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Critique : Draft Day, un film d’Ivan Reitman

Pauvre Kevin qui n’en finit pas de revenir, victime d’une carrière qui n’en finit pas de finir, dans l’attente d’un retour au premier plan qui semble une hypothèse de moins en moins probable. On avait cru à une résurrection (pas longtemps) avec Man Of Steel, mais le soufflé est vite retombé.

Synopsis : Le Draft Day est le jour où les joueurs de football américain sont à vendre lors d’une grande messe télévisuelle. Sonny Weaver Jr, directeur sportif des Browns de Cleveland, va devoir user de son influence malgré le manque de confiance qu’on lui accorde, pour bâtir, lors de cette soirée, l’équipe de rêve que mérite son club.

L’Éternel Revenant 

Kevin attend toujours le film qui signera son retour durable en tête d’affiche. Mais Draft Day vient allonger cette liste sans fin de films mineurs dans la carrière de l’acteur, film totalement incompréhensible si on ne fait pas quelques recherches, pour comprendre ce qu’est ce fameux Draft Day, filmé ici presque en temps réel par Ivan Reitman.

Le Draft Day pour les Nuls 

Dans le milieu du sport U.S., le Draft Day est une soirée annuelle ultra-médiatisée, très semblable au mercato footballistique. Durant cette soirée, chaque équipe du championnat N.F.L. (National Football League) choisit à son tour un joueur disponible, chaque joueur se voyant affecté une cote en fonction du tour auquel il a été choisi, et de sa place dans ce tour (par exemple, un joueur choisi en septième au quatrième tour aura une basse cote). De cette cote dépend son futur salaire. Kevin Costner joue un directeur sportif contesté, qui doit gérer le Draft Day dans l’ombre d’un paternel décédé quelques jours avant, avec sur les bras un président de club qui lui fait peu confiance, une mère qui vit mal la mort de son mari et une petite amie enceinte.

Les Has Been Anonymes 

Une vingtaine d’années plus tôt, un film d’Ivan Reitman avec Kevin Costner et Jennifer Garner aurait fait saliver. Aujourd’hui, ce casting ressemble surtout à une réunion de has been anonymes, qui n’attirent à eux que les nostalgiques. Même s’il a réalisé les deux premiers Ghostbusters et qu’il s’échine pour qu’un troisième puisse voir le jour, le dernier film de Reitman jusqu’ici était Sex Friends. Du côté de Kevin, son dernier film potable est l’Open Range qu’il avait lui-même réalisé, comme quoi… Jennifer Garner pour finir, avait trouvé son unique bon rôle avec Dallas Buyers Club. Alors, Draft Day pouvait faire saliver les ados mais ça, c’était avant…

Mauvais, mais pas tant que ça… 

Mais (parce-qu’il y en a un), tout n’est pas à jeter, car si le sujet ne sera pas très vendeur de notre côté de l’Atlantique, dès qu’on a assimilé les concepts du Draft Day, on assiste à une gigantesque partie de poker durant laquelle un directeur sportif va miser le budget de son club à l’instinct, pour former une équipe de football américain digne de ce nom. Et là, Kevin rentre parfaitement dans la peau de Sonny, rappelle que son beau début de carrière ne fut pas usurpé, et qu’il mériterait surement beaucoup mieux. En revanche, Jennifer Garner rentre parfaitement dans la peau d’une jolie fille qui montre à tout le monde qu’elle est jolie.

Ivan Reitman bricole 

Le bel effort vient d’Ivan Reitman lui-même, qui s’essaie à une mise en scène à part, par des découpages et superpositions d’images qui arrivent (parfois) à surprendre. Cet effort est à saluer de sa part, car même si ça ne prend pas toujours, on ressent un peu le réalisateur qui n’a jamais retrouvé le succès des années 80, qui ne comprend pas pourquoi et qui essaie de retrouver une crédibilité ! La réalisation est plutôt nerveuse, ne s’éternise pas sur l’introduction des personnages et parvient à nous faire sentir les enjeux d’un sujet très ancré dans la culture U.S. (le Draft Day) et dont on avait au départ rien à faire.

Pathétique, mais presque… 

Alors c’est vrai, Draft Day n’est pas, et de très loin, le meilleur film de 2014, mais qu’il est bon de voir Ivan Reitman vendre autre chose que du sexe, Jennifer Garner ne pas tenter de nous faire croire qu’elle est une actrice et Kevin, qui garde un tel capital sympathie chez les nostalgiques, n’être pas trop pathétique, dans un film pas trop pathétique. On espère qu’il renaîtra de ses cendres, qu’un bon génie un peu cinéaste tombera sur Un Monde Parfait, JFK ou encore Danse Avec Les Loups, et découvrira que Kevin ne plaisait pas qu’aux filles pour sa belle gueule, mais aussi aux garçons pour son grand talent…

Draft Day – Fiche Technique

Réalisateur : Ivan Reitman
Année : 2014
Sortie France: Prochainement
Scénario : Rajiv Joseph et Scott Rothman
Musique : John Debney
Pays : U.S.A.
Budget : 25 000 000 de dollars
Genre : Comédie dramatique
Durée : 109’
Casting : Kevin Costner, Jennifer Garner, Frank Langella, Tom Welling

Auteur : Freddy M.

Doctor Who saison 8 épisode 4 : Listen – Critique

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Doctor Who saison 8 « Listen »

Synopsis : Le Docteur a une nouvelle théorie sur ce qui se cache au coin de notre œil ou sous notre lit. Il recrute Clara, en plein marasme sentimental, pour l’aider à vérifier ses hypothèses.

Il est de retour…

Enfin le voilà ! Il aura fallu attendre ce quatrième épisode pour que le Docteur retrouve de sa superbe. Scénario malin qui s’amuse à balader le spectateur, interprétation parfaite, humour…tous les ingrédients qui faisaient le succès de la série sont enfin de retour.

Après nous avoir proposé des aventures assez peu spectaculaires, Moffat semble avoir repris du poil de la bête en revenant au sources de son style : le détournement. Comme il l’avait fait pour le Dr Jeckyll ou Sherlock Holmes, l’auteur reprend une figure connue de l’imaginaire collectif plus basique cette fois, le monstre sous le lit. Qui n’a jamais rêvé d’une présence invisible et menaçante sous son matelas ? Personne. Même le docteur se surprend à le faire, ce qui lui suffit pour supposer que cette chimère pourrait être une réalité. Il ne lui en faut pas plus pour commencer à faire des amalgames surprenants qui pourrait étoffer cette théorie : Pourquoi parlons nous à voix haute quand nous sommes seuls ? Pouvons nous être véritablement seuls ? Ou somme nous toujours observés par une entité invisible ? Beaucoup de questions étranges qui trouveront leurs réponse dans les entrailles du temps.

On pouvait pourtant craindre un énième recyclage tant le principe même de l’intrigue faisait beaucoup trop penser aux silences, les précédents antagonistes furtifs du seigneur du temps, en particulier à cause de la phrase « qu’y a t’il dans le coin de votre œil ? », encore un méchant invisible dont on sent la présence, qui expliquerait les absences que tout humain peut avoir dans sa vie, ces petits moments où l’on ne sait plus trop ce que l’on faisait à cet instant précis. De quoi supposer que Moffat serait sujet à une énorme panne d’inspiration. Fort heureusement, le bonhomme à gardé quelques tours dans son sac et arrive à nous piéger plus d’une fois grâce à un scénario à tiroirs qui ne cesse de surprendre. Aidé par une réalisation audacieuse et rythmée.

La grande force de « Listen », c’est de détourner le concept de la chasse au fantômes. Plus que des ectoplasmes sordide, c’est finalement une force invisible plus insidieuse qui poursuit nos personnages : la peur face à la solitude. Depuis ses débuts, le docteur est un personnage solitaire. Son obsession pour trouver des compagnons, semble être le seul remède qu’il ait trouvé pour lutter contre la folie. Séparé de son peuple depuis des siècles, il porte sa croix en ne révélant que peu de chose sur son passé, mais il n’est pas le seul. Clara semble petit à petit se lasser de son meilleur ami fuyant (peut être son seul ami d’ailleurs), elle cherche donc un autre confident en la personne de Danny Pink, son collège, mais lui aussi semble réticent à s’ouvrir aux autres, son passé de combattants semblant, à l’instar du docteur, lui peser un peu sur la conscience. Trois personnages qui se tournent autours mais éprouvent des difficultés à communiquer, à s’ouvrir aux autres.

