux épisodes de transition, From Dusk Till Dawn rentre dans une seconde partie qui, dans le film, peut se résumer à un jeu de massacre d’une demi-heure environ. Du coup, pour tenir quatre épisodes, Rodriguez a choisi de s’éloigner de l’histoire d’origine pour une exploration du temple sur lequel se trouve le Titty Twister. Une bonne idée mais qui se retrouve vite gâchée lorsque la trame se divise en deux sous-intrigues : d’un côté, les frères Gecko dans une histoire alambiquée à base de mythologie mexicaine ; de l’autre la famille Fuller dont les mésaventures manquent cruellement d’intérêt, entre rebondissements téléphonés et décisions incompréhensibles. Résultat, les deux derniers épisodes gâchent un peu ce qui, jusqu’à présent, s’avérait être une bonne relecture du film.

Une série aux qualités cinématographiques

Robert Rodriguez n’a pas confié sa série à n’importe qui, et en a même réalisé quatre épisodes. Globalement on retrouve sa patte et celle de son ami Tarantino dans la mise en scène, toujours aussi pêchue et survoltée. On pouvait craindre que le passage sur petit écran ne nuise à la qualité, il n’en est rien. L’autre point de doute pour les fans concernait les répliques, qui faisaient tout le sel d’Une Nuit en Enfer. S’ils n’ont pas le mordant ou la justesse de l’originel, les dialogues sont toutefois de qualité, même si on regrettera que pas une des punchlines du film n’ait bénéficié du transfert.

Côté casting, hormis Robert Patrick, alias le T-1000 de Terminator 2, la plupart des acteurs sont inconnus voire débutants. Ils s’en tirent avec les honneurs, mention spéciale au duo Cotrona/Holtz, (même si le premier a un peu de mal à faire oublier Clooney), et à Eiza Gonzalez, sexy en diable et qui prend parfaitement la place de Salma Hayek. Au final, From Dusk Till Dawn est un excellent complément au film dont elle creuse l’univers, même si elle est loin d’être exempte de défauts. Les novices trouveront une série bien ficelée mais parfois un peu bancale, dont le virage à 180 degrés à mi-parcours risque de rebuter plus d’un. Un peu comme Une Nuit en enfer, finalement. On attendra de voir ce que les producteurs comptent faire pour la saison 2, qui a déjà été annoncée.

Synopsis:  Seth et Richie Gecko sont recherchés par le FBI et les Texas Rangers, suite à un hold-up qui a mal tourné. En route pour le Mexique, les deux frères prennent la famille d’un pasteur en otage pour traverser la frontière. La situation dégénère lorsque le petit groupe fait une halte dans un club de strip-tease fréquenté par des vampires.

Fiche technique – From Dusk till Dawn

Américain – 2014
1 saison, 10 épisodes
Horreur, action
Créée par Robert Rodriguez
Réalisateurs : Robert Rodriguez (4 épisodes), Dwight H. Little (2 épisodes), Fede Alvarez, Nick Copus, Joe Menendez, Eduardo Sanchez (1 épisode)
Casting : DJ Cotrona (Seth Gecko), Zane Holtz (Richard Gecko) Eisa Gonzalez (Santanico Pandemonium), Jessie Garcia (Ranger Gonzalez), Robert Patrick (Jacob Fuller), Madison Davenport (Kate Fuller), Brandon Soo-Hoo (Scott Fuller), Wilmer Valderrama (Carlos)
Producteur : W. Mark McNair
Production : Miramax Films

La série tirée du film culte Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez a déjà été renouvelée par El Rey Network pour une saison 2.

Auteur de la critique : Mikaël Yung

Le Talentueux Mr Ripley, un film de Anthony Minghella : Critique

Le Talentueux Mr Ripley : Un thriller psychologique travaillé mais diablement long

Le Talentueux Mr Ripley est une nouvelle adaptation du livre de Patricia Highsmith (intitulé Monsieur Ripley), quarante ans après Plein Soleil (de René Clément, avec Alain Delon), orchestrée cette fois-ci par Anthony Minghella. Ce dernier livre ici son nouveau film, juste après avoir obtenu l’oscar pour Le Patient Anglais (qui remporta neuf récompenses dont Meilleur film et Meilleur réalisateur). Et avec un trio de choc : Matt Damon, Gwyneth Paltrow et Jude Law. Autant dire que cette nouvelle adaptation avait tout pour être une seconde réussite pour ce cinéaste. Cependant, Le talentueux Mr. Ripley n’a du se contenter que de six nominations (bien que « contenter » soit un bien faible mot). Pourquoi donc ? C’est ce que nous allons voir !

Dans les années 50, un jeune homme désargenté mais ambitieux du nom de Tom Ripley (Matt Damon) attire l’attention d’un milliardaire qui lui demande alors de partir pour l’Italie afin de ramener son fils Dickie (Jude Law), dépensier et frivole. Mais une fois sur place, Ripley découvre un monde entre farniente et boîte de jazz. Et y voit la possibilité d’entrer dans cet univers qui l’a toujours fait rêver, en devenant le meilleur ami de Dickie ainsi que de sa fiancée Marge (Gwyneth Paltrow). Mais Ripley est un homme qui ne fait que vivre dans le mensonge, en s’appropriant l’identité de diverses personnes. Alors, quand Dickie et son existence deviennent pour notre héros un modèle de vie idéal, Ripley se révèle être prêt à tout pour s’octroyer cette vie de rêve. Quitte à commettre l’irréparable !

Un casting cinq étoiles (qui compte également sur la présence de Cate Blanchett, Philip Seymour Hoffman, Jack Davenport et Philip Baker Hall), un cadre de rêve avec l’Italie (Rome, Venise, la Sicile…), une bande originale qui se balance entre jazz et Beethoven en passant par Bach, une mise en scène hypnotisante qui offre de somptueux plans frôlant aussi bien le mysticisme (une statue de la Vierge surgissant de l’eau), que la psychologie de pointe (Ripley filmé pendant quelques minutes par le biais d’un miroir), et un montage grandement travaillé (une séquence de meurtre dévoilée en « voix off » alors qu’autre chose est montré à l’écran)… Autant dire que Le talentueux Mr. Ripley avait tout pour être un nouveau chef-d’œuvre d’Anthony Minghella. Même si, par moment, le film affiche un côté tape-à-l’œil qui peut en énerver certains.

Mais surtout, le réalisateur, également scénariste, a transformé son drame en véritable thriller d’une grande complexité psychologique. Ceci se reflète aussi bien du côté du scénario (de part l’ambiguïté qui entoure le personnage de Ripley, que se soit son propre passé, sa véritable identité ou bien son orientation sexuelle), que de la mise en scène (encore une fois, les merveilleux plans proposés dans ce long-métrage). Ce qui permet au Talentueux Mr Ripley d’arborer un suspense haletant et ce jusqu’à la dernière seconde. Alors pourquoi avons-nous un sentiment de déception une fois le générique de fin entamé ?

Cela se résume au fait que la durée du film fasse 2h20. Non pas qu’un temps aussi conséquent soit un défaut à proprement parler. Mais pour Le talentueux Mr Ripley, il lui est grandement fatal. On ne peut éviter de penser qu’un tel film aurait pu être plus court et bien plus efficace. En effet, avec ses 2h20 au compteur, le long-métrage d’Anthony Minghella prend excessivement son temps à raconter son histoire. À tel point qu’il nous tarde de passer au meurtre principal du livre d’origine, qui arrive ici en plein milieu du film après une exaspérante introduction qui possède bien plus des airs de carte postale qu’autre chose. Qui, en plus de cela, a bien du mal à capter notre attention. Heureusement que la seconde partie du film rattrape le tout et arrive à mettre en valeur ses grandes qualités, que nous avions bien du mal à voir lors de sa première heure.

Oui, il est regrettable que Le talentueux Mr Ripley soit aussi long à se mettre en place et se montre même parfois ennuyeux, car nous tenions sans l’ombre d’un doute, un véritable bijou du thriller psychologique. L’ensemble reste cependant de très bonne facture. Mais il faut bien admettre que devant un tel résultat, un sentiment de frustration ne peut être évité…

Synopsis : Italie, fin des années cinquante. Le jeune Dickie Greenleaf mène la dolce vita grâce à la fortune de son père, en compagnie de Marge Sherwood. Plutôt irrité par son comportement irresponsable, Herbert Greenleaf, riche armateur, demande à Tom Ripley de ramener son fils en Amérique. Tom découvre un monde éblouissant, qu’il ne soupçonnait pas, et ira jusqu’au meurtre pour conserver cette vie de rêve.

