Band of Brothers : L’enfer du Pacifique -The Pacific- : Critique

Neuf ans après Band of Brothers, Steven Spielberg et Tom Hanks produisent une nouvelle minisérie pour HBO, Band of Brothers : L’enfer du Pacifique. Le format est le même avec 10 épisodes pour une seule saison, mais on va suivre 3 personnages différents dans 3 corps de marines dans la même guerre, au lieu d’une unique compagnie.

Dans l’enfer des tropiques 

L’intrigue se déroule dans le Pacifique, avec trois personnages très différents. Robert Leckie, journaliste sportif, un romantique qui s’est épris de sa voisine juste avant son départ. Il va vivre cette guerre au cœur des marines, voyant ses camarades tomber autour de lui. Alternant la jungle boueuse et pluvieuse, les séjours en Australie, l’asile et l’infirmerie ; John Basilone, fils d’immigrés italiens, fier d’être un marine, qui va devenir un héros pour sa nation et retourner au pays pour faire la publicité de l’armée. Mais c’est un homme de conviction et la sienne, c’est de se battre auprès des siens. Il retourne dans le Pacifique et va y rencontrer la femme de sa vie, une infirmière italienne ; enfin, Eugene Sledge voit son frère aîné partir à la guerre, lui étant retenu par un souffle eu cœur. Le souffle disparaissant, il va pouvoir rejoindre son ami d’enfance, lui aussi parti avec les marines. Sa sensibilité va être mise à rude épreuve : il va perdre son innocence et découvrir les horreurs de la guerre, qu’elles soient américaines ou japonaises.

C’est difficile de ne pas comparer les deux séries. Même si le traitement est différent, le thème reste la seconde guerre mondiale. Le fait de se retrouver dans trois corps de marines, rend l’ensemble un peu confus. Il faudra plus de temps pour identifier les divers personnages et comme pour son aînée, c’est mi-saison que The Pacific devient enfin passionnante.

Pourtant, elle évite l’abus de combats, mettant plus l’accent sur les conditions climatiques et humaines, le climat tropical étant plus dangereux que l’ennemi. Cette pluie qui tombe à tout moment, rendant le terrain boueux, l’impossibilité de sécher ses vêtements, épuisent ces hommes aussi bien physiquement, que psychologiquement. Les batailles sont vite expédiées. L’ennemi est invisible, il donne l’assaut de nuit. Cela peut semer la confusion et mener à la bavure. Un séjour en Australie permet de souffler un peu, cela apporte un peu de légèreté. C’est aussi un défaut : on sent l’envie de viser un public plus large avec des bluettes sans réel intérêt. On est loin de la testostérone émanant de Band of Brothers.

Néanmoins, le spectateur comprend les différents rouages de la guerre : le héros trop vite porté aux nues et renvoyé malgré lui au pays pour ramener de l’argent dans les caisses de l’armée, se servant de lui comme un simple objet publicitaire, loin de son ambition de servir sa patrie au front. L’idée romantique de la guerre vole rapidement en éclats. On est loin de l’image idyllique diffusée dans la presse et la télévision. Le japonais devient un sale macaque aux yeux de ces hommes, qui vont jusqu’à lui arracher ses dents en or pour arrondir leurs soldes, comme les nazis avec les juifs. La frontière est étroite entre le bien et le mal, très étroite….

Les marines ne sont pas représentés comme des super-héros ; ce sont des hommes comme les autres. En partant à la guerre, ils reviendront différents, aussi bien touchés dans leur chair, que dans leurs convictions. Le personnage de Sledge est le plus intéressant. Il veut absolument rejoindre les marines dans le Pacifique. Il sera celui qui rend la série passionnante, avec le soutien de Leckie et Basilone, devenant moins lisses. Leurs parcours nous permet de voir les différents aspects de la guerre. Ils ne sont pas érigés en héros, en exemple, du moins pour le spectateur. On voit leurs failles, on assiste à leurs interrogations et aux atrocités auxquelles ils sont confrontés : ces membres arrachés dévorés par les vers, les villageois se sacrifiant tel des kamikazes, mettant à mal leurs désirs de les secourir, au risque de se retrouver dans un piège, ce qui instaure un climat paranoïaque. Mais aussi la question la plus importante : Pourquoi cette guerre ? A aucun moment, le spectateur reçoit une explication. Ils doivent se battre pour leur pays, point.

Lors de la deuxième partie de saison, les combats se font plus présents, plus intenses, l’ennemi prenant enfin forme. Maintenant que les personnages sont identifiés, il est plus aisé de s’intéresser à l’histoire, à cette guerre qui se finira en une phrase : « On a lâché la bombe, la guerre est finie ». Hiroshima n’est même pas citée, tout comme le fait que ce soit une bombe atomique. Apparemment les américains assument encore mal cette victoire au goût amer.

Avec un budget conséquent (plus de 150M), la série avait les moyens de ses ambitions. La réalisation n’est pourtant pas transcendante au début. Tim Van Patten étant un habitué des séries télévisés, tout comme David Nutter. La vue d’ensemble est trop simpliste, trop conventionnelle, et les épisodes en pâtissent. Il faudra l’excellent épisode 5 dirigé par Carl Franklin pour voir la différence et avoir l’impression d’être devant un film et non une série classique.

L’interprétation est inégale. James Badge Dale (Leckie) est ennuyant : il est plus proche d’un personnage des Feux de l’amour, que d’un marine. Au fil des épisodes, il va remédier à cela mais il est clairement le plus faible du casting. Jon Seda est mal exploité au début, il est même presque absent mais à l’instar de Donnie Whalberg dans Band of Brothers, il va prendre de l’épaisseur et s’imposer dans la seconde partie. Joseph Mazzello débarquant en plein milieu, quand la série devient passionnante, est indiscutablement le plus doué de tous, même si Rami Malek est assez dérangeant, ce qui le rend fascinant. Jon Bernthal avait fait sa première apparition dans Band of Brothers. Cette fois-ci, il a un rôle plus conséquent aux côtés des chevronnés William Sandler et Annie Parisse. Le reste du casting n’ayant pas encore fait ses preuves, puis aucun ne sortant vraiment du lot, il faudra quelques années pour voir si certains ont eu une carrière intéressante ou confidentielle.

La série à un niveau correct, mais bien loin de Band of Brothers. Elle a du mal à décoller, et ne nous emmène jamais bien haut. Les personnages ne sont pas suffisamment passionnants pour que l’on s’y attache. Le côté romance est un peu ennuyant. Historiquement, on apprend peu : il n’y a jamais de dialogues avec l’ennemi ou trop brièvement ; tout reste en surface et ne va jamais au fond des choses. Assez décevant au final.

Synopsis : Suite à l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, de jeunes américains pleins d’espoirs s’engagent dans l’armée pour défendre leur pays face à l’invasion japonaise. Ces soldats sont envoyés dans les îles du Pacifique où l’ennemi gagne du terrain. Ils n’ont aucune idée de l’enfer qui les attend. Les désillusions se mêlent vite à la peur, et la mort devient leur lot quotidien. Ce qu’ils vont vivre les changera à jamais. Suivez le parcours de trois marines américains – Robert Leckie, John Basilone et Eugene Sledge – au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor jusqu’au retour à la maison des soldats après la capitulation japonaise. 

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

 

 

 

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.