Le Docteur ment tout le temps, Clara n’ose pas parler de ses aventures à Danny et lui même est assez susceptible quand à son ancienne vie, pareil pour son étrange alter ego du futur, Orson, perdu sur une planète abandonnée, sujet à la phobie du noir. Peu de personnages, mais une intrigue qui se complexifie au fil d’allée et retour dans le temps, devenant plutôt un voyage psychique qu’une véritable chasse au chimères. Reste tout de même quelques questions sans réponses, mais la révélation finale ne manque pas de culot avec Clara qui reprend enfin son rôle de « fille impossible », tandis que Danny se révèle beaucoup plus lié au docteur que les deux personnages (qui ne se connaissent pas encore) l’imaginent. Peter Capaldi montre alors enfin toute la puissance de son docteur : un jeune homme dans un corps vieux, hanté par des peurs enfantines. On laisse de coté le kitch et la science fiction tape à l’œil pour se recentrer sur les personnages et l’écriture, offrant à cette nouvelle saison une profondeur de bon aloi dont on redoutait qu’elle n’arrive jamais, et reconnectant parfaitement la série avec sa propre mythologie en révélant une facette du seigneur du temps qui n’avait jusque là jamais été explorée.

Malgré des débuts houleux, cette nouvelle saison semble cette fois être bien partie et on commence enfin à sentir la vague de changement que Moffat nous promettait depuis un moment déjà. « Listen » se fait déjà une place de choix dans la série, atteignant presque la qualité des meilleurs épisodes de la série tel « Blink ». Vivement la suite.

Fiche Technique : Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

Sex Tape, un film de Jake Kasdan : Critique

Synopsis: Jay et Annie s’aiment, mais dix ans de mariage et deux enfants ont un peu érodé leur passion. Pour ranimer la flamme, ils décident de filmer leurs ébats lors d’une séance épique. L’idée semble bonne… jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que la vidéo a été envoyée par erreur à tout leur entourage, familial et professionnel ! Pris de panique, ils sont prêts à tout pour faire disparaître le film à scandale chez chacun des destinataires. Ils jouent leur réputation, leur carrière, leur mariage et leur santé mentale…

One night in Cameron

Publicité et cinéma ont toujours fait bon ménage. Le placement de produit est un moyen pour une marque de se montrer, tandis que certains films n’hésitent pas à vendre leur image pour augmenter la visibilité d’un produit. Si certains n’hésitent pas à en abuser (Michael Bay et ses Transformers en est un excellent exemple), un nouveau phénomène plus inquiétant encore est en train d’émerger. Certaines campagnes de promotion commencent de plus en plus à ressembler à des production cinématographiques (on pense à la dernière pub Shalimar), tandis que certains films deviennent des publicités de 1h30.

Mangez de la pomme

Cela avait été reproché récemment au duo Owen Wilson/Vince Vaughn avec Les Stagiaires, qui vantait les mérites d’un site de recherche, jusque dans l’affiche. La même chose peut être dite de Sex Tape, dont le pitch semble sorti tout droit d’une réunion marketing d’Apple. Jake Kasdan, le réalisateur, semble en être conscient, tant certains plans pourraient servir de publicité à la marque à la pomme.

S’il tente désespérément de désamorcer cette invasion putassière par le filtre de l’humour, il échoue lamentablement et ne fait que renforcer la sensation qu’il n’est qu’un jouet aux mains des décideurs. D’autant que son film manque cruellement d’âme. La réalisation est parfois singulièrement maladroite, et aucune scène ne se distingue durant ses quatre-vingt-dix minutes de placement de produits sans subtilité. Autre grand absent, l’humour mordant et provocateur que le spectateur pouvait être en droit d’attendre.

Bad Writer

Pas ou peu de blagues sortent des sentiers battus, la plupart des moments vraiment drôles sont de toute façon dans la bande-annonce, et de longs couloirs de dialogues nuisent au rythme du récit. Le scénario est par ailleurs plutôt mal fagoté, et les rebondissements forcés s’enchaînent pour tenter de donner un peu de punch à un récit qui se traîne en longueur. Après vingt minutes plutôt prometteuses, le film s’essouffle terriblement, et on a plus souvent l’impression d’assister à une succession de sketchs qu’à un ensemble cohérent.

Jason Segel et Cameron Diaz, qui retrouvent Kasdan après Bad Teacher, font de leur mieux dans cette comédie qui n’en est pas vraiment une. Leur alchimie est évidente, le premier jouant dans son registre habituel, tandis que la seconde prouve qu’elle n’a rien perdu de son physique avantageux. Mais l’écriture des personnages ne joue pas en leur faveur et, malgré tous leurs efforts, ils peinent à les rendre sympathiques.

Sans être foncièrement déplaisante, cette comédie est loin de remplir toutes ses promesses, et ressemble bien trop à une publicité pour Apple. Malgré quelques bonnes idées, Sex Tape s’essouffle bien trop vite, n’allant pas vraiment au bout de son concept, et pâtissant d’une fin à la fois trop longue et trop brusque pour être convaincante. Dommage.

Fiche Technique – Sex Tape

USA – 2014
Réalisateur : Jake Kasdan
Scénario : Kate Angelo, Jason Segel, Nicholas Stoller
Distribution : Cameron Diaz (Annie), Jason Segel (Jay), Rob Corddry (Robbie), Ellie Kemper (Tess), Rob Lowe (Hank)
Genre : Comédie
Directeur de la photographie : Tim Suhrstedt
Compositeur : Michael Andrews
Monteur : Tara Timpone
Producteurs : Todd Black, Jason Blumenthal, Steve Tisch
Production : Escape Artists, Sony Pictures Entertainment
Distribution : Sony Pictures Releasing

Auteur de l’article Mikael Yung

Critique : Gloria, un film de Sebastien Lelio

Portrait d’une Glorieuse “Gloria

Synopsis: À 58 ans, Gloria se sent toujours jeune. Célibataire, elle fait de sa solitude une fête et passe ses nuits dans les dancings de Santiago. Quand elle rencontre Rodolfo, tout change. Elle tombe amoureuse et s’abandonne totalement à leur passion tumultueuse. Traversée tour à tour par l’espoir et les désillusions, ce qui pourrait la faire sombrer va au contraire lui permettre d’ouvrir un nouveau chapitre de sa vie.

Nouveau venu dans le paysage du cinéma latino-américain en vogue depuis une dizaine d’années, le Chilien Sebastien Lelio ne débute pas dans la facilité. Il choisit en effet de traiter l’histoire d’une quinquagénaire au seuil d’un tournant important de sa vie dont les choix à venir vont jouer un rôle déterminant pour son futur. Veuve et solitaire, Gloria navigue entre un travail prenant qu’on imagine peu gratifiant et des virées nocturnes essentielles pour son bien être. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance d’un homme qui prendra une importance considérable dans sa nouvelle vie. Que peut on espérer à cet âge la ? Comment vit on ce moment charnière de notre existence ? Comment s’accepter avec ses faiblesses, ses craintes de ne plus être aussi désirables et mobiles qu’avant, surtout pour une femme ? Quel bilan tire t’on de tout ce vécu ? Ce sont ces questionnements qui intéressent ici le réalisateur.