Le Talentueux Mr Ripley : Extrait

Fiche technique – Le talentueux Mr. Ripley

Le talentueux Mr. Ripley (The Talented Mr. Ripley)
États-Unis – 1999
Réalisation : Anthony Minghella
Scénario : Anthony Minghella, d’après le roman Monsieur Ripley de Patricia Higsmith
Interprétation : Matt Damon (Tom Ripley), Gwyneth Paltrow (Marge Sherwood), Jude Law (Dickie Greenleaf), Cate Blanchett (Meredith Logue), Philip Seymour Hoffman (Freddie Miles), Jack Davenport (Peter Smith-Kingsley), James Reborn (Herbert Greenleaf), Sergio Rubini (l’inspecteur Roverini)…
Date de sortie : 8 mars 2000
Durée : 2h19
Genre : Drame, thriller
Image : John Seale
Décors : Roy Walker
Costumes : Gary Jones et Ann Roth
Montage : Walter Murch
Musique : Gabriel Yared
Productions : Miramax Films et Paramount Pictures
Distributeur : Miramax Films

Expendables 3 de Patrick Hugues : Critique du film

Expendables 3 : Un divertissement bourrin et décérébré

Synopsis : Barney, Christmas et le reste de l’équipe affrontent Conrad Stonebanks, qui fut autrefois le fondateur des Expendables avec Barney. Stonebanks devint par la suite un redoutable trafiquant d’armes, que Barney fut obligé d’abattre… Du moins, c’est ce qu’il croyait. Ayant échappé à la mort, Stonebanks a maintenant pour seul objectif d’éliminer l’équipe des Expendables. Mais Barney a d’autres plans… Il décide d’apporter du sang neuf à son unité spéciale et d’engager de nouveaux équipiers plus jeunes, plus vifs et plus calés en nouvelles technologies. Cette mission se révèle rapidement un choc des cultures et des générations, entre adeptes de la vieille école et experts high-tech. Les Expendables vont livrer leur bataille la plus explosive et la plus personnelle…

Et de 3 ! Stallone et tous ses amis repartent pour de nouvelles aventures. Simon West a laissé sa place à Patrick Hugues, réalisateur inconnu en France, seulement auteur d’un western Red Hill. Après un premier opus, beaucoup trop premier degré pour être totalement apprécié, le deuxième s’était plus libéré, rendant le film bien plus jouissif. Cependant, trop d’humour, tue l’humour et si le « Chuck Norris facts » reste une merveille, la plupart du temps le reste était lourdaud. Et c’est avec une optique de mixer les regards que sort ce troisième volet…

Commençant par l’évasion spectaculaire de Wesley Snipes, le film donne tout de suite le ton : l’équipe est en manque d’hommes, désavouée, quasi désespérée, mais continue malgré tout ses missions quasi suicidaires pour le gouvernement. Cependant, dans leur escapade, Barney Ross croise le regard de Conrad Stonebanks, le cofondateur des Expendables, étant passé « du côté obscur » (on ne plaisante pas, la réplique est présente), le temps pour ce dernier de blesser quasi mortellement César (Terry Crews). Barney s’en veutet décide de protéger les « anciens » pour laisser faire les « jeunes ».

Alors, par où devons nous commencer ? Point négatif, positif, très compliqué dans la mesure où le film oscille constamment entre le bon et le mauvais. D’ailleurs, le film en lui même est inégal et constitue le premier faux pas de la saga. Avec un casting quatre étoiles, on était en droit d’attendre beaucoup de ce film, d’autant que Sylvester Stallone l’avait d’écrit comme « Un « The Raid » à la sauce Expendables ». Le temps de stimuler l’attente du public après la hausse de qualité entre le premier et le dernier opus.

Concernant les points négatifs, le film au niveau technique est une véritable catastrophe filmique. Les effets spéciaux ont entre 10 et 15 ans de retard, entre les fonds verts ultra visibles lors de passage en voiture, les hélicoptères saccadés aux dimensions variantes et les plans d’ensemble d’archives des villes, pour un budget assez colossal de 90 millions de dollar, Expendables 3 fait clairement pâle figure face aux autres productions hollywoodiennes.

La mise en scène est clairement inexistante, le film a été réalisé par un homme sans talent, probablement un autre yes man à ajouter à la longue liste. Certes, Quentin Tarantino a déclaré que les scènes d’actions étaient les plus difficiles à tourner, mais quand on se retrouve avec des gros plans de visage pour des scènes de corps à corps, on est à la limite de l’incompétence. Mal filmer des scènes d’actions peut être destructeur pour lesdites scènes et peut atténuer leurs impacts. Heureusement, si la première partie est horrible, la deuxième est bien plus agréable. Et qu’en est-il de la référence à The Raid ? Le spectateur la retrouve dans la deuxième partie, avec un combat ultra efficace et plutôt bien foutu, mais ne vous attendez pas à grand chose.

Ainsi en découle un scénario dont les fils narratifs sont aussi énormes que les monstres de Godzilla, entre les je t’aime moi non plus des membres de l’équipe, ou le raisonnement totalement absurde de Stallone dans le film. Cependant, on s’en moque. Ce qui fait le but d’un film Expendables est le fait de se détendre entre potes et entre amis sans réfléchir. Alors, certes il faut vraiment arrêter de réfléchir, d’autant plus pour celui là, mais le divertissement est assuré et cela devient un produit étrangement regardable, qui se transforme en plaisir coupable plutôt qu’en film détestable.

La distribution fait le boulot et c’est ce qu’on attend d’un Expendables. Même si la tentative d’icônisation des nouvelles recrues est très étrange et entraîne un quasi mépris de celles ci, le plus gros problème demeure que certaines têtes sont véritablement sous exploitées, telles que Jet Li n’apparaissant que 5 minutes pour tirer à la tourelle, ou encore Mel Gibson devenu une armoire à glace pour le rôle, qui a le droit à un combat final indigne. Il y a aussi Schwarzenegger, drôle à chaque réplique, tel un The Rock, qui ne sert malheureusement à rien, dommage car de nouvelles têtes ont réussi leurs apparitions comme Antonio Banderas, hilarant et Snipes, pleins d’humour noir (sans mauvais jeu de mots).

Le fond du film, si on peut parler de fond, résulte en la passation de pouvoirs entre jeunes et vieux, entre les vieux débris et les jeunes pouces. Alors si le travail sur la retraite et le passage de relais est plutôt intéressant dans un film de ce genre, le fait que cette dite passation se fasse avec des jeunes sortis du berceau est plutôt étrange, d’autant que des personnes telles que Jason Statham ou Terry Crews ne sont pas si âgés que cela et il aurait mieux valu établir cette transition entre des adultes plus matures du style Christian Bale, Gérard Butler ou encore Channing Tatum.

Pour conclure, nous vous conseillons Expendables en tant que divertissement bourrin et décérébré : votre cerveau doit être vraiment déposé à l’entrée de la salle pour apprécier pleinement le second degré de ce film. Cependant, l’inégalité se joue au niveau d’une mise en scène clairement inexistante et d’une catastrophe technique, honteuse pour un film avec un tel budget. Si les résultats pour l’instant décevants le permettent, on espère un bien meilleur film et avec de nouvelles recrues, encore plus jouissives.

Fiche technique – Expandables 3

Expendables 3 (The Expendables 3)
États-Unis – 2014
Réalisation: Patrick Hughes
Scénario: Sylvester Stallone, Creighton Rothenberger, Katrin Benedikt d’après: les personnages de: Dave Callaham
Interprétation: Sylvester Stallone (Barney Ross), Jason Statham (Lee Christmas), Arnold Schwarzenegger (Trench), Harrison Ford (Max Drummer), Mel Gibson (Conrad Stonebanks), Antonio Banderas (Galgo), Jet Li (Yin Yang), Wesley Snipes (Doc)…
Date de sortie: 20 août 2014
Durée: 2h07
Genre: Aventure, Action
Image: Peter Menzies Jr
Décor: Daniel T. Dorrance
Costume: Lizz Wolf
Montage: Paul Harb, Sean Albertson
Musique: Brian Tyler
Production: Davis Films, Nu Image, Millennium Films
Distributeur: Metropolitan FilmExport

Auteur de la critique : Louis Verdoux

 

Doctor Who Saison 8 Episode 1: Deep Breath – Critique

Critique Doctor Who Saison 8: Deep Breath

Manque de souffle…

Après une longue attente (entrecoupée par la sortie d’un épisode spécial pour les 50 ans de la série) le seigneur du temps revient enfin sur les écrans un nouveau visage, celui de l’acteur Peter Capaldi (In the Loop, The Three Musketeers), qui succède à Matt Smith. Nouveau docteur, nouvelle ère, ce premier rendez vous est donc primordial pour prendre la tension d’une série qui commençait à perdre de sa superbe après une saison 7 un peu en dessous des premières heures de Moffat aux commande du Tardis. Pire que les daleks, les cybermens ou autres racailles de l’univers, le plus grand défi qui se présente au 13éme docteur au cours de cette 8éme saison, est de prouver qu’il en a encore dans le slip ! Et nous sommes de tout cœur avec lui.

