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Si je reste, un film de RJ Cutler – Critique

Synopsis: En un seul moment, tout peut changer. Mia, 17 ans, n’a aucun souvenir de l’accident : elle arrive uniquement à se rappeler avoir roulé le long de la route enneigée de l’Oregon avec sa famille. Puis, en un clin d’oeil, elle se retrouve observant son propre corps dévasté … L’adolescente sera tiraillée entre l’envie de rejoindre ses parents dans l’au-delà et celle de se réveiller et de retrouver son petit ami et ses proches…

Chloé Moretz prisonnière des limbes

Qui a dit que la littérature YA, ou Young Adult, se limitait aux dystopies façon Hunger Games ou aux bluettes fantastiques du niveau de Twilight ? Avec Si je reste, le romancier Gayle Forman propose des thèmes plus sombres et plus matures que ce qui est d’habitude proposé aux adolescents. Son adaptation se situe dans la même veine. Un temps proposé à Catherine Hardwicke, qui avait mis en scène le premier volet de la saga vampirique, elle a finalement échue à RJ Cutler, dont c’est le premier long-métrage.

Onirique et poétique

Cutler réussit plutôt bien ses premiers pas, en proposant un film à l’esthétique douce, mis en valeur par une photographie lumineuse et éthérée. On a un peu l’impression de se trouver pris au milieu d’un rêve ce qui, finalement, reflète parfaitement la situation de sa jeune héroïne, coincée entre la vie et la mort en attendant de prendre une décision : doit-elle rester et faire face aux douleurs de son quotidien, ou se laisser sombrer et rejoindre ainsi sa famille ? Le choix est sien, et c’est autour de ce dilemme que s’articule le film. Le scénario se construit autour de la trame principale, qui est celle de l’accident et de l’hospitalisation, et les mois précédents qui apparaissent sous forme de flashbacks.

Une construction classique mais un peu bancale puisque, au risque de spoiler un peu, la décision finale de la jeune fille ne fait guère de doutes. Voir ainsi se succéder les catastrophes autour d’elle semble donc inutilement cruel, chaque nouvelle étant censée peser dans une balance que l’on sait déjà arrêtée. L’histoire de Mia, elle, ressemble un peu au rêve de toute jeune fille en fleur. Héroïne un peu à la marge mais pas trop, dotée d’une famille cool dans laquelle elle se sent un peu à l’écart (mais pas trop non plus), elle se fait repérer par le beau gosse populaire du lycée, futur rock star, qui lui voue au premier coup d’œil un amour inconditionnel. Cliché ? Un peu trop, diront certains.

Chloé Moretz au top

Pourtant, le récit fonctionne, notamment grâce à la prestation de Chloé Moretz, qui imprime une personnalité au personnage et parvient à le rendre sympathique. La jeune fille a fait du chemin depuis 500 Jours ensemble, et commence doucement à s’imposer comme une valeur sûre au sein de sa génération. L’ensemble du casting est à l’avenant, et on se surprend à vibrer pour sa famille au cœur de rockers, et pour son Jules, le bel Adam et son look de brun ténébreux comme il faut. La bande-son est l’autre réussite de Si je reste, rythmant le film entre rock’n roll à l’ancienne et musique classique. Mêler Iggy Pop et Beethoven, il fallait oser, mais ça marche plutôt bien.

Cette jolie romance s’adresse en priorité à un public adolescent et féminin, mais saura charmer un public plus large grâce à des personnages sympathiques et une ambiance lumineuse et douce. Si quelques longueurs apparaissent parfois dans le scénario, on est loin des torrents de guimauve habituellement associés au genre. Une jolie surprise qui redonne le sourire et le cœur léger, à apprécier comme un chocolat bien chaud, calé sous la couette ou devant la cheminée. Il est presque dommage que le film sorte en septembre et pas en hiver, d’ailleurs.

SI JE RESTE – IF I STAY : Bande Annonce VOST

Fiche technique – Si je reste

USA-Drame, romance
2014
Réalisateur : RJ Cutler
Scénario : Shauna Cross – D’après l’œuvre de : Gayle Forman
Casting : Chloë Grace Moretz (Mia Hall), Jamie Blackley (Adam), Joshua Leonard (Denny Hall), Mireille Enos (Kat Hall), Liana Liberato (Kim)
Productrice : Alison Greenspan
Directeur de la photographie : John De Borman
Compositeur : Heitor Pereira
Monteur : Keith Henderson
Production : DiNovi Pictures, New Line Cinéma, MGM
Distributeur : Warner Bros France

Auteur de l’article Mikael Yunk

Gotham Saison 1, épisode 1 : Critique

Gotham, saison 1, épisode 1

Synopsis: Tout le monde connaît le Commissaire Gordon, valeureux adversaire des plus dangereux criminels, un homme dont la réputation rime avec « loi » et « ordre ». Mais que sait-on de son histoire ? De son ascension  dans une  institution corrompue, qui gangrène une ville comme Gotham, terrain fertile des méchants les plus emblématiques ? Comment sont nées ces figures du crime, ces personnages hors du commun que sont Catwoman, le Pingouin, l’Homme-mystère, Double-Face et le Joker ?

Casting quatre étoiles pour le pilote

Attendue comme le messie par une poignée de fans de l’univers de Batman, Gotham se situe dans la ville du même nom, à une époque où le chevalier noir n’est encore qu’un jeune orphelin éploré, déchiré par le meurtre de ses parents. C’est d’ailleurs par cet événement dramatique que débute le premier épisode de la série, qui prend comme personnage principal un jeune détective tout juste arrivé au Gotham City Police Department, un certain James Gordon…

Gotham, ville d’ombre

Le policier aura fort à faire pour résoudre cette première enquête, qui ne s’annonce pas de tout repos. D’autant qu’il devra en même temps lutter contre la corruption qui gangrène le commissariat, à commencer par son collègue Harvey Bullock, mais aussi contre toute une armée de criminels bien connus des fans du comic book. Tout ce beau monde se dispute avec un seul et même objectif : être le maître de Gotham. La ville est d’ailleurs un peu le personnage principal de la série. Et, côté visuel, c’est une vraie réussite. On retrouve l’architecture si particulière de New-York dont s’inspira Bob Kane, le créateur de Batman, mais avec une esthétique gothique et sombre du plus bel effet. On est un peu à mi-chemin entre la version Burton et celle de Nolan.

Un effort particulier a d’ailleurs été mis dans la mise en scène. Si l’on est loin des meilleures réussites du genre comme Fargo ou True Detective, la réalisation est d’excellente facture, avec quelques belles idées dans certaines scènes. La photographie est tout simplement superbe, faisant la part belle au côté sombre de Gotham. Et les scènes intermédiaires permettent de découvrir un peu plus la ville à travers des effets spéciaux léchés. Ce Gotham-là a belle allure.

Ça se bouscule au portillon

Le casting est également à la hauteur de l’événement. Constitué en majorité d’inconnus, à l’exception de Jada Pinkett Smith, il se montre convaincant dans des rôles pourtant déjà mis en valeur par le passé. Mention spéciale à Ben McKenzie, qui porte la série sur ses épaules et se montre le digne descendant de Gary Oldman. Et le pauvre Gordon est bien entouré. Que ce soit Selyna Kyle, Oswald Cobblepot, Edward Nygma ou Ivy Pepper (future Poison Ivy), chaque personnage offre une prestation différente de ce que l’on avait pu voir jusque là dans les films ou séries télé dédiées à Batman et son univers. C’est d’ailleurs dans cette abondance de rôles que se trouve le principal reproche que l’on peut adresser à ce pilote. Le fan service est assuré, certes, mais on se demande un peu ce que les scénaristes ont pu garder sous le coude pour la suite.

Car, si le scénario de base offre de belles promesses, il faudra également les tenir par la suite. L’enquête autour de la mort du couple Wayne servira de fil rouge à cette première saison (au moins), reste maintenant à offrir aux fans quelques histoires qui enrichissent la mythologie du chevalier noir, tout en imprimant à la série sa propre identité. Une belle surprise, donc, mais qui demande confirmation.

Fiche technique : Gotham

USA-Drame, policier
Première saison : 2014
Créateur : Bruno Heller
Casting : Ben McKenzie (James Gordon), Donal Logue (Harvey Bullock), Jada Pinkett Smith (Fish Mooney), Robin Lord Taylor (Oswald Cobblepot), Sean Pertwee (Alfred Pennyworth), David Mazouz (Bruce Wayne), Erin Richard (Barbara Kean)
Réalisateur : Danny Cannon (épisode 1)
Scénariste : Bruno Heller
Production : Fox Broadcasting, DC Comics, Warner Bros Télévision, Primrose Hill Productions

Auteur de l’article Mikael Yung

Extant : Saison 1 – Critique Série

Ce n’est pas parce-qu’on s’appelle Steven Spielberg et qu’on est l’inventeur du cinéma d’entertainment, qu’on a le droit de fusiller à ce point une des séries les plus prometteuses de l’été 2014. Après avoir signé le beau succès de Band Of Brothers, Steven Spielberg vient copieusement se crasher avec Extant.

Synopsis : De retour d’un séjour de treize mois seule dans l’espace, Molly Woods découvre qu’elle est inexplicablement enceinte et qu’on lui cache la raison de cette grossesse. Le fil des événements va lui faire comprendre que derrière cette grossesse, se cache un énorme complot qui met en jeu l’avenir de l’humanité.

Une série « pour dormir »

Treize épisodes d’un ennui absolu, maintenus à peine en éveil par quelques rebondissements parfois prometteurs, souvent pathétiques et toujours répétitifs. Bref, l’intrigue n’avance pas, les épisodes sont bavards comme du Tarantino et font osciller entre agacement et frustration de ne pas en savoir plus, sans jamais en savoir plus. Produire treize épisodes pour ne démarrer réellement qu’au douzième, la faute à un scénario finalement assez mince et étiré à son maximum pour faire ni plus ni moins que du remplissage.

Un scénario « sur timbre-poste »

Extant, puisqu’il faut en parler, raconte le retour sur terre d’une spationaute après un séjour de plusieurs mois seule dans l’espace. À son retour, elle se découvre enceinte alors qu’elle était seule dans sa station spatiale et retrouve son fils « humanoïde » plus vrai que nature, créé par son scientifique de mari. C’est à peu près tout, Spielberg brode autour de ce minuscule scénario une machination dont il ne donne jamais les clés, des intrigues secondaires sans intérêt et artificielles. Reste un petit côté écolo, puisque ce cher Steven passe son temps à s’auto-recycler : ses films d’extra-terrestres, mais surtout A.I., tout y passe. On a d’ailleurs du mal à croire qu’il ose nous refaire le coup de l’enfant artificiel, qui tente de trouver sa place dans l’humanité et un sens à son « existence ». On est navré pour lui d’un copier-coller presque pathétique.

Une esthétique « repoussante »

Extant est aussi laid qu’il est mal écrit, les scènes spatiales lorgnent ouvertement vers 2001, l’Odysée De l’Espace, sans en atteindre l’esthétique. Pourtant, les effets spéciaux ont depuis fait des progrès considérables et Spielberg en est un spécialiste reconnu, mais ses choix graphiques et esthétiques posent problème. L’univers d’Extant, froid et distant, ne fait rien ressentir à un téléspectateur, soit indifférent, soit mal à l’aise. Le sommet du mauvais goût, pourtant anodin, est atteint avec le casque spatial d’Hale Berry dans le dernier épisode, sorte de cône sans forme hilarant et qui pourrait bien devenir culte.

