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Planes 2, un film de Roberts Gannaway : Critique

Le film Planes 2, : un envol commercial bien plus maîtrisé que le précédent

Synopsis : Alors qu’il est devenu une star des rallyes aériens, Dusty Crophopper casse lors d’un entraînement sa boîte de vitesse, endommageant son moteur et compromettant ainsi ses prochaines courses, son avenir. En attendant que ses amis trouvent une solution, il se lance le défi de devenir pompier de l’air, afin de sauver la carrière de son ami Mayday. Pour cela, il se rend dans le parc national de Piston Peak pour y effectuer un stage auprès d’une équipe d’élite menée par Blade Ranger. Mais la notoriété et le courage de Dusty ne suffiront pas, car entre gagner des courses et sauver des vies, le fossé est large…

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que Disney daigne continuer à surfer sur le petit succès de Planes, livrant pour l’occasion au public une suite neuf mois à peine après la sortie du premier opus. Qui initialement devait, comme son prédécesseur, sortir directement en vidéo et non dans les salles de cinéma. Histoire de ne pas faire patienter les jeunes spectateurs charmés par les aventures de Dusty Crophopper ? Ou bien de profiter de ces derniers pour amasser quelques dollars par-ci par-là en continuant d’user de la notoriété universelle de Cars ? Si c’est plutôt vers la seconde question que s’oriente la majorité des réponses, vous allez voir que malgré son statut de « pompe à fric pour enfants », Planes 2 s’en sort bien mieux que le tout premier, et ce sur bien des points.

Pourtant, le fait d’avoir une suite qui relève le niveau n’était vraiment pas gagner d’avance, surtout avec un aspect aussi commercial que celui de Planes. Et pour cause, le premier film agaçait par son manque flagrant d’ambition, allant jusqu’à reprendre la trame et les personnages de Cars, changeant juste l’aspect et le nom de ces derniers, et de resservir au jeune public une énième histoire de courses et de dépassement de soi, sans arriver à casser la baraque. La faute principalement à un visuel qui ne se contente que du minimum syndical et de séquences spectaculaire aux abonnés absents. Sur le papier, c’est exactement la même chose pour Planes 2 qui, malgré une animation légèrement améliorée, ne parvient toujours pas à procurer ne serait-ce qu’un soupçon d’adrénaline et ce même pour les enfants, qui doivent du coup se contenter d’un humour qui ne vole pas bien haut et de quelques séquences manquant de peps. Plus commercial encore, l’utilisation des personnages dans le long-métrage même : le film fait comme Cars 2, à savoir mettre de côté les anciens protagonistes (voire en oublier) pour mettre en avant une ribambelle de nouveaux véhicules, permettant ainsi au studio de se faire un bon petit chiffre du côté des produits dérivés (jouets, jeux vidéo…). Oui, au premier abord, Planes 2 n’avait pas grand-chose de bien croustillant à proposer !

Mais contre toute attente, cette suite jouit d’un atout que ne possédait pas le premier volet : un scénario, un vrai ! D’accord, Planes 2 ne transpire par l’originalité et propose un amas de clichés (dont le personnage bougon qui cache un douloureux passé) au service d’une intrigue mille fois vue qui, pour le coup, ne surprendra personne. Mais il est à des années lumières du vide scénaristique qu’était son prédécesseur et cela grâce à une idée toute bête : faire de Dusty, star des rallyes aériens, un avion incapable de faire une course sous peine de finir à la casse. À partir de cette base d’écriture, Planes 2 enchaîne aussitôt sur une histoire de pompiers des airs qui fournit à l’ensemble de véritables enjeux (l’aide, le sauvetage, la mort, le sacrifice…), des moments de bravoure bienvenus et de l’ambition au niveau des leçons moralisatrices destinées au jeune public (la reconversion, les priorités dans la vie, les réflexes en cas de danger, l’handicap…). Bref, contrairement à l’opus précédent, cette suite se présente au public avec quelque chose à raconter, et le résultat final n’en est que meilleur.