On entre directement dans le feu de l’action avec un dinosaure (un T-rex qui plus est) égaré dans le Londres victorien, l’occasion de retrouver le trio sympathique d’enquêteurs, formé par Madame Vastra, Jenny et Strax. S’ensuit une conversation avec un inspecteur médusé devant le discours désinvolte de la femme lézard face au reptile géant jusqu’à ce que celui ci recrache… le Tardis. Moffat semble étonnamment ne pas prendre trop de risque, de peur qu’un changement trop radical fasse fuir même les fans de la première heure. On introduit donc doucement l’épisode avec un humour décalé qui fait la patte de la série, avant de révéler enfin ce que tout le monde attend (enfin ceux qui regardent quoi…) les premiers pas du nouveau Docteur.

On est alors surpris de découvrir un Peter Capaldi jouant… Matt Smith. Première déception de cet épisode. A peine sorti de sa boite bleue, on assiste à une logorrhée interminable d’élucubrations délirantes. Le docteur parle le dinosaure, lui dit qu’elle (c’est une femelle) est sexy, confond Strax et Clara (dont il à du mal à se rappeler le nom)… un débit de parole rapide, qui part dans tout les sens et donne véritablement l’impression de voir un vieux shnock imiter son prédécesseur. On attendait du nouveau et c’est un peu décevant, tant la transition ne semble pas véritablement marquée, à l’inverse des passages de flambeaux précédents qui marquaient vraiment leur différences (Eccleston/Tennant/Smith). Ce n’est que plus tard, au cours d’une conversation un peu violente avec un clochard, que l’on commencera véritablement à cerner l’ambiguïté de cette nouvelle interprétation qui s’annonce plus brutale et sombre qu’auparavant (quoique Eccleston avait quand même mit la barre assez haute dans ce registre). Toujours est il que cette nouvelle rencontre donne plutôt l’impression d’apercevoir le personnage en coup de vent. Il est difficile de comprendre véritablement ce que Capaldi peut apporter au rôle, tant il ne cesse d’être fuyant tout au long de l’épisode. Un changement de visage est toujours complexe à accepter mais pour cette fois, la pilule semble vraiment difficile à avaler. Si on ne doute pas du talent d’acteur de Peter Capaldi, il lui reste encore un peu de chemin à faire pour se faire accepter totalement.

Le reste de l’épisode quand à lui ne sort pas vraiment des sentiers battus. Pire encore, il ressasse. Steven Moffat, tout bon scénariste qu’il soit, a tout de même certains gimmicks qui tendent à se répéter aux fils des saisons. L’époque victorienne teintée d’une ambiance steampunk, une démesure dans l’intrigue qui fait office de cache misère (pourquoi un dinosaure finalement?) et le vieux truc du tic tac qui n’en est pas un, et qu’il avait déjà utilisé plusieurs fois auparavant dans The empty child et The girl in the Fireplace (dont il reprend les antagonistes), qui prend cette fois place dans un étrange restaurant « familial ». Redite d’autant plus frustrante que ces 2 épisodes auraient pu être considérés comme ses chef d’œuvre, tant ils pouvaient être terrifiants. Maintenant qu’on connaît le truc, difficile de frissonner. Pareil pour l’idée de retenir sa respiration faces aux robots qui rappelle trop le fameux clignement fatal des anges pleureurs, amorcé dans Blink, autre chef d’œuvre du même auteur, recyclé à outrance par la suite. Pour une mise en bouche, on était en droit d’attendre un peu plus de nouveautés. La réalisation de Ben Wheathley (A field in england) manque quand à elle un peu de punch, bien que l’on puisse noter qu’il est le premier dans la série à redonner au XIXéme siècle son coté crade et suintant, quand auparavant Londres paraissait étonnamment propre quelque soit l’époque…

Fort heureusement, quelques touches d’humours par le trio infernal Vastra/Jenny/Starx permettent de maintenir l’attention et surtout le personnage de Clara bénéficie enfin d’un développement digne de ce nom. On apprécie de la voir rejeter ce nouveau docteur qui ne ressemble plus à celui qu’elle appréciait. Alors que Rose Tyler (Billy Piper) semblait ne pas en faire un fromage, avoir une réaction plus logique, plus humaine (c’est pas tous les jours que votre meilleur ami change de tronche), son énervement est compréhensible et assez rafraîchissant. De plus ses interactions dans la maison de Vastra, avec Strax notamment, font finalement tout le sel d’un épisode qui s’étire sur une heure et quart et ne semble rien raconter de véritablement épique et se contente de lancer des pistes pour la suite (l’origine du visage, l’apparition d’un nouvel antagoniste…).

Doctor Who revient donc par la petite porte, sans faire vraiment de vague quand on attendait de grands changements. Espérons que la suite sera meilleure.

Fiche technique – Docteur Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-uni
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup… Durée : 50 minutes
Statut : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman…

Auteur de la critique : Vincent Baudart

 

 

Colt 45 de Fabrice du Weltz : Critique du film

Colt 45 avait tout pour devenir un polar de référence : un réalisateur talentueux, une distribution comportant des têtes d’affiche (Gérard Lanvin, Joey Starr, Alice Taglioni), des seconds rôles habitués au genre (Joe Prestia, Philippe Nahon), et un jeune acteur prometteur (Ymanol Perset). Pourtant, sa sortie s’est déroulée dans un anonymat pesant aboutissant à un échec commercial sans appel, le film terminant sa première semaine à moins de 100 000 entrées avant de disparaître quasi-entièrement des salles deux semaines après sa sortie.

Synopsis : Vincent Milès (Ymanol Perset) est un jeune armurier. Après avoir remporté le championnat du monde de course avec tir sur cible, il est très sollicité pour intégrer différents services de police d’élite. Problème, il préfère rester dans l’ombre. Sa rencontre avec Milo Cardena ({Joey Starr}) va l’entraîner dans les ténèbres.

« Régner en enfer »

Pourquoi la nouvelle œuvre de Fabrice Du Weltz s’est-elle retrouvée confinée à ce que l’on appelle une sortie technique ? Si le procédé de ne sortir un film que dans quelques salles pour des raisons contractuelles est courant pour une distribution de film américain, en particulier pour les comédies et les films d’horreur qui fonctionnent mieux en vidéo, il est très rare pour une production française. En effet, quel producteur pourrait ne pas croire à un projet qu’il a développé au point où il préfère tout perdre plutôt que de prendre le risque d’occasionner des frais supplémentaires en promotion et distribution ?

Nous ne connaissons pas les vraies raisons d’un tel incident industriel. Nous pouvons seulement affirmer que le tournage a eu lieu en 2012, et que sa sortie a été retardée plusieurs fois avant de sortir cet été sans que le réalisateur en ait été prévenu. Fabrice Du Weltz refuse d’en dire plus et préfère se concentrer sur la promotion de son nouveau film Alléluia, promettant toutefois de donner sa version des faits lors de la sortie dvd du film. On parle officieusement de problèmes avec Joey Starr et le producteur Thomas Langmann, de scènes retournées ou manquantes, ce qui expliquerait la très courte durée du film, une post synchronisation parfois hasardeuse, et une musique très présente, quitte à recouvrir certains dialogues.

Malgré ces conditions de production chaotique, le film existe, et même si cela heurte notre instinct de cinéphile, toute intervention de producteur n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Il nous faut donc parler non pas du Colt 45 qui aurait pu être, mais de celui que nous avons sous les yeux.

« Zwei Seelen wohnen, ach ! In meiner Brust ».

Ce vers du Faust de Goethe, que l’on peut traduire par : « deux âmes cohabitent, argh ! Dans ma poitrine », résume parfaitement la nature schizophrène de Colt 45.

