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Bodybuilder, un film de Roschdy Zem : Critique

Synopsis: À Lyon, Antoine, vingt ans, s’est mis à dos une bande de petites frappes à qui il doit de l’argent. Fatigués de ses trafics en tous genres, sa mère et son grand frère décident de l’envoyer à Saint-Etienne chez son père, Vincent, qu’il n’a pas revu depuis plusieurs années. À son arrivée, Antoine découvre que Vincent tient une salle de musculation, qu’il s’est mis au culturisme et qu’il se prépare intensivement pour un concours de bodybuilding. Les retrouvailles entre le père et le fils, que tout oppose, sont difficiles et tendues.

Le père de mes enfants

« T’as un père maintenant ? »

Vendu comme un drame social à la française, « Bodybuilder » ne déçoit pas sur ce point. Le film commence comme tant d’autres avant lui : un jeune homme, paumé, vit de petits trafics, il est rattrapé par une bande de son quartier et s’enfuit pour leur échapper. Résultat, comme il a épuisé tous ceux qui l’aident, il est expédié chez son père qu’il n’a pas vu depuis 5 ans. Le décor est planté : gris, le ton est donné : hyperréaliste jusque dans ses dialogues « so real » qui tombent à plat. Voilà donc qu’Antoine (Vincent Rottiers) se retrouve à cohabiter avec son père, Vincent, dont il ne connaît presque rien. Quant à la  mère, elle nie ce père hors norme dont le visage et la présence ont été effacés des photos de famille. Il n’existe plus. Pourtant, cet être resurgit maintenant, malgré lui. C’est là tout l’intérêt du film : la rencontre et la confrontation, assez étonnante, entre le père et le fils.

Super-héros

Le regard d’Antoine, et par là de Roschdy Zem, devient passionnant quand il découvre son père, adepte du culturisme au corps et aux courbes démesurées. Son regard est fasciné et, dès lors, le nôtre aussi. Il n’y a pas de moquerie dans la découverte d’Antoine, il regarde, il cherche, il peine à comprendre ce père qui dépense autant d’argent, d’énergie et de temps pour une discipline qui ne fait rien gagner sinon la joie d’être arrivé au bout, d’avoir la médaille. Pas de grand média, pas d’argent à la clef, juste la satisfaction d’avoir rempli le contrat imprimé sur les murs de la salle de sport de Vincent « On ne naît pas vainqueur, on le devient ». Les deux corps, ainsi que celui de l’entraîneur autrefois, sont en complète opposition permanente. Antoine le subit, ne sait pas trop quoi en faire, Vincent le bichonne, l’entraîne et l’écoute. Voilà deux rapports au corps qui font le sel de plusieurs scènes : le tabassage d’Antoine, l’entraînement de Vincent sur « Eye of the tiger ». Les deux s’apprivoisent, l’un devant absolument entrer dans l’univers de l’autre, très envahissant, voire entêtant. De cela Roschdy Zem, tire un savoureux regard sur un monde de super-héros sans pouvoirs magiques.

Grisaille

Pourtant, passée la découverte, si les deux se regardent et se cherchent, le film demeure, comme son affiche, profondément gris. Et ce malgré la présence, tout en retenue, des yeux bleus électriques de l’acteur Vincent Rottiers et du corps tout en muscles saillants du culturiste Yolin François Gauvin. L’un pratique un sport purement esthétique, très masculin aussi, l’autre une vie dangereuse, où l’on n’évite pas les coups. La scène de retrouvailles après le concours en est l’illustration flagrante. Mais il manque un vrai parti pris de réalisation, tout demeure assez fade malgré des acteurs très bien dirigés. C’est mou, déjà vu, ça manque de recul. Roschdy Zem, à l’image du personnage qu’il incarne est trop terre à terre par rapport à son sujet. Il colle aux baskets de ses personnages, rien de plus. C’est comme ça que ses personnages secondaires agacent par leur allure super clichée : le frère rangé, la mère dépassée, les caïds très bêtes … Bref, ce ne sont que des faire-valoir. Et dans cette affaire, le regard sur les femmes déprime, même s’il se veut réaliste. Elles n’ont guère beaucoup d’option : la copine de Vincent (Marina Foïs) est une présence, un vague soutien, elle exécute des gestes, sans recevoir de tendresse et finira,comme la mère d’Antoine, comme celle de son frère,  par devenir mère, c’est tout. Et celles que l’on voit en arrière fond, aux séances de bodybuilding, au concours sont des caractérielles, rien de plus encore une fois, qu’on évince bien vite. Ou des objets au corps exhibé. Voilà, le constat est simple, mais jamais approfondi. Et, à la fin, tout s’arrange comme par magie. Par un tour de passe-passe qui aurait pu être drôle, s’il n’avait pas été le seul élément comique d’un film désespérément plongé dans une grisaille que seule deux acteurs illuminent, bien loin de donner corps à ce film de chair meurtrie.

Bodybuilder  La bande-annonce

Fiche Technique: Bodybuilder

France – 2013
Réalisation: Roschdy Zem
Scénario: Roschdy Zem, Julie Peyr
Interprétation: Vincent Rottiers (Antoine Morel), Yolin François Gauvin (Vincent Morel), Marina Foïs (Léa), Nicolas Duvauchelle (Fred Morel), Dominique Reymond (Muriel), Roschdy Zem (Vadim), Adel Bencherif (Luigi), Caroline Gaume (Caroline)
Date de sortie: 24 septembre 2014
Durée: 1h40
Genre: Comédie Dramatique
Image: Thomas Letellier
Décor: Jérémie D. Lignol
Costume: Emmanuelle Youchnovski
Montage: Monica Coleman
Producteur: Pascal Caucheteux, Grégoire Sorlat, Roschdy Zem
Production: Hole in One, Why Not Productions

 

 

Doctor who saison 8 épisode 6 : The Caretaker – Critique

Doctor Who saison 8 « The Caretaker »

Synopsis: Un terrifiant Blitzer Skovox s’apprête à détruire toute l’humanité – mais il y a pire, car, d’un instant à l’autre, Danny Pink et le Docteur vont se rencontrer. Lorsque des événements terribles menacent l’école de Coal Hill, le Docteur décide de l’infiltrer.

Pull fiction

Et si avant de parler de la série on parlait mode ? Vêtement ? Style ? Promis ça ne va pas durer très longtemps, (si vous êtes allergiques à tout ce qui touche au textile, sautez directement au prochain paragraphe). Alors donc allons y promptement : Il n’aura échappé à personne que le docteur, en plus d’être un archéologue-scientifique-défenseur-de-l’univers-voyageur-temporel-champion-du-cent-mètres, est avant tout un homme de goût. Qu’il soit vêtu d’une écharpe multicolore de 4 mètres, d’un élégant blouson de cuir ou d’un nœud papillons du plus bel effet, le seigneur du temps reste envers et contre tous un individu bath ! (mot au charme désuet que vous pouvez remplacez par élégant, chic, swag, frais etc…). Un type cool avant même que les hipster le soient (c’est dire si l’homme est en avance sur notre temps ). Mais ce serait bien mal le connaître que d’assimiler cela à de la pure coquetterie. Que nenni, il y a une symbolique bien rodée derrière tout cela (en tout cas depuis le neuvième docteur), non content de redéfinir les canons du cool à chaque incarnation, l’alien choisi méticuleusement ses couleurs en fonction de l’époque où il se rend, par exemple le onzième (Matt Smith) porte généralement un nœud papillons bleu quand il va dans le passé et un rouge quand il va dans le futur (pareil pour le dixième qui porte un costume marron dans le passé et un bleu dans le futur) et là vous vous dites…mais quid du nouveau docteur ? Lui qui aborde régulièrement une chemise blanche avec un gilet et un manteau des plus sobre… pas même une cravate, un nœud ou même un pin’s pour casser la morosité de l’ensemble. Ou est passé cette symbolique subtile ? Elle ne semble pas avoir disparu mais s’être réorientée. En effet occasionnellement ce cher voyageur du temps aborde à la place une sorte de pull rapiécé dont les manche se prolongent en mitaines lui donnant une apparence délicatement « grunge » du plus bel effet. La dernière fois qu’il l’avait porté c’était pour chasser les fantômes dans Listen, qui était sans conteste le premier épisode vraiment bon de cette nouvelle saison. Et surprise The Caretaker est également de qualité. Faudrait il y voir un signe ?

