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FEFFS – Chronique N°4 du 17 Septembre 2014

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FEFFS 2014 : Samouraï allemand, sang-froid scandinave et castors zombies.

Journée allégée aujourd’hui. Seul le programme du soir au cinéma Star Saint-Exupery s’avère intéressant. Le temps libre étant consacré à quelques lectures de dossiers de presse sur les films de ce soir, flemmarder et boire du café jusqu’à l’insomnie assurée. Cette soirée s’annonce particulièrement intéressante avec la présence d’un jeune réalisateur allemand qui a déjà pas mal fait parler de lui dans les récents festivals, d’un thriller scandinave qui suscite l’adhésion de tous et une séance attendue par tous les fans de zombies ET de castors. Festival, vends-moi du rêve ce soir !

Chers lecteurs, voici la quatrième chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

Der Samurai

Réalisé par Till Kleinert (2014). Date de sortie prochainement annoncée.

Jakob, jeune policier collet-monté, mène une vie terne dans l’Allemagne rurale. Un soir, il croise la route d’un travesti charismatique qui, armé d’un katana japonais, cultive un goût prononcé pour la décapitation. Jakob part alors à la recherche de ce samouraï fou, dans une course poursuite où s’installe une attirance réciproque.

Sélectionné dans la compétition internationale, Der Samurai est le premier long-métrage de ce jeune réalisateur allemand, à l’origine d’une demi-douzaine de courts métrages ces dix dernières années. Intrigue schizophrène, Der Samurai fascine par sa capacité à nous offrir quelques plans d’une élégance esthétique imparable tandis qu’une bande-son électro nous emporte dans ce trip provocateur et obsédant. Il est facile de se perdre dans ce récit dont on ne sait jamais s’il évoque la schizophrénie de son personnage principal, la folie destructrice d’un homme ou d’une métaphore subtile et réfléchie de l’image du loup solitaire dans notre société. Autant de représentations que de réponses tant le réalisateur laisse libre court à l’imagination du spectateur. En début de séance, ce dernier nous avait prévenu que toutes nos attentes allaient être déjouées par ce film qu’il faut prendre comme une métaphore, plutôt qu’une œuvre plausible. Surréaliste, osé et perturbant, Der Samurai nous offre un personnage haut en couleur, un samouraï aux cheveux longs et blonds, vêtu d’une robe blanche à la croisée du personnage de La Mariée de Kill Bill et de Tyler Durden de Fight Club. Citant Shining parmi ses références, Der Samurai est une œuvre qui vit par elle-même et propose une réflexion sur la quête de soi et la manière de surmonter les difficultés de la vie. Stylisé et minutieux dans ses moindres détails, la mise en scène nous plonge dans une ambiance froide (beaux plans de nuit) et passionnelle (effluves d’orange et de rouge), et nous offre quelques plans qu’on croirait tout droit sortis de tableaux surréalistes et oniriques. Mais à force de se complaire dans sa métaphore et de proposer une mécanique lente et répétitive, Der Samurai s’enfonce dans son sujet et perd de vue un certain rythme au profit d’une contemplation dispensable. Le chemin vers la rédemption du personnage devient une épreuve à subir tant l’intérêt du spectateur ne se réduit à mesure que l’intrigue se rallonge. On ne pourra cependant pas lui reprocher une performance sur la mise en scène et sur une réflexion fine et psychologique de ce personnage morne et introverti, qui trouvera le salut dans un rapport destructeur, sexuel, sauvage avec un antagonisme troublant et emblématique. Dommage que le film perde en intérêt et ne s’enferme dans ses délires qui demandent à chaque fois de nouvelles interprétations. Der Samurai est une œuvre unique qui fera assurément naître les discussions. La sortie de salle voyant s’affronter les adorateurs et détracteurs du film.

FEFFS-2014-Der-Samurai-Till-Kleinert

A la fin de la projection, le public applaudit en masse le premier long-métrage de ce jeune réalisateur. Je reste sur ma réserve. Till Kleinert se présente sur scène et le question-réponse peut démarrer. Grosso modo, on apprend que le réalisateur s’est inspiré de la culture manga et surtout de la culture vidéoludique pour son film. Il cite avec plaisir le jeu Silent Hill bien qu’il pense s’y être inconsciemment inspiré. Ce n’est qu’à la fin du tournage qu’il a senti l’impact du titre sur son travail. Il évoque la composition musicale réalisée par un seul homme et qui a véritablement marqué les esprits par une ambiance électro du plus bel effet. Toujours autant de questions superficiels sont posées : « Comment vous-est venu l’idée du film ? » ou plus surprenant « Les plans de nuit ont-ils été tournés de nuit ? ». Un oui ferme de la part d’un réalisateur surpris. Question suivante ? Ne pensant qu’à mon travail de journaliste et à vous, chers lecteurs, je décide de poser une question à Till Kleinert : « J’ai remarqué que vous remerciez les ’’crowdfunders’’ lors du générique. Désormais les scénarios les plus audacieux, les plus osés et donc les plus risqués ne bénéficient d’un espoir de réalisation que par la générosité de donateurs du crowdfunding. Est-ce-que vous avez eu beaucoup de difficultés à concrétiser votre projet ? » Ce à quoi le réalisateur m’a répondu longuement et avec la plus fidèle sincérité que ce projet est avant tout un travail de fin d’études pour valider son diplôme. Il évoque les contraintes de production d’un tel film, cru et plutôt osé dans son approche. Les boîtes de production ne souhaitèrent le financer qu’à 75% du budget. Le reste étant apporté par les donateurs via le crowdfunding. Mais le réalisateur nous dévoile en fait qu’il s’agissait -pour la plupart- de membres de sa famille et de ses amis, ainsi que de ceux de son équipe de tournage. Peu de donateurs inconnus donc. Apprenant cela, j’ai décidé d’être plus tolérant avec ce réalisateur qui offre tout de même quelques beaux moments de cinéma pour quelqu’un qui souhaitait simplement valider son année. La boîte destinée au vote du public est de nouveau disposé aux sorties de la salle. Très bon, bon, moyen, mauvais ou très mauvais donc. Ça sera moyen mais intérieurement, c’est un moyen positif. Chapeau néanmoins pour ce premier long métrage, Monsieur Kleinert !

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

Refroidis

Réalisé par Hans Petter Moland (2014). Sortie le 24 septembre 2014.

Nils est informé par la police du décès de son fils par overdose d’héroïne. Mais, quand il apprend la vérité, ce placide conducteur de chasse-neige se mue en justicier et entreprend de supprimer méthodiquement tous ceux qui sont liés à la mort de son fils, provoquant ainsi une désopilante guerre entre trafiquants de drogue avec, d’un côté, un parrain serbe à l’ancienne et, de l’autre, « le Comte », dandy paranoïaque et bébête. 

Dernier film de la sélection Crossovers, Refroidis est un film de vengeance à l’ambiance glaciale qui trouve son efficacité dans un subtil dosage d’humour noir et cynique. Tout droit venu de Scandinavie, le nouveau film de Hans Petter Moland aborde le genre « vigilante movie » avec dérision mais sans toutefois oublier de sa vue le caractère déterminé de son personnage. Ce dernier est interprété par un Stellan Skarsgård en apparence sage mais qui s’avère bien plus sombre et torturé. Stellan est un habitué dans la filmographie de Hans Petter Moland, où l’on a déjà pu le voir dans Un Chic type, Aberdeen ou Zero Kelvin. Dérision du film également dans ses nombreuses références avec ces personnages souvent simples d’esprit qui se donnent des surnoms de personnages de Top Gun ou le personnage de Stellan Skarsgård qui avoue ne pas connaître l’Inspecteur Harry. Refroidis bénéficie d’un soin particulier de l’image pour représenter à l’écran l’entendue des vastes paysages nordiques enneigés. Chaque plan se déroulant dans une ambiance plus que glaciale où cette couche de blanc risque à tout moment d’être tâchée par la mort d’un personnage. Ironisant à chaque fois ce tragique moment par l’incrustation à l’écran d’une croix funéraire et du nom de la victime. Cette succession d’assassinats trouve vite ses limites et le milieu du film s’avère embourbé dans un récit qui finalement s’allonge mais qui ne trouvera son apogée qu’avec ce final intense, froid et sanglant. On savourera toute une galerie de seconds personnages hauts en couleur et l’intervention d’un Bruno Ganz serbe complètement imprévisible. De ce film de vengeance nordique, le réalisateur en profite également pour livrer un message sur la nation nordique et l’arrivée de ces pays qui croient pouvoir prendre le contrôle de ces territoires qu’ils ne connaissent pas. Une métaphore politique subtile sur l’attachement des habitants nordiques à ne pas se mêler des affaires des autres nations, ce qu’elle attend en retour. Nordique comme on les aime, Refroidis est un thriller aussi bien qu’une comédie noire maîtrisée avec sang-froid, et tout naturellement reparti avec le Grand Prix du Festival Policier de Beaune.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Zombeavers

Réalisé par Jordan Rubin (2013). Date de sortie prochainement annoncée. 

Trois étudiantes sexy partent pour un weekend entre filles dans la classique hutte isolée au fond des bois. Tout baigne au soleil mais, au milieu du lac, il y a un drôle de barrage de castors, d’où suinte une substance vert-pomme. Cette décharge toxique a engendré une fièvre ravageuse… les timides rongeurs renaissent en stratèges carnivores : les ZOMBEAVERS. Les petits amis hypersexués des filles finissent par arriver pour un grand final gore à la nuit des casmorts vivants. 

Avant même le trailer, Zombeavers a suscité un certain engouement sur les internets car ce crossover entre zombies et castors était la promesse ultime d’un délire assuré et nanardesque. Première réalisation de Jordan Rubin, produit par les gars à l’origine de Cabin Fever, Zombeavers est un film qui surfe sur ce retour à la mode des animaux tueurs, et cela en attendant Squirrels et ses écureuils dévoreurs de chair humaine. Une mode qui trouve son origine dans le succès implacable des productions Asylum et de ses méga-requins dans des tornades contre des pieuvres et j’en passe. Comédie horrifique bien heureusement assumée, Zombeavers est le genre de long métrage idéal pour une séance de minuit, comportant assez de sang, d’humour débridé et de sexe pour contenter une audience venue pour la simple et unique raison de se marrer devant une dose revigorante de mauvais goût. Présenté pour la première fois en France, le cinéma Star Saint-Exupery a fait salle comble et c’est toute une foule de jeunes déconneurs qui applaudissent et rient avec délectation de cet enchaînement de séquences plus potaches les unes que les autres. C’est grâce à un tel public que ce genre de productions peut trouver des financements, un casting et des distributeurs. Faux nanar mais bien slasher conçu au vingtième degré, Zombeavers propose une ressasse du film de série B avec son lot de maison à la campagne, de filles en bikini, de nichons, de sang et de plaisanteries grivoises. Il faut savoir qu’en anglais, beaver signifie donc le castor mais dans un langage plus familier, il évoque également le sexe de la femme. Un jeu de mot exploité jusqu’à l’épuisement dans ce film, nous balançant des vannes au goût de plus en plus douteuses. Quand bien même on s’attend à regarder un film cheap et mauvais qui n’a que son pitch pour attirer le public, on reste relativement déçu par ce film qui trouve difficilement son salut. Et ce n’est pas tant le sujet qui est en faute, des films aux pitchs plus débiles s’avéraient être de véritables trouvailles d’humour débridé et d’horreur à souhait. On pense à Black Sheep, Piranha 3D voire Arac Attack.

Zombeavers est simplement paresseux. Autant dans sa forme qui se rapproche davantage du court-métrage amateur que d’un long métrage avec de l’audace, que dans son fond, le récit n’étant que le théâtre d’une histoire d’infidélité, de sexe et de sexe again (du sexe soft, attention on reste en Amérique !) dans un seul but d’être la combinaison publicitaire idéale : Sujet idiot, gore et sexe. Bingo ! Les scénaristes (oui ils ont été trois à l’écrire) s’inspirent d’anciens films d’attaques animalières, et ne proposent qu’une ressasse de tous les clichés du genre. Pas étonnant quand on sait que les scénaristes sont les frangins Kaplan, à l’origine de tous les mauvais films que sont Piranhaconda ou bien Dinocroc vs. Supergator. On saluera le parti-pris d’avoir mis en scène des marionnettes de castors (durant tout le film, pas un seul vrai castor n’a dû être utilisé) qui donne un côté old school sympathique et relativement nostalgique au film. Qu’à cela ne tienne, Zombeavers loupe complètement le coche et la bande-annonce se suffisait à elle-seule, bien plus efficace pour nous faire prendre conscience du délire qu’est le croisement entre zombies et castors. Un tel sujet n’aurait dû trouver sa place que sur YouTube. Le format long annule tout simplement l’effet mouche comique et le potentiel décalé d’un film qui ne cherche jamais à se démarquer d’un schéma ressassé depuis les années 80 et qui déjà ne nous faisait pas marrer. A ne voir qu’à plusieurs et uniquement en séance de minuit (et encore) ou bien vous risquerez de fort regretter ces quatre-vingt-dix minutes d’arnaque total. Ou mieux, passez-vous la bande-annonce de Zombeavers avant de regarder Black Sheep, bien plus efficace dans le genre.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆  

Cette journée sans excès s’achève malgré tout dans la bonne humeur. Des applaudissements tonitruants se font résonner à l’extérieur du cinéma et on croirait presque que les gens ont aimé le film. La nuit est toujours aussi belle sur Strasbourg. Au programme demain, des chiens télépathiques et un désir de célébrité fantasmée jusqu’à l’horreur vont s’affronter dans la compétition internationale tandis que la séance de minuit nous présentera un sous genre du slasher que l’on peut déjà nommer le « Slash Dance ». A demain, les monstres !

Critique : Un Homme très Recherché, un film de Anton Corbijn

Un Homme Très Recherché : Une nouvelle adaptation de John Le Carré péchant par son trop grand formalisme !

Synopsis : Plus de dix ans après les attentats du 11 Septembre 2001, la ville de Hambourg a du mal à se remettre d’avoir abrité une importante cellule terroriste à l’origine des attaques contre le World Trade Center. Lorsqu’un immigré d’origine russo-tchétchène, ayant subi de terribles sévices, débarque dans la communauté musulmane de Hambourg pour récupérer la fortune mal acquise de son père, les services secrets allemands et américains sont en alerte. Une course contre la montre s’engage alors pour identifier cet homme très recherché : s’agit-il d’une victime ou d’un extrémiste aux intentions destructrices ?

« Écrire, c’est à peu près comme se trouver dans une maison vide et guetter l’apparition de fantômes.»

Sous ce propos rendant compte de l’esprit tourmenté voire abscons d’une bonne partie d’écrivain, se cache John Le Carré. Auteur britannique né en 1931 et contemporain d’un certain Ian Fleming (le créateur de James Bond), il a su marqué d’une pierre blanche le monde de l’écriture grâce à sa prose sans égale parvenant au prix de nombreux romans à démystifier l’espionnage dans toute sa conception et surtout dans toute son appréhension.

