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Retour à la vie, un film d’Ilaria Borrelli et Guido Freddi : critique

« Talking to the trees » est le titre original du film italien Retour à la vie. Un titre plus subjectif qui nous fait imaginer que la réalisatrice (et actrice) et son comparse s’intéressent tout autant au destin d’un pays qu’à celui d’enfants esclaves sexuels.

Synopsis : Mia, photographe parisienne à succès, décide de partir au Cambodge pour rejoindre son mari. Ce qu’elle va découvrir sur place va changer à jamais sa conception de la vie. Sa rencontre avec trois jeunes filles va l’amener à traverser le pays pour les aider à retrouver leurs familles… Un voyage vers la rédemption, un chemin vers l’espoir et la liberté.

Tree of life

Or, ça n’est qu’une toile de fond car ce « retour à la vie » du titre français concerne exclusivement Mia, la parisienne auto-centrée qui va vers la rédemption donc parce qu’elle sauve deux petites filles (et par ricochet un petit garçon et tout un bordel pédophile) d’une mort certaine. A l’origine de ce long métrage, la rencontre entre les deux réalisateurs du film et des militants impliqués dans la lutte contre la maltraitance et l’exploitation des enfants en Asie du Sud-Est. Le grand message du film, c’est celui-là : les occidentaux (et les locaux, mais ça reste suggéré) viennent exploiter sexuellement des enfants au cœur d’un système ultra-corrompu (jusque dans la police). Pourtant, le film ne fonctionne absolument pas, enfilant les clichés plus vite que les perles sur un collier d’enfants et bénéficiant d’un jeu d’acteurs et d‘intrigues complètement ridicules et surtout incohérentes. Ici, les policiers corrompus relâchent leurs proies sans raison et les sauveteurs surgissent au dernier moment, comme un deus ex-machina anti-poétique/théâtrale, pour résoudre une affaire pliée d’avance. La caméra hésite tout le temps entre ses personnages et la beauté exaltante des paysages Cambodgiens. En résumé, Retour à la vie est un échec tant formel qu’idéologique et une énorme déception tant le sujet paraissait fort intéressant et nécessaire à dénoncer.

Prenez La Rafle sans le recul historique nécessaire et vous aurez Retour à la vie, sorte d’épisode de Famille d’accueil (la série bons sentiments de France 3) délocalisé au Cambodge. Quelque chose ne tourne pas rond dans le film et ce, dès le début. La caméra s’approche d’une petite fille qui parle à un arbre centenaire, son petit frère accourt et l’entraîne sur le terrain où leur grand-mère vit encore au milieu des hommes qui détruisent les arbres, elle résiste. Un occidental sans cœur explique à ses hommes qu’il a acheté cette terre qu’il en fait ce qu’il veut. Deux gros sabots donc s’invitent dans ces lieux sacrés. Une fois le méchant patron parti, un des hommes du chantier, sans raison apparente, écrase la maison de paille de la grand-mère qui meurt sur le coup. Résultat, la petite fille du début accourt vers le corps, hurle et la caméra en profite pour faire un gros plan sur son visage en larmes. Cette scène inaugurale est censée nous expliquer les raisons pour lesquelles la petite Srey et son frère ont été vendus à un bordel pédophile. Pour faire se rencontrer ces deux petits enfants innocents et Mia, la femme qui va les sauver (un peu malgré elle), la caméra s’intéresse à une femme dans un taxi, visiblement arrogante, qui cherche à rejoindre son mari. Elle marche la tête haute sans sembler se rendre compte de la crasse qui règne autour d’elle. Elle veut payer son moyen de transport plus cher qu’il ne coûte et dit au chauffeur de « garder la monnaie » (lui n’en revient pas). Bref, elle marche avec ses talons, son arrogance rentrée d’occidentale qui n’a jamais souffert (ou presque) et suit son mari. Voilà qu’elle débarque devant une maison où quelques enfants jouent paisiblement.

Elle demande si quelqu’un n’a pas vu un homme (etc)… personne ne lui répond. C’est comme ça qu’elle trouve un petit trou dans la planche de la maison, qui en fait est un bordel, où son mari termine de jouir entre les mains d’une toute jeune fille qui n’est autre que Srey. Après mille péripéties, dont une scène de « viol » symbolique assez pathétiquement filmée, Srey et deux autres petites filles se retrouvent dans une voiture volée avec Mia et à peu près tout le Cambodge (qui se résume ici à un tenancier de bordel, un homme invisible mais visiblement très puissant et deux policiers (le gros et le maigre – encore un cliché-) à leurs trousses. En voix off, celle de Mia s’adressant à son enfant imaginaire (celui qu’elle était venue concevoir au Cambodge), on comprend qu’elle se droguait (et se droguera encore) et cherche à se racheter. Avec Srey, qui était la prostituée privilégiée de son mari, une gamine de dix ans à peine, la relation est parfois tendue. Surtout quand, dans un dialogue qui frise la pathologie, Mia reproche à Srey (oui la gamine de dix ans) d’avoir mieux contenter son époux qu’elle et d’être une « voleuse de mari ». La psychologie n’est pas le fort de ce film clicheteux, vous l’aurez compris. La drogue est juste l’occasion pour la cinéaste de faire du personnage qu’elle incarne (sans talent), Mia, un être torturé en pleine rédemption. Elle ne comprend pas grand chose à ce qu’elle fait, ne cherche pas vraiment à aider ces enfants par la suite. Même si, à la fin, elle créer une pseudo association, on comprend surtout qu’elle s’est sauvée elle-même, d’ailleurs c’est ce qu’elle dit.

Côté scénario, les rebondissements sont si incohérents qu’on ne comprend plus vraiment ce que le film veut dire. C’est que les scénaristes sont persuadés que ce sont exclusivement les dialogues qui doivent faire passer les messages. Résultat, tous les personnages doivent parler de leur condition, raconter sans raison ce qui leur arrive (non, un enfant ne parlera pas aussi facilement de ce qui lui est arrivé de si traumatisant). Les deux réalisateurs se contentent de faire dire en pleine forêt, ce que des enfants leur ont dit en témoignage (certainement après avoir, eux, pris du recul avec ce qu’il leur était arrivé). Et le documentaire dans tout ça ? C’est un film à message donc, mais qu’on a compris au bout de cinq minutes. Le périple n’est qu’un prétexte. En plus, sans aucune pitié, on élimine d’un simple coup de couteau celui qui est considéré, sans nuance, comme le mal absolu, soit le mari de Mia (ou l’occidental du début qui voulait détruire les arbres). Il n’y a aucune confrontation, ni discussion entre Mia et son mari, aucune tentative de comprendre l’autre.

Côté images, pourtant, on sent qu’un amour du Cambodge, comme un certain sens du cadre, transparaît. Et c’est ça qui est encore plus dommage. Quand la caméra s’intéresse aux animaux, aux arbres, à l’apparente pauvreté du milieu au sein d’une nature luxuriante, c’est là que la dénonciation est la plus pertinente. Le cinéma parle de lui-même, car ce que la caméra capte dépasse tout discours. Et ce discours justement, c’est bien là tout le problème du film. Il n’y a aucun recul sur les événements racontés, dénoncés, aucune analyse, juste la recherche de l’émotion facile. Là où La Rafle pensait que des visages d’enfants ou des gros plans sur des peluches abandonnées suffisaient à faire un film sur la Shoah, Retour à la vie pense que charger son film de scènes attendues : rejet des familles, mort d’une des petites filles dans les bras de sa mère (etc…), ou encore retrouvailles invraisemblables, pourront expliquer la situation d’un pays complexe, vaste et gangrené par son traitement de l’enfance : travail, adoption par des étrangers sans connaissance de la situation réelle des enfants, ou encore exploitation sexuelle.

Des sujets forts, riches en émotion, voilà tout ce que semble retenir ce film. Un seul conseil donc, fuyez ce mélo révoltant tant il manque son sujet (alors que les réalisateurs ont eu le loisir de travailler ledit sujet) et revoyez, si vous voulez comprendre un peu le Cambodge, l’enfance, l’attente, et la beauté empoisonnée d’un pays qui perd le contrôle sur ses enfants, Holy Lola de Bertrand Tavernier. Le réalisateur, lui aussi, parlait d’enfance sacrifiée, de manque, de stérilité et d’impuissance (des terres comme des hommes), sans tomber dans l’émotion facile. « Aucune autre forme d’art que le cinéma n’utilise le langage de l’émotion, qui est le seul moyen d’atteindre d’autres êtres humains dans l’espoir d’un changement pérenne« , déclarait, dans le dossier de presse de Retour à la vie, sa réalisatrice, Ilaria Borrelli. Elle semble avoir oublié une chose, être ému n’est pas comprendre. Comprendre c’est avoir les clefs en main pour maîtriser une situation, connaître chacun des enjeux et protagonistes et non pas vivre un happy end nauséabond où seule retourne à la vie une femme qu’on ne parvient pas à aimer malgré son geste et en laissant complètement de côté la souffrance réelle des enfants qui sont revenus chez eux, certes, mais ne vivront plus jamais comme des enfants. Un bon sujet ne fait donc pas un bon film, loin de là. Au-delà de l’émotion, il y a l’analyse, c’est ça aussi la mission du cinéma et c’est comme ça que les changements se font vraiment.

Retour à la vie : la bande annonce

Fiche technique – Retour à la vie

Talking to the trees/Drame / Italie-Cambodge / 4 mars 2015
Réalisation : Ilaria Borrelli et Guido Freddi
Interprètes : Ilaria Borrelli (Mia), Philippe Caroit (Xavier), Setha Moniroth (Srey)
Montage : Marie Castro
Photographie : David Garcia-Vlasits
Distribution : Destiny Distribution
Production : Capetoste Pictures

 

Les merveilles, un film de Alice Rohrwacher : Critique

Les merveilles du titre sont celles de ce village situé entre l’Ombrie et la Toscane où se déroule l’histoire du second film d’Alice Rohrwacher, couronné du Grand Prix à Cannes en 2014.