C’était tout pour le pull, maintenant parlons un peu de l’épisode : Une resucée de school reunion était à craindre, le docteur s’infiltrant un fois de plus dans une école pour capturer un alien vindicatif. Pourtant l’intrigue surprend en inversant la tendance. Ce n’est plus Clara qui suit son amis mais lui qui découvre (et nous aussi) son environnement quotidiens fait d’élèves turbulents, de réunions parents profs et de flirt avec un collègue. Et forcément le seigneur du temps aura bien du mal à se fondre dans le décor sans attirer l’attention de Danny Pink, le petit ami de son assistante dont il ignore l’identité. Le dialogue où, rêveur, il imagine son amie flirter avec un troublant sosie de sa précédente incarnation (nœud pap’ compris) est d’ailleurs assez drôle. La rencontre entre ces deux protagonistes aux antipodes ne manque alors pas de sel, quand l’ancien soldat le compare à un officier ou un aristocrate à l’ego surdimensionné. Toute la force de cet aventure tient justement de cette confrontation tant attendue qui pourrait bien avoir une grande influence sur la suite. Et même si l’antagoniste extra-terrestre manque d’originalité, c’est finalement tout le microcosme qui gravite autour de Clara qui donne de l’épaisseur à l’ensemble : l’élève turbulente qui se « lie d’amitié » avec le docteur, les cours de littérature où ce dernier intervient pour corriger son amie (mettant un peu à mal son autorité). Avec en plus l’apparition de personnages possiblement récurrents (la jeune Courtney Wood, le mystérieux homme en costume…), The Caretaker se révèle être un épisode assez riche, prompt a faire avancer une intrigue qui avait tendance à stagner depuis quelques semaines.

Réalisation et montage efficace et humour omniprésent fignolent les contours d’un épisode rythmé qui semble revenir aux sources. Beaucoup commençait à critiquer le virage « plus sombre » de la série qui semblait ne plus vouloir s’adresser au jeune public qui est pourtant le pilier principal de son succès (étonnante décision de la BBC de déplacer la diffusion en début de soirée plutôt qu’en fin d’après midi comme le voulait la tradition…). On ne peut qu’espérer que cette aventure ne soit pas encore un sursaut providentiel. Toujours est il que si l’habit ne fait pas le moine, le pull semble, pour l’instant, faire le docteur, il faudra donc guetter son retour pour voir si la tendance se confirme.

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

The Tribe, un film de Myroslav Slaboshpytskiy : Critique

Critique du film – The Tribe (PLEMYA)

Synopsis: Sergey, un jeune sourd et muet entre dans un internat spéciale pour malentendant. Dans ce nouvel établissement, il se fait sa place parmi le gang « The Tribe », qui règne sur l’école dans les crimes et la prostitution. En participant à plusieurs vols, il s’élève dans la hiérarchie du réseau. Puis il rencontre une des filles du gang, Anna, et bafouent involontairement les règles officieuse de « The Tribe ». 

De l’Ukrainien Myroslav Slaboshpytskyi, le réalisateur révolutionne l’histoire du cinéma en réalisant ce film entièrement en langage de signes, sans sous titres, ni doublages.

Présenté au Festival de Cannes 2014, le film remporte tous les prix de la semaine de la Critique, et l’a grandement mérité. 

Le langage du corps nous laisse sans voix 

Un film viscéral, violent et traumatisant. La langue n’est plus une barrière, les sentiments et les intentions sont d’autant plus compréhensibles. Leurs gestes, leurs regards, leurs râles, n’ont jamais été aussi expressifs. Si au début on est troublé et perdus face au langage des signes, on reste captivé. On est justement obligé d’être attentif et réceptif face à cette histoire muette. On a la preuve que les gestes remplacent la parole. 

L’amour et la mort viscérale 

Toujours dans des plans fixes et larges, jamais d’insert ou de zoom. On est témoins de la vie de ses jeunes dans un pensionnat Ukrainien pour jeunes sourds et muets. L’arrivé d’un jeune nouveau, Sergey, assez paumé va nous introduire dans l’univers créé par ces jeunes adolescents. Ou est régis la violence, le sexe et l’argent. Ils volent, se battent, se prostituent, et semblent s’en satisfaire. Le drame s’installe quand Sergey s’éprends d’Anna, une des filles qui se prostitue et refuse catégoriquement qu’elle continue de participer à ce gagne-pain malhonnête. Déterminé dans sa jalousie ou son amour pour elle, il se met toute la bande à dos et en subit violemment les conséquences. La violence engendrera la violence, dans une scène finale hallucinante et traumatisante. On souffre et on ressent ce violent rejet, dans des images crus et au-delà de notre imagination.

Indescriptible et Incomparable

Ce film puise sa force dans sa manière de montrer la vérité de ces jeunes. Une vision pessimiste mais réelle de l’Ukraine actuelle.

A travers 6 minutes de pure torture visuelle, on assiste à un avortement clandestin, qui fait sortir beaucoup de spectateurs de la salle. Il faut s’armer émotionnellement pour affronter les images et s’immerger dans le film bouleversant. Seuls les plus téméraires pourront ressortir l’esprit non touché par les images violentes et le sentiment de malaise qu’impose ce film.

Fiche technique: The Tribe 

Titre original : Plemya
Réalisateur : Myroslav Slaboshpytskiy
Scenariste : Myroslav Slaboshpytskiy
Acteurs : Grigoriy Fesenko, Yana Novikova, Rosa Babiy, Alexander Dsiadevich, Yaroslav Biletskiy, Ivan Tishko, Alexander Osadchiy, Alexander Sidelnikov, Alexander Panivan
Genre : Drame
Montage : Valentyn Vasyanovych
Son : Sergiy Stepanskiy
Nationalité : Ukraine
Date de sortie : 1er octobre 2014
Durée : 2h10

 

 

Avant d’aller dormir, un film de Rowan Joffe – Critique

Mal récurrent, que ce soit dans la littérature ou au cinéma, l’amnésie est rapidement devenue le point de départ pour des auteurs en mal d’inspiration, désireux de bâtir une histoire à suspens à peu de frais. Parfois bien exploitée, elle n’est trop souvent qu’une excuse mal utilisée pour justifier des retournements de situations grossiers. Elle est encore au cœur du roman Avant d’aller dormir, qui s’inspire de l’histoire vraie d’un patient se réveillant chaque matin en étant persuadé qu’il avait 26 ans jusqu’à sa mort à l’âge de 82 ans. Alors, révolution amnésique ou nouveau pétard mouillé ?

Synopsis : Suite à un accident quatorze ans plus tôt, Christine est affectée d’un cas très rare d’amnésie : chaque matin, elle se réveille sans se souvenir de rien, ni même de son identité. Son dernier espoir réside dans son médecin, Ed Nasch, qui lui conseille de tenir un journal vidéo. Elle pourra ainsi enregistrer les informations qu’elle traque et se souvenir peu à peu de son passé, reconstituant progressivement le fil de son existence. Mais très vite, ses rares certitudes vont voler en éclat.

Clic, Clac, merci Kodak

En fait, la réponse se situe quelque part entre les deux. Le postulat de départ est prometteur, et rapidement s’installe une certaine tension, alors que Christine ne sait pas à qui accorder ou non sa confiance. L’ambiance froide et aseptisée du film, renforcée par sa photographie de très bonne facture, semble refléter le monde inconnu et hostile dans lequel se trouve le personnage, monde qu’elle redécouvre donc jour après jour. L’idée de se filmer au quotidien afin de retrouver la mémoire est également une belle trouvaille, mais est malheureusement mal exploitée ici.

Plutôt que de confronter le spectateur aux mêmes angoisses et aux mêmes incertitudes que son héroïne, le scénario s’embarque dans une banale intrigue policière, sans vraiment de suspens et au déroulement parcouru de trous et d’incohérences. C’est tout le problème de la condition de Christine, qui semble évoluer avec les journées en fonction de ce qui arrange le film. La mise en scène de Rowan Joffe ne fait rien pour donner de l’intérêt au film, oscillant entre un académisme froid et quelques plans et scènes malhabiles, et qui cassent le rythme.

Trio d’élite

La force du film, et ce sur quoi repose une grande partie de la promotion, c’est bien sûr le casting. Un trio de haute volée qui se montre à la hauteur de sa réputation. Nicole Kidman porte une grande partie du film sur ses épaules, et n’a aucune peine à convaincre de sa fragilité. Colin Firth et Mark Strong, de leurs côtés, offrent deux prestations très différentes mais d’une qualité égale. Les deux parviennent à jouer avec les nerfs et les certitudes des spectateurs, se montrant tour à tour inquiétants et rassurants. Les dialogues sont également très bien écrits, et on sent sans peine toute la force de l’œuvre littéraire derrière le film.

Malgré tout, l’ensemble peine à convaincre. L’ambiance presque clinique qui émane du film empêche le spectateur de se projeter, et le scénario comporte trop d’incohérence pour vraiment convaincre. Sans être vraiment mauvais, Avant d’aller dormir manque malgré tout d’impact, et ne se révèle au final qu’un thriller sympathique mais sans plus. Dommage, il y avait sûrement matière à faire mieux.