Portrait subtil et touchant d’une femme qui n’espérait plus grand chose avant cette rencontre, le film nous emmène dans son sillage. A travers son parcours, est abordé le rôle de ces nouvelles familles recomposées et la place qu’occupent les personnes âgées dans notre société moderne. L’amour, la sexualité, la dépendance, l’isolement, l’envie d’une autre vie sont des préoccupations qui demeurent éternelles. Elles prennent d’autant plus sens que leurs priorités changent, que leurs besoins ne sont plus les mêmes. Gloria,sous ses airs résignés, est en réalité une battante qui veut croire qu’un autre chemin est possible. Elle saisit cette nouvelle opportunité qui lui est donnée pour se relancer. Une scène la montre faire face avec défiance à un squelette animé par un marionnettiste. Ne pas laisser la mort (physique et mentale) prendre le pas sur le besoin impérial de vie, tel est son combat permanent. Cet espoir finalement déçu n’est qu’une péripétie choisie volontairement par le metteur en scène. C’est un signal qu’il lui lance pour lui faire prendre pleinement conscience que son renouveau doit d’abord être une volonté personnelle, que l’aide extérieure n’est possible et bénéfique que si l’on est en paix avec soi même. Le symbole en est les séquences d’ouverture et de fermeture du film, son corps en mouvement étant totalement libérée car guidé par son seul désir d’être en harmonie avec la foule qui l’entoure et le plaisir évident qu’elle prend à danser.

Si le long-métrage, Gloria, épouse parfaitement cette trajectoire indécise à l’allure psychologique, il n’en oublie pas pour autant son ancrage social. L’histoire se déroule au moment des manifestations étudiantes de 2012 contre la vie trop chère et la corruption du gouvernement. L’élection de la socialiste Michelle Bachelet est imminente et il y est fait plusieurs fois référence au passé dictatorial du Chili sous Pinochet. Si la première partie est parfaitement construite et nous laisse entrevoir avec beaucoup de tact et de minutie cette personnalité complexe et attachante,la suite est malheureusement plus maladroite. Ne sachant plus comment trouver la bonne distance entre empathie et condescendance, Lelio nous abandonne dans une sorte de léthargie difficilement compatible avec ce qu’il nous avait été donnés de voir auparavant. Le charme est alors en partie rompu, mais l’actrice réussit dans ces moments la à rattraper les faiblesses par son jeu sobre et émouvant. C’est grâce à elle que notre attention demeure toujours en éveil et que nous restons captivés et que nous restons captivés jusqu’au bout par ce parcours singulier. Son prix de la meilleure actrice au Festival de Berlin l’an dernier est entièrement mérité et le film lui doit beaucoup.

Fiche Technique: Gloria

Réalisation : Sebastián Lelio
Scénario : Sebastián Lelio et Gonzalo Maza
Casting: Paulina García : Gloria Cumplido, Sergio Hernández : Rodolfo Fernández, Diego Fontecilla : Pedro, Fabiola Zamora : Ana, Alejandro Goic : Daniel, Coca Guazzini : Luz
Photographie : Benjamín Echazarreta
Montage : Sebastián Lelio et Soledad Salfate
Durée : 110 minutes
Dates de sortie : 10 Février 2013 (Festival de Berlin)
Chili 9 Mai 2013
Festival du film de La Rochelle : 2 juillet 2013
France (salles) 19 Février 2014

Distinctions : Festival international du film de Berlin 2013 : Ours d’argent de la meilleure actrice pour Paulina García; Prix du jury œcuménique
Festival international du film de Hawaii 2013 : meilleure actrice pour Paulina García
Sélectionné pour la 86e cérémonie des Oscars catégorie meilleur film étranger

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Doctor Who saison 8 épisode 3 : Robots of Sherwood- Critique

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Doctor Who saison 8 « Robots of Sherwood »

Synopsis :Clara demande au Docteur de lui permettre de faire la connaissance de Robin des Bois. Le Docteur lui fait remarquer que Robin des Bois n’est pas un personnage réel, mais un héros du folklore ; cependant, c’est quand même lui, à la stupéfaction du Docteur, qu’ils rencontrent dans la forêt de Sherwood.

Le recyclage ne sauve pas toujours la forêt…

Après deux premiers épisodes menés par Moffat dans une veine plus sombre, « Robots of Sherwood » siqne le retour de Mark Gatiss, son collègue de Sherlock, au scénario. Un épisode qui s’annonçait plus léger et plus fun, une façon pour la série de renouer avec ses origines : voyage dans le passé, élément de science fiction et rencontre d’une figure connue, avec cette fois l’apparition d’un personnage plus légendaire qu’historique, Robin des bois. Malheureusement, si le ton volontairement désuet de l’ensemble reste charmant, cet épisode souffre une fois encore d’un manque d’ambitions scénaristique.

La première apparition du brigand au grand cœur annonce la couleur : « Robots of Sherwood » assume la légende et ne cherche pas le réalisme. On est beaucoup plus proche de la vision d’Eroll Flynn que de celle de Ridley Scott. Costume vert, éclats de rires en toutes occasions, belle barbiche blonde… Tom Riley incarne un Robin qui assume complètement la caricature. L’intrigue autour de cette rencontre sera donc logiquement plus enfantine (en témoigne un duel à la petite cuillère). Sauf que le premier couac survient assez rapidement lors d’une scène de pillage par le vil shérif de Nottingham. Le ton se fait subitement plus sombre, plus glauque, en totale opposition avec les séquences accompagnant Robin et le Docteur; on perd alors en un instant ce qui faisait le charme premier de cette épisode : l’esprit d’aventure. Difficile après de se remettre dedans, d’autant que la suite de l’intrigue manquera un peu de surprise. On découvre rapidement que des méchants robots aliens sont derrière toute cette mascarade (le titre nous l’avait déjà indiqué) et que le but de tout ceci est d’accumuler de l’or pour réparer leur vaisseau en panne. Autrement dit la même histoire que « Deep Breath » (08×1), mais aussi que « The lodger » (05×11), « The fires of Pompeii » (04×2)… en gros une trame déjà vue et revue dans la série, et qui ne surprend plus. Pire encore, on se sent irrité que l’auteur nous resserve cette même recette un peu simpliste, surtout quand celui ci s’appelle Mark Gatiss et qu’il fut capable de composer des intrigues qui pouvait êtres à la fois drôles, terrifiantes, intelligentes et originales (The Crimson Horror ou The God Complex). On aurait été en droit d’espérer un peu plus d’une telle figure de la télévision britannique.

Pour le reste, le combat de coq entre le docteur et le hors la loi reste dans les sentiers battus. Conflits d’ego, doutes, vannes idiotes… qui culmine lors de la scène du cachot où Clara leur fait remarquer qu’avec leurs disputes, les 2 justiciers n’ont même pas remarqué l’absence de gardes derrière la porte. Une touche d’humour qui aurait eu toute sa place et aurait surpris si elle n’avait déjà été utilisé dans « The Day of the doctor » (spécial 50 ans). C’est tout le problème de cette aventure, si l’ensemble est agréable, elle ne surprend jamais, la faute à un recyclage intensif des codes de la série sans véritablement chercher à repousser les limites (il y a même encore un personnage qui veut épouser Clara…).

La seule touche d’originalité viendra, de façon surprenante, du personnage du Shérif. Cruel et manipulateur comme dans la légende, Gatiss ajoute au personnage un étonnant manque d’ambition (en accord avec sa vision du monde à l’époque) qui se révèle être une source intarissable d’humour. Le voir annoncer ses future conquête des villes voisines avec fierté à quelque chose de risible mais à la fois touchant (« D’abord Nottingham puis… Derby et ensuite… Lincoln et après… LE MOOOONDE! »), quoique l’on peut aussi se poser la question s’il se moque de son interlocuteur. Le voir également marquer sur une carte ses futures possessions comme un gamin à noël (« A moi…A moi…A moi aussi… ») donne étonnamment le sourire. Cet antagoniste se révèle alors plus complexe qu’attendu. A la fois intelligent et courageux mais avec un petit coté infantile, une sorte de jumeau maléfique de Robin (et aussi un peu du docteur), peut être le premier méchant véritablement réussi de cette nouvelle saison.