Au premier abord, Colt 45 applique à la lettre les règles du néo-polar français édictées par Olivier Marchal : rivalités entre deux institutions policières, ici le service dirigé par Gérard Lanvin et celui dirigé par Simon Abkarian, tous deux servant de mentor au personnage principal ; dialogues inutilement vulgaires ou écrits de manière trop artificielle (la manière qu’à Joey Starr de dire « là, je te fais pas l’amour, je te baise carrément : tu les sens mes couilles ? », que l’on peut entendre dans la bande-annonce, intervient à un moment où la tension monte et où l’on sent que le piège se referme sur le héros. En cherchant le mot d’auteur, celle-ci retombe immédiatement ); virilité poussée jusqu’à l’absurde : on a le droit à la scène obligatoire des flics expérimentés sceptiques qui poussent le héros dans les casiers, en lui faisant bien comprendre qu’il ne peut que les gêner. Bizarrement, par la suite, ils seront bien heureux de le laisser prendre la tête pour tout ce qui est fusillade ; policiers qui se tournent vers des activités illégales : l’intrigue tourne autour de braquos organisés par des flics ou anciens flics ; la présence de Gérard Lanvin  (Les Lyonnais, 96 heures, mais aussi Secret défense ou Mesrine), le héros des années 80 refuse de passer la main, et joue toujours le même personnage de présence rassurante et virile qui fera tout pour protéger ses proches.

Ces clichés sont répétés de film en film depuis le succès de 36 Quai des Orfèvres, avec à chaque fois moins d’efficacité, donnant l’impression d’assister à des copies de plus en plus dégradées et qui ne suscitent plus l’intérêt. Ils sont d’autant plus critiquables, que le film est visuellement très soigné. La lumière est signée Benoît Debie, chef opérateur des précédents films de Du Weltz, mais aussi de ceux de Gaspard Noé, ou de Spring Breakers. Ici, les corps sont sculptés par les ombres, ou baignent dans une atmosphère froide et grise. Le contraste entre la banalité du fonds et le raffinement de la forme donnent une curieuse impression de gâchis, comme si le film était trop bien par rapport à ce qu’il devrait être.

Le deuxième abord est bien plus intéressant, en nous contant la descente aux enfers d’un homme qui a peur de sa propre nature. Si les films d’Olivier Marchal possédaient déjà cet aura dépressive, avec ses personnages de policiers poussés à bout par leur vie professionnelle et sentimentale, le mal chez Fabrice du Welz semble bien plus ancré dans l’essence même du personnage principal. La part d’ombre du héros s’exprime ici dans son exceptionnelle capacité au tir, qui semble intéresser tous ceux qui voudraient faire de lui une machine à tuer. Cette tentation de la mort devient de plus en plus forte au fur et à mesure qu’il tente de la contenir, pour terminer dans une débauche de violence sèche, où le héros va finir par « régner en enfer », pour reprendre une des répliques du film.

Le film impressionne alors par sa capacité à sacrifier les personnages secondaires sans même leur accorder un regard, parce qu’ils ont relâché leur attention une seconde de trop.

Mais là, encore, certains éléments nous empêchent de totalement adhérer à Colt 45. Il y a tout d’abord l’interprétation trop fade d’Ymanol Perset, qui ne laisse pas assez sentir le feu qui brûle sous son apparente timidité. Il y a ensuite une scène de fusillade trop symbolique placée au milieu, où le film, derrière la volonté de plonger le héros dans les flammes, se laisse aller à un spectaculaire qui tranche avec le reste. Il y a enfin que contrairement au modèle annoncé qu’était The Raid, les scènes d’actions ne sont pas assez longues pour exprimer la difficulté et la souffrance du héros. Leur rapidité d’exécution et leur apparente facilité nous font plutôt penser à un bon vieux Charles Bronson dans le rôle du justicier dans la ville, la purgeant sans cligner des yeux.

Il est difficile de savoir quel film avait en tête Fabrice du Weltz quand il  a commencé le tournage, mais on peut penser qu’il est assez éloigné de celui qui se présente à nous. Trop classique pour être un film d’auteur, trop sombre pour être un franc succès commercial, on comprend l’embarras dans lequel il a plongé ses distributeurs. Il s’agit pourtant malgré tout d’un film vif, aux partis pris parfois étonnants et qui tranchent avec un polar français qui se laisse parfois trop aller à sa routine. Avec une bonne promotion, il aurait pu représenter une alternative crédible à la production actuelle, et aurait même pu avec un peu de chance rembourser une bonne partie des frais engagés.

En l’état, il reste un objet un peu étrange, un « film malade » pour reprendre l’expression de François Truffaut, qui à défaut d’être un chef d’œuvre s’apprécie comme un polar italien de la fin des années 70, œuvres souvent mineures mais qui contenaient toujours quelques scènes suffisamment marquantes pour continuer à marquer les mémoires plusieurs décennies plus tard.

Fiche technique – Colt 45

Réalisateur : Fabrice Du Welz
Scénariste: Fabrice Du Welz, Fathi Beddiar
Acteurs : Jo Prestia, Gérard Lanvin, Simon Abkarian, Alice Taglioni, Philippe Nahon
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie : 06 août 2014
Durée : 1h25mn
Compositeur: Benjamin Shielden
Directeur De La Photographie: Benoît Debie

Auteur de la critique : Benjamin S.

Catacombes de John Erick Dowdle : Critique du film

Catacombes : Chronique monotone des abysses parisiens

Synopsis: Un réseau de sous terrains complexe et inextricable émaille sur des kilomètres le sous-sol de Paris: Les catacombes, la dernière demeure d’innombrables âmes. Lorsqu’une équipe d’explorateurs s’aventure au cœur d’une partie inconnue de ce labyrinthe d’ossements, ils percent avec effroi le secret de la véritable vocation de cette cité des morts. CATACOMBES est un voyage au cœur de la folie et de la terreur, qui extirpe des tréfonds de l’âme humaine nos démons les plus intimes, afin qu’ils reviennent nous hanter tous.

Après nous avoir psychologiquement retourné le mois dernier avec Mister Babadook de Jennifer Kent, les salles de cinéma françaises nous offrent un nouveau film d’épouvante (tout ce qu’il y a de plus tendance en ce moment), un film found-footage. En mai dernier, The Baby avait à nouveau lamentablement échoué pour tenter de donner un semblant de légitimité au found-footage. Bâclé, grotesque et sans une once d’originalité, le film sonnait la lassitude la plus totale du genre et cette manière de filmer trouve désormais de moins en moins d’adeptes. Mais il est encore possible de se tourner vers le Direct-To-Vidéo pour dénicher quelques bonnes pépites de genre, que ce soit Grave Encounters ou les deux volets V/H/S. L’annonce d’un film de genre sur les catacombes de Paris, qui plus est tourné dans la capitale française avait de quoi susciter une certaine curiosité. La promotion du film a d’ailleurs entièrement joué sur ce point, puisque l’affiche y montre la Tour Eiffel retournée sur un fond rouge, tandis qu’on ne nous la montrera jamais dans le film. Un cliché cinématographique en moins, mais pas sûr que cela ne sauve le film.

Un film d’épouvante tourné dans les catacombes parisiennes, n’est-ce-pas audacieux ? Pas vraiment. En 2007, un Direct-To-Vidéo déjà intitulé Catacombes était déjà sorti et voyait la chanteuse Pink (!!!) se faire trucider dans ces mêmes catacombes parisiennes. Avec le même concept que Hostel, le film n’a même pas bénéficié du soutien de son distributeur Lionsgate qui l’a directement proposé en DVD, prédisant les mauvaises critiques et l’échec financier en salles. Juste décision tant le film a été massacré par les rares critiques l’ayant vu.

Et pourtant, le film des frères Dowdle (John Erik le réalisateur, et Drew le scénariste) reprend deux trois idées de l’intrigue de ce Catacombes 2007, mais se montre un peu plus ambitieux (et généreux ?) et nous offre un récit à la croisée de Indiana Jones, le grotesque Chroniques de Tchernobyl et le film The Descent pour certaines séquences claustrophobes. De l’Indiana Jones ou plus vidéoludiquement, du Lara Croft, tant le personnage principal s’avère être une femme aventurière, forte et autoritaire prête à tout pour découvrir la pierre philosophale. Avouez qu’il y a là une vraie intrigue pour la plus célèbre des icônes du jeu vidéo. Pour innover par rapport au Catacombes de 2007 et rester dans l’air du temps, le réalisateur adapte son récit au format found-footage, ce principe de la caméra subjective qu’il emploie depuis maintenant quatre films (la réadaptation américaine de [REC], En Quarantaine, le huis-clos démoniaque d’ascenseur Devil et le plus apprécié des quatre, The Poughkeepsie Tapes). Un réalisateur qui joue entièrement sur le huit-clos, le format sale de l’image et qui en tire donc un budget littéralement insignifiant tant les moyens disposés à l’écran s’avère minimes.