Synopsis : Dans un village en Ombrie, c’est la fin de l’été. Gelsomina vit avec ses parents et ses trois jeunes sœurs, dans une ferme délabrée où ils produisent du miel. Volontairement tenues à distance du monde par leur père, qui en prédit la fin proche et prône un rapport privilégié à la nature, les filles grandissent en marge. Pourtant, les règles strictes qui tiennent la famille ensemble vont être mises à mal par l’arrivée de Martin, un jeune délinquant accueilli dans le cadre d’un programme de réinsertion, et par le tournage du « Village des merveilles », un jeu télévisé qui envahit la région…

Les abeilles et le miel

Une équipe de télévision tourne une émission de téléréalité dans de magnifiques thermes, en faisant participer les villageois déguisés en étrusques à coups de perruques et de flonflons à un concours du meilleur produit régional, le tout présenté par Milly Catena à l’avenant, pseudo-étrusque en diable, un personnage dont les brèves apparitions permettent d’apprécier le travail tout en retenue de Monica Bellucci, une actrice qui bonifie décidément avec l’âge.

Le côté complètement artificiel de cette émission télévisuelle est en contraste totale avec la vie des principaux protagonistes, Wolfgang et sa famille germano-italienne, des apiculteurs atypiques qui vivent en marge de tout et de tous : A 12 et 8 ans, les aînées de la fratrie de quatre sœurs ne vont plus à l’école, mais aux champs, à apporter les abeilles de la ferme afin qu’elles y butinent. L’installation plus qu’artisanale de la ferme apicole ne respecte visiblement pas les règles d’hygiène sanitaire ; le père, allemand, parle en français avec la mère qui semble pourtant être italienne. De plus, il dort tous les soirs à la pleine lune, avec un couchage complet allant du sommier aux couvertures… Une famille très originale, en somme, qui ne veut se conformer à une télé-réalité d’aucune sorte, ni à l’épandage par ses voisins d’insecticides sponsorisés par des laboratoires, mortel pour les abeilles, et où la très jeune Gelsomina tient le rôle de chef de famille, comme le fils que Wolfgang n’a pas eu…

Les merveilles, est un film assez délicat ; délicat avec ce père un peu irresponsable, un peu fantasque qui finit toujours par se faire pardonner par tous, femme, enfants, ou encore Coco, une amie allemande qui vit avec la famille et qui fait le tampon entre ces dernières et son compatriote Wolfgang… Délicat encore avec cette fratrie qui fait tout à fait penser à celles que l’on rencontre dans le cinéma japonais récent, bien sûr chez Hirokazu Kore Eda, ou chez Kiyoshi Kurosawa dans Tokyo Sonata par exemple, mais également dans les animations du studio Ghibli (Mon voisin Totoro, Le tombeau des lucioles, etc) : joyeuse, insouciante, soudée, éminemment sympathique. Et ce malgré la rudesse de leurs conditions d’existence. Seule peut être Gelsomina, interprétée très justement par la jeune Maria Alexandra Lungu, dont c’est le premier rôle au cinéma, est dans une gravité qui n’est pas conforme à son âge, mais qui est la résultante du poids de ce que son père lui fait porter, avec l’aval complice de toute la famille, de la fin de l’innocence aussi, une sortie de l’enfance catalysée par l’arrivée de Martin au foyer de Wolfgang, un jeune délinquant allemand, mutique et mystérieux, qui éveille tout son intérêt. Délicat enfin avec la mère, un rôle confié par Alice Rohrwacher à sa propre soeur, son aînée Alba Rohrwacher, dans une sorte de mise en abyme, une femme attirée par les singularités de son mari, mais effrayée des conséquences de son comportement sur leur vie familiale et sur la pérennité de leur entreprise.

Délicat, mais pas complaisant. On sent une réelle nostalgie dans la manière qu’Alice Rohrwacher a de filmer sa Toscane natale, cette ferme délabrée et peu confortable, mais nichée dans des joyaux naturel, voire naturalistes, le bleu de l’eau, le blond des champs, le doré du soleil qui ne disparaît que la nuit venue…

Même si on n’arrive pas vraiment à savoir si elle est d’accord ou non avec la manière de vivre imposée par le patriarche, elle souffle beaucoup de vérité et d’émotion dans ce récit presque autobiographique. Même si on ne comprend pas toujours les personnages qui rentrent et qui sortent, comme cet homme rencontré par Gelsomina sur le marché, et même ce jeune Martin placé dans la famille de Wolfgang et qui gardera son mystère jusqu‘au bout, on reste captivé par l’ambiance du film.

Last but not least, la présence discrète de Monica Bellucci dans ce film vaut le coup d’être mentionnée, tant elle apporte de la sensibilité, avec pourtant un rôle assez mineur de déesse de carton-pâte. Quand elle croise Gelsomina, une fois, deux fois, il s’installe entre elles une sorte d’attirance réciproque et mélancolique de deux personnes pareillement prises au piège d’un univers, de leur univers, duquel elles semblent vouloir s’échapper.

Le jury du festival ne s’y est donc pas trompé en attribuant à ce film singulier, inclassable et très personnel le grand prix pour la session de 2014.

Les merveilles : bande annonce

Les merveilles : Fiche Technique

Titre original : Le meraviglie
Réalisateur : Alice Rohrwacher
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 11 Février 2015
Durée : 110 min.
Casting : Alba Rohrwacher (Angelica), Maria Alexandra Lungu (Gelsomina), Sam Louwyck (Wolfgang), Sabine Timoteo (Cocò), Agnese Graziani (Marinella), Monica Bellucci (Milly Catena)
Scénario : Alice Rohrwacher
Musique : Piero Crucitti
Chef Op : Hélène Louvart
Nationalité : Allemagne
Producteur : Carlo Cresto-Dina
Maisons de production : Tempesta, Amka Films Productions, Rai Cinema Distribution (France) : Ad Vitam distribution

American Sniper, un film de Clint Eastwood – Critique

Dans toute leur « glorieuse » histoire militaire, les États-Unis considèrent n’avoir subi que deux échecs : le Viet-Nâm et l’Irak. Et encore, pour ce dernier, certains semblent encore convaincus du bien-fondé de leur intervention, et de leur victoire sur l’axe du Mal. Dès lors, lorsqu’un réalisateur aussi engagé à droite que Clint Eastwood s’empare de la biographie de Chris Kyle, sniper à la réputation sulfureuse sur le champ de bataille, il est impossible d’échapper à la polémique. Et, de fait, American Sniper divise. Plus gros succès de son metteur en scène sur le territoire américain, devant Gran Torino, le film est taxé de propagande belliciste par les uns et de portrait patriotique par les autres. Qu’en est-il dans les faits ?

Synopsis : Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ».

Un homme ordinaire

Commençons tout d’abord par rendre hommage à Clint Eastwood et à l’efficacité de sa mise en scène. Si le réalisateur d’Impitoyable s’était un peu égaré ces derniers temps, il prouve qu’il a conservé toute sa vision. American Sniper est avant tout un film de guerre, comme il en existe des dizaines, et celui-ci se trouve dans le haut du panier. Sans atteindre l’intensité dramatique d’un La Chute du Faucon Noir ou l’onirisme cauchemardesque d’Apocalypse Now, cette plongée en terres Irakiennes réserve quelques beaux moments de tension au milieu du désert.

Comme dans Démineurs, autre monument du genre, Eastwood monte en parallèle la brutalité des combats avec la vie de tous les jours loin des batailles. Il ne parvient toutefois pas à illustrer aussi bien que Kathryn Bigelow le déracinement de son héros, tiraillé entre son cœur et son front, forçant un peu le trait pour bien faire ressentir les conséquences du conflit sur la vie de tous les jours de Kyle. Là où il nous promettait une réflexion sur le stress post-traumatique, on a en fait plus droit à quelques scènes grossières censées faire ressentir le mal-être de son héros.

Redneck story

Car c’est bien un héros que Eastwood nous présente, quand bien même il s’en défendrait. S’il ne cherche pas spécialement à le glorifier dans la première partie de son film, le montrant plutôt comme un Texan un peu bourrin mais ultra-patriotique, il le place tout de même sous un éclairage positif. Chacune de ses actions se trouve justifiée, chaque tir répond à une menace qui le place toujours dans la même situation : « c’est eux ou nous ». Comme dans la plupart de ses films, le réalisateur fait preuve d’un certain manichéisme qui, dans ce cas particulier, est parfois d’assez mauvais goût.

L’histoire de son petit frère en est le meilleur exemple, à peine esquissée et très vite abandonnée alors qu’elle aurait pu être un contre-point intéressant. Finalement, American Sniper est le portait d’un homme qui affirme ne rien regretter, et qui aurait donné sa vie pour sa patrie. Aucune réflexion particulière n’est amenée, aucune morale n’est clairement visible. Si l’absurdité de sa fin aurait pu servir de leçon, le générique sur fond d’images d’archives renforce l’impression d’hommage à celui qui est considéré chez lui comme un grand homme et un exemple.

Difficile, dès lors, de séparer l’oeuvre du message véhiculé. American Sniper est un bon film de guerre, intense et bien réalisé, et les amateurs apprécieront forcément. Chacun y trouvera ce qu’il veut bien voir en fonction de sa grille de lecture, et vivra l’histoire à sa façon. Apologie de la guerre, vision patriotique des choses ou simple portrait d’un soldat de légende, à vous de choisir.

American Sniper – Fiche Technique

USA – 2015
Guerre, Drame, Biopic
Réalisateur : Clint Eastwood
Scénariste : Jason Dean Hall, d’après l’oeuvre de Chris Kyle
Distribution : Bradley Cooper (Chris Kyle), Sienna Miller (Taya Kyle), Luke Grimes (Marc Lee), Jake McDorman (Biggles), Sammy Sheik (Mustafa)Cory Hardrict (Dandridge)
Producteurs : Bradley Cooper, Clint Eastwood, Peter Morgan, Andrew Lazar, Robert Lorenz
Directeur de la photographie : Tom Stern
Monteur : Joel Cox
Production : Warner Bros, 22 & Indiana Pictures, Mad Chance, Malpaso Productions, Village Roadshow Pictures
Distributeur : Warner Bros France

Auteur : Mikael Yung

Vincent n’a pas d’écailles, un film de Thomas Salvador

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Synopsis : Vincent vient d’arriver dans une ville du sud. Il travaille sur un chantier. Il ne parle pas beaucoup. Il nage dès qu ‘il le peut. Vincent a un secret : sa force décuple quand il est mouillé.