Épisode un peu à part, avec très peu de référence à la continuité de la série, « Robot of Sherwood » est plaisant mais il lui manque un peu d’originalité et surtout un vrai souffle épique (les joyeux compagnons sont étonnamment laissés de coté…). Il serait peut être temps pour Moffat et sa bande, de mettre la main à la pâte. Si le recyclage sauve les arbres, ce serait une bonne idée de planter de nouvelles graines…

Fiche Technique: Doctor Who Saison 8

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

The Leftovers, saison 1 : critique de la série

The Leftovers est une série à part. Sous couvert d »un événement fantastique, elle étudie le comportement des habitants d’une ville américaine, qui ne peut faire le deuil de ses disparus.

Synopsis : Le 14 octobre, 2% des êtres humains disparaissent de la surface de la terre, sans la moindre explication. Trois ans plus tard, on se retrouve dans la ville de Mapleton aux États-Unis. La vie a repris son cours, mais personne n’a oublié ce drame. Une cérémonie de commémoration va être donner en l’honneur des disparus. Mais la population et une secte vont s’affronter lors de cet événement, malgré les mesures de sécurité prises par le Shérif Kevin Garvey.

A nos chers disparus

Elle se concentre sur le shérif Kevin Garvey (Justin Theroux), qui n’a pourtant perdu personne lors de ce fameux 14 octobre. Les membres de sa famille sont toujours sur terre, mais dans un sens, ils ne sont plus vraiment là. Sa femme Laurie (Amy Brenneman) est entrée dans une secte dirigée par Patti Levin (Ann Dowd), les « Guilty Remnant », venue s’installer dans leur ville et a fait vœu de silence. Son fils Tom  (Chris Zylka) a intégré une autre secte en dehors de la ville, sous le joug du gourou Wayne Gilchrest (Paterson Joseph). Sa fille Jill (Margaret Qualley) vit encore avec lui, mais leurs rapports sont distants. Enfin, son père Kevin Garvey Sr (Scott Glenn), devenu fou après les disparitions, est enfermé dans un centre psychiatrique.

D’autres personnages ont leur importance, comme Nora Durst (Carrie Coon). Elle est la seule à avoir perdu toute sa famille : son mari et ses deux enfants. Un épisode lui est entièrement consacré, comme pour le prêtre Matt Jamison (Christopher Eccleston). Meg Abbot (Liv Tyler) est une femme dépressive, harcelée par la secte de Patti Levin ou tout ses membre sont vêtus de blanc, muets et fument en permanence. A un moment ou un autre, toutes ses personnes vont se croiser ou se lier, dans cette ville, pour une bonne ou une mauvaise raison.

La série, The Leftlovers commence par  les disparitions, nous mettant directement au cœur de l’histoire. Un départ brusque et rapide, qui se ralentit fortement 3 ans plus tard. Elle devient contemplative et prend le temps de nous présenter les différents protagonistes. Mais une question prédomine dès le début : que sont devenus les disparus ? Elle est légitime, vu que c’est le point de départ. Sauf que la série ne parle pas de cela, elle préfère observer les conséquences de ce drame. Une direction qui peut déboussoler. On s’attend à une série fantastique et on se retrouve face à un drame.

Mais la série reste ambiguë, en laissant planer un soupçon de surnaturel, ou du moins, nous le laisse croire.  Au travers des disparitions, elle aborde des sujets sensibles. Comme le deuil et l’impossibilité de le faire, en l’absence des corps. Cette douleur sourde qui sommeille en chacun des habitants, victimes de ce phénomène inexpliqué, est exacerbé par la présence des Guilty Remnant. Le rythme lent qu’instaure la série est en relation avec l’état dépressif de la plupart des personnages. Elle n’est mise à mal, que par une violence aussi inattendue que brève, nous sortant de l’état comateux, dans lequel, elle nous a plongé. Cela lui confère un impact plus puissant, au point de nous mettre mal à l’aise.

Mais le temps semble long et souvent ennuyeux, au fil des épisodes. De plus, le discours sous-jacent religieux, accentué par le générique, rend le propos ambigu. C’est bien ça le problème de la série, elle ne veut pas se définir, aussi bien dans le genre, que dans le ton. Elle se contredit en permanence, en ne gardant qu’un seul fait concret : les 2% d’êtres humains disparus. Même le shérif Kevin Garvey, a de multiples facettes. Celle que l’on nous présente en père célibataire, puis au travers de son père et enfin par le biais de flash-back. Le choix narratif est intéressant, les apparences sont souvent trompeuses et d’autres drames existent en dehors du point de départ. Mais la forme laisse à désirer.

Malgré des moments forts, comme l’épisode centré sur Nora Durst, il faudra attendre le dernier épisode pour que la série révèle sa force. Ce final est éblouissant et émotionnellement puissant, mais il ne fait pas oublier le long chemin pour parvenir à cette réussite. The Leftovers est une série à part, elle demande de la patience et sort des sentiers battus, ce n’est pas un hasard si elle est diffusé sur HBO, un gage de qualité et d’exigence.

Le casting n’est pas vraiment réussi. Justin Theroux met du temps à s’imposer, mais il a la carrure pour tenir le premier rôle. Christopher Eccleston est parfait dans le rôle du prêtre. Carrie Coon, l’est tout autant et ce n’est pas un hasard si ces deux derniers ont deux épisodes qui leurs sont entièrement dédiés. Le problème vient surtout des rôles muets, ils demandent une plus grande exigence, vu que nous sommes focalisés sur leurs visages et non, sur leurs mots. Amy Brenneman rivalise avec Liv Tyler, pour savoir qui sera la plus insupportable visuellement parlant. Ann Dowd les bat haut la main, mais c’est son rôle qui veut cela, certes elle est agaçante, mais elle a une bonne excuse, au contraire des deux autres. Margaret Qualley est une adolescente tout aussi crispante, que sa mère Amy Brenneman, alors que son frère Chris Zylka se faisant plus discret, n’interfère pas dans l’appréciation de la série. Scott Glenn se fait lui aussi rare, mais il campe un rôle important avec maestria. Un casting plus efficace, moins fade, aurait été d’une grande aide pour mieux supporter la longueur des épisodes. Il en va de même pour la réalisation. Certes les plans sont souvent magnifiques, mais son osmose avec le ton de la série, la rend soporifique.

The Leftovers a une qualité, elle ne laisse pas indifférent. On la qualifie soit de chef d’oeuvre, soit d’un ennui mortel. Tout dépend de la sensibilité de chacun. Elle a ses qualités et ses défauts. Ce fût difficile d’aller jusqu’au bout, mais le final rassure quand à son potentiel et aux émotions qu’elle peut procurer. Une saison 2 est annoncée, c’est à ce moment-là, que l’on pourra vraiment juger de son niveau.

Fiche technique: The Leftovers

USA – 2014
Créateurs :Damon Lindelof et Tom Perrotta
Réalisateurs : Peter Berg, Keith Gordon, Carl Franklin, Lesli Linka Glatter, Mimi Leder, Michelle MacLaren et Daniel Sackheim
Scénaristes : Damon Lindelof, Tom Perrotta, Kath Lingenfelter, Curtis Gwinn, Jacqueline Hoyt, Carlito Rodriguez et Elizabeth Peterson
Casting : Justin Theroux, Amy Brenneman, Christopher Eccleston, Liv Tyler, Chris Zylka, Margaret Qualley, Carrie Coon, Emily Meade, Amanda Warren, Ann Dowd, Michael Gaston, Annie Q et Scott Glenn
Chaîne de diffusion : HBO
Saison : 1
Nombre d’épisodes : 10 de 58 minutes
Producteurs : Damon Lindelof, Tom Perrotta, Ron Yerxa et Albert Berger
Productions : Warner Bros Television

Auteur de l’article Freddy M.

True Detective, saison 1 : Critique de la série

True Detective, saison 1 : Un thriller glaçant et Nietzschien

True Detective, aux États-Unis, c’est un magazine relatant faits divers sordides, meurtres glaçants et crimes divers, toujours d’une façon joyeusement cynique et malsaine. L’équivalent US de notre Le Nouveau détective national, il a tout de même accueilli dans ses colonnes quelques écrivains de futur renom. Est-ce parmi ses pages à la qualité probablement douteuses que Nic Pizzolatto a trouvé l’inspiration pour sa génial histoire policière du même nom ? Toujours est-il que le titre résume assez bien l’ambiance glauque et sale de cette première saison.

