Avant d’aller dormir, un film de Rowan Joffe – Critique

Mal récurrent, que ce soit dans la littérature ou au cinéma, l’amnésie est rapidement devenue le point de départ pour des auteurs en mal d’inspiration, désireux de bâtir une histoire à suspens à peu de frais. Parfois bien exploitée, elle n’est trop souvent qu’une excuse mal utilisée pour justifier des retournements de situations grossiers. Elle est encore au cœur du roman Avant d’aller dormir, qui s’inspire de l’histoire vraie d’un patient se réveillant chaque matin en étant persuadé qu’il avait 26 ans jusqu’à sa mort à l’âge de 82 ans. Alors, révolution amnésique ou nouveau pétard mouillé ?

Synopsis : Suite à un accident quatorze ans plus tôt, Christine est affectée d’un cas très rare d’amnésie : chaque matin, elle se réveille sans se souvenir de rien, ni même de son identité. Son dernier espoir réside dans son médecin, Ed Nasch, qui lui conseille de tenir un journal vidéo. Elle pourra ainsi enregistrer les informations qu’elle traque et se souvenir peu à peu de son passé, reconstituant progressivement le fil de son existence. Mais très vite, ses rares certitudes vont voler en éclat.

Clic, Clac, merci Kodak

En fait, la réponse se situe quelque part entre les deux. Le postulat de départ est prometteur, et rapidement s’installe une certaine tension, alors que Christine ne sait pas à qui accorder ou non sa confiance. L’ambiance froide et aseptisée du film, renforcée par sa photographie de très bonne facture, semble refléter le monde inconnu et hostile dans lequel se trouve le personnage, monde qu’elle redécouvre donc jour après jour. L’idée de se filmer au quotidien afin de retrouver la mémoire est également une belle trouvaille, mais est malheureusement mal exploitée ici.

Plutôt que de confronter le spectateur aux mêmes angoisses et aux mêmes incertitudes que son héroïne, le scénario s’embarque dans une banale intrigue policière, sans vraiment de suspens et au déroulement parcouru de trous et d’incohérences. C’est tout le problème de la condition de Christine, qui semble évoluer avec les journées en fonction de ce qui arrange le film. La mise en scène de Rowan Joffe ne fait rien pour donner de l’intérêt au film, oscillant entre un académisme froid et quelques plans et scènes malhabiles, et qui cassent le rythme.

Trio d’élite

La force du film, et ce sur quoi repose une grande partie de la promotion, c’est bien sûr le casting. Un trio de haute volée qui se montre à la hauteur de sa réputation. Nicole Kidman porte une grande partie du film sur ses épaules, et n’a aucune peine à convaincre de sa fragilité. Colin Firth et Mark Strong, de leurs côtés, offrent deux prestations très différentes mais d’une qualité égale. Les deux parviennent à jouer avec les nerfs et les certitudes des spectateurs, se montrant tour à tour inquiétants et rassurants. Les dialogues sont également très bien écrits, et on sent sans peine toute la force de l’œuvre littéraire derrière le film.

Malgré tout, l’ensemble peine à convaincre. L’ambiance presque clinique qui émane du film empêche le spectateur de se projeter, et le scénario comporte trop d’incohérence pour vraiment convaincre. Sans être vraiment mauvais, Avant d’aller dormir manque malgré tout d’impact, et ne se révèle au final qu’un thriller sympathique mais sans plus. Dommage, il y avait sûrement matière à faire mieux.

Fiche Technique : Avant d’aller dormir

USA-2014 – Before I go to Sleep
Thriller
Réalisateur : Rowan Joffe
Scénariste : Rowan Joffe, d’après l’œuvre de S.J. Watson
Distribution : Nicole Kidman (Christine Lucas), Colin Firth (Ben Lucas), Mark Strong (Dr Nash), Anne-Marie Duff (Claire)
Producteurs : Ridley Scott, Scott Free, Mark Gill, Avi Lerner, Liza Marshall, Matthew O’Toole
Directeur de la photographie : Ben Davis
Compositeur : Ed Shearmur
Monteur : Melanie Oliver
Production : Film i Väst, Filmgate, Millenium Films, Scott Free Productions, Studio Canal UK
Distributeur : UGC Distribution

Auteur : Mikael Yung

Festival

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