Une Belle Fin, un film de Uberto Pasolini : Critique

Même si son premier film (Sri Lanka National Handball Team) est passé complètement inaperçu chez nous, Uberto Pasolini n’est pas un inconnu. Rien que son nom déjà est particulièrement évocateur pour les cinéphiles, et pourtant il ne s’agit pas du fils de Pier Paolo Pasolini… mais le neveu de Luchino Visconti!

Professionnel du deuil

Ensuite, cet italien installé en Angleterre y a produit de nombreux films, dont le plus connu est ni plus ni moins que The Full Monty. Et écrivant, produisant et réalisant ce second film, U. Pasolini traite d’un sujet grave, celui de l’isolement et de la désocialisation des individus dans la société moderne. A travers la rigueur de John May et une mise en scène dépouillée constituée de plans fixes (soit l’antithèse du chaste qui caractérisait le cinéma de tonton Luchino!), l’aspect cyclique et austère de la vie du personnage est superbement mis en avant sans jamais rendre son film ennuyeux.

La passion de John May pour la réhabilitation de la mémoire de chaque vie perdue le pousse à compenser sa propre solitude en collectionnant les photos, pleines de vie, des morts et assumer leur deuil. Un comportement que l’on pourrait qualifier de fétichisme morbide, mais qui apparaît, au cœur de cette existence maussade, comme quelque chose d’extrêmement touchant.

Pour qui en doute encore, l’acteur Eddie Marsan est purement excellent. Même s’il est généralement affublé à des rôles secondaires, il enchaine brillamment, en Angleterre comme à Hollywood, et depuis une quinzaine d’années, des rôles comiques (Le Dernier pub avant la fin du monde, Ordure, Hancock…), dramatiques (21 grammes, Tyrannosaur…) et des superproductions (Gangs of New-York, Mission Impossible 3, Sherlock Holmes…). Une Belle Fin est donc sa première opportunité d’occuper un rôle principal, et il s’en sert très bien. Dégageant un stoïcisme attendrissant, son jeu limité ne l’empêche pas de transmettre à travers ses mimiques une profonde humanité et à rendre son rôle véritablement attachant.

Si les personnages secondaires s’avèrent finalement assez peu exploités, c’est parce que la narration emprunte par moment au schéma du road-movie mais c’est surtout parce que les plus importants d’entre eux sont ceux qui sont absents. Rarement un film aura ainsi réussi à rendre la disparition d’inconnus aussi bouleversante. La quête de John May pour reconstruire le parcours d’un homme retrouvé mort, et dont il fait une cause personnelle puisqu’il vient d’apprendre son licenciement, parvient à démontrer que même si l’on finit ses jours loin de tout, il y a toujours des personnes à qui on manquera. C’est justement là le drame de John May, puisque, plus le film avance, plus on en vient à se demander si lui, qui aime tant la vie, aura quelqu’un pour le pleurer si personne, derrière lui, ne reprend son travail. Une tragédie que le réalisateur parvient à exploiter grâce à une pirouette scénaristique finale qui transcende le lyrisme de son long-métrage.
Au sortir du film, on n’a qu’une envie, celle d’aller au-devant des gens qui nous entoure, de s’assurer que l’on ne tombera dans l’oubli et que l’on ne sera pas réduit à l’état de détritus par un système irrespectueux de ses anciens comme nous le présente le film. Le charme poétique et l’humanité de cette réalisation calme et apaisée font un bien fou dont il serait vraiment dommage de se priver.

Synopsis : John May est un modeste fonctionnaire travaillant dans la chambre mortuaire d’un grand hôpital londonien. Il se consacre corps et âme à son métier consistant à retrouver les proches des morts que personne n’est venu identifier et organiser leur enterrement. S’affligeant de la solitude dont souffrent ses contemporains, il semble ne pas se rendre compte qu’il vit lui-même seul et qu’il risque de tomber dans l’oubli à sa mort. Lorsqu’on lui apprend qu’il est licencié, John May perd tout ce qui lui est cher.

Une Belle Fin : Bande Annonce

Une Belle Fin: Fiche Technique

Titre original : Still Life
Réalisation : Uberto Pasolini
Casting : Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza…
Scénario : Uberto Pasolini
Musique : Rachel Portman
Chef Opérateur : Stefano Falivene
Montage: Gavin Buckley, Tracy Granger
Producteur : Uberto Pasolini, Christopher Simon, Felix Vossen
Maisons de production : Redwave Films, Embargo Films
Distribution (France) : Version Originale / Condor
Durée : 87 min
Genre : Drame
Date de sortie : 15 avril 2015

Grande-Bretagne/Italie – 2013

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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