Prenant pour cadre les bayous de la Louisiane, une région aux qualités hautement cinématographiques mais trop rarement mise en valeur sur grand écran, cet ancien écrivain nous plonge dans les noirceurs de l’âme humaine. Auteur de deux romans, Pizzolatto s’est fait la main sur la série télé grâce à The Killing. Dans True Detective, il mixe joyeusement les influences, allant des histoires sous format pulp, très populaire outre-Atlantique, à des références de la littérature d’horreur, citant ouvertement Chambers, à qui il emprunte le symbole du Yellow King. Des hommages assumés et des citations poussées qui lui ont d’ailleurs valu un procès pour plagiat. Simple influence, a déclaré l’auteur.

Toujours est-il que le résultat rend superbement à l’écran. Le scénario, glaçant à souhait, tire parfaitement parti des décors désolés de la région, et plonge le spectateur dans les coins les plus reculés de l’Amérique profonde. Partant d’un simple meurtre à la mise en scène terrifiante, il étale son histoire sur 17 ans, la découpant en trois périodes. Un procédé qui permet de faire monter lentement le suspens, tout en posant les bases de l’intrigue. Les époques s’entrechoquent, avec pour seul lien en commun les fameux meurtres, mais aussi les deux personnages principaux, Cole et Hart.

Duo de haut vol

C’est un peu la valeur ajoutée de la série, d’ailleurs. Le couple Matthew McConaughey/Woody Harrelson fonctionne parfaitement à l’écran, et leur alchimie se ressent dès les premières minutes. Leur prestation est impressionnante, chacun faisant ressortir le jeu de l’autre et s’en nourrissant. Qu’ils soient au naturel ou abîmés par les années grâce au maquillage, ils donnent vie et chair à leurs personnages. Ce sont eux, d’ailleurs, qui donnent toute sa profondeur à la série. La complexité de leur caractère s’accorde parfaitement à la noirceur de l’univers, et cette mise à l’épreuve permet d’éprouver un peu plus leurs personnalités mais aussi de mettre en valeur leur humanité, tout comme leurs défauts. Pizzolatto à le chic pour donner vie à ces deux policiers abîmés par la vie, leur quotidien et leurs relations avec les autres.

Le quatrième homme qui permet à la série de se démarquer, c’est le réalisateur Cary Fukunaga. Un metteur en scène unique pour toute une série, la chose est rare de nos jours, alors que les producteurs cherchent à multiplier les noms derrière la caméra, souvent pour des raisons de planning serré. Ici, un seul réalisateur, ce qui permet une plus grande unité d’un point de vue visuel. Esthétiquement, on est plus proche du cinéma que des séries télé, malgré l’augmentation massive de la qualité de ces dernières. Fukunaga réfléchit ses plans et parvient à imprimer une véritable identité à True Detective. Il sait également tirer profit au maximum des paysages de la région, et nous offre des plans travaillés, qui renforcent le sentiment de menace pesant sur le spectateur.

Véritable coup de poing télévisuel, True Detective s’est d’ores et déjà fait une place parmi les meilleures séries signées HBO, et même parmi les meilleures séries tout court. Scénario haletant, réalisation soignée, casting de haut vol, tous les ingrédients sont réunis pour une plongée en enfer de huit heures, dont le spectateur ne ressortira pas indemne. Reste à confirmer pour une saison deux qui remettra les compteurs à zéro.

True Detective s’ouvre sur un générique de toute beauté, un titre du groupe The Handsome Family intitulé «Far From Any Road» (extrait de l’album Singing Bones).

Synopsis: La traque d’un tueur en série amorcée en 1995, à travers les enquêtes croisées et complémentaires de deux détectives, Rust Cohle et Martin Hart.

Fiche technique – True Detective

Américain – 2014
1 saison, 8 épisodes
Thriller, suspens
Créée par Nic Pizzolatto
Réalisateur : Cary Fukunaga
Scénariste : Nic Pizzolatto
Casting : Matthew McConaughey (Rust Cohle), Woody Harrelson (Martin Hart), Michelle Monaghan (Maggie Hart), Michael Potts (Maynard Gillbough), Tory Kittles (Thomas Papania), Kevin Dunn (Ken Quesada)
Producteurs : Nic Pizzolatto, Cary Fukunaga, Richard Brown, Steve Golin, Bard Dorros
Production : Anonymous Content

La série a été renouvelée pour une saison 2, et se déroulera en Californie, à Big Sur…

Auteur de l’article Mikael Yung

Critique : 3 Cœurs, un film de Benoît Jacquot

C’est le titre d’un des films de Yvan Attal, le compagnon de Charlotte Gainsbourg et mettant en scène… Charlotte Gainsbourg. Ce titre est approprié pour parler du dernier film de Benoît Jacquot, dans lequel joue une pléthore de très bons acteurs. Malgré un scénario mince, plat et quelquefois à la limite de la vraisemblance, ainsi qu’une mise en scène sans éclat, 3 Cœurs fonctionne essentiellement grâce aux acteurs, des comédiens très professionnels qui ont pu composer avec ces scories et proposer un film regardable.

Synopsis: Dans une ville de province, une nuit, Marc rencontre Sylvie alors qu’il a raté le train pour retourner à Paris. Ils errent dans les rues jusqu’au matin, parlant de tout sauf d’eux-mêmes, dans un accord rare. Quand Marc prend le premier train, il donne à Sylvie un rendez-vous, à Paris, quelques jours après. Ils ne savent rien l’un de l’autre. Sylvie ira à ce rendez-vous, et Marc, par malheur, non. Il la cherchera et trouvera une autre, Sophie, sans savoir qu’elle est la sœur de Sylvie…

Ma femme est une actrice

Benoît Jacquot est un cinéaste prolifique, qui alterne des films de tous les genres, en costume ou plus « urbains » comme celui-ci, ainsi qu’il aime à le décrire. Après Les Adieux à la reine, un portrait de femme plutôt réussi, et qui a eu un bel accueil et public et critique, Benoît Jacquot a souhaité s’attaquer à un film dont le héros est un homme.

Cet homme, ce sera Marc, un inspecteur des impôts en déplacement en province, en pleine violente peine de cœur. Il rate son train du retour, et fait la connaissance d’une femme au regard sombre et vaguement mystérieuse. La rencontre est belle, ils ne se parlent pas beaucoup, mais le trouble est clairement palpable. Au bout d’une nuit blanche passée à déambuler dans la ville, ils  se donnent rendez vous aux Tuileries à Paris, sans échanger ni prénoms ni numéros de téléphone.

Le rendez-vous sera manqué, Sylvie s’expatrie, et par un concours de circonstances comme seuls les scenarii de cinéma peuvent envisager, Marc rencontre à son tour la sœur de Sylvie, aussi fragile que cette dernière semble être forte.

Les 3 Cœurs sont ceux de ce triangle amoureux. Marc est joué par un Benoît Poelvoorde plutôt sobre, et qui  fait vraiment ce qu’il peut pour donner de l’épaisseur et de la crédibilité à ce personnage. Hélas, c’est difficile, tant le scénario est hérissé d’incohérences. Lorsqu’il ne s’aperçoit que dans le dernier quart du film, l’une est la sœur de l’autre. Lorsqu’à aucun moment, le réalisateur n’instille le doute quant à la sincérité de l’amour qu’il porte à sa femme : un amour passionnel, à tout le moins passionné, le couple passant le plus clair de son temps dans les bras l’un de l’autre, ce qui est contradictoire avec l’attitude de Marc dans la deuxième partie du film.

Sophie est incarnée par Chiara Mastroianni dont les grands yeux tristes et les manières douces et un peu lentes, suffisent à lui conférer une sorte de bovarysme accentué par une niaiserie due à un scénario impitoyable.

Quant à Sylvie, c’est un personnage de femme au bord de l’hystérie, indécise, que fort heureusement le jeu de Charlotte Gainsbourg, tout en retenue, aide à sauver de la caricature.