Et pour cause, malgré son classicisme et ses accrocs techniques, Planes 2 arrive à capter l’attention des spectateurs de tout âge et cela grâce à son script, justement. Un travail d’écriture qui permet au long-métrage de proposer des personnages, dont Dusty en tête, bien plus charismatiques et attachants que dans le premier film, offrant ainsi de l’intérêt à l’ensemble, une maturité insoupçonnée et même des moments touchants qui font mouche. À défaut de proposer des séquences qui pètent le feu et ce malgré des chansons du groupe AC/DC, Planes 2 suscitent l’attention à tel point que ses défauts passent inaperçus et que l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. Les enfants s’amuseront sans aucune difficulté avec cette suite qui  ne les prend nullement pour des pigeons (bien loin de l’arnaque qu’était Planes premier du nom), les adultes auront de quoi passer le temps et de faire plaisir à leur progéniture sans aucun regret.

Alors oui, cela n’arrive pas à la cheville d’une Reine des Neiges ou d’un Pixar. Oui, le film aurait bien plus sa place à la télévision que sur un écran de cinéma. Mais vu le progrès effectué depuis le premier opus, Planes 2 mérite amplement que l’on s’y attarde ne serait-ce que pour passer un agréable moment en famille. Simple et attachant. Pour une suite purement commerciale, le résultat est plutôt convaincant, vous ne trouvez pas ?

Fiche technique – Planes 2

Titre original : Planes : Fire & Rescue
États-Unis – 2014
Réalisation : Roberts Gannaway
Scénario : Jeffrey M. Howard et Roberts Gannaway
Doublage : Dane Cook / Fred Testot (Dusty Crophopper), Ed Harris / Philippe Catoire (Blade Ranger), Julie Bowen / Audrey Lamy (Lil’ Dipper), Curtis Armstrong / Gérard Darier (Maru), John Michael Higgins / David Kruger (Cad Spinner), Hal Holbrook / Jean-François Garreaud (Mayday), Wes Studi / Saïd Amadis (Windlifter), Brad Garrett / Frantz Confiac (Chug)…
Date de sortie : 23 juillet 2014
Durée : 1h23
Genre : Animation
Direction artistique : Toby Wilson
Animation : Toby Wilson
Montage : Dan Molina
Musique : Mark Mancina
Budget :  50 M$
Producteur : Ferrell Barron
Productions : Walt Disney Pictures, DisneyToon Studios, Prana Studios et Prana Animation Studios
Distributeur : The Walt Disney Company France

Lost River : Musique, Bande Originale

Lost River – La B.O./Trame Sonore/Soundtrack 

Une Musique Éclectique

La voilà, la preuve qu’il n’est quand même pas si compliqué de composer une bande originale à la fois « commerciale » et artistique ! Commerciale, parce qu’elle est accessible au plus grand nombre, que ses mélodies se retiennent sans difficulté et parce-que tout simplement, le plaisir qu’on prend à l’écouter est une évidence. Artistique, parce qu’il y a un authentique travail de création, une volonté de proposer un son nouveau, un univers propre au film et à Johnny Jewel, son compositeur. Un son exclusivement synthétique, comme un héritage reçu d’illustres prédécesseurs tels qu’Eric Serra ou Vangelis. On croirait même entendre par moments la bande originale de Blade Runner. Une bande vraiment originale donc, mais qui pourrait aussi revendiquer des influences venues de Pink Floyd ou même Björk.

Longue de pas moins d’une centaine de minutes, cette bande-originale est à écouter d’urgence, pour ses qualités musicales, pour ses quelques interprètes (Chromatics, Saoirse Ronan), pour la richesse et la variété de ses compositions et arrangements. Mais surtout, parce qu’elle renoue avec l’esprit de quelques grands compositeurs de cinéma de la fin du XXème siècle, parmi lesquels on pourrait ajouter Georgio Moroder. Petit détail intéressant, Johnny Jewel remet au goût du jour cette idée d’ajouter à la partition quelques dialogues tirés du film, les utilisant comme un instrument à part entière et faisant de Lost River un tout indissociable.

