Vincent n’a pas d’écailles, un film de Thomas Salvador

Synopsis : Vincent vient d’arriver dans une ville du sud. Il travaille sur un chantier. Il ne parle pas beaucoup. Il nage dès qu ‘il le peut. Vincent a un secret : sa force décuple quand il est mouillé.

Super buzz

Bien qu’il s’agisse d’un premier film aux acteurs peu connus, Vincent n’a pas d’écailles a été beaucoup mis en avant par son distributeur : affiches, bandes annonces au cinéma, avant-premières : tout a été fait pour créer une certaine attente. De fait, il arrive à un moment favorable : les Vincent Macaigne’s movies ont montré que l’on pouvait être charismatique malgré la conjonction d’une calvitie et d’une nuque longue tandis que les succès de L’inconnu du lac et des Combattants ont prouvé que l’on pouvait atteindre un certain succès avec des récits hors-cadre portés par de jeunes acteurs. Enfin, dernier argument qui parle en sa faveur : son pitch attire la curiosité, avec ce héros du quotidien qui préfère jouer au ping pong avec sa belle que de sauver le monde, signe qu’un grand pouvoir n’implique pas toujours de grandes responsabilités.

La bande annonce, qui ne montrait que deux très courts extraits, vendait l’idée d’un petit film décalé au comique de situation discret mais bien présent, porté par une bande son funky. Surtout, en ne montrant pratiquement rien, elle ouvrait le champ des possibles quant au développement de cette très bonne idée.

Pourtant, dès le début du film, on comprend que, sans qu’il y ait vraiment mensonge, le film que nous pouvions imaginer n’est pas celui que nous allons voir.

Super minimal

Vincent n’a pas d’écailles se divise en deux parties. Dans la première, on suit le quotidien de Vincent qui, arrivant dans une nouvelle ville, va trouver du travail, des amis et même le grand amour.

Surtout, Vincent aime l’eau : dès qu’il le peut, il y plonge, nage, et s’y endort. Si l’on comprend rapidement qu’il est beaucoup plus fort dans l’eau, on ne saura jamais s’il ne se sent bien que dans l’eau à cause de son pouvoir, tel Namor ou Aquaman, ou s’il a développé ses capacités à son contact, tel un Florent Manaudoux qui aurait abusé des produits dopants.

Si ce rapide descriptif vous paraît être le point de départ de nombreuses péripéties, c’est que vous êtes intoxiqués de cinéma américain, car Vincent n’a aucunement l’intention de mettre ses capacités au service de l’humanité. Non seulement il ne la fréquente pas beaucoup, mais il n’a pas grand chose à lui dire non plus. Le film est extrêmement peu bavard, et aucun dialogue ne servira à faire avancer l’action ou même simplement à construire une conversation.

On y trouve aussi peu d’action : on marche, boit des bières, écoute un groupe de rock local, porte des tuiles ou une palette. La présence de Vimala Pons que l’on avait découverte dans La fille du quatorze juillet est à ce titre trompeuse : rien ne peut être plus différent que ces deux films : là où Antonin Peretjatko multipliait les situations tel un enfant hyperactif, Thomas Salvador reste calme, presque zen. De la nage, les beaux paysages du Gard lui suffisent.

Vincent n’a pas d’écailles est elliptique et fait de ce que les Inrockuptibles aiment appeler des moments en creux : montrer non pas les moments dramatiques, mais ceux entre, où il ne se passe rien, et qui pourtant sont censés tout dire.

Aussi risqué que soit ce parti-pris, on ne peut pas dire qu’il fonctionne parfaitement. Là où le déjà minimaliste L’inconnu du lac intriguait par sa mise en scène et son mélange de placidité et d’audace, le film de Thomas Salvador n’est vraiment pas très généreux avec le spectateur. Le paysage est beau, on ressent une certaine authenticité dans ces maisons avec leurs étagères en fer qui contiennent des pots fait maison, mais il y a peu à voir et pas tellement plus à imaginer.

Super rambo

Le film fait sens dans la deuxième partie où, suite à de mauvaises circonstances, Vincent se trouve poursuivi par la police, tel Sylvester Stallone de retour du Vietnam. On comprend dès lors, en creux, pourquoi il était si réservé : ce n’est pas la première fois que cela arrive, et comme Lenny dans Des souris et des hommes, sa force surhumaine finit toujours briser ses plans de tranquille normalité.

Le souci est ici que Thomas Salvador n’est pas tellement convaincant dans l’action qu’il ne l’était dans le mystère. Il n’est ni aussi physiquement intense que Rambo, ni aussi tragique qu’un héros de Steinbeck : juste un grand dadais mal à l’aise dans son corps capable d’exploits.

Cette longue course-poursuite aurait aussi pu être un beau moment de slapstick dans la lignée de Buster Keaton, mais la maladresse des trucages fait que l’on ne s’émerveille ni ne croit à ce que fait le héros.

Cette dimension physique du personnage est pourtant ce qui aurait pu être intéressant dans le film, mais non seulement le héros n’est pas très intense, mais ses actions n’ont pas la poésie étrange et burlesque des films muets de de Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy (à savoir Iceberg, la Fée, et Rumba).

De sorte qu’au final on a du mal non seulement à croire au héros, mais aussi à se passionner pour ce qui lui arrive.

Un avis super-mitigé

Vincent n’a pas d’écailles est un film singulier et minimaliste qui ne laisse pas indifférent. Il est court et son final arrive suffisamment vite pour que l’on ne s’y ennuie pas, ce qui est une assez belle qualité. Toutefois l’emballement critique dont il bénéficie est plus surprenant que ce film qui ne se donne jamais vraiment les moyens de ses ambitions : joli mais pas beau, sans dialogue mais pas mystérieux ou poétique pour autant, il n’est ni un film ni d’ambiance ni de super-héros, bien qu’il en reprenne à sa manière certains codes.

Si on peut apprécier l’authenticité avec laquelle il reproduit des micro-actions, Vincent n’a pas d’écailles est surtout un film qui, malgré ses huit ans de développement, à un goût d’inachèvement ou de bonne idée de moyen métrage à laquelle il manquerait quelque chose pour faire un long convaincant.

En l’état, il fait l’effet d’un petit film pour médiathèque, de ceux que l’on conseille parce que cela change, et qu’il y a quelque chose de sympathique et d’à contre-courant en lui : il déclenchera la perplexité de celui qui le verra, perdu entre l’impression d’être passé à côté et cette intuition que ce pas grand chose ne cache en vérité rien du tout.

Vincent n’a pas d’écailles – Bande-annonce

Fiche Technique : Vincent n’a pas d’écailles

France – 2015
Réalisation: Thomas Salvador
Scénario: Thomas Salvador avec la collaboration de Thomas Bidegain et Thomas Cheysson
Interprétation: Thomas Salvador (Vincent), Vimala Pons (Lucie), Youssef Hajdi (Driss)
Date de sortie: 18 février 2015
Durée: 01h19
Genre : Cinéma d’auteur, comédie dramatique, fantastique
Chef-opérateur: Alexis Kavyrchine
Producteur: Julie Salvador
Production: Christmas in July

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Benjamin S.
Benjamin S.https://www.lemagducine.fr/
Cinéphile et bédéphile, j'ai grandi dans le regret de ne pas avoir vécu l'époque Starfix. J'aime tous les types de films, bons comme très mauvais, mais je ne supporte pas la tiédeur.

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