Ces trois acteurs sont toujours dans la justesse, suppléant presque au manque d’imagination de Benoît Jacquot qui déroule une mise en scène plate et académique, au mauvais sens du terme. La présence de Catherine Deneuve, en mère nourricière et gardienne du bonheur familial vient compléter ce quatuor de très bons acteurs qui sont la preuve du rôle central qu’ils ont dans les films, ce que l’on a parfois tendance à oublier.

Présent à la projection, Benoît Jacquot explique qu’il voulait montrer le cœur à la fois comme un organe vital (une pathologie cardiaque pour l’un des personnages) et comme source d’élans poétiques et de sentiments amoureux (sic). On voit tout de suite le danger qui guette un tel projet, car la métaphore facile est tentante, et à portée de main. Peine de cœur et pathologie cardiaque caractérisent en effet celui qui a « mal au cœur ». De fait, le film est un nid de métaphores faciles. Le mal de cœur, le soleil qui se lève sur un nouvel amour, l’orage qui tonne sur les amants, la musique qui surligne avec  lourdeur, tout est à l’avenant.

En tant qu’inspecteur des impôts, Marc harcèle le maire de la ville pour des fraudes fiscales qu’il aurait débusquées. Ces scènes sont hors sujet et inutiles, car ne mènent nulle part.

Malgré tout, une chose  est à sauver de ce quasi naufrage, et si on veut bien faire fi de tout ce qui est dit précédemment : la volonté affichée du cinéaste de faire de cette histoire une sorte de thriller est assez respectée, le suspense étant maintenu jusqu’au bout, quant à l’issue de ce triangle amoureux. Vers la toute fin, il y a même un très beau plan sur Charlotte Gainsbourg qui à lui seul, justifie d’aller voir ce film. Hélas, la dernière séquence, complètement inutile et contre-productive elle aussi, vient ruiner cette embellie pour remettre le film là où il se complaît à être.

Nominé pour 3 prix à la Mostra de Venise de 2014, le film en est reparti bredouille…

Fiche Technique: 3 Cœurs

Titre original : –
Réalisateur : Benoît Jacquot
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 17 Septembre 2014
Durée : 106 min.
Casting : Benoît Poelvoorde (Marc), Charlotte Gainsbourg (Sylvie), Chiara Mastroianni (Sophie), Catherine Deneuve (La mère), André Marcon (Le maire)
Musique : Bruno Coulais
Scénario : Julien Boivent, Benoît Jacquot
Chef Op : Julien Hirsch
Nationalité : France
Producteur : Alice Girard, Edouard Weil
Maisons de production : Pandora Filmproduktion, Rectangle Productions
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution

 

Critique : The Last Ship – Saison 1 de Michael Bay

Les dix épisodes de la première saison de The Last Ship (diffusés sur TNT) résument toute la carrière cinématographique de Michael Bay.

Synopsis : Alors qu’un virus mortel décime la population mondiale, le capitaine Chandler et son équipage vont rester au large des côtes pour donner au professeur Scott le temps de trouver un antidote à la maladie.

Une série très « Michael Bay » 

Encore que les trois premiers auraient suffit, ils condensent en deux heures ce qui fait que Michael Bay est Michael Bay : de la testostérone par containers entiers, des cellules grises à dose homéopathique et surtout : la panoplie complète des valeurs made in U.S.A. Pour être exhaustif, on citera pêle-mêle : l’honneur, l’effort, le sens du devoir, du sacrifice, la famille, la suprématie des U.S.A. sur le reste du monde, et au-dessus de tout ça bien sûr, le seul l’unique, the one and only ladies and gentlemen, celui sans lequel rien n’aurait été possible, celui qui n’a pas hésité à sacrifier son fils unique pour que les hommes puissent s’entre-tuer : le bien nommé, Dieu !

Les hauts et les creux de la vague 

Contrairement à ce que laissera paraître ce billet, The Last Ship est plutôt une bonne série, pourvu qu’on oublie sa morale assommante, tellement typique et qu’on se souvienne qu’elle est une série estivale destinée à détendre les doigts de pieds avant de filer sur les plages. Car passés les trois premiers épisodes (le premier par Jonathan Mostow, réalisateur de Terminator 3 et Clones), presque agaçants de blabla moralisateur, Michael Bay aligne quelques épisodes plutôt bien sentis et pleins de tension. Rien d’extraordinaire non plus, mais des scènes qu’on vit à fond, même si on se doute de la fin dès le début. On reprochera quand même à Bay de nous refaire le coup des méchants Russes, parce-que là, ça commence à bien faire. D’autant que ses méchants Russes ne semblent même pas avoir de motivation, ils sont méchants parce-qu’ils sont Russes et puis c’est tout !

Money, money, money  

Si on reconnaît Michael Bay côté scénario, c’est du côté de la mise en scène qu’il exprime le mieux ce qu’il est, à savoir : plein aux as ! Même si certains ont critiqués le côté cheap de la série, puisqu’elle ne se déroule (presque) que sur un bateau, il n’y en a surement pas beaucoup comme lui qui ont les moyens de s’offrir un croiseur de la Navy pendant tout un tournage. Du coup, c’est presque son compte en banque qu’on voit à l’écran : dépenses, recettes et surtout, le gros chèque de la production ! Mais comme chaque médaille a son revers, Bay insiste énormément sur l’artillerie, l’honneur de ces soldats bref, il fait le S.A.V. de l’armée des U.S.A. Un étrange (et contestable) placement produit quand on y réfléchit…Mais bon ça en jette, ne boudons pas notre plaisir, les scènes d’actions sont dignes du grand écran.

Deux bons acteurs et puis s’en va 

Par contre, côté acteurs ça n’en jette pas du tout, ou alors si peu. Rhona Mitra est là avant tout pour sa plastique de rêve, car côté expressions, elle semble tout droit sortie de l’ère glaciaire (on la verrait mieux dans Ice Age 4 d’ailleurs…). Même chose pour Eric Dane, qui joue ni plus ni moins le cowboy de service, regard en acier trempé et répliques parfois hilarantes tant elles sont éculées. Il vaut mieux aller chercher du côté de John Pyper-Fergusson, parfait en roublard ex-employé d’une armée privée, l’acteur passe une bonne partie de la saison à cabotiner pour le plaisir du téléspectateur. Mais le top du top restera l’éphémère Ravil Isyanov, formidable amiral russe qui prend en chasse le croiseur U.S. Il a une vraie gueule de cinéma et sait en jouer pour effrayer à peu de frais les jeunes filles farouches.

Une série estivale on vous dit  

Il faut donc laisser son cerveau et son esprit critique aux vestiaires pour apprécier, d’autant qu’une saison 2 est déjà dans les tuyaux pour l’été 2015. Probable qu’il n’ y aura alors plus de bateau et qu’on s’orientera plutôt vers des épisodes décrivant une société post-apocalyptique, autant dire que le risque de servir du réchauffé est important. Autant dire aussi qu’on sera loin encore une fois de la série cérébrale mais au fond, pourquoi pas ? Après tout, on sera en été, serviette de plage et crème solaire prêtes, alors finalement, si on peut se divertir même quand on est en mode « veille »…

Fiche Technique – The Last Ship

Producteur : Michael Bay
Casting : Adam Baldwin, Eric Dane, Rhona Mitra, John Pyper-Ferguson
Chaine : TNT
Année : 2014
Saisons : 2
Episodes : 23
Format : 42’
Genre : aventure, drame, action
Statut : En cours

Auteur de la critique Freddy M.

 

 

Critique : Métamorphoses, un film de Christophe Honoré

Film après film, Christophe Honoré continue de se réinventer. Fan de Nouveau Roman (il a monté « Nouveau Roman », un spectacle mettant en scène ses écrivains préférés : Robbe-Grillet, Sarraute ou Duras pour ne citer qu’eux), écrivain érudit lui-même, dramaturge chevronné, il fait du cinéma une corde de plus à son arc.

