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Les enquêtes du département V : Profanation, un film de Mikkel Nørgaard : Critique

Comme son nom complet l’indique, Profanation fait partie d’une série : Les enquêtes du département V. On trouve derrière ce titre une belle réunion de ce qui fait le cinéma commercial Danois.

Synopsis : Carl Morck et Assad fêtent la création officielle du département V, chargé de résoudre les affaires laissées en suspens depuis des années. Des circonstances tragiques vont les faire réexaminer une affaire de viol et de meurtre qui avait pourtant trouvé un coupable. Ils vont devoir creuser plus en avant dans le passé, s’ils veulent trouver la vérité. 

Association de bienfaiteurs

Il s’agit tout d’abord d’une adaptation des romans de Jussi Adler-Olsen, dont les six déjà parus sont de gros succès de librairie. On trouve ensuite à la tête du projet deux noms relativement familiers : Mikkel Norgaard et Nikolaj Arcel. Le premier, réalisateur des deux premiers films, nous est connu par la série Borgen (dont on retrouve aussi l’acteur Pilou Asbaek) tandis que le second, scénariste et futur réalisateur du troisième épisode : Délivrance a réalisé le très remarqué Royal Affair et écrit l’adaptation des deux premiers tomes de Millenium.

Si l’on étend l’analyse au casting et à l’équipe technique, on croise des noms familiers des amateurs de cinéma et de série scandinave : The Killing pour l’acteur principal Nikolaj Lie Kaas, Millenium pour le chef opérateur Eric Kress, ou encore Morse pour les compositeurs Johan Söderqvist et Uno Helmersson.

Pourquoi vous dire tout cela : si nous sommes naturellement plus au fait du cinéma hexagonal et anglo-saxon, les deux premiers volets des Enquêtes du département V ont été de vrais succès populaires dans leur pays d’origine, disputant au Hobbit de Peter Jackson le titre de champion du box-office. Bien que le film soit produit par Zentropa, il ne représente pas le Danemark du cinéma d’auteur de Lars Von Trier, Thomas Vinterberg ou Susanne Bier, mais celui du polar nordique.

Quelque chose de pourri au royaume de Danemark

Pour faire un bon polar, spécialement nordique il faut :

– Un enquêteur désabusé

– Un crime horrible

– De puissants adversaires

Profanation possède ces trois éléments. Les enquêteurs tout d’abord. Comme il s’agit d’un deuxième volet (le premier, Miséricorde est sorti directement en V.O.D. comme on vous l’a expliqué ici), ils ne nous sont pas présentés à nouveau, mais on comprend instinctivement qui est qui. Dans ce volet apparaît un personnage assez important des romans en la personne de Rose, la secrétaire du duo Carl Morck et Assad. Sympathique, au caractère égal et efficace, elle est un appui solide pour le pauvre Assad, perdu face à la mauvaise humeur de Carl. Ce trio fonctionne bien : Carl est le moteur de l’action, irascible mais attiré par la vérité comme le papillon par la lumière, Assad tente de le calmer quand il va trop loin et est celui qui comprend les sentiments des autres, tandis que Rose tente de faire le joint entre les autres en préparant un café de bonne qualité, et préparant les dossiers pour les enquêteurs.

Evidemment, le personnage de Carl Morck est celui qui ressort le plus dans l’histoire : il vit une vie de fantôme, étranger à son fils comme à lui même, mais son humanité se révèle dans sa volonté de rendre justice aux victimes, quoi qu’il en coûte. Tel Columbo, il incarne cette figure d’enquêteur que personne ne prend au sérieux, qui ennuie tout le monde, mais qui finit par trouver et prouver l’identité du coupable.

Un crime horrible ensuite : un frère et une sœur assassiné, la femme violée auparavant, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Reprenant le travail d’un enquêteur opiniâtre, nos héros vont faire le lien entre cette affaire et de nombreuses agressions ayant eu lieu dans la région. Polar nordique oblige, on retrouvera la fameuse cache secrète de l’un des tueurs où se côtoie accessoires sadomasochistes et trophées pris aux victimes.

Des adversaires puissants : l’intérêt de Profanation ne tient pas à la présence de nombreux twists qui, comme dans Gone Girl, changeraient constamment la perception que nous avons des événements. Si les coupables sont très vite connus, la question est de savoir comment le héros va réussir à les arrêter. Ils appartiennent en effet aux plus hautes sphères de l’Etat, et jouent de toute leur influence pour empêcher Carl Morck de les atteindre. On retrouve le thème des élites corrompues des Hommes qui n’aimaient pas les femmes, et là aussi le héros va devoir jouer de ruse et d’opiniâtreté pour renverser le rapport de puissance.

Froids dossiers

Si Profanation ne brille pas particulièrement par son originalité ou son suspens, il se rattrape par sa construction et surtout par ses personnages.

En effet, comme dans la série Cold Case, les témoignages sur le passé amènent à de nombreux flashbacks, au centre desquels on trouve le deuxième personnage principal du film : Kimmie, le témoin principal, recherchée aussi bien par Carl Morck que par le coupable.

Ancienne élève d’une école privée élitiste, elle apparaît comme asociale mais peu dangereuse. Sa relation avec le beau et riche Ditlev Pram, loin de la civiliser, va exacerber ses mauvais penchants jusqu’à l’amener à se briser physiquement et moralement.

Devenue sans domicile fixe dans le temps présent, elle n’en est pas pour autant dénuée de ressource et ne se contente pas d’être une proie sans défense. Elle joue ainsi un rôle pivot par sa double relation à Ditlev et Carl : manipulée par Ditlev, elle cherche à se venger ; recherchée par Carl, elle refuse d’être sauvée.

Ainsi, l’intrigue ne consiste pas tellement en la recherche d’un coupable qu’en la compréhension du passé : cette profanation ressemble à une psychanalyse brutale, où l’enquêteur tente de comprendre l’événement qui a brisé une jeune femme qui avait les cartes en main pour réussir sa vie. Pour autant, la comparaison faîte par Mikkel Norgaard entre le couple Ditlev / Kimmie et Roméo et Juliette dans le dossier de presse paraît déplacée : si l’évolution des deux est tragique, Kimmie est largement responsable du mal qui lui est arrivée et les deux amoureux sont plus proches de Mickey et Mallory Knox, le couple de Tueurs nés.

Cette ambiguïté est ce qui rend le film intéressant : si l’on a naturellement tendance à plaindre ce personnage qui a vécu toute sa vie dans le remords, ses actions passées et présentes en font d’elle aussi bien une victime qu’un bourreau.

Un polar solide

Les enquêtes du département V : Profanation est un film qui laisse une impression étrange : tout y est fait pour plaire, et pourtant l’on éprouve quelques réticences. L’intrigue est solide et avance bien, mais elle est dénuée de suspens, ce qui est assez embêtant pour un thriller. La réalisation enchaîne les belles images, mais on a toujours cette impression de personnages qui refusent d’allumer la lumière chez eux afin que l’on ressente la noirceur de l’intrigue. Le personnage de Kimmie est fouillé et intéressant mais les autres sont assez creux.

Pour autant, on prend un réel plaisir à suivre les aventures de Carl Morck et Assad, et, comme pour une série TV de luxe, on a envie de les retrouver pour une autre de leurs enquêtes en sortant de la salle, ce qui justifie d’avoir sorti la première de leurs aventures en même temps, en VOD, et nous pousse à attendre le troisième volet.  David Fincher voulait adapter Millénium pour pouvoir mener une franchise de polars destinée à des adultes : et s’il s’était simplement trompé de roman nordique à adapter ?

Les enquêtes du département V : Profanation : Bande-annonce (VOST)

Les enquêtes du département V : Profanation : Fiche technique

Titre original : Fasandraeberne
Réalisation: Mikkel Nørgaard
Scénario: Nikolaj Arcel, Rasmus Heisterberg d’après le roman de Jussi Adler-Olsen
Interprétation: Nikolaj Lie Kaas (Carl Morck), Fares Fares (Assad), Danica Curcic (Kimmie Larsen adulte), Sarah Sofie Boussnina (Kimmie jeune), Pilou Asbaek (Ditlev Pram adulte), Marco Ilso (Ditlev jeune)
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Image: Eric Kress
Décor: Rasmus Thjellesen
Costume: Stine Thaning
Montage: Morten Egholm, Frederik Strunk
Musique: Patrik Andrén, Uno Helmersson, Johan Söderqvist
Producteur: Jonas Bagger, Madeleine Ekman, Peter Aalbaek, Maria Köpf, Louise Vesth
Société de production: Zentropa Entertainments
Genre: Policier
Date de sortie: 08 avril 2015
Durée: 119 minutes

Danemark – 2014

 

Mozart in the jungle, saison 1 : Critique Série

Dans le monde des séries musicale, Mozart in the jungle fait figure d’ovni.