Super buzz

Bien qu’il s’agisse d’un premier film aux acteurs peu connus, Vincent n’a pas d’écailles a été beaucoup mis en avant par son distributeur : affiches, bandes annonces au cinéma, avant-premières : tout a été fait pour créer une certaine attente. De fait, il arrive à un moment favorable : les Vincent Macaigne’s movies ont montré que l’on pouvait être charismatique malgré la conjonction d’une calvitie et d’une nuque longue tandis que les succès de L’inconnu du lac et des Combattants ont prouvé que l’on pouvait atteindre un certain succès avec des récits hors-cadre portés par de jeunes acteurs. Enfin, dernier argument qui parle en sa faveur : son pitch attire la curiosité, avec ce héros du quotidien qui préfère jouer au ping pong avec sa belle que de sauver le monde, signe qu’un grand pouvoir n’implique pas toujours de grandes responsabilités.

La bande annonce, qui ne montrait que deux très courts extraits, vendait l’idée d’un petit film décalé au comique de situation discret mais bien présent, porté par une bande son funky. Surtout, en ne montrant pratiquement rien, elle ouvrait le champ des possibles quant au développement de cette très bonne idée.

Pourtant, dès le début du film, on comprend que, sans qu’il y ait vraiment mensonge, le film que nous pouvions imaginer n’est pas celui que nous allons voir.

Super minimal

Vincent n’a pas d’écailles se divise en deux parties. Dans la première, on suit le quotidien de Vincent qui, arrivant dans une nouvelle ville, va trouver du travail, des amis et même le grand amour.

Surtout, Vincent aime l’eau : dès qu’il le peut, il y plonge, nage, et s’y endort. Si l’on comprend rapidement qu’il est beaucoup plus fort dans l’eau, on ne saura jamais s’il ne se sent bien que dans l’eau à cause de son pouvoir, tel Namor ou Aquaman, ou s’il a développé ses capacités à son contact, tel un Florent Manaudoux qui aurait abusé des produits dopants.

Si ce rapide descriptif vous paraît être le point de départ de nombreuses péripéties, c’est que vous êtes intoxiqués de cinéma américain, car Vincent n’a aucunement l’intention de mettre ses capacités au service de l’humanité. Non seulement il ne la fréquente pas beaucoup, mais il n’a pas grand chose à lui dire non plus. Le film est extrêmement peu bavard, et aucun dialogue ne servira à faire avancer l’action ou même simplement à construire une conversation.

On y trouve aussi peu d’action : on marche, boit des bières, écoute un groupe de rock local, porte des tuiles ou une palette. La présence de Vimala Pons que l’on avait découverte dans La fille du quatorze juillet est à ce titre trompeuse : rien ne peut être plus différent que ces deux films : là où Antonin Peretjatko multipliait les situations tel un enfant hyperactif, Thomas Salvador reste calme, presque zen. De la nage, les beaux paysages du Gard lui suffisent.

Vincent n’a pas d’écailles est elliptique et fait de ce que les Inrockuptibles aiment appeler des moments en creux : montrer non pas les moments dramatiques, mais ceux entre, où il ne se passe rien, et qui pourtant sont censés tout dire.

Aussi risqué que soit ce parti-pris, on ne peut pas dire qu’il fonctionne parfaitement. Là où le déjà minimaliste L’inconnu du lac intriguait par sa mise en scène et son mélange de placidité et d’audace, le film de Thomas Salvador n’est vraiment pas très généreux avec le spectateur. Le paysage est beau, on ressent une certaine authenticité dans ces maisons avec leurs étagères en fer qui contiennent des pots fait maison, mais il y a peu à voir et pas tellement plus à imaginer.

Super rambo

Le film fait sens dans la deuxième partie où, suite à de mauvaises circonstances, Vincent se trouve poursuivi par la police, tel Sylvester Stallone de retour du Vietnam. On comprend dès lors, en creux, pourquoi il était si réservé : ce n’est pas la première fois que cela arrive, et comme Lenny dans Des souris et des hommes, sa force surhumaine finit toujours briser ses plans de tranquille normalité.

Le souci est ici que Thomas Salvador n’est pas tellement convaincant dans l’action qu’il ne l’était dans le mystère. Il n’est ni aussi physiquement intense que Rambo, ni aussi tragique qu’un héros de Steinbeck : juste un grand dadais mal à l’aise dans son corps capable d’exploits.

Cette longue course-poursuite aurait aussi pu être un beau moment de slapstick dans la lignée de Buster Keaton, mais la maladresse des trucages fait que l’on ne s’émerveille ni ne croit à ce que fait le héros.

Cette dimension physique du personnage est pourtant ce qui aurait pu être intéressant dans le film, mais non seulement le héros n’est pas très intense, mais ses actions n’ont pas la poésie étrange et burlesque des films muets de de Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy (à savoir Iceberg, la Fée, et Rumba).

De sorte qu’au final on a du mal non seulement à croire au héros, mais aussi à se passionner pour ce qui lui arrive.

Un avis super-mitigé

Vincent n’a pas d’écailles est un film singulier et minimaliste qui ne laisse pas indifférent. Il est court et son final arrive suffisamment vite pour que l’on ne s’y ennuie pas, ce qui est une assez belle qualité. Toutefois l’emballement critique dont il bénéficie est plus surprenant que ce film qui ne se donne jamais vraiment les moyens de ses ambitions : joli mais pas beau, sans dialogue mais pas mystérieux ou poétique pour autant, il n’est ni un film ni d’ambiance ni de super-héros, bien qu’il en reprenne à sa manière certains codes.

Si on peut apprécier l’authenticité avec laquelle il reproduit des micro-actions, Vincent n’a pas d’écailles est surtout un film qui, malgré ses huit ans de développement, à un goût d’inachèvement ou de bonne idée de moyen métrage à laquelle il manquerait quelque chose pour faire un long convaincant.

En l’état, il fait l’effet d’un petit film pour médiathèque, de ceux que l’on conseille parce que cela change, et qu’il y a quelque chose de sympathique et d’à contre-courant en lui : il déclenchera la perplexité de celui qui le verra, perdu entre l’impression d’être passé à côté et cette intuition que ce pas grand chose ne cache en vérité rien du tout.

Vincent n’a pas d’écailles – Bande-annonce

Fiche Technique : Vincent n’a pas d’écailles

France – 2015
Réalisation: Thomas Salvador
Scénario: Thomas Salvador avec la collaboration de Thomas Bidegain et Thomas Cheysson
Interprétation: Thomas Salvador (Vincent), Vimala Pons (Lucie), Youssef Hajdi (Driss)
Date de sortie: 18 février 2015
Durée: 01h19
Genre : Cinéma d’auteur, comédie dramatique, fantastique
Chef-opérateur: Alexis Kavyrchine
Producteur: Julie Salvador
Production: Christmas in July

Birdman, un film de Alejandro González Iñárritu : Critique

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Alfonso Cuaron (Gravity), Guillermo del Toro (Pacific Rim) ou Alejandro Gonzalez Inarittu (Babel), le cinéma mexicain n’a jamais connu telle prospérité. La dernière création hispanique, Birdman d’Iñárritu, marquera les esprits et les âges, car c’est un tour de force artistique en tout point, une ode à la créativité, et au renouvellement spirituel. Une mise en abyme jouissive et stylisée du théâtre et une satire hollywoodienne, Birdman renferme une richesse narrative à l’égal de sa beauté intemporelle.

Synopsis : L’acteur Riggan Thomson, has been connu pour avoir incarné un célèbre super-héros, monte une pièce à Broadway autour de son propre personnage dans l’espoir de renouer avec sa gloire passée. Pour se faire, il est soutenu par sa fille, fraîchement sortie d’une cure de désintoxication qui devient son assistante, par une actrice et un producteur farfelu.

La Renaissance Jouissive et flamboyante du Phœnix déchu

Métrage le plus représenté aux Oscars du cinéma en 2015, Birdman dépeint le récit de Riggan Thompson, ex superstar du cinéma pour son rôle du super héros, victime du star système hollywoodien et tentant un come-back retentissant en mettant en scène la pièce What we talk about when we talk about love de Raymond Carver. Composée d’un casting à la hauteur du projet, s’octroyant un Michael Keaton errant, une Naomie Watts ingénue, un Edward Norton libidineux et une Emma Stone toxicomane, la distribution d’acteurs se mêle et s’entremêle dans des destins à la fois tragiques et héroïques, poétiques et romantiques.

Néanmoins, l’idée que Michael Keaton interprète Riggan Thompson est tout à fait ambiguë. En effet, sans abuser d’une quelconque intellectualisation, nous pouvons dire que Michael Keaton incarne… Michael Keaton lui-même. Étonnant ? Pas tant que ça en réalité. Le personnage de Birdman, qui hante Riggan Thompson est une évidente analogie de Batman, le célèbre super héros qui a traîné à la peau de Keaton pendant la majeure partie de sa carrière. L’Oscar tend les bras à l’acteur pour sa résurrection au sein du film.

Ainsi, le film se pose comme une catharsis d’acteur, un renouvellement identitaire d’un homme déchu, trahi par l’icône qui lui a tout donné, mais qu’il lui a aussi fait tout perdre. Pour continuer dans la description de la formidable distribution, Edward Norton offre enfin un concurrent de choix à J.K. Simmons (Whiplash). Il dévoile une performance jouissive, d’un acteur célèbre nommé Mike Shiner, mais sans limite dans sa conception éthique sociale, aussi attachant que révulsant dans ses manières de vivre. On constatera les apparitions brèves de Zack Galifianakis dans le rôle de Jake, l’assistant de Riggan Thompson, un jeu à contre-emploi de ses rôles comiques célèbres, pour une composition intéressante et montrant qu’il est un acteur grandement sous-estimé.

Pour la gente féminine, Naomi Watts incarne, tout en retenue un personnage versatile. Une femme qui change de manière constante son caractère, tantôt sotte avec ses rêves de jeune fille tantôt torturée, sa performance n’en reste pas moins incomplète, n’apparaissant que très peu. Mais qu’elle n’en fut pas la surprise, de voir une Emma Stone à proprement parler parfaite. Interprétant la fille de Riggan, livrée à elle-même suite aux absences constantes de son père et devenue toxicomane repentie, elle noue une relation troublante avec Shiner et livre l’un des monologues les plus cruels, sincères et brillants de ces dernières années. L’Oscar est proche.