Là où le film s’avère intéressant, c’est qu’il incorpore une vraie dimension d’exploration et d’aventure à son récit par le biais d’une quête pour la pierre philosophale. Il y a une vraie exploitation du sujet, qui ne tient pas la route sur le long mais qui s’avère suffisamment intéressante pour qu’on y croit au moins quatre-vingt-dix minutes. Catacombes a le mérite d’avoir été véritablement tourné dans les sous-sols parisiens et son authenticité tient la route tant le réalisateur se plaît à filmer ces petits détails qui nous montre bien que le tout se passe en France. Malheureusement, ce n’est pas ça qui fait l’essence d’un film et Catacombes retombe vite sur ses pattes. La faute à un manque cruel de rythme. La quête pour la pierre philosophale se dévoile à merveille sous nos yeux, mais quand est-ce qu’on est censé à minima s’effrayer ou sentir l’adrénaline monter ? Il faut attendre les vingt-trente dernières minutes pour voir la pression monter et l’intrigue se plier en quatre pour nous offrir un semblant d’effroi.

L’ensemble des séquences supposément effrayantes sont balancées à l’écran sans une once de subtilité, tout juste devine-t-on que le Royaume des Enfers dans laquelle se situe désormais l’intrigue permet de revivre des troubles psychologiques survenus dans le monde réel pour certains des explorateurs. Tout devient alors prévisible et le film ne devient plus qu’un long et interminable Grand-Huit, dont on attend impatiemment la fin. Fin qui par ailleurs semble tout-droit sortie d’un conte pour enfant.

A côté de ça, les acteurs se démènent pour que l’on croit à leurs jeux, à l’histoire, au film en général. Mais quand tant de clichés s’affichent à l’écran, même les acteurs ne peuvent plus rien pour sauver le film. Et c’est dommage car Perdita Weeks (The Invisible Woman avec Ralph Fiennes) et Ben Feldman (Cloverfield, Vendredi 13 (2009)) s’en sortent plutôt bien et certains seront ravis de voir un Frenchy à l’écran, Papillon interprété par François Civil (Fonzy, Elles, Une Pure Affaire).

Catacombes est donc un autre Direct-To-Vidéo qui n’aurait jamais dû trouver le chemin de nos salles, hormis l’aspect « I Love Paris » qui aurait pu satisfaire nos esprits chauvins. Il rejoint la longue liste des films found-footage foirés où se croisent Chroniques de Tchernobyl, les derniers Paranormal Activity ou le récent The Baby. Catacombes est juste un film plat, sans audace et sans intensité comme on en voit à la pelle dans les petites rubriques de Mad Movies. C’est tellement frustrant de voir des films présentés comme phénomènes bénéficiant d’une sortie en salles, alors que de véritables trouvailles de genre se battent pour exister. Heureusement qu’il reste les festivals pour tenter de frissonner un minimum, notamment celui de Strasbourg dont nous allons vous parler très prochainement.

Fiche Technique – Catacombes

Titre originale: As Above, So Below
U.S.A
Réalisation: John Erik Dowdle
Scénario: John Erik Dowdle et Drew Dowdle
Interprétation : Perdita Weeks (Scarlett), Ben Feldman (George), Edwin Hodge (Benji), François Civil (Papillon), Marion Lambert (Souxie), Ali Marhyar (Zed), Cosme Castro (La Taupe)
Genre: Epouvante-horreur
Durée: 1h33
Image: Leo Hinstin
Décor: Louise Marzaroli et Eric Viellerobe
Costume: Annie Bloom, Moïra Douguet et Floriane Gaudin
Montage: Elliot Greenberg
Musique: Keefus Ciancia
Producteur: Patrick Aiello, Drew Dowdle, Thomas Tull, Jashni, John Bernard, Daniel Chuba, Jamie Dixon et Alex Hedlund
Production: Legendary Pictures et Brothers Dowdle
Distributeur: Universal Pictures International France

Auteur de la critique : Kévin List

 

The Killing (US) – Saisons 1-4 : Critique de la série

The Killing est l’adaptation de la série danoise Forbrydelsen, écrite par Soren Sveistrup. Il devient ici producteur, laissant le soin à Veena Sud, de retranscrire l’atmosphère sombre de son œuvre originale. Durant 4 saisons, nous allons suivre les enquêtes et états d’âmes, du duo Sarah Linden (Mireille Enos) et Stephen Holder (Joel Kinnaman), dans la ville pluvieuse de Seattle.

Synopsis : Sarah Linden et Stephen Holder sont coéquipiers et inspecteurs à Seattle. Une ville froide et pluvieuse, ou ils vont enquêter sur divers crimes, tout en luttant contre leurs démons.

Le soleil ne brille jamais à Seattle

Sarah Linden ne vit que pour son travail. Les horreurs qu’elle affronte au quotidien, elle les garde en elle. Au point de mettre en péril son couple, tout comme sa relation avec son fils Jack (Liam James). Ses douleurs se lisent sur son visage. Elle est obsédée par ses enquêtes, par les victimes qu’elle croise. Elle semble en croisade contre le mal, qui contamine sa ville, et se voue corps et âme à la justice.

Stephen Holder est une sorte d’Eminem avec un insigne. Il est en lutte permanente contre son addiction pour la drogue, tout en étant manipulé par ses supérieurs. Un esprit faible, qui se semble se foutre de tout et surtout de lui-même. Sa relation avec Sarah Linden, va lui permettre d’évoluer, même si ses démons intérieurs ne sont jamais bien loin.

Le duo marche à merveille. Les deux protagonistes sont aussi sombres que leurs enquêtes et le climat de cette ville, qui est un personnage à part entière dans le déroulement de l’histoire.

La première enquête s’étale sur 2 saisons. Il s’agit du viol et meurtre de Rosie Larsen (Katie Findley), dont le corps a été retrouvé dans le coffre d’une voiture de campagne du conseiller municipal Darren Richmond (Billy Campbell), candidat à la mairie de Seattle. Nous allons découvrir les deux inspecteurs dans leur enquête, mais aussi les répercussions de cette perte au sein de sa famille, et les conséquences sur la campagne politique.

Rosie Larsen, fait penser à Laura Palmer dans Twin Peaks. Une jeune femme avec ses nombreuses zones d’ombre, qui n’est pas vraiment celle qu’elle prétendait être. Mais il en est de même de ses parents (Michelle Forbes et Brent Sexton). Le passé ressurgit face à ce meurtre et les pistes se multiplient… Les apparences sont trompeuses et l’on va nous mener, ou plutôt nous balader, dans toutes les directions. Les coupables sont nombreux. C’est un jeu de piste, ou nous sommes autant mis à contribution, que les deux inspecteurs. Cela ne se regarde pas, cela se vit. L’enquête ne se résout pas en un clin d’œil. Le fait qu’elle se passe durant deux saisons, démontre l’exigence demandée au spectateur (ce qui a failli coûter à la série une annulation à la fin de la saison 2). Ce n’est pas du CSI, les personnages ont une profondeur psychologique et leurs zones obscures, ne sont pas occultées.

Après avoir été sauvée par la Fox, par le biais de Netflix, une saison 3 démarre, tout comme une nouvelle enquête. Cette fois-ci, Veena Sud nous emmène à la rencontre de jeunes SDF vivant dans le centre-ville de Seattle. Des enfants sans repères, en quête d’identité, mais aussi plein de rêves, se retrouvant comme cible d’un tueur en série. Problème, celui-ci est censé être derrière les barreaux. C’est Tom Seward (Peter Sarsgaard), arrêté par Sarah Linden, des années auparavant. Il a avoué ses crimes, mais en se retrouvant dans le couloir de la mort, il décide de revenir sur ses aveux. Une course contre la montre s’engage pour les deux inspecteurs, qui doivent trouver le vrai coupable, avant que son exécution ait lieu. Mais dit-il vraiment la vérité ?

Comme lors de l’enquête précédente, on suit divers pistes, tout en découvrant davantage Stephen Holder, qui s’identifie à ses jeunes, étant lui-même issu de ce milieu. Il va s’attacher à Bullet (Bex Taylor-Klaus), une jeune fille amoureuse de son amie Lyric (Julia Sarah Stone), qui va disparaître, certainement victime de ce tueur qui erre dans les rues de Seattle au volant de son véhicule, ramassant ses victimes qui se prostituent pour un billet.