Fiche Technique : Avant d’aller dormir

USA-2014 – Before I go to Sleep
Thriller
Réalisateur : Rowan Joffe
Scénariste : Rowan Joffe, d’après l’œuvre de S.J. Watson
Distribution : Nicole Kidman (Christine Lucas), Colin Firth (Ben Lucas), Mark Strong (Dr Nash), Anne-Marie Duff (Claire)
Producteurs : Ridley Scott, Scott Free, Mark Gill, Avi Lerner, Liza Marshall, Matthew O’Toole
Directeur de la photographie : Ben Davis
Compositeur : Ed Shearmur
Monteur : Melanie Oliver
Production : Film i Väst, Filmgate, Millenium Films, Scott Free Productions, Studio Canal UK
Distributeur : UGC Distribution

Auteur : Mikael Yung

Leviathan, un film de Andreï Zviaguintsev : Critique

2014 est une année cinématographique riche, où on a pu voir avec bonheur des films tels que Winter Sleep, les 3 sœurs du Yunnan, Sils Maria, ou encore Leçons d’harmonie. Des films puissants, à l’atmosphère marquée, qu’aujourd’hui Léviathan vient rejoindre.

Synopsis: Kolia habite une petite ville au bord de la mer de Barents, au nord de la Russie. Il tient un garage qui jouxte la maison où il vit avec sa jeune femme Lilya et son fils Roma qu’il a eu d’un précédent mariage. Vadim Cheleviat, le maire de la ville, souhaite s’approprier le terrain de Kolia, sa maison et son garage. Il a des projets. Il tente d’abord de l’acheter, mais Kolia ne peut pas supporter l’idée de perdre tout ce qu’il possède, non seulement le terrain mais aussi la beauté qui l’entoure depuis sa naissance. Alors Vadim Cheleviat devient plus agressif…….

Beaucoup de films et de livres ont été inspirés par la légende du Léviathan, allant du film d’horreur (marin) au film de science-fiction (sous-marin), ou encore au film documentaire océanique. Le film du russe Andreï Zviaguintsev ne s’inscrit pas dans ce registre, comme en témoigne cet extrait de sa note d’intention.

Quand un homme est aux prises avec sa propre angoisse devant le besoin et l’incertitude, quand les images floues de l’avenir le submergent, qu’il a peur pour les siens, peur de la mort qui rôde, que peut-il faire si ce n’est renoncer à sa liberté et à sa volonté après avoir, de son propre chef, transmis ces trésors à une personne de confiance contre de trompeuses garanties de sécurité, de protection sociale, voire d’une illusoire communauté ?

Le regard que porte Thomas Hobbes sur l’Etat est celui d’un philosophe sur le contrat conclu par l’homme avec le diable : il le voit comme un monstre engendré par l’homme pour éviter la guerre de « tous contre tous » et par l’envie bien compréhensible d’acquérir la sécurité en échange de la liberté, son seul bien authentique.

Andreï Zviaguintsev a reçu pour Leviathan le prix du scénario au Festival de Cannes de cette année.

Son scénario s’appuie donc sur le livre de Thomas Hobbes, Leviathan, écrit en 1651, lui-même empruntant son titre au monstre marin du livre de Job. Selon Hobbes, le Léviathan désigne l’état comme un monstre engendré par l’homme pour assurer une certaine forme de sécurité et de paix sociale en échange de sa propre liberté. C’est l’état coercitif vs le non-état, le chaos.

Le film de Zviaguintsev montre les dérives de cet état totalitaire, ce monstre qui s’enorgueillit et s’enivre de sa propre puissance. S’appuyant sur un scénario solidement construit, visiblement bien documenté, le réalisateur nous livre une belle histoire métaphorique mais  bien ancrée dans le réel.

Leviathan est aussi et surtout une œuvre d’une qualité formelle époustouflante.

On découvre le film par sa majestueuse affiche, composée d’un squelette entier de baleine échouée sur les rives, et à sa proximité d’un garçonnet vu de dos juché sur un petit rocher. Une affiche belle et intrigante, qui donne d’emblée envie d’en savoir plus.

On retrouvera cette carcasse dans la séquence d’ouverture, ainsi que d’autres magnifiques petits tableaux de la mer de Barents, au Nord de la Russie : les épaves couchées dans la noirceur de la nuit,  la furie des vagues qui grondent ou au contraire le silence surnaturel de l’endroit, une très belle séquence enveloppée par la musique sublime de Philip Glass, et que l’on retrouvera en épilogue du film, comme on retrouve le calme après la tempête…

L’histoire est celle d’un garagiste habitant paisiblement dans un petit village au bord de cette mer, qui est menacé d’expulsion par un maire sans scrupule et véreux, sous couvert de construire sur ses terres ancestrales un « centre de Télécommunication ». Kolia (Alexeï Serebriakov, impressionnant dans sa capacité à alterner la fureur et l’intériorisation la plus totale) vit plus ou moins harmonieusement en compagnie de sa belle et jeune femme Lilia (Elena Liadova) et de son fils Roma, un adolescent issu d’un premier mariage, légèrement hostile à sa belle-mère pourtant aimante.

On découvre leur habitation en extérieur nuit, une maison en bois, illuminée par un éclairage doux et chaleureux, une scène qui fait davantage penser à la douceur de vivre scandinave, à la Norvège, avec laquelle la Russie partage cette Mer de Barents.

Kolia fait venir un de ses amis, un avocat au barreau de Moscou, un « juriste qui ne connaît que les faits » comme il répète à l’envi, pour défendre ses droits. Cet homme, c’est Dmitriy, joué par un Vladimir Vdovichenkov qui ne déparerait pas en héros James Bondien (le « beau Monsieur de Moscou » dit un enfant dans le film). La spoliation programmée de Kolia et de sa famille est la résultante flagrante d’une corruption généralisée, mais Dmitriy a un dossier en béton, obtenu on ne sait comment non plus d’ailleurs, tendant à prouver que le maire, Vadim Cheleviat, abject personnage et pourtant de cheville avec le pope du coin,   que Cheleviat a trempé dans quelque opération, possiblement sanglante. Malgré la force de la loi, aussi illégitime qu’elle soit,  qui condamne donc Kolia à être dépossédé de tous ses biens, Dmitriy veut faire chanter Cheleviat pour obtenir gain de cause.

La corruption dénoncée étant ce qu’elle est, ils vont perdre face à cet état tout-puissant, ce Léviathan invincible , comme dit le livre de Job :

« Essaie de mettre la main sur lui : souviens-toi du combat, et tu n’y reviendras plus ».

Zviaguintsev montre dans une mise en scène et un montage impeccables, la descente aux enfers de Kolia qui a voulu se mesurer à la bête. Et la Russie étant ce qu’elle est, c’est à grand renfort d’hectolitres de vodka que Kolia tentera de supporter l’insupportable, que les amis de Kolia essaieront de noyer leur culpabilité ou leur chagrin, que Cheleviat continuera d’avancer sur son chemin pavé de bons droits quasi-divins.

Le film est une assez violente charge contre la déliquescence et la corruption des « pouvoirs » locaux, sous la bienveillance, sinon la complicité de l’Eglise Orthodoxe, détentrice du pouvoir suprême, placée par le peuple et par elle-même au dessus de la mêlée, comme arbitre de cette « guerre de tous contre tous ».

En parallèle,  Zviaguintsev fait une déclaration d’amour à son pays. Il aime la Russie, comme cet ami policier de Kolia qu’il affuble d’un tee-shirt estampillé d’un « Russia » aux couleurs du drapeau bleu et rouge.

Il aime ce pays, et comme dans son précédent film Elena, il nous en donne un aperçu, cette fois-ci du côté de la ruralité, sans verser dans le réalisme social. Les personnages ont une vie décente, certes arrosée, très arrosée même, mais décente, ont des enfants, un travail, une maison.

Leviathan est un film essentiel au cinéma. Beau et porteur de sens. Comme une cerise sur le gâteau, il n’est pas exempt d’humour, et l’une des plus belles scènes comiques se passe lors d’une belle journée d’anniversaire de son ami Stepanytch , un autre policier, au bord du lac. Ayant un peu trop vite terminé à la Kalachnikov les cibles qu’ils ont préparées en perspective d’un après-midi de tir, Kolia et ses amis sortent du coffre de la voiture de Stepanytch la botte secrète : des portraits de Staline, de Lénine, de Gorbatchev et d’autres encore, cibles idéales d’un jeu de massacre. Pas encore Eltsine, car « ce n’est pas encore son heure » dit un des personnages. Et certainement pas encore Poutine, qui vient d’ailleurs, malgré la dureté du film à l’égard de son administration,  de donner l’aval pour que Leviathan représente la Russie aux Oscars(1) .