Cependant, au-delà de sa distribution d’exception, Birdman, c’est aussi une mise en scène sublimant un propos critique du Star système Hollywoodien. Alejandro Gonzalez Iñárritu a réussi une prouesse visuelle sur ce film, en donnant une parfaite illusion d’un plan séquence continu de deux heures. Par sa caméra constamment en mouvement et par l’absence totale d’un quelconque classicisme (aucune trace d’un champ/contre-champ), Inarittu devrait sans doute remporter la statuette de meilleur réalisateur.

Par ailleurs, si on peut s’attendre à un Brazil moderne, aux vues des extraits promotionnels, notamment sur le côté psychédélique de l’esprit de l’acteur, mais il n’en est rien… du moins, pas tout à fait. En effet, le film baigne dans un hyper réalisme constant, c’est à dire une frontière entre réalisme et surnaturel assez difficile à distinguer. Cet hyper réalisme, qui permet au réalisateur, grâce à sa mise en scène, de jouer avec notre esprit comme bon lui semble, afin de s’approprier les codes du genre.

Ainsi, nombreux sont les questionnements sur l’état d’esprit du personnage. Paranoïaque ou harcelé, acteur de cinéma ou de théâtre, l’hyper réalisme se maintient tout au long du métrage et permet ainsi, des interprétations différentes selon le spectateur. Toujours maîtrisé et d’une crédibilité sans faille grâce à l’ajout d’effets visuels efficaces, ce procédé met en lumière la confrontation entre le théâtre et le cinéma. Celle-ci, sous la forme d’une mise en abyme du théâtre dans le métrage, est surprenante.

En effet, le récit ne dévoile pas une satire du cinéma sur le théâtre ou une critique du théâtre sur le cinéma, mais montre, avec le même procédé d’hyper réalisme, que la frontière est mince entre les deux arts. On assistera même plus à une louange des pratiques qui se serviraient l’un et l’autre, tout en montrant comment les personnages, en opposition dans leurs arts, se traitent de manière féroce.

D’une part, Iñárritu procède à une satire sur les codes théâtraux en dénonçant la fréquentation hautaine de cet art, mais d’autre part, il entreprend une critique du système capitaliste hollywoodien, ne misant que sur trois jours dans la semaine pour désigner un avenir à un produit, en dénonçant par ailleurs le public de seconde zone qui y est attaché, ne poussant jamais à la réelle réflexion cinématographique.

Un dernier point à inévitablement aborder serait l’ignorance dans le sous-titre « l’inattendue vertu de l’ignorance ». En réalité, cette ignorance est ici générationnelle, clairement démontrée par la fille de Riggan: Sam (Emma Stone), fait comprendre à son père qu’il échoue inexorablement dans ses représentations, du fait de son ignorance de la société actuelle. Sans aucune connaissance des réseaux sociaux les plus populaires, ni de la gestion de son image, Riggan s’en remettra à lui-même pour renaître de ses cendres dans un plan final d’une beauté majestueuse, tel un Phoenix déchu.

Ainsi, chaque représentation au fur et à mesure que le récit avance tend à montrer l’état psychologique de Riggan et son incapacité de compréhension face à une société qui le dépasse. D’un humour noir décapant, Iñárritu entreprend de montrer la quête de rédemption et de renaissance du personnage qui apprend à aimer sa vie et à aimer ses proches qu’il ne voyait jamais, le tout dans une photographie aux couleurs chatoyantes à tomber à la renverse.

Ainsi, Birdman est un film qui fera date dans l’histoire du cinéma. Cette mise en abyme du théâtre, parallélisme du malaise d’un homme déchu avant d’être un acteur fini, ce dosage hallucinant de l’hyper réalisme constant entre la paranoïa et la dépression, mais aussi une tentative de sublimation de l’art, embellie par une mise en scène visionnaire, Iñárritu réussit l’exploit de transcender son style et de ramener au premier plan un acteur dans la tourmente. En route vers les Oscars !

Birdman : bande-annonce VOSTFR

Fiche Technique : Birdman

Réalisation : Alejandro González Iñárritu
Scénario : Alejandro González Iñárritu, Nicolás Giacobone, Alexander Dinelaris, Armando Bo
Casting : Michael Keaton, Emma Stone, Edward Norton, Naomi Watts, Zach Galifianakis
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 25 février 2015
Durée : 1h59min
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Réalité, un film de Quentin Dupieux : Critique

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Synopsis : Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma…

Le sens de l’absurde qui retourne la tête

En général, les spectateurs ont un avis très tranché sur les films de Quentin « Mr Oizo » Dupieux. Et pour cause, en dehors de sa comédie crétine et oubliable Steak (2007), le bonhomme a su, dès les clips qui le firent connaitre, mettre en place un univers surréaliste complètement loufoque facilement identifiable. Si Rubber (2010), sa divagation sur un pneu tueur, se fondait sur une ligne narrative relativement cohérente, ses deux films suivants, Wrong (2012) et, dans une moindre mesure, Wrong Cops (2013), ressemblaient davantage à un amas d’idées saugrenues autour de personnages excentriques qu’à un véritable scénario qui sait où il va. Même si Réalité ne quitte aucunement cette inspiration purement dadaïste, il apparaît clairement que l’usage d’une écriture nonsensique a, cette fois, été mise au profit d’une réelle intention cinématographique.

En faisant appel à Alain Chabat, et non plus à Eric Judor qui semblait être devenu son acteur-fétiche, pour réaliser ce projet qu’il avait en tête depuis plusieurs années, Dupieux s’est assuré de bâtir son film autour d’un personnage humain et donc agréable. De l’humanité, c’est sans doute ça qui manquait dans le cinéma extravagant du cinéaste français peuplé de véritables « freaks ». Ce cameraman rêvant naïvement de devenir réalisateur devient ainsi le premier individu attachant de cet univers, et l’on en vient même à s’attacher à lui, rendant plus immersive sa descente aux enfers. Les autres personnages, le producteur exécrable campé par Jonathan Lambert, l’acteur hypocondriaque incarné par Jon Heder ou encore la gamine de 7 ans qui prête son nom au film, sont quant à eux des êtres décalés que l’on sait de facto nés de l’imagination à enfantine et amorale de Dupieux.

Dans un style visuel novateur proche de celui des deux précédents films, identifiable à un étalonnage excessivement laiteux et étincelant, le film se construit à la façon d’une accumulation de récits en parallèle. Celui de Jason d’abord bien sûr, mais aussi celui d’un film dans lequel une fillette est obsédée par une cassette vidéo, celui d’une émission télé de cuisine et celui des rêves dégradants du dénommé Henri. Ces histoires racontées parallèlement, certaines étant nettement plus farfelues que d’autres, donnent, dans un premier temps l’impression que le film est à l’image des précédents : irrationnel et intellectuellement futile. Mais, un peu de la même façon que Wrong Cops tentait de magnifier sa musique, Réalité se révèle vite être un film qui utilise avec fougue l’art du cinéma pour créer des mises en abymes surprenantes et jouer avec la frontière entre fiction et réalité.

Le mur entre ce qui est vrai et ce que ne l’est pas s’étiole peu à peu, tandis que les histoires se percutent et que ce pauvre Jason plonge dans une névrose cauchemardesque que la mise en scène nous fait partager de façon virtuose. De la même façon que John Carpenter qui utilisait la musique électronique pour installer la peur-panique, Mr Oizo joue ici avec une musique cyclique et entêtante qui fait de cette perte de repère un moment stressant à vivre mais jamais dépourvu d’humour. L’imbrication malicieuse des notions de création artistique et de pure folie et la volonté d’équilibrer l’absurde et le rationnel trouvent là une apothéose stylistique qui donne enfin au cinéma de Quentin Dupieux le sens dont il avait besoin pour assurer un long-métrage abouti et accessible.

Réalité : Bande annonce

Réalité : Fiche Technique

Réalisation: Quentin Dupieux
Scénario: Quentin Dupieux
Interprétation: Alain Chabat (Jason Tantra), Jonathan Lambert (Bob Marshall), Élodie Bouchez (Alice), Kyla Kenedy (Reality), John Glover (Zog), Eric Wareheim (Henri), Eric Passoja (Billie l’assistant de Bob), Matt Battaglia (le père de Reality), Susan Diol (la mère de Reality), Patrick Bristow (Dr Klaus), Brad Greenguist (Jacques), John Heder (Dennis), Sandra Nelson (l’infirmière de l’asile psychiatrique)…
Image: Quentin Dupieux
Décor: Joan Le Boru
Son: Zsolt Magyar, Gadou Naudin, Will Files
Montage: Quentin Dupieux
Musique: extrait de Music with Changing Parts de Philip Glass
Producteur: Grégory Bernard, Diane Jassem, Josef Lieck, Kevos Van der Meiren
Production: Realitism Films, Realitism Group, Boîte Noire
Distributeur: Diaphana
Durée: 87 minutes
Genre: Comédie
Date de sortie: 18 février 2015

France – 2014

My French Film Festival, le cinéma français à l’honneur : le palmarès

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MyFrenchFilmFestival ou le cinéma français vu de l’étranger

Cette année, la 5e édition de MyFrenchFilmFestival a vécu entre une censure en Chine et la consécration d’Hippocrate, Respire ainsi qu’Une Place sur la terre. Les membres du jury cinéastes étaient cette année les francophiles Michel Gondry (L’Ecume des jours), Joachim Lafosse (A Perdre la raison), Navav Lapid (L’Institutrice) et Abderrahmane Sissako qui s’est récemment distingué avec Timbuktu. Le festival, entièrement accessible en ligne, le dit lui-même, 2015 est l’année d’un bilan positif, tant au niveau des connexions que du constat sur le cinéma français qui a encore de belles heures devant lui. Mais, au fait, MyFrenchFilmFestival, c’est quoi ? Et que penser de son palmarès, de sa sélection ? Récit d’un festival connecté qui fait du bien au cinéma français.