Synopsis: Rodrigo, jeune prodige trentenaire, rejoint le prestigieux orchestre de New York suite au départ du maître vieillissant dont l’ego n’a cessé de croître avec l’âge. Ce dernier voit sa mise à l’écart comme une injustice envers son talent et son dévouement. Parmi les nouveaux musiciens, Hailey, hautboïste, réalise ce qui se cache en coulisses…

Variations et fugues

Prenant à contre pieds la tendance actuelle post-glee qui lorgne plutôt vers la pop commerciale pour s’assurer des recettes en amonts (via les ventes de disques), les créateurs Roman Coppola, Paul Weitz et Jason Shwartzman préfèrent revenir aux fondamentaux : la musique classique. Face à ce choix risqué, la phrase « la musique classique est déficitaire depuis 200 ans, ça n’a jamais été une bonne affaire » prononcée par Malcolm McDowell résonne automatiquement comme une amusante mise en perspective de l’aspect casse-gueule de l’entreprise.

Librement inspirée de l’autobiographie de l’hautboïste Blair Tindall (Mozart in the Jungle : Sex, drugs, and classical music), la série suit la vie des membres de l’orchestre philharmonique de New York, entre concerts, répétitions et arrondissement de fin de mois. Au travers de ses nombreux personnages, on découvre ce monde méconnu au service d’un héritage musical qui tend à disparaître car il rapporte peu. Si les scénaristes cèdent parfois au romantisme, notamment avec le personnage de Rodrigo le fougueux chef d’orchestre (Gaël Garcia Bernal), les interactions des personnages sonnent toujours juste et tous ont une partition psychologique écrite avec une précision qui fait plaisir à voir. Du vieux maestro poussé à la retraite au percussionniste dealer de drogue, Mozart… fait défiler énormément de figures diverses et offre un portrait imparfait mais assez juste de cet univers assez mal considéré. Tout ce beau monde se croise dans un univers teinté d’une douce fantaisie, jamais trop vulgaire, trop niais ou trop larmoyant. Un dosage subtile qui donne à la série l’image de la vie même…rythmée par les moments de galères, les instant magiques et les plaisir simple du monde.

Mozart in the jungle ne cesse de surprendre à la fois pas ses choix scénaristiques particuliers (avec quelques passages oniriques), son casting hétéroclite (Malcolm McDowell, Jason Shwartzman…) et son identité musicale qui oscille entre grands classiques (Mozart, Beethoven…) et autres pièces plus confidentielle (Sibelius, Malher…). Les auteurs n’hésitant pas à sortir du cadre de la simple salle de concert, en montrant toujours avec humour le système B auquel les musiciens doivent se plier pour arrondir leurs fin de mois. Spectacles idiots de Broadway (Oeudipe la comédie musicale), cours de musique pour les fils à maman et enregistrement de musiques de films, sont finalement le lot quotidiens de ces artistes que l’on a trop souvent tendance à confondre avec leurs instruments. « Il faut toujours être un peu masochiste pour jouer du hautbois » dit le personnage d’Haylee…on pourrait en dire de même pour tout les musiciens tant le travail abattu n’apporte que très peu de reconnaissance.

Ce petit bijou d’humour détonne dans l’univers formaté des sitcom et autres séries musicale en rendant finalement hommage à ces musiciens trop souvent dans l’ombre des autres artistes. La saison s’enfile d’une traite (merci Amazon) et on en ressort le sourire jusqu’aux oreilles, avec une furieuses envie de réécouter ses classiques.

Mozart in the Jungle : Fiche Technique

Pays : États-Unis
Date : 2014
Créateurs : Alex Timber, Paul Weitz, Roman Coppola, Jason Shwartzman
Castings : Gael Garcia Bernal, Malcolm McDowell, Lola Kirke, Saffron Burrows, Bernadette Peters…
Épisodes : 10
Production : Amazon Studio

 

Cake, un film de Daniel Barnz : Critique

Cake, le rôle dont Jennifer Aniston avait besoin

Synopsis : Depuis un terrible accident, Claire est touchée dans la chair comme dans l’âme. En plus d’être devenue dépendante aux médicaments qui l’aident à tenir debout, elle est surtout devenue si difficile à vivre que même son mariage semble de ne pas pouvoir s’en relever. Et, dans son groupe de soutien, tout juste endeuillé par le suicide d’une de ses membres, son attitude cassante lui vaut les foudres de la responsable. De plus en plus dépressive, Claire en vient à se demander si l’option du suicide ne serait pas envisageable pour elle aussi…

L’ancienne interprète de Rachel dans Friends, depuis reléguée à des rôles d’aguicheuses dans des comédies romantiques de mauvais goût, vient peut-être enfin de trouver, dans ce quatrième film de Daniel Barnz, l’opportunité de prouver aux producteurs américains qu’elle est capable de sortir de cette case. Débarrassée de tout maquillage (hormis ceux lui fournissant des cicatrices sur le visage et les jambes), l’actrice se donne le défi, peut courant à Hollywood, d’apparaître au naturel. La façon très juste qu’elle a de jouer le mal-être de Claire, en la rendant à la fois nerveuse et en manque d’affection est la preuve qu’elle a su prendre pour modèle des personnes réellement atteintes d’un stress post-traumatique, en l’occurrence de son amie (ayant participé à la production du film), l’ancienne cascadeuse Courtney Solomon. L’amoindrissement physique de son personnage est en revanche traité avec moins de rigueur. Tour à tour incapable de se tenir debout et parfaitement en état, l’état de santé de Claire semble quelque peu aléatoire au gré de l’histoire.

La façon dont le scénario prend, au bout d’une quinzaine de minutes, des allures fantastiques quand Claire se met à parler au fantôme de Nina, une jeune femme récemment suicidée, ne va pas lancer ce portrait de femme vers un trip mystique mais donne à son personnage une nouvelle orientation, en la faisant passer du stade de victime du destin assez antipathique à celui d’une femme hésitant entre passer à l’acte à son tour et se reconstruire. La présence d’une femme de ménage ultra-généreuse était jusque-là le dernier lien social de Claire, qui va dès lors tenter de se rapprocher du mari de Nina. Tout pourrait alors laisser croire que le scénario va suivre un schéma romantique classique les menant dans les bras l’un de l’autre, mais que nenni. Mais alors, vers quelle finalité le réalisateur veut-il mener son film ? C’est bien là le problème.

Alors que le casting est irréprochable, le film pêche en effet par sa tendance à se mettre à rapidement tourner en rond. En plus de Jennifer Anniston qui réussit à rendre son personnage touchant sans jamais jouer la carte misérabiliste de l’auto-apitoiement, Adriana Barraza (dans le rôle de Silvana, la femme de ménage mexicaine) est excellente, tout comme Anna Kendrick (la Cendrillon d’Into The Woods, ici dans le rôle de Nina) ou encore Sam Worthington et Felicity Hoffman (qui, elle aussi, a bien du mal à percer à Hollywood depuis la série qui l’a fait connaitre). Et pourtant, entre tous ces personnages brillamment interprétés, les relations restent, du début à la fin, dans un état de statu-quo assez regrettable.

L’intervention, dans la dernière demi-heure, d’un autre personnage, en l’occurrence une jeune fugueuse, n’aidera pas à donner un coup de fouet à une dramaturgie qui patine. Et pour cause, elle n’est absolument pas exploitée. Plutôt que de créer de telles fausses-pistes, le scénario aurait allègrement pu se concentrer davantage sur l’éloignement entre Claire et son mari, son conflit avec l’auteur de l’accident, sa rééducation ou les conséquences de son addiction à l’alcool et à la drogue, autant de sujets vaguement survolés. On dit que si le public américain n’a pas répondu présent à ce long-métrage, c’est parce qu’il ne serait pas prêt à voir Jennifer Anniston endosser des rôles dramatiques, mais peut-être la faute est-il à un scénario qui n’aurait pas dû sortir de la liste noire sans être un minimum retravaillé.
Cake est donc un film à ne conseiller qu’à ceux qui veulent se prouver que Jennifer Anniston est une actrice bien plus talentueuse et moins superficielle que ce qu’Hollywood nous en montre depuis longtemps. Sinon, il s’agit d’un portrait de femme plein de promesses mélodramatique mais dont on regrettera qu’il ne sache pas quoi de son héroïne.