Fiche Technique : Leviathan

Titre original : Левиафан
Réalisateurs : Andreï Zviaguintsev
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 24 Septembre 2014
Durée : 140 min.
Casting : Alexeï Serebriakov (Kolia), Elena Liadova (Lilya), Vladimir Vdovitchenkov (Dmitri), Roman Madianov (Vadim Cheleviat), Anna Oukolova (Angela), Alexeï Rozine (Pacha), Sergueï Pokhodaev (Roma)
Musique : Philip Glass
Scénario : Andreï Zviaguintsev, Oleg Neguine
Chef Op : Mikhaïl Krichman
Nationalité : Russie
Producteur : Alexandre Rodnianski, Sergueï Melkoumov
Maisons de production : Alexandre Rodnianski
Distribution (France) : Pyramide Distribution

 (1) : le film d’ Andreï Konchalovsky n’ayant pas pu être terminé à temps, c’est Leviathan qui vient d’être retenu par le comité russe de sélection, auquel participe le cinéaste Nikita Mikhalkov, frère de Konchalovski, et ami de Valdimir Poutine…)

 

Passeport pour Pimlico, un film de Henry Cornelius : Critique

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Les sorties du mercredi sont généralement synonymes des nouveautés cinéma. Pourtant, il arrive que certains distributeurs décident de ressortir certains titres anciens et d’en faire des reprises dans quelques salles françaises. C’est le cas de Passeport pour Pimlico à l’affiche cette semaine.

Issu du mythique studio Ealing, sa ressortie en salles est une volonté du français Tamasa Distribution qui a décidé de sortir en catimini quelques longs métrages issus de l’Age d’Or de la comédie britannique des années 1940 et 1950. Intitulée « My British Comédies – Alec Guinness & Friends », cette rétrospective met en avant des comédies légères mais cyniques qui dépeignent la société britannique et ses concitoyens dans une approche pleinement satirique. Présenté à Cannes en 1949, le film est une vraie réflexion sur l’identité nationale au sortir d’une guerre qui n’a fait qu’interroger les peuples sur leurs convictions politiques. Dans un Londres où la réglementation est devenue très stricte, et après quelques recherches archéologiques accidentelles, des habitants d’un quartier de Londres se rendent compte qu’ils sont en fait rattachés à une province française, la Bourgogne. Saisissant l’opportunité historique de se montrer indépendant, les habitants vont se rendre compte de la difficulté de se soulever contre l’Etat. Et c’est le point de départ d’un formidable et amusant brûlot politique.

Anarchy in the UK

A la tête de ce projet, on trouve un certain Henry Cornelius dans ce qui est son premier long-métrage. Né en Afrique du Sud mais également d’origine allemande, Cornelius trouva dans l’Allemagne de l’entre-deux guerre un formidable terrain d’expérience où il apprit l’art de la direction auprès de Max Reihnardt, un célèbre metteur en scène de théâtre autrichien. Cet apprentissage allemand lui aura permis de faire ses mains d’armes sur quelques pièces de théâtre mais il écourte son séjour pour s’exiler en France lorsqu’Hitler arrive au pouvoir. Il étudiera à la Sorbonne et aura même l’opportunité de travailler avec René Clair. Son arrivée à Londres à la fin de la guerre va l’amener à travailler sur du montage de longs-métrages, dont celui d’un réalisateur notable, Le lion a des ailes de Michael Powell. Il fût à l’origine de l’édition finale de cinq films et sera même producteur à trois reprises. Il s’engage dans un projet monté par les studios Ealing qui souhaite se diversifier après la célèbre anthologie horrifique Dead of Night ou de très nombreuses incursions dans le documentaire de guerre réaliste. Scénarisé par un ancien journaliste et auteur de nombreux romans, Thomas Ernest Bennett Clarke (T.E.B. Clarke) imagine Passeport pour Pimlico en se démarquant du tout-venant par un style qui croise un humour fin et un sens de l’observation rigoureux sur les classes populaires et les conséquences d’une guerre dont le traumatisme sera sans fin. C’est par hasard qu’après une discussion avec Henry Cornelius lui narrant un fait divers sur un homme condamné au nom d’une loi médiévale jamais abrogée que T.E.B. Clarke achève le scénario du film. Ce même hasard voudra que Henry Cornelius soit à la charge de la réalisation du projet. Comme si la légende s’était écrite d’elle-même.

Ce qu’il faut retenir de ce Passeport pour Pimlico et qui est la principale raison de sa reprise au cinéma par Tamasa Distribution, c’est que ce film est une comédie tout ce qu’il y a de plus sympathique et légère. Avec un vrai sens de la narration et des dialogues qui visent juste, Passeport pour Pimlico est une comédie satirique qui offre un regard sur l’absurdité politique qui peut régir même les démocraties les plus modernes. On ne rit pas à gorge déployée dans ce film mais on s’amuse de la situation dans laquelle s’embourbe ce petit quartier londonien, exaspéré des rationnements, du couvre-feu et d’interdiction en tout genre. C’est cette touche d’humour typique de la Grande Bretagne qui ajoute un charme indéniable à ce film que l’on regarde avec un sourire en coin et un œil malicieux. Il n’y a pas de recherche constante du gag, même si quelques figures de répétitions sont présentes, mais il règne comme une ambiance chaleureuse et conviviale dans ce petit quartier où tout le monde se connaît qui contrebalance avec un contexte social réaliste à la limite de l’oppression. Malgré les difficultés devant lesquels doivent faire face les habitants du quartier, il y a toujours cette bonne humeur insouciante qui peut tranquillement se dérouler jusqu’à la prévisible réconciliation nationale.

Pour autant, derrière ses allures de comédie absurde, Passeport pour Pimlico s’avère particulièrement dissipé et voir un tel film qui revendique avec autant de fierté cette prise de conscience cette volonté d’indépendance par le peuple au sein-même d’un pays royaliste mais démocratique, c’est plutôt osé. Il s’agira au final d’une caractéristique récurrente des comédies Ealing qui mettront en avant ces aspirations de l’air du temps et cette sensation d’affranchissement de la société. Pour ceux qui douteraient de la crédibilité d’une telle situation, il faut savoir que ce sont des faits réels de la seconde guerre mondiale qui ont également inspiré T.E.B. Clarke. En effet, la Hollande occupée par les nazis, la famille royale fut contrainte de s’exiler au Canada. La future Reine Juliette y donna naissance à la princesse Margriet, à la maternité de l’Hôpital Civique d’Ottawa. La localité fut donc déclarée extraterritoriale, afin que la jeune héritière ne perde pas son droit à trône. T.E.B. Clarke a simplement adapté ce récit incroyable dans une Angleterre qui aurait vu une parcelle de son territoire appartenir à la France. Dans ce sens, l’arrivée du québécois Paul Dupuis est assez savoureuse, représentant avec tout le charme et l’élégance l’image qu’à le Royaume Uni de la France.

Au-sein même de ce film, il faut reconnaître qu’hormis son scénario d’une certaine audace, Passeport pour Pimlico ne brille pas particulièrement pas l’audace de sa mise en scène. Classique jusqu’au-boutiste, l’image du film n’est pas l’élément primordial et c’est davantage le récit qui a finalement intéressé les gens, ce que les studios savaient très bien. Il se dit même que la mise en scène du film fût une opération très collective, chacun des membres de l’équipe technique contribuant avec plus ou moins de fermeté dans ce qui fût une véritable « affaire de famille ». Pour l’anecdote, Henry Cornelius quittera les studios Ealing en bons termes pour partir produire ses films de manière pleinement indépendante. D’une courte durée, Passeport pour Pimlico ne s’essouffle jamais vraiment grâce à l’enchaînement de petites scénettes des avantages et des inconvénients d’être une nouvelle nation tandis que tous les personnages avec leurs qualités et défauts personnels apportent une vraie chaleur humaine au film.

Très bonne initiative donc de Tamasa Distribution que de proposer cette rétrospective des comédies des Studio Ealing et particulièrement de ce Passeport pour Pimlico. Pas dénué de défaut, Henry Cornelius réalise un premier long métrage fort sympathique, plutôt inventive et délicieusement porté par une troupe de comédiens enjoués. Ajouté à cela une réflexion sur nos sociétés démocratiques d’après-guerre et vous obtenez ce récit audacieux qui aurait mérité un traitement plus approfondi mais qui se regarde assurément sans déplaisir. Il serait fort dommage de bouder ce plaisir « so british ».

Synopsis: A Pimlico, un quartier de Londres, l’explosion d’une bombe, dernier vestige de la guerre, met à jour un trésor du XVe siècle ainsi qu’un édit royal certifiant que Pimlico est la propriété des ducs de Bourgogne. Aucun décret n’ayant annulé depuis cet héritage, les habitants décident de proclamer leur indépendance à l’égard du Royaume-Uni.