Se distinguant clairement de Fleming, qui lui dépeignait des intrigues la plupart du temps exagérées et enjouées de par la nonchalance et la désinvolture de son héros en smoking, Le Carré préférait lui, quitte à faire figure d’exception, dépeindre un monde ne se divisant pas entre bons et méchants, où les meilleures qualités d’un agent secret sont la patience et une discrétion pouvant aller jusqu’à l’effacement et ou les personnages, jamais idéalisés et vecteurs de l’intrigue, restituaient le quotidien véritable des espions, fait de monotonie à refaire sans cesse nuits blanches, filatures et enquêtes complexes.

Symbolisant pour certains une vision quasi clinique du métier et pour d’autres l’aspect souvent oublié fait de paperasserie et d’ennui, le style Le Carré, bâtissant sa ligne de conduite sur ce soin d’authenticité tout en profitant de l’absence notable d’écrivains dans le domaine, a su s’affirmer comme une référence en termes de roman d’espionnage.

Référence qui n’attendra pas longtemps avant de subir les affres de l’adaptation puisque fort de l’arrivée de James Bond en 1962 au cinéma et du regain d’intérêt pour l’espionnage suscité par ce dernier, Le Carré verra ses romans par plusieurs fois adaptées et ce pour des résultats plus ou moins engageants mais disposant la encore de rythmes encore une fois aux antipodes de 007, mettant ainsi en valeur les personnalités, leurs forces, leurs faiblesses, les relations entre les individus et non les festivals de pyrotechnie supposés.

Un mantra littéraire encore une fois scrupuleusement respectée dans la dernière œuvre du maitre ayant eu droit aux louanges d’une adaptation, A Most Wanted Man (Un Homme Très Recherché).

A l’Ouest, rien de nouveau !

Délaissant la critique acerbe des dérives de la mondialisation présente dans The Constant Gardener, Un Homme très Recherché narre dans une ambiance atone et froide la paranoïa post 11 Septembre vue à travers les services secrets allemands, sur le qui-vive, lorsqu’un immigré musulman aux troubles intentions débarque à Hambourg, ville ayant abrité le réseau terroriste à l’origine des attentats du World Trade Center.

Soucieux de ne pas rééditer cette terrible débâcle et laisser filer un potentiel terroriste dans la nature, Günther Bachmann (Phillip Seymour Hoffman), est alors dépêché comme l’agent responsable de l’opération visant à son arrestation.

Ton blafard, démarche patibulaire et cigarette à la bouche, Bachmann, figure archétypale de la prose Le Carré, doit dans le même temps composer avec une hiérarchie oppressante et pressée et un détachement d’agents américains, désireux de s’inclure dans l’enquête afin de lutter contre le terrorisme à sa source en faisant tomber un intermédiaire supposé d’Al-Qaeda.

Rien que pour vos yeux…

Doté d’un propos étonnamment d’actualité jonglant avec les pensées islamophobes, les tensions inter agences, la paranoïa post 11 Septembre et la rivalité des grandes puissances pour endiguer à leur manière le terrorisme, la trame d’un Homme Très Recherché ou du moins le contexte dans laquelle elle s’insère avait de quoi intéresser tant cette dernière apparaissait comme une nouvelle plongée analytique du maître dans les bas-fonds de l’espionnage.

Transcrivant avec la dextérité qu’on lui connait 10 ans de haine primale de l’islamisme pour la transformer en une paranoïa maladive dont sont atteints ses personnages tout en mettant l’accent sur la volonté de raconter l’histoire méconnue de ces héros de l’ombre s’échinant à rendre le monde plus sûr, ou sur la réanimation des relents fantomatiques de l’espionnage des 60’s entre ruelles sombres, interminables filatures et cendriers remplis de mégot, Un Homme Très Recherché s’assume dès le début comme une plongée dans les arcanes d’un métier encore jugé comme enivrant et qu’on croit à tort rempli de savants fous capable de concevoir des stylos-billes explosifs ou des voitures invisibles.

S’engouffrant dans cette démarche ayant fait sa renommée, le film dans un premier temps séduit. Au hasard de personnages froids, si ce n’est distant, d’une localité automnale, celle de Hambourg en l’occurrence, et d’un rythme quasi documentaire, oscillant entre une rigueur formelle et un lent acheminement de l’intrigue, le film déploie ses pions sur un échiquier ne présentant pas pour autant un côté noir ou blanc mais gris ; subtil mélange obtenu par le caractère de certains personnages devant s’acquitter de tâches ingrates et donc illégale pour servir l’intérêt général.

Mais au fur et à mesure que cette chronique minimaliste et captivante se déploie, l’attrait et le charme général du film se délitent. La faute à une œuvre déjà sur le papier trop formelle, elle-même accentuée par la rigueur de la réalisation, qui bien que méticuleuse et appliquée, entraîne le film vers un long élan prosaïque auquel le réalisateur, Anton Corbijn (The American) véritable faiseur du genre a bien du mal à s’en dépêtrer.

Rendant ainsi compte du talon d’Achille du romancier, à savoir celui d’imaginer des histoires aussi détaillées et haletante que les cadres dans lesquelles elles s’insèrent, Un Homme Très Recherché ne vaut plus que pour sa représentation efficace d’un monde gangrené par le peur et la soif du succès et son casting 5 étoiles, composé du regretté Philip Seymour Hoffman, Robin Wright (vue dans House of Cards), Rachel McAdams ou encore Willem Dafoe, qui au diapason de cette œuvre exigeante, délivre d’honorable prestations, accentuant ainsi au passage le mantra quasi papal de Le Carré : celui de cerner davantage les personnages que l’histoire.

Fiche Technique : Un Homme très Recherché

Titre original : A Most Wanted Man
Réalisation : Anton Corbijn
Scénario : Andrew Novell
Acteurs principaux : Philip Seymour Hoffman, Rachel McAdams, Grigoriy Dobrygin, Robin Wright, Willem Dafoe, Daniel Brühl
Pays d’origine : Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne
Sortie : 17 Septembre 2014
Durée : 2h02mn
Distributeur : Mars Distribution

Shirley, un voyage dans la peinture d’Edward Hopper : Critique

Il est malheureux que le titre français de ce film (Shirley, un voyage dans la peinture d’Edward Hopper) ne traduise pas fidèlement l’esprit de son titre original (Shirley, visions of reality – The art of Edward Hopper ). Car l’essence même de ce film est cela : une vision de la réalité, et plus précisément encore, comme le dit Gustav Deutsch lui-même, une mise en scène de la réalité (« Eine Inszienierung von Realität »).

Synopsis : Un hommage à la peinture d’Edward Hopper et à la vie quotidienne américaine des années 1930 aux années 1960, avec la mise en scène de treize de ses tableaux prenant vie et restituant le contexte social, politique et culturel de l’époque à travers le regard du personnage féminin, Shirley.

Personnage directement inspiré de Joséphine son épouse, un modèle unique et froid. La vision d’une réalité ordinaire, sans concession.

American Beauty

S’inspirant fidèlement de 13 tableaux du peintre américain Edward Hopper, choisis parmi ceux qui représentent cette femme qui devient Shirley dans le film, l’artiste autrichien Gustav Deutsch a eu pour double ambition de « vivifier » les tableaux, en imaginant sur des séquences de 6 à 7 minutes pour chacun d’entre eux l’avant et l’après, les gestes qui sont faits pour parvenir à l’instant peint par Hopper, leur chronologie précise, etc.  Puis de faire vivre son personnage qui s’exprime en voix-off, en lui imaginant une vie privée et une occupation professionnelle.

Stephanie-Cumming-Shirley-film

Ces tableaux n’ont pas été choisis au hasard, ils sont ceux qui ont les rapports les plus directs avec le cinéma, soit parce qu’ils ont été influencés par les films noirs expressionnistes des années 30 que Hopper n’hésitait pas à aller voir et revoir pour l’exploitation de la lumière, du jeu des ombres ou pour la forte géométrisation des plans, ou qu’à leur tour ils ont influencé d’illustres cinéastes (Hitchcock, Jarmusch, Wenders ou encore Lynch), soit parce qu’ils parlent directement de cinéma (les tableaux New York Movie ou Intermission par exemple).

SHIRLEY-Un-Voyage-dans-la-peinture-Christopher-Bach-Stephanie-Cumming

Gustav Deutsch met donc en scène ces tableaux, dans le cadre d’une reconstitution absolument fidèle, et ainsi qu’il l’a fait dans de précédentes expérimentations, mais ces fois- là sur des found footages à partir desquels il a raconté une nouvelle histoire, il imagine l’histoire de Shirley, une femme dans l’Amérique des années 30 jusqu’au milieu des années 60. Chaque séquence est estampillée à la date de création du tableau sous-jacent, et une radio imaginaire donne les nouvelles correspondant précisément à ce moment de l’histoire américaine. Pendant ces quelques minutes, on est plongé dans l’univers du tableau qui devient une partie de la réalité, et de la vie qui devient une partie du tableau.

SHIRLEY-Un-Voyage-dans-la-peinture-Christopher-Bach

Ceux qui connaissent l’œuvre de Hopper apprécieront cette « mise en vie », aussi bien le plaisir intellectuel de reconnaître l’œuvre en question, que la vision de l’histoire brodée par Gustav Deutsch autour d’elle. Gustav Deutsch a choisi une danseuse professionnelle, Stephanie Cumming, qui a cet avantage de pouvoir être dans la grâce aussi bien dans les positions immobiles nombreuses du film, que dans les déplacements (se mettre debout, assise, allongée, nue ou habillée, en un mot sortir ou entrer vers le point culminant qui est la reproduction du tableau) qui doivent rester très feutrés pour coller au ton de Hopper. Le résultat est magnifique, visuellement, même si (ou parce que)  le tempo est lent, voire très lent.

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Shirley, jeune femme des années 30 est une femme indépendante et forte, on la voit au travail mais aussi dans son intimité avec son amoureux. Etant seule en scène la plupart du temps, elle exprime ses pensées plutôt progressistes en voix-off, des idées très affirmées sur tous les événements marquants qui ont jalonné l’histoire de l’Amérique, tels que Gustav Deutsch les cite lui -même : Pearl Harbour la 2ème guerre mondiale, la bombe atomique et la conquête de l’espace, McCarthy et la guerre froide, l’assassinat de John F. Kennedy et le début de la guerre de Vietnam, Duke Ellington et le big band swing, Billie Holiday et le Southern blues, Elvis Presley et le rock n’ roll, Bob Dylan, Joan Baez et le protest song, le Group Theatre, le Living Theatre, l’ Actor’s Studio,(…), le krach boursier de 1929, la Grande Dépression, le Fordisme et les autoroutes, les émeutes raciales et le Ku-Klux-Klan, la Marche sur Washington Martin Luther King.

Les autres, ceux qui ne connaissent pas ou peu l’art d’Edward Hopper auront l‘avantage de découvrir d’une belle manière cet univers très mélancolique, peuplé de solitaires qui est le sien. La reconstitution de la lumière  précise et  caractéristique ainsi que des formes géométriques marquées des lieux que l’architecte Gustav Deutsch s’est évertué à créer « from scratch » est si réussie qu’elle  marque pour longtemps et invite à une découverte approfondie de l’artiste Hopper. En revanche, ils peuvent être désarçonnés par la relative froideur du film, un film expérimental après tout. L’histoire de Shirley est trop fragmentée et parcellaire pour capter durablement l’intérêt, et la seule contemplation de ces « tableaux vivants » peut ne pas être suffisante pour un spectateur en quête de cinéma.

Ce film imprègne littéralement la rétine. L’énorme travail fourni par Gustav Deutsch ne peut laisser indifférent, et on peut lui reconnaître de mettre la lumière sur Edward Hopper et son art, comme annoncé dans le titre du film, et non sur lui-même et ses prouesses artistiques. Mais comme précisé sur le site du film, « it’s art imitating art », et si on veut, on est doublement comblé.

SPOILERS : pour ceux qui souhaitent (re)voir en avance de phase les tableaux choisis par Gustav Deutsch avant d’aller voir le film, voici la liste des 13 tableaux choisis, dans l’ordre chronologique :

– Hotel Room (1931) – New York Movie (1939) – Room in New York (1940) – Office at night (1940) – Hotel Lobby (1943) – Morning Sun (1952) -Sunlight on Brownstones (1956) – Western Hotel (1957) – Excursion into philosophy (1959) – A woman in the sun (1961) – Sun in an empty room (1963) – Intermission (1963) – Chair car (1965)

Fiche Technique: Shirley, un voyage dans la peinture d’Edward Hopper de Gustav Deutsch

Titre original : Shirley, visions of reality – The art of Edward Hopper
Réalisateur : Gustav Deutsch
Genre : Expérimental, drame
Année : 2013
Date de sortie : 17 Septembre 2014
Durée : 92 min.
Casting : Stephanie Cumming (Shirley), Christopher Bach (Stephen), Florentin Groll (Mr. Antrobus), Elfriede Irrall (Mme Antrobus)
Musique : Christian Fennesz
Scénario : Gustav Deutsch
Chef Op : Jerzy Palacz
Nationalité : Autriche
Producteur : Gabriele Kranzelbinder
Maisons de production : Gabriele Kranzelbinder Production
Distribution (France) : KMBO
Credits photos (C) Jerzy Palacz

 

Critique Série : The 100, Saison 1

The 100 – saison 1 : Entre la série post-apocalyptique et le teenage show

Synopsis: 97 ans après qu’une guerre nucléaire ait ravagé la Terre, empêchant des conditions de vie sur la planète et poussant les humains à vivre sur une Arche spatiale. Afin de tester si la Terre peut être repeuplée, l’arche envoie 100 jeunes délinquants, contre leur volonté, dans un vaisseau spatial.

The 100 est l’adaptation du livre de Kass Morgan, The 100 (Les 100, sortie en janvier 2014 en France), qui fut un succès international de la young-adult novel. Le scénariste Jason Rothenberg l’adapte en série, surfant sur la vague des adaptations de dystopie et SF young-adult du moment, (Divergent, The Maze Runner, etc…) et s’adresse alors exclusivement à un public adolescent. Car si l’impression du début nous immerge dans un univers SF et un décor apocalyptique, l’histoire de divise entre complots politiques, rivalités violentes et drames amoureux d’adolescents.

Un sujet intéressant exploité maladroitement

Une bonne idée de départ : une poignée d’adolescents dits « criminels », lâchés sur une terre inexplorée, infectée et hostile. On craint pour leur survie, surtout quand petit à petit, ces adolescents se rendent compte que la terre reste peu accueillante et que le joyeux groupe de délinquants du départ tourne vite en autocratie, voir en anarchie totale. Pour couronner le tout, ils perdent tous contact avec l’Arche, et ces derniers les croient morts. En parallèle, les dirigeants de l’arche s’inquiètent pour leur propres survies. La mère de Clarke, Abby Griffin (Paige Turco) et le chancelier Thelonius Jaha (Isaiah Washington) se retrouvent aux milieux des débâcles politiques et des trahisons. Des nombreux conflits qui remettent en question leur plans de survie sur Terre et mettant en péril la vie des derniers humains.