Des acteurs qui s’ennuient

Même les acteurs semblent s’ennuyer, jouant façon « service minimum » et ne trouvant d’inspiration ni dans l’histoire, ni dans leur personnage. Halle Berry, embauchée pour jouer les têtes d’affiche, est plus proche de son Grazie Award reçu pour Catwoman, que des autres prix reçus en tant que meilleure actrice. Qu’on se le dise, elle n’est pas jeter avec l’eau du bain dans cette série, elle est juste à oublier. Il n’y a guère que ceux qui sauront apprécier le plastique parfaite d’une cinquantenaire rugissante qui retiendront quelque chose. D’où la présence de Goran Višnjić à ses côtés, pour ce côté beau gosse romantique, sinon quoi d’autre.

Une série, un échec

Avec tout ça aucune saison 2 n’est prévue à ce jour, rien de frustrant même si on ne connaitra jamais le dénouement. Cette série sans intérêt a d’ailleurs vu son nombre de téléspectateurs presque divisé par deux entre le premier et le onzième épisode sur CBS, autant dire que plus personne (Spielberg compris) n’alignera le moindre dollar pour le voir partir en fumée. Certains ont écrit sur cette série qu’elle faisait « du sur place intensif » qui gâchait son potentiel. C’est vrai que le problème de rythme est juste énorme et fait disparaitre toutes les autres qualités, mais tout ça pourrait finalement n’avoir qu’une même cause : le talent de Spielberg aurait disparu avec les années. Dans l’hexagone, M6 diffusera la série dès le 29 septembre 2014 et seul le premier épisode le sera en prime time, calcul judicieux…

Fiche Technique – Extant 

Première diffusion USA : 09 juillet 2014, CBS
Première diffusion France : 29 septembre 2014, M6
Création : Mickey Fisher
Production : Steven Spielberg, Greg Walker
Scénario: Mickey Fisher, Leslie Bohem, Eliza Clark, Peter Ocko, Gavin Johannsen, Vanessa Reisen et Greg Walker
Musique: Marcelo Zarvos
Sociétés de production: Amblin Entertainment, CBS Television Studios
Distribution : CBS Television Studios
Origine : USA
Format : 42’
Statut : en cours
Casting : Halle Berry, Goran Višnjić, Pierce Gagnon, Kiroyuki Sanada

Auteur : Freddy M.

 

Critique : Near Death Experience, un film de Benoît Delépine & Gustave Kervern

Michel Houellebecq, hasard ou non du calendrier, est presque simultanément à l’affiche de deux films centrés sur lui : le film de Guillaume Nicloux non encore sorti en salle, mais diffusé sur Arte fin Août, L’enlèvement de Michel Houellebecq, et maintenant ce Near Death Experience, qui comme son nom l’indique, est un film quasi-expérimental du duo Delépine/Kervern.

Synopsis: Paul, un employé sur une plateforme téléphonique, est en plein burn-out. Un vendredi 13, la chronique du journal télévisé sur ce jour particulier lui apparaît comme un signal pour passer à l’acte.Décidé à concrétiser son geste, Il s’enfuit dans la montagne où il va vivre une expérience unique….

Pour le succulent Enlèvement de Michel Houellebecq, et suite à des rumeurs d’enlèvement dans la vie réelle, Nicloux a écrit un scénario qui met en scène cet épisode, l’enlèvement mystérieux de Michel Houellebecq joué par lui-même. Le réalisateur a laissé une part belle à l’improvisation dans les dialogues, notamment en ce qui concerne son personnage principal. De fait, Houellebecq décale complètement  le film, en apportant son phrasé si particulier, et ses aphorismes très pince-sans-rire (sur Le Corbusier, sur les meubles scandinaves, etc.) dans un film qui prend du coup toutes les tonalités d’une belle comédie très réussie. A la fin du film, on lui  offre  une magnifique Bentley en « compensation » du mystérieux enlèvement, au bord de laquelle il s’empresse de rouler à 300 Km/h sur l’autoroute – il a semé la terreur auprès du cadreur, ayant souhaité rédiger son testament avant de prendre le volant ! -. « Je crois plus trop à la vie » dit-il en guise de conclusion.

« Je crois plus trop à la vie ». Tel pourrait être le départ de Near Death Experience. Cette fois-ci, Michel Houellebecq est Paul, le chef d’une famille anonyme (on la voit très peu et très partiellement dans le film), un employé d’une Plateforme ( !!) téléphonique de France Telecom Assistance, lui qui a besoin d’être assisté,  mal dans sa peau, mal dans sa vie, et qui un Vendredi, un Vendredi 13 comme le souligne un Pernaut futile et fidèle à lui-même sur son écran de télévision,  décrète que trop c’est trop, et part avec son vélo et son maillot Bic rouge vif avec l’intention ferme de se suicider dans la montagne. Comme Paul « parle trop et ne se suicide pas assez », le film raconte ses « aventures » dans la montagne.

Il semblerait que le projet du duo Delépine/Kervern arrive à son cœur, à son noyau. Car si on regarde les trois derniers films Mammouth/Le grand soir / Near Death Experience, le dépouillement est de plus en plus important tant dans le forme que sur le fond. Dans Mammouth, il y a de la tendresse encore, de l’espoir encore ; dans Le grand soir, ils franchissent une étape vers le No future, et dans ce nouveau film, la révolte n’est même plus là, le suicide est l’ultime solution.

Etant seul la majeure partie du film, au milieu d’une nature qu’il découvre finalement peu amène (« Les pierres d’ici sont dures » dit-il), Michel Houellebecq soliloque forcément, dans sa tête ou en dehors de sa tête quand il harangue  sa famille délaissée au village, mise en scène sous la forme de totems en cailloux, des totems au cœur de pierre (« je suis comme un pigeon voyageur qui porte un message que personne n’a réussi à déchiffrer », dit-il encore).

Il est à la fois stupéfiant et compréhensible que ces soliloques ne soient pas de Houellebecq lui-même, mais écrits par les réalisateurs. Stupéfiant, car ça sonne comme du Houellebecq, et avec sa voix fluette plaquée dessus, l’illusion est encore plus grande. Compréhensible, car son univers est si particulier, si cohérent, qu’il est finalement assez facile d’imiter son style  et de faire passer Paul pour Michel. In fine, le fond du discours reste bien celui de Delépine/ Kervern, un discours qui fustige encore et toujours la société moderne laissant peu de places aux individus, et surtout aux individus les plus faibles. A 56 ans, Paul/ Michel est un homme lessivé qui en paraît 20 de plus, et comme il dit, il est « obsolète ». Un discours qui souligne l’écart grandissant entre les exigences de plus en plus fortes de la société envers l’individu, et a contrario une existence de plus en plus éreintante ne permettant pas de rester au sommet, grand écart que certains comme Paul n’arrivent pas à faire.

Le film peut dérouter dans sa forme très indigente. Un flou quasi permanent sur cet homme, si ce n’est sur sa tête édentée, vieille, marquée. Une lumière sans nuance qui écrase les beaux paysages. Des cadrages aléatoires, en somme une non-esthétique qui veut peut-être coller au nihilisme du propos. On notera cependant un magnifique jeu d’ombres sur cet oiseau décharné qu’est devenu Michel Houellebecq.

Near Death Experience est un film émouvant, et désespérément drôle qui révèle un acteur fabuleux dans la personne de Michel Houellebecq, un acteur porté par un don de soi dans un jeu pourtant minimaliste. Le trouble est augmenté par le fait qu’on n’arrive pas à distinguer ce qui est de la part de Paul et de Michel dans cette souffrance, cette défaite face à la vie. Un film qui mérite plus qu’un détour…

Fiche Technique: Near Death Experience

Titre original : –
Réalisateurs : Benoît Delépine & Gustave Kervern
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 10 Septembre 2014
Durée : 87 min.
Casting : Michel Houllebecq (Paul), Marius Bertram (Le vagabond), Manon Chancé (l’automobiliste)
Musique : Guillaume Le Bras
Scénario : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Chef Op : Hugues Poulain
Nationalité : France
Producteur : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Maisons de production : No Money Productions, Canal+, Ciné+, CNC
Distribution (France) : Ad Vitam Distribution

 

Once Upon A Time : Saison 1-3 – Critique de la Série

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La première lecture du pitch de « Once Upon A Time » (et ce n’est pas la voie off française qui va arranger ça) risque de ne pas susciter beaucoup enthousiasme. La tentation est présente de passer son chemin à la vue de cette histoire pour enfant, mais ce serait passé à côté d’une histoire bien structurée contenant de bonnes idées.

Une relecture audacieuse des contes de fée 

En effet chaque épisode en dévoile d’avantage sur l’histoire de chaque personnage, leur passé dans le monde magique, en parallèle avec leur situation actuelle. Comment la belle-mère est devenue une sorcière maléfique, comment elle en est venue à haïr Blanche, l’origine de la malédiction, avec des flash-back sans ordre chronologique mais qui en s’assemblant finissent par compléter le puzzle. On peut saluer là la maîtrise des scénaristes.

Se croisent donc à Storybrook des personnages que les auteurs prennent du réservoir conséquent des contes de fées mais aussi d’autres inspirations (Frankenstein, le monde d’Oz) : Cendrillon, le chapelier fou (Alice au pays des merveilles), Pinocchio et Geppetto, Jiminy cricket, la fée bleu, le chaperon rouge, Mulan, la petite sirène, Peter Pan et le capitaine crochet, le géant au haricot magique, la belle au bois dormant, robin des bois… Auquel s’ajoute le sorcier Rumplestiskin (Tricassin), admirable Robert Carlyle qui joue de nouveau un rôle ambigu. Habile manipulateur, machiavélique et puissant, il ne cesse de passer des pactes avec les gens désespérés qui servent toujours ses intérêts obscurs, et jamais sans une contrepartie difficile à satisfaire, quand elle n’est pas cachée.

Les contes ne sont pas racontés de manière traditionnelle et chaque histoire est liée aux autres, comme si les récits qui ont bercé notre enfance n’étaient qu’une déformation simplifiée et erronée de la réalité : il y avait au départ huit nains, Grincheux avait un nom différent, le génie de la lampe magique devint prisonnier du miroir de la belle-mère, Charmant n’est pas le véritable prince, le méchant loup n’est pas ce que l’on croit, Peter Pan n’a rien d’innocent et plus encore.

Un pays de conte de fées qui n’a pourtant rien de féérique. Guerres, roi tyran, monstres féroces, sorciers dangereux, malédictions sont monnaies courantes.

Une histoire cohérente…

A son arrivée à Storybrook, Emma se heurte ainsi à la mère adoptive d’Henry, mais doit aussi compter avec Rumplestiskin, alias le riche propriétaire de la ville Mr Gold, qui lui apporte une aide contre le maire, mais sans être un allié de confiance pour autant. Dans son combat, Emma se surprend aussi à développer des attaches, envers son fils, mais aussi la ville et ses habitants.

A partir de la saison 2, une fois la malédiction levée, la série prend un nouveau départ, et tous les personnages sont réinventés. La série ne reste ainsi pas bloquée sur son intrigue de départ.

De nouveaux personnages viennent enrichir une galerie déjà fournie, avec là encore des modifications qui peuvent être étonnantes, les scénaristes n’hésitant pas à inverser les rôles des gentils et des méchants. Si Régina et Rumplestiskin marchent sur la voie de la rédemption, de nouveaux dangers apparaissent : la mère de Régina encore plus malfaisante qu’elle, et Crochet le pirate ambigu bien décidé à assouvir une vengeance légitime. Viendra ensuite Peter Pan en ombre maléfique. Fallait oser !

La magie s’incruste bien à l’écran grâce à des effets spéciaux bien conçus. Les allées et retour entre les mondes sont plus fréquents : haricot magique, bateau ensorcelé, sirène, chapeau magique, les moyens ne manquent pas.

