Comment faire pour être noir aujourd’hui aux États-Unis ? Peut-on vivre en paix dans un pays qui demeure profondément raciste, malgré l’élection de Barack Obama il y a déjà sept ans ? Telles sont les questions auxquelles tente de répondre Justin Simien, dont c’est la première réalisation. Un thème délicat, d’autant plus qu’il sort quelques semaines seulement après les incidents qui ont émaillé la fin d’année 2014, à Ferguson ou à New York. Car la question est souvent taboue, et considérée comme appartenant au passé, malgré toutes les tristes preuves du contraire.
American History Y
Plutôt que d’attaquer le sujet frontalement, Simien choisit d’utiliser la meilleure arme au monde face à l’intolérance : l’humour. Plutôt que de nous pondre un énième drame social, il préfère donc détourner les clichés dans une comédie au vitriol, bien écrite et bien pensée. À travers les portraits de quatre personnages au profil et au parcours personnel très différents, il illustre ainsi la diversité et la pluralité des profils de ces « afro-américains » que les média tentent trop souvent de faire rentrer dans une seule case. Quatre portraits n’ayant rien à voir, donc, si ce n’est leur couleur de peau, pour quatre histoires qui se croisent et s’entremêlent sur la toile de fond d’un campus comme il en existe des centaines outre-Atlantique.
Le scénario est parfaitement construit, et très intelligemment écrit, avec des répliques qui font mouche à chaque fois. Il faut dire que Simien a rodé son script, utilisant les réseaux sociaux pour tester le degré de corrosivité de certaines phrases, et n’hésitant pas à replacer certaines réactions dans ses dialogues. D’où le côté très vécu qui ressort du film, sans pour autant tomber dans l’excessif ou l’outrancier. On a ici véritablement l’impression d’avoir affaire à des jeunes, avec leurs problèmes et leurs rêves, plutôt qu’à des clichés ambulants. Même si, bien sûr, chaque personnage rentre dans certains codes et archétypes du genre. Finalement, plus qu’un film sur le racisme, Dear White People est un film sur la quête de son identité propre, au sein d’une société qui à tendance à gommer les individualités.
Naissance d’un film
Dear White People reste malgré tout un film sous influences. La première est sans aucun doute Tarantino, source d’inspiration, sans doute, pour les dialogues, mais aussi pour la construction chapitrée de l’histoire. Mais Simien ne s’arrête pas là et cite également Spike Lee, Bergman, et on le sent fortement inspiré par le cinéma des années 70 et la blaxploitation, ce genre de films destiné à un public majoritairement noir. Un grand brassage qui passe plutôt bien, même si la mise en scène manque un peu de personnalité, peut-être. Il s’agira maintenant de voir si Simien parvient à digérer toutes ses sources pour trouver son style propre.
Intelligent, incisif, bien écrit et mêlant parfaitement divertissement et réflexion sociale, Dear White People est une très bonne surprise, qui parvient à interpeller sans pour autant chercher à imposer son point de vue. Porté par un casting de jeunes enthousiaste, ce film est un vrai bain de jouvence dans une actualité morose. À voir absolument.
Synopsis : La vie de quatre étudiants noirs dans l’une des plus prestigieuses facultés américaines, où une soirée à la fois populaire et scandaleuse organisée par des étudiants blancs va créer la polémique. Dear White People est une comédie satirique sur comment être noir dans un monde de blancs.
Dear White People – Fiche Technique
USA– 2014
Comédie
Réalisateur : Justin Simien
Scénariste : Justin Simien
Distribution : Tyler James Williams (Lionel Higgins), Tessa Thompson (Samantha White), Teyonah Parris (Colandrea Coco Conners), Brandon P Bell (Troy Fairbanks)
Producteurs : Effie Brown, Julia Lebedev, Justin Simien, Ann Le, Angel Lopez, Lena Waithe
Directeur de la photographie : Topher Osborn
Compositeur : Kathryn Bostic
Monteur : Phillip J Bartell
Production : Code Red, Duly Noted, Homegrown Pictures
Distributeur : Happiness Distribution
Synopsis : Les relations entre les étudiants et le nouveau professeur d’allemand, Robert, sont extrêmement difficiles. Il est autoritaire et froid et compte bien montrer dès le départ à sa classe qui est aux commandes. Le professeur ne fait preuve d’aucune compassion envers ses élèves. Quand une de ses élèves se suicide, ses camarades de cours accusent le professeur. L’escalade des provocations ne fait alors que commencer, laissant les autres enseignants dépassés par les événements et les élèves face à toutes leurs violentes contradictions.
Virgin suicide
Les films réalisés en Slovénie sont rares, c’est pourquoi L’Ennemi de la classe, premier film de Rok Bicek, 30 ans à peine, suscite l’intérêt. Huis-clos dans un lycée, dont on ne sortira pas pendant près de deux heures, le film est plutôt intense, bavard, jeune et décomplexé. Suite au suicide d’une élève, ses camarades font de leur nouveau et très stricte professeur d’allemand (avec tout ce que cela comporte dans leur imaginaire), la cible d’une rébellion en apparence simpliste, mais, dans ce cinéma-là, tout n’est pas toujours aussi limpide qu’il n’y paraît.
L’école comme allégorie du monde, mais « coupée » des regards extérieurs
La première fois qu’il rencontre ses élèves, noyés dans un joyeux bordel, Richard (interprété avec brio par Igor Samobor), professeur d’allemand remplaçant, leur fait accomplir un rituel. Il s’agit de se lever à l’arrivée d’un professeur. Il les prend de court, car cet acte qu’ils ont l’habitude de respecter « parce qu’il le faut » est, pour eux, dénué de sens. Pour le professeur, c’est ce qui distingue un être humain d’un animal. Le ton est donné, ici, la discipline règne. Parmi les élèves, Sabina se demande « mais alors à quoi ça sert de vivre ? ». Dans un système hiérarchique, selon Richard, la vie s’organise autour d’un système, ici l’école, dont chacun est un rouage. Ce système-là, les élèves l’acceptent tant que la discipline est aussi douce que joyeuse. Richard vient alors rappeler aux élèves leur incompétence, leur faiblesse, leur inaptitude à devenir adulte alors que c’est ce qui les attend fondamentalement après cette année charnière de Terminale : la vie, la vraie. Ce que cherche avant tout ce professeur, c’est faire comprendre aux élèves que « rien n’est blanc, rien n’est noir » (cette phrase revient deux fois dans le film). Cela semble d’une évidence criante, pourtant, au regard de la montée en puissance de la tension (rejet, violence) qui s’installe dans le film, il est bon de le rappeler. Cette classe en révolte a tout de celle que décrivait déjà Dennis Gansel dans La Vague, à la différence près que le professeur n’est pas adulé ici. Un rouage va faire flancher le système, remis en cause, mais c’est finalement lui qui sort vainqueur, pas les hommes qui le composent. « La vie continue ». D’un côté, certains cherchent à accomplir un deuil difficile, de l’autre, Richard ne laisse aucune place au hasard, ni à l’hésitation. Le film est donc une confrontation.
Si le film n’est pas tout à fait un miroir de « toutes les sociétés », c’est que certaines situations ne peuvent se comprendre sans connaître un peu du passé comme du présent de la Slovénie. Il y a d’abord ce rejet de l’autoritarisme en langue allemande (le terme « nazi » est employé assez vite), pour un pays marqué par la Seconde Guerre Mondiale pendant laquelle régnait l’obligation, pour tous les élèves des écoles, de parler allemand. Dans la tête de ces jeunes-là, entendre leur professeur les sermonner en allemand équivaut à être un « nazi » (c’est l’insulte principale que reçoit le professeur). D’autre part, la Slovénie connaît un taux de suicide chez les jeunes plutôt élevé ces dernières années. Deux sujets tabous donc, abordés par un jeune cinéaste qui a vécu, dans sa jeunesse, la même situation que celle décrite dans le film. Il n’était pas un des protagonistes, mais cette histoire de suicide et de remise en cause du système éducatif ainsi que du professeur (la figure de l’autorité aujourd’hui peu crainte), il en a été l’observateur attentif. C’est sûrement pour cela que son film est mis en scène comme une confrontation où la caméra ne choisit jamais de camp (et tremblotte à cause de cette mode « réalisme à l’épaule », mais c’est autre chose). Chaque acteur joue avec la certitude que son personnage a raison, d’où la force et l’emballement des situations. Par un subtile jeu de caméra et de placement des corps, le réalisateur ne marque jamais le passage des jours et n’entraîne à aucun moment son récit dans un discours trop politique. Il observe, avec une relative neutralité, l’engrenage dans lequel quelques élèves – c’est à leur hauteur qu’il filme, le spectateur étant comme immergé parmi ces adolescents pas si sûrs d’eux – et leur professeur, qui fait quelques erreurs dans sa communication. C’est intéressant de voir à quel point le film engage tout un discours qui résonne avec nos sociétés actuelles, même s’il se départit de filmer l’extérieur et donc de confronter cette histoire à la réaction de ceux qui y seraient moins impliqués. On verra donc qu’il est difficile, vraiment, de faire d’un sujet de société clivant, l’objet d’un cours. Comment parler de la mort d’un élève dans un sujet de dissertation, sans paraître vouloir rebondir, passer à autre chose trop rapidement ?
« Vouloir n’est pas pouvoir »
Chaque réaction extérieure à celle jugée comme « la bonne » par les élèves devient alors suspecte. D’aucun préfèrera dire, maladroitement, qu’il veut passer à autre chose, on le bannira. Pourtant, les élèves finiront peut-être par se rendre compte eux-mêmes que ce qu’ils reprochent aux autres est aussi dans leur manière d’agir. Dès lors, le film est, parfois maladroitement, mais avec des procédés assez habiles, une réflexion sur les réactions individuelles et collectives. Comment savoir quelle décision est la bonne ? Devant le suicide, acte inexplicable et inexpliqué ici puisque Sabina n’a pas laissé de lettre, chacun tente de trouver un coupable, mais la difficulté reste de chercher les bonnes réponses. La force du film est qu’il ne cherche pas à prendre position en faveur de l’un ou de l’autre côté. Le film oppose la réflexion à l’émotion. D’un côté, une froideur clinique qui veut tout définir (et faire définir), maîtriser, analyser et, de l’autre, des élèves en pleine ébullition, qui réagissent avec leurs tripes et s’encouragent à aller toujours plus loin. L’effet de groupe, autre parallèle avec La Vague, est également une des facettes qu’analyse Rok Bicek avec talent. Son film décortique donc un système de l’intérieur, entre au cœur d’un monstre froid. Il offre quelques scènes très fortes, comme lorsque les élèves installent des bougies dans toute l’école jusqu’à la salle des professeurs ou encore quand la meilleure amie de Sabina, plus détachée du groupe de rebelles, lit sa dissertation dans laquelle elle s’interroge sur l’acte de sa copine disparue.