Sortie : 30 mars 2015

Distributeur : Italians Do It Better

Durée : 100’

Tracklist :

1. Tell Me Par Johnny Jewel feat. Saoirse Ronan 2’43

2. Yes (Love Theme from Lost River) par Chromatics 3’25

3. Shell Game par Glass Candy 3’08

4. Echoes par Johnny Jewel 2’27

5. The Big Bad Wolf par Johnny Jewel feat. Ben Mendelsohn & Rob Zabrecky 0’48

6. Cool Water par Johnny Jewel feat. Ben Mendelsohn 3’12

7. Deep Purple par Billy Ward & His Dominoes 2’15

8. Bullytown par Johnny Jewel feat. Matt Smith 5’23

9. Bullytown (Full Version) par Johnny Jewel feat. Matt Smith 5’23

10. The Dead Zone par Johnny Jewel 6’47

11. Blue Moon par Chromatics 3’37

12. A Bloody Good Time par Johnny Jewel feat. Eva Mendes & Landyn Stewart 2’59

13. Behind The Mask par Desire 2’27

14. Underwater par Johnny Jewel 3’53

15. Barnum’s Steam Calliope par Sunset Four feat. Matt Smith 0’48

16. Carousel, pt. I par Johnny Jewel 2’23

17. Hope par Johnny Jewel 1’13

18. Yes (Symmetry Remix) par Chromatics 4’31

19. Deep Purple par Larry Clinton feat. Mary Dugan 2’22

20. The Goddess Of Gore par Johnny Jewel feat. Rob Zabrecky 1’10

21. Moliendo Café par Lucho Gatica 2’01

22. Echoes (Reprise) par Johnny Jewel 1’29

23. Ascension par Johnny Jewel 3’13

24. Spellbound par Johnny Jewel 4’17

25. Burning Houses par Johnny Jewel feat. Reda Kateb 1’59

26. Tell Me (Jukebox Version) par Johnny Jewel & Ruth Radalet 3’01

27. Slow Motion par Johnny Jewel 3’19

28. Communion par Johnny Jewel feat. Rob Zabrecky 2’27

29. Carousel, pt. II par Johnny Jewel 2’09

30. Wandering par Johnny Jewel 1’02

31. Deep Purple (Reprise) par Larry Clinton 1’03

32. Reunion par Johnny Jewel 1’43

33. Death par Johnny Jewel 1’59

34. Rat, Face, & Bully par Johnny Jewel feat. Saoirse Ronan & Matt Smith

35. Candlelight Burns par Johnny Jewel 2’48

36. Fossil Fuels par Johnny Jewel 4’32

37. Franky’s Theme par Johnny Jewel 1’49

38. Yes (Lullaby from Lost River) par Chromatics 2’37

Auteur : Freddy M.

Rétro Coen : Ladykillers – Critique du film

Remake de la comédie anglaise du même nom d’Alexander MacKendrick (1955), Ladykillers version Coen reprend le pitch original, un mystérieux professeur abuse de la crédulité d’une vielle veuve en prétextant répéter un concert avec son ensemble baroque, mais déplace l’intrigue de l’Angleterre d’après guerre au sud des États-Unis.

La vielle Mrs Munson n’est plus une catholique, mais une protestante afro-américaine, qui passe son temps entre les offices de l’église et le bureau du shérif, pour se plaindre de tout et n’importe quoi. Récompensé par un prix d’interprétation à Cannes pour la prestation inspirée de Irma P. Hall, le film est pris en grippe par une bonne partie de la critique, qui ne semble pas avoir goûté la plaisanterie. Qualifié de film mineur, d’idiot voir même de raciste (parmi les plus enflammés), tout le monde semble s’acharner à dire que Ladykillers fait tâche dans la filmographie quasi irréprochable des deux frères. Sauf que, s’il est vrai que le film n’a pas la profondeur psychologique d’un Barton Fink, ou le cynisme d’un Fargo, il n’en reste pas moins l’une des comédies les plus intelligentes et maîtrisées des années 2000.