Malgré une mythologie qui ne cesse de s’étoffer, avec tous les personnages et leurs histoires, les scénaristes parviennent à ne pas s’emmêler les pinceaux et à rester cohérent, du moins au début. Ainsi, même si des personnages n’apparaissent que quelques épisodes, ils ne sont pas oubliés pour autant et ont leur importance. Enfin la plupart car avec la multiplication des personnages certains ont tendance à disparaître inexplicablement…

Enfin la saison 2 de la série Once Upon A Time, finit de révéler toute l’histoire de la malédiction, comment et pourquoi elle a été lancée, en revenant sur tous les personnages impliqués, comme l’adoption de Henry par Régina. Cette saison est certainement la meilleure.

Quelques défauts toutefois. On peut regretter que le conte de Blanche-Neige prenne autant d’importance par rapport aux autres. On retrouve ainsi presque à chaque fois Blanche, la belle-mère ou Rumplestiskin dans les autres récits. La persistance d’Emma à nier la réalité et son face à face avec l’impassible maire peuvent paraître longs au début.

Enfin, les passages du côté obscur de la belle-mère et de Rumplestiskin sont un peu convenus. Leur rédemption à compté de la saison 2 serait plus facile s’ils n’étaient déjà coupables de plusieurs meurtres difficilement pardonnables… De plus ils changent d’orientation à plusieurs reprises : ils essayent de devenir bon, redeviennent mauvais parce que c’est trop difficile, avant de réaliser que finalement ils ont bien un bon côté en eux.  Les scénaristes ont visiblement eu un peu de mal à les conserver dans l’intrigue tout en leur fournissant une évolution cohérente. Malgré leurs crimes, on est attaché quand même, car grâce aux flashbacks on sait comment ils en sont arrivés là : corrompue par une mère tyrannique et désespérant d’être aimée, ou hanté par la lâcheté de son père et sa propre couardise.  Dommage seulement qu’ils font un peu la girouette…

…mais qui commence à s’essouffler

La saison 3 de Once Upon A Time est divisée en deux parties distinctes, la première avec comme méchant Peter pan, et la deuxième la Méchante Sorcière d’Oz. Si la série continue sur sa lancée, il n’y a plus autant de surprise qu’avant, toutes les révélations ayant déjà été données. La série a du mal à trouver de nouvelles histoires à raconter sur le passé des personnages, et un trop grand nombre commence à être mis de côté. Les ennemis sont très puissants, parlent pour manipuler chaque personnage, gentils comme ancien méchants, durant plusieurs épisodes avant être finalement défaits. Le pire étant la Méchante Sorcière, d’une force magique bien supérieure elle conduit tout le monde à une impuissance frustrante, et le personnage est trop lisse pour s’avérer intéressant. Le rythme s’en ressent et l’ennui se fait un peu sentir.

En milieu de saison la série connait un nouveau bouleversement majeur, mais le retour à une situation quasiment similaire à celle d’avant atténue un peu ce nouveau souffle.

La série a certes du potentiel, mais je ne pense pas qu’elle puisse continuer encore longtemps, les signes d’un essoufflement étant déjà visibles. Si le double épisode final relève l’intérêt grâce à une bonne histoire, des appréhensions sont de mises pour la prochaine saison. Peut-être auraient-ils du s’arrêter là…

L’arrivée de Marianne à Storybrooke semble remettre en question l’idylle entre Regina celle qu’on surnomme (la Méchante Reine) et Robin Hood, le prince des voleurs…

Fiche technique: Once Upon a Time

Titre original et français : Once Upon a Time
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Genre : série fantastique, dramatique
Casting : Jennifer Morrison (Emma Swan) ; Ginnifer Goodwin ( Mary Margaret Blanchard / Blanche) ; Lana Parrilla (Regina Mills / Méchante Reine) ; Josh Dallas (David/ Charmant) ; Jared S. Gilmore (Henry Mills) ; Robert Carlyle (Gold/Rumpelstiltskin) ; Emilie de Ravin (Belle) ; Colin O’Donoghue (Crochet) ; Michael Raymond-James : Neal/Baelfire
Création : Edward Kitsis et Adam Horowitz
Réalisation : Dean White
Scénario : Geofrey Hildrew
Production : Samantha Thomas et Kathy Gilroy ; Edward Kitsis, Adam Horowitz et Steve Pearlman (exécutifs)
Société(s) de production : ABC Studios

Synopsis : Emma est une chasseuse de prime sans attaches qui vit sans histoires, jusqu’à ce qu’un enfant se présente à elle, Henry, prétendant être le fils qu’elle avait abandonnée des années plus tôt. Mais ce n’est pas la seule révélation qui va bouleverser son existence : il prétend en effet qu’il existe un monde ou les personnages de contes de fées existent, et qu’elle serait la fille de Blanche-Neige et du Prince Charmant ! Abandonnée par ses parents pour fuir malédiction qui a envoyée tous les personnages dans notre monde, dans un petit village dissimulé du nom de Storybrook, elle serait la seule à pouvoir la lever. N’en croyant évidemment pas un mot, elle ramène Henry chez sa mère adoptive, Régina, le maire de Storybrook, froide et autoritaire. Désapprouvant son attitude à l’égard de son fils, elle reste dans un premier temps pour s’assurer de son bien-être, sans se douter de l’ampleur de la mission qui l’attend, ni de l’étendue du monde magique qu’elle vient de pénétrer. Un monde rempli de merveilles étonnantes mais aussi de dangers redoutables. 

Doctor Who saison 8 épisode 5 : Time Heist – Critique

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Doctor Who saison 8 « Time Heist »

Synopsis : Le Docteur et Clara sont recrutés par un mystérieux « Architecte » pour faire un casse dans la banque de Karabraxos. Celle-ci, réputée inviolable, est gardée par une créature terrifiante, le Teller.

It’s a trap !

Listen, l’épisode précédent, laissait augurer un avenir radieux pour cette nouvelle saison après des débuts un peu poussifs. Time Heist n’avait plus qu’a confirmer la tendance, malheureusement les défauts des précédents reviennent, et d’autres s’ajoutent à une liste qui commence à devenir assez dense. On pouvait pourtant espérer de l’inédit en imaginant la série s’attaquer à un thème nouveau pour elle : le film de braquage. Un genre assez peut mis en avant mais qui possède tout de mêmes quelques références prestigieuses comme Piège de cristal, Braquage à l’italienne et bien sur Ocean’s eleven. Des films qui ont su jouer avec les règles pour offrir du divertissement haut de gamme. Car même s’il est un sous genre du film d’action, le casse à ses codes qu’il faut connaître pour les transgresser, et c’est bien triste de voir que le docteur, malgré ses connaissances abyssales, semble en ignorer les fondements les plus basiques. Sans faire un manuel barbant qui recenserait tout les clichés du genre, on peut tout de même rappeler les trois pieds qui permettent à ces films un bon équilibre : Du rythme, du fun, et surtout, des caractères bien définit.

Time Heist manque de rythme, la faute à un scénario finalement assez paresseux et manquant cruellement d’enjeux concrets. Les personnages se réveillent autours d’une tables, ne se connaissent pas et sont chargé par un mystérieux architecte d’une mission périlleuse. Ils se sont tous délibérément effacés la mémoire par sécurité (comme dans Paycheck de John Woo). Tous ce qu’il savent, c’est qu’il doivent braquer la banque la plus dangereuse de l’univers avec comme récompense ce qu’ils désirent le plus au monde. De quoi laisser planer suffisamment de mystère…Sauf que déjà, l’identité du commanditaire se devine en deux secondes (premier twist raté, ça commence bien), ensuite on comprend que Clara et le docteur n’ont rien à prendre dans la banque d’un point de vue personnel (donc ceux qui attendait des indices pour la suite prendront leur mal en patience) et le seul twist final qui aurait pu surprendre est le même que celui de Hide (saison 7 épisode 9). Bref, très peu de nouveautés de ce coté là, on oserait même dire une certaine paresse, mais on commence à avoir l’habitude. Et quand l’épisode annonçait une course contre la montre, c’est finalement un rythme de croisière bercé par une réalisation mollassonne à la gestion de l’espace hasardeuse qui nous est donnée. Pourtant une connaissance méticuleuse des lieux est la base d’un casse réussi. Ici les personnages semblent se diriger a tâtons dans des conduits d’aérations étonnamment facile d’accès (on parle de la banque la plus sécurisée de l’univers quand même). Malgré l’évocation de systèmes de défenses dangereux tel des incinérateurs assez sensible, le seul risque auquel les visiteurs sont confrontés reste, du début à la fin, le « mystérieux » Teller, un cousin éloigné du général Akbar, capable de télépathie. Il en découle un aventure mollassonne qui manque cruellement d’humour et d’inventivité, mais surtout bouffée par son personnage principal, le docteur.

Alors oui, un nouveau docteur, c’est toujours difficile à accepter, mais Capaldi est un bon acteur donc…blablabla bref. Nous sommes déjà à l’épisode 5, donc faisons comme si la période de transition était passée. Ce nouveau docteur est différents, avec ses qualités et tout ses défauts, on à eu du mal au début (ou pas), mais maintenant passons à autre chose. Un casse c’est avant tout un travail d’équipe. Une bande bien rodée ou chacun à son rôle, sa spécialité (expert en explosif, hacker, pilote etc…). Il faut les meilleurs des meilleurs des meilleurs (avec mention!) pour réaliser une mission aussi risquée. On peut tout a fait concevoir que Time Heist n’a pas le budget alloué a un blockbuster, il est donc compréhensible que la joyeuse bande ne soit réduite à quatre (dont le Docteur et Clara) au lieu de onze, mais franchement développer deux nouveaux personnages correctement en 45 minutes, ce n’est pas la mer à boire.

D’un coté de la table nous avons Psi, humain technologiquement augmenté grâce à son cerveau USB, de l’autre Saibra, mutante métamorphe capable d’imiter parfaitement même l’ADN de n’importe qui par simple toucher. Des capacités très utiles quand on cherche à s’infiltrer quelque part. Deux nouveaux personnages dont les motivation seront assez rapidement expédié et dont on apprendra pas grand chose (d’où viennent ils ? Pourquoi sont il recherchés ? ). Il faut laisser suffisamment de place au docteur pour lancer ses explications alambiquées et ses directives tordues. Du coup, on a l’impression d’un potentiel gâché par la présence imposé du seigneur du temps. Certes c’est lui le héros de la série, mais auparavant les auteurs avait l’intelligence de le faire disparaître des écrans occasionnellement pour développer d’autres pistes (comme dans les épisodes L.I.N.D.A ou Blink). Peut être qu’il aurait mieux valu le laisser en retrait pour cette fois, pour que les autres puissent exister un peu. Bien que leur retour semble confirmé pour la suite, cette première apparition laisse un goût d’inachevée. On se posera également la question de l’utilité de Clara dans cette entreprise, vu qu’elle n’a pas de talents particulier pour le crime.

La bouffée d’air frais apportée par Listen fut donc de bien courte durée. Le prochain épisode s’annonçant comme une resucée de School Reunion (saison 2 épisode 3), on est en droit de craindre le pire quand à l’avenir de la série.

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

Refroidis, un film de Hans Petter Moland : Critique

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Sur le plan culturel, la Scandinavie est devenue une vraie terre propice aux thrillers policiers et autres drames familiaux. La faute à ses auteurs du Nord à l’origine de sagas littéraires sombres, glaciales et fascinantes dont les plus fidèles représentants sont Stieg Larsson (Millénium), Camilla Läckberg (La Princesse des Glaces) ou Henning Mankel (Kurt Wallander).