Des personnages creux à la plastique parfaite

L’histoire sur Terre, se concentre sur peu de personnages, assez archétypes et dont on a du mal à s’attacher. Mise à part leur plastique parfaite, ils parviennent parfois à être raisonnés et touchants puis, bernés et complètement décevants. Tout le groupe gravitent entre Bellamy Blake (Bob Morley), qui s’est auto attribué tous les pouvoirs, et agis à la fois en chef tortionnaire et justicier maladroit. Puis, Clarke Griffin (Eliza Taylor), souffrant d’une surexposition presque horripilante de son personnage. Malgré tout, elle semble demeurer la seule adolescente raisonnée du groupe. En tentant au maximum de faire survivre la communauté d’irresponsables et de reprendre contact avec l’Arche.

Les autres personnages principaux, Octavia (Marie Avgeropoulos), Finn (Thomas McDonell), Jasper (Devon Bostick), John (Richard Armond) et Raven (Lindsey Morgan), sont relégués au second plan dans le seul but de créer des triangles amoureux et des rivalités. Mais l’action reste plate et lente, se prétendant sombre. Leur condition de survie sert alors de prétexte pour justifier des scènes de sexe, ou quelque mort cruelle. Une tentative pour rendre cette série moins « adolescente ». Mais de la violence et de la vulgarité ne rende pas le médiocre meilleur.

L’intrigue devient plus pertinente lorsque apparaissent les « Grounders » (véritables Terriens). Bien sur, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces nouveaux envahisseurs belliqueux. Une guerre s’ensuit, du moins, nous est promise. Dans la mise en scène des combats, il y a manque de crédibilité totale. Des incohérences répétées, parfois même des faux raccords. A croire que rien n’est pris sérieusement, même le peu d’action à la fin.

Plus un drame adolescents qu’une série SF

Une habitude de la chaîne CW, qui dans leurs adaptations de romans adolescents, s’attribuent l’histoire et la modifie plus que de rigueur, dans l’espoir de charmer le même publique. C’est alors assez réducteur de croire que ce public d’adolescents se moque d’un scénario cohérent, du moment qu’on lui sert des beaux acteurs en cartons, quelques combats médiocres et des triangles amoureux bancales.

Finalement l’intérêt pour cette série se divise. Réel série de science-fiction ? Non, plutôt drame adolescent dans un décor apocalyptique. Parfois, on est presque étonnée d’entendre en fond une bonne chanson, mais qui ne colle pas du tout avec le genre. L’action est trop vite effacé par nombre d’intrigues amoureuses, encore une fois pour satisfaire le public jeune, que l’on croit à tort en soif d’idylle. Mais ce genre de rivalités amoureuses décrédibilise le drame principal : leur survie sur terre. Le côté science-fiction s’appauvrit, et n’est pas exploité à bon escient.

Après un cliff-hanger au dernier épisode qui laisse tout le monde sur sa faim, la saison 2 est déjà prévue pour fin octobre. Doit-on s’attendre à une suite plus passionnante? Nous verrons.

Fiche technique : The 100

Créateur : Jason Rothenberg
Saisons : 1
Episodes : 13
Casting : Eliza Taylor (Clarke Griffin), Paige Turco (Abby Griffin), Thomas McDonell (Finn Collins), Marie Avgeropoulos (Octavia Blake), Bob Morley (Bellamy Blake), Christopher Larkin (Monty Green), Devon Bostick (Jasper), Isaiah Washington (Thelonius Jaha), Henry Ian Cusick (Marcus Kane), Eli Goree (Wells Jaha)
Durée : 42 min
Genre : Drame, Science-Fiction
Nationalité : Americaine
Chaine : The CW
Date de Diffusion : Mars 2014 (U.S.A), Inconnue en France
Saison 2 : La saison 2 de The 100 sera diffusée dès la rentrée 2014 sur la chaîne américaine The CW.

 

Critique : La Famille Bélier, un film de Eric Lartigau

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Présenté lors de la semaine de la comédie UGC qui a eu lieu début septembre, La famille Bélier voudrait faire l’événement lors de sa sortie prévue en décembre 2014. Tous les éléments sont en effet réunis pour une sympathique comédie de Noël : un réalisateur solide, un sujet qui allie respect du handicap et développement personnel, des acteurs plutôt populaires, Karin Viard et François Damiens en tête,  et surtout le fait que personne ne peut dire non à une feel good story à cette période de l’année.

La java d’Eric Lartigau, est-ce bien elle qui nous plaît ?

Synopsis : Paula a 16 ans. Elle vit à la campagne et partage son quotidien entre le travail à la ferme et l’école. Pour avoir une chance de côtoyer le beau garçon de ses rêves, elle s’inscrit à la chorale de l’école avec sa meilleure amie. Elle y découvre sa voix, et rêve de réussir le concours d’entrée pour la maîtrise de Radio France. Tout ceci serait bel et bon, si ses parents n’étaient pas sourds, et si cela n’impliquait pas de quitter la grange familiale pour Paris.

Pourtant, malgré tous ces ingrédients La famille Bélier peine à convaincre…

Si Eric Lartigau n’était pas là…

Si l’on devait opposer artiste et artisan, Eric Lartigau rentrerait certainement dans la deuxième catégorie. Il est d’ailleurs assez ironique qu’il soit le réalisateur de l’Homme qui voulait vivre sa vie, tant il semble ne pas se soucier de vivre la sienne. En effet, ses réalisations sont toujours associées au talent des autres : H à celui d’Eric, Ramzy, et Jamel, Mais qui a tué Paméla Rose à  celui de Kad et Olivier, Prête moi ta main à celui d’Alain Chabat, et enfin l’Homme qui voulait vivre sa vie est l’adaptation d’un best seller. Pourtant, malgré sa volonté de ne pas se mettre en avant, il a tout du travailleur consciencieux, dont l’importance ne se vérifie qu’en son absence : Mais qui a retué Paméla Rose fut un échec artistique et commercial total, La femme du Vème, autre adaptation de Douglas Kennedy, est passée complètement inaperçue.

Il se met ici au service du scénario écrit par Victoria Bedos et  Stanislas Carré de Malberg, qui ont travaillé auparavant sur la série Paris XVIème. Et si l’on doit identifier le problème de La famille Bélier, il se trouve certainement dans ce scénario d’une grande faiblesse. Lartigau est à son aise pour structurer des récits, mais il part ici d’un matériel qui manque de folie et de richesse.

Le point de départ est pourtant assez original : on parle très peu de surdité au cinéma, et encore moins dans un cadre familial. Qu’est-ce que ça fait d’être sourd et d’élever un enfant qui parle, et même chante ? A l’inverse, comment vit-on avec cette famille différente quand on est un adolescent qui a envie d’être comme les autres ?

A cela s’ajoute le fait que tout cela se passe dans un contexte de ruralité confrontée à un tournant : les parents de l’héroïne sont agriculteurs, et son père en particulier, se présentent aux élections municipales pour y défendre les fermiers face à la volonté d’urbanisation incarnée par le maire sortant.

Surdité contre parole, adolescence contre parents, campagne contre ville, voilà du carburant pour une histoire drôle mais aussi riche.

Ils ont la structure, mais c’est tout 

Dès les premières minutes, on comprend pourtant que l’unique but recherché est l’efficacité, et que cela passe par une liste très précise de tous les clichés liés au genre de « l’outsider qui réussit contre toute attente ». Ainsi, l’héroïne voit son talent se développer dans l’environnement le plus improbable, mais va mûrir grâce à la rencontre avec un mentor, et, après avoir subi des échecs décourageants, finira par triompher. On a vu cette formule déclinée des milliers de fois, de Rocky à Will Hunting, de Rasta Rockett à Dirty Dancing.

La question de la surdité n’est jamais vraiment posée, et comme le révélait Eric Lartigau dans l’entretien d’après projection, elle n’est que le prétexte à une histoire de réussite malgré la différence. Cela aurait pu être une championne de course issue d’une famille de paralytiques, une peintre issue d’une famille d’aveugles, le scénario n’en aurait pas fondamentalement changé. D’ailleurs, et quoi qu’on pense de la prestation de François Damiens et Karin Viard, il n’est pas sûr que les sourds-muets apprécient que le rôle des parents aient été confiés à des acteurs parlants et peu habitués au langage des signes.

Maintenant, si l’on sait dès la première minute que l’on ne sera jamais surpris par le film, et que l’on restera  tout du long dans une approche superficielle, on peut tout de même s’attendre à éprouver le plaisir lié aux mécaniques bien huilées, aux dialogues savoureux portés par de bons acteurs, à la petite touche d’émotion qui nous prend en traître.

Mais tout est grossier et fade dans cette famille Bélier. Au delà d’une mise en scène strictement fonctionnelle, et d’un jeu d’acteur pas toujours bien juste, on est choqué par la lourdeur constante du propos. Si le principe de base, à savoir une jeune femme qui se distingue de parents sourds-muets en chantant, ne vous choque pas, sachez que l’on a en plus :

  • Une famille de paysans têtus dont le patronyme est Bélier
  • Non pas une mais deux sous-intrigues inutiles uniquement conçues pour que l’on comprenne bien que notre héroïne est indispensable dans la vie de ses parents, et qui disparaissent aussitôt qu’il est acquis qu’elle partira tout de même
  • Une histoire d’amour qui se construit autour de la répétition d’une chanson romantique en duo. Pour être sûr que vous compreniez bien, le professeur de chant les fait chanter en dansant le slow, pour qu’ils se sentent plus à l’aise.
  • Enfin, une déclaration d’indépendance qui s’effectue via une chanson sur un adolescent qui quitte ses parents.

A côté de cette charpente plus qu’apparente, La famille Bélier a peu à apporter, et ne semble même pas avoir envie de jouer son programme jusqu’au bout. Si l’on ne s’ennuie pas trop, le film n’exploite aucune de ses thématiques jusqu’au bout : ni celle de la famille, ni celle de l’apprentissage, ni celle de la comédie romantique, semblant au final être le plan détaillé d’un meilleur film.

Etes-vous pour Sardou ?

Mais la vraie question est : pourquoi autant de chansons de Michel Sardou durant le film ? On en compte au moins 4, si ce n’est plus, que l’on entendra en long en large et en travers, en chorale, a capella, accompagnées au piano, ou en duo. A croire qu’il serait le véritable héros du film.

Cette fascination pour le chanteur du rire du sergent  symbolise la difficulté de La famille Bélier à trouver sa tonalité.

En effet, l’obsession du professeur de musique joué par Eric Elmosnino est tout d’abord présentée comme un élément comique : alors qu’il s’énerve auprès du rectorat d’être coincé dans un trou paumé imperméable à la grande culture, sa première décision est de choisir de faire travailler ses élèves sur l’oeuvre du « grand Michel Sardou ». Histoire que l’on comprenne bien le décalage, on entend les élèves soupirer et se plaindre de devoir travailler sur quelque chose d’aussi ringard. On se dit alors que l’on a là un personnage comique.

Pourtant, au fur et à mesure que la relation mentor / élève s’approfondit, on se rend compte que le choix de ces nombreuses chansons est en fait au premier degré. A tel point qu’on en ressent un certain malaise : qu’il termine son spectacle de fin d’année par un duo d’amour, très bien, mais fallait-il choisir un morceau qui commence par «  A faire pâlir tous les Marquis de Sade, à faire rougir les putains de la rade » ? Fallait-il aussi présenter « Je vole » au concours, sachant que son style variété est assez éloigné des airs classiques conseillés par le jury, et sachant surtout que cet hymne à l’indépendance  est en réalité une métaphore du suicide, comme l’a avoué Sardou à plusieurs reprises ?

La musique de Sardou est à la fois vecteur d’un rire moqueur, à l’image des t-shirts Être une femme 2010 porté par la chorale, et à la fois porteur d’émotion comme lorsque le père entend sa fille chanter « Je vais t’aimer « , en apposant sa main contre ses cordes vocales.

Cette absence de choix rend la performance d’Eric Elmosnino d’autant plus remarquable en ce qu’il incarne dignement ces facettes contradictoires.

Vers des salles de cinéma de solitude ?

Que penser au final de cette famille Bélier ? Plus qu’un mauvais film, le mot qui le qualifie le mieux est insignifiant. Pas très drôle, pas marquant, pas émouvant, pas beau, le film est médiocre en tous points. Dans un contexte ultra-compétitif où une dizaine de films sort par semaine, on a de la peine à se donner une raison d’aller voir celui-ci plutôt qu’un autre, à moins d’avoir de la famille sourde, ou d’être un fanatique de Michel Sardou.

Crédit photos : la photo de groupe est tirée du dossier de presse du film.

Fiche technique : La famille Bélier

Réalisateur : Eric Lartigau
Genre : Comédie familiale
Année : 2014
Date de sortie : 17 décembre 2014
Durée : Non communiquée
Casting : Louane Emera, Karin Viard, François Damiens, Eric Elmosnino
Musique : Evgueni et Sacha Galperine, en plus des chansons de Michel Sardou. Scénario : Victoria Bedos, Stanislas Carré de Malberg
Nationalité : France
Producteur : Eric Jehelmann, Philippe Rousselet
Maisons de production : Jerico, Mars Film
Distribution (France) : Mars Distribution

FEFFS – Chronique N°3 du 16 Septembre 2014

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FFEFS 2014 – Loup-garou, Sion Sono et fantôme en plein air

Après une Masterclass et une succession de neuf films de plus ou moins bonnes qualités en deux jours, c’est un rédacteur éreinté mais plus que jamais motivé qui se lève en furie, avale un bol de céréale expéditif, engloutit une tasse de café bien corsé et se dirige de bon train vers la salle de projection réservée à la presse et au jury. Y sera projeté à 11h un film en compétition internationale traitant du mythe du loup-garou. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut aller voir un film en compagnie de Tobe Hooper. L’homme est très réservé, très peu bavard et c’est davantage Juan Martinez Moreno, autre membre du jury, qui amorce les discussions avec les personnes à ses côtés, balançant tout un tas d’anecdotes à base de « fuck and I say Fuck again » qui finit le plus souvent dans des rires gras. Une bonne manière d’amorcer la journée. Xavier Palud, le dernier membre du jury, étonne par son absence. Un problème technique contraint un bénévole à expliquer la situation à Tobe Hooper. Se fondant dans des excuses sincères, ce dernier nous demande de changer de salle et d’aller dans la plus grande salle du festival. Aucun problème.

Chers lecteurs, voici la troisième chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

Late Phases

Réalisé par Adrian Garcia Bogliano (2014). Date de sortie prochainement annoncée.

Ambrose, vétéran aveugle du Vietnam, est doté d’un esprit délicieusement sarcastique qui en offusque plus d’un. Son arrivée se passe mal dans sa nouvelle maison, au milieu de retraités suffisants et moralisateurs : il insulte le comité d’accueil, puis son chien et sa voisine sont sauvagement tués durant la nuit. La police parle d’une attaque de chiens sauvages ; Ambrose, quant à lui, pressent qu’il a affaire à une bête bien plus féroce et se prépare, avec une rigueur militaire implacable, pour la prochaine pleine lune.