Elias Koetas complète un casting, toujours aussi impeccable dans ses choix, en endossant la tenue du commissaire Ed Skinner, qui va devenir l’amant de Sarah Linden, malgré son statut d’homme marié. Cette dernière continue de se détruire dans des relations sans avenir, tout en devenant de moins en moins présente pour son fils. Elle se refuse au bonheur. Le duo va continuer à lutter contre leurs démons, tout en tentant de trouver ce tueur et de sauver Tom Seward. Toujours aussi sombre et complexe, la série perpétue ce qui en fait son excellence, au cours de cette saison 3, tout aussi palpitante que les 2 précédentes.

Une nouvelle fois sauvée par Netflix, la saison 4 sera plus courte que les autres, avec seulement 6 épisodes. Toute la famille de Cameron Stanton (Tyler Ross) a été assassinée dans leur maison, lui-même est blessé à la tête. Il est entre la vie et la mort à l’hôpital. Sarah Linden et Stephen Holder se retrouvent au cœur de l’enquête, mais ils vont devoir composer avec Margaret O’Neal (Joan Allen), qui dirige l’école militaire, dans laquelle étudie Cameron Stanton. Mais comme souvent, la vie personnelle des inspecteurs vont perturber le cours des événements. L’enquête précédente, n’étant pas vraiment résolue selon l’inspecteur Carl Reddick (Gregg Henry), une paranoïa s’installe au sein du duo.

Nous sommes en terrain connu, la recette est éprouvée, elle fonctionne toujours aussi bien, même si des raccourcis sont pris, la faute à une saison trop courte, mais qui se conclut par un final étonnant, qui pourra surprendre et faire référence à une autre série exceptionnelle, True Detective.

Ce fût 4 saisons exceptionnelles. The Killing a permis et inspiré la création de nouvelles séries policières, aussi sombres, voire glauques. Mireille Enos et Joel Kinnaman sont parfaits et le cinéma ne s’est pas trompé en leur offrant divers rôles dans de grosses productions, comme Millenium et Robocop pour lui, Gangster Squad et World War Z pour elle.

Veena Sud a tenu le show sur ses jeunes épaules peu expérimentées avec succès, s’offrant même le luxe de diriger un épisode. Mieux encore, Jonathan Demme est à la réalisation du dernier épisode. Une nouvelle preuve de l’excellence de cette série, qui aura vécu une production compliquée, mais aura réussit à survivre et à nous offrir une fin exceptionnelle.

The Killing US – Trailer Saison 4

Fiche technique – The Killing :

The Killing – USA
Années : 2011 – 2014 (4 saisons – 44 épisodes)
Créatrice : Veena Sud
Réalisateurs : Ed Bianchi, Nicole Kassell, Phil Abraham, Daniel Attias, Keith Gordon, Agnieszka Holland, Lodge Kerrigan, Brad Anderson, Patty Jenkins, Jonathan Demme
Scénaristes : Dan Nowak, Dawn Prestwich, Nicole Yorkin, Eliza Clark, Jeremy Doner, Aaron Zelman, Wendy Riss, Soo Hugh, Nic Pizzolatto
Casting : Mireille Enos, Joel Kinnaman, Billy Campbell, Michelle Forbes, Brent Sexton, Kristin Lehman, Eric Ladin, Jamie Anne Allman, Liam James, Elias Koetas, Amy Seimetz, Bx Taylor-Klaus, Julia Sarah Stone, Max Fowler, Peter Sarsgaard, Annie Corley, Gregg Henry, Tyler Ross, Sterling Beaumon, Levi Meaden, Joan Allen, Jewel Staite, Patti Smith, Frances Fisher
Genre: Drame, Policier, Thriller
Producteurs : Veena Sud, Ron French, Nicole Yorkin, Dawn Prestwitch, Craig Forrest, Soren Sveistrup, Shana Fisher Huber, Ingolf Gabold, Kristen Campo, Mikkel Bondensen, Piv Bernth
Musique : Frans Bak
Productions : KMF Films, Fuse Entertainment, Fox Television Studios, The Killing Production
Distributeurs : AMC, FOX, FX, Netflix

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

Les Gardiens de la Galaxie, un film de James Gunn : Critique

Les Gardiens de la Galaxie : Un space-opera totalement décomplexé dans la lignée de Star Wars 

Synopsis: Peter Quill alias Star-Lord est un aventurier traqué pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le puissant Ronan, dont les agissements menacent l’univers tout entier. Lorsqu’il découvre le véritable pouvoir de ce globe et la menace qui pèse sur la galaxie, il conclut une alliance fragile avec quatre aliens disparates : Rocket, un raton laveur fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre, l’énigmatique Gamora, et Drax le Destructeur. En les ralliant à sa cause, il les convainc de livrer un ultime combat aussi désespéré soit-il pour sauver ce qui peut encore l’être …

Il fallait s’y attendre mais pourtant la nouvelle ne cesse d’étonner. A force de trop nombreuses productions ignominieuses et formatées se prenant au sérieux ; Iron Man 3, Thor 2 : Le Monde des Ténèbres, ou encore Captain America : Le Soldat de l’Hiver, ressassant le même concept qui mélange une débauche d’effets visuels et pyrotechniques inversement proportionnelle aux personnages et à l’intrigue et une dose d’humour la plupart du temps peu inspirée, la firme Marvel, pourtant maître dans le domaine de l’entertainment de masse faisait grise mine.

Fort d’une logique commerciale voulant sortir à cadence répétée (2 par an) des films symbolisant davantage une update qu’une manière d’étoffer la mythologie dans laquelle s’insère le héros, Marvel et notamment ses récentes productions apparaissaient ainsi comme des produits Apple à la mode ; à la fois fun mais terriblement désinvoltes.

Et face à la concurrence, certes moins prolifique, constituée par DC Comics et son très attendu Batman vs Superman, Marvel a choisi la carte de la surprise, en revenant aux bases du vrai blockbuster, un divertissement régressif et décomplexé, ponctué de beaux éclats de rire et qui ne cherche nullement à atteindre un seuil de crédibilité dans des relectures clichées événements géopolitiques modernes.

Pour concrétiser ce cynisme dixit Marvel aux doux airs de pragmatisme industriel, rien de tel que de proposer un nouveau héros, et Marvel, ne faisant jamais rien à moitié, n’en donne pas 1 mais 5, et en l’occurrence, une bande.

Cette bande, ce sont Les Gardiens de la Galaxie.

Tirés d’un obscur comic sorti en 1969 et qui selon la légende aurait été écrit pour le fun afin d’attester de la notoriété avérée de Marvel, Les Gardiens de la Galaxie, narre avec humour les pérégrinations dans une galaxie psychédélique d’un quintuor de mistfitstirés d’un mélange assez habile de Monstres et Compagnie et des Ailes de l’Enfer. Un raton-laveur déjanté, une meurtrière à la peau verte, une montagne de muscles rouge en quête de vengeance, un homme-arbre doué de la parole et un humain reconverti en mercenaire et biberonné aux mélodies des 70’s, forment cette équipe disparate, devant s’associer pour sauver la Galaxie d’une terrible menace, symbolisée par Ronan l’Accusateur.

Et grâce à une campagne de com aussi cool qu’agressive, faite de trailers décalés qui swinguent et pètent de partout sur fond de vieux hit old school (ooga chaka ooga chaka), Les Gardiens de la Galaxie, bien qu’inconnus du grand public à l’exception de quelques haters de la saga Star Wars, ont réussi à devenir les héros Marvel les plus attendus de l’année.

Une attente qui soulevait alors la question que tout le monde se posait : saurait-on trouver derrière la caméra une âme suffisamment décalée et ingénieuse pour parachever la vision déjantée revendiquée par cette dream-team de loosers dans les trailers ?

En choisissant James Gunn, réalisateur à la fois taré et trash auquel on doit Super, relecture un brin barré à la sauce quadragénaire de Kick Ass, Marvel se permet de répondre par l’affirmative tout en continuant dans la voie de donner la réalisation de ses productions à des réalisateurs assez inattendus (Shane Black, scénariste de l’Arme Fatale et réalisateur d’Iron Man 3, Joss Whedon, geek ultime aux manettes d’Avengers et de sa suite).

Space, sounds and fun

Après une scène d’ouverture évoquant aisément le trauma parental spielbergien vécu par le personnage principal, en l’occurrence Chris Pratt, le seul humain de la bande, et en le voyant l’instant d’après, se déhancher sur un hit groovy dans une grotte à la recherche de ce qui constituera le McGuffin du film, le ton est donné : les 2h qui suivront seront funs, jubilatoires et totalement décomplexées.