Synopsis: La Norvège, l’hiver. Nils, conducteur de chasse-neige, tout juste gratifié du titre de citoyen de l’année, apprend le décès de son fils par overdose. Réfutant cette version officielle, il se lance à la recherche des meurtriers, et va se forger une réputation de justicier anonyme dans le milieu de la pègre. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, la sienne sera glacée !

Très centré autour du polar, les adaptations de ces ouvrages ont définitivement donné à la Scandinavie l’image d’une région européenne avec ses maux, ses failles et les sombres recoins de son Histoire. Mais cette approche mystérieuse et glaciale de la société scandinave n’empêche pas le film de Hans Petter Moland d’être une œuvre bourrée d’humour noir et d’ironie. Un vrai polar second degré qui a été présenté dans de très nombreux festivals dans le monde. Nominé à Berlin, Seattle, Toulouse et présenté à Strasbourg, Refroidis est reparti avec le Prix du Film International au Festival Fantasia de Montréal mais a surtout remporté le Grand Prix du Festival du Film Policier de Beaune. Rien de moins que le must de l’événement polar en France.

Sang-froid scandinave

Refroidis est un film de vengeance à l’ambiance glaciale qui trouve son efficacité dans un subtil dosage d’humour noir et de cynisme. Tout droit venu de Norvège, le nouveau film de Hans Petter Moland aborde le genre « vigilante movie » avec dérision mais sans toutefois oublier de sa vue le caractère déterminé de son personnage. Le septième long métrage de Hans Petter Moland, ce dernier est un réalisateur norvégien confirmé depuis plus de vingt ans, ne trouvant qu’une certaine notoriété avec les films Zero Kelvin (1995) et Un Chic Type (2010), tous deux déjà avec Stellan Skarsgård. Tout l’intérêt de l’intrigue de Refroidis repose dans ce long jeu de massacre sur les terres hivernales d’une Norvège plus blanche que jamais. Le réalisateur apportant un soin tout particulier à l’image pour représenter à l’écran l’entendue des vastes paysages nordiques enneigés. Chaque plan se déroulant dans une ambiance plus que glaciale, où cette couche de blanc risque à tout moment d’être tâchée par la mort d’un personnage.

Le vigilante movie est abordé non sans dérision, par le biais d’un père meurtri par la mort de son fils qui trouve la force de se venger quelques instants avant de lamentablement se suicider dans un morne garage. Moland effectue un travail réjouissant en réalisant une sorte de parodie cynique de l’Inspecteur Harry, où le metteur en scène aligne les gangsters aux surnoms ridicules, pour certains tirés de Top Gun. Film de dialogues et de personnages, le réalisateur représente à l’écran des individus assez perchés qui trouvent une vraie manière d’exister par le ridicule des situations qui ne fait que s’entasser. Macabre, tordue et givré, Refroidis enchaîne des séquences toutes plus mémorables où chaque mort est un véritable moment tragico-comique, marqué par une croix religieuse à l’écran. Simples d’esprits, imprévisibles ou justes déterminés, qu’il soit un premier ou un second rôle, chaque personnage apporte quelque chose à l’intrigue, rendant l’écriture des personnages extrêmement justes. En ce sens, Refroidis se rapproche esthétiquement et sensiblement de Fargo, la touche scandinave en plus.

Car Hans Petter Moland profite de son film pour délivrer un message sur son pays natal. Satirique sur la mentalité éco-environnementale et sociale de son pays, le propos se fait brut lorsque le réalisateur évoque ces nations étrangères qui arrivent dans un pays dont elles ne connaissent pas grand-chose mais dont elles souhaitent prendre le pouvoir. Pouvoir malfrat dira-t-on avec ces trafics de drogue et d’humains. Un discours qui ne peut finir que dans l’affrontement entre norvégiens et serbes. A la tête de ces deux clans se trouvent chez les norvégiens Pal Sverre Hagen dit « Le Comte » (qui a pensé au Duc de chez les Coen ?) imprévisible et sans arrêt dans l’excès, et Bruno Ganz en serbe vieillissant mais pas dénué de cruauté. Stupidité des hommes désirant sans cesse le pouvoir et le plaisir de dominer. A contrecœur, on reprochera au film de ne jamais surmonter ce décompte mortel qui attend tous ceux qui se mettront en travers du chemin de ce père déterminé. Sans suspense, ni rebondissements, Refroidis se perd cependant dans un étirement de son récit, plutôt dispensable. A trop vouloir magnifier les codes d’une sorte de western polaire, Hans Petter Moland s’embourbe lui-même dans cette fameuse neige norvégienne. Conséquence direct d’un humour qui tombe parfois à plat et d’un rythme qui faiblit à de nombreuses reprises, avant de jouir dans un final intense où l’issue est aussi sanglante que jubilatoire.

Porté par une galerie d’acteurs qui semble jouir d’interpréter de tels personnages et dans laquelle on peut trouver un Stellan Skarsgård aussi déterminé qu’en roue libre, Refroidis est un thriller froid à l’humour macabre comme on les aime. Un Fargo du Nord qui s’amuse avec différents genres. Contemplatif et stylisée, Refroidis nous offre par la même occasion un jeu de massacre complètement givré. Une farce scandinave maîtrisée avec sang-froid par les mains de maître de Hans Petter Moland.

Fiche Technique: Refroidis

Titre originale: Kraftidioten
Norvège
Réalisation: Hans Petter Moland
Scénario: Kim Fupz Aakeson
Interprétation : Stellan Skarsgård (Nils), Bruno Ganz (Papa), Pål Sverre Valheim Hagen (Greven), Jakob Oftebro (Aron Horowitz), Birgitte Hjort Sørensen (Marit), Kristofer Hivju (Strike)
Genre: Action, thriller et comédie
Durée: 116min
Image: Philip Øgaard
Décor: Jørgen Stangebye Larsen
Costume: Sofie Rage Larsen
Montage: Jens Christian Fodstad
Son : Brian Batz, Kaspar Kaae et Kåre Vestrheim
Producteur: Finn Gjerdrum, Stein B. Kvae,  Graum Jorgensen, Charlotte Pedersen, Madeleine Ekman, Jessica Ask, Finn Gjerdrum, Stein B. Kvae, Peter Garde, Erik Poppe, Stellan Skarsgård, Hans Petter Moland
Production: Paradox Produksjon et Film i Väst
Distributeur: Chrysalis Films
Budget : /
Festival: Grand Prix & Prix Spécial Police au Festival international du Film Policier de Beaune 2014, et Compétition Internationale de la Berlinale 2014.

FEFFS – Chronique N°7 du 20 Septembre 2014

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Du court, du palmarès et de l’Ethan Hawke pour conclure ce FEFFS, cru 2014.

La nuit est courte et le réveil est dur. C’est aujourd’hui le Jour J, le dernier jour du festival. Pour conclure en beauté cette fantastique édition du FEFFS, ni plus ni moins qu’une cérémonie de clôture attendue par toutes les équipes de films ET de jeux vidéo en compétition. Sans oublier bien évidemment l’avant-première européenne du dernier film des Frères Spierig. Mais avant ça, ma curiosité de cinéphile et mon intérêt pour la production court métrage me pousse à aller assister à une séance de courts internationaux. Une salle étonnamment bien remplie et plutôt chaleureuse. Un coupon m’est tendu à l’entrée sur lequel il faudra indiquer mon court métrage préféré et le déposer dans un sac à la sortie de la séance. La projection va enfin pouvoir démarrer.

Chers lecteurs, voici la dernière chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

Courts métrages internationaux

  • Ceremony for a friend de Kaveh Ebrahimpour

Mansour a dépassé les limites si bien que ses amis décident de le pendre… Ils se réunissent alors afin de discuter des détails de la cérémonie.

  • Ghost Train de Lee Cronin

Michael et Peter, deux frères, retournent comme tous les ans sur le site de l’ancienne fête foraine où un drame est survenu quand ils étaient enfants. Mais, cette année, Michael revient sur un détail de l’incident qui pourrait bien tout changer.

  • The Landing de Josh Tanner

Un homme retourne sur les terres de la ferme de son enfance afin de découvrir la vérité sur « la chose » qui a atterri cet été de 1960 quand il n’était qu’un petit garçon.

  • Nectar de Lucile Hadzihalilovic

Dans un parc, une chambre ronde. A l’intérieur, des femmes se livrent un rituel parfaitement rodé. La reine livre son nectar. Mais un nouveau cycle se prépare déjà.

  • Rien ne peut t’arrêter de David Hourrègue

Certaines réalités sont inacceptables. Apprendre la mort de l’être aimé dans un couloir d’hôpital en est une. Certains murs sont infranchissables, mais que faire lorsque celui de la fatalité rejoint celui du temps ?

  • Robotics de Jasper Bazuin

John construit son double en espérant obtenir une vie meilleure… mais son robot sera bien plus performant que ce à quoi il s’attendait !

  • Safari de Gerardo Herrero

Ce qui aurait pu être une journée ordinaire dans ce lycée des États-Unis sera tout sauf ça.

  • Shelved de James Cunningham

Même les robots peuvent s’ennuyer dans un emploi sans avenir, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’ils peuvent être remplacés par des humains !

400 courts ont été soumis à l’association avant que le festival ne fasse une sélection drastique. 8 courts métrages mais tous d’une qualité déjà fort appréciable. Aucun ne m’a déçu, c’est dire. Je vais exclusivement parler de The Landing de Josh Tanner qui fût mon favori de la sélection bien que les autres fussent également tous bien, avec des mentions pour le fantastique Ghost Train, l’efficace mais déjà-vu Safari ou le métaphorique Nectar. The Landing nous prend par surprise et montre un pitch de départ déjà vu mille fois dont la plus célèbre représentation trouve son essence dans le Signes de M. Night Shymalan. D’un postulat basique, Josh Tanner en tire un film maîtrisé avec brio, vecteur d’une élégance esthétique formelle et implacable, magnifié par la performance de ces deux interprètes principaux et doté d’un twist final sensationnel. Un vrai beau film où le fantastique n’est pas là où on le trouve. J’aimerais le voir gagner un prix.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

Petit interlude avant de rejoindre mes appartements. Je m’arrête quelques instants à l’Exposition Rétro Gaming et Indie Games, organisée par le FEFFS. Il faut rappeler que le FEFFS, c’est aussi un festival qui propose de découvrir la richesse du monde du jeu vidéo indépendant dans sa dimension essentiellement fantastique. 120 jeux soumis à l’association, 18 seulement sont retenus et à l’arrivée l’Octopix, le prix vidéoludique majeur du festival. Lors de cette exposition, il était possible d’accéder à des phases bêta de jeux vidéo indépendants en cours de développement donc. Et pour les plus rétros, des consoles étaient disséminées dans la salle pour que les festivaliers puissent se détendre sur du Duck Hunt, Street Fighter 2, Pac-Man ou des jeux plus récents comme Call of Duty. Idéal pour les gamers, aussi bien novices que confirmés !

FEFFS – Cérémonie de clôture

Et voici que sonne la fin de cette 7ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, la cérémonie met du temps à démarrer et une charismatique femme se présente sur la scène pour animer cette clôture. Le palmarès tarde à arriver, Daniel Cohen, le directeur artistique du Festival venant annoncer les chiffres de fréquentations du Festival. On apprend que près de 20 000 spectateurs (deux fois plus que l’an passé) sont venus assister au FEFFS, que plus de 4 000 morts-vivants ont suivi le mouvement de la Zombie Walk et que 2 000 personnes s’étaient rassemblées Place de la Cathédrale pour la projection en plein-air de S.O.S. Fantômes. Tout simplement impressionnant. L’adjoint du maire de la ville de Strasbourg s’avance sur scène et se félicite de ces bons chiffres. L’année prochaine, il entend être encore plus ambitieux et compte bien faire de ce FEFFS, l’évènement majeur du mois de Septembre à Strasbourg.