La Mélodie Du Braqueur

Le film est déjà séduisant au premier abord avec sa photographie léchée et sa troupe d’acteurs particulièrement hétéroclite. Prenant à contre-pied la logique des films de braquage, les Coen embauchent les gueules les moins assorties du cinéma contemporain. J.K Simmons (Spiderman) en artificier redneck au colon irrité, Marlon Wayans (Scary Movie) en agent infiltré porté sur le rap et le sexe, Ryan Hurst (Sons of Anarchy) dans le rôle d’un quarterback benêt et Tzi Ma (24h Chrono), un vétéran de la guerre d’Indochine légèrement taciturne. Une équipe de bras cassés parfaite, à laquelle vient s’ajouter Tom Hanks, pour sa seule collaboration avec les réalisateurs (ils ne voulaient que lui dans le rôle), reprenant la partition du Dr. Goldthwait Higginson Dorr III. Derrière ce nom sympathiquement désuet, se cache le cerveau de l’opération : un homme élégant, plein de manières, passionné de belles lettres et dont le drame personnel semble d’être né à la mauvaise époque. Une interprétation inspirée, à contre emploi de ses rôles habituels de quadra sympathique. Face à lui la rigide Mrs Munson, d’abord séduite par ce gentleman d’un autre temps, ne tardera pas à découvrir ses motivations criminelles. Aidés par une écriture minutieuse et des dialogues au tempo parfait, les acteurs déploient un large spectre de comédie, allant de la blague potache la plus triviale, à la référence littéraire la plus savante. Les Coen rassemblent ainsi, dans une maison de banlieue, tout un microcosme multiculturel, et les tensions entre les univers antithétiques des personnages, deviennent rapidement le principal moteur de l’intrigue, reléguant le braquage au second plan. Tous les ingrédients pour faire une bonne comédie sont là, et pourtant Ladykillers est plus que cela.

Il y a un aspect qui semble avoir échappé aux critiques lors de la sortie du film : la musique. L’accompagnement musical chez les frères Coen est central, dans leur filmographie (il suffit de revoir O’brother ou The big Lebowski). Ici, l’intrigue est rythmée par les chansons gospel de la chorale paroissiale, appréciées de Mrs Munson, mais aussi par le flow agressif du rap de Gawain (Damon Wayans), ainsi que les airs baroques qui servent de couverture à l’entreprise du professeur Dorr. Les deux réalisateurs eux-mêmes ont confirmé que ce qui les intéressait en premier lieu, c’était de confronter ces trois genres que l’on associe rarement. Avec l’aide de leurs collaborateurs habituels, Carter Bunwell et T.Bone Burnett, l’équipe compose une partition remarquable, où le bottleneck de Blind Willie Johnson rencontre les accords baroques des menuets Boccherini. Les voix de différentes époques se confrontent (Gospel protestant contre Baroque de la contre-réforme) et s’alimentent les unes les autres, offrant deux séquences de braquages (forage du tunnel et perçage du coffre) particulièrement jouissives. La musique fonctionne d’abord comme marqueur social, assimilant le hip-hop gangsta à la rue, le baroque à l’intellectualisme et le gospel à la religion. Mais très vite, on comprend qu’elle devient un personnage à part entière, influant sur le comportement de tous les protagonistes. C’est par l’évocation de la musique, que le professeur convainc Mrs Munson de lui louer sa cave, et c’est elle qui provoquera le retour imprévu de celle-ci de l’office, et la découverte de la supercherie. Cette musique, c’est Dieu lui même qui veille sur la vieille logeuse et observe attentivement le déroulement des événements (nombre de symboles témoignent d’une présence mystique dans le film) et tant qu’à faire, essaye de récupérer sa part du gâteau. De la même manière que Stanley Kubrick dans 2001, L’Odyssée De l’Espace, créait le personnage d’Hall 9000 par la seule force du montage, les Coen composent leur divinité à l’aide d’une partition particulièrement subtile. Il s’agit probablement de leur travail musical le plus intelligent et le plus complexe depuis le début de leur riche filmographie.

Ladykillers serait un film mineur ? Même cette affirmation critique donne envie de sourire, preuve finale de la virtuosité totale de cette comédie noire.

Synopsis: État du Mississippi. Le professeur Goldthwaite H. Dorr emménage dans la maison d’une dame d’un certain âge, Mme Munson, en tant que locataire. D’apparence brillant et distingué, il souhaite en réalité réaliser le casse du siècle : creuser un tunnel à partir de la cave de la maison jusqu’à un bateau accosté sur les berges du fleuve, qui abrite un important casino. Entouré de complices qu’il présente comme « ses musiciens » (en prétextant des répétitions de musique renaissance), le professeur découvre bientôt que sa logeuse s’avère être bien plus curieuse qu’il ne l’avait cru…