MyFrenchFilmFestival ou l’essence du cinéma français accessible en ligne depuis 207 pays

MyFrenchFilmFestival est un festival consacré au cinéma français organisé par UniFrance films en février chaque année depuis cinq ans. Le visionnage des films est entièrement dématérialisé. Chaque internaute, un peu partout dans le monde, regarde les films depuis son ordinateur et peut voter à distance pour celui qu’il préfère, soit dans la catégorie longs métrages (non accessibles dans certains pays pour des questions de droit d’exploitation), soit dans celle des courts métrages (entièrement gratuits sur tous les continents). Les « visionneurs » ont un mois (cette année du 16 janvier au 16 février) pour découvrir une sélection de 10 courts métrages et 10 premiers ou deuxièmes longs métrages sortis en salle en France en 2014 et inédits à l’étranger. L’objectif ? Promouvoir le cinéma français, faire connaître les jeunes cinéastes français et assurer le rayonnement de notre cinéma à l’étranger. Pour cela, les films sont disponibles en 13 langues, le site également.

Edition 2015 : palmarès et bilan

Le festival récompense trois longs métrages et deux courts métrages par trois prix distincts :

Le prix Chopard du jury des Cinéastes, présidé cette année par Michel Gondry, a récompensé Hippocrate, premier film de Thomas Litti qui avait plutôt bien marché en salles en 2014 et avait convaincu la rédaction avec un Reda Kateb très habité au casting.

Le prix Lacoste du Public, avec plus de 15 000 votants, a choisi Une Place sur la terre de Fabienne Godet avec Benoit Poelvoorde et le court métrage belge La Bûche de Noël de Stéphane Aubier et Vincent Patar avec la voix de … Benoit Poelvoorde.

– Enfin, le prix de la Presse Internationale, qui réunit six journalistes étrangers, a été décerné à Mélanie Laurent pour Respire et à Alice Douard pour son court métrage Extraystole. Très « jeunesse bourgeoise » tout ça. L’image de la France a encore besoin de se durcir à l’étranger apparemment. En tout cas, il fait encore battre le cœur du monde, c’est déjà ça.

Cette année a été aussi celle d’un record, celui du nombre de visionnages porté à 560 000 contre 380 000 en 2014. Une augmentation d’autant plus remarquable que les internautes chinois n’ont pu avoir accès aux films pour cause de renforcement de la censure sur internet, et en particulier la VOD, en Chine. Ce sont les Mexicains, les Brésiliens et les Français qui se sont connectés en priorité, devant les Polonais et les Colombiens. Enfin, sélectionné hors compétition au regard des événements qui ont bousculé la France début 2015, C’est dur d’être aimé par des cons de Daniel Lecomte a permis au festival de rendre hommage aux victimes de Charlie Hebdo.

Les coups de cœur de la rédaction 

Hippocrate et La Bûche de Noël (sélectionné pour les César), sorte de court métrage sous acide et déjanté à l’humour décapant, ont convaincu la rédaction côté palmarès, alors qu’Extrasystole, un peu trop centré sur Paris et ses étudiants « branchés », intellos et très élitistes, ou encore le film trop sage de Mélanie Laurent, Respire, nous ont moins emballés.

Parmi les autres films présents dans la sélection, cineseries-mag a retenu trois coups de cœur, un long métrage et deux courts métrages, ainsi qu’ un petit bonus d’encouragement :

Côté long métrage, Eastern Boys de Robin Campillo a particulièrement retenu notre attention puisque le film est un véritable petit bijou de mise en scène et de construction dramatique. De plus, il marque fortement les esprits par un scénario qui monte en crescendo et trouve son paroxysme dans deux scènes fabuleuses à elles toutes seules (au début et à la fin du film). Pour les courts métrages en compétition, on notera la présence de plusieurs courts parlant de banlieue, le thème étant la jeunesse, avec assez peu d’inspiration et, au milieu, une petite pépite dont l’intrigue se situe au cœur du Japon, sobrement intitulé Shadow, qui fait état d’une transformation physique assez déroutante, onirique et fantastique. Une belle surprise au milieu de la morosité ambiante. Hors compétition, c’est Monia Chokri, l’actrice (et maintenant réalisatrice donc) québécoise repérée dans Les Amours imaginaires du prodige Xavier Dolan (qui signe ici le montage), qui nous a bluffé avec Quelqu’un d’extraordinaire. Pourquoi ? Un scénario à l’allure plutôt simple qui met en avant l’altérité et les petits moments de vie qui peuvent tout changer. Au cœur du film se trouve une petite pépite de scène de soirée « girly » détruite par le personnage, particulièrement jouissive. La présence au casting de la géniale Anne Dorval (Mommy) est pour beaucoup dans le plaisir de ce petit court tout simple, mais drôle et enlevé. Sa simple voix est un plaisir qui réjouit. Enfin, petit bonus pour Les Insouciants de Louise de Prémonville, dont la construction scénaristique glaçante nous maintient en haleine et nous bouleverse.

Extrasystole, titre peu accessible, décrit, en français, un emballement du cœur, souvent amoureux. On espère que c’est ce qu’ont ressenti les internautes du monde entier devant ces films français d’une rare qualité (de L’Etrange Couleur des larmes de ton corps à Vandal), évocateurs et d’une diversité réjouissante. C’est sur une note positive que se conclut le festival et notre bilan personnel. Oui, le cinéma français compte de très beaux films dans ses rangs, Plein Soleil de René Clément était sélectionné hors compétition cette année, et une nouvelle génération vraiment très prometteuse. 

Découvrez la vidéo du festival réalisée par Michel Gondry, président du jury des cinéastes

Bosch, saison 1, Episode 1 : Critique

Alors qu’est sortie il y a quelques semaines à peine la série Backstrom sur la chaîne FOX, directement inspirée des aventures romancées d’un enquêteur de génie, râleur et asocial, Amazon Studios débarque avec cette série policière théoriquement très proche, mais visuellement très différente, à notre plus grand soulagement. En reprenant les déboires d’un des détectives les plus connus du polar contemporain, le célèbre Harry Bosch, personnage récurrent des romans de Michael Connelly, la plateforme en ligne risquait la répétition et la lassitude des spectateurs face à une énième série policière. Or, Bosch se différencie par l’esthétique véritablement cinématographique d’un roman noir porté à l’écran avec subtilité.

Synopsis : Un inspecteur de la police criminelle de Los Angeles, Harry Bosch, enquête sur le meurtre d’un garçon de 13 ans tout en étant accusé d’avoir tué de sang-froid un tueur en série.

Harry Bosch : l’archétype du détective chevronné

Le pilote est directement inspiré de deux romans de Connelly : Wonderland Avenue (City Of Bones dans la version originale, et on comprend vite pourquoi) et La Blonde en Béton (The Concrete Blonde), deux enquêtes qui sont ici combinées et donnent bien du fil à retordre à notre détective solitaire. L’épisode commence sur un flashback : celui de la nuit où Harry a abattu un soupçonné serial-killer dans une ruelle sombre et humide de LA. S’ensuit une longue ellipse temporelle de deux ans. L’inspecteur Bosch est alors sur la sellette : la veuve du meurtrier a porté plainte et Harry risque de payer cher sa réaction, justifiée ou non.

Cependant, Harry a d’autre chose en tête que son procès : le travail semble pour lui être la meilleure façon d’oublier ses soucis judiciaires. L’anxiété, il la calme par la cigarette, le nez plongé dans ses dossiers. C’est Titus Welliver (Lost, The Good Wife) qui interprète cet inspecteur torturé, obsessionnel sans être insolent. Car c’est peut-être ce qui fait de Bosch un « gentil » : on est loin de la caricature du Dr House ou plus récemment de Backstrom. Harry Bosch est un vrai héros de roman noir, persuadé du bien-fondé de son action, et comme tout héros qui se respecte, Harry a un lourd passé. Les souvenirs d’une enfance difficile lui reviennent alors qu’il découvre une véritable « cité mortuaire » dans la forêt où sont enfouis des os d’enfants préalablement maltraités. C’est sur cette image d’un Harry Bosh physiquement et psychologiquement troublé, qui fixe son reflet dans la glace, que ce pilote se termine.

Une série cinématographique

Bosch bénéficie d’une qualité de réalisation proche d’un vrai film de cinéma. Filmée dans une ambiance nocturne, brumeuse, dans une atmosphère pesante et tendue, le pilote démarre comme Drive, par une course-poursuite sur une bande-son anxiogène. Cependant, la série ne s’embarrasse pas d’un fond sonore permanent, ce qui est souvent la marque des séries policières, qui font parfois reposer toute leur tension dramatique sur une musique d’ascenseur. On ne s’étonne pas de la qualité du show, au vu les noms qui apparaissent au générique : c’est Michael Connelly lui-même, accompagné du showrunner Eric Overmeyer (The Wire, Treme), qui sont à l’origine du projet.

La stratégie marketing d’Amazon Studios a fonctionné : laissant décider ses abonnés de la suite ou non d’une série, la plateforme peut ainsi limiter au maximum les risques et proposer des séries de qualité. C’est en février 2014 qu’Amazon avait commandé une saison entière suite au plébiscite du pilote. La totalité de la saison (10 épisodes) est disponible depuis le 13 février 2015 sur la plateforme Amazon Prime.

Bosch : pilote – Fiche Technique 

Créateurs: Michael Connelly et Eric Overmyer
Réalisation : Jim McKay
Production : Amazon Studios, Fabrik Entertainment
Décors :  Teresa Visinare
Costumes : George L. Little
Photographie : Eric Alan Edwards
Montage : Dorian Harris
Musique : Jesse Vocia
Casting : Titus Welliver, Jamie Hector, Amy Aquino, Lance Reddick, Annie Wersching, Scott Wilson, Mimi Rogers…

 

Clermont-Ferrand 2015, le festival en off

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Clermont-Ferrand 2015 : Hitchcock, onirisme et Djihad

Durant huit jours, quelque 160.000 spectateurs se sont déplacés dans la capitale auvergnate pour voir près de 170 films en compétition, bravant la pluie, la neige, et le verglas. Malgré le nombre important de prix attribués (trente-deux récompenses et sept mentions), un grand nombre de courts de grande qualité n’ont pu être récompensés. Sélection oblige.

La Rédaction LeMagduCiné a eu le privilège de voir de très belles choses à Clermont, et a profité pleinement de cet esprit d’échange dynamique et festif.