Passeport pour Pimlico : extrait

Fiche Technique : Passeport pour Pimlico

Titre originale: Passport to Pimlico
Royaume-Uni
Réalisation: Henry Cornelius
Scénario: T.E.B. Clarke
Interprétation : Stanley Holloway (Arthur Pemberton), Betty Warren (Connie Pemberton), Barbara Murray (Shirley Pemberton), Paul Dupuis (Duke of Burgundy), John Slater (Frank Huggins), Jane Hylton (Molly)
Genre: Comédie
Durée: 94min
Image: Lionel Banes
Décor: Roy Oxley
Costume: Anthony Mendleson
Montage: Michael Truman
Son : Georges Auric
Producteur: Michael Balcon & E.V.H. Emmett
Production: Ealing Studios & J. Arthur Rank Films
Distributeur: Tamasa Distribution
Budget : /
Festival: Nominé à l’Oscar du Meilleur Scénario en 1950 et au BAFTA du Meilleur Film Britannique en 1950

Nightwing: The Series – Episode 1 [Deathstroke]

Découvrez la nouvelle Websérie épique – Nightwing: The Series

Créée par Ismahawk, la série suit l’histoire de l’ancien acolyte de Batman, Dick Grayson alias Robin. Dick quitte son mentor et Gotham pour aller vivre dans la ville de Bludhaven. Après une année, Dick adopte l’identité de Nightwing, là il affronte les criminels habituels. Mais bientôt il se rend compte qu’un assassin mystérieux et dangereux connu sous le nom Deathstroke, ce super-soldat a commencé à prendre pour cibles plusieurs citoyens. Un nouveau combat s’annonce pour celui qui a été l’ami de Batman, peut-il défendre son nouveau foyer et la vie de ses habitants du chaos ? Pourra t il contrer les attaques d’un guerrier de cette envergure, le plus dangereux des Supers Vilains jamais rencontrés ? Seul le temps le dira…

Le premier épisode intitulé Nightwing: The Series – Episode 1 [Deathstroke] dure moins de huit minutes et pour un produit Youtube, la qualité est là, l’affrontement entre Nightwing et le super méchant Deathstroke se déroule en 5 parties.

Vous pouvez vous abonner à leur page YouTube et voir de nouveaux épisodes, le prochain sera disponible à partir du 6 Octobre.

Get on Up, un film de Tate Taylor – Critique

Synopsis : Vous le connaissez sous de nombreux pseudonymes: «Monsieur dynamite», «Le parrain de la soul», «Le travailleur le plus acharné du show business». Préparez-vous à découvrir l’homme derrière la légende.

La puissance du funk

Après le succès rencontré avec La Couleur des Sentiments, son second long-métrage en tant que réalisateur, Tate Taylor s’attaque ici à un projet autrement plus délicat à mettre en place, un biopic sur l’un des plus grands artistes du vingtième siècle, le Parrain de la Soul, James Brown en personne. Quitte à parler d’un musicien, autant parler de celui qui deviendra l’une des plus grandes influences des artistes passés ou présents, de Michael Jackson à Eminem, par exemple. C’est d’ailleurs après avoir produit 8 Miles, autre film de genre centré sur ce dernier, que le producteur Brian Grazer eut l’idée de lancer le projet.

Un dieu parmi les hommes

Il faut dire que l’absence d’un film autour de la vie de James Brown est assez inexplicable, surtout quand on sait que des artistes comme Curtis « 50 Cent » Jackson y ont eu droit. L’oubli se devait d’être réparé, et il l’est avec la manière. On le sait, dans les biopics, tout se joue souvent sur l’acteur principal. Jamie Foxx peut en témoigner, lui qui avait gagné un oscar pour son interprétation d’une autre légende de la musique, Ray Charles. Et, avec Chadwick Boseman, Taylor a décroché le gros lot. Si on peut lui reprocher de cabotiner à tout va, cela colle tout de même parfaitement au personnage, à ses excès et à sa présence magnétique.

Le réalisateur ne s’y trompe pas, et met son comédien au centre de l’écran. Après tout, Get on Up est un film sur James Brown. Du coup, ce dernier se retrouve de tous les plans ou presque, la réalisation tournant autour de son personnage. La prestation de Boseman, qui se retrouve de toutes les scènes pendant près de deux heures, en est d’autant plus impressionnante. C’est d’ailleurs lors des scènes de concerts que son charisme et son jeu de scène sont le mieux mis en valeur. Impossible de ne pas se trémousser sur son siège face à l’énergie émanant de ces séquences.

Traverser l’Histoire à travers la musique

La volonté de Taylor, annoncée dans son titre Une Épopée Américaine, est de faire de Brown un témoin de son époque, lui qui a traversé sept décennies, depuis la ségrégation jusqu’au vingtième siècle en passant par les années 60, le Viet-Nâm et Martin Luther King. Malheureusement, cette idée reste seulement effleurée par moments, sans vraiment être développée. On se retrouve finalement avec un scénario classique, bâti autour de flashbacks et forwards mettant en scène les moments-clés de la vie de James Brown, de son enfance misérable en Géorgie jusqu’à son déclin et sa résurrection par la scène dans la fin des années 80. Ce qui suffit tout de même amplement à passionner le spectateur pendant ces deux heures vingt électriques.

On ne boudera d’ailleurs pas son plaisir tant le film parvient à montrer toute la force de James Brown, sans éluder les côtés moins reluisants de l’artiste comme sa mégalomanie grandissante et son ego démesuré. Il évite ainsi l’écueil de la complaisance dans lequel ont pu tomber d’autres biopics comme La Dame de Fer. Et la bande-son, bien entendu, se montre à la hauteur de son créateur. Un vrai bon film habité, qui enchantera les fans du Parrain de la soul comme les néophytes.

Fiche Technique Get on Up

USA-2014
Biopic, Musical, Drame
Réalisateur : Tate Taylor
Scénariste : Jez et John-Henry Butterworth
Distribution : Chadwick Boseman (James Brown), Nelsan Ellis (Bobby Bird), Dan Aykroyd (Ben Bart),Viola Davis (Susie Brown), Octavia Spencer (Tante Honey), Jill Scott (DeeDee Brown), Tika Sumpter (Yvonne Fair)
Producteurs : Erica Huggins, Victoria Pearman, Tate Taylor, Brian Grazer, Mick Jagger
Directeur de la photographie : Stephen Goldblatt
Monteur : Michael McCusker
Production : Wyolah Films, Jagged Films, Imagine Entertainment
Distributeur : Universal Pictures International France

Saint Laurent, un film de Bertrand Bonello : Critique

Synopsis : 1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps, Yves Saint Laurent, avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact. 

Les fulgurances de Bertrand

La fin d’un monde

Saint Laurent, est le nouveau film de Bertrand Bonello, le cinéaste des lieux clos, retirés du monde (L’Apollonide, souvenirs de la maison close, De la guerre), où l’homme est rompu au seul désir. Le réalisateur distille, depuis plusieurs films, cette impression de liberté que ressentent ses personnages alors qu’ils construisent, sans le savoir vraiment, les prisons dorées dans lesquelles ils vont bientôt étouffer. Le couturier participe à la fin d’un monde, celui de la haute couture comme art à part entière, avec l’introduction du prêt-à-porter dans la mode de luxe. Yves Saint Laurent (YSL), personne réelle, devient à ce titre un personnage Bonnelien, plein d’une pulsion destructrice. C’est ça la force principal de ce biopic anticlassique, avoir fait du Bonello avec un être et des faits réels.

Saint Laurent se démarque ainsi dès les premières minutes, parce qu’on ne voit pas Yves de suite, enfant puis grandissant, il est pris à rebours, le temps n’est jamais chronologique. Il est le premier à apparaître mais de biais, en s’enregistrant sous un faux nom et en parlant de dos, dans une sorte de clair-obscur. La voix, reconnaissable entre mille, se livre à nu, explique l’enfermement psychiatrique. D’autres images viennent ensuite se succéder, mais que l’on ne comprendra que plus tard.  Le film part donc de cet être réel pour devenir esthétique. C’est une œuvre d’art à part entière, que l’on découvre jusque dans l’écran qui se divise en plusieurs images, comme autant de points de vue, à la manière des robes inspirées de Mondrian que dessina Yves Saint Laurent. Pas de classicisme donc ici, mais une vision assez « noire » de Saint Laurent. Cette lecture s’inscrit dans le choix de la période contée ici de sa vie, entre 1967-1976. La décennie est libre, traversée par mai 68, dont Bonello livre sa vision par les archives. Mais cette décennie sera finalement une désillusion : révolution avortée, être déchiré, détruit par la drogue et sa propre mélancolie de lui-même. Le regard de Saint Laurent sur Saint Laurent est très parlant : « J’ai créé un monstre, je dois maintenant vivre avec ». De création, il est d’ailleurs rarement question dans ce film. On ne voit pas le créateur en action, en train d’avoir une idée. L’image est pourtant un des passages obligés du biopic, toujours un peu artificiel. On y échappe ici, car ce sont les paradis qui sont artificiels. Les moments d’extase d’Yves sont toujours suivis d’une catastrophe. D’où cette insistance de Bonello à casser son rythme, on passe de l’euphorie à la réflexion, du bordel au silence. Après une nuit de défonce intense, Yves retrouve Moujik mort au petit matin, sa dépression renaît à ce moment-là. C’est toujours la fin du monde qui guette les personnages, comme l’époque.