Les interprètes des élèves ont cette fougue de la jeunesse, avec la force et faiblesse (les deux mêlés) de leurs visages et de leurs affirmations. Leurs rôles sont plutôt justes, le réalisateur se dédouanant en affirmant qu’ils ont réellement existé dans son école. Pourtant, pour rendre son film plus « fort », il a donné à chacun une figure reconnaissable et donc quelque peu archétypale : le jeune garçon meurtri par la mort de sa mère, la jeune fille à l’allure garçonne, l’asiatique sage, le rigolo de service et le plus tendancieux d’entre eux, capable de comparer les homosexuels à des animaux et d’accuser son prof d’être un nazi et ce, dans la même phrase. C’est ce dernier le plus virulent car, derrière ce suicide, prétexte à une rébellion, il pense pouvoir remettre en cause tout le système. Pour lui, les notes, la pression, ça ne fonctionne pas. Là encore, la société et ses dérives sont visées. Mais le système éducatif reste trop survolé. Ainsi, les autres professeurs de ce lycée ne sont que des silhouettes sympathiques, ayant troqué l’éducation pour une vaste garderie, mention spéciale à ce rôle de prof de sport forcément « blonde » et un peu « cool/bête ». Quant aux parents, qui apparaissent dans une scène de confrontation entre eux (toujours placés face au prof qui leur oppose sa connaissance, sa maîtrise de lui-même) et l’école, ils ne sont finalement que les caricatures de leurs progénitures, le réalisateur semblant vouloir dire qu’ici les parents sont aussi responsables de la dérive. D’ailleurs, les parents de Sabina affirment que c’est parce qu’ils l’ont adopté qu’elle s’est suicidée. Elle venait de l’apprendre. Les parents, l’école, la sensibilité, la peur de l’avenir, le trou noir… Voilà sûrement mille raisons pour Sabina d’avoir voulu quitter le monde. Se laisser couler et délaisser au vivant la responsabilité d’accomplir des rituels, de remplir leurs journées et de tenter de remonter le courant.
Avec de grosses faiblesses (des caricatures un peu énervantes principalement) dues certainement à la force de son propos, ici mis en scène comme une démonstration, Rok Bicek réalise un premier film sur le fil. Quelque chose entre la grâce de comprendre et la force de l’émotion. « Apprendre n’est pas savoir, vouloir n’est pas pouvoir ». C’est une des premières choses qu’explique Richard à ses nouveaux élèves. Son erreur aura été de les mépriser un peu au début, de ne pas chercher à les écouter. Il faut les deux tensions pour faire un homme : l’envie de comprendre, la joie de ressentir. Entre les deux, il y a des décisions à prendre, le droit à l’erreur et la peur d’être plongé dans un labyrinthe sans fin et de l’erreur qui entraînera l’exclusion. A la fin, le professeur explique, détaille, ne prend jamais le parti de la réaction à chaud et décide de ne pas accompagner ses élèves en voyage scolaire, moment de relâchement avant le grand bain de la vie d’adulte. On les quitte au milieu de l’eau, dans un bateau. Ils sont redevenus des adolescents parmi lesquels la figure fantomatique de Sabina se promène, comme un vieux rêve. Eux semblent comme apaisés.
Fiche Technique – L’Ennemi de la classe
Slovénie – 2014 / Titre original : Razredni sovraznikn
Date de sortie française : 4 mars 2015
Drame de Rok Bicek
Scénaristes : Nejc Gazvoda, Janez Lapajne, Rok Bicek
Interprètes : Igor Samobor (Richard), Natasa Barbara Gracner (Zdenka), Tjasa Zeleznik (Sasa), Voranc Boh (Luka), Jan Zupancic (Tadej), Doroteja Nadrah (Mojac),Špela Novak (Spela), Pia Korbar (Marusa)…Directeur de la photographie : Fabio Stoll
Montage : Rok Bicek et Janez Lapajne
Producteurs : Aiken Veronika Prosenc, Janez Lapajne
Distributeurs : Paname Distribution
L’Autriche n’est pas une terre fondamentalement reconnue pour la singularité de son cinéma. Quelques réalisateurs notables ici et là mais c’est un pays relativement discret, dont le fait le plus marquant de ces dernières années est d’avoir été le théâtre d’un sordide fait divers. Rappelez-vous l’enlèvement et la séquestration durant huit ans de Natascha Kampusch. Fait marquant encore bien ancré dans les mentalités locales (voire internationales), Goodnight Mommy en tire toute sa force et nous dessine le sombre reflet d’un pays qui n’a jamais su s’en relever.
Synopsis: Durant un été caniculaire, dans une maison de campagne, perdue au milieu des champs de maïs et des bois, des jumeaux de neuf ans attendent le retour de leur mère. Lorsqu’elle revient à la maison, la figure cachée par des bandages, suite à une chirurgie esthétique, ces derniers doutent de son identité…
De film contemplatif quasi-malickien, l’intrigue prend un nouveau virage en se muant en drame psychologique avant d’aboutir à un torture movie (et non pas porn) implacable. A la tête de leur premier long-métrage après avoir réalisé quelques courts et un documentaire, Veronika Franz et son acolyte Severyn Fiala ont eu le soutien de producteur d’Ulrich Seidl (Dogs Days, Import/Export, trilogie Paradis). Si Veronika Franz a pu compter sur le célèbre cinéaste autrichien, c’est par ce qu’ils sont avant tout très proche. En effet, elle est la scénariste de la quasi-totalité des films de Seidl. De fait, on y retrouve donc cette même identité visuelle, plus généralement singulière du cinéma autrichien. On pensera également au cinéma de Michael Haneke. Mais pour faire un bon film, il ne suffit pas de reproduire le travail des maîtres, il faut y apporter sa patte. Et c’est encore plus difficile avec un film de genre. Ça tombe bien, Goodnight Mommy est un véritable uppercut horrifique. Un tourbillon infernal dans lequel la violence s’immisce lentement jusqu’à pousser ses protagonistes dans leurs derniers retranchements.
Papyrus
Les esprits scientifiques sauront de quoi je veux parler avec le titre énigmatique ci-dessus. Pour cette raison, je vous déconseille de vous renseigner sur son sens avant d’avoir vu le film, sous peine de vous gâcher tout l’intérêt narratif du film. Bref. Goodnight Mommy, c’est trois acteurs, un huis-clos et des bandages. La recette pour obtenir un film autrichien horrifique et contemplatif mémorable. Dans une première séquence, une famille bavaroise toute droite sortie d’une publicité pour chocolats nous chante un air de boîte à musique. Cette toute première image casse déjà l’image de la famille modèle, ambiance faussement chaleureuse et filmée avec une pellicule abîmée qui lui donne un grain sale. La suite s’ouvre sur une villa d’architecte en rase campagne à la croisée d’un champ de maïs et d’une forêt sombre et épaisse, c’est là qu’on découvre ces deux jumeaux s’amusant des derniers jours de l’été. Pendant une partie du film, il n’y a qu’eux. Le film s’attarde sur la complicité des jumeaux, sur leur débrouillardise et leur hyperactivité. Ce sont surtout deux frangins qui ne se quittent jamais. Alors dès qu’une femme se disant être leur mère rentre à la maison, le visage recouvert de bandages, l’équilibre est troublée. Et si elle n’était pas leur mère ? D’un côté, il y a cette femme qui tente une première approche amicale avec les jumeaux alors que de l’autre côté, exténuée par leur refus de croire à son identité, elle se voit contrainte d’avoir recourt à une certaine maltraitance à l’égard de ces (ses ?) enfants. Toute l’intrigue tient en haleine par le fait que les interrogations du spectateur sont constamment remises en question. Est-ce-bien leur mère ? Pourquoi n’est-elle pas la bienvenue dans la maison ? Pourquoi personne d’autres ne semblent vivre dans le voisinage ? Pourquoi cette femme tient tant à séparer la fratrie ? Même si certaines zones d’ombres ne seront jamais éclairées, il faut reconnaître que l’écriture est assez fine, suffisamment juste dans la représentation de ces jumeaux soudés et qu’elle trouve un formidable parallèle avec sa mise en scène.
En effet, les deux réalisateurs évoquent Goodnight Mommy comme un film en miroir. Ce miroir, c’est celui où cette femme se regarde sans cesse avec le souvenir d’une vie passée. C’est également cette symbolique du double et donc des jumeaux qui sont pareils et différents à la fois. Dans une scène où les deux enfants sont face à face, se regardent et se coupent les cheveux, cela se situe pile au milieu du film, à la seconde près. Dans la première partie, de l’œil de la mère dans le miroir grossissant répond, dans la dernière partie, le plan de la loupe. Les réalisateurs se sont amusés à créer un parallèle scénaristique qui se retrouve jusque dans l’image. C’est brillant. La direction artistique est également à noter puisqu’elle fait contraster le naturel des extérieurs, ses jolies imperfections et ses fulgurances de beauté, avec le cadre d’une maison luxueuse et architecturale, trop lisse pour être vraie où les cafards s’y invitent occasionnellement. A l’instar de ce qui est arrivé à Natascha Kampusch, ce qui inspire le plus la peur, c’est le cadre anodin d’une maison familiale. Personne ne les entendra crier. Le film bascule ainsi dans l’horreur la plus effroyable et distille dans sa dernière partie des scènes de torture comme on en a rarement vu au cinéma. Comme si Funny Games rencontrait Hostel. A ce sens, la direction d’acteur est remarquable. Les jumeaux s’impliquent véritablement et semblent s’amuser devant la caméra, témoignant d’une sincérité notable et d’une performance touchante.