Après cette salve de bons chiffres et d’auto-congratulations, entrecoupés de remerciements et d’applaudissements du public, on peut désormais passer au palmarès de cette cérémonie qui traîne quelques peu en longueur.

Le Jury Jeux Vidéo s’avance sur la scène et leur discours évoque la production actuelle, la réussite de certains jeux mais aussi les difficultés de créer des jeux originaux qui puissent trouver une vraie vie médiatique. La présentatrice en profite pour se moquer du langage incompréhensible (car technique) des membres du jury, lorsque ces derniers évoquent les campagnes Kickstarster, les versions alpha, bugées et les différentes formes de technologies pour concevoir un jeu. Nouvelle preuve que le jeu vidéo n’est pas encore pleinement considéré comme un art à part, après la polémique Antoine de Caunes. Quoiqu’il en soit, le jury attribue une mention spéciale au jeu Savage – The Shard of Gozen et récompense The Coral Cave de l’Octopix. Des jeux pour lesquels vous pouvez trouver des démos en ligne.

A présent, place aux courts-métrages et ce jury qui s’attarde sur la qualité incroyable des films présentés (avec lequel je suis d’accord). Un des membres nous fait une Isabelle Adjani en se trompant sur le nom d’un film récompensé. Fou rire gêné. Si La Bête de Vladimir Mavounia-Kouka remporte une mention spéciale et que Imposteur de Elie Chapuis reçoit le Prix du Jury dans la catégorie animation, ce sont quatre films qui se démarquent surtout dans la sélection courts. Tout d’abord, Shadow de Lorenzo Recio, honoré du Prix du Jury dans la catégorie Made in France, et que votre chroniqueur avait déjà pu voir au Festival International du Film de Nancy-Lorraine au début du mois. Un film sympathique, réussi mais qui me paraît pourtant inachevé. Une bonne surprise pour ce film qui mérite tout de même un prix. Venu précipitamment de Paris, le réalisateur a même fait l’effort de venir récupérer sa récompense et nous dire quelques mots.

Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour repart avec le Prix du Jury Jeune et une Mention Spéciale du Jury. Fantastique huis-clos aux dialogues piquants de justesse.

Robotics de Jasper Bazuin se voit également attribué deux récompenses. Celui du Prix du Public et du Méliès d’Argent.

Enfin, The Landing de Josh Tanner (que votre chroniqueur a donc adoré) reçoit l’Octopus d’Or. Récompense pleinement mérité pour ce film, pour lequel le jury avoue avoir adoré sa dramaturgie, sa réussite formelle et son écriture sensible.

La cérémonie touche bientôt à sa fin et c’est un Tobe Hooper acclamé jusqu’à la standing ovation qui se présente sur scène pour nous dévoiler le palmarès long-métrage. Accompagné des deux autres membres du jury que sont Xavier Palud et Juan Martínez Moreno.

Gagnant du Narcisse du Meilleur Film au récent Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF), Housebound de Gerard Johnstone repart avec le Prix du Public. Depuis le début du festival, tous les festivaliers s’accordaient sur la réussite et l’humour implacable de ce film d’horreur pas comme les autres. Une création originale venue de Nouvelle Zélande, que j’ai malheureusement manqué. La distributrice française du long métrage, Luminor Films, est venue récupérer le film.

Fabrice du Welz a toujours déclaré son amour pour le film Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. Très symbolique alors que le Jury présidé par ce dernier lui attribue une Mention Spéciale pour son film Alléluia qui propose une nouvelle version viscérale de l’Histoire des Tueurs de la Lune de Miel.

Esthétiquement sobre, froid et très ennuyeux selon certains festivaliers, Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca repart avec le Méliès d’Argent pour un film qui a véritablement charmé les membres du jury. Egalement distribué par Luminor Films, la distributrice du film est venue dire quelques nouveaux mots de remerciements.

Le moment attendu arrive et Tobe Hooper dans une certaine précipitation dévoile le nom du vainqueur de l’Octopus d’Or. Il s’agit de White God de Kornél Mundruczó qui a mis tout le monde d’accord dans le jury. Déjà gagnant à Cannes avec le Prix Un Certain Regard, le film hongrois est arrivé à Strasbourg avec de très bons échos et un statut d’outsider imparable. Une vidéo skype a été réalisée où l’on peut voir le réalisateur remerciait avec fierté l’ensemble du jury et tout le festival pour ce prix qu’il reçoit avec un immense plaisir.

D’un point de vue très personnel, et c’est presque logique qu’il y ait des désaccords, je reste sur ma faim notamment concernant mon coup de cœur qu’a été A Girl Walks Home Alone at Night, complètement oublié du palmarès. Comme dans toute compétition, c’est un palmarès qui fera débattre et animera les discussions ces prochaines semaines lors des rediffusions en compétition. Après une cérémonie tardive, étirée et quelque peu maladroite, la salle de cinéma du Vox se fait tout obscure et la présentatrice dans ces derniers mots nous présente cette avant-première européenne, remerciant le distributeur Sony. 

Predestination

Réalisé par Michael Spierig & Peter Spierig (2014). Sortie annoncée le 01 décembre 2014 en DVD/Blu-Ray. 

Predestination retrace la vie d’un agent temporel spécialisé dans la lutte contre la criminalité, envoyé dans une série complexe d’expéditions spatiotemporelles afin d’assurer à tout jamais la continuité de sa carrière. Pour son ultime mission, l’agent doit s’attaquer au seul criminel qui lui a toujours échappé. 

Après avoir fait dans le gore efficace avec Undead en 2003 puis avoir dirigé Ethan Hawke dans le vampirique, rythmé et intéressant qu’était Daybreakers en 2009, voilà que les Frères Spierig s’éloigne du sang, tout en restant dans un cinéma de genre, celui de la science-fiction où ils retrouvent un Ethan Hawke en très grande forme. Présenté pour la première fois au Festival Fantasia à Montréal où il a été acclamé par le public, Predestination est un film inspiré d’une nouvelle intitulée « All you Zombies » de Robert A.Heinlein, évoquant les paradoxes des voyages dans le temps. Predestination est tout simplement un film incroyable, que certains qualifieront de « complexe » mais qui s’avère plutôt accessible. Disons que tout le film remue les méninges jusqu’à ce moment clé où tout devient limpide. Dans ce sens, un deuxième visionnage s’impose d’emblée tant on souhaite comprendre tous les tenants et aboutissants du scénario, chaque détail à l’écran pouvant être un facteur de compréhension de ce final si marquant. Les deux frangins ont fait un excellent travail sur la mise en scène, bourrée de fluidité et magnifiquement stylisée sans l’être jusqu’à l’excès. Ethan Hawke et Sarah Snook sont incroyablement performants et on ne pouvait pas en attendre moins d’eux, tant la première partie du film est un long mais intéressant dialogue nous permettant de saisir les bases des personnages. Fascinant. Dotés de bons effets spéciaux, Predestination mise davantage sur un rythme de narration, de dialogues, de psychologie que sur un enchaînement de scènes d’action sans enjeux. La relative complexité du scénario nous offre un vrai matériau à la réflexion et je pense pouvoir dire que pour une fois, Hollywood ne s’est pas trop foiré avec une histoire de voyage dans le temps. Le paradoxe est évité et les rebondissements sont nombreux avant ce final sensationnel qui vous laissera l’image d’un film de science-fiction diablement efficace et parfaitement maîtrisé. Bien joué les Spierig ! Seul point noir au tableau, Allociné annonce une sortie en DVD/Blu-Ray plutôt qu’une sortie salle. Une distribution injuste pour un film de science-fiction qui pourrait être promis à un bel avenir s’il était bien distribué. Peut-être que l’enthousiasme des critiques dans les festivals va jouer en sa faveur. Wait and see !

Note de la rédaction : ★★★★☆  

RAPPEL du Palmarès des films de cette septième édition du FEFFS :

LONGS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — White God de Kornél Mundruczó

Méliès d’Argent — Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca

Mention Spéciale du Jury — Alleluia de Fabrice du Welz

Prix du Public — Housebound de Gerard Johnstone 

COURTS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — The Landing de Josh Tanner

Méliès d’Argent — Robotics de Jasper Bazuin

Mention Spéciale du Jury — Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du Public — Robotics de Jasper Bazuin

Prix du Jury Jeune — Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du Jury dans la catégorie Made in France — Shadow de Lorenzo Recio

Prix du Jury dans la catégorie Animation — Imposteur de Elie Chapuis

Mention Spéciale dans la catégorie Animation — La Bête de Vladimir Mavounia-Kouka

Le Festival s’achève donc ici. Des reprises sont prévues encore aujourd’hui et dans les semaines à venir dans les cinémas de Strasbourg et de ses environs. Je partirais avec le regret d’avoir loupé une séance de minuit -semble-t-il démente-, celle de Dead Snow 2 : Red vs Dead et d’avoir manqué la projection du Prix du Public, Housebound qui a mis tout le monde d’accord. Je quitte Strasbourg avec d’excellents souvenirs, des rencontres franchement sympathiques notamment avec des membres du réseau social SensCritique que je salue (Saugom & Wake_Up_Donnie), de très bons films vus, des questions-réponses intéressantes avec les équipes de films et surtout des bénévoles qui étaient là, qui ont bossé pour que tout se passe dans les meilleures conditions possibles. Je remercie mon ami Yann et ses deux colocataires qui m’ont hébergé pendant toute la semaine. Je remercie les bonnes tartes flambées alsaciennes et un bar en particulier, l’Académie de la Bière qui m’a accueilli aussi bien après les bons films, que les plus mauvais. Mention au Festival qui m’a donné l’opportunité d’avoir un accès presse pendant toute la semaine. Des remerciements tout particuliers à Chris et Sara de l’équipe pour m’avoir soutenu dans ces chroniques, tout en me laissant une liberté éditoriale totale. C’était une expérience et je compte bien la réitérer. Je remercie tous ceux qui m’ont lu et suivi dans la semaine et j’espère que cela vous a plu et intéressé autant que le Festival m’a plu et intéressé. Merci à vous et bravo au FEFFS. Du plein-air, des projections avant-premières uniques, des films de qualité, une ambiance de festival survoltée, des invités de marque, beaucoup d’humour, c’est ça le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Comptez sur nous pour revenir l’an prochain !

FEFFS – Chronique N°6 du 19 Septembre 2014

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FEFFS 2014 : Salle complète, lunes de miel et film à sketchs

Avant dernier jour à Strasbourg. Le réveil d’aujourd’hui étant -comme la veille- le sujet à une réflexion sur le visionnage ou non du second volet de Massacre à la Tronçonneuse. La soirée s’annonçant chargée, finalement on passera outre cette séance sympathique pour privilégier les films en compétition de ce soir et surtout la première européenne d’un film à sketchs terriblement attendus. De l’étang qui réveille des tensions psychologiques, de l’amour qui rend fou et une lune de miel qui vire à l’horreur. Voilà comment s’annonce ce début de soirée. Mais c’était sans compter une attente assez inattendue pour le film De Poel/The Pool de Chris W. Mitchell. Plus de tickets, ni même de places disponibles pour les accrédités presse. C’est aussi pour ça que j’aime le FEFFS, car on y trouve une vraie égalité entre les spectateurs et les pros/la presse. Pas de privilèges et c’est tant mieux pour les spectateurs, même si cela me dépite quelque peu de louper cette projection. Qu’à cela ne tienne, on ne m’y reprendra pas à deux fois. Toutes les séances du soir, j’y serais avec trente minutes d’avance.