Cake : Bande Annonce Officielle (VOST)

Cake : Fiche technique

Réalisation : Daniel Barnz
Scénario : Patrick Tobin
Interprétation : Jennifer Aniston, Adriana Barraza, Anna Kendrick, Sam Worthington…
Musique : Christophe Beck
Chef Opérateur : Rachel Morrison
Montage: Kristina Boden, Michelle Harrison
Producteurs : Kristin Hahn, Mark Canton, Ben Barnz, Courtney Solomon…
Maisons de production : Echo Films, We’re Not Brothers Productions
Distribution (France) : Warner Bros.
Durée : 102 min
Genre : Drame
Date de sortie : 8 avril 2015

Etats-Unis – 2013

 

De l’autre coté du mur, un film de Christian Schwochow : Critique

Le cinéma allemand ne cesse de questionner la fracture du pays, sa répercussion sur son histoire moderne et au-delà, ce devoir de mémoire rétrospectif prompt à éveiller les nouvelles consciences endormies sur la nécessaire remise en question de toute certitude trop évidente.

Synopsis : fin des années 70, quelques années après la mort de son fiancé, Nelly décide de fuir la RDA avec son fils afin de laisser ses souvenirs derrière elle. La jeune femme croit à un nouveau départ de l’autre côté du mur, mais en Occident où elle n’a aucune attache, son passé va la rattraper… La jeune femme va-t-elle enfin réussir à trouver la liberté ?

La fracture entre liberté et idéologie

Comme si les traumatismes d’un passé communiste étouffant et pas si lointain, ne demandaient qu’à resurgir à la moindre petite étincelle populaire, annonciatrice d’une méfiance renouvelée à l’égard d’une classe politique pernicieuse et inquisitrice. Ancrée dans une tradition cinématographique germaine quelque peu à bout de souffle au sortir de l’antagonisme Est/Ouest, la contestation de l’ordre établi semble à nouveau inspirer les cinéastes, qui s’emparent avec beaucoup d’habileté d’un matériau dramatique usé jusqu’à la corde, pour redessiner les contours de ce renouvellement. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil intéressé sur cette dernière décennie: Good Bye Lenin! (2003), La Vie Des Autres (2006), La Bande à Baader (2008), Barbara (2012), pour les plus illustres. Ils ont pour la plupart rencontré une belle reconnaissance internationale.

Que peut nous apporter, en 2014, une énième mouture sur cette dualité culturelle saxonne? A première vue, une histoire d’espionnage sur fond de guerre froide et d’incompréhension entre les peuples, rien que de plus classique. Et pourtant! La singularité De l’autre coté du mur est de marier ce classicisme un peu rétrograde à une forme d’utopie consolatrice, et de lier ces deux éléments narratifs à une échelle équivalente. Le danger de cette synchronisation aurait été de privilégier une repentance morale trop écrasante pour faire de son héroïne principale une martyre symbolique, une sorte de « bonne » allemande incomprise franchissant la frontière pour mieux révéler l’effroyable emprise inique de la RDA. Tel n’est pas le cas ici, où l’apparence irréprochable de la mystérieuse mère cache bien des fêlures enfouies, troublante métaphore d’une liberté viciée de l’autre côté du mur. Si les rouages bien connus de la filature incarnant toute la défiance d’une époque flouée, traversent évidemment l’intrigue, c’est pour mieux s’en démarquer et caractériser implicitement la confusion mentale d’une Nation à la recherche d’une nouvelle identité. La réunification, lente et douloureuse, demande de consentir à une union non pas parfaite, tant elle relève de l’impossibilité, mais à même d’apaiser et de soutenir le sentiment d’appartenance intrinsèque au pays. Ce faisant, le long-métrage incite L’Ancienne Europe à apprendre de ses erreurs passées pour mieux s’interconnecter. Ainsi de ces origines soviétiques dialoguant avec des compatriotes natifs de Pologne rencontrés fortuitement, advient une communauté faisant fi des antagonismes pour s’inscrire dans un avenir plus serein, tandis que l’impérialisme américain sauveur du monde s’octroie le droit d’assujettir insidieusement l’opprimé.

L’ouverture, glaciale de contrôle et de privation, dépeint la suspicion permanente et l’absence d’espace privé. Le corps (qui plus est féminin) n’appartient plus à l’individu mais doit se soumettre tout entier au regard méprisant d’une entité officielle. Les démarches administratives, nombreuses et harassantes, instaurent l’emprise étatique et parachèvent dans une implacable démonstration, la machine infernale d’un système totalitaire. Dénoncer cet impair revient à s’isoler encore davantage, traître au sein de sa propre patrie (beau personnage masculin d’indécis, tenaillé entre son illusoire échappée Fédérale et son hypothétique retour en Démocratie). L’enjeu principal se situe la : la liberté si chèrement acquise n’est-elle pas vidée de toute idéologie émancipatrice, sous ses atours attrayants ? Se peut-il qu’une division aussi béante s’efface aussi simplement par un juste transfert territorial ? Qu’en est-il de l’état de droit dans un contexte particulier, quand il réduit des vies entières à de simples fonctionnalités optampérantes ?

Le film s’empare avec force et subtilité des interrogations qu’il suscite et parvient à captiver l’attention, aidé dans sa tâche par des acteurs en totale adéquation avec le projet. Ce n’était pas évident, d’autant plus que le scénario alambiqué demandait pas mal de concentration et qu’il était parfois peu aisé d’appréhender les nombreuses pistes tracées. Le résultat final n’en aurait été que plus exaltant sans quelques fausses notes évitables (la brève romance avec l’enquêteur attendri par tant de détermination, une propension assez maladroite à mettre en avant l’aide masculine en guise d’avancée et l’incroyable séquence surréaliste de nouveau bonheur façon encart publicitaire), et une fin certes ouverte à de multiples interprétations, mais sans réel lien direct avec l’ensemble. N’en demeure pas moins une belle découverte et la preuve que l’héritage alémanique reste bien vivant.

De l’autre côté du mur – Bande-annonce VOST

Fiche technique du film De l’autre côté du mur

Titre : De l’autre côté du mur
Titre original : Westen
Réalisation : Christian Schwochow
Scénario : Heide Schwochow, d’après le roman Feu de camp de Julia Franck
Montage : Jens Klüber
Musique : Lorenz Dangel
Photographie : Frank Lamm
Producteur : Thomas Kufus et Barbara Buhl
Production : Ö Filmproduktion Gmbh, Zero One Film et Terz FilmProduktion
Distribution : Main Street Films et Sophie Dulac Distribution
Pays d’origine : Drapeau de l’Allemagne Allemagne
Langue originale : allemand
Genre : Film dramatique
Durée : 102 minutes
Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

 

Une Belle Fin, un film de Uberto Pasolini : Critique

Même si son premier film (Sri Lanka National Handball Team) est passé complètement inaperçu chez nous, Uberto Pasolini n’est pas un inconnu. Rien que son nom déjà est particulièrement évocateur pour les cinéphiles, et pourtant il ne s’agit pas du fils de Pier Paolo Pasolini… mais le neveu de Luchino Visconti!

Professionnel du deuil

Ensuite, cet italien installé en Angleterre y a produit de nombreux films, dont le plus connu est ni plus ni moins que The Full Monty. Et écrivant, produisant et réalisant ce second film, U. Pasolini traite d’un sujet grave, celui de l’isolement et de la désocialisation des individus dans la société moderne. A travers la rigueur de John May et une mise en scène dépouillée constituée de plans fixes (soit l’antithèse du chaste qui caractérisait le cinéma de tonton Luchino!), l’aspect cyclique et austère de la vie du personnage est superbement mis en avant sans jamais rendre son film ennuyeux.

La passion de John May pour la réhabilitation de la mémoire de chaque vie perdue le pousse à compenser sa propre solitude en collectionnant les photos, pleines de vie, des morts et assumer leur deuil. Un comportement que l’on pourrait qualifier de fétichisme morbide, mais qui apparaît, au cœur de cette existence maussade, comme quelque chose d’extrêmement touchant.