Et la suite du film lui donne entièrement raison tant Gunn, également coscénariste, prend un malin plaisir à donner à son film une ambiance collant parfaitement à la décomplexion de ses personnages. Troquant les musiques impériales de Star Wars (référence évidente vu le cadre de l’action) pour une BO ou les Jackson 5, The Runaways, Blue Suede, David Bowie se mêlent, le sérieux nécessaire au vu de la menace pour un humour qui fait mouche, Gunn parvient à installer sur son film une odeur de jouissance et de fun dont n’était plus affublée une production Marvel depuis Avengers.

Une aura grandement permise par ses personnages hauts en couleurs, et surtout tarés. Entre un raton-laveur roi de la gâchette, jouant l’évident side-kick humoristique, un homme-arbre ouvertement con puisqu’il ne sait pas prononcer autre chose que son prénom, un humain désireux d’être reconnu et prêt à tout pour sauver son walkman, et une montagne de muscles ne sachant pas discerner le second degré (source de répliques très connes), Gunn arrive à transposer son style avec panache, bien qu’il est regrettable de ne pas le voir asséner davantage de violences ou de propos osés (PG-13 oblige).

Un manque que celui-ci parvient pourtant à combler tant le fait de le voir s’engouffrer dans les poncifs du genre pour mieux les détourner après ; et feindre une critique ouverte au système des blockbusters au sein de son scénario est osé et pourtant réussi.

Balayant la traditionnelle idylle entre le personnage principal et son pendant féminin par un affrontement entre les deux et des répliques bien senties aux doux airs de punch-lines , donnant à voir un méchant au look clairement méchant, des personnages gauches, incertains, menteurs, manipulateurs, Gunn règle par le rire ce que tout le monde pense tout bas sur la cash machine hollywoodienne et s’en tire avec les honneurs, tant son sous-propos reste empli d’une finesse rare dans ce genre de production.

Reste que si ce trip cosmique est fun, fourmille de trouvailles visuelles, et rend ses lettres de noblesses à la définition même du blockbuster, celui-ci est affublé de quelques longueurs, conséquence directe de la mise en place de la cohésion du groupe. A la fois un atout, leur faible notoriété est ici un défaut,  au vu de quelques scènes peinant à faire démarrer l’ensemble.

Fiche Technique: Les Gardiens de la Galaxie

Les Gardiens de la Galaxie (Guardians of the Galaxy)
États-Unis – 2014
Réalisation: James Gunn
Scénario: James Gunn, Nicole Perlman d’après: les personnages de: Dan Abnett, Andy Lanning, éd. Marvel Comics
Interprétation: Chris Pratt (Peter Quill dit Star-Lord), Zoë Saldana (Gamora), Dave Bautista (Drax le Destructeur), Vin Diesel (voix de Groot), Bradley Cooper (voix de Rocket), Lee Pace (Ronan l’Accusateur), Michael Rooker (Yondu), Karen Gillan (Nebula), Djimon Hounsou (Korath), John C. Reilly (Rhomann Dey), Glenn Close (Nova Prime Rael), Benicio Del Toro (Taneleer Tivan le Collectionneur), Josh Brolin (voix de Thanos)…
Genre: Science-fiction, Action
Date de sortie: 13 août 2014
Durée: 2h01
Image: Ben Davis
Décor: Charles Wood
Costume: Alexandra Byrne
Montage: Fred Raskin, Craig Wood, Hughes Winborne
Musique: Tyler Bates
Producteur: Kevin Feige
Production: Marvel Studios
Distributeur: The Walt Disney Company France

Les Combattants, un film de Thomas Cailley : Critique

A l’instar de Camille Redouble en 2012 et Guillaume et les garçons, à table ! l’an passé, on sait bien que les comédies trouvent un bel écho à Cannes et peuvent potentiellement bénéficier d’un bouche-à-oreille positif du festival jusqu’à la sortie nationale. Ces films ont en plus la particularité d’être un long-métrage, révélant Noémie Lvovsky et Guillaume Gallienne en tant que réalisateur insoupçonné. C’est le cas de nouveau ici avec Les Combattants, le premier film de Thomas Cailley qui trouve le ton juste entre romance, humour et catastrophe. L’histoire robuste d’une fille pas comme les autres et d’un gars fleur bleue. Rencontre aussi improbable que touchante.

Synopsis: Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d’Arnaud s’annonce tranquille… Tranquille jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire. Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé ? C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux.

Poétique Néo Apocalypse

Thomas Cailley est un diplômé de la FEMIS en cursus scénario qui n’a que quelques films à son arc en tant que scénariste. C’est par le biais de son premier court-métrage Paris Shanghai – récompensé d’une dizaine de prix à travers l’Europe – que le réalisateur puise la confiance nécessaire pour s’atteler à un projet de long métrage. Trois ans plus tard, il est la révélation de la Quinzaine des Réalisateurs et Cannes applaudit le premier travail d’un réalisateur dans la lignée d’un cinéma générationnelle à la Céline Sciamma ou Rebecca Zlotowski. Il faut dire que le réalisateur n’a pas hésité à revendiquer son film comme étant un film de personnages. A ce compte, Kevin Azaïs et Adèle Haenel sont véritablement les stars du film, cette dernière étant une nouvelle fois la révélation du festival puisqu’elle participait également à un autre film sélectionné, L’Homme qu’on aimait trop d’André Téchiné. On avait déjà eu l’occasion – justement – de la voir en 2007 dans le troublant La Naissance des pieuvres de Céline Sciamma.

Reprenant avec son frère l’usine de charpenterie familiale après la mort de leur père, Arnaud (Kévin Azaïs) rencontre brutalement Madeleine (Adèle Haenel) sur une plage. Une sorte de premier contact détonnant (et mordant) qui l’amènera par la suite à aller chez elle pour la construction d’une cabane. Une rencontre improbable qui sonne comme le début d’un périple inconscient pour ce garçon un peu fleur bleue qui suivra cette nana jusqu’à une formation pour les para-commandos, persuadée que « la fin » arrive. Fille brute, jamais sur la réserve, au visage figé et impressionnante de physique, elle n’existe plus que pour la survie et son image est plus proche d’un Bears Grylls au féminin que d’une « pute sur la piste de danse ». Autant fasciné que déconcerté par cette fille pas comme les autres, Kévin Azaïs est un simplet qui prend la vie comme elle vient, fait des trucs « qui ne servent à rien », et ne sait pas vers quoi se projeter hormis à trente centimètres derrière sa cible. Les Combattants, c’est l’histoire de deux personnages qui sonne comme un film de génération, celle de deux jeunes qui ne savent pas vers où aller et fantasment sur une apocalypse pour donner un sens à leur vie. Très belle métaphore de la désorientation d’une jeunesse qui ne souhaite pas une vie toute tracée mais idéalise un changement majeur où ils pourront pleinement s’épanouir. Ce qui est amusant, c’est que les adultes s’inquiètent mais laissent faire car ils ne savent également pas comment apporter la solution à ces esprits fougueux mais déboussolés. Les Combattants est également un film sur l’amour, cet éphémère amour estival qui rend les garçons naïfs au point de suivre les filles sans réfléchir, jusqu’à effectuer une formation commando sans entraînement. Plus le film avance, et plus cette romance prend des proportions physiques, plus charnelles jusqu’à cette scène terriblement sensuelle où les regards se croisent, les corps s’effleurent et où les souffles se font vibrants, une scène coupée du monde qu’on croirait tirée de la Genèse.

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Mais Les Combattants, c’est aussi et surtout une comédie dans ce qu’elle a de plus absurde. Absurdité des situations, absurdités des dialogues, absurdités de la vie qui emmènent ces deux personnages dans des situations qui les dépassent et auxquelles ils réagissent avec une certaine naïveté. Thomas Cailley n’hésite pas à faire durer ces moments où les personnages ne savent plus quoi répondre, restent figés, le regard dans le vide, décontenancés de tout. Il est vrai qu’il n’y a rien de plus anormal que voir une fille emporter trois tuiles dans son sac à dos et plonger dans la piscine. Les dialogues sont fins et parfois tellement simplistes que ça en est drôle. « Tu fais quoi ? Rien ! Ça sert à quoi ? Rien » est une scène d’une telle candeur qu’elle en devient aussi contemplative qu’amusante. Les séquences lors du stage de commandos étant les plus drôles, car on y voit les attentes de jeunes qui s’attendent à vivre le rêve « à la Call Of Duty » ou dont l’unique objectif est de travailler dans la « télécommunication ».