Chers lecteurs, voici la sixième chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

Alléluia

Réalisé par  Fabrice du Welz (2014). Sortie le 26 novembre 2014.

Manipulée par un mari jaloux, Gloria s’est sauvée avec sa fille et a refait sa vie loin des hommes et du monde. Poussée par une amie, Gloria accepte de rencontrer Michel via un site de rencontre. Michel, petit escroc bas de gamme, est troublé par Gloria, et Gloria tombe éperdument amoureuse. Par peur, Michel se sauve, mais Gloria va le retrouver et lui faire promettre de ne plus jamais la quitter. Prête à tout pour sauvegarder cet amour, elle se fera passer pour la sœur de Michel afin que celui-ci puisse continuer à séduire des femmes pour de l’argent. Mais la jalousie gangrène peu à peu Gloria. 

A défaut de louper la séance précédente, j’entre dans cette même salle du cinéma Saint-Exupéry depuis une semaine avec une certaine frilosité, celle d’avoir affaire au réalisateur qui nous a offert Calvaire, Vinyan (vainqueur en 2008 de l’Octopus d’Or au FEFFS) et Colt 45. La salle est bondée, le jury nous fait l’honneur de sa présence et le réalisateur nous salue avant le visionnage de ce film. Alléluia est donc une nouvelle version de l’Histoire des Tueurs de la Lune de Miel. Un couple d’américains bourré d’amour fou qui ont assassiné et dépouillé de vieilles veuves entre 1947 et 1949, avant d’être arrêté et condamné à la chaise électrique. Jusqu’au procès, ils évoqueront cet amour passionnel qui les a conduits à la folie. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes cette année, le film a suscité énormément de réactions, des plus enthousiastes aux plus mitigés. La première séquence du film se déroule dans une morgue et nous présente Gloria, le personnage principal féminin, nettoyant un corps sans vie. Grain sale, caméra au plus près des corps, les premières minutes nous montrent un film qui s’annonce aussi sauvage que sale et poisseux. La rencontre avec Michel nous amène au point commun de presque tous les films de Fabrice du Welz, l’amour fou. A partir de cet instant, le film déroule cette histoire de tueurs malgré eux qui partent dans des excès de violence par simple jalousie, Gloria étant la première à toujours donner le premier coup. Qu’est-ce-qui les passionne autant dans leur relation ? Gloria voit en Michel une preuve que l’amour, le vrai, existe encore après un mariage gâché et Michel voit en Gloria une sorte de figure maternelle qu’il n’a jamais vraiment eu pendant son enfance. Montré avec subtilité et élégance, on apprend que Michel pratique la magie noire pour séduire ces jeunes veuves. La caméra est charnelle, toujours au plus près des corps et rares sont les plans larges. C’est très cloisonné, très étouffant comme film mais ça ne renforce que l’aspect mal-à-l’aise du film. Virant étonnamment dans l’humour noir, tant certaines répliques ont amusé les festivaliers, Alléluia semble se mettre à distance de son récit en proposant une réflexion sur cet amour fou tout en évinçant le ton trop sérieux et malsain d’une production d’épouvante qui veut être le plus plausible possible. Terrifiant et amusant, Alléluia nous offre des personnages à l’écriture psychologique fine, ne tombant jamais dans une succession de personnages grotesques dont on attend seulement que le premier coup soit planté. Chaque mort est assez dur à supporter tant ces personnages ne sont que les victimes hasardeuses d’un couple de tarés, dont l’amour fou les a conduit au pire. Tarés certes mais sans qu’aucun parti-pris de mise en scène ne viennent juger ces gens et c’est là toute la justesse d’un film qui surprend dans la radicalité de son récit et qui s’avère être une véritable réussite. Un critique en ligne dira que Alléluia ressemble « à un épisode de Faites Entrer l’Accusé réalisé par Tobe Hooper ». Une phrase magistrale qui correspond parfaitement à l’ambiance du film.

FEFFS-2014-Fabrice-Du-Welz-Alleluia

Le générique défile dans un silence quasi-religieux. L’écran s’éteint. Fabrice du Welz débarque sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Il évoque cette histoire des Tueurs de la Lune de Miel et du fait qu’il n’en fait pas un remake, mais une version contemporaine propre à lui-même. Son Alléluia est une contraction originale de ce fait divers et avoue ne prendre que le matériau de base pour s’éloigner radicalement de ce mythe et livrer sa propre histoire. Il nous dit le pourquoi du parti-pris d’avoir osé un grain si granuleux, d’avoir tourné en 16mm et déclarant fièrement « Je suis un cinéaste et j’aime faire des films. Point. ». Applaudissements en masse, le discours de Du Welz est bien rodé. Il nous parle de ses personnages en souffrance, qu’il souhaitait toucher les corps et en faire une bête meurtrière à deux. Alléluia est un film sensitif, viscéral et physique, bien plus qu’intellectuel. Il réfléchit et prépare avec minutie son histoire, mais c’est davantage les sens qui parlent et c’est ce qui fait que le film est une sorte de poésie macabre. La mise en scène n’était pas préparée à l’avance. C’est davantage son cadre qui s’adaptait à la performance des acteurs. Il était primordial que le film soit tourné en fonction des acteurs et non pas selon un désir esthétique de mise en scène. C’était essentiel pour lui de revenir à un cinéma fantastique et mystérieux, après le tournage chaotique de Colt 45. Il en profite pour casser du grain sur le cinéma français et cette exploitation à outrance de déchets que sont « Kad Merad ou Franck Dubosc » et regrette que son acteur Laurent Lucas soit un acteur honteusement sous-employé. Il s’attarde un peu sur ce que l’on dit être « le second opus de la Trilogie ardennaise », nous répondant avec l’affirmative. Il révèlera même que le troisième volet est écrit et qu’il sera tourné dans les prochaines années, certainement d’ici deux ans. Ce sera toujours avec Laurent Lucas. Quand on lui parle de la crédibilité de cette histoire d’amour morbide, il répondra « Les gens tombent amoureux parfois (rire du public), souvent jusqu’à la folie, ce que les psychiatres appellent folie à deux ». Une manière de nous rappeler que ces films parlent de l’amour fou. Il détaille les tons de son film qui jongle entre le film d’horreur, la comédie musicale, la comédie et le drame. La difficulté était de rendre le tout cohérent. Il évoquera un tournage très heureux, jusqu’à l’état de grâce. Le directeur du festival écourte ce déjà-très-long question-réponse et nous dirige poliment vers la sortie de la salle. Malgré le ton un peu hautain de son réalisateur par moment, il faut que reconnaître que Alléluia est un sacré film et assurément l’un des favoris pour recevoir une récompense.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Honeymoon

Réalisé par Leigh Janiak (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Paul et Béa, jeune couple amoureux, passent leur lune de miel sur les bords d’un lac reculé au coeur des bois. Béa est retrouvée errant dans la forêt, elle présente alors des troubles du comportement, sa mémoire et son expression elles-mêmes en sont affectées. L’inquiétude de Paul grandit : il pense que la femme débordante de vie qu’il a épousée se métamorphose en quelqu’un d’autre, pourtant c’est toujours Béa. 

Honeymoon fait salle comble. Leigh Janiak se présente au public. C’est une petite blonde assez gênée qui nous présente son premier long-métrage. Petite production indépendante qui a su faire parler d’elle grâce à son casting d’acteurs que tout le monde a déjà croisé dans des séries actuelles. Rose Leslie dans Game of Thrones et Harry Treadaway qui interprète actuellement le Docteur Frankenstein dans la série Penny Dreadful.

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Le manque de budget se fait ressentir et le cadre du film ne prend essentiellement place que dans ce chalet autour d’un étang pour ce qui s’annonce être la lune de miel d’un couple fougueusement amoureux, mais tout aussi fauché que le film. Il faut savoir que cette petite blonde gênée en a dans le ventre pour ce qui est d’esthétiser des endroits qui ne le sont pas forcément. Dans une mise en scène assez crépusculaire, la réalisatrice nous offre de très bonnes tranches de vie de ce jeune couple, aidées par les performances de ces deux acteurs principaux. Poignant et terrifiant tant l’incompréhension de tout le film nous amène vers un final complètement inattendu, Honeymoon est un film qui rallonge à l’excès le bonheur de ce nouveau couple marié et l’on attend durablement que quelque chose se passe. L’ennui pointe souvent le bout de son nez malgré la réussite esthétique et d’interprétations des acteurs qui sauve littéralement le film. Si le film n’est pas une énorme réussite, on lui pardonnera un manque de rythme et de moyens pour cette toute-jeune réalisatrice qui devrait à coup sûr être l’un des noms à suivre ces prochaines années. Au dénouement diablement efficace, Honeymoon est une production indépendante intéressante qui s’approprie avec brio les codes du fantastique et du mystère, bien qu’on lui reprochera d’avoir trop tenu à expliciter son final, laissant un effroi s’échapper d’un film qui aurait pu nous laisser dans l’incompréhension la plus totale. C’est peut-être cela qui aurait été le plus terrifiant. 

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

ABC’s of Death 2

Réalisé par Rodney Ascher, Julian Barratt, Robert Boocheck, Alejandro Brugués, Kristina Buozyte, Alexandre Bustillo, Larry Fessenden, Julian Gilbey, Spencer Hawken, Jim Hosking, Lancelot Oduwa Imasuen, E.L. Katz, Aharon Keshales, Steven Kostanski, Marvin Kren, Juan Martínez Moreno, Erik Matti, Julien Maury, Robert Morgan, Chris Nash, Vincenzo Natali, Hajime Ohata, Navot Papushado, Bill Plympton, Dennison Ramalho, Todd Rohal, Jerome Sable, Bruno Samper, Shion Sono, Jen Soska  et Sylvia Soska (2014). Sortie le 02 octobre 2014 en VOD. 

Paul et Béa, jeune couple amoureux, passent leur lune de miel sur les bords d’un lac reculé au coeur des bois. Béa est retrouvée errant dans la forêt, elle présente alors des troubles du comportement, sa mémoire et son expression elles-mêmes en sont affectées. L’inquiétude de Paul grandit : il pense que la femme débordante de vie qu’il a épousée se métamorphose en quelqu’un d’autre, pourtant c’est toujours Béa.

 Dernière séance Midnight Movies du festival avec l’évènement de cette édition du FEFFS, la première européenne de ABC’s of Death 2 et d’après Juan Martínez Moreno (membre du Jury Long Métrage du FEFFS), la seconde mondiale après la projection à Austin (Texas), la veille. Ce dernier en profite pour nous parler du concept de la saga (un troisième volet en préparation ?) ABC’s Of Death, d’une lettre et de 5000 $ attribuée à un réalisateur pour créer un segment. Juan Martínez Moreno a bénéficié de la lettre « S comme Séparé », et sans langue de bois, il s’agit de l’un des plus ingénieux segments grâce à un split-screen maîtrisé avec brio. Ces dernières années ont vu apparaître de nombreux films fantastiques qui reprenaient ce concept de films à sketchs et que les festivals s’arrachent. The Theatre Bizarre et sa suite prochainement attendu ou V/H/S et V/H/S 2, en attendant V/H/S Viral qui doit également sortir prochainement. Des films efficaces et terriblement décomplexés qui montrent une fureur et une frénésie chez des réalisateurs dotés d’une totale liberté artistique. Comme tout film à sketchs, l’inégalité entre segment est une tare car il laisse parfois des impressions négatives alors que certains courts valaient franchement le détour. La production ABC’s Of Death 2 voit de nombreux réalisateurs du cinéma fantastique à la notoriété bien ancrée défilaient lors du générique. Le concept du film permet de voir une multitude de formats de médias être employés, du court classique à de l’animation en passant par le stop-motion, sans oublier le found-footage ou des formats esthétiques plus audacieux. La variété des segments est vraiment la meilleure qualité de ces films. Libéré artistiquement, cette suite de ABC’s of Death ne fait pas dans la demi-mesure et propose des segments parfois déroutants, parfois pas, souvent gores et assurément de mauvais goûts. L’alchimie idéale pour une séance de minuit festive où les rires s’entremêlent avec les réactions de dégoût. Ceux qui ont adoré le premier opus aimeront assurément cette suite dans une vraie continuité de ce qui avait fait le succès du précédent. 