Pour qui en doute encore, l’acteur Eddie Marsan est purement excellent. Même s’il est généralement affublé à des rôles secondaires, il enchaine brillamment, en Angleterre comme à Hollywood, et depuis une quinzaine d’années, des rôles comiques (Le Dernier pub avant la fin du monde, Ordure, Hancock…), dramatiques (21 grammes, Tyrannosaur…) et des superproductions (Gangs of New-York, Mission Impossible 3, Sherlock Holmes…). Une Belle Fin est donc sa première opportunité d’occuper un rôle principal, et il s’en sert très bien. Dégageant un stoïcisme attendrissant, son jeu limité ne l’empêche pas de transmettre à travers ses mimiques une profonde humanité et à rendre son rôle véritablement attachant.

Si les personnages secondaires s’avèrent finalement assez peu exploités, c’est parce que la narration emprunte par moment au schéma du road-movie mais c’est surtout parce que les plus importants d’entre eux sont ceux qui sont absents. Rarement un film aura ainsi réussi à rendre la disparition d’inconnus aussi bouleversante. La quête de John May pour reconstruire le parcours d’un homme retrouvé mort, et dont il fait une cause personnelle puisqu’il vient d’apprendre son licenciement, parvient à démontrer que même si l’on finit ses jours loin de tout, il y a toujours des personnes à qui on manquera. C’est justement là le drame de John May, puisque, plus le film avance, plus on en vient à se demander si lui, qui aime tant la vie, aura quelqu’un pour le pleurer si personne, derrière lui, ne reprend son travail. Une tragédie que le réalisateur parvient à exploiter grâce à une pirouette scénaristique finale qui transcende le lyrisme de son long-métrage.
Au sortir du film, on n’a qu’une envie, celle d’aller au-devant des gens qui nous entoure, de s’assurer que l’on ne tombera dans l’oubli et que l’on ne sera pas réduit à l’état de détritus par un système irrespectueux de ses anciens comme nous le présente le film. Le charme poétique et l’humanité de cette réalisation calme et apaisée font un bien fou dont il serait vraiment dommage de se priver.

Synopsis : John May est un modeste fonctionnaire travaillant dans la chambre mortuaire d’un grand hôpital londonien. Il se consacre corps et âme à son métier consistant à retrouver les proches des morts que personne n’est venu identifier et organiser leur enterrement. S’affligeant de la solitude dont souffrent ses contemporains, il semble ne pas se rendre compte qu’il vit lui-même seul et qu’il risque de tomber dans l’oubli à sa mort. Lorsqu’on lui apprend qu’il est licencié, John May perd tout ce qui lui est cher.

Une Belle Fin : Bande Annonce

Une Belle Fin: Fiche Technique

Titre original : Still Life
Réalisation : Uberto Pasolini
Casting : Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza…
Scénario : Uberto Pasolini
Musique : Rachel Portman
Chef Opérateur : Stefano Falivene
Montage: Gavin Buckley, Tracy Granger
Producteur : Uberto Pasolini, Christopher Simon, Felix Vossen
Maisons de production : Redwave Films, Embargo Films
Distribution (France) : Version Originale / Condor
Durée : 87 min
Genre : Drame
Date de sortie : 15 avril 2015

Grande-Bretagne/Italie – 2013

Bloodline, saison 1 : Critique de la série

Synopsis: La famille Rayburn se réunit au grand complet dans son hôtel de l’archipel des Keys, lorsque les parents doivent être honorés par la communauté. Les quatre enfants sont là et parmi eux, Danny, l’enfant terrible, va bouleverser l’équilibre précaire qui maintenait la famille unie, en dépit des fantômes du passé.

La Ligne Rouge

Du Kessler dans le texte

Après la série Damages, qui avait rappelé que Glenn Close est une grande actrice, Bloodline est le deuxième bébé des frères Kessler en huit ans. Todd A. Kessler et Glenn Kessler sont des couturiers, des maîtres orfèvres de la série télévisée. N’aimant pas les projets simultanés, ils s’attachent à ne scénariser qu’une série à la fois, travaillant peu mais travaillant bien. L’empire Netflix, au chiffre d’affaire en croissance exponentielle, a trouvé son mètre-étalon avec Bloodline, l’unité de mesure des séries à venir qui, désormais, se calculeront en « Bloodline ». La production s’est donc attachée à ne rien laisser au hasard, tout dans cette série est travaillé, retravaillé dans le moindre détail, pour atteindre un sentiment d’absolu.

Pater familias

Bloodline c’est l’histoire de la famille Rayburn, une histoire qui se comprend à travers des contrastes. Contraste entre l’insouciance factice du premier épisode et l’accablement qui domine le dernier. Contraste entre le paradis qui sert de décor à la série et l’enfer que vit cette famille. Une famille minée par le doute, la culpabilité et la honte ne pas être réellement ce qu’elle prétend être. Bloodline c’est l’histoire de la famille Rayburn, des fantômes qui les hantent, de leurs actes coupables et de leurs lâchetés. L’histoire d’une famille qui sacrifia un de ses membres ou profit d’un autre. L’histoire de Danny, de sa vie gâchée pour préserver les apparences et le patrimoine familial, l’histoire de ses trois frères et sœur qui, sous des airs de boys-scouts, cachent les démons de leur honte.

L’art délicat de la gradation

Du générique esthétique aux couleurs intenses, des cadrages à la mise en scène techniquement irréprochable, tout est fait pour proposer une série qui frôle la perfection à chaque instant. On sent une énorme ambition, celle du haut de gamme télévisuel. Bien sûr, il faut accepter de prendre son temps, le rythme de Bloodline est loin de la frénésie d’un Walking Dead. L’action y est très rare et on ne comprend la tournure des événements qu’à partir du huitième épisode, lorsque Danny révèle ses véritables intentions. Avant ça, c’est une succession de fausses pistes, de crescendos vers un drame inexorable, de flashbacks et de flashforwards. Dans Damages, leur précédente série, les frères Kessler avaient déjà démontré qu’ils maîtrisent parfaitement ce procédé d’allers-retours, rebelote ici, avec la même maestria.

Jeunes et vieux

La production, forte de la qualité de Damages et de la force de frappe, désormais incontestable, de Netflix, est allée recruter parmi le gratin des acteurs passés et présents. Elle brouille encore un peu plus la frontière entre cinéma et télévision, frontière dont la disparition est désormais inexorable. Il y a les anciens tels Sissy Spacek (Carrie Au Bal Du Diable, Missing, JFK), tellement atypique avec ce jeu tout en grands regards bleus. Il y a Sam Shepard (Juillet De Sang, Mud – Sur Les Rives Du Mississipi), une « gueule » de cinéma faite pour ce rôle de patriarche imparfait. Il y a les jeunes avec la toujours ravissante Linda Cardellini (Le Secret De Brokeback Mountain, Scooby-Doo), crédible sans atteindre le niveau de l’exceptionnel Kyle Chandler (King-Kong, The Spectacular Now, Le Loup De Wall Street) qui trouve là son meilleur rôle, plein d’épaisseur, de force et de désespoir. Lui qui au mieux, jouait le gentil un peu benêt dans King Kong, trouve enfin le sens de sa carrière de comédien et un rôle à sa hauteur.

La ligne de sang

Alors quelle est cette ligne de sang ? S’agit-il de cette lignée des Rayburn, dont l’histoire est tachée par le sang de la violence et de la mort ? S’agit-il de cette ligne d’horizon en fin de générique, que le coucher de soleil rend rouge sang, symbolisant cette famille enfermée dans le malheur ? Autant de questions sans réelles réponses, qui laissent en bouche un goût exceptionnel, comme ces grands crus qui rassurent par leurs qualités et surprennent par leur audace. Quel dommage alors que la scène qui clôt la première saison ressemble à tellement d’autres, une scène bien trop téléphonée et l’effort de mise en scène n’y change pas grand-chose. Mais au fond, ça reste une broutille dans un océan de qualités. Netflix a encore frappé, mais bien plus fort que d’habitude.