Même si on lui reprochera un rythme peut-être poussif, des maladresses et quelques incohérences, Goodnight Mommy est tout simplement brillant. Une pépite de genre toute droit venue d’Autriche, récompensée à Sitges et à deux reprises à Gérardmer. Derrière son apparence onirique et de conte de fées, les deux réalisateurs s’amusent à jouer avec les attentes des spectateurs. Une forme de mystère intrinsèque et de poésie macabre qui donnent toute son identité à ce drame familiale. Car avant d’être horreur, Goodnight Mommy est le portrait d’une famille détruite qui a perdu toute notion avec la réalité. Les réalisateurs vont jusqu’à faire venir le plus abominable de là où on ne l’attend pas venir. Si la toute-fin tombe dans l’explication outrancière de son retournement de situation, dès le générique finale, on n’a envie que d’une chose, le revoir ! Le film sera surement distribué dans une combinaison (très) limitée de salles nationales. Mais si les exploitants proches de chez vous osent le programmer, il serait dommage de passer à côté de ce que l’on verra de plus marquant en film d’épouvante au cinéma, à l’instar de It Follows en début d’année.
Fiche Technique : Goodnight Mommy
Titre original: Ich seh, Ich seh
Autriche
Genre: Drame, épouvante-horreur
Durée: 99min
Sortie en salles le 13 mai 2015
Réalisation: Veronika Franz & Severin Fiala
Scénario: Veronika Franz & Severin Fiala
Image : Martin Gschlacht
Décor : /
Costume: Tanja Hausner
Montage: Michael Palm
Musique : Olga Neuwirth
Producteur: Louis Oellerer, Ulrich Seidl
Production: Ulrich Seidl Film Produktion GmbH
Distributeur: Luminor
Budget : /
Festival: Méliès d’Argent au Festival International du Film de Sitges 2014, Prix du Jury Jeune et du Jury SyFy au Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2015
Pour son quatrième long-métrage, Saverio Costanzo retrouve Alba Rohrwacher, présente dans son précédent film « La solitude des nombres premiers », en adaptant le roman de Marco Franzoso « Il Bambino Indaco« . Une comédie romantique en apparence, devenant un huis-clos étouffant et puissant, face à la folie d’une femme.
Synopsis : Jude est Américain, Mina Italienne. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux. Mais l’arrivée du bébé bouleverse leur relation. Mina, persuadée que son enfant est unique, le protège de façon obsessionnelle du monde extérieur. Jude, par amour, respecte sa position jusqu’à ce qu’il comprenne que Mina commence à perdre contact avec la réalité.
Au cœur de la folie
Le film, Hungry Hearts s’ouvre sur une première scène drôle et tendre. Elle se déroule dans les toilettes d’un restaurant asiatique, Jude (Adam Driver) va y faire la rencontre de Mina (Alba Rohrwacher). Par un concours de circonstances, ils vont se retrouver enfermer dans cet espace restreint. Ils vont tomber sous le charme de l’un et de l’autre, une belle passion naît sous nos yeux.
Cette passion a pour cadre New-York, mais elle est italienne et va bientôt être muter dans son pays. Cela aurait dû être une relation éphémère, tel un amour de vacances d’été. Mais elle va tomber enceinte, ils se marient et leur foyer va devenir un havre de paix et d’amour….
La comédie romantique, bascule rapidement en un drame psychologique glaçant pour le spectateur, face à l’impuissance d’un Adam Driver amoureux, ne sachant plus comment faire face à la folie grandissante d’Alba Rohrwacher. Ils ne se connaissent pas vraiment, leur relation est toute récente et la phobie de cette femme face à la modernité de ce monde, va devenir de plus en plus présente. La grossesse accentue ses peurs, elle rejette tout médicaments, tout contacts avec des appareils technologiques et ne se nourrit que de produits naturels. Elle se met physiquement en danger, tout comme l’enfant qu’elle porte.
Le malaise s’est installé sournoisement, comme la folie de cette femme. L’atmosphère devient pesante, la paranoïa s’installe. On se sent mal à l’aise, la réalisation accentuant cet état, en collant aux visages, scrutant les regards, ou ne brille plus la tendresse du début. Saverio Costanzo filme sous tout les angles, cette famille. Il donne l’impression de se retrouver l’œil coller à un microscope, observant à la loupe, un drame se déroulant dans un huis-clos angoissant. L’image devient distordue au fil du récit, à l’image de la dégradation mentale et physique d’Alba Rohrwacher. Saverio Costanzo use et abuse d’effets avec sa caméra, c’est parfois agaçant, mais souvent envoûtant. Il n’y a pas de distanciation, il fait corps avec ses acteurs, avec l’histoire et ne nous laisse pas de répit, en nous rendant aussi paranoïaque, ou chaque mot, ou geste, peut faire basculer le film dans l’horreur.
Cette plongée dans les méandres du cerveau humain, est en permanence sur la corde raide. A tout moment, on a l’impression que le film, va devenir pesant et finir par s’effondrer, en ne sachant pas maintenir l’état d’angoisse, dans lequel, il nous a plongé. Mais il parvient à nous tenir en haleine, avec l’irruption de la grand-mère paternelle, interprétée par Roberta Maxwell. Avec son apparition, Hungry Hearts flirte avec le fantastique et fait irrémédiablement penser au « Rosemary’s Baby » de Roman Polanski. Alba Rohrwacher, marche dans les pas de Mia Farrow, en se victimisant face à cette famille de carnivores. Les rapports deviennent agressifs, les échanges verbaux sont violents. C’est parfois excessif, le trait étant accentué, arrachant des rires nerveux, mais sans que l’angoisse disparaisse.
Le couple Adam Driver et Alban Rohrwacher est impressionnant. Le premier révélait pas la série « Girls », ne cesse de surprendre et de démontrer son talent, que ce soit dans la comédie ou le drame. La seconde confirme son talent dans les rôles extrêmes, malgré une tendance à l’exagération, pouvant devenir un brin agaçant. Il n’est pas étonnant que chacun ait reçu la coupe Volpi du meilleur acteur et actrice, à la Mostra de Venise.
Cette mise en abyme de l’être humain, ou la mère semble la coupable idéale, est plus subtile en profondeur. On se retrouve en immersion, dans un New-York bruyant, dans cette famille au bord du gouffre. Saverio Costanzo a su faire d’une comédie dramatique, un drame psychologique, dont on ne sort pas indemne.
Hungry Hearts : Bande-annonce
Fiche technique : Hungry Hearts
Italie – 2014
Réalisation : Saverio Costanzo
Scénario : Saverio Costanzo, d’après le roman de Marco Franzoso
Distribution : Adam Driver, Alba Rohrwacher, Roberta Maxwell, Jake Weber, David Aaron Baker, Natalie Gold, Al Roffe, Geisha Otero, Jason Selvig et Victoria Cartegina
Photographie : Fabio Cianchetti
Montage : Francesca Calvelli
Musique : Nicola Piovani
Production : Wild Side et RAI Cinéma
Distribution : BAC Films
Genre : Drame
Durée : 109 minutes
Date de sortie : 25 Février 2015
Si certains se questionnaient encore sur l’empreinte que laisserait le fantasque Wes Anderson dans le petit monde des réalisateurs qui participent à l’évolution du cinéma, l’année 2014 a sans doute effacé bien des doutes. En effet, l’un des films à retenir de l’année passée est évidemment The Grand Budapest Hotel, qui marque une césure dans la carrière du réalisateur, non pas sur la qualité, toujours présente depuis une bonne décennie, mais sur sa résonance sur le grand public et sa réception auprès de ses pairs. Il est vrai qu’en Europe, et plus particulièrement en France, il n’est pas rare que l’on soit surpris du manque d’intérêt que les américains portent, parfois, aux plus brillants de leurs réalisateurs, comme Woody Allen par exemple. Il serait injuste, et surtout mensonger de crier haut et fort que la vague colorée de Wes Anderson ne trouve son public que sur le vieux continent. Mais l’œuvre déjà importante du réalisateur, qui n’est ni jeune ni vieux (intemporalité que l’on retrouve dans beaucoup de ses films par ailleurs), n’a jamais suscité l’intérêt qu’elle mérite outre atlantique, même si l’influence qu’elle exerce est déjà visible sur la nouvelle génération.
Cela dit, on remarque que son huitième long métrage, est construit sur les mêmes bases que ses précédents films. Un casting constitué d’acteurs dont on ne comprend pas que la simple réunion ne déplace pas les foules (Murray, Fiennes, Swinton, Dafoe, Norton…). Une patte scénaristique qui ne finit pas de nous surprendre, jonglant avec les codes de la comédie et du drame, et surtout une signature visuelle reconnaissable d’entre mille, qui le range dans la très petite famille des réalisateurs identifiable en cinq seconde chrono. Et même si le film peut paraître moins intimiste que Moonrise Kingdom, moins « cute » que Fantastic Mr. Fox, moins novateur que Rushmore, le film n’en reste pas moins excellent. Et cette fois ça marche ! Ça marche en salle : en France, un succès triple du Darjeeling Limited, le film qui jusqu’alors avait rempli le plus les salles de cinémas en 2007; aux States, un box office avoisinant les 60 millions de dollars ! (30% de plus que son dernier film, Moonrise Kingdom en 2012). Et surtout des revenus mondiaux qui font de lui le 39ème film le plus lucratif de l’année (du même ordre que Fury en guise de comparaison). Wes Anderson s’est donc ouvert au grand public, une éclosion qui se traduit par une pluie de récompense en fin d’année (Meilleur Comédie aux Golden Globes, Meilleur scénario original aux BAFTA), et se concrétise, par le triomphe que l’on connait aux Oscars : Pas vraiment surprenant, mais un peu grisant on l’imagine, pour le réalisateur boudé depuis ses débuts par l’académie.
Si jamais vous avez loupé The Grand Budapest Hotel, si jamais vous ne vous êtes jamais laissez tenter par les extravagances du fabuleux fabuliste Wes Anderson, les lignes qui suivent vous inviteront peut-être, à découvrir son univers à travers un court métrage qui est venu ponctuer sa filmographie. Cela s’adresse évidemment aussi aux fans de la première heure, ou encore, plus intéressant, à ses plus féroces détracteurs. Bref, que vous connaissiez ou non, que vous aimiez ou pas, Wes Anderson ne vous laissera pas insensible.