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

Le retard dans la projection des films et les questions-réponses font sortir les derniers festivaliers du cinéma à 03h du matin. La nuit sera donc courte avant d’entamer cette dernière journée au festival qui sera le théâtre d’une succession de courts métrages internationaux et d’une cérémonie de clôture au cours de laquelle on saura enfin qui remportera le fameux Octopus d’Or ainsi que le Méliès d’Argent, les deux récompenses principales du Festival. La soirée s’achèvera avec la première européenne de Predestination, le nouveau film des Frères Spierig avec Ethan Hawke. A demain, les assassins !

FEFFS – Chronique N°5 du 18 Septembre 2014

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 FEFFS 2014 : Chiens vengeurs, célébrité fantasmée et tueur groovy.

Le réveil de ce matin était relativement amer. Je garde encore le souvenir de la déception qu’a été la séance de minuit de la veille avec ces foutus castors zombies. Aujourd’hui, on va tâcher d’oublier tout ça avec la programmation de ce soir qui déroule le Grand Prix de la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2014, de la célébrité fantasmée jusqu’à l’horreur et d’un sociopathe complètement incontrôlable à l’écoute du disco. Billets dans la poche, déterminé à sauter sur le premier siège disponible et prêt à dégainer le pop-corn, je plonge avec passion dans le visionnage de ces trois films.

Chers lecteurs, voici la cinquième chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

White God

Réalisé par Kornel Mundruczo (2014). Sortie le 03 décembre 2014.

Un père contraint sa fille à abandonner son chien, Hagen, dans les rues de Budapest. Très vite, les pérégrinations aventureuses de Hagen se transforment en une odyssée de cruauté humaine quasi insoutenable.

Grand gagnant de la sélection Un Certain Regard et accessoirement vainqueur de la Palm Dog au dernier Festival de Cannes, White God débarque à Strasbourg en véritable outsider. On évoquait hier les films qui revenaient au concept des attaques animalières mais avec White God, jamais le genre n’avait été traité sous un angle aussi sérieux et auteurisant. Cinquième long-métrage du Hongrois Kornel Mundruczo, White God est un film détonnant aux séquences d’ouverture et de fermeture somptueuses de magnificence. Elégant et très proche de l’exercice de style pur et dur, le récit se perd dans une mise en scène à la shaky cam censée accroître l’immersion et le réalisme au profit d’une narration quelque peu classique. Notons cet effort deperformance d’avoir dressé près de deux-cent-cinquante chiens pour le tournage, Traînant en longueur et prévisible, White God se suit avec peu d’intérêt, tant la lenteur du rythme ne facilite pas l’implication du spectateur malgré cette caméra qui tremble sans cesse. Les personnages humains sont pour la plupart montrés sous un angle manichéen mais l’intrigue tend vite à contrebalancer ce postulat en relativisant le discours critique sur l’espèce humaine. Sujet intéressant car né de l’imagination d’un réalisateur qui représente une sorte de Mythe de Babel où le chien s’échappe de son statut d’espèce soumise pour atteindre les hauteurs de l’espèce humaine. Final horrifique dans une révolte canine sans précèdent, White God est un film qui par la traduction française de son titre nous renvoie au Dressé pour tuer (White Dog) de Samuel Fuller et donne donc une symbolique divine à l’espèce canine. Réflexion sur la soumission et l’arbitraire d’une autorité plus ou moins juste, White God est un audacieux pari et une réussite formelle par le biais du dressage de ces chiens, tout simplement impressionnant de réalisme. La narration s’avère cependant éprouvante tant la mise en scène parkinsonienne tend à rendre le récit plausible mais ne fait qu’accroître la bancalité d’un film que l’on supporte en fin de parcours. Intéressant mais inégal. La présentation du festival évoquait la présence du réalisateur pour présenter le film mais finalement ce n’est qu’une traductrice qui ouvrira la projection du film en évoquant quelques anecdotes de tournage comme les trois mois de dressage de chiens ou le fait que le réalisateur souhaitait faire un film qui se moque d’une loi hongroise visant à taxer les chiens selon leur race.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

Starry Eyes

Réalisé par  Kevin Kolsch et Dennis Widmyer (2014). Date de sortie prochainement annoncée.

Sarah Walker a un petit boulot sans avenir sous le joug d’un patron qui la prend de haut, elle subit des amitiés superficielles avec des acteurs concurrents et participe à des castings qui n’aboutissent à rien. Après plusieurs auditions humiliantes face à un duo pour le moins bizarre, elle décroche le rôle principal dans leur nouveau film. Malgré le fait qu’ils lui demandent de faire des choses de plus en plus étranges, elle sera prête à tout pour réussir, aveuglée par son fantasme de célébrité. 

Présenté pour la première fois en France et sélectionné dans la compétition internationale, Starry Eyes est la nouvelle production de la boîte de Travis Stevens à qui l’on doit Cheap Thrills, Big Ass Spider ou le documentaire Jodorowsky’s Dune.  Starry Eyes est le second-long métrage de ce tandem de réalisateurs nord-américains. Avec ce film, 2014 semble être une année où la profession du cinéma se remet en question et l’on a déjà pu voir que David Cronenberg (Maps to the Stars) ou Olivier Assayas (Sils Maria) nous ont livré d’excellentes critiques bourrés de cynisme à l’encontre du milieu. Place ici à une œuvre qui pique le rêve hollywoodien et nous plonge dans une descente aux enfers du fantasme de la célébrité et des moyens pour y parvenir. Par le biais de son personnage principal qui ne voue sa vie qu’au désir d’atteindre la célébrité et la gloire chère à Hollywood, le récit de Starry Eyes montre les plus décadents travers d’Hollywood avec ses coups fourrés, ses égos surdimensionnés, ses jalousies, ses producteurs immoraux et les ambitions débordantes et surréalistes d’actrices prêtes à tout pour obtenir un rôle. Le message final du film est assez pointu et montre à quel point les plus célèbres stars de Hollywood ont dû se salir les mains pour atteindre leur statut de glorieuses célébrités. C’est aussi une critique subtile des modifications physiques par lesquels doivent passer les interprètes pour espérer atteindre un certain seuil de prise en compte de la profession. A la mise en scène clinique et froide, Starry Eyes tombe dans un final horrifique et gore à souhait où la renaissance de son personnage ne peut se faire que par le biais d’une violence impitoyable. Impitoyable comme Hollywood. Une réalisation horrifique moins originale que franchement réussie dans sa volonté de décrire un milieu de plus en plus immoral. Un constat que nombre de réalisateurs évoquent ces derniers temps dans leurs productions. Une des bonnes surprises de ce festival.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Discopathe

Réalisé par  Renaud Gauthier (2013). Date de sortie prochainement annoncée. 

Dans les années 1970, un jeune newyorkais sans histoire se métamorphose en meurtrier dès qu’il est exposé aux sonorités particulières d’une toute nouvelle musique : le disco. Incapable de contenir ses pulsions meurtrières provenant d’un traumatisme d’enfance, Duane Lewis deviendra malgré lui un dangereux tueur en série en exil à Montréal. 

Séance de minuit sous le signe du disco avec Discopathe et son réalisateur. La projection est lancée et de somptueuses mélodies groovy donnent le ton au film. Slasher rétro qui reproduit avec authenticité et fidélité cette ambiance, cette frénésie urbaine des années 70 qui exultaient à l’écoute du disco. Assurément drôle, Discopathe lorgne du côté de l’absurde et d’un cinéma du dialogue où certains penseront évidemment à Quentin Dupieux. Malheureusement, de nombreuses blagues tombent à plat et finalement on se consolera avec cette mise en scène qui recrée à la perfection les entremêlements de couleurs et de sons plus-disco-tu-meurs. Les effets-spéciaux cheap offrent des moments de gore cultes et grotesques, frôlant avec le cartoon. Reprenant avec soin le grain et la grammaire d’un cinéma d’époque qui tend à nous rappeler un giallo désormais disparu, Renaud Gauthier nous livre un petit OFNI d’humour débridé et d’horreur à souhait. On reprochera au récit de s’étirer trop en longueur mais ce serait oublier l’enthousiasme d’un film qui reproduit avec une vraie justesse cette ambiance unique du disco. Et puis, qu’est-ce que la bande son est cool !

Premier long-métrage de Renaud Gauthier, ce dernier arrive en fin de séance pour nous parler du film. Il remercie avec sincérité le festival et son directeur de l’avoir accueilli. Il offre à ce dernier une pellicule complète du film en 35mm, un beau cadeau pour un directeur qui avoue avoir adoré ce film. Le réalisateur plaisante souvent, semble un peu à l’Ouest, déposant son verre de vin derrière lui, les yeux fatigués et la posture avachi sur lui-même. Les silences pesants témoignent d’une fatigue des festivaliers, le réalisateur remarquant que le public fût bien sage ce soir et que le film avait suscité beaucoup plus d’ambiance au Festival de Bruxelles et d’un autre dont j’ai oublié le nom. Pour combler ces silences, le réalisateur déconne à répétitions sur l’endroit où la soirée va se finir dans le seul souci de se mettre une murge strasbourgeoise. L’Académie de la Bière semble être l’endroit de destination du réalisateur et de quelques membres de l’équipe du festival. Renaud Gauthier s’attarde un instant sur la difficulté économique de monter ce projet et confesse être un passionné, un immense collectionneur de tous les objets qui témoignent des années 70. Ce crossover entre tueur en série et disco était une formule amusante et décalée qu’il souhaitait absolument voir à l’écran. Pas la peine d’étirer l’échange, il est bientôt deux heures, le question-réponse se conclût et chacun rentre chez soi, des irréductibles se dirigeant vers Renaud Gauthier pour lui poser quelques dernières questions et lui demander un autographe.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

Un Strasbourg étonnamment calme pour un jeudi soir où les étudiants passent davantage de temps dans les bars et les boîtes que les draps tapis de leurs lits. Fin de soirée à l’appartement devant un plat de pâtes où une nécessaire prise de recul s’impose sur les films vus ce soir. Programme de demain, hésitation sur le visionnage de Massacre à la Tronçonneuse 2 dans le cadre de la rétrospective Tobe Hooper, mais une certitude votre rédacteur sera présent pour les projections d’un étang révélateur des tensions d’un groupe, d’une nouvelle version des tueurs de la lune de miel et d’une autre lune de miel autour d’un étang qui s’avèrera être le point de départ d’un thriller psychologique implacable. Trois films au thème proche où défileront les trois équipes de film. Et sans oublier la projection de minuit qui nous présentera pour la première fois en Europe la tant-attendue suite de ABC’s of Death. Du lourd, du très très lourd pour la sixième chronique. A demain, les psychopathes !

Pride, un film de Matthew Warchus : Critique

Mark (Ben Schnetzer) est un activiste gay. Lors de la Gay Pride, il décide de créer le LGSM (Lesbians and Gays Support the Minor), en constatant l’absence de policiers, ceux-ci étant partis taper sur les mineurs en grève. Joe (George MacKay) est un jeune étudiant, qui cache son homosexualité à ses parents et se retrouve par hasard, pris dans ce groupe d’activistes. Il va partir aux côtés de Jonathan (Dominic West), un acteur exubérant, Mike (Joseph Gilgun) l’ombre de Mark, Steph (Faye Marsay) la seule lesbienne, Gethin (Andrew Scott), un Gallois amant de Jonathan et d’autres, dans le village minier. Malgré un accueil glacial, ils vont continuer à apporter leur soutien, aussi bien financièrement, matériellement et humainement.