Fiche Technique : Bloodline

Scénario : Todd A. Kessler, Glenn Kessler & Daniel Zelman
Pays: U.S.A.
Distributeur: Netflix
Production : Sony Pictures Television
Casting : Lori Wyman & Aaron Kuhn
Direction artistique : Jason Baldwin Stewart
Décors : William A. Cimino
Costumes : Frank L. Fleming, Lisa R. Frucht & Kate Healey
Effets Spéciaux: John Patteson
Musique : Tony Morales & Edward Rogers
Première diffusion : 20 mars 2015
Format : 13 épisodes de 52’
Statut : En cours
Distribution : Kyle Chandler, Ben Mendelsohn, Linda Cardellini, Norbert Leo Butz, Jacinda Barrett, Jamie McShane, Enrique Murciano, Sam Shepard, Sissy Spacek

Auteur Freddy M.

 

 

 

 

Sleepy Hollow, saison 2 : Critique de la série

Synopsis: Ichabod Crane, espion pour le compte de George Washington durant la guerre d’indépendance se réveille au xxie siècle dans la ville de Sleepy Hollow, dans État de New York. Il n’est pas le seul à revenir d’entre les morts puisque le cavalier sans tête le suit et tue le shérif de la ville, August Corbin. Abbie Mills, ex-partenaire du shérif, se retrouve à faire équipe avec Crane pour résoudre les crimes et les mystères qui entourent le cavalier sans tête.

Le cavalier s’entête…

De cette série on attendait pas grand chose et, surprise, la première saison fut suffisamment délirante pour obtenir un joli succès d’audience et être reconduite pour une deuxième saison. On retrouve donc nos deux témoins de l’apocalypse, Ichabod et Abbie pour de nouvelles aventures face aux forces du mal, après un passage dans le purgatoire et la libération de Katrina Van Tassell. Le duo de choc tente de retrouver sa routine tout en essayant de gérer les profond changement dans leurs dynamique. Il faut maintenant compter sur le retour d’une épouse et la présence du cavalier de la guerre, Henry Parish, qui n’est autre que le fils d’Ichabod et Katrina, tandis que de nombreux personnages de tout bord convergent vers Sleepy Hollow.

Cette saison peut aisément se diviser en deux parties, une première particulièrement efficace et une deuxième un peu ratée. A cause d’un choix de production un peu hasardeux, la fox proposa non pas 13 épisodes comme l’année dernière mais 18. Une forme assez inédite dans le paysage télévisuel américain qui n’est pas sans conséquence sur la teneur de l’intrigue. Les 13 premiers épisodes présente donc la suite du combat contre Moloch et les divers plans d’Henry pour permettre son retour sur terre. Le développement est efficace, l’histoire palpitante et les relations entres les personnages évolue de la meilleure façon possible. Ichabod continue de s’adapter à son nouvel environnement, proposant toujours des analyses assez fines de nos coutumes modernes étranges et de nouveaux personnages viennent s’ajouter à la bande, comme Hawley, un chasseur de trésor, sorte de Benjamin Gates version télé. Ajoutant ça et là quelques indication toujours bien placé sur la vie et les loisirs des personnages (on va pas s’arrêter de vivre pour une apocalypse après tout), tout cela se suit sans déplaisir. Mieux, on a vraiment l’impression que la série a trouvé son rythme parfait, équilibrant avec justesse humour, action, horreur et culture générale. Il s’agirait presque d’un sans fautes, si certains personnages n’avait pas été laissé sur le bord de la route.

C’est malheureusement le cas de Katrina, qui malgré sa condition de sorcière et son lien avec Ichabod n’arrive pas à être intéressante. Une déception car le personnage avait franchement du potentiel, mais les scénaristes ne semblent pas véritablement inspirés par cette présence, pire elle semble véritablement être un fardeau, s’intégrant assez mal dans les intrigues et semblant toujours débarquer comme un cheveux sur la soupe et n’évoluant pas véritablement dans sa psychologie. Peut être que deux personnages féminin fort c’était trop osé pour les producteurs… Une occasion manquée de renforcer la mythologie de la série. Le pire arrivant après la mi-saison qui ressemble a s’y méprendre à une fin de saison. Toutes les intrigues se retrouvent résolues, bien qu’il reste encore quelques épisodes. Et à partir de là c’est un peu la chute libre…on se demande où va la série. Les nouvelles histoire ne semblent faire office que de remplissage, convoquant ça et là divers folklores du monde (La déesse Kali, Solomon Kane…) pour maintenir paresseusement l’attention. Avec quand même une réussite : l’histoire du tableau serial killer est un pur moment d’horreur qui fait froid dans le dos. Néanmoins le cavalier sans tête est toujours relégué au second (voir au troisième) plan et Henry, autrefois grand méchant, passe dans le décor sans faire de vagues.

La déception finale arrivera dans les deux derniers épisodes, où les auteurs nous font miroiter deux fois de suite un bouleversement majeur (le réveil d’un nouveau couvent de sorcière et un voyage dans le temps) qui aboutira chaque fois à une restauration du statut quo…même si la reprise de « Sympathy for the devil » en mode colonial est assez jouissive. Les scénaristes craignait sûrement l’annulation de la série et voulait proposer une fin satisfaisante pour les fans, mais maintenant qu’elle est renouvelée pour une troisième fournée, on ne peut que regretter ce manque de prise de risque qui aurait véritablement fait repartir la série vers de nouveaux horizons plus excitant. En l’état, cela n’augure plus grand chose de bon tant on se demande ce qu’ils pourront bien raconter par la suite. Toujours est il que Sleepy Hollow a fait le bon choix de rester divertissante et décomplexée en alliant parfaitement humour et références mystiques, avec des acteurs qui s’en donnent toujours à cœur joie.

Sleepy Hollow : Fiche Technique

Créateurs : Roberto Orci, Alex Kurtzman, Phillip Iscove, Len Wiseman
Chaîne de diffusion : FOX
Casting : Tom Mison, Katia Winter, Orlando Jones, Nicole Beharie, Lyndie Greenwood, Jahnee Wallace
Nationalité : Américaine
Genre : Science fiction, Thriller
Nombre d’épisodes : 18
Format : 42 minutes

 

À la folie, un film de Wang Bing : Critique

Comment ne pas dire que ce nouveau film de Wang Bing est un chef d’œuvre ? À la folie, un film dont on a du mal à croire qu’il n’interpellera pas n’importe lequel de ses spectateurs ? Un film qui ne fait pas de concession, qui propose jusqu’à près de vingt minutes de plan-séquence sur un homme qui marche et qui marche encore, sans aucun but, dans la pénombre d’une pauvre rue d’une pauvre ville de la province du Yunnan, bouleversant dans sa solitude, dans le vide qui l’enveloppe…

Synopsis: Un hôpital psychiatrique du sud-ouest de la Chine. Une cinquantaine d’hommes vivent enfermés traînant leur mal-être du balcon circulaire grillagé à leur chambre collective. Ces malades, déviants ou opposants, éprouvent au quotidien leur résistance physique et mentale à la violence d’une liberté restreinte. Wang Bing nous plonge dans la « folie » de la Chine contemporaine…

Le grand sommeil 

Wang Bing est un grand cinéaste et un grand artiste, mais avant tout un homme qui nous livre une réalité qui donne à réfléchir, qui nous extirpe de notre zone de confort et nous met dans ce bain d’émotions qu’en final on attend de chaque projection.

Tourné presque dans la foulée de son précédent chef d’œuvre, Les trois sœurs du Yunnan, une poignante chronique de la vie paysanne à hauteur de  trois fillettes abandonnées à elles-mêmes, A la folie a également été tourné dans ce même secteur suite à une rencontre providentielle,  dans un « hôpital psychiatrique » municipal, le seul qui ait accepté ce tournage. Wang Bing dispose d’un matériau de plus de 300 heures de film, et suit sur près de 4 heures la vie d’un vingtaine de ces « patients », les internés comme il les appelle dans les cartels minimalistes qui indiquent leur nom et la durée de leur enfermement.

Chaque personne qu’il a choisi de nous présenter est suivi pendant de longs plans-séquence dans leur quotidien, un quotidien livré à la vue plus ou moins indifférente de tous, dont l’intimité fait partie de l’espace public, dont la folie, la phobie, ou au contraire la trop grande lucidité sont partagées par tous. Les « habitants » mêlent leur vie difficile dans des chambrées qui sont les derniers marqueurs d’un semblant d’individualité, avec en tout et pour tout leur lit et leur pot de chambre comme biens personnalisés. Les fonctions primaires qui leur tiennent lieu de vie sont effectuées accroupis dans ces chambres lugubres, manger, boire, uriner, et dormir. Surtout dormir, essayer d’oublier l’inanité d’une existence perdue, passée à rien. Dormir pour oublier, mais dormir pour se réchauffer aussi dans les bras les uns des autres quand l’hiver à cette époque du nouvel an chinois déverse le froid et la neige, dormir pour éprouver un plaisir, le seul qui leur reste comme ils disent.