Hôtel Chevalier: l’échantillon de génie
Son second court métrage, Hôtel Chevalier, sort en 2007. Il s’agit de l’épilogue du long métrage A bord du Darjeling Limited, sorti la même année. A l’affiche : le charmant Jason Schwartzman et la sublime Natalie Portman. On apprendra que les deux acteurs n’ont pas facturé leur prestation ; élégant. D’une durée de 13 minutes, le film condense tout le génie du réalisateur, et le résultat, très digeste, est une belle vitrine du « style Anderson ». Nous sommes à Paris, dans le très chic hôtel Chevalier, théâtre des retrouvailles entre les deux protagonistes.
Il s’agit en effet d’une scène de réconciliation entre les deux amants, mais le récit n’a absolument aucune vocation explicative, et les dialogues encore moins. Distillées avec parcimonie, les phrases « érotico-comiques » disent autant que les longs silences qui s’attardent. Et Wes Anderson utilise tout autant l’environnement pour faire parler ses personnages: le décor minutieusement travaillé interagit avec ses occupants, une embrasure de porte en guise de cadre, un regard caméra dans le miroir, une musique déclenchée par Jason Schwartzman, une série de bibelots avec laquelle s’amuse Natalie Portman… Bref tout ce qui se voit doit être vu, et c’est ce qui fascine sur le rendu visuel de Wes Anderson, ici très chaudement habillé par la photographie de Robert Yeoman (habilleur officiel des films de Wes depuis ses débuts). Et on pourrait croire que ce culte de l’image, de l’esthétique aurait tendance à « manger » le personnage, car la symétrie hypnotise et les couleurs bercent ; mais Mr Schwartzman et Mme Portman livrent une performance très « physique », au delà de la consommation de leur amour retrouvé évidemment.
Leurs corps, présents, contrastent et se fondent étrangement dans cette chambre, et ils se jouent de l’image du couple : Natalie Portman, le cheveux court se présente bouquet de fleur à la main, bâtonnet de bois à la bouche qu’elle grignote négligemment. Jason Schwartzman, lui, s’est finement âpreté. Ce coup de téléphone reçu l’a apparemment réveillé d’une léthargie qui s’installait. Ils se retrouvent, ils s’enlacent. Leurs silhouettes sensiblement de la même taille se répondent, et tous deux de gris vêtus, ils finissent par se dévêtir. Et, suite à l’acte consommé, dans un ralenti d’une rare élégance, Jason rhabille Natalie d’un éclatant peignoir jaune, tandis que lui demeure dans son costume gris, et ils sortent sur le balcon dans l’air froid de Paris, sur un fond Haussmannien. Et tout est frais, on respire en quittant cette chambre dans laquelle on commençait à suffoquer. Et il y a une seconde l’homme ressortait de l’écran, assombrissant l’éclat jaunâtre de la chambre à coucher, maintenant c’est la femme qui dévore l’image, irradiant devant la ville qui grisonne. C’est 13 minutes parmi tant d’autres, un soupir, un instant de vie capturé , dans lequel s’amusent et se retrouvent deux personnes qui s’aimantent et se repoussent.
Petit aparté: Vous tomberez certainement aussi, sous le charme de la musique. Sachez qu’elle s’intitule « Where do you go to, my Lovely », interprétée par Peter Sarstedt en 1969. Et, pour les plus curieux, Wes Anderson a également réalisé un second court métrage en 2009, Castello Cavalcanti pour le compte de Prada, avec encore le même: l’excellent Jason Schwartzman.
Ce petit quart d’heure en couleur fait étal de l’essence du cinéma de W. Anderson, car le réalisateur fait encore utilisation de cette même recette qui lui réussit tant (s’en lassera t-on un jour ? La question peut être posée.).
C’est à dire, dans un premier temps l’utilisation d’acteurs, soit dans des rôles peu orthodoxes, soit en tant que figures récurrentes. En effet, les personnages endossés détonnent parfois avec leur filmographie passée (comme Natalie Portman) ou en assurent la continuité (comme Jason Scwhartzman). Par exemple, Edward Norton, à contre emploi dans Moonrise Kingdom, en chef scout désabusé. L’actrice, à la fois oscarisée et égérie, sait parfaitement alterner entre production hollywoodienne et cinéma indépendant, (catégorie prisée par le cinéaste puisque que l’on peut également citer Gwyneth Paltrow dans La famille Tenenbaum ou Tilda Swinton dans The Grand Budapest Hotel) fait don de sa personne, et fait figure de muse pour l’artiste texan. Offrant par la même occasion, ce que l’on pourrait pompeusement appeler » la quintessence de l’inspiration artistique » à savoir: le nu féminin. Et oui, on se dénude pour Wes Anderson !
Pour lui donner la réplique, le dandy moustachu: Jason Schwartzman. Acteur qu’on ne dissocie plus de l’œuvre de celui qui lui a donné son premier rôle à l’âge de 18 ans. (Rushmore, 1998). Jason compte aujourd’hui 5 apparitions (sur 8 longs métrages) autant dire que nous l’avons vu grandir à travers ces films. Il fait partie de ceux qui vous indiquent que vous regardez peut être un Wes Anderson (avec Bill Murray et Owen Wilson, respectivement 7 et 6 apparitions). Tout cela pour dire, que le cinéaste sait s’entourer, et s’est même constitué une petite équipe qui ne le lâche plus. Cela vaut également pour son entourage technique, avec, Robert Yeoman à la photo, Alexandre Desplat à la musique depuis 2009, et, aux costumes à 3 reprises Milena Canonero, ancienne collaboratrice de S. Kubrick (Barry Lyndon, Shining)
Après avoir dressé ce catalogue de ceux qui font le style Anderson, nous nous pencherons dans un second temps sur ce qui fait ce même style. Et ce, à travers le court métrage présenté ci dessus, car tout ne peut pas être détaillé. Tout d’abord, on observe qu’il y règne une certaine frontalité, lui conférant des traits assez théâtraux (où l’on joue face au public). Cette frontalité se traduit notamment dans des cadrages serrés sur les personnages et des regards caméras, mais aussi par une symétrie axiale prononcée du décor. Parfois cet affrontement dans le cadre se substitue à un plan « latéral » qui vient profiler la scène. Pour animer ces plans statiques, le cinéaste est friand des travellings, qui viennent approfondir l’environnement ou simplement suivre assez mécaniquement le personnage dans son mouvement. Cette animation est parfois atténuée par un ralenti, qui souligne la volupté des déplacements et la précision du détail. Au sein de ce ballet, les acteurs viennent et se retirent de façon très chorégraphiée pour rompre avec cette manière automate de filmer. Enfin, pour « assaisonner » le tout, la photographie et le décors confèrent toujours une atmosphère confortable mais qui questionnent le spectateur sur le lieu et la date de l’action. Et résulte alors de ces tableaux, un esthétisme aux couleurs onirique et aux odeurs poétiques.
Fiche technique – Hotel Chevalier
Titre original : Hotel Chevalier Titre français : Hôtel Chevalier Réalisation : Wes Anderson Scénario : Wes Anderson Photographie : Robert Yeoman Direction artistique : Kris Moran Son : Emmanuel Desmadryl Montage : Vincent Marchand Production : Wes Anderson Coproduction : Alice Bamford Exécutive : Thierry Bettas-Bégalin, Jérôme Rucki, Nicolas Saada Associée : Pierre Cléaud Sociétés de production : Fox Searchlight Pictures, American Empirical Pictures, en association avec Première Heure Sociétés de distribution : Twentieth Century Fox Film Corporation Pays d’origine : États-Unis, France Format : couleurs – 35 mm – 2,35:1 – Son Dolby Digital Genre : drame Durée : 13 minutes Dates de sortie France : 19 mars 2008
Il y a cette neige assassine, qui recouvre le monde et efface toute trace de civilisation, ce désert, comme un enfer blanc synonyme de froid intense et de mort rapide, angoissante et qui rend toute l’existence plus difficile. Une neige immaculée, que les traînées du sang des morts marquent au fer rouge. Née d’un monde en sommeil, cette neige est peut-être le personnage principal de Fargo, omniprésente, étouffante, elle fragilise la condition humaine et sans hésiter : tue les faibles. Ne l’affrontent que les plus retors, le reste de l’humanité sera contraint de se terrer en espérant de meilleurs auspices. C’est d’ailleurs elle, cette neige, qui commet le tout premier meurtre dans Fargo, quant aux autres…
Synopsis : À Bemidji, Minnesota, l’arrivée du tueur Lorne Malvo va semer la mort et révéler la nature profonde et parfois sombre, des habitants de cette ville perdue dans la neige et le froid.
Snow White
Il y a « casting »…
Fargo n’usurpe pas le qualificatif de série absolue, tant ses producteurs (les frères Coen) ont compris il y a longtemps que la réussite passe par le souci du détail. Qu’il s’agisse du scénario, du montage, de la mise en scène ou des acteurs, le hasard n’a pas été convié à la fête. Le casting tutoie les sommets du jeu d’acteur, les choix faits sont formidables, connus ou moins connus ont su faire de leur rôle un costume sur mesure. D’Allison Tolman (Prison Break) à Colin Hanks (Band Of Brothers, Mad Men, N.C.I.S.), tous surfent sur un petit nuage, état de grâce aux connaissances d’alchimistes des deux frères.
…et « casting » !
Malgré tout, deux d’entre eux arrivent à se hisser un cran au-dessus, à toucher du doigt le jeu des dieux. Martin Freeman (Petits Meurtres À l’Anglaise, Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde) est exceptionnel, probablement taxé d’agaçant par certains par un jeu tout en mouvement, en mimiques très appuyées, mais reflet d’un personnage aux nerfs à vif et sans cesse sur la corde. Son évolution, partant du petit employé de bureau insignifiant, passant par le tueur extraverti pour finir sur l’ignoble qu’il devient, donne toute sa mesure au talent de Martin Freeman. Et Dieu : Billy Bob Thornton (The Djudge, Intolérable Cruauté, U-Turn), vieux routard du cinéma et ami des Coen (et de Lemmy Kilmister, c’est dire…), acteur roublard confirmé et admirable, étale à l’écran un talent au-delà de l’imaginable. Les deux frères, s’ils ne font ici que produire, ont toujours su fabriquer du méchant. Aidés ici par Noah Hawley (Bones) et inversement, ils ont fait de Lorne Malvo une de leurs plus belles réussites. Tueur malingre, mais au charisme et à l’intelligence terrifiantes, Billy Bob Thornton fait sien ce rôle et marque la série d’un sang criminel.