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Dans sa seconde moitié, le film se fait davantage le récit d’une contemplation, d’un lieu unique isolé du monde où les deux tourtereaux vivront d’amour, d’eau fraîche et de renard. En dépit d’un rythme qui s’amenuise, Les Combattants devient fragile, physique, et surtout se dirige doucement vers une scène apocalypto-cauchemardesque. On croit presque voir un Take Shelter (Jeff Nichols, 2012) à la sauce française. Une scène onirique bouleversante qui nous donnerait à croire que le film bascule bel et bien dans le fantastique. Le ton aurait pu devenir sombre et défaitiste. Il est finalement contrebalancé par les événements de la vie. Cette scène apocalyptique n’est considérée comme telle, car elle se situe à notre niveau. C’est pour cela que le film fonctionne très bien car il se situe à la hauteur des personnages, jamais on ne les quitte. On ressent leurs frustrations, leurs joies, leurs peines, leurs peurs. On n’est rarement aussi proche de ces personnages.

Aidé par une musique d’électro envoûtante, Les Combattants est un beau film indépendant français, pur film de génération et de romance improbable. Le genre de film pour lequel Cannes ne pouvait pas rester insensible. Certaines longueurs joueront contre lui, le ton pourtant juste du film ne rassemblera pas autant les foules que ce qu’avait fait Guillaume Gallienne l’an passé. C’est un film qui trouvera cependant un bel écho, les plus cinéphiles répondront présent et salueront l’audace et la fraîcheur de ce réalisateur qui offre une comédie adolescente sensible, physique et terriblement romantique.

Fiche Technique: Les Combattants

Titre originale: Les Combattants
France
Réalisation: Thomas Cailley
Scénario: Thomas Cailley & Claude Le Pape
Interprétation : Adèle Haenel (Madeleine), Kévin Azaïs (Arnaud), William Lebghil (Xavier), Brigitte Roüan (Hélène Labrède), Antoine Laurent (Manu Labrède).
Genre: Comédie, romance
Durée: 1h38
Image: David Cailley
Décor: Paul Chapelle,
Costume: Arianne Daurat
Montage: Lilian Corbeille
Musique: Lionel Flairs, Benoît Rault, Philippe Deshaies
Producteur: Pierre Guyard, Christophe Rossignon, Philip Boëffard
Production: Nord Ouest Production
Distributeur: Haut et Court
Budget : 2 000 000 €
Festival: Prix SACD, Art Cinema Award et Label Europa Cinema à la Quinzaine des Réalisateurs 2014
Copyright:© Nord-Ouest Films et Julien Panié

 

Ordure ! (Filth) de Jon S. Baird : Critique du film

Adapté d’un roman d’Irvin Welsch à l’écriture du déjà bien barré Trainspotting, Jon S. Baird s’empare de ce récit pour livrer une œuvre complètement dingue, monstrueuse de sens et speed à souhait. Jon S. Baird n’est pas encore connu du monde audiovisuel si ce n’est qu’il a été associé à la production du film Hooligans (Lexi Alexander, 2006). Néanmoins son travail a déjà été repéré et il a déjà été engagé par Disney pour écrire un scénario encore tenu secret à l’heure actuelle. Le roman d’Irvin Welsh est intitulé chez nous « Une Ordure », et c’est exactement ce que Filth raconte, l’histoire d’un policier ordurier dont l’ambition est de décrocher la promotion de son service pour devenir détective. Et ce, quitte à créer des tensions ou mettre des bâtons dans les roues à ses collègues.

Synopsis: Le sergent-détective Bruce Robertson veut une promotion et son patron veut des résultats. Pas de problème pour Bruce. Quand un meurtre est perpétué, il prend le contrôle de la situation. Et quand il résoudra l’affaire, il gagnera la promotion. Mais la vie n’est pas aussi simple. Bruce est-il l’homme de la situation ? Les réponses vont être tragiques, hilarantes et outrageantes.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

La bête humaine

Dans ce sens, le film Ordure ! fait très dans le politiquement incorrect. Très tôt, en même temps que son désir d’accroître sur le plan professionnel, on apprend que Bruce a un mode de vie décadent où se croisent la drogue, les putes et les emmerdes. En attendant de retourner avec sa femme qui joue les aguicheuses espérant que son mari obtienne cette promotion, Bruce dévoile progressivement un lourd passif à travers de nombreuses hallucinations sommaires.

Jon S. Baird n’ose pas s’éloigner de la référence du genre qu’est le Trainspotting de Danny Boyle (1996). Le cinéaste reprend ainsi ces mêmes idées de mise en scène qui alternent les moments furax et les séquences figées. Là où il se démarque, c’est que sous ses airs de comédie sous acide, Filth est en fait un véritable drame, un drame dont le personnage principal est incapable d’affronter la réalité. En ce sens, la personnalité schizophrénique du héros est apporté avec soin et ne tombe jamais dans le grand-guignolesque. L’intrigue donne à croire que Bruce est devenu une pourriture à la suite d’un drame qui lui est arrivé, des hallucinations montrent à de nombreuses reprises un fantôme d’enfant et lui reflètent l’image d’un porc. La suite du récit pousse le propos plus loin et le spectateur est constamment malmené et se retrouve sans cesse dans l’interrogation. Derrière cette façade d’ordure, l’homme s’est inventé un semblant d’existence décadent où il s’acharne contre les pires vices de la société. Mais il retrouve une certaine forme d’humanité dans ces rencontres avec la femme d’un homme à qui il a essayé de sauver la vie. Comme si cela lui rappelait un souvenir. Ces séquences posées ralentissent le rythme d’un film qui ne s’arrête jamais.

La performance de James McCavoy est démente, apitoyante et tellement insensée qu’elle en est que plus fascinante. Il impose un air cruel et contrebalance avec quelques élans empathiques donnant l’impression d’un personnage totalement schizophrénique. Pas étonnant que l’acteur a été récompensé du Prix du Meilleur Acteur dans les cérémonies du British Independent Film Awards et du London Film Critics Circle Awards. A ses côtés, James McAvoy est secondé par le gratin de la comédie britannique, Jim Broadbent (psychologue barje) et Eddie Marsan (pleutre empathique,) et de la scène montante anglophone, Imogen Poots (touchante en relations humaines) et Jamie Bell (opportuniste complexé sexuellement). Un casting de haute volée pour un film qui n’en est que meilleur même si James McAvoy absorbe littéralement tout l’écran.

Le récit de d’Ordure ! (Filth) laisse place à un véritable trip décalé et trash dans sa première partie, porté à bout de bras par un James McAvoy en roue libre. Puis peu à peu, le ton du film se mue en un drame poignant autour de la perte, de la famille et de l’amitié. Point de pathos, mais un regard poignant sur un personnage dépressif, malade et irrécupérable. Un personnage qui pour faire face à ses démons se créer un personnage ordurier et devient par conséquent une victime de schizophrénie. Jon S. Bair se laisse aller à quelques fulgurances hallucinatoires comme en témoigne ces rencontres psychédéliques avec le psychologue de Bruce. Certains gros plans sur les visages imposants et déformés des protagonistes rappellent quelques délires sous acide de Las Vegas Parano (Terry Gilliam, 1998). L’ambiance de ce film reflète véritablement la mentalité déglinguée et désespérante -à base de masques effrayants, de couleurs agressives et de rupture de rythme- de ce personnage principal et s’effondre dans un dénouement surprenant et d’une noirceur insoupçonnable. En somme, c’est magnifiquement tragique.

Filth contient tout ce qui a fait le succès du Trainspotting de Danny Boyle même s’il n’en atteint pas le prodige de la mise en scène. Jon S. Baird ressasse cette mise en scène archi-découpée mais la combine allègrement avec de brusques ruptures de tons et de longs plans fixes. Il y a une véritable atmosphère borderline, des dialogues abrupts et très soignés, et de péripéties déjantées qui font tout le style de la patte d’Irvine Welsh. James McAvoy saura remporter l’adhésion de tous dans ce rôle à contre-courant qui fait de cette comédie douce-amère un spectacle décalé et délicieusement sombre.

Ordure ! (Filth) de Jon S. Baird : Extraits

Fiche technique – Ordures !

Pays: Royaume-Uni
Titre original: Filth
Date de sortie: 24 septembre 2014 – en DVD
Sortie Blu-Ray: 24 Septembre 2014
Année de production: 2012
Titre français; Ordure !
Réalisation: Jon S. Baird
Scénario: Jon S. Baird d »après Irvine Welsh
Distribution: James McAvoy (Bruce), Jamie Bell (Lennox), Joanne Froggatt (Mary), Imogen Poots (Drummond), Eddie Marsan (Bladesy), Shauna Macdonald (Carole), Shirley Henderson (Bunty) and Jim Broadbent (Dr. Rossi).
Genre: Comédie dramatique, thriller, policier
Durée: 01:37
Musique: Clint Mansell