Synopsis : Eté 1984 – Alors que Margaret Thatcher est au pouvoir, le Syndicat National des Mineurs vote la grève. Lors de la Gay Pride à Londres, un groupe d’activistes gay et lesbien décide de récolter de l’argent pour venir en aide aux familles des mineurs en grève. Mais l’Union Nationale des Mineurs semble embarrassée de recevoir leur aide. Le groupe d’activistes ne se décourage pas. Après avoir repéré un village minier au fin fond du pays de Galles, ils embarquent à bord d’un minibus pour aller remettre l’argent aux ouvriers en mains propres. 

L’union impossible

Pride est inspiré d’une histoire vraie. Des gays et lesbiennes qui soutiennent des mineurs Gallois, durant l’ère Margaret Tchatcher, c’est assez surprenant. En faire une comédie, ça l’est tout autant. Seuls les britanniques pouvaient réussir à raconter cette histoire extraordinaire, avec humour, tendresse et émotion, sans tomber dans le mélodrame, ni la caricature. Il y a des films, ou dès le début, on sait qu’on va adorer. Bien sur, cela s’effondre parfois au fil du récit, mais pas ici. D’abord parce que l’histoire est passionnante. Ensuite, parce que le casting est parfait, il ne souffre d’aucunes fausses notes. Bill Nighy, on ne le présente plus, c’est la classe et le flegme britannique dans toute sa splendeur. Toujours excellent et malgré son nom en premier au générique, il n’est pas le premier rôle. En fait, il n’y en a pas vraiment, chacun d’eux a son importance. Des acteurs surtout issus de séries britanniques : Dominic West (The Hour), Andrew Scott (Sherlock Holmes), Joseph Gilgin (Misfits), Imelda Staunton (Psychoville), Freddie Fox (The Shadow Line), Faye Marsay et Jessie Cave (Glue). Bien sur, Imelda Staunton est aussi une grande actrice au cinéma, sans oublier Paddy Considine. Ben Schnetzer étant le seul acteur américain de la distribution. Un mélange d’acteurs confirmés et de jeunes en devenir, qui fonctionne très bien.

Pride ne tombe jamais dans la facilité. Il ne présente pas les mineurs comme des rustres alcooliques, ni les gays et lesbiennes, comme des personnes fragiles et précieuses. Ce sont des gens comme les autres, même si certains ont du mal à accepter leurs choix de vies. Quand on voit en 2014, comme il est compliqué de vivre sa sexualité comme on l’entend en France, alors dans l’Angleterre de 1984, c’est même pas la peine d’y songer. Par de simples mots ou gestes, on nous montre leurs difficultés : les crachats, les insultes et violences physiques.

Au milieu de cette lutte, on nous parle aussi de la difficulté de faire accepter sa sexualité à sa famille, au travers des personnages dAndrew Scott et George MacKay, toujours avec subtilité. Les mineurs ont aussi leurs soucis, comme accepter de faire vivre leurs familles avec le salaire de leurs femmes, tout en luttant pour leurs emplois; les deux univers, subissant la violence des policiers et donc de la politique de Thatcher, ils avaient tout pour se retrouver, malgré leurs différences, pas si importantes au final.

Une première partie drôle et légère, avant d’être plus dramatique dans la seconde partie. La danse de Dominic West et ses conséquences, sont hilarantes. Elle s’offre des libertés avec les femmes de la ville minière, qui viennent s’amuser à Londres. C’est du vu et revu, mais pas désagréable. Ou cette délicieuse vieille dame, qui s’ouvre au monde, avec ses nouvelles amies lesbiennes. Ou cette veuve, qui est incapable d’accepter les différences. Chacun se nourrissant de la culture de l’autre, ou la rejetant.

Une comédie dramatique et sociale, comme le cinéma britannique sait si bien le faire. Un casting fabuleux, une mise en scène enthousiaste, des dialogues savoureux, avec les répliques qui désamorcent les rares moments dramatiques. Le tout au son d’un BO impeccable, de Phil Collins à Bronski Beat, des classiques des 80’s. C’est drôle et émouvant, un film essentiel dans un monde de plus en plus individualiste.

Fiche technique : Pride

Royaume-Uni – 2014
Réalisation : Matthew Warchus
Scénario : Stephen Beresford
Distribution : Bill Nighy, Imelda Staunton, Dominic West, Andrew Scott, George MacKay, Ben Schnetzer, Joseph Gilgun, Freddie Fox, Paddy Considine, Faye Marsay et Jessie Cave
Photographie : Tat Radcliffe
Montage : Mélanie Oliver
Musique : Christopher Nightingale
Production : David Livingstone
Société de production : Calamity Films
Société de distribution : Pathé
Genre : Comédie dramatique
Durée : 117 minutes
Date de sortie française : 17 Septembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Critique : Gemma Bovery, un film de Anne Fontaine

Petit à petit, Anne Fontaine devient une incontournable du cinéma français.  En 13 longs métrages et 1 série télé, elle reste très libre dans ses choix d’expression, alternant avec plus ou moins de bonheur les sujets graves et les comédies.

Synopsis : Martin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d’un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d’imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. On devine son émoi lorsqu’un couple d’Anglais, aux noms étrangement familiers, vient s’installer dans une fermette du voisinage. Non seulement les nouveaux venus s’appellent Gemma et Charles Bovery, mais encore leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Pour le créateur qui sommeille en Martin, l’occasion est trop belle de pétrir – outre sa farine quotidienne – le destin de personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n’a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie…

Le potentiel érotique de ma femme*

Après un Perfect mothers au parfum de souffre, et se trouvant sur le versant grave de l’échelle de son cinéma, elle nous revient dans cette nouvelle comédie, tirée du roman graphique de la britannique Posy Simmonds, au titre qui laisse présager du pire, et du pire des jeux de mot : Gemma Bovery. Par bonheur, il n’en est rien, même s’il n’y a pas de quoi crier au génie.

Anne Fontaine a rembauché Fabrice Luchini qui était déjà à la tâche pour La fille de Monaco, film qui a reçu un accueil critique plutôt favorable. Elle a embauché Gemma Arterton, qui a triomphé dans Tamara Drewe, le film très réussi de Stephen Frears tiré d’un autre roman de Posy Simmonds. Autant dire qu’elle met tous les atouts dans sa besace de réalisatrice, et ne prend aucun risque pour que sa « rom com » soit un succès.

Et de fait, on rigole beaucoup dans le film. Mais c’est Fabrice Luchini qui nous fait rire, quand son personnage Martin, bobo parisien  qui a dû friser le burn-out et qui vient se ressourcer  en Normandie sous les traits d’un boulanger, prend le spectateur (ou son chien !) à témoin pour commenter le destin de ses nouveaux voisins, cette famille Bovery (Charles et Gemma !), un destin qu’il voit calqué sur l’original, les Bovary de Flaubert dont il reste un absolu passionné malgré son nouveau pain quotidien fait d’épeautre et de six-céréales. Un destin dont il voudrait lui-même être un élément, bien sûr, tant le potentiel érotique de Gemma (Bovery/Arterton) est grand.

C’est Fabrice Luchini encore qui nous fait rire, en apportant avec beaucoup d’intelligence dans son jeu  l’auto-dérision nécessaire pour que le film ne se prenne pas au sérieux. Avec un autre acteur, moins charismatique et surtout moins talentueux, il n’est pas sûr que le film ait dépassé le statut de bluette sentimentale juste bonne pour la télévision.

Quant à Gemma Arterton, elle promène son joli minois et ses affriolantes robes à fleurs tout au long du film sans jamais vraiment nous émouvoir. Elle donne cette étrange impression de rejouer son rôle de Tamara Drewe, soit une effrontée un peu trash version 100% British Comedy, ce qui fait que la comparer à Emma Bovary est une pure vue de l’esprit. Gemma est fraîche, joyeuse, industrieuse (elle est décoratrice d’intérieur, et peint à ses heures perdues), et n’appelle en rien le souvenir d’Emma, une femme dépressive qui batifole par ennui et désoeuvrement avec le châtelain du coin. Le rôle est flou et fragile, car dans son scenario, co-écrit avec Pascal Bonitzer, Anne Fontaine a expurgé tout ce qui faisait dans le livre de Posy Simmonds le sel de la filiation avec Emma Bovery (ennui, insolvabilité, enfants détestés, …) pour ne garder que l’adultère, et ainsi trahir quelque peu les intentions de l’auteure, et nos attentes par la même occasion.

Les scènes périphériques au sein de la famille de Martin sont très drôles (dont celles avec la toujours impeccable Isabelle Candelier dans le rôle du personnage légèrement acariâtre et vaguement mégère de son épouse), mais là encore, c’est l’esprit de Luchini qui souffle.

En revanche, les scènes avec Elsa Zylberstein sont insupportables, dans son rôle de Wizzy, épouse française nouvelle riche d’un de ces anglais de la Normandie, à force de surjeu de sa part pour camper cette femme caricaturale, arriviste et bête, voisine des uns et des autres. Pour l’effet comique attendu, c’est complètement raté !

Le film est malgré tout délicieux, à la manière d’un bonbon  dont la saveur apparaît et disparaît simultanément au fur et à mesure de son engloutissement. Comparé à ses deux précédentes comédies (La fille de Monaco, Mon pire cauchemar), Gemma Bovery a les mêmes caractéristiques et atouts : acteurs masculins qui prennent quand même nettement le dessus sur tous les autres, rythme soutenu, appariement audacieux voire improbable de personnages que tout oppose, punchlines bien sûr, et enfin jolie héroïne sexy (Louise Bourgoin, Virginie Effira -à défaut de vouloir accoler l’adjectif « sexy » à la majestueuse Isabelle Huppert dans Mon pire cauchemar-, et maintenant Gemma Arterton). Mais comparé à Tamara Drewe, on voit vite le gouffre qui sépare le traitement d’Anne Fontaine de celui de Stephen Frears pour un matériau identique ; Anne Fontaine est plus timorée dans son approche, et l’omniprésence de Luchini ôte toute la dimension british à l’affaire, où les acteurs britanniques, Gemma Arterton y comprise, ne semblent être que des faire-valoir de notre Fabrice Luchini national.

* Le potentiel érotique de ma femme, titre emprunté à David Foenkinos, roman – Gallimard.

Fiche Technique – Gemma Bovery

Titre original : –
Réalisateur : Anne Fontaine
Genre : Comédie, Drame, Romance
Année : 2014
Date de sortie : 10 Septembre 2014
Durée : 99 min.
Casting : Fabrice Luchini (Martin Joubert), Gemma Arterton (Gemma Bovery), Jason Flemyng (Charlie Bovery), Isabelle Candelier (Valérie Joubert), Niels Schneider (Hervé de Bressigny), Mel Raido (Patrick), Elsa Zylberstein (Wizzy), Pip Torrens (Rankin), Kacey Mottet Klein (Julien Joubert), Edith Scob (Madame de Bressigny)
Musique : Bruno Coulais
Scénario : Anne Fontaine, Pascal Bonitzer, d’après le roman graphique de Posy Simmonds
Chef Op : Christophe Beaucarne
Nationalité : France
Producteur : Philippe Carcassonne, Matthieu Tarot
Maisons de production : Ciné@, Albertine Productions, Cinefrance1888, France2, Gaumont
Distribution (France) : Gaumont