Pierre N. VS Gaspard / Pierre B. VS Bonello

Il y a deux bagarres, relatives, à l’origine de ce film. La première est une guerre de ressemblance. La grande question qui a fait couler beaucoup d’encre en début d’année étant : comment Gaspard Ulliel réussira-t-il à faire oublier l’interprétation de Pierre Niney (dans le Yves Saint Laurent, de Jalil Lespert) ? Si l’acteur a avoué que cet autre biopic lui a mis plus de pression pour interpréter Yves Saint Laurent, il était aussi prêt à le jouer (il devait le faire dans un projet avorté de Gus Van Sant). D’ailleurs, la ressemblance physique entre les deux, Yves et Gaspard, a souvent frappé, explique-t-il dans certaines interviews. Mais au-delà de la performance physique, perdre 12 kilos pour avoir son allure « svelte », Ulliel parvient à faire oublier qui il est, à se fondre dans un autre lui-même, tout en créant son Saint Laurent. C’est surement parce que chez Bonello, plus que chez Lespert, le corps est un outil indispensable, il se tord, se contorsionne et se dédouble. C’est alors que le film s’attache à faire durer des scènes de rencontre, comme le magnifique premier regard entre Betty et Yves et plus tard, entre le couturier et son amant Jacques De Bascher. La danse, la mise en scène de soi font partie de ces rencontres languissantes. La posture chez Bonello est une manière de dire l’homme comme la femme, d’en faire des silhouettes. Ainsi, nous ne regardons pas l’histoire d’un homme qui a existé mais Yves Saint Laurent éclaté dans des fulgurances. On peut alors le retrouver seul entouré de ses costumes dans une pièce rouge vive, lisant une lettre d’Andy Warhol. Bonello prend le temps de laisser Saint Laurent se faire écraser par le décor. Il ne le fait jamais vieillir par un stratagème. C’est un autre qui l’endosse alors, Helmut Berger, et on ne cesse, à cet instant, d’osciller, par échos, entre deux âges et deux acteurs.

L’autre combat est celui que Pierre Bergé a livré à Bonello. Il n’a jamais « approuvé » le film, il lui a mis des bâtons dans les roues. Résultat, la frustration de n’avoir pas eu accès aux « vrais lieux », ni aux véritables costumes de Saint Laurent, Bonello l’a tranformée en geste libre, beaucoup moins muséifié que celui de Lespert, très Bergé-centré. Nous avons donc comme deux Pierre Bergé. Ici, il est beaucoup moins question d’amour que dans le Lespert. A part une scène de tendresse, Bergé est plus montré comme un gestionnaire qui subit les colères, gère Saint Laurent, l’inadapté à la vie, et le rassure. D’où l’insistance de Bonello sur une scène de négociation avec traducteur sur le « nom » YSL, ou encore l’histoire chaotique entre Jacques De Bascher (Louis Garrel, convaincant) et Yves. L’amant est malsain, il entraîne Yves dans une forme de déchéance, le mène vers les ombres de l’amour à la sauvette alors que Bergé l’enferme, le ramène face à ce qu’il ait et hait : en voulant créer son propre nom, il s’est enfermé dans une création cyclique qui l’épuise et le détruit. Le geste est contraint par les saisons, les commandes. Pourtant, avec Bergé, Saint Laurent a sû renaître de ses cendres, même quand beaucoup voulaient déjà écrire sa nécrologie. A la fin du film de Bonello, on le quitte aussi mort que vivant. Tout va continuer même si l’on sait déjà ce qui l’attend au bout : la solitude. L’image est saisissante : Lespert croquait la fin de vie d’YSL auprès de Bergé, Bonello les rapproche au téléphone, laissant, une fois la conversation non physique terminée, Saint Laurent seul avec ses démons.

« Yves Saint Laurent, je devais l’aimer sans espoir », Bertrand Bonello

Rien ne commence vraiment mais tout se termine avec Bonello («Je suis tellement fatiguée, je pourrais dormir mille ans», disait Céline Sallette dans la toute première scène de l’Apollonide / « Vous être à Paris pour affaire ? – Non pour dormir », répond Gaspard Ulliel au tout début de Saint Laurent). Son regard sur les êtres est sans espoir, il en fait des œuvres d’art qui, à l’image des femmes que Saint Laurent habillait, peuvent se mouvoir librement dans des costumes amples, mais qui ne parviennent pourtant pas à atteindre la légèreté nécessaire. La femme libérée par le corps, n’en n’est pas moins une femme, et le créateur libéré par le défilé ovationné, n’en est pas moins un homme que seul le travail récompense tout en le vidant de ses forces. La vie paraît alors irréelle, tout n’est que fête, débauche la nuit et tristesse, mélancolie le jour. Pour ne pas apprendre à changer une ampoule, Saint Laurent est prêt à attendre dans le noir que Pierre revienne. Il a besoin d’obscurité pour réfléchir. Le noir, Bonello le décline, jusque dans sa mise en scène. Les couleurs sont éclatantes dans les décors (le rouge de l’appartement), ou lors des défilés (surtout celui d’inspiration orientale, de 1976) mais YSL est vêtu de noir. Le contraste est puissant. De ce noir, il faudra d’ailleurs trouver la tonalité parfaite, à la toute fin. Et finalement, comme au début, le titre apparaît sur un tissu parfait, profondément noir.

Bonello ne raconte pas la vie d’Yves Saint-Laurent, il le met en scène, par le corps, dans des espaces sans issue, où quelques rencontres, souvent tentaculaires, le font parfois renaître. Jamais il ne se promène librement dans la rue, en plein jour. Il reste, il demeure en deçà comme au-delà du monde, et se déconstruit. C’est un nerveux, de ces êtres qui subliment le monde tout en ne pouvant y vivre. Bonello et Saint Laurent se fondent alors comme dans une seule et même personne : des embaumeurs de réel qui connaissent la vie, les êtres et les aiment comme ils les détruisent, sans espoir.

Pour prolonger le plaisir : Bertrand Bonello, Résonances, au Centre Pompidou jusqu’au 26 octobre 2014

Fiche Technique : Saint Laurent 

France – 2014
Réalisation: Bertrand Bonello
Scénario: Thomas Bidegain, Bertrand Bonello
Interprétation: Gaspard Ulliel (Yves Saint Laurent), Jérémie Renier (Pierre Bergé), Léa Seydoux (Loulou de la Falaise), Louis Garrel (Jacques de Bascher), Amira Casar (Anne-Marie Munoz), Aymeline Valade (Betty Catroux), Helmut Berger (Yves Saint Laurent en 1989), Jasmine Trinca (Talitah Getty), Valeria Bruni Tedeschi (Mme Duzer), Valérie Donzelli (Renée).
Date de sortie: 24 septembre 2014
Durée: 2h30
Genre: Biopic
Image: Josée Deshaies
Costume: Karine Charpentier, Anaïs Romand
Montage: Fabrice Rouaud
Musique: Bertrand Bonello
Producteur: Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Distributeur: EuropaCorp Distribution

 

Puzzle, un film de Paul Haggis : Critique

Synposis: Trois histoires parallèles. Michael a quitté sa femme après la mort de leur fils et retrouve sa maitresse à Paris. Julia ne peut plus voir son fils depuis qu’on la soupçonne d’avoir voulu l’assassiner. Sean, en voyage en Italie, tombe amoureux d’une femme visiblement clandestine et va l’aider à récupérer sa fille auprès du passeur.

Petites Histoires Entre Amis

Naissance d’un style

C’est certain, on va reprocher à Paul Haggis d’avoir réalisé un film identique à Collision, qui lui avait rapporté l’Oscar du meilleur film en 2006. Il faut reconnaître que ce reproche est fondé, tant Puzzle (nominé au Festival International du Film de Toronto et au Festival du Film de Tribeca) reprend la même construction : un patchwork de petites histoires, de drames personnels, traités en parallèle et qui finissent par se percuter avec plus ou moins de force. Mais plus qu’un auto-plagiat, c’est peut-être son style (contestable ou non) que Paul Haggis vient de trouver, celui d’un artiste venu au cinéma par le métier de scénariste.

Haggis l’écrivain

Avant d’être metteur en scène, Paul Haggis est un écrivain talentueux. C’était flagrant avec Collision, c’est confirmé avec Puzzle. Son premier coup de maître reste l’écriture du scénario de Million Dollar Baby de Clint Eastwood. Avec Clint, il écrit ensuite les scénarios de : Mémoires De Nos Pères et Lettres d’Iwo Jima, pour enchaîner avec deux James Bond : Casino Royale et Quantum Of Solace. Paul Haggis est aujourd’hui une réfèrence, un poids lourd du système hollywoodien qui parvient à concilier (chose rare), succès publics et critiques.