Une ombre au tableau toutefois : une des auxiliaires de rédaction du quotidien régional La Montagne a été violemment agressée durant la nuit du jeudi 5 février 2015, alors qu’elle devait couvrir les concerts de l’Electric Palace. Nous avons eu la chance de passer d’excellentes soirées dans cet espace convivial, où les festivaliers, les acteurs, les réalisateurs, les producteurs, se réunissent, peuvent se restaurer, assister à des concerts, échanger… Même si les soirées de l’Electric Palace n’incombent pas aux organisateurs du festival, Jean-Claude Saurel, le président de Sauve qui peut le court-métrage s’est insurgé à raison, lors de la cérémonie de clôture du samedi 7 février 2015, contre cet acte de violence (tout comme le maire Olivier Bianchi dans un autre cadre, et Stéphane Calipel, le président de l’événement sur la page Facebook de l’Electric Palace). Une pensée solidaire de la Rédaction à cette jeune journaliste, brutalisée dans l’exercice de ses fonctions.

electric-palace-festival-clermont-ferrand-2015Mais c’est avant tout l’esprit festif et ce grand moment de culture que nous retiendrons. Un grand festival est fait de rencontres, de dialogues, qui perturbent l’agenda, même le plus millimétré. Et c’est tout à fait normal. C’est une tranche de vie, mêlée de passions non antagonistes qui se rencontrent, se toisent parfois, s’émulent assurément à travers leurs échanges.

CineSeriesMag désire clore le chapitre de ce grand festival en partageant avec vous ce type de rencontres privilégiées en off du festival, auprès de 3 réalisateurs, 3 parcours, 3 styles différents:

Clermont-Ferrand 2015 : Entretien avec Gwenaël Baudic, Adrien Lhommedieu et Patrick Hadjadj

– Pour l’ambiance fantastique : Egaré (Missing) de Gwenaël Baudic, France, 2014, Fiction, 18’55

Synopsis: Veuf et solitaire, Victor subit d’étranges manifestations la nuit venue. Se réfugiant quotidiennement dans son bureau, il va devoir aller au-delà de ses peurs afin de comprendre ce qui se cache derrière tout ça.

Gwenaël Baudic se présente comme « totalement autodidacte ». Il n’a « jamais eu la possibilité de faire une école privée ». Les bancs de la fac ne le passionnent pas. mais avec une bande de potes, il commence « à réaliser de petites choses ensemble ». « Je mettais la barre un peu plus haut à chaque projet afin d’apprendre au mieux et de ne pas se casser les dents! »avoue t-il pudiquement.

Ses influences cinématographiques? « Etant né au début des années 80, mes influences sont principalement américaines. J’aime le cinéma de divertissement. Sans être très original, je voue un culte à Spielberg et je dirai que mon influence principale pour le fantastique est Carpenter« .

Égaré n’est pas son premier court-métrage mais c’est celui qui a bénéficié du plus de moyen. « Il a été entièrement auto-financé. J’y ai mis l’intégralité du cachet d’une pub que j’avais tourné auparavant. L’équipe était entièrement bénévole, et la post-production a été faite à titre gracieux via la société Apyfilm dont le gérant Pierre-Yves Bariquault est un ami de longue date (rencontré justement sur les bancs de la fac). L’argent a servi principalement pour le matériel de tournage et le défraiement de l’équipe. Je n’ai jamais eu la patience de monter un dossier de financement long comme le bras, attendre 6 mois pour qu’on le lise et qu’on me réponde au final que le thème de mon projet ne rentre pas dans les bonnes « thématiques ». »

Concernant la genèse du film: « Pour faire simple, disons que l’idée est née en revoyant le film d’Hitchcock Fenêtre sur cour, quand à la fin, le personnage de James Stewart entend le tueur se diriger jusqu’à son appartement et s’arrêté derrière sa porte… James Stewart éteint la lumière… tout était là ! »

Pour l’ambiance onirique et poétiqueLila & Valentin d’Adrien Lhommedieu, France, Fiction, 18’31

Synopsis: Lila est une jeune femme qui, à la suite d’un accident, est plongée dans le coma. Les médecins n’arrivent à l’en sortir, c’est comme si elle résistait. La dernière solution qui s’offre à eux est de tenter une expérience non autorisée : envoyer Valentin, son petit ami, dans son esprit…

Adrien Lhommedieu a grandi à la mer, sur la côte d’Opale et a fait des études dans l’audiovisuel, un cursus complété avec une licence d’art plastique.

Il part vivre à Los Angeles « pour travailler au Film & TV Office du Consulat de France. Pendant plusieurs mois, comme une éponge, j’ai accumulé la vision américaine du travail. Los Angeles est une ville impressionnante, car à la fois on se sent minuscule, tout le monde est là pour faire du cinéma, et d’un autre côté c’est très stimulant car tu sais que t’es dans la même ville que Fincher, Tarantino, Lynch, Spielberg… Ça donne des frissons. »

Dès le lycée, il devient accro à l’image : « J’ai regardé l’intégrale des Freddy en une journée, je me faisait des cessions par réalisateur : tout Truffaut, tout Myasaki, tout Kitano, tout Kubrick. C’est assez significatif de ma manière de fonctionner, encore aujourd’hui. Quand j’attaque un sujet, j’aime le connaître, le maîtriser, voir ce qui a été fait avant pour parler en spécialiste. »

Les films qui lui ont laissé une profonde empreinte : « Take Shelter de Jeff Nichols, Eye Wide Shut de papa Kubrick, eXistenZ et a peu prés tout Cronenberg. Cette année, c’était Interstellar et Only Lover Left Alive. Énorme claque. »

Concernant la genèse du film: « Lila & Valentin est un film parti d’une impulsion assez vive et inattendue. J’avais en tête depuis plusieurs mois d’adapter le poème A Dream Within a Dream d’Edgar Allan Poe. Mes influences cinématographiques du moment étaient Eternal Sunshine of the Spotless Mind, The Tree of Life et Inception. Je voulais parler du voyage dans l’esprit, à travers une histoire d’amour, mais je n’arrivais pas à construire cela autour d’une histoire. Et puis j’ai eu le déclic après avoir vu deux films : The Ganzfeld Procedure de McCarthy et Apricot de Ben Briand. Deux thématiques très fortes s’imposèrent à moi : la notion de mémoire, l’importance du passé et des souvenirs sur notre vie présente, et l’expérience scientifique comme moyen d’accéder à l’âme d’une personne. »

Amoureux de la poésie et des mythes :  » Quand Orphée descend aux Enfers pour aller chercher sa belle, il met sa vie en péril pour la retrouver. L’amour dépasse les frontières de l’espace et du temps. Il peut être immortel et infini. Valentin incarne ce héros tragique qui doit affronter l’incohérence et la complexité du monde intérieur de Lila, son enfer à elle qui pourrait bien se transformer en paradis. »

Et l’avenir? : « Parallèlement je prépare un autre court-métrage, et j’ai un long-métrage dans les tuyaux également. Ça sera un film sur la mémoire et la marque des événements sur notre personnalité. »

Pour la beauté du noir et blanc, de la photographie, pour l’engagement politique et l’actualité de l’œuvre, et parce qu’une rencontre impromptue sous la neige est toujours un moment appréciable :

You are my lucky star, Patrick Hadjadj, Fiction, 2012, 13’31

Synopsis: Rentrer chez soi très tardivement et être accueilli par sa femme bien éveillée peut se révéler embarrassant. Surtout quand elle a disparu depuis trente ans et qu’elle réapparaît au même âge ! Ils s’étaient rencontrés dans un cinéma de quartier, leur histoire avait un fort goût d’inachevé. L’homme s’est aigri, la femme s’est radoucie. Le ciel s’est ouvert et le cinéma n’est pas encore fermé.

On retrouve ici l’actrice Lucie Borleteau, femme d’Antonin Peretjatko et surtout réalisatrice du beau Fidelio en ce moment à l’affiche, « mais le tournage date de 2012 et on n’en était pas encore là ».

Djihad et marmelade, Patrick Hadjadj, Fiction, 2014

Synopsis: Un jeune, parti en Syrie pour le djihad s’aperçoit qu’il est d’abord français.

Équipe:

Ingénieur son : Frédéric Ullmann
Image et montage : Pierre Datry
Ecriture et réalisation : Patrick Hadjadj,
Avec
Yeneho Bah dans le rôle de Ibrahim Cé
Adam Fadli
Mohammed Mellouki
Vitalie Kiadianga
Mohamed Benoudiba…
Matériel utilisé : iPhone 6 mais complété du matériel de long-métrage de Frédéric Ullmann (son 5.1)
Production : Les enfants du Tringlodrome (productrice Stéphanie Hadjadj)
Distribution : Michel Viktorovitch

Concernant la genèse du film: « Là où j’enseigne à mi-temps en terminale, au Blanc Mesnil, une élève que j’aimais beaucoup, est partie au djihad ! Elle était drôle, subversive… En réalité, il y a deux ans, elle avait vraiment la pêche, et était championne de judo. Ensuite, elle devint un peu moins gaie et avec le jilbab noir. Mais j’ai des photos d’elle pétillante lors de sorties cinéma que j’organise dans les cinémas arts et essais de Paris. Et en octobre, alors que je suis au festival de Montecatini, en Toscane, avec You are my lucky star (prix du meilleur film), elle fugue, en prétextant même à ses parents qu’elle va à une de mes soirées cinéma (…) Là où tout se complique c’est quand, en novembre elle envoie un message de mort à ses copines, qu’elle seront égorgées par ses copains du djihad, soit en tant que chrétiennes, soit en tant que musulmanes pas assez pratiquantes. Là, l’envie de la retrouver et l’accueillir en chantant si elle revient, en prend un coup. En décembre, Richard Sidi (Maison du Film Court) me propose de faire un film pour le Mobile Film Festival. Juste une minute et au portable.