Ladykillers : Bande annonce

Fiche Technique : Ladykillers

Titre original : The Ladykillers
Titre québécois : Les Tueurs de dames
Réalisation : Joel et Ethan Coen1
Scénario : Joel et Ethan Coen, d’après le scénario original de William Rose
Production : Joel et Ethan Coen, Tom Jacobson, Barry Josephson, Barry Sonnenfeld
Décors : Dennis Gassner
Costumes : Mary Zophres
Directeur de la photographie : Roger Deakins
Montage : Joel et Ethan Coen
Musique : Carter Burwell
Sociétés de distribution : Buena Vista International ;Gaumont Buena Vista International
Budget : 35 millions $
Langues originales : anglais, vietnamien
Format : Couleur • 1.85:1 • 35 mm – DTS • Dolby Digital • SDDS
Durée : 104 minutes
Dates de sortie : 2004

Les Opportunistes de Paolo Virzi: critique DVD

Synopsis : Près du lac de Côme en Italie. Les familles de la richissime Carla Bernaschi et de Dino Ossola, agent immobilier au bord de la faillite, sont liées par une même obsession : l’argent. Un accident la veille de noël va brutalement changer leurs destins.

Le Capital humain

Le cinéma italien nous a toujours offert de succulentes perles cinématographiques. Paolo Virzi (« La prima cosa bella »), réalise ainsi fin 2014, « Les Opportunistes », adaptation du roman « The Human Capital » de Stephen Amidon, titre français qui aurait été préférable. A travers son histoire, il façonne une critique malheureusement trop légère pour interpeller, malgré une interprétation de qualité de la part des têtes d’affiches.

Le film dépeint la société italienne contemporaine des années 2010, en crise économique. Un soir, un cycliste est renversé par un 4×4, à partir de là, le récit se construit sur quatre chapitres qui permettent d’éclairer les circonstances de l’accident. L’atmosphère filmique est ici clairement donnée par le réalisateur pour nous confronter à la dure fatalité. Le film traitera de luttes de classes dans une société inégalitaire.

Pour faire simple, l’aspect mosaïque du film est caractérisé par une poignée de personnages, tous constitué d’antihéros. Un homme de classe moyenne souhaite s’élever socialement auprès d’un homme d’affaire véreux tandis que sa fille tombe amoureuse d’un garçon élevé à la dure par un père criminel, dans les quartiers pauvres. Un véritable film chorale où les destinées se croisent et influent sur les autres, jouant sur la fatalité et l’espoir.

Paolo Virzi paraît trop sûr de son puzzle pour réellement s’y impliquer. A trop vouloir faire confiance à son procédé et le laisser se développer sans réel contrôle, le système fonctionne moins bien. La technique oscille entre le maladroit, notamment à travers ses clichés et le poussif avec ses lourdeurs scénaristiques. L’équilibre effectué entre le drame mondain et la comédie populaire est trop instable pour permettre l’analyse pertinente et frappante d’une Italie déliquescente. Si le cadre scénaristique divisé n’est pas inintéressant, il reste un peu vain sur ses principes narratifs et encore une fois, sur son équilibre.

Le capital humain, qui constitue la base pamphlétaire du scénario, est une statistique calculée par les assurances selon l’espérance de vie, du revenu potentiel, du nombre et de la qualité des relations affectives du défunt. Une donnée aussi inhumaine qu’incohérente, qui caractérise la décadence sociétale Italienne, où les grands hommes d’affaires misent leurs fortunes sur la chute économique de leur propre pays. Le parallèle est évident avec la corruption mafieuse dont est victime la population Italienne, où les inégalités socio-économique ne cessent de s’élargir.

Dans cette animosité socio-économique, le personnage de Carla représente toutes les qualités et toutes les défaillances du film. La protagoniste, jouée par Valeria Bruni Tedeschi symbolise toute l’impuissance d’un pouvoir politique intègre à s’imposer au pouvoir. Le chapitre qui lui est consacré est le mieux interprété mais également le moins bien mis en scène, notamment par le progressif abandon du réalisateur, à travailler son cadre. Un contraste fort regrettable d’autant que certains passages sont brillants scénaristiquement parlant, réussissant enfin à capter le spectateur sur la réalité sociale.

Le microcosme que construisent les personnages entre eux, caractérisation d’un pouvoir politique aux ambitions purement individualiste, s’oppose à une vision crédule d’une entraide sociale. Tout est fait pour que les castes s’affrontent et ne s’assistent pas. Le seul filon d’espoir, incarné par les personnages de Séréna et Luca, se retrouvent happé par des puissances qui les dépassent et la tragédie sociale est symboliquement parfaite tant la rupture est violente entre leur incrédulité et la monstruosité des puissances.