 

Présenté pour la première fois en France, Late Phases est un petit film de seconde zone dans lequel nous est présenté un vétéran aveugle devant faire face à un loup-garou. Un film au pitch qui peut paraître très second degré mais qui ne l’est finalement pas, tant le réalisateur aime à filmer cette situation -aux premiers abords surréalistes- de manière franchement plausible. Première production anglaise pour Adrian Garcia Bogliano, à l’origine d’une dizaine de courts métrages et autant de longs (on lui doit aussi le segment « B is for Big Foot » de ABC’s of Death), Late Phases n’a pas la prétention d’être un grand film et tend seulement à offrir un moment hommage au genre loup-garou. Un peu fauché, cheap par moment, le film n’en reste pas moins attachant car le réalisateur semble avoir des intentions honnêtes et offre un moment efficace de genre à défaut de transcender. Alors que Bubba Ho-Tep voyait un Bruce Campbell elvissien affronter une momie ancestrale, Late Phases nous montre un senior malvoyant affrontant une meute de loup-garous. Un postulat de départ en apparence similaire au film de Don Coscarelli, l’humour et l’epicness des situations en moins. C’est davantage une lettre d’amour aux films de loup des années 80 (plus d’une vingtaine productions ont été réalisées durant cette période). Hommage qui se ressent dans l’apparition des monstres à l’écran, incarnés par des hommes en costumes, moins effrayants certes mais franchement plus sincères. Pas d’effets numériques, juste de l’horreur dans ce qu’elle a de plus artisanale et en soi, c’est déjà assez appréciable. Le film pose une ambiance, un contexte familial compliqué et pose quelques réflexions sur les retraites de ces personnes, patientant vainement avant la mort, abandonnés par une société qui ne sait plus quoi en faire. Touchant par moment, le film revient vite à son postulat de départ par le biais de cette gueule de cinéma qu’est Nick Damici (We Are What We Are, Stake Land) qui nous offre un très bon personnage de vétéran renfermé, sans langue de bois et têtu comme personne. Ajouté à cela une galerie de personnages interprétés par des acteurs ayant performés dans les années 80 et vous serez face à un film qui arbore fièrement son postulat d’hommage à ces années-là. Gore par moment, abordant quelques réflexions bien senties et honnête dans son approche, Late Phases est une série B sans prétention qui ne marquera jamais les esprits mais est suffisamment efficace pour distraire les amateurs. Late Phases est comme un soufflé qui aurait dégonflé, ce n’est plus un plat qui impressionne mais ça reste tout de même bon à manger.

Note de la rédaction : ★★★☆☆  

La salle se vide et une envie pressante se fait ressentir. Je n’étais apparemment pas le seul. Tobe Hooper rentre dans les toilettes et s’installe à mes côtés. Le temps se fige. Il n’y a que nous deux. Aucun mot n’est échangé. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut se vanter (ou pas) d’uriner à côté du réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse.

Rendez-vous avec la Peur

Réalisé par Jacques Tourneur (1957). Sortie qui avait été reprise le 31 mars 2004.

Un psychologue veut révéler au monde le charlatanisme dangereux d’un magicien, mais ce sataniste lui jette un sort. Après une série d’événements inexplicables, la rationalité scientifique du psychologue est bien entamée. 

Troisième jour et je n’ai pas encore mangé une spécialité locale. Il est temps d’aller déguster une de ces bonnes tartes flambées du festival, au prix de six poulpes (la monnaie du festival). Délicieux moment durant lequel une réflexion s’est imposée sur le prochain visionnage. 2030, film vietnamien jugé « ennuyeux » par certains festivaliers ou le film rétrospective Rendez-vous avec la Peur de Jacques Tourneur. Bah, un bref retour dans une certaine époque du cinéma ne peut pas faire de mal. Et puis on parle tout de même du réalisateur de Vaudou ou La Féline, ce dernier film avait d’ailleurs été cité dans The Canal, la veille. Comme toujours avec les films d’antan en noir et blanc, ce qui me charme le plus, ce sont les performances des personnages qui enchaînent rapidement les lignes de dialogue. C’est tellement téléphoné mais ça donne une certaine intensité dans l’intrigue. Je reste toujours émerveillé devant ces acteurs originellement de théâtre qui pensent plus par le dialogue que par les gestes du corps. Intitulé Night of the Demons dans sa version anglo-saxonne, Jacques Tourneur oppose à nouveau avec ce film le scepticisme de la science face aux événements paranormaux. Le rationnel contre le surnaturel. Jacques a choisi son parti et laisse une large porte ouverte à l’existence d’une forme de monde de l’au-delà. Mystérieux, tendu et plongé dans une atmosphère aussi démoniaque que proche de nous, Rendez-vous avec la Peur nous propose une sombre étude de ces rites démoniaques et montre l’impact de la superstition dans nos sociétés. Tout le film n’est qu’un long (et parfois ennuyeux) parcours où la rationalité du scientifique va être mise en mal, laissant place comme au début du film à une croyance dans ce qui semblait être l’irréel. Jacques Tourneur a le bon sens de toujours suggérer plutôt que de représenter. Le démon n’étant visible qu’à deux reprises, au début et à la fin du film. On lui reprochera ce choix artistique, nous donnant trop facilement les clés de l’intrigue, même si on aurait pu croire à une supercherie. Mais il convient de savoir qu’à l’époque les producteurs du film ont tranché et remodifié la version finale, d’où peut-être l’absence de suggestions de la part du réalisateur. Qu’à cela ne tienne, Jacques Tourneur nous offre un petit bijou de cinéma fantastique au récit diablement intéressant. Un film qui a parfaitement sa place dans cette rétrospective Sympathy for The Devil.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Why Don’t You Play in Hell ?

Réalisé par Sion Sono (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Dix ans plus tôt, le clan Kitagawa a attaqué la demeure de Muto, leur rival, et s’est vu décimer par la femme du chef yakuza. Celle-ci a été emprisonnée, et leur fille, Mitsuko, n’a pas pu poursuivre sa carrière d’actrice précoce dans une publicité irritante pour du dentifrice. Une équipe de cinéastes volontaires mais maladroits, les Fuck Bombers, vont être amenés à filmer la guerre opposant les deux clans yakuzas. 

 

Réalisateur prolifique -trente-six films en moins de trente ans- Sion Sono est un homme qui a déjà marqué l’histoire du cinéma avec l’épopée Love Exposure en 2008. Ses dernières productions que sont Cold Fish, Guilty of Romance et A Land of Hope ont également beaucoup plu à la critique et à ses plus fidèles fans à travers le monde. On le retrouvera également dans un segment de ABC’s of Death 2 (dont nous vous parlerons prochainement). Sélectionné dans la compétition internationale de la Mostra de Venise 2013 et récompensé du Prix du Public à l’Etrange Festival 2013, cet hommage vibrant et complètement décalé au cinéma débarque dans les salles strasbourgeoises pour une séance de minuit qui s’annonce loufoque à souhait. Après quelques films auteurisants, le réalisateur japonais nous offre très certainement l’un de ses plus gros délires cinématographiques. Du WTF made in Japan comme on aime, surtout en séance de minuit mais que j’ai malheureusement visionné le lendemain en séance du soir. Why Don’t You Play in Hell ? est une sorte de farce, une parodie de la culture japonaise mais surtout un film qui rend hommage au cinéma dans toute sa splendeur. Cette bande de gamins amateurs qui vouent leur vie à faire des films et à attendre le projet ultime, c’est assurément le regard de Sion Sono sur lui-même. D’une chanson farfelue pour un dentifrice va découler un véritable bain de sang final et jubilatoire qui voit s’affronter deux clans mafieux aux intentions complètement dingues. L’absurde croise le film de samouraïs qui lui-même croise la romance à la japonaise qui s’entremêle avec le film métaphysique avant de s’achever dans le film de combat ultime et gore à outrance. Sion Sono incorpore au récit une quantité titanesque d’idées saugrenues, et ce à un tel point qu’il faudrait des jours pour évoquer en détails toutes les trouvailles surréalistes de ce réalisateur qui semble très certainement lorgner vers le Kill Bill de Tarantino. Une manière pour Sion Sono de déclarer son amour pour le film de Quentin ? Peut-être. Un personnage du film hurlant à tout-va qu’il souhaite réaliser le plus grand film de tous les temps. Le film met du temps à se mettre en place et il faut attendre véritablement la dernière demi-heure pour que l’humour et la violence travaillent de pair afin de donner le combat filmé WTF de la décennie. Le récit loufoque n’empêche cependant pas le réalisateur d’offrir quelques moments sérieux qui illustrent cette passion du cinéma, cette fibre qui pousse le réalisateur à réaliser tous ses films comme s’il s’agissait du dernier. Sion Sono est un réalisateur unique, le seul à même de mélanger tout un ensemble de genres sans tomber dans le grotesque ou la bêtise. Punk dans l’âme, jubilant de ce qui fait l’essence de son cinéma et passionné avant tout, Sion Sono et son nouveau délire cinématographique sauront plaire à un public aussi passionnés et dingues que lui. Il était indispensable de proposer ce film en séance de minuit. Insensé et loufoque, Why don’t You Play in Hell ? est un hommage poignant et décalé au cinéma. La plus belle représentation d’un homme qui aime véritablement ce qu’il fait.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

S.O.S. Fantômes

Réalisé par Ivan Reitman (1984). Sortie le 12 décembre 1984 et reprise annoncée pour novembre 2014. 

David, archiviste, est persuadé que sa femme le trompe. Tout empire quand il découvre un film lui apprenant que sa maison a été le théâtre de brutaux assassinats. Stressé au plus haut point, David se persuade vite que sa demeure est hantée.

La séance précédente s’achève et je n’ai que quinze minutes pour foncer à la Place de la Cathédrale pour la projection en plein air de S.O.S Fantômes. Google Maps m’annonce que je peux y être en vingt-cinq minutes. Challenge accepté et réussi, j’arrive douze minutes plus tard sur la place, exténué mais bien arrivé. Tous comme 800 personnes déjà installées. Et autant sont debout ou allongées au sol. Une projection à l’ambiance unique où mes voisins de sols avaient apportés des bières, du fast-food, quelques bouteilles vins et les plus fantaisistes ont même pensé à rapporter un peu d’herbe. De délicieuses senteurs végétales et gastronomiques flottaient dans l’air, donnant à cette séance un parfum unique. Les gens ont dû croire que cette projection était une rétrospective Woodstock. Bref, l’écran s’allume, le titre apparaît à l’écran et les voix se lèvent pour chanter en chœur le générique de « Ghostbusters » de Ray Parker Jr . Moment unique. Chaque apparition de Bill Murray à l’écran était accompagnée d’une salve d’applaudissements et de fous rires à la plupart de ses lignes de dialogue. Les cloches de la cathédrale grondèrent chaque quart d’heure donnant une ambiance quasi-religieuse au visionnage de ce classique de la comédie fantastique américaine. Quelques plaisanteries grivoises furent hurlées par certains spectateurs, et un expressif « Il pleut du sperme ! » fût clamé dans l’auditoire lorsque de l’ectoplasme tombe sur New-York, générant quelques fous rires coupables. Le Bibendum Chamallow et le final dans la tour étant l’apogée d’un public surexcité et désireux de revendiquer son amour pour le film culte de toute une génération. Applaudissement tonitruant, hurlement et sifflement achevèrent la projection du film d’Ivan Reitman. Une ambiance épique, unique et assurément l’un des grands moments de ce festival. Et sinon le film ? S’il y a Bill Murray, c’est forcément bien.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

Fin de journée, la nuit s’est abattue depuis longtemps sur Strasbourg. Joli ciel étoilé et l’occasion pour moi d’aller boire un verre et de manger un cheeseburger mérité avec mon hébergeur. Quelques réflexions instinctives sur les films vus aujourd’hui. Ouai, Why Don’t You Play in Hell ? était vraiment dingue comme film. Au programme demain, du samouraï allemand, un thriller scandinave déjà culte, l’attaque de zombies castors et d’autres trucs encore. A demain, les fantômes !

Critique : Les Recettes du Bonheur, un film de Lasse Hallstrom

Critique Les Recettes du Bonheur

Synopsis : Hassan Kadam quitte son Inde natale avec sa famille. Ils s’installent tous ensemble dans le sud de la France, à Saint-Antonin-Noble-Val, pour y ouvrir un restaurant indien, la Maison Mumbai. Ce projet n’est pas du tout du goût de Madame Mallory, la propriétaire hautaine et chef du réputé Le Saule Pleureur, restaurant étoilé au Guide Michelin. Une guerre sans pitié débute : cuisine indienne contre haute gastronomie française. Hassan va cependant se passionner pour la grande cuisine française et pour la charmante sous-chef Marguerite.

La France de Pernaut

Hassan Kadam (Manish Dayal) fuit l’Inde avec sa famille, après le décès de sa mère dans un incendie, suite à un soulèvement de la population. Exilés en Angleterre, le climat et les légumes ne font pas leur bonheur. Ils décident de partir dans le Sud de l’Europe. Un accident de voiture, va les faire échouer dans la ville de Saint-Antonin-Noble-Val. Le père, Papa Kadam (Om Puri), décide de s’y installer et d’acheter une vieille bâtisse et d’en faire un restaurant indien. Mais juste en face, Madame Mallory (Helen Mirren), possède un restaurant de gastronomie française étoilé. La guerre va s’installer entre eux, alors qu’Hassan Kadam va tomber sous le charme de la sous-chef adverse, Marguerite (Charlotte Le Bon).

Durant deux heures, on se retrouve dans une version longue du journal de Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Pour commencer, Hassan Kadam résume sa vie à un garde frontière hollandais : L’inde, c’est dangereux mais les épices sont savoureuses et en Angleterre, il pleut tout le temps et la nourriture n’est pas bonne. Ce début des plus simplistes, n’est pas très emballant. Cela ne s’arrangera pas en France, dans cette ville de campagne ou les habitants parlent tous anglais ou du moins, le comprennent. Ou les légumes sont comme dans les publicités : ils sont gros, brillants et délicieux. Ou les gens s’appellent : Marguerite, jean-Pierre, Paul ou Marcel. Ou le pain est fait maison, tout comme le fromage et l’huile d’olive. Nous sommes dans la France des années 50, tel que la voit les américains. il ne manquait plus que la baguette et le béret. En échange, on a Marguerite sur son vélo avec sa panière et sa robe à fleur, trop mignonne.

C’est une production Walt Disney, cela ne fait aucun doute. De plus, Oprah Winfrey et Steven Spielberg, sont les producteurs. Ils nous offrent une carte postale de cette France, qui sent bon le terroir, douce et chaleureuse, qui accueille une famille indienne, sans animosité. C’est beau, ça fait rêver, mais c’est du foutage de gueule. Certes, on a un semblant de racisme assez bref, juste pour marquer le coup, avec le désormais célèbre « La France aux Français ». Ce qui est très drôle, vu qu’ils parlent anglais et travaillent pour une anglaise. C’est d’ailleurs Helen Mirren qui va nous faire une leçon de démocratie en nous rappelant que notre pays, c’est « Liberté, égalité, fraternité ». Il ne manquerait plus qu’elle entame la Marseillaise, oh wait! On notera qu’Helen Mirren abuse du fond de teint, elle a presque un masque et durant les gros plans, c’est un peu gênant.