Evidemment, je dis non. Cela me paraît aberrant. Mais avec le recul, et la loose aidant (…), je finis par décider d’essayer (…) J’ai donc tourné en décembre avec des jeunes d’une autre classe, avant les événements de janvier et tu connais la suite (Ramdam Film Festival en Belgique, etc) (ndlr : annulation du festival de cinéma menacé d’attentats. Djihad et marmelade fut diffusé la veille). Le tournage a lieu le 23 décembre 2014. Le plus dur fut de trouver le lieu pour représenter la « Syrie ». On avait d’abord pensé aux caves de l’immeuble des Tilleuls où habite Yeneho. Mais elles avaient été rénovées et paraissaient beaucoup trop propres ! Et pas le temps ni les moyens de tout salir avec un décorateur. Heureusement, on trouve un urinoir défectueux devant être bientôt mis aux normes  mais c’était très important pour moi : il faut sortir ces jeunes de leur milieu, c’est la meilleure façon de leur donner d’autres horizons, une autre structure. Les fanatiques jouent sur du velours : ils proposent un horizon infini et une structure ! Avec le cinéma, comme avec le sport, on peut aussi leur offrir cela ! « .

C’est cela le court-métrage, le passage d’un univers à l’autre, le grand écart culturel.

Cette 37ème édition fut une aventure mémorable, et passionnante en tous points. LeMagduCiné espère vous avoir convaincu à travers ces quelques chroniques, que le dépaysement en vaut vraiment la peine.

Comme l’affiche ostensiblement la Maison de la Culture sur un de ses piliers, la culture se vit, la culture est un moment privilégié d’échanges où les différences de surface s’estompent par la force du dialogue, dans un esprit qui se doit d’être festif. La culture est plus que jamais notre liberté.

CineSeriesMag vous donne rendez-vous pour la 38ème édition.

Quelques rendez-vous:

Pour les amoureux du format court, l’année 2015 prévoit de grands rendez-vous à venir. Loin d’être exhaustifs, nous citerons succinctement :

– Le Web Program Festival du 16 et 17 mars 2015. Nous y serons.

– Le Festival Silhouette où la Rédaction sera présente selon toute vraisemblance, du 26 août au 5 septembre 2015.

Le Festival Européen du Film Court de Brest fête ses 30 ans, et a proposé à Clermont-Ferrand une séance exceptionnelle placée sous le signe de la jeunesse éternelle, à travers le programme spécial « Forever Young », un tour d’Europe des pratiques et astuces déclarées sources de jeunesse par votre corps. Le Festival de Brest ouvrira ses portes du 10 au 15 novembre 2015.

Z Nation, saison 1 – Critique de la série

Z Nation est une production The Asylum pour SyFy. En général, quand on cite The Asylum, on en a déjà dit beaucoup. Au mieux, les adeptes de films de séries Z se lèchent les babines à l’idée de voir un navet assumé, bien souvent une reprise d’un succès en salles, ce qu’on appelle des Mockbusters.

Synopsis : Le monde est ravagé par un virus qui change les populations en zombies. Un groupe de survivant va tenter de mener à bon port un repris de justice qui a été vacciné contre la maladie.

The Asylum

En exemple récent, il y a Atlantic Rim, reprise assumée de Pacific Rim. Parfois, The Asylum produit des histoires originales aux scénarios écrits sous cocaïne. Quelques titres parlent d’eux-mêmes : Mega Shark Versus Giant Octopus, Sharknado, etc…Oui, souvent des grosses bêtes (très grosses même : requins, crocodiles, etc…) avec au passage, plusieurs têtes.

Trop tard !

Voilà planté le décor dans lequel s’installe Z Nation, qu’on pourrait rapprocher de The Walking Dead, s’il s’avère que Z Nation est bien une copie assumée d’une autre série. Mais même avec ça, cette série n’a pas le côté parodique qu’ont certains films produits par The Asylum. Elle arrive trop tard également, alors que la déferlante cinématographique et télévisuelle des zombies, vampires et créatures de l’obscur en tout genre, semble sur le point d’atteindre le creux de la vague. Sans compter que côté séries, The Walking Dead a déjà relégué la concurrence loin derrière et Z Nation, qui semble vouloir singer son aînée, se trompe de cible en restant trop neutre, comme tétanisée par l’enjeu : exister à côté d’une des meilleures séries récentes.

L’art de ne pas choisir

En effet, la série n’a pas fait de choix qui lui permette de se démarquer et ainsi marquer les esprits. Quand on arrive en retard, il faut se trouver une excuse et ne pas faire comme si on était à l’heure. Le premier créneau aurait été de se hisser au niveau et ainsi espérer tirer le chaland des fans du genre, se hisser aurait ici voulu dire aller plus loin dans l’horreur (beaucoup trop aseptisée) et surtout avoir un rythme plus soutenu et qui évite les redites. Le second choix aurait été de pousser à fond le côté série Z pour, au minimum, faire marrer les fans du genre. The Asylum a choisi de ne pas choisir.

Dans la moyenne

Sauf qu’au final, on garde un gout neutre en bouche, l’impression d’avoir vu une série ni vraiment bonne, ni vraiment mauvaise. Tout semble être coincé dans la moyenne, qu’il s’agisse de la réalisation, de la musique, des acteurs, rien ne dépasse vraiment du rang, en bon ou en mauvais. Deux acteurs font quand même exception : Keith Allan (Mad Men, Enterprise) parfois terrifiant en homme immunisé, il a un côté cabot qui fait toujours plaisir. Puis surtout DJ Qualls (Mad Men, Buffy, Charmed), en Big Brother venu du froid, cet acteur est une pile électrique, un gringalet qui ne s’en laisse pas compter et semble capable de sauver le monde. Le reste du casting… fait le job.

Recyclage

Tout ça ne rattrape pas le manque de rythme, que n’ont pas vu venir les scénaristes. Dans ce genre de série on monte en puissance, on place des enjeux qui vont happer le spectateur et surtout, on s’essaie à l’originalité. Malheureusement, Z Nation reprend des ficelles déjà usées : l’homme immunisé (déjà vu dans The Last Ship), le mari à retrouver, les différents jeux amoureux, les caractères des personnages sont balisés et les minorités visibles atteignent leurs quotas. Alors c’est vrai, tout ça est presque un passage obligé pour une série et dans ce cas, il aurait fallu trouver un traitement différent mais que voulez-vous…The Asylum.

Z Baby

Au final, il y a bien un moment dans cette première saison qui nous fait retrouver l’âme de cette boite de production chère au cœur de beaucoup de cinéphiles (sans ironie), un moment où la peur le dispute au rire, un moment de grâce qui confirme qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise : un bébé zombie à mi-chemin entre l’hilarant et le terrifiant bref, tout ce qui fait que l’horreur peut avoir du charme, un bébé zombie du plus bel effet, coincé dans son maxi cosy et crachant (déjà…) sa haine des grandes personnes. Mais nous ce qu’on aurait voulu, c’est que les personnages crachent un peu plus fort leur haine des zombies.

Z Nation : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=7ZFIS2AqAz8

Z Nation : Fiche Technique

Titre original : Z nation
Création : Karl Schaefer
Réalisation : John Hyams (épisode pilote)
Photographie : Nik rabbak
Musique : Eric Nauphel
Casting : Verdino Malaga
Producteur : Mark Mook
Production: The Asylum
Diffusion : SyFy
Pays d’origine : Etats-Unis
Lieu de tournage : Spokane (Washington)
Langue originale : Anglais
Format : 43’
Genre : Action, Drame, Horreur

Auteur : Freddy M.

Festival Clermont 2015, interview de Julien Hallard – People are strange

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Clermont 2015 : Interview avec Julien Hallard, réalisateur de People are Strange

clermont-2015-court-metrage-people-are-strange-julien-hallard-interviewDans la sélection française clermontoise 2015, la Rédaction LeMagduCiné a retenu une comédie qui brille par son originalité et son humour décalé. Oui, le rire est primordial, et la comédie française a bien besoin d’ouvrir ses portes à de nouveaux talents. Nous avons beaucoup aimé, beaucoup ri, et apprécié la qualité du scénario de People are Strange de Julien Hallard (à la fois réalisateur et scénariste). Vous ne verrez plus les tombes du Père-Lachaise, Jim Morrison, ni les chats empaillés, de la même manière après le visionnage de cette comédie loufoque, à la fois épopée onirique et déjantée. Une grande réussite. Nous avons eu la chance de dialoguer avec ce réalisateur prometteur et décontracté.

Ah, Jim Morrison!

Bonjour Julien, tout d’abord on ne peut résister à l’envie de te poser cette question : es-tu réellement un fan de Jim Morrison? Il paraît que la tombe de Jim ne peut plus être visitée au Père Lachaise? Alors comment as-tu fait pour baser une grande partie de l’intrigue sur sa sépulture?

julien-hallardOui je suis un vrai admirateur de Jim Morrison. Adolescent, j’étais fasciné par son personnage de poète maudit chaman. Je m’identifiais d’autant plus à lui que j’avais un peu les mêmes cheveux bouclés. Je jouais de cette ressemblance sur la piste de danse du Solaris, la boîte de nuit de Lisieux la ville où j’ai grandi. Et puis j’ai eu seize ans quand le film The Doors d’Oliver Stone est sorti et ça a pas mal relancé la mode autour de lui dans mon lycée.

Avec le temps, je me suis un peu dégagé de cette imagerie et j’ai appris à vraiment apprécier son chant qui est d’une puissance sidérante. Sa voix est dingue pour un type qui n’avait jamais pris un court de chant ou même essayer de chanter avant de le faire pour les Doors. Plus largement, je suis aussi fan du groupe qui est, je trouve, sous-estimé dans le panthéon des grands groupes rock. On ne les prend pas toujours au sérieux parce qu’ils ont mélangé les styles, le blues, le jazz, le flamenco et même la musique de fanfare. Rien que pour le clavier de Ray Manzarek, les Doors sont un groupe qui vaut la peine.

Pas mal d’affection pour Jim mais je ne m’étais jamais rendu sur sa tombe. Les pèlerinages c’est pas mon truc.

Pourtant, j’adore me promener au Père-Lachaise ; c’est un cimetière vallonné et boisé qui a énormément de charme contrairement aux cimetières français traditionnels qui sont froids et gris. Pour les besoins du film, j’ai donc cherché cette fameuse sépulture. Pas besoin de plan, il suffit de suivre les jeunes (et les moins jeunes d’ailleurs) au look rock qui t’y conduisent. Une fois sur place, c’est plutôt décevant : la tombe est coincée entre d’autres stèles et protégée par des barrières de sécurité. Les gens du cimetière essaient de garder les fans à distance mais ils se privent pas de déposer des joints, des roses ou des bouteilles de Whisky sur la tombe. En tout cas, moi j’ai laissé Jim en paix ; il est strictement interdit de filmer sa tombe comme toutes les autres d’ailleurs. J’ai donc fait reconstruire une tombe à l’identique en bois peint qui fait parfaitement l’affaire au point que tout le monde pense que j’ai vraiment tourné autour de sa tombe.