Par la mollesse visuelle que nous offre le réalisateur, on croirait par moment plus assister à une « Scripted Reality » improvisé, c’est à dire la reconstitution pseudo-documentaire de fait divers adaptés aux exigences de la fiction, aux thèmes sociales récurrentes (arnaque, mensonge) qu’à un véritable long métrage. Quel dommage que ces accrocs de réalisation, néanmoins pas si désagréables, gâchent le potentiel d’un film qui avait tout pour réussir, de brillante manière, sa courageuse critique. Fort heureusement, les performances d’acteurs sont immenses.

Outre le jeu candide proposé par Valeria Bruni Tedeschi ; Fabrizio Bentivoglio interprète avec justesse un homme opportuniste, prêt à tout pour s’élever socialement, jusqu’à y laisser sa fortune et sa famille. Mais le film ne serait pas grand-chose sans les révélations qu’ils nous proposent. Que ce soit Matilde Gioli (Séréna), Fabrizio Gifuni (Massimiliano) ou Giovanni Anzaldo (Luca), les trois comédiens brillent par leur présence. Ils nous offrent des performances dignes, portent le long métrage et arrivent presque à faire oublier certains défauts.

La mise en scène de Paolo Virzi est assez étrange, dans le mauvais sens du terme. Trop appuyée pour paraître réaliste et trop maladroite pour paraître travaillée. Le fait d’avoir laissé son casse-tête se dérouler sans que le spectateur ait l’impression qu’il interfère rend la chose souvent vaine. Malgré l’intérêt que l’on y porte, l’évidente paresse de son auteur ne permet pas une implication du spectateur suffisante, rendant la tragédie pathétique.

Les Opportunistes est un film aléatoire, tantôt brillant, tantôt maladroit, il livre une critique trop dilué d’une Italie déliquescente. Si le puzzle scénaristique est plutôt bien fait, le pamphlet, lui, tombe à l’eau. Heureusement que les performances sont époustouflantes permettant au spectateur de passer un bon moment dans ce qui semble être un honnête film à mi-chemin entre le drame mondain et la comédie sociale.

Les opportunistes : Bande annonce

critique-dvd-les-opportunistesLes Opportunistes

De Paolo Virzì Avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio et Valeria Golino

SORTIE EN DVD ET EN BLU-RAY LE 7 AVRIL 2015

Fiche technique Les Opportunistes (Il Capitale Umano)

Réalisé par Paolo Virzi en salles le 19 Novembre 2014.
Avec : Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, Fabrizio Gifuni, Luigi Lo Cascio, Giovanni Anzaldo, Matilde Gioli, Guglielmo Pinelli, Gigio Alberti, Bebo Storti, Vincent Nemeth
Scénario : Francesco Bruni, Francesco Piccolo, Paolo Virzì d’après Capital Humain de Stephen Amidon
Production : Fabrizio Donvito, Benedetto Habib, Marco Cohen
Photographie : Jérôme Alméras
Montage : Cecilia Zanuso
Costumes : Bettina Pontiggia
Décors : Mauro Radaelli
Musique : Carlo Virzì
Distribution : BAC Films
Durée : 1h49

Divergente 2 : L’insurrection, un film de Robert Schwentke : Critique

Convergence

Êtes-vous un vrai cinéphile ? Si c’est le cas vous n’êtes pas seulement quelqu’un qui aime le cinéma, non, ce serait trop facile. Vous aimez voir des films, mais surtout vous savez faire la différence entre un navet et un chef d’œuvre. Vous êtes capable reconnaître le talent d’un réalisateur à la manière dont celui-ci met en relation les images et les sons afin de faire naître chez le spectateur l’émotion ou la réflexion adéquate. Vous aimez être surpris, découvrir de nouvelles choses, mais aussi de temps en temps vous appréciez un blockbuster, un film à grand spectacle, avec de l’action et un peu de romance, car parfois ce n’est pas si désagréable. Ce n’est pas un chef d’œuvre, vous en êtes conscient et vous saurez trouver les arguments adéquats pour vous le prouver. Vos amis vous demande régulièrement des conseils, ou ce que vous avez pensé des dernières sorties en salle, et vous vous faites une joie de leur répondre. L’éclectisme est votre atout principal et vous essayez toujours d’en voir plus, afin d’affiner votre sens critique. Si cette description vous correspond, vous êtes un vrai cinéphile, ouvert et cultivé…et vous êtes victime de « l’effet Barnum ». Rien de grave, ça arrive à tout le monde. Il s’agit juste de la propension que possède une personne à accepter une description vague comme s’appliquant à elle-même en particulier. Ce qui vient d’être décrit pourrait finalement s’appliquer à n’importe qui, mais on aime se rassurer en se disant que l’on est particulier, que l’on sort de la masse, et surtout on aime que l’on nous le dise. C’est sur ce principe que fonctionne la publicité, les horoscopes et bien sur une bonne partie du cinéma contemporain, avec des personnages auxquels ont peut facilement s’identifier, car ils ne sont pas si différents de nous. Le problème avec la saga Divergente, c’est que rarement ce procédé, qui demande tout de même une certaine subtilité dans la rhétorique, n’avait semblé aussi évident.