Le sens du rythme…
La maîtrise ne s’arrête pas au jeu des acteurs, elle est dans le rythme, dans un montage qui sait quand le spectateur pourrait s’ennuyer, lui offrant alors au choix un peu d’amour, une tension intenable, des crimes montés tels casse-têtes, des duels de tueurs sous la tempête de neige du siècle (séquence mémorable), des ploucs pas si ploucs et des pourris vraiment pourris. Ce rythme presque scientifique fusionne littéralement en un incroyable coït cinématographique avec une mise en scène digne d’un grand film, digne des Coen, digne de cette neige, ce blanc uniforme symbole de l’union de toutes les couleurs en un vide angoissant, un vide qui mènera à la mort pleine d’ironie de Lester.
…et le souci du détail
Jusque dans les détails la série force le respect, d’une musique pleine de mélancolie mortelle (ce violon !), instillant une atmosphère quasi mystique, faisant de Lorne Malvo le bras armé de la Mort et de Lester, l’agneau finalement sacrifié sur l’autel du Mal humain. Jusque dans les détails se trouve l’équilibre entre l’humour, la violence débridée, le suspense des plus crispants et surtout, l’arme maîtresse qui fit, fait et fera la marque des frères : l’ironie.
La faim dès la fin
Dès que s’achève le dernier épisode, la faim se fait sentir, l’envie d’un « encore » survient, car quand on a goûté au meilleur, le reste peut paraître bien fade. Fargo est digne du long-métrage dont elle s’inspire, digne de ses créateurs, telle une fille prodigue qui aurait été au-delà des espoirs de ses géniteurs. Si la perfection n’est pas de ce monde, elle est peut-être de celui de l’audio-visuel et il faut bien l’admettre Noah Hawley n’en est pas loin cette fois. Le mérite est partagé entre le créateur et les producteurs car comme chacun sait, aux U.S.A., la place de celui qui produit est bien plus importante que par chez nous, les Oscars en témoignent. Mais ensuite, ne demeure que le sentiment d’avoir vécu le surnaturel, d’avoir vu plus qu’une simple série télévisée, plus que de prosaïques caméras, projecteurs, ou claps qui seraient à l’origine d’un tel moment de grâce. Fargo est bien plus que ça, Fargo est une parenthèse indéfinie, qu’on ressent sans savoir comment.
Fargo – FX – Season 1 – Trailer – Philosophy
Fiche Technique – Fargo
Créateur : Noah Hawley
Année : 2014
Origine : U.S.A.
Producteurs : Joel et Ethan Coen
Diffuseur : FX, FXX Canada et Netflix
Réalisateurs : Adam Bernstein, Randall Einhorn, Colin Bucksey, Scott Winant et Matt Shakman
Format : 10 épisodes de 52’
Récompenses :
Critics Choice Television Award 2014 :
Meilleure mini-série
Meilleur acteur : Billy Bob Thornton
Meilleur actrice dans un second rôle : Allison Tolman
Jupiter le destin de l’univers : une histoire à la fois trop et pas assez ambitieuse
Synopsis : des extraterrestres tentent d’assassiner Jupiter Jones (Mila Kunis), femme de ménage d’origine russe. La raison : elle est la réincarnation de la matriarche du millénaire clan Abrasax, qui possède de nombreuses planètes, dont la terre qui lui revient en héritage, ce qui pourrait modifier les équilibres de pouvoir entre les trois frères et sœurs. Son chemin pour réclamer son titre sera dangereux : elle pourra heureusement compter sur la protection de Cain Wise (Channing Tatum), un chasseur de prime aux talents légendaires.
Le cinéma d’auteur des Wachowski
Les Wachowski sont un cas à part dans l’industrie cinématographique. Après le succès du premier Matrix, tout le monde pensait assister à l’arrivée de nouveaux Steven Spielberg, capables de produire des films intelligents, spectaculaires et grand public. La cassure s’est pourtant opérée dès Matrix Reloaded et Revolutions : malgré des scènes épatantes comme celle de l’autoroute où de l’attaque des machines, le public n’a pas compris ou tout simplement pas aimé la direction prise par le scénario. La confiance n’a jamais été redonnée à Andy et Lana : Speed Racer a été un terrible échec, Cloud Atlas aussi (mais sur un sujet plus difficile). Jupiter : le destin de l’univers (un titre français assez étrange puisqu’il n’est question que de celui de la Terre) est peut-être leur dernière chance de réaliser un énorme blockbuster.
Ce projet a été lancé à une époque où chaque studio voulait un gros projet de science-fiction, ce qui en terme de box-office a donné des drames (John Carter, la stratégie Ender) des petites réussites (Edge of Tomorrow ou Pacific Rim, rentables grâce à l’international) et peu de gros cartons (les Gardiens de la galaxie, Interstellar). Malgré une bande annonce présentée fin 2013, le film n’est sorti qu’en ce début d’année dans un climat de scepticisme global.
Pourquoi ? Peut-être est-ce parce que malgré leur caractère grand public, les films des Wachowski sont des films très personnels, avec des thématiques fortes et récurrentes : volonté de mettre en avant des figures féminines fortes, intérêt pour l’idée de réincarnation et de destinée, lutte contre le capitalisme mangeur d’hommes, ou même cette étrange fascination pour les scènes qui se déroulent dans des toilettes. Même quand ils adaptent un matériel déjà existant, leur double casquette de réalisateur et de scénariste fait que l’on reconnaît immédiatement leur style, qui, on l’a vu fascine autant les uns qu’il ne repousse les autres.
Depuis Matrix Reloaded, les Wachowski ont la fâcheuse tendance à en vouloir trop oubliant le dicton : « le mieux est l’ennemi du bien ». En multipliant les épisodes sans les développer, ils créent un sentiment de trop et de trop peu chez le spectateur. On se souvient de l’épisode complètement bâclé de la synchronisation des trois capitaines dans Matrix Reloaded, de la dernière course de Speed Racer, ou des six segments qui composaient Cloud Atlas, chacun ayant assez de substance pour être un long métrage.
Une fois encore, il y a deux histoires dans les deux heures de Jupiter. La première est tout simplement un remake de Matrix : comme Néo, Jupiter l’élue exerce un travail qui l’abrutit et ne la laisse même pas rêver d’un avenir meilleur. Alors que des puissances supérieures veulent la tuer, elle est sauvée par un personnage mystérieux qui l’a cherchée toute sa vie et qui va lui révéler non seulement que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, mais qu’elle se trouve au centre de tous les conflits.
Lorsque Cain et Jupiter arrivent à quitter la terre, le film bascule dans une deuxième histoire, celle de l’ascension promise par le titre américain. Mila Kunis va y rencontrer les trois membres de la famille Abrasax. Si les Wachowski disent s’être inspirés du magicien d’Oz, dans cette structure où Jupiter / Dorothy va d’un endroit étrange à l’autre alors qu’elle n’aspire qu’à rentrer chez elle, il est clair que nous sommes plus dans une structure d’album jeunesse que dans un scénario classique de film d’action. En effet chaque rencontre de Jupiter avec un Abrasax se déroule suivant le même schéma : elle se fait capturer, subit un moyen de pression différent, hésite, semble prête à accepter d’abdiquer son pouvoir quand arrive Channing Tatum pour la délivrer. Si Mila Kunis s’affirme un peu plus à chaque étape, elle reste malgré tout une demoiselle en détresse, ce qui est un peu surprenant voire décevant de la part des Wachowski.
Coïncidence intéressante, les trois Abrasax rappellent les trois Satan qui rendent visite à Baudelaire dans le poème : les tentations ou Eros, Plutus et la gloire : Kalique qui insiste sur le prestige de la famille pourrait être la gloire, Titus qui tente de la séduire serait Eros, et Balem serait Plutus, lui qui domine les peuples et les considère comme des matières premières à exploiter. Si cette comparaison n’était pas forcément à l’esprit des Wachowski (encore qu’il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’ils aient lu Baudelaire), elle marque le fait que l’ascension de Jupiter n’est pas à prendre au sens de la puissance mais de la morale : Jupiter résistera-t-elle à la tentation de devenir maître du monde où restera-t-elle la même ?
Ce mélange d’enjeux moraux et de space opéra aurait pu créer une trame passionnante : il représente pourtant le grand échec du film. Les Wachowski sont passés maîtres dans l’art de créer des situations intéressantes qu’ils vont exploiter d’une manière surprenante voire décevante. A l’image d’une trilogie Matrix qui nous laissait croire à un hymne à la rébellion pour aboutir à un traité sur la liberté et la nécessité, Jupiter pose tous les éléments d’une lutte de pouvoir façon Trône de ferentre les Abrasax avec une héroïne qui servirait d’arbitre, reprenant peu à peu sa place de matriarche, et décide de ne rien en faire, chaque personnage secondaire disparaissant dès lors qu’il a accompli sa tâche.
Un choix qui a le malheur de donner l’impression d’un film à la trop rempli (deux intrigues), trop répétitif (situations qui se répètent) et trop vide (impression finale de tout ça pour ça).
Un film d’un mauvais goût somptueux
Cette idée de trop et de trop peu transparaît aussi dans la réalisation. Si Jupiter est le plus conventionnel des films des Wachowski, il contient malgré tout plus d’idées visuelles que la plupart des blockbusters de l’année dernière mis bout-à-bout. Les deux réalisateurs ne se donnent pas de limite, et surtout pas celle du bon goût, multipliant les ambiances toutes plus grandiloquentes les unes que les autres. On y voit des chasseurs de prime tout droit sortis d’un clip de Rob Zombie, des palais galactiques de style renaissance ornés de statues dépassant la dizaines de mètre, un dédale administratif digne de la maison des fous d’Astérix, des méchants dinosaures, des abeilles et un méchant qui se fait transporter tel un phararon égyptien. On se trouve constamment dans un univers qui évoque aussi bien les bande dessinée publiées dans Métal Hurlant qu’un défilé de mode galactique.