Synopsis : Devant son lycée, une fille se fait aborder par un garçon très beau mais étrange. Elle se laisse séduire par ses histoires, des histoires sensuelles et merveilleuses où les dieux tombent amoureux de jeunes mortels. Le garçon propose à la fille de le suivre…

“Je est un autre”

Malgré une liste de films qui s’allonge sérieusement, le cinéma n’est qu’un de ses moyens d’expression. Cette particularité lui permet d’aller très loin dans l’exploration du champ des possibles, de mixer les univers, et de tenter comme ici de traduire un monument de la littérature, Les Métamorphoses d’Ovide, douze mille vers et pas un de moins, en un film élégant et inventif.

Le fil d’Ariane de ce mythe moderne est Europe, jeune collégienne/lycéenne au regard sombre, incarnée par la toute jeune Amira Akili, sombre telle l’Europe des mythologies, qui rappelons-le, est la fille d’un roi phénicien qui arrive vers l’Ouest, le Couchant (« Ereb » en langue sémitique) après avoir été enlevée par Jupiter transformé pour l’occasion en taureau.

Europe s’apprête à suivre ses camarades pour une visite quelconque, quand soudain, un camion comme mû par des forces invisibles passe violemment devant le groupe des jeunes. Europe se détache alors du groupe et part en direction de ce camion. Dans une scène digne du beau Duel de Steven Spielberg, le camion s’avance vers Europe, et l’enlève littéralement. Le beau et puissant taureau blanc qui enlève Europe dans la mythologie est audacieusement représenté par ce camion, qui n’est autre que Jupiter avant que l’amour ne lui redonne une forme « humaine » dans la scène suivante.

“Il faudrait que tu me croies pour que ce soit profitable” 

Ainsi parle Jupiter à l’adresse d’Europe, au moment où il s’apprête à lui faire ses différents récits. Mais ainsi semble également parler Christophe Honoré à l’adresse du spectateur, tant ce dernier va être emmené loin de ses rivages habituels.

En effet, Europe va naviguer de tableau en tableau dans les récits de figures marquantes de la mythologie dans la version d’Ovide, des récits fidèles mais transposés à l’ère moderne, entre béton et nature foisonnante. On y croise Diane (sous la forme d’une transsexuelle) qui métamorphose Actéon en cerf, Jupiter donc, et son épouse Junon qui transforme Europe en une génisse (Io), Bacchus et ses Bacchantes anthropophages 2.0, Philémon et Baucis métamorphosés en arbres super-stylisés, Junon et Jupiter encore en « consultation » chez Tiresias, Salmacis et Hermaphrodite fusionnés dans le lac etc… Ces histoires sont belles, même dans leur cruauté pour certaines d’entre elles, et le choix opéré par Christophe Honoré est judicieux.

Car ces récits sont amenés d’une manière fluide, les transitions via Europe sont brèves mais plausibles. On plonge dans un monde qui n’existe pas, un monde à la limite du merveilleux, mais en même temps un monde dont le moteur est l’amour, un sentiment qui n’est que trop réel et qui ne nous est que trop familier.

Les métamorphoses ainsi racontées, synthétisées et mises en image par Christophe Honoré, figurées par de jeunes acteurs à l’allure contemporaine frappent par une constante : elles sont dictées toutes par  le désir ou la répulsion, la jalousie, la fidélité et l’infidélité, la concupiscence ou au contraire la pudeur, toutes choses ayant de près ou de loin un lien avec le sentiment amoureux. Les sorts jetés sont dictés par l’amour ou l’impossibilité de l’amour. Christophe Honoré nous invite à vérifier tout au long du film la puissance de l’amour et surtout du désir qui peuvent déplacer des montagnes.

“Je me propose de dire les métamorphoses des formes en des corps nouveaux

L’ambition d’Ovide dans son projet poétique est prise en exergue par Christophe Honoré qui lui emboîte brillamment le pas. Le cinéaste, qu’on pourrait qualifier de cinéaste du corps ou en tout cas qui fait un travail important sur le corps (« les bien- aimés », « ma mère », etc.) déploie une ingéniosité faite de simplicité d’accessibilité pour dire ces métamorphoses.

C’est une gageure de créer un tel film à partir d’un tel matériau. Il offre de belles trouvailles cinématographiques, une atmosphère particulière et cohérente tout au long de la narration : présence récurrente de la végétation et de l’eau, incursions régulières dans le paysage urbain. Le choix d’acteurs inconnus du public permet de dépersonnaliser le film pour que le spectateur puisse se
couler au mieux dans l’enchantement de cette histoire.

Fiche Technique: Métamorphoses

Titre original : –
Réalisateur : Christophe Honoré
Genre : Comédie dramatique
Année : 2014
Date de sortie : 3 Septembre 2014
Durée : 102 min.
Casting : Amira AKILI (Europe), Sébastien HIREL (Jupiter), Mélodie RICHARD (Junon), Damien CHAPELLE (Bacchus), George BABLUANI (Oprhée), Mathis LEBRUN (Actéon), Samantha AVRILLAUD (Diane), Coralie ROUET (Io), Nadir SONMEZ (Mercure), Vincent MASSIMINO (Argus), Olivier MULLER (Pan), Myriam GUIZANI (Syrinx), Vimala PONS (Atalante)
Musique : Guillaume le Braz
Scénario : Christophe Honoré, d’après Ovide
Chef Op : André Chemetoff
Nationalité : France
Producteur : Philippe Martin
Maisons de production : Les films Pélleas
Distribution (France) : Sophie Dulac Distribution

Perfect Sense, un film de David MacKenzie : Critique

Belle expérience de cinéma qui nous change quelque peu des sempiternels films empesés sur la déliquescence morale de notre monde, Perfect Sense n’est pourtant pas exempte de défauts majeurs qui amenuisent sa portée et sa force de conviction.

Synopsis: Au milieu d’un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux…

L’empire des sens

Si le sujet est peu original en soi, la traduction qu’en à David Mackenzie apporte un vent de fraîcheur et y transmet sa sensibilité avec un charme diffus qui n’est pas pour nous déplaire. On peut trouver cette métaphore sur notre Humanité en perte de repères à force d’individualisme forcené, un brun empesée, et au message si peu subtil, trop lénifiante par instants. A contrario, utiliser nos sens primaires pour signifier l’impérieuse nécessité d’apprendre la confrontation d’individus à cohabiter sur une même planète sans distinction de races, d’origines ou de religions est un argument qui, s’il est bien agencé, mérite qu’on prenne le temps de s’arrêter dessus. Et c’est bien ce que veut nous dire le réalisateur britannique.

Le temps, donnée si précieuse de notre civilisation qu’il nous faut chérir précieusement tant celui-ci est garant de la bonne marche du monde, semble ne devenir qu’à nos yeux une denrée matérielle dont il faut obséquieusement remplir le vide de notre existence sous peine de se frotter à la cruelle vacuité de notre fondement sur la terre. Le pragmatisme qu’affiche le cinéaste en confrontant une scientifique (donc ne s’accordant qu’à des faits prouvés) à un cuisinier (où les sens sont éprouvés dans toute leurs infinies variétés), doit nous faire reconsidérer la vie comme une succession d’étapes à traverser. Non comme un chemin tout tracé que l’on emprunte insidieusement sans se demander quel serait le but d’une telle démarche, mais autrement plus soucieux d’un partage et d’une compréhension de L’autre dans toute sa disparité. Ce faisant, il nous invite à redéfinir notre conception linéaire d’une pluralité biologique pour nous interroger sur le sens que prennent nos cheminements intérieurs.