Collision, mais pas que…

Sans en faire l’inventaire, une comparaison avec Collision est obligatoire. Si les deux films ont la même construction, là où Collision finissait par souder toutes ces histoires pour n’en faire qu’une, dramatique, Puzzle choisi de les faire se croiser sans réelle influence entre elles. Au pire, nos héros se contentent de se trouver au même endroit au même moment, sans jamais se connaître et, si les histoires s’influencent les unes les autres, c’est toujours à l’insu des protagonistes. Le choix fait par Paul Haggis a ce résultat : Collision accouchait d’une histoire unique et absolument dramatique, Puzzle ne sort pas des histoires (trois au total) personnelles de chacun (divorce, adultère, mort d’un enfant), privilégiant leur nombre sûr la force de chacune d’elles. Du coup, la narration est moins artificielle que celle de Collision, qui accumulait trop de coïncidences.

Haggis, héritier d’Eastwood

Paul Haggis est un élève de Clint Eastwood, comme un gène qu’ils auraient en commun, un talent pour l’écriture des portraits de gens normaux, confrontés à l’exceptionnel. Si Paul Haggis va un peu plus que son ainé vers le pathos, il  a une fulgurante capacité à transmettre ce qu’il y a de profondément humain dans les émotions. Nos peurs, nos colères et nos amours sont magnifiés par une pellicule au service de la caméra. Haggis, à mi-chemin entre impressionnisme et réalisme, raconte les fêlures de personnages en ruptures avec leur vie, des « héros » à la croisée des chemins face deux à un choix : survivre ou tomber, définitivement.

Monsieur le directeur

Paul Haggis est un élève de Clint Eastwood et comme le maitre, il est un formidable directeur d’acteurs. Comment ne pas se réjouir, de voir Liam Neeson abandonner ses films récents bien médiocres, pour se souvenir à quel point il a du talent ? Il est un des plus doués (et des moins reconnus) de sa génération et retrouve ici, ce qu’il est aux yeux de quelques-uns: un géant. Olivia Wilde (Time Out) par contre, si son jeu est correct, semble avoir été choisie pour cette « scène de nu » dans les couloir d’un hôtel. Rien de déplaisant, mais rien d’exceptionnel non plus. Par contre Mila Kunis (Black swan) explose enfin en mère, ravagée par un trouble mental et la séparation d’avec son fils, on cessera bientôt de la surnommer « Mila Cul-Nu » pour admettre qu’elle une actrice, une vrai. Pour finir, James Franco (La Planète Des Singes) hérite du rôle le moins évident, à la fois père protecteur et infâme salopard, il jongle entre les deux avec dextérité et promet, une nouvelle fois, le meilleur pour l’avenir. N’oublions pas non plus le toujours excellent Adrien Brody (King Kong), accompagné de l’atomique Moran Atias, qui fait fondre la pellicule de ses airs latins incendiaires et torrides.

L’humanité des émotions

Oubliez donc Collision pour profiter de Puzzle, un film mosaïque qui vous renverra à votre propre vie, à vos démons, à vos forces et vos faiblesses. Un film sensible et délicat, qui montre une nouvelle fois que Paul Haggis sait composer une partition cinématographique avec les mots du quotidien. On aime, on déteste, on pleure la mort, ou on se rebelle contre elle, on se résigne ou on se bat. Le mérite de Paul Haggis réside en ceci : chacun a en lui une vie hors norme, faite d’événements anodins que nos sentiments rendent exceptionnels et cet exceptionnel, il est important de s’y attacher.

Fiche Technique : Puzzle

Titre original : The Third Person – Third Person
Réalisateur & scénariste: Paul Haggis
Casting : Liam Neeson, Olivia Wilde, Mila Kunis, James Franco, Adrian Brody, Moran Atias…
Date de Sortie : 19 novembre 2014
Durée : 137 minutes
Genre : drame, romance
Décor : Luca Tranchino
Costumes : Sonoo Mishra
Musique : Dario Marianelli
Production : Paul Haggis, Paul Breuls & Michael Nozik
Sociétés de production : Corsan, Hwy61, Purple Papaya Films en association avec Lailaps Pictures et Volten
Société de distribution : Sony Pïctures Classics
Pays d’origine : U.S.A., Belgique

Auteur de l’article Freddy M.

Sin City : J’ai Tué pour Elle, un film de Frank Miller – Critique

Sin City : J’ai Tué pour Elle : Un exercice de style visuel bluffant assorti d’un scénario relativement bancal…

Sin City : J’ai Tué pour Elle, n’a jamais constitué qu’un hommage. L’hommage d’un homme de cinéma à une bande dessinée, toute droit sortie d’un auteur cynique, désabusé et esquissant dans ses traits de crayons l’inquiétude et la peur de ce monde nouveau, un monde dangereux, pressé, ayant perdu sa morale au détriment de pouvoir ou d’argent. Une BD ou comic constituant à elle seulE un hommage à tout un pan de la culture cinématographique US : le film noir. Un genre aujourd’hui défendu par Martin Scorsese, les frère Coen ou encore Brian de Palma, préférant tisser un tableau austère, lugubre, froid, suspicieux, plutôt qu’une myriade de personnages sans profondeurs et sans charismes.

Et dans ce sens, voir Robert Rodriguez à la barre de ce projet avait constitué dès le départ une surprise. Lui un énergumène dopé aux VHS et slashers des 70’s, bon qu’à filmer de minables séries B ou Z et à voguer dangereusement vers les cimes du moviemaking mercantiliste outrancier. Un choix improbable, voire voué à l’échec, mais qui se révèle après étude, parfaitement cohérent. Car cet énergumène, grand pote de Quentin Tarantino partage avec ce dernier, l’amour du cadre, préférant ainsi dépeindre d’abord l’univers dans lequel évolueront les personnages que les personnages eux-mêmes.

Une toile de fond, un univers capital que cette ville du péché. Cette Babylone d’où émane le vice, la violence et le stupre, est le lieu de pérégrinations de flics, qu’ils soient ripoux ou intègres, tueurs, hommes d’églises, sénateurs, strip-teaseuses et pédophiles. Une brochette de personnages tarés, évoluant dans une ville aux airs de prisons mentale et sociale, qui tel un aimant, attire tous les pourris.

Polar urbain stylisé et violent, Sin City avait ébranlé la planète ciné pour avoir été le premier film entièrement tourné sur fond vert et qui malgré un casting dithyrambique (Bruce Willis, Mickey Rourke, Rutger Hauer, Elijah Wood, Josh Hartnett, Clive Owen ou encore Benicio Del Toro) avait su capter l’attention par une de ses spécificités attirant bien malgré elle le regard : son ton monochrome.

Forme picturale reléguée à symboliser le virage entrepris par le cinéma lorsqu’il est passé à la couleur, le style monochrome utilisé ici, en plus d’épouser la prose des comics d’origine de Frank Miller, parvient tout simplement à conférer au film un parfum rétro-futuriste impressionnant, évoluant constamment dans un cadre contemporain ou se reflètent les maux du monde moderne entre violence urbaine, corruption endémique et mégapoles tentaculaires, tout en revendiquant une partie de son univers aux 50’s avec cigarette, alcool à outrance et ton très sombre.

Une réussite formelle indéniable toutefois entachée par des soucis de narrations récurrents, donnant au film un rythme clairement distordu, conséquence de la difficile transcription de la case de BD à la pellicule monochrome.

Fort d’un succès loin d’être immérité et une publicité cannoise inespérée (le film fut en effet au sein de la Compétition du Festival de Cannes 2005), Sin City avait généré bien malgré lui une horde de fans irréductibles, prêts à tout pour voir la suite des aventures de Marv, du sénateur Roarke ou de Dwight McCarthy.

A force de cris de désespoir d’une communauté de fans se sentant oubliés et ressemblant années après années à d’intenses sollicitudes véhémentes, Sin City J’ai Tué Pour Elle est finalement arrivé finalement sur la planète ciné et ce, quelques neuf ans après la sortie du premier. Neuf années d’attentes lancinantes, de doutes, de questionnements harassants et de frayeur, attestant du chemin de croix quasi matriciel auquel a dû se plier Robert Rodriguez pour sortir la suite tant attendue de son chef d’œuvre.

BACK IN BLACK

Après être retombé dans les travers de son cinéma popcorn ultra référencé, à la fois empli de niaiserie et de jouissance, fait d’invasion de zombies (Planète Terreur) et de survival dopé au tacos et aux tapins (Machete) tout en opérant une renaissance à la nouvelle mascotte Old El Paso, Robert Rodriguez accompagné de Danny Trejo a  finalement repris le chemin des studios pour s’attaquer à l’arlésienne de sa filmographie.

L’objectif officieux : combler les attentes des fans profondément étiolées face à l’émergence massive de productions 3D pétaradantes (Gravity, L’Odyssée de Pi, Avatar) tout en évitant l’erreur de parcours, représentée par le banal film de commande sensé rehausser le parcours de son auteur.