Si Jupiter, le personnage principal, est malheureusement fade dans sa caractérisation et son interprétation, les deux personnages les plus intéressants, Balem et Caine, se caractérisent par ce mélange de mauvais goût absurde et de démesure.
Eddie Redmayne vient de gagner l’oscar du meilleur acteur, mais ce n’est pas pour son interprétation de Balem. Plus cruel que les cruels, et en même temps fils fragile aux pulsions oedipiennes, il est incarné d’une manière ultra-cabotine, son visage passant par toutes les expressions dans son décor de gaz et d’or. On ne pourra pas reprocher cet excès d’expressivité à Channing Tatum dont le principal jeu d’acteur dans ce film est lié à son beau torse musclé. Le génie de son personnage d’homme chien aux oreilles d’elfe tient à un accessoire aussi fantastique que navrant : des patins anti-gravité. Ces chaussures lui permettent de voler, d’avancer plus vite, et de marcher sur les murs, permettant des chorégraphies intéressantes et surtout une verticalité et une utilisation de l’effet de profondeur de la 3D qui sont au cœur de la meilleure scène d’action du film. Affrontant des chasseurs de prime dans le ciel de Chicago, sauvant une Jupiter en chute libre constante, volant d’un vaisseau à l’autre, Caine virevolte à l’écran dans une séquence complètement folle qui nous rappelle que, quand ils le veulent, les Wachowski n’ont que peu de rivaux d’un point de vue visuel.
Si l’idée de ces chaussures est remarquable, pourquoi avoir absolument tenu à ce que Channing Tatum mime des mouvements de patins à roulette, le torse nu sous son imperméable, ce qui lui donne l’aspect et la démarche d’un héros de série B des années 80 ?
Dernier reproche enfin que l’on pourra faire : le film manque d’une certaine gradation dans l’action : aucune scène de la seconde partie ne sera à la hauteur de ce que l’on a vu dans la première. On verra pourtant bien Channing Tatum affronter des milliers de drones ou provoquer la destruction d’une ville entière suite à un enchaînement assez hasardeux, mais toutes ces scènes semblent un peu précipitées, comme si toutes les idées avaient été épuisées dans la conception des décors.
Jupiter : le déclin des Wachowski
Si les Wachowski comptaient sur Jupiter : le destin de l’univers pour se relancer, son échec critique et publique pourrait signifier la fin de leurs ambitions. Pourtant, malgré ses énormes défauts, il s’agit d’un film attachant, car ses auteurs ont des idées et du talent.
Il est d’ailleurs intéressant de le comparer aux Gardiens de la galaxie : là où Marvel a trouvé la stratégie adéquate pour vendre un film classique mais parfaitement écrit et exécuté, la Warner n’a pas su intéresser le public pour un film qui oscille constamment entre le sublime et le ridicule, tiraillé entre sa volonté d’écriture Hollywoodienne classique et une ambition démesurée.
Il s’agit donc d’un film auquel on ne peut objectivement pas donner une très bonne note mais que l’on a malgré tout envie de vous conseiller, parce que les Wachowski sont ces créateurs de prototype qui ne fonctionnent pas toujours vraiment mais qui préfigurent du futur.
Espérons donc qu’en passant au format série avec Sens8 pour Netflix, prévu pour mai – juin de cette année, ils nous donnent quelque chose que nous puissions aimer sans réserve, comme si l’on était de nouveau en 1999.
Jupiter : Bande annonce
Fiche Technique : Jupiter : le destin de l’univers
Etats-Unis – 2015
Titre original : Jupiter ascending
Réalisation: Andy et Lana Wachowski
Scénario: Andy et Lana Wachowski
Interprétation: Mila Kunis (Jupiter), Channing Tatum (Caine Wise), Eddie Redmayne (Balem Abrasax), Douglas Booth (Titus Abrasax), Tuppence Middleton (Kalique Abrasax)
Date de sortie: 4 février 2015
Durée: 02h07
Genre : Science fiction, space opera
Chef-opérateur: John Toll
Compositeur : Michael Giacchino
Monteur : Alexander Berner
Producteur: Grant Hill, Andy et Lana Wachowski
Production: Village Roadshow Pictures, Warner Bros
50 nuances de Grey réalisé par Sam Taylor-Johnson est l’adaptation d’un livre du même nom, écrit par E.L James. Ce film romantique sortit à l’occasion de la saint-Valentin pour le plus grand bonheur des amoureux. Notamment grâce à de nombreuses scènes érotiques qui donneront à certains, des idées afin de pimenter une vie sexuelle en recherche d’imagination.
Le sexe est l’accomplissement d’une romance ; sans cet acte, il ne peut y avoir de lien concret entre deux individus. Le film modernise la romance par le biais d’une étudiante prénommée Anastasia (Ana) ; elle est belle, timide ; mais semble recroquevillée dernière sa frange et ses nombreux livres d’étude. Sa rencontre avec le riche et séduisant homme d’affaire Christian Grey va engendrer une métamorphose à la fois mentale et physique. Ses tenues que l’on peut traduire de « sac à patate » seront très vite remplacées par des tailleurs et robes qui mettront en avant la courbure de ses formes. Grey est celui qui façonnera son apparence physique, pour son plus grand plaisir, et le notre. Cet homme d’affaire parvient d’emblée à intimider et séduire la jeune femme ; sans surprises, il réussit à la mettre dans son lit. Cette jeune fille devenue femme, croit en cet amour naissant. Grey est prêt à se servir de cet amour, afin d’assouvir ses moindres désirs sexuels.
Elle accepte d’être attachée, ligotée, bâillonnée ; mais tout cela ne va pas être suffisant pour Christian Grey. Il est enclin à certaines pratiques sexuelles qui viennent mettre le corps de sa soumise à rude épreuve. Le personnage d’Ana détermine par écrit les limites à ne pas franchir ; l’actrice Dakota Johnson consent à dévoiler son corps devant le grand écran. Lors du premier acte sexuel, le corps de cette femme nous est crûment montré. Est-ce un film tout public ou exclusivement pour adultes ?
La caméra inspecte au plus près le corps frissonnant de la jeune femme. Des cuisses frémissent à l’instant où elles sont dévoilées, un pied se crispe au moment où l’acte sexuel se fait. S.T Johnson parvient à réaliser un film érotique sans que la romance soit mise de côté ; notamment grâce à la musique qui joue le rôle de pont entre l’amour et la démesure. Le titre Earned It (The Weeknd) parvient à créer un juste milieu entre les deux pôles ; une instrumentation que l’on retrouve dans de nombreuses musiques de cabaret se glisse sous une voix masculine harmonieuse et languissante. Le seul bémol quant aux choix de musiques préexistantes est la voix d’Ellie Goulding (titre : « Love me like you do »), qui n’apporte que de la niaiserie à cette romance pervertie.
La perversion de Christian est assouvie par le biais d’Ana dans une pièce spécifique, une salle de jeu qui présente divers ustensiles sadomasochistes. Des crochets, des sangles et cravaches ornent les murs ; un lit, un canapé et le plafond sont représentés comme des parcs à thèmes. Un univers entre une salle de jeu pour enfant et la chambre froide d’une boucherie. C’est fascinant et dérangeant à la fois ; Ana semble toutefois emportée par cette fantaisie. Elle va par la suite accepter de se prendre au jeu en se laissant menotter, puis suspendre en l’air. Le film parvient à traduire les sentiments des personnages ; notamment grâce à leurs gestes apparents, soulignés par de nombreux gros plans sur les mains de l’homme, ainsi que sur les lèvres de la femme. L’un convoite un corps désirable tandis que l’autre tend à briser une carapace forgée depuis l’enfance. Son enfance se traduit à la fois par les morceaux joués derrière son triste piano noir, mais également par l’absence de vie dans son appartement sobre, vide et spacieux. Un espace qui matérialise la vie d’un homme seul et sans attaches.
Sam Taylor-Johnson choisit Jamie Dorman pour interpréter le rôle complexe de Grey et Dakota Johnson pour le rôle d’Anastasia. Un choix fortement contesté par de nombreux fans du livre d’E.L James ; en cause, le jeu jugé absent de l’actrice Dakota Johnson. Il faut toutefois noter que l’interprétation du rôle féminin est objet à de nombreuses contraintes ; notamment dans les scènes érotiques où le corps de l’actrice est exposé entièrement nu devant les caméras. Le jeu des acteurs doit avant tout, être perçu comme une performance au sein de la narration. Beaucoup de points sont éludés par Christian Grey ; concernant ses blessures passées et ce qui a fait de lui un homme riche et puissant. On peut noter jusqu’à lors, une mise en intrigue qui tient en haleine son spectateur. Le film défie les codes récurrents de la romance classique, car l’amour est uniquement présent dans l’esprit d’Ana. Christian et Ana parviennent-ils à stabiliser leur relation tumultueuse ? C’est à vous de le découvrir.
Synopsis : L’histoire d’une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.
Cinquante nuances de Grey – Fiche Technique
Titre originale : Fifty Shades of Grey
États-Unis – 2015
Réalisation: Sam Taylor-Wood
Scénario: Kelly Marcel d’après: Fifty Shades of Grey de: E.L. James
Interprétation: Dakota Johnson (Anastasia Steele), Jamie Dornan (Christian Grey), Marcia Gay Harden (Grace Grey), Eloise Mumford (Kate), Max Martini (Taylor)…
Genre : Romance, Drame, Erotique
Image: Seamus McGarvey
Décor: David Wasco
Costume: Mark Bridges
Son: Mark Noda
Montage: Debra Neil-Fisher, Anne V. Coates, Lisa Gunning
Musique: Danny Elfman
Producteur: Michael De Luca, E.L. James, Dana Brunetti
Distributeur: Universal PIctures International France
Récompenses : Razzies 2016 du pire film, du pire acteur, de la pire actrice et du pire couple
Date de sortie: 11 février 2015
Durée: 2h05
Synopsis: Au Pays Imaginaire, la légende dit qu’avec le passage d’une comète vient une créature qui dévastera le royaume des fées. Clochette et ses amies vont tenter de trouver cette créature et empêcher le désastre.