Cette version édulcorée de la France profonde, est ennuyeuse. Elle est aussi plate que la romance entre Manish Daval et Charlotte Le Bon, pourtant ils sont très bien tout les deux, ce qui est assez surprenant de la part de la seconde. Le casting sauve un peu l’ensemble, même si celui côté français, est un peu à la ramasse, à l’image de Michel Blanc, assez effacé, c’est étonnant. Les meilleurs moments se déroulant lors des scènes portées par la musique indienne, ou Lasse Halström se fait plaisir en enchaînant les plans séquences. C’est rythmé et presque enthousiasmant. Mais pour un film qui parle de cuisine, on reste un peu sur sa faim. C’est aseptisé, plat et l’épisode parisien, n’apporte vraiment rien à l’histoire. Puis c’est tellement cliché et convenu, qu’on n’est jamais surpris.

Les Recettes du Bonheur est un film qui se regarde, où le parfum des épices ne parvient jamais jusqu’à nos narines. Un produit totalement inoffensif, qui ressemblerait à un téléfilm de France 3, s’il n’y avait pas ce casting et Lasse Halström à la réalisation. Même si ce dernier est devenu un metteur en scène bien fade, qui a perdu son talent dans des productions souvent ennuyeuses et sans ambitions.

Fiche technique : Les Recettes du Bonheur

The Hundred Foot-Journey
USA – 2014
Réalisation : Lasse Hallström
Scénario : Steven Knight d’après le livre « Le voyage de cent pas » de Richard C. Morais
Distribution : Helen Mirren, Om Puri, Manish Dayal, Charlotte Le Bon, Farzana Dua Elahe, Amit Shah, Michel Blanc, Clément Sibony et Vincent Elbaz
Photographie : Linus Sandgren
Montage : Andrew Mondshein
Musique : A.R. Rahman
Production : Steven Spielberg, Oprah Winfrey et Juliet Blake
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Genre : Comédie dramatique
Durée : 122 minutes
Date de sortie française : 10 septembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Critique : A Long Way Down, un film de Pascal Chaumeil

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Le suicide comme thérapie de groupe, ou comment se remonter le moral entre dépressifs. C’est le crédo d’A Long Way Down, comédie britannico-allemande réalisée par le Français Pascal Chaumeil et présentée en sélection à la dernière Berlinale. C’est un regard plein d’ironie bienveillante sur ce taux de suicidés qui augmente autant que notre confort de vie. Pourtant malgré cette ironie, la sélection à Berlin, les acteurs et un petit côté international, il reste un film petits bras et la désagréable impression d’un manque de quelque chose, qui ressemblerait à un grain de folie.

Synopsis : La nuit de la Saint-Sylvestre, quatre désespérés se retrouvent par hasard au sommet d’un building londonien pour mettre fin à leurs jours. Cette rencontre fortuite va faire d’eux des amis et les pousser à se redonner mutuellement goût à la vie.

Tromperie Sur La Marchandise

Sur le papier tout partait bien, même si on le sait que Pascal Chaumeil n’est pas le nouveau Claude Sautet, on avait un scénario qui tenait la route et se payait le luxe d’être un brin irrespectueux. Bref, on avait sous les yeux une Rolls, pas du genre tape-à-l’œil, plutôt de qualité, racée et taillée pour la postérité. Sauf qu’en soulevant le capot, la Rolls a un moteur de Trabant, ça avance (doucement), c’est solide (surement), mais il manque tout ce qui fait le sel du haut de gamme. A Long Way Down est donc étrange, tous les ingrédients du très bon film sont là et devraient faire alchimie mais voilà, quand on les mélange ça ne prend pas. On sourit parfois, on ne rit pas souvent et on se demande pour quelles obscures raisons on trouve ce film moyen.

De l’audace, encore de l’audace, et toujours de l’audace !

Il faut le redire, Sylvain Chaumeil n’est (peut-être) pas le réalisateur qui convenait à ce film, d’ailleurs à quel film pourrait-il bien convenir ? Sa mise en scène et une récitation des basiques (très basiques) d’un étudiant en cinéma : les différents plans, les différents mouvements, le montage, etc… Si vous cherchez de l’audace passez votre chemin, ici vous êtes hors sujet. Il faut croire que le bonhomme est trop âgé pour une remise en question et qu’il a décidé de finir sa carrière bien assis sur ses acquis. Sa carrière d’ailleurs surtout s’est cantonnée à la télévision ou à travailler avec Luc Besson. Comment donc en est-il arrivé à diriger Pierce Brosnan ? Excellente question.

Un pour tous et tous pour Toni Collette !

Parce-que Pierce Brosnan, comme ses trois autres comparses, frise plus d’une fois l’excellence, chose habituelle avec les acteurs britanniques Imogen Poots, britannique elle aussi, se révélait déjà avant de confirmer son talent dans le laborieux Need For Speed. Need For Speed où elle avait déjà comme partenaire Aaron « je plais aux filles » Paul, un acteur ni bon ni mauvais dont on dira qu’il est fade, neutre, voir ennuyeux. Peut-être à cause de Toni Collette (déjà exceptionnelle dans Little Miss Sunshine), pénible actrice pour ses partenaires même bons, car son talent vampirise littéralement le leur. Cette actrice a du génie, un jeu naturel (sans être naturaliste) qui semble ne lui demander aucun effort.

Toute Première Fois

Un beau gâchis dont Pascal Chaumeil est surement en partie responsable, vraiment étonnant donc que le film a été sélectionné à la Berlinale, festival de cinéma qui jouit pourtant d’une belle crédibilité, auprès des cinéphiles comme auprès du grand public. C’est quand même frustrant, ces films qui passent à côté (à moins que ce ne soit nous qui passions à côté), un peu comme cette première relation sexuelle, qu’on attend autant avec désir qu’avec appréhension et qui finit très souvent par une grosse déception. Fort heureusement, cette déception engendre rarement une rupture et même si on pourra éviter à l’avenir Pascal Chaumeil, restons fidèles à Brosnan, Collette & co.

Fiche Technique : A Long Way Down

Réalisateur: Pascal Chaumeil
Casting: Pierce Brosnan, Toni Collette, Aaron Paul, Imogen Poots, Rosamund Pike et Sam Neil
Année : 2013
Sortie France : Prochainement
Durée : 96’
Musique : Dario Marianelli
Genre : Comédie Dramatique

Date de sortie prochainement (1h36min)

Auteur : Freddy M.

FEFFS – Chronique N°2 du 15 Septembre 2014

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FEFFS 2014 : Chien malicieux, pizza  abjecte et adolescence désenchantée

Après une première journée chargée en bons films et en café, la seconde journée voyait le programme s’intensifier puisque ce n’est pas moins de cinq films que j’avais l’intention de voir. Couché à 04h et réveillé à 08h par un chien (un Jack Russel terrier comme dans The Artist) qui a décidé d’employer mon dos comme couchette, la journée s’avérait être plutôt longue. C’était sans compter la générosité des locataires de l’appartement. Café et croissants m’attendaient au réveil. Une attention particulière qui m’a permis de ne pas perdre de temps et de directement m’atteler à la rédaction des chroniques de la veille. Quelques heures plus tard, un litre de café englouti, un sandwich en coup de vent et je m’imposais un nouveau marathon de films à voir. La charmante bénévole d’hier étant admiratif de mon programme de spectateur assidu des salles obscures. Plus de neuf heures assis dans la même salle, ça forge le respect. Mais je ne le fais que pour l’amour du cinéma. Et puis, c’est gratuit. Bref. Mais après projection des films, je ne pense pas être aussi dithyrambique que la veille. Si la journée d’hier était sous le signe des vampires, celle d’aujourd’hui est sous le signe de l’adolescence désenchantée avec Westlands et White Bird, le dernier Gregg Araki

Chers lecteurs, voici la seconde chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour LeMagduCine

Doc of The Dead

Réalisé par Alexandre O. Philippe (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Les morts-vivants ont parcouru un long chemin depuis leurs débuts au cinéma, en 1932, dans White Zombie. Doc of the Dead viendra combler les vides de vos connaissances sur cette culture quasi obsessionnelle qu’ils ont inspirée. Ce documentaire traite en profondeur de l’évolution du zombie au cinéma et dans la littérature, et de l’impact et de l’influence qu’il a eus sur la culture populaire.

Après avoir entre autres réalisé The People vs. George Lucas et The Life and Times of Paul the Psychic Octopus, tous deux présenté au FEFFS en 2010 et 2012, Alexandre O. Philippe revient avec un nouveau documentaire et s’intéresse cette fois-ci à l’impact et la place du zombie dans notre société. Le réalisateur en profite pour revenir sur un historique du mythe zombie au cinéma et peut se targuer d’un casting d’intervenants professionnels impressionnants (George A. Romero, Simon Pegg, Joss Whedon, Max Brooks, Bruce Campbell, Tom Savini, Robert Kirkman et j’en passe). Si le sujet est toujours aussi intéressant et que le propos est bien étayé, il faut reconnaître que le documentaire ne se démarque absolument pas de modèles du genre documentaire et propose une ressasse en termes de mise en scène et de fil conducteur. Il faut savoir que ce documentaire est une commande pour la télévision et que les moyens sont forcément plus limités mais bien heureusement, Alexandre O. Philippe ne s’en sort pas trop mal. Ainsi, Doc of the Dead présente une succession d’images d’archives, d’entretiens, de vidéos reportages lors de Zombie Walk et d’extraits de conférences pour nous informer sur l’impact majeur du zombie dans la culture populaire et notre société en général. Idéal pour la télévision, ce documentaire ne vaut certainement pas une sortie en salles et disons qu’il ne s’agit là qu’une rare occasion pour les français de découvrir ce reportage. A défaut de proposer une certaine audace dans la mise en scène, Doc of the Dead est un documentaire distrayant dans le sens où il apporte quelques bonnes réflexions sur notre société et notre rapport aux zombies, le tout dans une certaine bonne humeur collective. Convenu mais diablement intéressant.

Note de la rédaction : ★★★☆☆  

Wetlands

Réalisé par David Wnendt (2013). Date de sortie prochainement annoncée. 

Helen est une adolescente non-conformiste qui entretient une relation conflictuelle avec ses parents. Passant la plupart de son temps à traîner avec son amie Corinna, avec qui elle transgresse un tabou social après l’autre, elle utilise le sexe comme un mode de rébellion et casse la morale bourgeoise conventionnelle. Après un accident de rasage intime, Helen se retrouve à l’hôpital où il ne lui faut pas longtemps pour faire des vagues. Mais elle y rencontre Robin, un infirmier dont elle va tomber follement amoureuse… 

Hier, la sélection Crossovers nous présentait A Hard Day, un polar coréen qui lorgnait le plus souvent vers l’humour noir. Avec Wetlands, l’Allemagne nous offre une vision de l’adolescence désenchantée, obsédée, fantasmée et désorientée. En janvier dernier, le film avait enflammé les spectateurs du Festival de Sundance. A Strasbourg, il sera très certainement LE film de cette journée et l’un des chocs du festival tant le film nous montre, nous suggère, nous balance à l’écran une multitude de séquences crasseuses, tabous et trashs. Le film est franchement osé, à la limite de la vulgarité mais jamais il ne tombe dans la gratuité et l’ensemble du récit n’a pour but que d’illustrer pleinement cette période de l’adolescence où l’on se cherche et où l’on doit faire face à ses démons. Adapté du roman de Charlotte Roche, véritable best-seller, Wetlands est un cinéma mal élevé, effronté qui aborde frontalement des sujets tabous et difficiles à représenter à l’écran. Rarement la sexualité aura été montrée avec aussi peu de délicatesse et autant de grossièreté. Le plus fascinant étant que l’on entre avec plaisir et culpabilité dans ce récit. Une seule séquence suffit pour évoquer l’aspect outrageant de ce film pas comme les autres. L’héroine du film conte une légende sur sa pizza favorite, celle où deux jeunes femmes ont dégusté une pizza sur laquelle quatre hommes s’étaient masturbés dessus. Ce n’est pas simplement conté, le réalisateur représente littéralement cette séquence à l’écran. Au ralenti. Sur une musique classique jusqu’à l’éjaculation des hommes, filmés en gros plan. L’ensemble des spectateurs de la salle de cinéma ne savait pas de quelle manière réagir face à cette séquence. Regards figés ou détournés et rires nerveux mais affirmé ont finalement rallié un peu tout le monde. Au-delà de cette séquence, le film évoque aussi les fractures familiales et ces lourdes conséquences sur les enfants. Pop et coloré, l’esthétisme est l’un des points forts du film, sans compter sa bande-originale rock et punk à souhait. Jamais manichéen, plutôt juste et inspiré, dopé à l’adrénaline, Wetlands est un portrait de l’adolescence sous acide et sans préservatif. Après Guerrière qui avait également beaucoup fait parler de lui, David Wnendt confirme qu’il est l’un des auteurs allemands à suivre. Une sorte de mauvais garçon qui n’a pas fini de déranger dans les chaumières. Et c’est tant mieux.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Killers

Réalisé par   Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Un tueur japonais et un journaliste indonésien, apprenti meurtrier, se provoquent en mettant en ligne les vidéos de leurs méfaits. La compétition peut commencer… 

 

Projeté sur le devant de la scène internationale en 2009 avec Macabre, un premier long-métrage brut et efficace, les Mo Brothers reviennent avec ce second film, sélectionné dans la compétition internationale. Entre temps, la vivacité du cinéma indonésien a explosé avec l’impact de Gareth Edwards et de son diptyque The Raid. Ce n’est pas pour rien que Timo Tjahjanto est le petit protégé de Gareth, qu’ils ont tourné ensemble un sketch pour V/H/S 2 (assurément le meilleur du film !) et que c’est Merantau Films, la boîte de production de Gareth Edwards qui finance ce film. Et autant dire que l’on ressent l’impact de ce dernier sur certains plans et notamment les plus dynamiques. Malheureusement, les Mo Brothers sont encore loin de Gareth tant en termes de mise en scène que d’écriture. Il y avait assurément une idée à creuser sur le papier mais dès les premières minutes, on aborde difficilement le film tant le scénario est alambiqué, s’acheminant même vers le grotesque. Bancal, comportant de lourdes maladresses et rallongé à l’extrême, Killers se perd dans son écriture à force de vouloir comporter des intrigues et sous-intrigues. Les personnages sont dès lors mal-écrits car trop instable sur la longueur tandis que les motivations et la compétition, point central du film, deviennent de moins en moins lisibles. Trop ambitieux et pas assez maîtrisé, Killers perd tout sens à vouloir lier toutes ses intrigues et devient au final plus qu’improbable, nous éloignant plus que jamais des personnages du film. Sans compter une morale du film plus que discutable. Les défenseurs du film souligneront son second degré et le fait que jamais Killers ne souhaite être réaliste. Pas convaincu pour autant, tant le film montre les travers pathétiques d’être un tueur mais se prend tellement au sérieux qu’il ne sait plus comment être présenté. Trop strict pour une comédie noie, trop ridicule pour être un vrai thriller sordide. A l’inverse, on peut reconnaître la réussite formelle de la mise en scène, bien qu’en deçà de celle de Gareth Edwards. N’est pas maître qui veut. C’est beau, fluide et énergique. Je n’ose pas imaginer ce que cela aurait rendu sur un format plus abordable comme le 90min car les 140 minutes ici paraissent très longues. Les deux gars ont bien appris mais ils leur reste encore à s’améliorer et on est encore loin de la perfection esthétique de The Raid 2. Au final, le film souffre avant tout des invraisemblances et de son scénario ficelé à la va-vite. A vouloir trop faire dans l’excès, Killers nous excède et finit par lasser. Le genre de films qui continuera son parcours dans les festivals mais qu’on oubliera très rapidement.  En 2015, on espère que Timo Tjahjanto sera capable de surmonter cette erreur de parcours avec sa première réalisation seule, The Night Comes for Us, toujours produite par Merantau Films et Gareth Edwards.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆   

The Canal

Réalisé par Ivan Kavanagh (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

David, archiviste, est persuadé que sa femme le trompe. Tout empire quand il découvre un film lui apprenant que sa maison a été le théâtre de brutaux assassinats. Stressé au plus haut point, David se persuade vite que sa demeure est hantée.