Four monumental aux States, avec seulement 6,5 millions de dollars récoltées pour son premier week-end d’exploitation (à titre d’exemple Les Gardiens de la Galaxie en ont fait 94), Sin City : J’ai Tué pour Elle arrive affublé d’un nombre conséquent de casseroles, si ce n’est d’exécutions critiques US en bonne et due forme, dont la quasi-unanimité ne pouvait qu’accroitre la curiosité apportée sur cette œuvre étrange.

Les fans auraient-ils trop attendus ? Signe avant-coureur de la piètre qualité du film ? Ou simplement banalisation de ce genre de produits hyper-stylisés dépeignant un univers magnifique pour cacher un scénario la plupart du temps assez pauvre ? Difficile à dire….

VOL AU DESSUS D’UN NID DE COUCOUS

Nous revoilà donc, à Sin City, John Hartigan s’est sacrifié pour protéger la seule femme n’ayant jamais compté dans sa vie, la strip-teaseuse Nancy Callahan. Dwight McCarthy, revient à Sin City récupérer son amour perdu, symbolisée par l’envoûtante et sensuelle Ava Lord, tandis que Johnny, fils illégitime du sénateur Roarke, arrive dans la ville du péché pour régler ses comptes avec son paternel.

En somme, une pluralité d’histoires empruntant autant au préquel qu’au séquel, et provoquant dans le cerveau de son spectateur une surprise assez forte, tant voir un tel contenu assimilable à un numéro de funambule sans filet de sécurité, ne mérite tout simplement pas neuf ans d’attente.

Car encore une fois, Rodriguez se joue de son spectateur en promettant monts et merveille, alors qu’à l’écran le résultat est pauvre. Ne pouvant plus compter sur l’effet de surprise généré par le teint monochrome du premier opus, ce deuxième film dévoile au grand jour tous les défauts du premier qui malheureusement étaient déjà conséquents : des histoires à la durée inversement proportionnelles à leur importance, une galerie de personnages la plupart du temps peu exploités, si ce n’est inutiles (pourquoi sortir Doc Brown de sa retraite ?), un rythme distordu voire long, une nouvelle fois un univers stylisé impressionnant.

Presque seul mérite du film, l’univers Noir et Blanc stylisé ne vaut que pour son ajout de la 3D qui confère à Sin City : j’ai tué pour elle, une profondeur permettant de rapprocher l’image à une case de BD telle qu’imaginée par Frank Miller. Couplé à un jeu d’acteur inégal (Eva Green en femme fatale dénudée est le seul personnage valant la peine) et des musiques omniprésentes quasi dérangeantes, ce Sin City charmera sans doute les spectateurs peu regardants mais ne satisfera pas la horde de fan de Miller qui se sentiront esseulés.

Synopsis: Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d’un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter la plus redoutable crapule de la ville, le sénateur Roark. Dwight McCarthy vit son ultime face-à-face avec Ava Lord, la femme de ses rêves, mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n’aspire plus qu’à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv… Tous vont se retrouver à Sin City…

Fiche Technique: Sin City : J’ai Tué pour Elle (Sin City : A Dame to Kill for)

Américain – 2014
Réalisation: Robert Rodriguez, Frank Miller
Scénario: Frank Miller d’après: la série de bandes dessinées Sin City de: Frank Miller
Image: Robert Rodriguez
Interprétation: Eva Green (Ava Lord), Josh Brolin (Dwight McCarthy), Jessica Alba (Nancy Callahan), Bruce Willis (John Hartigan), Mickey Rourke (Marv), Joseph Gordon-Levitt (Johnny), Rosario Dawson (Gail)…
Genre: Action, Thriller, Drame
Son: Angelo Palazzo, Clark Crawford, Tim Rakoczy
Montage: Robert Rodriguez
Musique: Robert Rodriguez, Carl Thiel
Producteur: Robert Rodriguez, Aaron Kaufman, Stephen L’Heureux, Sergei Bespalov, Alexander Rodnyansky, Mark Manuel
Production: Troublemaker Studios, Miramax Films, Aldamisa Entertainment
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 17 septembre 2014
Durée: 1h42

Ill Manors, un film de Ben Drew : Critique

Synopsis: Dans une banlieue de Londres en 2012, le quotidien d’une faune de voyous, dealers, proxénètes, prostituées et marginaux, dont les destins vont se croiser, à l’approche des jeux olympiques d’été.

La rue et ses vices

Aaron (Riz Ahmed) et Ed (Ed Skrein) ont grandi ensemble dans un orphelinat. Le premier est un poids plume avec une sensibilité qui détonne dans cet univers machiste et violent. le second représente bien ce monde, il n’a aucune empathie et abuse de son physique de boxeur. Ils vivent de la drogue et d’arnaques. Kirby (Keef Coggins) est un ex-dealer sortant de prison. Il tente de reprendre le contrôle de la rue, mais se retrouve sous le joug de son beau-fils Chris (Lee Allen), qui n’a pas oublié les sévices physiques infligés par celui-ci. Michelle (Anouska Mond) est une prostituée, tentant de survivre, tout en aidant Katya (Natalie Press), une sans-papiers qui a abandonné son bébé et qui fuit ses proxénètes. Jack (Ryan De La Cruz) est un adolescent intégrant un gang violent dirigé par Marcel (Nick Sagar). Tout ses personnages vont se croiser et influencer le destin de chacun, pour le pire et un peu le meilleur.

Ill Manors est le premier film de Ben Drew, un jeune réalisateur de 29 ans. Mais il a déjà une riche carrière en tant que rappeur au sein de son groupe, Plan B. Son film est une sorte de long clip, ou il aborde les thèmes qu’il connait bien : la rue, la violence, la prostitution et tout les drames qui s’y jouent quotidiennement. Il illustre certains moments de l’histoire par ses morceaux, dont il signe la BO. C’est un drame musical, sombre et froid.

Le procédé est plaisant, mais un peu déstabilisant, cassant un peu le rythme du film, mais la force des paroles, accentue la noirceur du récit. Si la forme est originale, le fond l’est beaucoup moins. Un énième film sur la banlieue et ses travers. Le genre a ses codes et il est difficile de les contourner. Souvent, ce sont les personnages qui font la différence. Mais ils manquent de psychologie et parfois de charisme.

Le côté choral du film, Ill Manors est intéressant, le récit est fluide. Ben Drew fait preuve de maîtrise, il sait ou il va et ne nous perd pas en route. Cela rend encore plus dommage, l’absence de profondeur.

Le « héros » Riz Ahmed est le reflet de cette absence. Il est transparent et sans sa casquette qui le caractérise, il passerait inaperçu. Ed Skrein est impressionnant de par son physique et la violence qui s’échappe de chacun de ses mots et gestes. Les extrêmes s’attirent et se complètent. C’est le cas avec ces deux-là, le cerveau associé aux muscles. Ils sont le fil rouge de l’histoire. Ils ne sont ni bons, ni mauvais. Ils s’adaptent à la rue, selon leurs degrés de sensibilité et agissent en conséquence. Agir ou subir, il n’y a pas d’autres échappatoires. Sauf par la drogue, Anouska Mond va prendre ce chemin. Un moyen d’échapper à sa condition de femme prostituée et sans domicile fixe.

A travers ses portraits et ses destins, Ben Drew dresse un constat effrayant de la jeunesse anglaise, des rapports hommes/femmes et de la société en générale, régit par l’argent et la violence, ou l’être humain est considéré comme une marchandise. Le constat est pessimiste, l’amitié n’existe pas et les rêves se transforment vite en cauchemars. C’est un film sans concessions, qui aurait mérité un scénario plus développé pour emporter l’adhésion. Un long clip, sans les effets faciles mais avec l’absence de puissance dramatique, malgré la violence des vies qui y sont dépeintes.
Un premier film qui annonce des œuvres plus abouties, Ben Drew est un cinéaste en devenir. Il s’épanouit dans tout les genres, un artiste à suivre.

Ill Manors – Bande Annonce

Fiche technique : Ill Manors

Royaume-Uni – 2012
Réalisation : Ben Drew
Scénario : Ben Drew
Distribution : Riz Ahmed, Ed Skrein, Nathalie Press, Anouska Mond, Mem Ferda, Lee Allen, Dannielle Brent, Martin Serene, Jo Hartley, Éloïse Smyth et Nick Sagar
Photographie : Gary Shaw
Montage : Farrah Drabu, David Freeman, Sotira Kyriacou et Hugh Williams
Musique : Ben Drew et Al Shux
Production : Atif Ghani
Sociétés de production : Aimimage Productions, BBC Films, Film London, Gunslinger, Ill Manors et Microwave
Société de distribution : Revolver Entertainment
Genre : drame
Durée : 102 minutes

Auteur : Laurent Wu