You Can Ring My Bell
Clochette, ni plus ni moins…
Prendre ce film pour ce qu’il est sans tenter de le comparer au cinéma d’auteur, qui n’a absolument pas les mêmes prétentions : mission difficile mais pas impossible. Depuis quelques années, par le rachat de franchises et la création de filiales, l’empire Disney ne se contente plus d’envahir les salles de cinéma lors des seules fêtes de fin d’année, aujourd’hui Disney Company est une holding dotée d’une collection printemps-été à laquelle succède la collection automne-hiver.
Un nouveau filon
Parmi ces franchises et autres sagas surnage la fée Clochette (Tinkerbell pour les puristes), exfiltrée de l’univers Peter Pan depuis l’année 2008, qui vit la sortie DVD de La Fée Clochette et la mise en images de synthèse de la naissance de celle qui deviendra l’égérie de Peter, l’enfant qui ne voulait pas grandir. Clochette Et la Créature Légendaire est le septième film à lui être consacré, le troisième à sortir en salles.
Sans surprise
Une nouvelle fois, le produit est parfaitement calibré pour enchanter les plus jeunes et surtout les fillettes. Contrairement à d’autres productions Disney, il n’est pas certain cette fois que les parents et accompagnateurs y trouvent leur compte et ce, principalement pour deux raisons qui laisseront les têtes blondes parfaitement indifférentes.
Sous-animé
La première raison frappe à la première image: l’animation (DisneyToon Studios ne s’occupait il y a peu que des suites de classiques, destinées exclusivement aux sorties DVD) sans être rébarbative, reste très en–dessous des possibilités actuelles de Disney, studios réputés très performants en la matière, du moins pour certaines filiales. On sent qu’une part de leurs films sortant en cours d’année est sans réels enjeux financiers et sert surtout à garder la marque à l’affiche le plus longtemps possible. Toujours est-il qu’on aurait apprécié plus d’ambition artistique de ce côté-là.
Clochette devenue fade
La deuxième raison est le personnage de Clochette lui-même : son traitement depuis qu’elle évolue seule ne peut que laisser sceptique. Peter Pan nous la présentait jalouse jusqu’à la tentative de meurtre, peste à en être malade, colérique et bien évidemment icône sexuelle, aspect très bien exploité par Régis Loisel dans sa série de bandes dessinées. Tout ce qui faisait le sel de Clochette a depuis disparu, il ne reste qu’une petite blonde naïve, maladroite et qui veut le bien général. Exit tout ce qui pourrait paraître négatif ou subversif aux plus jeunes et avec, le côté familial du personnage. Ajoutez-y le fait que dans ce film, elle est réduite à un rôle secondaire et il ne restera que les enfants pour en dire du bien.
À consommer avec modération
Au final, Clochette Et La Créature Légendaire n’est pas réellement une catastrophe, mais ne va pas au-delà du produit de consommation courante et à la morale bien balisée. Bien sûr, il ravira les petites filles (n’oublions pas le casting de voix françaises, véritable usine à sarcasmes…) qui voudront à tout prix se déguiser, qu’elles voient ce film ne sera d’ailleurs pas une catastrophe absolue, mais il risque d’entamer sérieusement leur esprit critique naissant par rapport au Septième Art. Donc Clochette oui, mais point trop n’en faut.
Clochette & La Créature Légendaire | Bande-Annonce Officielle
Clochette Et La Créature Légendaire : Fiche Technique
Réalisation : Steve Loter
Production : DisneyToon Studios
Nationalité : U.S.A.
Distribution : The Walt Disney Company France
Voix françaises : Lorie, Alyzée, Anna Ramade, Elisabeth Ventura, Edwige Lemoine
Durée : 76’
Sortie : 8 avril 2015
Synopsis: Après une ascension fulgurante, la sénatrice Selina Meyer perd les primaires de son parti pour les élections présidentielles américaines. On lui demande finalement à la dernière minute de servir son pays en tant que vice-présidente (VP ou « Veep ») des États-Unis. Elle accepte donc, pensant mener ses projets. Malheureusement, elle semble oublier que c’est son rival qui est désormais son supérieur. Un parcours semé d’embûches politiques l’attend mais elle va continuer à jouer son rôle quelles que soient les circonstances.
Une satire habile de la politique américaine
Sortie l’année de la réélection de Barack Obama, cette série estampillée HBO ne prend pas de gants pour moquer ouvertement la grande messe de la politique américaine. Le fait de choisir comme personnage principal un vice-président, rouage essentiel du système présidentiel en même temps que subalterne ingrat de la plus haute fonction, qui plus est une femme, permet à Armando Iannuci d’observer de près les rouages d’un environnement propice à la satire. C’est qu’entre négociations avec l’opposition pour ratifier tel ou tel amendement, réunions d’urgence entre sénateurs au Congrès ou au Sénat pour voter des lois de politique intérieure et autre campagne d’adoubement interminable pour élire le représentant qui conduira le parti au rôle suprême, la liste est longue des absurdités et des compromis de chacun pour trouver sa place sur l’échiquier. L’équilibre s’en trouve d’autant plus fragile quand à la séparation vie privée/vie publique. Il n’est alors pas rare de manipuler l’appareil médiatique pour ridiculiser l’adversaire et ainsi parvenir à ses fins. L’incompétence le dispute alors souvent à l’égocentricité de ces parvenus pour lesquels faire carrière leur importe bien plus que servir la patrie.
L’envers du décor est peu reluisant et le scénario, bien que volontairement extravagant dans quelques situations, reste assez proche d’une certaine réalité. Cette première saison (une quatrième vient de voir le jour) questionne finalement plutôt habilement le rapport entre les représentants de la vie démocratique d’un État fort et ses administrés, qui n’ont d’autre choix que de confier les pleins pouvoirs à des hommes et des femmes faillibles, et donc pas toujours prompts à prendre les bonnes décisions qui régissent leurs vies. En cela, la comédie maline qui caricature ce petit monde n’en rajoute jamais dans le vaudeville abrutissant et sait prendre son temps pour construire autre chose que de simples archétypes sans aucune consistance. Mention spéciale à Selina Meyer, la Vice-Présidente qu’incarne avec charme et enthousiasme Julia Louis-Dreyfus. Derrière son apparente tyrannie et son assurance à toute épreuve se révèle une femme plus sensible et en manque d’amour qui doit se cacher pour vivre sa relation intime et qui ne peut élever sa fille comme elle le voudrait.
Derrière elle gravite un tas de personnage plus ou moins sympathiques qui ne servent que de miroirs à peine déformants à un système intrinsèquement inabouti. La machinerie américaine suppose des infrastructures et des partenaires parfaitement adaptés à son fonctionnement mais cette belle mécanique se retrouve vite grippée lorsqu’on ne lui donne pas les moyens, humains et financiers, de ses hautes ambitions. Voila pourquoi, plus qu’une énième moquerie sur les institutions US, cet habile mélange de charge et de politique fiction mérite le détour.
Fiche technique – Série Veep:
Titre original : Veep
Genre: Série humoristique
Créée par Armando Iannucci (2012)
Acteurs principaux : Julia Louis-Dreyfus, Anna Chlumsky, Gary Cole, Reid Scott, Matt Walsh, Tony Hale, Sufe Bradshaw, Timothy Simons, Randall Park
Durée : 26mn
4 saisons / 28 épisodes (en production)
Critique du film, Projet Almanac, un divertissement sans prétention ni ambition
Synopsis : Alors qu’il cherchait un moyen de payer ses études et aider sa mère financièrement, David Reskin tombe un jour sur les mystérieux plans d’une inventions de son défunt père qui s’avère être un prototype de machine à voyager dans le temps. Avec ses amis, l’adolescent va réussir à la construire et à la faire marcher, s’amusant ainsi à changer certains événements à leur avantage. Mais modifier le temps n’est pas quelque chose qu’il faut prendre à la légère…
Un temps considéré comme un genre en pleine expansion dans le cinéma, le found footage s’est peu à peu effacé de l’inconscient collectif, ne laissant que les films d’horreur (Paranormal Activity et consorts) exploiter ce format à leur guise. Et si certains projets sont passés inaperçus comme le récent Écho, Michael Bay relance aujourd’hui la machine en tant que producteur avec ce long-métrage dont la sortie en salles n’a cessé d’être repoussée à ce 25 février 2015, tout en changeant de titre. Un tel projet valait-il vraiment autant d’attention ?
Amis des scripts bien écrits et respirant l’originalité à plein nez, autant vous le conseiller tout de suite : passez votre chemin, Projet Almanac n’est vraiment pas un film qui saura combler vos attentes. Surtout que la thématique du voyage dans le temps a déjà été traitée maintes et maintes fois au cinéma, allant de La machine à explorer le temps à X-Men : Days of Future Past, en passant par la saga Terminator, la trilogie Retour vers le Futur et Men in Black 3. Un sujet qui a été vus dans tous les angles possibles et inimaginables, autant dire que Projet Almanacpartait avec un sérieux handicap, celui de n’avoir pas grand-chose à dire. Et c’est malheureusement le cas pour ce film, qui en prenant des adolescents comme personnages principaux, va reprendre toutes les ficelles du genre pour mettre en place son histoire : gagner au loto, se venger d’une personne ne pouvant pas vous saquer, réussir une interro loupée, participer à une fête alors que vous ne pouviez pas avant… sans oublier l’éternel danger du « modifier ne serait-ce qu’un minime détail du temps entraîne de lourdes conséquences » et un soupçon de « quoique l’on fasse, l’histoire est écrite d’avance ». Projet Almanac n’est donc pas le film qui saura réinventer quoi que ce soit, se contentant juste du minimum scénaristique syndical pour justifier sa mise en chantier.
Mais à défaut d’avoir une once d’ambition, il faut bien reconnaître que le long-métrage de Dean Israelite se présente au public comme un petit film n’ayant que la prétention de divertir. Et sur ce point, Projet Almanac remplit son cahier des charges sans véritablement chercher à impressionner l’assistance. Le but ici est juste de raconter l’aventure de cette bande d’adolescents, de la fabrication de la machine jusqu’aux problèmes qu’ils rencontrent et qu’ils doivent corriger, ni plus ni moins. Une simplicité des plus enfantines qui porte néanmoins ses fruits, étant donné que l’ensemble se révèle être assez plaisant à suivre. En effet, les personnages en question ne sont pas des abrutis comme les productions MichaelBay avaient jusque-là l’habitude de mettre en avant (les remakes de films d’horreur comme Vendredi 13, le récent Ninja Turtles), ringardisés par un humour balourd et des répliques lamentables. Non, dans Projet Almanac, les protagonistes sont des adolescents comme les autres, ayant leurs problèmes et leurs envies, vivant des situations que tout le monde a au moins déjà subi… Des personnages tout bonnement proches du spectateur, facilement identifiables auxquels il n’est donc pas difficile de s’attacher et de les suivre dans leur mésaventure temporelle rythmée, l’interprétation honorable des jeunes comédiens, méconnus du grand public, faisant le reste.