 

Egalement en compétition officielle, la projection de The Canal a été remarqué par la présence du Jury dans la salle, à savoir son Président Monsieur Tobe Hooper, Juan Martinez Moreno (Lobos de Arga, ABC’s of Death 2) et Xavier Palud (Ils, A l’aveugle, etc.). Avant la séance, l’acteur Steve Oram est venu saluer la salle et nous a promis de nous retrouver à la fin de la projection du film.

Une salle mitigée qui oscillait entre la satisfaction et le scepticisme, The Canal laisse un peu tout le monde sur sa faim. Ivan Kavanagh nous hurle son amour pour le cinéma avec cette histoire d’archiviste qui adore La Féline et passe ses journées à décortiquer de vieilles pellicules. C’est bien, mais son film n’est qu’un exercice d’école. Trop classique, trop prévisible, trop peu impliqué. S’il se rattrape sur quelques beaux plans esthétique, Ivan nous laisse un film au rythme cruellement long, sans intensité et dont le schéma nous est déjà parvenu des dizaines de fois au cinéma. De ma propre expérience, ce film me rappelle When the Lights Went Out, un autre film de fantôme britannique sorti en 2011 qui jamais n’arrivait à nous surprendre. Si l’on n’attend qu’une ressasse du film de fantôme, il est assuré que ce film saura vous plaire. Ici, le traitement est tellement soporifique, le twist final rapidement deviné et le film semble tellement incapable de nous surprendre qu’on subit le déroulement de l’intrigue avant sa conclusion attendue. A nouveau, une belle photographie monte un peu le niveau du film mais depuis hier, ils sont nombreux les films à arborer fièrement une esthétique soignée et très léchée. The Canal ne se démarque pas plus de ses concurrents et devient par moment très aseptisé pour les plans en intérieur. Ce qu’il manque ici, c’est une profondeur du récit. Maladroit, déjà-vu et terriblement bancal, The Canal n’a pour lui que la passion de son réalisateur qui tente vainement de faire un film de fantôme qui pourrait apporter une nouveauté au genre. Même les acteurs à l’interprétation honnête, mais sans transcender, ne nous font pas oublier les tenants et aboutissants d’un scénario sage, pour ne pas dire transparent.

FEFFS-2014-strasbourg-The-Canal-Steve-Oram

Et c’est dans ces conditions que Steve Oram nous a rejoints à la fin de la séance. De nombreux applaudissements s’affirmèrent dans la salle pour éviter un certain malaise pesant. Quelques questions superficielles et auquel Steve Oram ne pouvait pas vraiment répondre. « I’m not the director » nous rétorque-t-il quand on l’interroge sur la photographie du film. Déjà-vu chez Ben Wheatley où il tenait le premier rôle du plaisant Touristes, l’acteur nous confie que c’est après avoir vu ce film que Ivan Kavanagh l’a contacté pour lui offrir ce rôle de policier. Steve Oram s’attarde un peu sur ces rôles d’enquêteur qu’on lui propose sans cesse et s’exclame avec autodérision « Est-ce-que j’ai l’air d’un flic bourré ? ». Pour son personnage, l’acteur dit s’être inspiré de la série Regan (The Sweeney), une série anglaise dans les années 70 sur le milieu de la police avec son lot de corruption et de méthodes illégales. S’agissant de l’acteur, peu de questions pertinentes sont posés sur le film, ce dernier ne pouvant y répondre avec autant d’authenticité que le propre réalisateur. Avant de conclure, Steve Oram nous parle d’un de ses projets de court-métrage en cours de tournage qui s’intitule Aaaaaaaaaaaaah ! et montre des londoniens qui agissent comme des singes. Pas de dialogues, juste des comportements de primates. L’entretien touche à sa fin, les bénévoles nous attendent pour déposer notre coupon « Vote du Public ». Cinq boîtes : Très bon, bon, moyen, mauvais, très mauvais. Ça sera mauvais. A nouveau, il est amusant de voir à quel point la sélection parallèle est bien plus jouissive que les films en compétition, exception faite de A Girl Walks Home Alone at Night.

White Bird

Réalisé par Gregg Araki (2014). Sortie le 15 octobre 2014. 

Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité,  Kat semble  à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…

 

Après Wetlands en début d’après-midi, cette seconde journée au Festival s’achève sur un autre portrait, plus fin et sensible cette fois, de l’adolescence. C’est également un tableau peu flatteur d’une Amérique qui n’arrive pas à être heureux dans une société où la consommation semble reine. Présenté avant la séance comme « un réalisateur unique qui crée de vrais beaux personnages » et pose les bonnes questions sur l’adolescence, Gregg Araki revient sur le devant de la scène avec cette nouvelle chronique chaotique de l’adolescence. Onzième long métrage et quatre ans après le trip parano et apocalyptique qu’était Kaboom, Gregg Araki offre un thriller splendide qui nous rappelle par moment le American Beauty de Sam Mendes tant cette famille modèle de la société américaine n’est en fait que le reflet d’un pays avec ses névroses, ses problèmes et ses ambitions avortées. Le mystère se fait très présent avec la disparition de cette femme en proie à une jalousie. Gregg Araki reconstitue fidèlement le charme des années 80 et magnifie cette période par une bande-son toujours aussi onirique. Très formaté Sundance, Gregg Araki offre de longs et magnifiques plans et ne rend que plus élégant cet âge formidable qu’est l’adolescence, avec ses découvertes et ses déceptions. Ce travail entre le son et l’image nous renvoie le symbole d’une jeunesse idéalisante mais en perte de repères. Comme dans Wetlands. A ce jeu, Shailene Woodley est excellente et trouve là l’un de ses meilleurs rôles tandis que Eva Green confirme une nouvelle fois tout le talent qu’on lui prête. On la retrouvera également dans nos salles de cinéma à partir de mercredi dans la suite de Sin City, intitulé J‘ai tué pour elle. Christopher Meloni montre un aspect sensible et dramatique qu’on ne lui aurait jamais prêté.  Gregg Araki désamorce son intrigue au profit de plusieurs petits récits et d’éléments venant apporter à chaque fois un peu plus de profondeur à une disparition qui devient de plus en plus énigmatique. En ce sens, et même si avec du recul on pouvait la deviner, le final est une vraie réussite tant sur son rebondissement que sur la manière dont il est amené. Mais le plus intéressant reste la manière dont ce personnage d’adolescente va rejeter psychologiquement la désorientation que provoque la disparition de sa mère. Sous les traits d’un bonheur superficiel, cette famille américaine explose par le biais d’un mari qui se comporte comme une lavette et ne s’affirme jamais, d’une mère avortée dans ses ambitions qui jalouse sa fille et cette adolescente mal dans sa peau qui trouve un refuge dans le sexe, notamment avec ce personnage plus âgé qui symbolise la virilité qu’elle attendait de son père. Gregg Araki offre un film véritablement poétique, juste et humain dans sa manière d’aborder l’époque, l’adolescence et l’air du temps. Le plus américain et le plus auteurisant des films de cette compétition. White Bird est un magnifique récit sur une Amérique avec ses secrets et ses névroses, le tout sublimé par l’élégance et le génie de Gregg Araki.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

Une sortie de séance onirique sous une nuit strasbourgeoise délicieuse, le temps de prendre un dernier café et il est l’heure de rentrer avant de démarrer une nouvelle journée de visionnage. Au programme demain, la projection presse d’un loup-garou cherchant du grain à un senior, peut-être ma première tarte flambée, un rendez-vous avec la peur, dérober quelques pins du festival, un Sono Sion déjanté et la projection en plein air du mythique SOS Fantôme. A demain, les momies !

FEFFS 2014 : Masterclass Tobe Hooper

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FEFFS 2014 – Chronique du 14 Septembre : Spéciale Masterclass Tobe Hooper

Lors de cette première incursion au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, l’événement de la journée était bien évidemment la venue du maître Tobe Hooper, venu présenter son mythique Massacre à la Tronçonneuse en version restaurée 4K. L’occasion pour le festival d’organiser une masterclass avec le réalisateur texan. Ce dernier se prêtera au jeu d’une leçon de cinéma animée par Jean-Baptiste Thoret, enseignant et critique cinématographique (Simulacres, Panic et Charlie Hebdo). C’est un homme fragile, presque affaibli qui vient sur scène. Devant une foule qui l’acclame sans cesse, Tobe Hooper se lève difficilement de son siège et lève sa main avec fébrilité. Tout le long de cet entretien qui durera un peu moins de 2h, ce vieux barbu de 81 ans évoquera son parcours avec hésitation, balbutiant sans cesse, impressionné par le cadre du festival. Il se lâchera davantage vers le milieu de l’entretien, lâchant son venin sur le système hollywoodien et c’est un homme fier mais bourré de regrets qui nous sera dévoilé.

FEFFS-2014-Tobe-Hooper

Cela se sent, Tobe Hooper est un homme modeste qui entre en scène avec son charme de réalisateur décontracté, arborant une chemise jaune froissée. On sent le personnage cool qui a des tonnes de choses à nous dire. Entouré de deux traductrices, cette masterclass démarre par un hommage à ses meilleurs films, à sa vision du monde et le public ne cesse d’applaudir celui qui en 1974 a littéralement choqué le monde. Le questionneur revient sur le thème du masque que Tobe incorpore à chacun de ses films, de même qu’il témoigne d’un attachement particulier à l’aspect historique et politique de son pays. Très tôt dans l’enfance, Tobe Hooper est un homme qui présente une vraie relation avec le cinéma. Il déclarera avoir « appris le langage du cinéma avant d’apprendre à parler ». Ses parents divorcent et il se retrouve chez sa mère, perturbé par cette séparation. Il comblera ce manque de relation parentale par une consommation intensive de films de tout horizon au point que sa mère lui en fait le reproche, estimant qu’il ne ferait rien de sa vie dans cette situation. Il évoque cette consommation de films car ces derniers lui permettaient d’éprouver toute une gamme d’émotions par le simple biais de l’image et d’une subtile alchimie avec le son. C’est un passionné qui n’attendra pas longtemps avant d’obtenir sa première caméra en 8mm. A seize ans, il filme sa propre version de Frankenstein avec cette caméra. Une pellicule qu’on ne retrouvera certainement plus jamais. A cet instant, le natif de Austin évoque ses films préférés, à savoir Chantons sous la Pluie de Stanley Donen (1952), La Chose d’un Autre monde de Christian Nyby (1959) ou Le Jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise (1951). Il cite également Antonioni et Fellini. Ses références le poussent à continuer dans cette voie. Par le biais du cinéma, il souhaite élever les gens vers une vraie réflexion, une vraie émotion qu’il estime bénéfique pour faire évoluer les choses. Nous sommes dans les années 1960, Tobe Hooper est un hippie avec des rêves.

Bande-annonce : La Chose d’un autre monde

https://www.youtube.com/watch?v=4pvaAwyCxng

 

Bande-annonce : La Chose d’un autre monde VOST

https://www.youtube.com/watch?v=4pvaAwyCxng

 « This is Texas. We don’t mess with Texan »

A cet instant, Jean-Baptiste Thoret en profite pour faire passer un extrait vidéo. Il s’agit de la vidéo de l’assassinat du Président Kennedy. Cet extrait sert à amorcer la discussion autour du passé documentaire de Tobe Hooper ainsi que de l’impact de la guerre, de la politique et du cinéma dans sa vie. Des traumatismes et névroses parsemés dans sa filmographie. De cet archive découle un mélange d’horreur et de documentaire brut qui sera la pierre fondamentale de la mise en scène de Massacre à la Tronçonneuse, dix ans plus tard. Tobe Hooper racontera qu’il avait été réalisateur de petits films d’information à visée politique pour une boîte de production et qu’on lui avait demandé de suivre l’affaire. Il a notamment assisté à la mort de Lee Oswald avec son caméraman, et déclarera qu’il a été bousculé par les services secrets. Il parlera de sa région natale, et de cette époque où les Rednecks se baladaient arme à la main en pleine rue, à n’importe quelle moment de la journée et parfois aux alentours des écoles. Avec dérision, il s’exclamera « This is Texas. We don’t mess with Texans ». Pour rester dans la politique et le contexte de l’époque, un extrait de Eggshells, le premier long métrage de Tobe est présenté. Le film n’a bénéficié que d’une petite distribution en 35mm sur certains campus américain. D’ailleurs, personne dans la salle n’a vu ce film mais il permet à Tobe d’en dévoiler certains aspects précis comme une mise en scène entre le documentaire et le psychédélique, l’expérimental.

Dans la partie documentaire, il l’évoque comme du cinéma vérité qui capte des moments de vie chez les hippies. Il déclarera qu’avoir vécu avec eux pendant neuf mois l’a complètement changé. Il est devenu très proche de la nature, a réalisé des vidéos de défense contre les destructions forestières orchestrées par McDonald’s. Pour lui, Eggshells est une manière d’analyser la contre-culture de l’époque. Il s’indignera sur le mouvement hippie, déclarant que seul 20% des hippies souhaitaient véritablement changer les choses, le reste n’était qu’hypocrisie et suivre l’air du temps. Pour lui, cette période illustrait cette volonté de se libérer des conventions pour être créatif. Aujourd’hui, il trouve que les hippies sont devenus des « yuppies », des jeunes cadres et ingénieurs haut placés dans la hiérarchie du capitalisme. Le questionneur évoque les prémices de Massacre à la Tronçonneuse, à savoir les motifs, les plans, les décors qui orchestre trois ans avant, la grammaire visuelle de Tobe Hooper. Le réalisateur déclare avoir été très fier d’avoir pu tourner ce film, de l’avoir achevé et de le faire projeter à quelques personnes intéressées.