La sidération ne quittera pas le spectateur pendant tout le film, tant Wang Bing ne le lâche pas, et la réalité qu’il filme est crue, âpre, la réalité  de ces hommes et ces quelques femmes entr’aperçues,  livrés à eux-mêmes et aux autres  sans aucun filet de secours. Wang Bing ne dit rien de leur histoire passée, seul le générique de fin donnera l’explication sur la présence dans ces lieux de toutes ces personnes : folie, ou pas. Il ne s’intéresse qu’à leur présent abrupt, où la pauvreté s’ajoute à l’enfermement pour faire le terreau d’une humanité déshumanisée, nue au sens propre comme au sens figuré. Mais aussi une humanité fraternelle, des relations inattendues et très émouvantes qui circulent malgré tout.

Ces longs plans-séquence pourraient donner un aspect très scrutateur et clinique au film de Wang Bing. De fait, c’est sans doute l’instinct de survie du spectateur qui essaie de le tenir parfois à distance, de le mettre parfois  en « off ». Mais quand le cinéaste filme cette femme qui vient rendre obstinément visite jusque dans sa chambre à son mari qu’elle a fait interner d’office, pour des raisons apparentes de violence conjugale, afin de lui ramener vêtements propres, mandarines ou bonbons,  on est bouleversé par son désarroi, bouleversé par l’incompréhension de son mari aussi ; quand il nous montre ce très jeune patient bourré de tocs au moment de se coucher enlever et remettre inlassablement ses chaussures pendant des minutes sans interruption, on est bouleversé par son enfermement, pour le coup psychique.  Quand il nous montre cet homme dont il a déjà été question au début de cette chronique, très jeune encore et pourtant enfermé depuis 11 ans déjà, qui part dix jours dans sa famille à l’occasion des fêtes pour y trouver finalement encore moins d’humanité qu’à l’asile, ne proférant aucune parole, ignoré de tous, déambulant sans but dans rues inhospitalières, on ne peut qu’être empathique.  Seules de telles longues séquences peuvent permettre de comprendre le non sens de la vie de ces gens que pourtant Wang Bing déclare vouloir montrer comme « des êtres qui ne sont pas différents », et au contraire, le film de Wang Bing est terriblement humain.

Les autorisations obtenues par Wang Bing sont exceptionnelles, car l’administration chinoise en charge, bien que le plus souvent hors-champ, sauf pour distribuer les médicaments, n’est pas vraiment à son avantage dans ce film. Wang Bing ne dénonce rien en apparence, mais hurle son indignation en creux. La qualité de la relation avec les soignants, quand il en existe,  est très éprouvante.

À la folie est un très grand film et confirme si c’est nécessaire que Wang Bing est un rouage indispensable de la machinerie cinématographique. Il donne tout son sens à l’acte de filmer…

À la folie, un film documentaire de Wang Bing – trailer – 2014

À la folie : Fiche Technique

Titre original : Feng ai –
Réalisateur : Wang Bing
Genre : Documentaire
Année : 2013
Date de sortie : 11 Mars 2015
Durée : 227 min.
Casting : –
Scénario : –
Musique : –
Chef Op : Xianhui Liu, Wang Bing
Nationalité : HK, Japon, France
Producteur : Louise Prince, Wang Bing
Maisons de production : Moviola, Rai Cinema, Y Production
Distribution (France) : Les acacias distribution

While We’re Young : Musique, Bande Originale

While We’re Young – La B.O./ Trame sonore/Soundtrack

Radio Nostalgie

Attendu pour le 22 juillet prochain, While We’re Young est précédé par une bande originale plutôt étonnante. Sorte de compilation entre la nostalgie bien connue de Ben Stiller pour les années 80 et des musiques plus actuelles. On imagine mal à travers cette bande (peu) originale, ce que va bien pour voir donner While We’re Young, si ce n’est que ce film traite d’une rencontre entre un couple que quadras et un de jeunes adultes. Ce qui est une marque certaine de cohérence, mais qui n’empêche pas un problème du côté des morceaux sélectionnés pour ce disque.

Car s’il est agréable, une fois n’est pas coutume, de trouver David Bowie sur une bande originale, y trouver encore une fois Eye Of The Tiger de Survivor devient lassant. Cette chanson a été usée jusqu’à la corde dans des films depuis Rocky 3 et le reste du disque ne détonne pas. Il s’ouvre sur un air de boite à musique, enchaîne sur un Allegro classique par le New London Consort, n’oublie au passage ni Lionel Richie, ni Foreigner et encore moins Paul McCartney. Bref cette bande originale, supervisée par James Murphy (Greenberg), manie la nostalgie comme une arme de séduction massive, avec pour seul objectif d’attirer les quadras dans les salles obscures à peu de frais.

While We’re Young – La B.O.

Sortie : 24 mars 2015

Distributeur : Milan Records

Durée : 51’

Tracklist :

1. Golden Years par James Murphy 1’07

2. Allegro (Concerto pour luth, 2 violons et continu en D, RV.93) par le New London Consort, Philip Pickett & Tom Finucane 2’28

3. All Night Long (All Night) par Lionel Richie 4’19

4. Buggin Out par A Tribe Called Quest 3’39

5. The Ghost In You par The Psychedelic Furs 4’11

6. The Inch Worm par Danny Kaye 3’10

7. Only The Stars Above Welcome Me Home par James Murphy 1’40

8. Falling (Duke Dumont Remix) par HAIM 5’32

9. Eye Of The Tiger par Survivor 4’05

10. Andante Du Concerto Pour Falutino En Ut Majeur (from « The Wild Child ») par Antoine Duhamel & Michael Savoisin 1’51

11. Waiting For A Girl Like You par Foreigner 4’48

12. Nineteen Hundred And Eighty Five par Paul McCartney & Wings 5’32

13. We Used To Dance par James Murphy 4’08

14. Golden Years par David Bowie 4’01

Auteur :Freddy M.

Shaun le Mouton : le Film, un film de Mark Burton et Richard Starzak : Critique

Shaun le Mouton : le Film, une bien bêêêêlle maîtrise de l’animation en stop motion

Synopsis : Ayant marre du train train quotidien et aspirant à une journée de repos, Shaun le Mouton décide de prendre les choses en mains pour endormir le Fermier et pouvoir profiter pleinement ses heures de tranquillité. Mais par un concours de circonstances, sa farce propulse son maître, devenu amnésique, en plein cœur de la Grande Ville. La pagaille devenant reine à la ferme de Mossy Bottom, Shaun décide, en compagnie de son troupeau et du chien Bitzer, de se rendre sur place afin de le retrouver. Mais avec un responsable de la fourrière à leurs trousses, la fine équipe aura fort à faire dans ce décor purement urbain…

La stop motion n’est pas spécialement réservée qu’à Tim Burton ou bien aux studio Laïka. Les Britanniques se sont également illustrés dans ce type d’animation qui demande des tonnes de patience et de travail, notamment représentés par Aardman Animations. S’ils se sont déjà attaqués au grand écran avec Chicken Run, Wallace & Gromit : le Mystère du Lapin-Garou et Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout, la société fondée par Peter Lord et David Sproxton s’est surtout fait connaître avec le milieu télévisuel en réalisant divers courts-métrages et séries animées. C’est d’ailleurs avec l’adaptation de l’une d’entre elles qu’Aardman Animations revient à la charge dans les salles obscures. Il s’agit ni plus ni moins de Shaun le Mouton, personnage créé en 1995 (dans Wallace & Gromit : Rasé de près), héros de sa propre série depuis 2007 et qui, pour ses 20 ans, passe le pas de la petite lucarne pour une sortie en grande pompe. Un anniversaire réussi ?