Petit rappel des faits : dans le premier épisode on découvrait le personnage de Beatrice/Triss, vivant dans un monde post-apocalyptique divisé en 5 factions remplissant chacun une fonction précise (agriculture, justice, combat, gestion et science). Mais au moment de choisir son orientation, notre héroïne découvre avec stupeur que le test psychologique la désigne comme un divergente. Diantre…mais qu’est-ce donc ? Comme on nous l’explique, c’est une personne qui ne rentre dans aucune des cases susmentionnées, possédant des atouts de chacune des castes. Elle serait donc en danger car les dirigeants n’aiment pas vraiment ça, quand on ne rentre pas dans les cases. Et tout le film ne dépassait jamais vraiment ce postulat de base, se gardant bien d’expliquer ce qu’était véritablement une « divergence ». Une description vague qui rendrait possible l’identification au personnage, non pas en la présentant comme quelqu’un de supérieur à la moyenne, mais au contraire en diminuant les capacités de tout ceux qui l’entourent. Ce n’est pas elle qui détonne, ce sont les autres qui sont nuls, car obligés de se contenter de tâches prédéfinies par un test (assez mystérieux aussi). Ce monde qui tournerait autour de sa personne que l’on aime bien fantasmer occasionnellement, Divergente l’a créé. On devrait nous présenter une société qui se désintègre car trop formatée, mais tout tourne autour de Triss et sa « particularité », cette ado qui se rebelle contre le monde et le fera plier. On s’identifie au personnage et on voit défiler 2h de film qui nous répète comme un mantra que nous, spectateurs assis au milieux d’une masse grouillante, sommes particuliers, car nous non plus nous n’entrons pas dans des cases prédéfinies par des salauds de législateurs ! Le film ne développait pas véritablement le concept, se contentant ensuite de dérouler une intrigue de teen movie classique assez prude, à laquelle on appliquait un décor post-apocalyptique, quelques scènes d’action et de violences adolescentes pour coller à la tendance du moment.

La suite est a peu près dans le même ordre d’idée, continuant d’essayer de rendre crédible un univers qui n’a aucune logique interne. Pourquoi une technologie aussi développée et toujours ces décors crasseux et ces ruines à perte de vue ? Et comment la méchante peut-elle persuader tout le monde que le système de faction doit rester en place, tandis qu’elle est elle-même en train de le détruire ? Et à quoi sert la faction des audacieux si chaque faction semble avoir sa propre force de défense ? Beaucoup de questions qui mettent à mal la crédibilité de l’ensemble, mais qui ne semblent pas intéresser les scénaristes. Non, ce qu’il faut c’est que le public s’identifie à tout prix à leur héroïne. On verra donc Shaylene Woodley dans tous les plans du film : elle court, marche, saute, pleure, fait des rêves bizarres avec Naomie Watts…bien, c’est un être humain parfaitement fonctionnel, on peu donc s’identifier à elle. Pas besoin de développer sa psychologie et la rendre véritablement exceptionnelle, les autres personnages s’en chargent, répétant à qui veut l’entendre qu’elle est une divergente, donc spéciale…vous suivez ? D’ailleurs, elle ne fait pas grand chose dans le film, ce sont toujours les autres qui la tirent d’un mauvais pas (notamment le beau et musclé « Quatre »), mais bon, on nous dit qu’elle est importante donc soit (d’ailleurs les autres personnages sont extrêmement peu développés)… Pour continuer sur cette lancée, on remarquera que les adjectifs utilisés par les personnages sont toujours assez génériques, par exemple elle est décrite comme « mortelle »…mais encore ? Serait-il possible de préciser le propos au lieu de s’arrêter à cette affirmation gratuite ? Manifestement non.