Se repaître avec une telle gloutonnerie des ressources infinies qu’exige notre société de consommation, est inévitablement une erreur monumentale dont nous payerons tous le prix cher tôt ou tard. La barbarie humaine se nourrit de cette dévorante bouffonnerie et le chaos qui en découle ne peut être infiniment répété. Quand le précipice nous engloutit, seule notre dévotion empirique, caractéristique de notre essence, est à même de rétablir le calme sous la tempête. Nos émotions, pour prégnantes qu’elles soient, font partie de cette reconquête de L’Humanité perdue. Il n’est pas de juste philanthropie sans joies et peines confondues. La douleur, qu’elle qu’elle soit, n’est pas l’apanage des nantis de cette terre. Nous ne la recevons et ne la vivons chacun pas avec la même intensité mais elle nous est nécessaire en tant que vivants. Vouloir lui échapper ne peut que s’apparenter à une fuite en avant dont il n’est pas dit qu’elle ne nous reviendra pas encore plus fort, tel un boomerang lancé à pleine vitesse. Il en va ainsi pour le plaisir, vaste sentiment plus complexe qu’il n’y parait, auxquels tout être peut prétendre, ne serait-ce notre imperméabilité vivace contre cet état parfois anxiogène.

perfect-sens-film-critique

L’hédonisme, tendance protectionniste de plus en plus répandue contre la fatalité, n’est valable qu’accompagné d’une vision élargie. Les deux personnages principaux s’en rendront compte à leurs dépens. La blessure profonde qu’ils ressentent envers eux les enferme dans une colère froide complètement compréhensible, mais égoïste car sans concertation. L’incompréhension est mère de toutes les rancœurs et se refermer sur soi-même devient une solution de repli évidente, mais trop commune. Nous possédons notre propre altérité qui est difficilement compatible avec d’autres entités et les réunir, demande un travail considérable intrinsèquement incompatible avec l’évolution de la société. Rebâtir cette confiance, pas à pas, est la petite goutte d’eau qui permettra la création d’un océan. C’est le sens de ces scènes douces ou nos deux amants s’effleurent et éprouvent leurs sentiments respectables dans un mélange de peur et d’envie. La sensualité à fleur de peau qui en émane ravive à nos oreilles la subtile mélodie du bonheur. Les romantiques que nous sommes se bercent avec allégresse de ces instants précieux.

Dommage alors que cette harmonieuse tentative soit illustrées à grands traits, surlignant ici la fin d’un monde dans des séquences d’apocalypse grossières et dans un nappage musical pompier. Trop de violons pour démontrer la solitude et la violence endurée. L’outrance dont se pare la mise en scène lors des contaminations et des gavages, est particulièrement risible et les comédiens ne sont pas autant inspirés les uns que les autres. Quant à la fin, prévisible tant tout le scénario est construit dans ce sens,elle nous laisse l’impression amère qu’il fallait absolument plaire au plus grand nombre, et n’est pas du tout à la hauteur du travail accompli. Heureusement que le solide Ewan Mc Gregor et la belle Eva Green sont au diapason de leur réputation pour ne pas faire sombrer celle-ci dans une répugnante retrouvaille tire larmes.

Fiche Technique: Perfect Sense (Perfect Sense)

Royaume-Uni – 2011
Réalisation: David Mackenzie
Scénario: Kim Fupz Aakeson
Interprétation: Ewan McGregor (Michael), Eva Green (Susan), Ewen Bremner (James), Connie Nielsen (Jenny)…
Genre: Drame, Science-fiction, Romance
Date de sortie: 28 mars 2012
Durée: 1h32
Image: Giles Nuttgens
Montage: Jake Roberts
Musique: Max Richter
Producteur: Gillian Berrie, Malte Grunert, Tristan Lynch, David Mackenzie
Distributeur: Pretty Pictures

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Calvary, un film de John Michael McDonagh : Critique

Pour les chrétiens, le calvaire est la crucifixion du Christ, la mort de ce Dieu fait homme, et venu nous libérer de nos péchés. Cette notion est essentielle à la compréhension de Calvary, du réalisateur John Michael McDonagh, qui nous raconte les derniers jours d’un prêtre irlandais, menacé de meurtre dans huit jours par un paroissien qu’il a reçu en confession.

Synopsis: Le père Lavelle va tenter de continuer à s’occuper de sa paroisse après avoir été, en plein confessionnal, menacé de meurtre dans les huit jours, par un paroissien. Seulement ce paroissien, il l’a reconnu à sa voix. Tout en s’occupant des affaires courantes, il va tenter de répondre à deux questions : doit-il se rendre à ce rendez-vous mortel ? Doit-il briser le secret de la confession et dénoncer celui qui le menace ?

Chronique d’Une Mort Annoncée

Il était une foi…

Le calvaire du Christ devient alors celui d’un de ses représentants sur terre. Film sur la foi, sur l’isolement d’une petite ville irlandaise et avant tout, film sur la solitude des hommes d’églises (très présente dans ces scènes du père Lavelle méditant seul face à l’océan). Des prêtres devenus anachroniques en prônant des valeurs que le monde bafoue un peu plus chaque jour.

Tous les péchés du monde

Film moral sans être moralisant, Calvary aborde le sujet peu courant (et encore moins sexy) de la prêtrise au sein de sociétés modernes et individualistes. MdDonagh à travers ce prêtre en sursit, de l’adultère, de l’homosexualité ou de la fidélité. Mais aussi à travers la question de la pédophilie, devenue cause haine du clergé autant que de peur dans les yeux des parents. C’est peut-être là que le bât blesse, par cette multitude d’histoires secondaires et nécessaires, mais survolées par un film peut-être trop court. Nécessaires pour montrer que le père Lavelle prend sur lui les péchés de ses contemporains, superficielles car peu d’entre elles sont approfondies, à part peut-être la relation compliquée avec sa fille Fiona.

Ballade Nord-irlandaise

Pourtant, ces historiettes fonctionnent assez bien, réservant des moments de grâce (divine ?), laissant parfois un goût d’inachevé. Probablement par cette mise en scène qui, si elle ne transcende pas son sujet (qui le méritait pourtant), sait capturer la beauté des sauvages paysages irlandais. Une verdure omniprésente qui semble dévorer ce qui vit là, un océan glacial et violent, d’un bleu sombre tirant sur un noir mortel. McDonagh prend le temps, tel Dieu devenu metteur en scène, de se pencher sur ces personnages, de souligner leurs douleurs en scellant leur Destin. Il nous prend d’affection pour le père Lavelle, homme respecté et aimé, grand ours sauvage jadis marié et heureux père, devenu homme d’église pour trouver un sens à la mort de son épouse.

Le géant aux pieds d’argile

Ces petites histoires doivent aussi beaucoup à une pléiade de seconds rôles, gravitant autour du père justifiant son sacerdoce. Parfois touchants, parfois pathétiques et souvent farfelus, de ceux qu’on aurait retrouvés sans surprise chez Wes Anderson. Malgré tout le couple père et fille, habité par deux merveilleux comédiens, Brendan Gleeson (Mission Impossible, Harry Potter) et Kelly Reilly (Flight, Skerlock Holmes), efface peu à peu les autres. Lui en géant massif et bourru des plus touchants, comme tous ceux qui cachent leur sensibilité derrière des visages burinés par les embruns. Elle, est toujours d’une beauté fracassante, jamais démentie depuis Les Poupées Russes, pleine d’une fragilité qui laisse apparaître l’âme touchée et touchante d’une femme vivant à travers ses sentiments pour son père.

La fin du monde

Calvary n’est pas à proprement parlé le film de l’année, mais sur le thème du rôle de la foi dans une société moderne, il est certainement ce qui s’est fait de mieux depuis fort longtemps. Regard désenchanté sur une société qui oublie « l’être » au profit de « l’avoir », cette œuvre laisse un goût amer, car même si l’on ne partage pas cette foi, on peut en partager les valeurs et constater, à travers cette galerie de personnages, que les valeurs humanistes disparaissent, faisant des hommes d’église les derniers gardiens d’une civilisation qui s’éteint au profit de l’homo consummeris (représenté ici par un formidable Dylan Moran vu dans Coup De Foudre A Nothing Hill ou Shaun Of The Dead), un constat clairvoyant tout autant qu’inquiétant.

Fiche technique: Calvary

Réalisateur : John Michael McDonagh
Scénario : John Michael McDonagh
Musique : Patrick Cassidy
Avec : Brendan Gleeson, Kelly Reilly, Aiden Gillen, Dylan Moran, David Wilmot
Date de sortie: 26 Novembre 2014
Genre : Drame, Comédie
Origine : Irlande
Durée : 100 mn
Distributeur : 20th Century Fox France

Auteur de l’article Freddy M.