Passer d’un épisode d’une durée moyenne de 7 minutes à un long-métrage affichant au compteur 1h28, la question ne peut être évitée : est-ce qu’un divertissement de ce format peut-il tenir sur une telle distance ? D’autant plus que Shaun le Mouton, de base, est une série animée muette, dans laquelle les personnages ne font que grogner, marmonner et évidemment bêler, l’humour étant pour le coup purement visuel et cartoonesque. Sans parler de l’aspect pâte à modeler de l’ensemble qui ne plaît pas forcément à tout le monde et qui possède bien des limites dans le domaine de l’animation, alors que d’autres studios, par le biais d’un budget plus conséquent, n’hésite pas à avoir recours à l’outil informatique pour les effets visuels. Shaun le Mouton avait-il donc les atouts nécessaires pour devenir un film à part entière ? N’ayant aucunement l’intention de vous faire une blague (1er avril oblige), c’est avec un grand oui que le pari s’annonce payant !

Shaun le Mouton : le Film n’est certainement pas le film d’animation qui saura vous fournir une histoire originale ou encore des sensations fortes. Si vous allez au cinéma voir ce film dans l’espoir d’y trouver ces caractéristiques-là, passez votre chemin ! Néanmoins, Shaun le Mouton, c’est un gag à la seconde, une situation rocambolesque à chaque instant, quelques références plus adultes bien placées (aux Beatles, au Silence des Agneaux…). Le tout servi par un humour des plus efficaces sans jamais lasser, sachant faire rire petits et grands. Le tout saupoudré de quelques moments véritablement touchants qui permettent d’établir une relation pour le moment méconnue entre les personnages de la série et de s’attacher à ses marionnettes en pâte à modeler véritablement attendrissantes (notamment Shaun lui-même et le petit Timmy). Vous l’aurez compris, le film respecte la série en arrivant à raconter quelque chose de manière visuelle et ne se montrant jamais avare en matière d’idées hilarantes. Une façon de rappeler que le cinéma, qu’il soit divertissant ou artistique, est un langage universel qui s’adresse à tout le monde et ce quelque soit sa culture ou son origine, le spectateur pouvant s’y retrouver et comprendre sans difficulté ce qu’il a sous les yeux. Un épisode de 7 minutes, c’est bien. Un film faisant 1h28, c’est juste un délice !

Et pour les plus pointilleux qui voudront mettre leur grain de sel en s’intéressant plus à l’animation, ils ne seront pas déçus du visionnage. En plus de retrouver leur âme d’enfant en riant à gorge déployée, ils pourront profiter d’une stop motion tout ce qu’il y a de plus simple, sans artifices et ne passant jamais par la facilité (aucun effet numérique). De longs mois de travail minutieux de la part des animateurs des studios Aardman Animations qui livre un visuel de toute beauté, à la fluidité exemplaire (le côté « image par image » ne se remarquant jamais à l’écran) et détaillé à la perfection (il suffit de voir les nombreux objets qui composent un seul décor, comme l’établi du Fermier). L’ensemble profite également d’un montage dynamique qui confirme la maîtrise des studios dans ce domaine de l’animation ainsi que d’une bande-originale qui apporte ce qui reste d’énergie pour que le divertissement soit complet.

Pour son anniversaire, les studios Aardman offrent à Shaun le Mouton le moyen d’élargir son public et de séduire bien plus de spectateurs. Un cadeau sous la forme d’un long-métrage grandement réussi, preuve d’un savoir-faire incontestable qui a de quoi faire rougir les productions américaines comme le récent Les Boxtrolls. Les réalisateurs pensent à un second film ? Vu le résultat de ce Shaun le Mouton : le Film, ils peuvent dès aujourd’hui se mettre au travail !

Shaun le Mouton : le Film – Bande-annonce

Fiche technique – Shaun le Mouton : le Film

Titre original : Shaun the Sheep Movie
Royaume-Uni – 2015
Réalisation : Mark Burton et Richard Starzak
Scénario : Mark Burton et Richard Starzak
Distribution : Justin Fletcher (Shaun et Timmy), John Sparkes (Bitzer et le Fermier), Omid Djalili (Trumper), Richard Webber (Shirley), Kate Harbour (Meryl et la mère de Timmy), Tim Hands (Slip), Andy Nyman (Nuts), Simon Greenall (les Jumeaux)…
Date de sortie : 1er avril 2015
Durée : 1h25
Genre : Animation
Direction artistique : Charles Copping et Dave Alex Riddett
Animation : Will Becher et Laurie Sitzia-Hammond
Musique : Ilan Eshkeri
Producteurs : Paul Kewley et Julie Lockhart
Productions : Aardman Animations, StudioCanal et Anton Capital Entertainment
Distributeur : StudioCanal

 

Tiens-toi droite, un film de Katia Lewkowicz : Critique

Les femmes ne se laissent plus faire ! 

Synopsis: Tiens-toi droite nous raconte l’histoire de trois femmes très différentes : Louise (Marina Foïs), âme organisatrice d’un pressing, qui postule pour diriger la création du nouveau modèle d’une poupée de type barbie, Sam (Noëmie Lvovsky), mère de cinq filles (dont l’une, qui filme tout, est aussi l’un des personnages principaux du film), qui a de plus en plus de mal à concilier vie de mère et vie professionnelle, et Lili (Laura Smet), improbable miss Francophonie qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie. 

Le gloubi-boulga de la vie

Dans « Lose yourself », le morceau phare de 8 mile, Eminem commençait en disant « Si tu avais une chance, une opportunité, d’obtenir tout ce que tu as toujours voulu en une fois, est-ce que tu la saisirais ou est-ce que tu la laisserais filer entre tes doigts ? ». Il n’est pas impossible que Katia Lewkowicz se soit posée cette question au moment d’écrire ce film, qui ne ressemble à presque rien de connu dans le cinéma français actuel. Tiens-toi droite est un film qui a constamment conscience de briser un tabou, et semble profiter de la porte entrouverte pour laisser passer le plus d’idées possibles avant que celle-ci ne se referme.

De quel tabou parle-t-on ? Celui de la condition féminine au cinéma. Alors que Céline Sciamma explore patiemment ce thème, un personnage à la fois, Katia Lewkowicz choisit de tout dire, de tout montrer, et plus encore : la femme objet, la femme cadre et créative, la mère de famille, l’adolescente blogueuse, la démission des hommes, la pression, les contraintes de la société, la gestion collective des entreprises, l’idée même de modèle féminin, sont quelques uns des thèmes abordés par ce film.

Le problème est alors : comment incarner tous ces thèmes dans des personnages qui portent une narration ? Rien n’est moins simple : le film commence par trois introductions portées par une voix off que l’on n’entendra plus par la suite, comme si l’on avait manqué les épisodes précédents. Ensuite, dès que l’on commencera à comprendre un personnage, quelque chose d’important va lui arriver et changer radicalement son cadre de vie ou sa manière de penser. Le film est un ouragan d’informations dans lequel le spectateur va devoir se frayer un chemin.

Étrangement, ce qui devrait être un défaut devient assez vite l’une des grandes qualités du film : Tiens-toi droite ne mâche pas le travail du spectateur, et lui offre en échange des scènes intéressantes sur des aspects de la vie rarement abordés au cinéma, notamment dans tout ce qui se rapporte au monde du travail.

WTF pour wahou trop féministe

Malheureusement, même une fois que l’on a réussi à comprendre qui sont les quatre – cinq personnages principaux, même quand l’on accepte que des personnages que l’on pensait importants disparaissent complètement, même quand l’on accepte que le film prenne des tours et des détours, il y a des scènes qui ne passent pas.

En cause le personnage joué par Laura Smet, totalement improbable du début à la fin : miss Francophone venue de Picardie mais ayant grandi en Polynésie, elle va séduire Richard Sammel en un clin d’oeil, puis faire à peu près n’importe quoi n’importe comment. Elle n’est pas le seul électron libre, puisque le personnage de Noémie Lvovsky a ses absences aussi, s’occupant de ses enfants d’une manière qui ferait plaisir aux agents de la DDASS.

Résultat, le film est porté entre deux courants contradictoires : d’un côté le film militant où les femmes doivent montrer leur valeur dans un monde du travail hostile, d’un autre côté un film fantaisiste qui rappelle le cinéma de Valérie Donzelli (remerciée au générique) ou de Sophie Fillières. Incapable de concilier les deux, il finit par s’échouer dans le grand fracas d’une scène finale de basket poitrine nue, moment de libération complètement ahurissant, achevé par une morale : « ce n’est pas le modèle qui doit s’adapter à la femme, mais la femme au modèle », qui semble complètement opposé aux valeurs du film.