Et le found footage dans tout cela ? Pourquoi avoir choisi ce format pour réaliser Projet Almanac ? Depuis sa popularisation avec le succès du Projet Blair Witch, ce type de mise en scène avait pour but d’immerger le public dans une réalité créée de toute pièce mais au combien crédible tout en lui faisant ressentir ce qu’éprouvaient les protagonistes, sans oublier quelques enjeux scénaristiques. Ici, comme pour la plupart des récents films de ce genre, il ne s’agit que d’un simple artifice non justifiée. Dans le cas du long-métrage de Dean Israelite, le fait qu’un personnage filme constamment caméra à la main est expliqué par le fait que chaque expérience vécue avec la machine à explorer le temps soit un moment à immortaliser. Quid donc des passages intimistes ou de la dernière demi-heure de l’ensemble ? Comme la plupart de ses congénères, Projet Almanac use assez mal du found footage, étant spécialement composé de séquences qui, d’un point de vue réaliste, non pas lieu d’être, une personne censée n’étant pas supposer filmer telle ou telle situation dans la vraie vie. Sans oublier les nombreuses coupures entre chaque plan d’une même scène, témoignant de la présence d’un montage qui rappelle que le public à affaire à un film et non une vidéo amatrice réalisée par un individu lambda.
Sans aucune prétention ni ambition, Projet Almanac n’est rien d’autre qu’un sympathique divertissement, agréable à regarder mais vite oubliable, qui n’a de MichaelBay que les moyens en matière d’effets spéciaux (assez bons, au vue d’un budget de 12 millions de dollars) et des placements de produits un peu poussifs par moment (par exemple, une canette de telle marque en lévitation). Alors qu’à première vue, le film s’annonçait comme un nouveau Projet X, Projet Almanac se rapproche bien plus de Chronicle sans toutefois l’égaler. C’est déjà ça !
Projet Almanac – Bande-annonce
Fiche technique – Projet Almanac
Titre original : Project Almanac
États-Unis – 2014
Réalisation : Dean Israelite
Scénario : Andrew Stark et Jason Pagan
Interprétation : Jonny Weston (David Raskin), Sofia Black D’Elia (Jessie), Virginia Gardner (Christina Raskin), Sam Lerner (Quinn Goldberg), Allen Evangelista (Adam), Patrick Johnson (Todd), Michelle DeFraites (Sarah Nathan), Amy Landecker (Kathy)…
Date de sortie : 25 février 2015
Durée : 1h47
Genre : Science-fiction
Image : Matthew J. Lloyd
Décors : David Smith
Costumes : Mary Jane Fort
Montage : Julian Clarke et Martin Bernfeld
Budget : 12 M$
Producteurs : Michael Bay, Andrew Form et Brad Fuller
Productions : Paramount Pictures, Platinum Dunes, MTV Films et Insurge Films
Distributeur : Paramount Pictures France
Kingsman : Services secrets, Un divertissement qui aurait mérité d’être bien plus délirant
Synopsis : Eggsy est un jeune adolescent vivant de larcins depuis la mort de son père qui, après une nuit en garde à vue, croise le chemin de Harry Hart, un membre de l’agence d’espionnage KINGSMAN, venu tenir la promesse faite à son père en l’entraînant dans l’univers des services secrets. Pendant qu’Eggsy enchaîne des exercices pour le moins mortels, l’agence tente de son côté d’élucider la mystérieuse mort d’un de ses espions, liée aux activités de Richmond Valentine, un puissant et riche homme d’affaires…
Après un passage remarqué dans l’univers des super-héros (Kick-Ass, X-Men : le Commencement), le réalisateur britannique Matthew Vaughn se tourne cette fois-ci vers le monde de l’espionnage, en adaptant un nouveau comic book de Mark Millar (auteur de Kick-Ass) intitulé The Secret Service. Un projet qui semble porter ses fruits, à la vue des nombreuses critiques élogieuses accompagnant sa sortie, allant du « jouissif » au « jubilatoire » en passant par « classe et trash ». En même temps, c’est ce que le public se doit d’attendre d’un divertissement signé Matthew Vaughn ! Mais est-ce que finalement, Kingsman mérite-t-il autant d’intérêt ?
À voir la bande-annonce du film, il est indéniable que l’objectif principal du cinéaste ait été d’initier une toute nouvelle franchise pour relancer un genre cinématographique en perdition (l’espionnage), tout en essayant de faire du neuf avec du vieux. Il reprend ainsi tout ce qui a fait le succès de la saga maîtresse du genre (James Bond), à savoir le charme et la classe british représentée par ces agents habitués des beaux costumes et bonnes manières devant affronter un grand vilain au plan diabolique visant à détruire le monde, pour mélanger le tout à son côté trash et décontracté qui ont fait la réputation de ce réalisateur. Ainsi, le spectateur est en droit d’attendre de Kingsman une sorte de parodie totalement déjantée qui doit, en plus de cela, divertir un maximum avec les moyens du bord (un budget de 81 millions de dollars). Pari en quelque sorte réussi, non sans accrocs.
Dès les premières secondes du film, un mini générique explosif accompagné des guitares de Dire Staits, la couleur est annoncée : Kingsman n’est rien d’autre qu’un divertissement fun et jouissif. Et il suffit de voir les personnages, dont un antagoniste hors norme (qui ne supporte ni la violence ni la vue du sang) et de son acolyte déjanté (une femme aux prothèses tranchantes), et des situations totalement déjantées pour comprendre que la simplicité du scénario n’est pas la principale préoccupation de Matthew Vaughn. Ici, tout est justement prétexte à utiliser de très grosses ficelles du cinéma d’espionnage pour à la fois s’en moquer et s’en servir afin de livrer au public un spectacle détonnant qui balance entre humour noir et séquences d’action à la Quentin Tarantino n’ayant pas peur du gore. Allié à la mise en scène très « punchy » à la limite du jeu vidéo du réalisateur et à sa manière d’utiliser tous ces petits détails pour en faire ressortir l’essence comique, Kingsman saura en séduire plus d’un, se présentant pour le coup comme le blockbuster tant attendu de ce début d’année. Et ce n’est pas le prestigieux casting qui viendra dire le contraire, ce dernier proposant tout un lot de célébrités parfaitement à l’aise dans leur rôle respectif : un Colin Firth à la grande classe, un Samuel L. Jackson hilarant, un Mark Strong au top…
Cependant, un sentiment de frustration se fait ressentir lorsque le générique de fin pointe le bout de son nez. Celle de ne pas avoir vu un film qui, comme l’annonçait les critiques et la promotion, se lâchait totalement. En effet, pour en arriver à un final décérébré (vu la scène, c’est le cas de le dire), il a fallu au préalable passer par l’apprentissage du personnage principal, un jeune voyou qui se retrouve propulsé dans l’univers de l’espionnage malgré lui dont il doit en assimilé les techniques et les rouages. Une partie du film qui fait donc intervenir des adolescents et qui entraîne du coup le spectateur dans un enchaînement de situations dans lesquels ces protagonistes vont être mis à rude épreuve. Ce genre de trame vous dit quelque chose ? Eh bien il suffit de repenser aux récents La stratégie Ender et Divergente pour se rendre compte que même Matthew Vaughn n’a pas su éviter un passage qui sonne affreusement cliché et mille fois vu dans les films pour adolescents. Le pire dans tout cela, c’est que cette fameuse partie plutôt longue (au moins une heure sur les 129 minutes du projet) fait tâche à l’ensemble du long-métrage, se prenant bien trop au sérieux alors que Kingsman se présente pourtant comme un divertissement complètement barré. Et même si quelques situations cocasses font patienter jusqu’à un dénouement tant espéré, l’ennui se fait pourtant sentir. Ne concentrer la trame que sur l’enquête et le plan machiavélique du grand méchant aurait sans doute été plus judicieux que de perdre son temps inutilement pour donner à Kingsman une impression de film pour adolescents qui ne lui va pas, et ce même si les jeunes interprètes (Taron Egerton en tête) s’en sortent honorablement.
Un malheureux constat qui vient ternir les nombreux éloges faits à ce film, qui mérite pourtant le coup d’œil en se présentant comme un divertissement de bonne facture. Mais le résultat aurait pu se montrer bien plus détonnant que cela si la partie adolescente avait été mise de côté, au profit des situations délirantes et spectaculaires que propose Kingsman. Étant donné qu’il s’agit de l’introduction d’une nouvelle franchise hollywoodienne, il ne reste plus qu’à espérer que le second opus, s’il se fait, saura corriger cela.
Kingsman : Services secrets : Bande-annonce
Kingsman : Services secrets : Fiche technique
Titre original : Kingsman : The Secret Service
Réalisation : Matthew Vaughn
Scénario : Matthew Vaughn et Jane Goldman, d’après le comic book de Mark Millar et Dave Gibbons
Interprétation : Colin Firth (Harry Hart/Galahad), Taron Egerton (Gary « Eggsy » Unwin), Samuel L. Jackson (Richmond Valentine), Mark Strong (Merlin), Sofia Boutella (Gazelle), Sophie Cookson (Roxy), Michael Caine (Arthur/Chester King), Geoff Bell (Dean)…
Image : Georg Richmond
Décors : Andrew Ackland-Snow
Costumes : Arianne Phillips
Montage : Conrad Buff et Eddie Hamilton
Musique : Henry Jackman et Matthew Margeson
Budget : 81 M$
Producteurs : Matthew Vaughn, Adam Bohling et David Reid
Productions : 20th Century Fox et Marv Films
Distributeur : 20th Century Fox France
Durée : 129 minutes
Genres : Espionnage, action, comédie
Date de sortie : 18 février 2015 États-Unis, Royaume-Uni – 2015