Tu as déjà une certaine expérience sur le format court. Peux-tu nous en expliquer la genèse de People are strange, d’où est venue l’idée de ce scénario si original, comment as tu financé le film etc… ?

People Are Strange est mon sixième court-métrage. J’ai aussi réalisé un moyen-métrage (ndlr : Meeting Vincent Gallo, 2008). La genèse d’un film vient souvent d’une lente maturation, de deux idées qui ne donnaient rien séparément et qui, mises ensemble, font naître un récit original.

Dans mes histoires, je traite assez souvent de la quête identitaire, de personnages qui se cherchent une place. Par exemple, dans l’un de mes films, un fan absolu de l’acteur Vincent Gallo partait à sa recherche pour lui déclarer son amour. J’ai donc naturellement de l’intérêt pour les sosies que je trouve à la fois magnifiques et pathétiques, ce sont des vrais héros tragi-comiques très emblématiques de nos sociétés du spectacle. J’avais cette idée de sosie en tête et là j’entends parler du fait que les ayants droits de Jim Morrison veulent rapatrier son corps aux Etats-Unis, ce qui arrange bien le Père-Lachaise qui peut se débarrasser d’un résident encombrant. Cela s’est avéré une rumeur totalement fausse mais mon imaginaire s’est mis en route : que ferait un fan-sosie de Jim Morrison si il savait qu’il allait perdre son idole à tout jamais ?

Après, il s’agit de financer le film et c’est vrai que les comédies sont toujours un peu les parents pauvres du court-métrage. Même si c’est en train de changer comme le prouve la dernière sélection de Clermont-Ferrand. Disons qu’un film à résonances sociales ou dramatiques a toujours un peu plus de chances de trouver un financement notamment institutionnel. Pour ma part, j’avais établi un lien de confiance avec Hélène Vayssières de chez Arte à l’occasion d’un précédent court-métrage. Je lui ai donc envoyé ce scénario sachant qu’elle est très éclectique dans ses choix et qu’elle cherche des comédies aussi décalées soient-elles. Elle marche vraiment au coup de cœur. Il s’est avéré qu’elle était fan de Jim Morrison mais ça je l’ignorais. Bref, elle a pré-acheté le film ce qui a lancé la machine. La région Pays-de-Loire s’est ensuite engagée sur le projet. A partir de là, le budget commençait à être en place et je savais qu’on pourrait faire un film de qualité en traitant les équipes et les comédiens (relativement) bien.

Enfin quels sont tes projets futurs, tes prochaines aventures, tes envies de réalisation, un long-métrage peut-être ?

Avec Morrison, je crois avoir boucler la boucle du court-métrage. Je ne dis pas que je n’y reviendrai pas, j’ai encore quelques histoires dans les tiroirs mais j’y ai fait mon apprentissage et je me sens prêt à passer au long.

En écoutant une émission sur France-Culture, j’ai entendu parler de l’aventure d’une équipe de foot féminine de Reims à la fin des années soixante. Une équipe qui à force de volonté avait surmonté tous les obstacles et obtenu la reconnaissance officielle de leur sport. Il y avait là tous les ingrédients pour faire une grande comédie.

Je me suis lancé. J’ai passé beaucoup de temps pour trouver une structure efficace et rythmée, quelque chose de bien huilé, de millimétré. Aujourd’hui le scénario est prêt, je suis en train de chercher le casting. Je suis sur que vous entendrez très bientôt parler des « Filles de Reims ».

Merci Julien!

Et bien, nous voilà prévenus! Si l’humour décapant de People are strange est maintenu, nous avons hâte de découvrir l’histoire de ces « Filles de Reims ». Affaire à suivre…

People are Strange : Vidéo extrait VOSTF

People are Strange / Julien Hallard / France / 2014 / Fiction / 20’26
Synopsis : Julien se considère comme le sosie légitime de Jim Morrison. Il gagne sa vie au Père Lachaise en distrayant les touristes. Le jour où il apprend que la dépouille de son idole va être rapatriée en Californie, Julien entreprend avec son ami Aldo de voler les restes du « Lizard King ».

Fiche technique – People are Strange

Année de production: 2014
Réalisateur : Julien Hallard
Acteurs : Franc Bruneau, Estéban, Mathilde Bisson, Mathilde Schambacher, François Chattot
Production Déléguée : Les Films Velvet
Genres : Fiction
Durée: 20 min 26 secondes

Né en 1974, Julien Hallard entame sa carrière de réalisateur avec une trilogie de trois court métrages: NYCIII : Valentine, NYCIII : Resurrection et NYCIII : Brooklyn 02 tournés à New York en 2003-2004 et sélectionnés, entre autres, au Festival de Locarno et à la Mostra de Venise. En 2008, il écrit et réalise Meeting Vincent Gallo, en 2009, Julien Hallard achève Vinyl et le très beau Cheveu, sélectionnés tous deux au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand en 2010. En 2011, il réalise Rose Maintenant et en 2014, People are Strange son dernier court métrage.

Hero Corp, saison 4 – Critique

Synopsis : John est désormais habité par Hypnos, esprit venu des ténèbres. Les membres de Hero Corp sont en prison et vont devoir faire sortir Hypnos du corps de John, au prix d’un ultime sacrifice.

Copier-coller

Hero Corp, la série de Simon Astier, n’a pas fini de souffrir de la comparaison avec Kaamelott, la série du grand frère Alexandre Astier. Il y a du talent dans Hero Corp, plein de bonne volonté, mais il y a aussi au mieux du copier-coller, au pire un mélange de plagiat, de pillage en règle d’une série qui a propulsé le frère ainé au rang d’artiste comique du moment. Cette saison 4 ne fait pas exception et vient même enfoncer un peu plus le clou : Simon Astier c’est Alexandre Astier en un peu moins bien, Hero Corp c’est Kaamelott.

Kaamelott like

On dit que « comparaison n’est pas raison », oui mais. Comme avec Kaamelott qui brisait le mythe des Chevaliers de la Table Ronde, Simon Astier s’en prend aux super-héros. Comme Kaamelott qui mettait en scène le Roi Arthur, seul personnage sensé au milieu d’une bande de bras cassés, Hero Corp met en scène John, seul personnage sensé au milieu d’un bande de bras cassés. Comme dans Kaamelott on a l’ami fidèle entre tous, les amours compliquées, etc… Bref, la comparaison n’est pas ici usurpée, elle est plus que justifiée tant Hero Corp semble être une simple transposition de Kaamelott. Tant que la série avait l’excellence des deux premières saisons ce n’était même pas un problème mais aujourd’hui, reléguée en troisième partie de soirée (Simon Astier voulait la deuxième) et avec des audiences en baisse (de 20% entre le premier et le troisième épisode), elle semble prise dans un cercle vicieux.

De l’humour au drame

Cette saison 4 souffre des défauts des précédentes, avec pourtant quatre derniers épisodes qui la sauvent du naufrage complet. L’humour familial est bien présent et ne semble pas, lui, faire l’objet d’un pillage. Non, l’humour semble être affaire de famille chez les Astier, on imagine que les repas arrosés avec eux doivent être particulièrement réjouissants. Sauf qu’ici (toujours comme dans Kaamelott), Simon Astier tente de faire prendre un virage dramatique à Hero Corp, virage entamé dans la saison trois. Sauf que là où Kaamelott avait dû prendre son temps pour le faire, Hero Corp le fait vite, trop vite et oublie par moments tout l’humour qui fait le sel de la famille Astier.

Manque de fonds

Ce qui frappe aussi, c’est le côté fauché de plus en plus flagrant. On savait qu’une saison 2 avait eu du mal à être produite, mais cette fois le manque d’argent s’affiche à l’écran sans tabou. Simon Astier tente avec une certaine habileté d’intégrer ce côté fauché à son scénario, mais on ne peut pas s’empêcher de voir que tout est tourné dans des bâtiments désaffectés de zones industrielles probablement en friches. Il n’y a rien de ridicule, juste le sentiment qu’avec un peu plus de moyens la série gagnerait en qualité.

Guests stars

Même au bout de quatre saisons, le jeu d’acteurs a tendance à stagner. Certains se sont bien rôdés sur Kaamelott tels que Lionnel et Simon Astier, ou encore Josée Drevon. D’autres ont trouvé une réelle vocation de super-héro raté, on pense à l’excellent Sébastien Lalanne ou à Alban Lenoir, le reste laissant parfois à désirer. Les guests viennent par moments relever le niveau et même sauver des épisodes, en témoigne celui ahurissant avec le chanteur Tété transformé en troubadour insupportable.

La faute à pas de sous

On ne sait trop quoi penser de cette saison d’Hero Corp, souvent en demie-teinte, avec un ventre mou rattrapé de justesse sur les derniers épisodes. La mise en scène est souvent brouillonne, le format 13’ passant, le temps d’un épisode à 20’. Le tout manque cruellement d’unité, Simon Astier semblant conscient des lacunes de sa série et cherchant des pistes pour retrouver le niveau d’une saison 1 forte de promesses non tenues. Simon Astier soumis au manque de moyens ? Très probablement, son peu de financement semblant partir dans les quelques effets spéciaux imposés par le scénario. Le succès aurait été au rendez-vous, parions que le destin de la série aurait été bien différent…

Hero Corp : Bande Annonce Saison 4

Hero Corp – Fiche technique 

Créateurs: Simon Astier et Alban Lenoir
Diffuseurs: France 4 et Game One
Réalisation: Simon Astier
Production: Calt Production
Avec : Simon Astier, Alban Lenoir, Sebastien Lalane, Agnès Boury, Etienne Fague, Arnaud Tsamere, Lionel Astier, Hubert Saint-Macary, Gérard Darier, Philippe Noël, Aurore Pourteyron, Arnaud Joyet, François Podetti…
Nationalité: Française
Format: 19×13′
Statut: En cours

Auteur Freddy M.