Un échec attachant

Au final, Tiens-toi droite est un film sans doute beaucoup trop ambitieux pour son propre bien, comme en témoigne son échec critique, et commercial (37 622 entrées) : dépeindre de nombreux personnages, montrer l’image de la femme réelle, de la femme fantasmée, et de la femme idéale, tout en gardant une part de fantaisie pour éviter le film à thèse, est une épreuve qui demande du temps pour développer son intrigue et un talent de scénariste très rare, que Katia Lewkowicz ne semble pas encore avoir.

Pour autant, le film n’est pas désagréable : les actrices sont excellentes, Marina Foïs en tête, et certaines scènes sont vraiment réussies. Au final, Tiens-toi droite est un peu comme chez la mère à Titi de Renaud : c’est le bonheur, la misère et l’ennui, c’est la mort, c’est la vie.

Tiens-toi droite – Bande Annonce

Tiens-toi droite: Fiche Technique

France – 2014
Réalisation: Katia Lewkowicz
Scénario: Katia Lewkowicz
Interprétation: Marina Foïs (Louise), Noémie Lvovsky (Sam), Laura Smet (Lili), Sarah Adler (Emma), Lola Duenas (Maguerite), Jonathan Zaccaï (Stéphane), Michaël Abiteboul (Damien), Dominique Labourier (la mère de Louise)…
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Date de sortie: 26 novembre 2014
Durée: 1h34
Genre: Comédie
Image: Nicolas Gaurin
Décor: Emmanuelle Duplay
Costume: Nathalie Benros
Montage: Fabrice Rouaud, Elif Uluengin
Musique: Jun Miyake
Producteur: Edouard Weil, Alice Girard
Production: Wild Bunch, Rectangle Productions, Orange Studio, Scope Pictures

Tiens-toi droite sort en dvd le 1er Avril 2015 avec en BONUS  

Essais filmés avec les enfants – Scènes coupées – Interview de Laura Smet – Photos du Tumblr #TIENSTOIDROITE – Interview de Katia Lewkowitch par MadmoiZelle

 

 

Un peu, beaucoup, aveuglément, un film de Clovis Cornillac : critique

Clovis Cornillac, acteur de théâtre, films et séries, se lance dans la réalisation avec un premier film étrangement aussi surprenant qu’académique. Un peu, beaucoup, aveuglément, c’est d’abord un rôle taillé sur mesure pour l’acteur-réalisateur et sa femme, Lilou Fogli.

C’est elle qui a eu l’idée originale du scénario : un couple qui s’aime par la voix exclusivement, à travers une mince cloison. Mais elle ne joue pas cette femme puisque c’est Mélanie Bernier qui tombe ici amoureuse de la voix de Clovis Cornillac. Les deux personnages n’ont pas de prénom, ils s’appellent « Machin » et « Machine », titre d’origine de ce premier long métrage. Voilà toute l’originalité d’Un peu, beaucoup, aveuglément : se parler sans se voir, mais pas derrière un ordinateur comme nos romances modernes nous le permettent. A l’heure où des chaînes de télévision veulent revenir à l’état brut – la nudité – pour des rencontres
censées êtres « plus vraies », Clovis Cornillac se reconcentre sur les sensations. A travers la mince cloison qui les sépare, le couple se parle, construit une relation basée sur l’ouïe et la description de ce qu’ils ressentent. Clovis Cornillac met alors en scène leurs mains qui se posent de chaque côté de la paroi, un dîner qu’ils réalisent chacun de leur côté, en même temps, mais sans parvenir au même résultat. Ils mangent ensemble, mais pas la même chose, sans savoir ce que l’autre a vraiment fabriqué. Ainsi, ils vivent la même expérience, mais décalée. C’est comme ça qu’un orgasme imagé est déclenché par la voix et un lâcher prise au piano du personnage de Mélanie Bernier qui prépare un concours important. Elle est pianiste, effleure les touches de son clavier avec académisme d’abord, puis en ressentant chaque note ensuite alors que lui construit des casses-têtes, fait travailler son esprit, ressent aussi l’étrange sensation de toucher et créer à la fois. Leur sens, outre se voir, sont en ébullition. En prenant le temps de ressentir, de bannir les écrans de son film, Clovis Cornillac s’offre un rôle proche de celui qu’il incarnait dans Chefs (la série de France 2) : un solitaire créatif, privé d’un sens, mais qui goûte la vie peu à peu.

Pour raconter cette romance particulière de deux êtres qui s’aiment sans se voir, Clovis Cornillac a tenté de mettre en scène le cloisonnement, filmant la séparation et le rassemblement du couple dans une même scène. Il laisse un mur et abolit les autres. Il filme aussi les pieds des hommes, la jeune pianiste cherchant à reconnaître son aimé par ce détail. Problème, il ne sort jamais de chez lui ! Résultat, quand elle croit le voir, elle refuse qu’ils se parlent, s’en suit une pantomime avant qu’elle découvre son erreur. Cette mise en scène a un certain intérêt, mais une fois que Cornillac a trouvé une idée, il la répète trop. On voit ainsi plusieurs fois, sans vraies nuances, Mélanie Bernier regardant les pieds ou allant acheter des surgelés. C’est surtout pour son sens des dialogues que Clovis Cornillac se distingue comme scénariste. Fins et drôles, les échanges entre les différents protagonistes font souvent mouche.

Autre force du film, son personnage féminin : il s’émancipe, prend sa revanche sur la domination des autres en ne s’offrant pas tout de suite au regard et en rejetant l’autorité, la puissance d’un corps qui domine (le prof de piano). Nous avons alors là un personnage féminin qui ne choisit pas seulement l’amour, mais aussi de faire ses propres choix. Au-delà, Clovis Cornillac étudie les rapports humains à l’aube des sensations brutes. Musique, goût, voix, sont autant de ressentis qui précèdent le vrai touché et la vue. Mais Clovis Cornillac ne parvient tout de même pas à s’extraire du carcan de la comédie romantique attendue, avec ses personnages secondaires forcément construits en  opposition au héros pour en renforcer la pureté, l’essence (même si Philippe Duquesne est superbe dans son rôle). On s’attend à la fin dès le début et malgré l’originalité de la formation du couple, le parcours, Clovis Cornillac atteint les mêmes conclusion : le bonheur dans l’amour qu’on croit unique. Les personnages traversent des obstacles, mais sans nous émouvoir car on sait que tout finira bien, sans difficulté. Même s’il joue avec les codes, le réalisateur ne va pas assez loin et livre un film agréable, mais loin d’être inoubliable. « La réalisation était pour moi l’oeuvre d’un architecte qui exerce son art. Or je ne suis pas très à l’aise avec cette idée de l’Art avec un grand A. Je ne me suis jamais considéré comme un ‘Artiste’ mais comme un artisan d’art. Je me suis d’ailleurs régalé à travailler dans cet esprit pendant trente ans, en tant que comédien. Depuis quatre/cinq ans, l’idée de réaliser me trottait pourtant dans la tête mais je n’avais pas envie de me tromper donc je l’ai mûrie longtemps. Si je réalisais un film, je voulais le faire en espérant réaliser quelque chose de nécessaire correspondant à un besoin artistique. Une fois ce besoin assumé et affirmé, il n’y avait plus de place au doute. »* Clovis Cornillac est avant tout un artisan qui ressent, essaye, expérimente, comme son personnage qui se révélera finalement heureux d’aller à la rencontre de l’autre et de traverser l’écran pour voir et donner à voir.

*propos retranscrits par Allociné à partir du dossier de presse du film

Synopsis : Lui est inventeur de casse-têtes. Investi corps et âme dans son travail, il ne peut se concentrer que dans le silence. Elle est une pianiste accomplie et ne peut vivre sans musique. Elle doit préparer un concours qui pourrait changer sa vie. Ils vont devoir cohabiter sans se voir…

Fiche technique – Un peu, beaucoup, aveuglément

France- 2014. Au cinéma le 6 mai 2015
Réalisation : Clovis Cornillac
Scénario : Lilou Fogli, Clovis Cornillac, Tristan Schulmann
Compositeur : Guillaume Roussel
Directeur de la photographie : Thierry Pouget
Production : Cine Nomine, Fair Play Production, Vamonos Films
Distribution : Paramount