Bande-annonce : Leatherface

https://www.youtube.com/watch?v=TCSZ3QJBfeY

Plus l’entretien avance, et plus Tobe évoque ce désir de l’enfance, celui d’être un vrai réalisateur à Hollywood comme l’ont été ses références. Il veut faire ce cinéma. L’expérience de Hollywood et la maturité lui ont appris à regretter ce désir. Avant de revenir à Hollywood, Tobe Hooper nous avoue que l’horreur n’était pas son genre de prédilection, et qu’il préférait davantage la fantasy. Il s’est tourné vers le cinéma d’épouvante car il savait que c’est un genre qui n’a pas besoin de casting, ni d’effets titanesques. Il faut juste du choc, il faut que cela marque le spectateur. Et il s’estimait capable de proposer cela. L’extrait le plus célèbre de Massacre à la Tronçonneuse est présenté. Tonnerre d’applaudissements. Les deux hommes sur scène évoquent le rapport à l’horreur dans une Amérique qui n’hésite pas à montrer frontalement des images chocs à la télévision. Rien n’était épargné, l’horreur était accessible à l’heure du repas par le biais de son simple téléviseur. Pour Tobe, son film est un « documentaire sur l’Amérique » et sur celui qui regarde ce genre d’images.

Il revient sur Leatherface et dit s’être inspiré de Frankenstein, « le monstre le plus opérationnel » pour montrer la brutalité et l’émotion d’un garçon qui a vécu dans un contexte familial chaotique et bourré de violences. Le réalisateur a du faire comprendre le comportement d’un enfant en difficulté à l’acteur qui interprète Leatherface. Il lui a fait passer deux jours dans une école pour enfants difficiles afin de s’inspirer de ces réactions du quotidien de ce genre d’établissement. Les acteurs n’étaient pas au courant du look de Leatherface. Pour chacun, c’était une surprise effroyable et attendu par Tobe. Il fallait augmenter la tension et chaque détail comptait pour faire ressentir cela sur le jeu des acteurs. Tobe Hooper s’amuse en évoquant le fameux « cliche de la panne d’essence » sauf que lors du tournage, même l’équipe s’est retrouvé en panne de gasoil. Le film fût tourné pendant la Crise du Pétrole en 1973. Avec un peu d’amertume, Tobe Hooper avoue regretter que les gens n’aient pas saisi l’humour macabre du film. L’aspect comique a été oublié au profit de son aspect brut. Le réalisateur texan évoque sa famille. Les repas avec tout le monde étaient toujours très animés, bourrés d’amertumes. Chacun s’envoyait des piques et cela rendait les repas aussi oppressants qu’amusants. Il nous évoque la présence de trois sourdes lors de ces repas, et avoue avoir envié ces filles malentendantes quand il devait se coltiner les propos cyniques de toute sa famille. L’humour noir selon Tobe Hooper.

Bande Annonce : Massacre à la tronçonneuse

Extrait de la suite de Massacre à la Tronçonneuse, Tobe Hooper confie s’être attelé à faire de ce film une séquelle plus loufoque et marrante. Il y a injecté tout son humour, tout en posant des réflexions sur la Guerre du Vietnam. Comme Jean-Baptiste Thoret tient à l’expliquer, ce film est davantage du côté de la critique, du pamphlet contre le Vietnam et le gouvernement américain. Il est d’autant plus amusant que Tobe Hooper ne souhaitait pas réaliser cette suite mais que personne d’autre ne souhaitait le faire. Il a donc accepté mais en faisant le film comme il l’entendait. Il a travaillé avec Tom Savini, et s’est juré de ne pas contourner la censure d’où le fait qu’il ait à fond joué la carte du gore. Il dira « Les gens voulaient du sang, alors j’allais leur en donner ». L’entretien s’attarde quelques instants sur le casting et cette surprise de voir Dennis Hopper au casting. On y voit un lien subliminal avec le film Easy Rider où le hippie joué par Hopper assassiné à la fin du film par les texans reviendrait prendre sa revanche dans le second opus de Massacre à la Tronçonneuse. Les liens subtils, métaphysiques et rocambolesques du cinéma. Tobe confie avoir toujours voulu travailler avec lui. Ils se rencontrèrent un jour dans le même restaurant, Tobe est allé l’aborder et lui a directement posé la question, Denis Hopper répondant oui après un long moment d’hésitation. Et la suite fût lancée. C’est aussi simple que ça.

Bande-annonce : The Funhouse

Dernier extrait présenté, celui du film The Funhouse / Massacre dans le Train Fantôme, un film qui commente le genre slasher et qui retourne à la base du cinéma, le cirque. Tobe Hooper dit avoir réalisé ce film pour combattre un trauma de l’enfance, la peur du carnaval. Il injecte toujours autant d’humour, et assume pleinement son statut de parodie. Difficile d’en douter tant il se moque allègrement d’Hitchcock et de son Psychose dans une scène de la douche qui lance le film sur de bonnes festivités comiques. Tobe Hooper révèlera avoir rencontré Stanley Kubrick sur le plateau de Shining. D’abord éjecté du plateau, Stanley s’est précipitamment dirigé vers la sortie pour aller à la rencontre de Tobe Hooper et l’embrasser littéralement. Stanley Kubrick était un fan de Massacre à la Tronçonneuse. Avant de raccourcir l’entretien, Jean-Baptiste Thoret posera cette question ultime « Quel est le film qui vous a le plus comblé dans votre désir d’être réalisateur ? ». Ce à quoi Tobe répondra :

 « Je suis très fier de ce que j’ai réalisé mais je ne suis pas sûr d’avoir fait ce film. Mon désir d’être un réalisateur hollywoodien a disparu. Tous ces énormes budgets ont écrasé toute la créativité des auteurs et des gens comme moi. Je veux être un réalisateur européen maintenant ».

Déclaration finale émouvante pour un réalisateur qui a été bouffé par le système hollywoodien. On regrettera une assez mauvaise organisation du timing pour cette masterclass, la moitié du temps étant traduite de manière inégale entre les deux traductrices. Poltergeist, ou le projet Djinns n’ont pas été évoqué mais au moins on ressort de cette masterclass avec le sentiment d’avoir découvert un nouveau Tobe, un homme frustré par Hollywood mais honoré par son parcours.

Merci Tobe Hooper pour ce beau moment de confidence et merci pour cette restauration de votre chef d’œuvre. Vous avez marqué le cinéma d’épouvante. Si Hollywood vous a oublié, l’Histoire du Cinéma, elle, ne vous oubliera pas. Et nous non plus.

Critique du film : The inevitable defeat of Mister and Pete

L’année scolaire se termine, l’été commence à New-york. Mister (Skylar Brooks), vit avec sa mère Gloria (Jennifer Hudson), une prostituée junkie. Elle garde parfois Pete (Ethan Dizon), dont la mère est aussi une junkie. Lors d’une descente de police, sa mère est embarquée. Ils se retrouvent seuls, se cachant du Sergent Pike (Adewale Akinnuoye-Agbaje), les recherchant pour les envoyer en centre de détention pour mineurs. Ils n’ont ni argent, ni carte sociale pour subvenir à leurs besoins. Ils vont devoir faire preuve de ruse pour s’en sortir et tenir tout l’été, loin de la police, de l’épicier indien, du caïd du quartier Kris (Anthony Mackie), d’une petite frappe Dip Stick (Julito McCullum) et du clochard Henry (Jeffrey Combs). Ils ne peuvent compter que sur Alice (Jordin Sparks), qui vit dans la luxure, loin du quartier. L’été s’annonce chaud et long pour eux.

Synopsis : Durant un été à Brooklyn, la mère de Mister est arrêtée par la police, laissant celui-ci seul et sans ressources. En compagnie de son ami Pete, ils vont tenter de survivre dans la fournaise New-yorkaise.

Seuls au monde

The inevitable defeat of Mister and Pete est le premier scénario de Michael Starrbury pour le cinéma. George Tillman Jr l’a tellement apprécié, qu’il s’est battu durant trois ans pour l’adapter, trouvant le soutien d’Alicia Keys et de nombreux acteurs reconnus, comme Jennifer Hudson, Anthony Mackie et Jeffrey Combs, pour le financer. On va d’ailleurs retrouver tout ce beau monde au générique.

George Tillman Jr a déjà plusieurs films à son actif, il a réalisé « Les Chemins de la dignité », « Notorious B.I.G. » et « Faster », entre autres. Un réalisateur sans talent particulier, alternant le moyen et le mauvais. Il trouve avec ce film, sa meilleure réalisation. Ses plans sont léchés, il suit sans excès le duo Skylar Brooks et Ethan Dizon, mais pêche dans son envie d’exhiber les belles courbes de Jennifer Hudson et Jordin Sparks, sans que cela n’apporte un réel intérêt à l’histoire, sauf à réveiller la libido du spectateur et la sienne (on n’est jamais mieux servi que par soi-même). La contemplation du corps dévêtu de Jennifer Hudson, lors de ses prises de drogues, se fait au son d’Otis Redding, une belle alchimie visuelle et sonore.

Le vrai intérêt du film, The inevitable defeat of Mister and Pete, c’est la découverte du talentueux Skylar Brooks. Le rôle est taillé pour lui. Malgré un physique à la Snoop Dogg, il impressionne en se frottant à des acteurs confirmés, en passant du rire, aux larmes. Ses rapports avec jennifer Hudson, sont durs, forts et émouvants. Ils ouvrent et ferment le film. On peut leur reprocher de tirer sur la corde sensible, d’être facile. Mais le film ne parle pas seulement de l’amitié entre Mister et Pete, mais aussi du rapport mère/fils, de l’absence du père, qui n’est jamais évoqué. De la difficulté de grandir dans la misère humaine et sociale, ou l’ennemi est partout : la police, une voisine malsaine, une petite frappe qui tient les murs de la cité, l’épicier indien ou le caïd du quartier.
Skylar Brooks porte le film sur ses frêles épaules, il se lance dans des monologues savoureux, comme lorsqu’il est devant « Un fauteuil pour deux », en imitant Dan Aykroyd ou en citant « Fargo », son film préféré. Son duo avec Ethan Dizon est réussi. Il montre aussi que la misère touche tout le monde, en évitant la stigmatisation d’une population.

Un film social, au travers d’une histoire d’amitié et d’amour, qui nous rappelle que le cinéma n’est pas seulement un divertissement. Dans la même veine, je lui préfère « Fresh » de Boaz Yakin (1994) ou « Gimme the Loot » d’Adam Leon (2012), qui parle aussi de la jeunesse afro-américaine dans la ville de New-York, avec une BO efficace.

Fiche technique : The Inevitable defeat of Mister & Pete

USA – 2013
Réalisation : George Tillman Jr
Scénario : Michael Starrbury
Distribution : Skylan Brooks, Ethan Dizon, Jennifer Hudson, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Jordin Sparks, Julito McCullum, Anthony Mackie, Jeffrey Wright et Kenneth Maharaj
Musique : Mark Insham et Alicia Keys
Photographie : Reed Morano
Montage : Jamie Kirkpatrick
Producteurs : Rachel Cohen, Jana Edelbaum, Robert Teiltel et George Tillman Jr
Productions : Ideal Partners Films, State Street Pictures, Floren Shieh Productions, Unified Pictures et Venture Forth
Distributions : CodeBlack Entertainment et LionsGate Entertainment
Genre : Drame
Durée : 1h48mn

Auteur : Laurent Wu

FEFFS – Chronique N°1 du 14 septembre 2014

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FEFFS – Chronique N°1 du 14 Septembre 2014 : Café, Tobe Hooper et  Vampire

L’odeur du café chaud submerge l’atmosphère de l’appartement. Une, deux, trois gorgée. Le reste ira dans la thermos. C’est que j’en aurais bien besoin tant le rythme de visionnage du Festival s’annonce intense. Les clés sur le contact et je démarre l’esprit vaillant, prêt à affronter la crème de la crème du cinéma fantastique du moment mais aussi ses pires productions, de celles qui peuvent gâcher une bonne sélection. Qu’à cela ne tienne, je pars l’esprit confiant. Pour avoir déjà assisté à quelques séances du festival les années passées, je ne doute pas que les organisateurs nous ont concocté une programmation aux petits oignons. Moteur allumé, les gars, direction Strasbourg !

Chers lecteurs, voici les chroniques du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour LeMagducinema

En parallèle des plus célèbres festivals de films fantastiques qui jalonnent la France, Gérardmer et l’Etrange Festival en tête, quelques manifestations alternatives sont apparus en Province ces dernières années. En l’occurrence la Samain du Cinéma Fantastique de Nice, Hallucinations Collectives de Lyon et puis celui qui nous intéresse aujourd’hui, la septième édition du FEFFS. Crée en 2008 par l’Association des Films du Spectre, le FEFFS s’est rapidement imposé dans l’Est de la France comme une excellente alternative de rassemblement pour la culture du fantastique à celui de Gérardmer. Créé et actuellement dirigé par Daniel Cohen qui évoque son festival comme un « festival de potes », le FEFFS est une belle histoire d’amis passionnés de cinéma -et particulièrement des films de la Hammer- qui souhaitaient simplement partager cette passion à un public plus large. Huit ans plus tard, c’est plus de dix mille spectateurs qui chaque année font le déplacement dans les salles de cinéma strasbourgeoises pour assister à un large panorama de la culture du fantastique. On pourrait blâmer la période de l’année à laquelle le festival a lieu car ce dernier pâtit relativement de l’Étrange Festival à Paris, qui se déroule dix jours avant celui de Strasbourg. La programmation est donc sensiblement la même mais la direction du FEFFS est une équipe qui ne se laisse pas déconcerter et se focalise par ailleurs sur un éventail culturel pluri-médiatique, qui le démarque de son homologue parisien. Chaque année les organisateurs ont su apporter une nouvelle pierre à l’édifice que représente ce festival pour en accentuer sa notoriété, et le rendre accessible à des publics de plus en plus variés. Compétition européenne en 2008, Zombie Walk en 2009, Village Fantastique l’année d’après, puis les courts métrages et désormais le jeu vidéo. Foncièrement axé sur le cinéma, le FEFFS n’hésite plus à se déployer sur différents terrains médiatiques et c’est ce qui le rend d’autant plus intéressant. Du cinéma, de nombreuses animations, des conférences, de l’édition, des expositions d’art et désormais une ouverture aux jeux vidéo (Indie Games Contest), le FEFFS s’impose désormais comme une véritable manifestation à part, et bien plus qu’une ressasse de l’Étrange Festival. Le Festival peut également compter sur la célèbre Zombie Walk de Strasbourg, reconnue comme l’une des plus importantes d’Europe. Cette année, peu de zombies dans la sélection officielle hormis le documentaire Doc of The Dead, mais des démons, beaucoup de démons. Le FEFFS s’est attiré les foudres du Diable avec sa rétrospective Sympathy for the Devil, qui met à l’honneur une somptueuse rétrospective de films démoniaques (La Main du Diable, Rosemary’s Baby, l’Exorciste, etc.). Le FEFFS, c’est aussi et surtout une pluralité de films, du long au court, en passant par le cinéma d’animation merveilleux pour les enfants, tout un ensemble de publics hétéroclites sera apte à trouver son bonheur. Et pour les vieux cinéphiles, les rétrospectives sont là pour assurer un pur moment de nostalgie. De ces films de Maurice Tourneur, René Clair ou de Roman Polanski qui ont autrefois illuminé, terrifié, marqué les yeux de ces spectateurs et la culture du cinéma fantastique en général. Une culture que le FEFFS ne cesse de mettre en valeur. Et vous faites du bon boulot, les gars !

Retour à Strasbourg. Tout juste le temps de passer à l’appart’ de celui qui va généreusement m’héberger pendant une semaine (Merci à Yann et ses colocs !), d’engloutir une bière au taux d’alcool de 6,66% (Meurs démon !) et je file au Village Fantastique, THE Place to Be du Festival. Situé Place Meunier, plein de stands sont disposés un peu partout et permettent aux festivaliers de participer à des jeux, d’acheter quelques goodies, rencontrer les exposants, manger une tarte flambée ou tout simplement boire un verre dans une ambiance fantastique, où il est presque indispensable d’échanger avec les autres festivaliers sur le dernier film projeté. C’est également là que se situe le bureau des accréditations presse. Là, une charmante bénévole me tend mon pass. Mes yeux s’illuminent. Par la même occasion, elle me tend des dossiers de presse, des plannings de projections, un stylo SyFy, un bloc-note BNP Paribas. Tout l’attirail délire du reporter en herbe. Il est 15h. On va pouvoir se rendre au cinéma Star St-Exupéry, où la MasterClass de Tobe Hooper va démarrer.

Mais avant, rappelons que le festival a donc démarré ce vendredi avec These Finals Hours, film d’ouverture qui a déjà été présenté dans de très nombreux festivals (Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, L’Etrange Festival, Melbourne Film Festival, etc.). Présentant la fin du monde dans une forme plus proche de Melancholia ou 4h44 Dernier Jour sur Terre que de 2012, ce premier film de Zak Hilditch a su s’attirer quelques bons échos. Plus film d’ambiance que film catastrophe, certains tweets avaient affirmé que le film avait bénéficié d’une standing ovation lors de sa projection à Cannes. Si globalement les critiques ne sont pas dithyrambiques, il n’empêche que nombreux sont les festivaliers à souligner la réussite formelle de ce film, en dépit de quelques imperfections, que l’on pardonne volontiers pour un premier long métrage. Tous s’accordent à dire que Zak Hilditch est assurément un jeune auteur à suivre de près.

Zombie Walk : Le show dans les rues de Strasbourg

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Zombie Girls.
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Zombie Clown.

Ce samedi, l’événement de la journée se déroulait à 14h du côté du centre-ville de Strasbourg avec la fameuse Zombie Walk qui a attiré plus de 4000 morts-vivants dans les rues de la capitale alsacienne. Avec mille participants de plus que l’an passé, c’est un record ! Tous ces corps sans vie se sont retrouvés Place Kleber pour une marche puis un apéro zombiesque jusqu’à 20h. Tout juste pour que ces zombies puissent se diriger au cinéma Saint-Exupery pour y découvrir le très attendu Housebound, le thriller sordide indonésien Killers ou la première française de l’horrifique et loufoque Dead Snow 2 : Red VS Dead. Nous rêvions de Killers dans la semaine, les autres étant malheureusement loupés par un planning déjà bien chargé. Sorry Guys !

Le légendaire Tobe Hooper

FEFFS-2014-Tobe-Hooper-Masterclass

Et ce dimanche, qu’est ce qui se tramait à Strasbourg ? Du lourd, du très TRES lourd. Ni plus, ni moins que la venue du légendaire Tobe Hooper que je ne ferai pas l’affront de présenter. Président du Jury de cette édition, venu présenter la version remastérisée en 4K de Massacre à la Tronçonneuse, et surtout participer à cette Masterclass, animée par Jean-Baptiste Thoret. Dans cet entretien, Tobe Hooper a longuement évoqué sa carrière, sa famille, ses déceptions du système Hollywoodien. Pour éviter de rendre cet article plus long qu’il ne va déjà l’être, je vous laisse vous rendre sur ce lien pour un compte-rendu relativement complet de cette masterclass très plaisante, bien que limitée par le temps. Avant de passer aux autres films de la sélection, retour sur cette version restaurée du chef d’oeuvre de Tobe Hooper.

Massacre à la Tronçonneuse : Version restaurée 4K inédite

Réalisé par Tobe Hooper (1974). Sortie-reprise le 27 octobre 2014.

Une panne d’essence contraint 5 amis à s’arrêter. Non loin de là, une maison isolée attire leur attention. 2 d’entre eux décident de s’y aventurer.

De cette masterclass, s’en est donc suivie la fameuse projection du film culte en version restaurée. Ce qui faisait le charme et la marque du film de Tobe Hooper, c’est bien évidemment ce réalisme brut, ce grain si particulier, cette pellicule relativement sale, mais qui correspondaient parfaitement à l’ambiance du film. De fait, les plus fidèles étaient relativement contre ce format qui signifiait meilleure qualité d’image et de son, mais également perte de l’ambiance et du charme techniquement approximatif qui faisait de ce film le classique qu’il est devenu. Qu’à cela ne tienne, cette version du film de 1974 est une véritable prouesse de perfection, conservant l’aspect sale de l’image mais magnifiée par la qualité du 4K. Il ne suffit que de visionner les premières images pour se rendre compte à quel point le film est d’une beauté incroyable, nécessitant un travail de longue haleine pour Tobe Hooper et les équipes techniques qu’il a supervisées. Il faut rappeler que Texas Chainsaw Massacre est considéré comme l’un des films fondateurs du slasher, tel qu’on le connait aujourd’hui. Les sceptiques nous rappelleront que Tobe n’avait aucun budget pour son film, d’où l’absence de musique marquante rendant au final le film plus proche du documentaire sordide que de la fiction. Seuls les musiques d’ambiance et le bruit de la tronçonneuse apportaient une certaine mélodie morbide au récit. Quoique l’on dise de ce film, de ses suites ou des remakes à outrance, ce Massacre à la Tronçonneuse est un monument du cinéma d’épouvante, un véritable choc frontal que les spectateurs de l’époque n’ont jamais pu oublier. Un peu comme L’Exorciste. Un véritable objet cinématographique qui s’est ancré dans la culture populaire à tout jamais. Du pur plaisir que de revoir ce chef d’œuvre dans un format remastérisé du plus bel effet. Unanimité chez les festivaliers à la sortie de la salle, Massacre à la Tronçonneuse en version restaurée est à ne manquer sous aucun prétexte le 29 octobre prochain dans nos salles de cinéma, aussi bien pour ceux qui ne l’ont pas vu, que pour les plus fans du film.

Note de la rédaction : ★★★★★

A Girl Walks Home Alone at Night

Réalisé par Ana Lily Amirpour (2013). Date de sortie prochainement annoncée.

Dans la ville étrange de Bad City, lieu de tous les vices où suintent la mort et la solitude, les habitants n’imaginent pas qu’un vampire les surveille. Mais quand l’amour entre en jeu, la passion rouge sang éclate…

Sortant tout juste d’une sélection au Festival de Deauville où il est reparti avec le Prix de la Révélation, A Girl Walks Home Alone at Night est considéré comme le « premier film de western vampire americo-iranien » (ça ne s’invente pas !). Né d’une improbable coproduction entre les Etats-Unis et l’Iran, produit par Elijah Wood, ce premier long métrage de la réalisatrice et musicienne rock Ana Lily Amirpour est une vraie réussite, reprenant avec brio le thème de l’amour idyllique dans un contexte fantastique, sublimé par une bande-son absolument démente de punchy et de rythme. La réalisatrice n’ose pas revendiquer le sous-propos de son film, mais il y a de manière très explicite une réflexion sur la place de la femme dans la société iranienne, sur les violences qui leur sont faites, sur les addictions ou l’ancienne interdiction qui touchait la musique. On croirait presque que le film est un croisement entre Persepolis, Drive et Dracula. Terriblement sulfureux sans montrer de sexe, la réalisatrice lie toujours la sexualité au mythe du vampire, et cela se ressent dans une scène particulière où les deux protagonistes se tiennent debout, frémissant de leurs contacts et frissonnant par le rythme des souffles qui s’entrecroisent. Elégante, expressionniste, au noir et blanc somptueux, la mise en scène est un pur exercice de style mais qui fonctionne à la perfection, et ne peut que remporter l’adhésion de l’audience, tant le film est minutieux sur tout un ensemble de petits détails. La lenteur du film sera comme bien souvent un point négatif pour beaucoup, mais il contribue magnifiquement à l’ambiance onirique et romantique de ce film avant tout fantastique.

Pour l’occasion, Ana Lily Amirpour a fait l’honneur de venir présenter son film et de répondre à quelques questions devant un auditoire rempli à ras bord. Décalée, amusante, complètement cynique, la jeune réalisatrice s’est mise en scène devant un public amusé. Quand on lui demande ce qu’elle préfère dans son film, elle répond que c’est comme le sexe, qu’on ne peut choisir la meilleure partie du coït. Quand on lui demande comment lui est venue l’idée du film, elle répond qu’elle est allée un jour à une soirée costumée avec un voile et qu’elle a rencontré un vampire. Tadaaaa ! Ne se prenant jamais au sérieux lors de cet échange avec le public, elle est cependant montée sur ses gonds lorsqu’un journaliste iranien lui parle de l’aspect féministe du film et qu’il l’a interprété comme un film anti-iran (ce que le film n’est pas). La réalisatrice répondant à coup de « This is a f#cking movie, it’s just a movie. Don’t you have dreams ? » et affirmant que son film n’est juste qu’une histoire d’amour sur fond de cinéma fantastique qu’elle apprécie. Malaise pesant avant que la réalisatrice se calme et nous parle de son prochain film, une « cannibal love-story », pour lequel elle a déjà fini la bande-son. On a hâte de voir ça. La réalisatrice évoque Quentin Tarantino et David Lynch parmi ses références, mais avoue ne pas apprécier le travail de Jean-Luc Godard ou Jim Jarmusch. Le temps de faire une photo de la salle en délire et la réalisatrice se dirige vers la sortie, laissant quelques pins et romans graphiques de son film. Au final, une rencontre délirante et un film impressionnant de maîtrise, reprenant les codes du fantastique à son plus bel avantage et appuyé par une bande originale groovy à souhait. Une révélation et une auteure à suivre également de très près.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

A Hard Day

Réalisé par Kim Seong-hun (2013). Sortie le 12 novembre 2014. 

En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère. Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines… 

Moins fantastique que polar surréaliste, le second long métrage du coréen Kim Seong-hun est un film qui joue avec les nerfs des spectateurs, et s’amuse à imposer sans cesse des rebondissements rocambolesques. Ce qui aurait pu agacer dans un film au ton sérieux ne l’est absolument pas ici puisque de ce postulat, A Hard Day devient une comédie loufoque où les personnages sont un peu tous barrés, tous des anti-héros sans foi ni loi. La salle de cinéma -légèrement désertée après la projection du film iranien- a pourtant été le théâtre d’une explosion de fous rires devant des situations toujours plus dingues. La séquence à la morgue étant savoureuse sur ce point. A Hard Day lorgne donc davantage du côté du polar et de la comédie noire. C’est ce qui en fait son charme. Le montage nerveux et ultra-rythmé reprend tous les codes ressassés du film policier, au point de lasser. Ce qui fait que le film patine en cours de route, s’imbriquant dans des affaires toujours plus profondes, toujours plus longues à exploiter mais jusqu’à ce final en roue libre où le spectateur ne peut que savourer ce duel, rempli d’action, de dérision et donc de jubilation. Affaibli par quelques maladresses de montage, une intrigue parfois trop alambiquée ou un rythme qui s’affaiblit en milieu de parcours, A Hard Day n’en reste pas moins un film très sympathique, très fun, qui fera passer un bon moment à tous les amateurs de second degré. La virtuosité de certains plans est à noter, comme cette course-poursuite dans les escaliers, sur le périph’ ou dans le cadre très fermé où se déroule le duel final. Convenu mais terriblement jubilatoire.

Note de la rédaction : ★★★☆☆

What We Do in the Shadows

Réalisé par Jemaine Clement et Taika Waititi (2014). Date de sortie prochainement annoncée.

En Nouvelle-Zélande, une équipe s’installe dans la demeure de vampires afin de tourner un documentaire sur leur mode de vie. Les créatures tentent de sortir dans les bars, pensent à nettoyer le sang après leurs méfaits, cherchent un style vestimentaire et découvrent Google. Elles doivent également faire face à un nouveau venu de leur espèce, très peu discret, et aux humains qui aspirent à les rejoindre.

 

Avant-première française et projeté en séance de minuit, What We Do in the Shadows ne pouvait pas être plus idéal pour finir une journée riche de rencontres et de bons films. Après le film iranien, puis coréen, place à une autre contrée du cinéma trop peu présente dans nos salles de cinéma, la Nouvelle-Zélande. Célèbre pour nous avoir offert le Peter Jackson première période avant sa maestria hollywoodienne, la Nouvelle-Zélande revient à ses premiers amours grâce à Jemaine Clement et Taika Waititi, à savoir un cinéma gore et décalé. What We Do in the Shadows est un « mockumentary », un genre fictif où les documenteurs suivent une bande de vampires vivant sous le même toit. Ces derniers se contentant de vivre comme d’habitude, avec son lot de problèmes, et de commenter leurs actes et leur vie. Jamais les vampires ne nous seront apparus sous ce jour si comique (et je ne parle pas de Mords-moi sans hésitation), et si absurde. Ce faux-documentaire nous montre ainsi les pérégrinations de quatre puis cinq vampires au sein d’un appartement où ils vivent en colocation. C’est l’occasion pour eux de faire plein de trucs ? Enfin non, pas grand-chose, hormis se disputer les tâches ménagères, sortir en boîte et découvrir internet et tout un tas de nouvelles technologies. A coups vifs, le film tranche et parodie tous les plus célèbres films de vampire que sont Entretiens avec un Vampire, Nosferatu et bien évidemment (voire majoritairement) la saga Twilight. De tous ces codes qui ont construit le mythe du fantastique, les deux réalisateurs néo-zélandais en tirent tout l’absurde et le grotesque pour donner lieu à une comédie horrifique jubilatoire comme ce n’est pas permis. Une salle pleine de gens hilares sera là pour vous confirmer mes dires. Servi par une écriture humoristique fine et interprété par des personnages déments, What We Do in the Shadows est un film qui jusqu’à la dernière goutte de sang aura raison de vos zygomatiques.

Note de la rédaction : ★★★★☆

C’était tout pour cette première journée au Festival du Film Fantastique de Strasbourg, édition 2014. Rendez-vous demain pour un nouveau compte-rendu. Au programme, toujours plus de café, du documentaire zombiesque, de la tarte flambée, de l’indonésien qui tâche, un fantôme venu d’Irlande et le dernier Gregg Araki, tout simplement. A demain, les zombies !