Au-delà de ce postulat de base (la divergence), le reste du film ne raconte pas grands chose et utilise à outrance les effets numériques pour faire du remplissage. Le réalisateur semblant se rendre compte que ce qu’il proposait comme un teen movie d’action en manquait finalement cruellement, il décide donc de faire tout péter pendant les séquences de rêve ou de simulation. C’est un peu comme si Freud se retrouvait adapté au cinéma, revu et corrigé par Michael Bay et John Woo. Une maison en flamme s’envole, le décor explose sous les pas de Triss…ce n’est pas très beau à voir, assez abrutissant et surtout inutile dans l’intrigue. Tout ces effets de manche ne sont présent que pour détourner notre attention de la vacuité du scénario avant de nous surprendre par un twist final décevant, car en plus d’en remettre une couche sur cette histoire de divergence qui rend les gens spéciaux, il reprend quasiment à la réplique près celui du Labyrinthe (sorti quelques mois avant). Une fois de plus, Divergente est le dernier arrivé, celui qui ne semble que copier ses prédécesseurs pour ramasser les derniers morceaux d’une audience déjà acquise au genre, réussissant l’exploit de se faire griller la priorité par un nouveau-né. C’est tellement gros, que ça devient pathétique.

Synopsis: Alors que le désir de révolution commence à se faire sentir dans toutes les factions Tris, Quatre, Caleb, Peter et Marcus se réfugient chez les Fraternels. Ils devront chercher des alliés pour cette prochaine mission. Après avoir trouvé « la boîte », Jeanine est persuadée qu’elle contient des informations contre les Divergents. Mais il lui faut un Divergent compatible avec toutes les factions pour l’ouvrir. Les Érudits vont alors traquer tous les Divergents pour trouver celui qui correspondra . Entre amour, amitié, choix, haine et trahison Tris devra faire face à plusieurs épreuves toutes plus dures les unes que les autres.

Divergente 2 : l’insurrection – Bande Annonce

Fiche Technique : Divergente 2 : L’Insurrection

Titre québécois : La Série Divergence : Insurgés
Titre original : Insurgent
Réalisation : Robert Schwentke
Scénario : Brian Duffield et Akiva Goldsman, d’après Divergente 2 de Veronica Roth
Direction artistique : Alec Hammond
Décors : Alan Hook
Photographie : Florian Ballhaus
Production : Lucy Fisher, Pouya Shahbazian et Douglas Wick
Musique : Joseph Trapanese
Sociétés de production : Red Wagon Entertainment
Summit Entertainment
Sociétés de distribution : Summit Entertainment, SND
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2,35:1 – son Dolby numérique
Genre : science-Fiction
Durée : 119 minutes
Dates de sortie1 :
Belgique, France : 18 mars 2015
États-Unis, Canada : 20 mars 2015

 

Taken 3 : Musique, Bande Originale

Taken 3 – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Bande (pas) originale

La bande-originale de Taken 3 aurait pu être totalement prévisible, s’enfoncer dans les méandres du cinéma d’action en enfilant les stéréotypes des musiques musclées et presque martiales, de ce genre cinématographique. On n’en est pas très loin en fait, les partitions musicales sont exactement ce qu’on attend d’elles : pleines d’emphase, aux rythmes lents et très appuyés, comme pour marquer la détermination du « héros ». Rien de bien original à écouter de ce côté-là, on est en terrain conquis et, sans surprise, le compositeur Nathaniel Mechaly s’impose des passages obligés, accouchant d’une partition certes qui s’écoute, mais est interchangeable avec un bon wagon d’autres « œuvres » du même genre. Pour plaire à tous, on mélange instruments traditionnels et quelques belles nappes de synthé pour un résultat sans autre ambition que de ne froisser personne.

L’originalité, c’est un bien grand mot, serait plus à chercher (et qui sait, à trouver) du côté des chansons qui ne se contentent pas que de celle du générique de fin. Les plus réussies sont Let Me Weep, Toes ou encore A Stutter. Bien sûr, rien qui ira cartonner en haut des charts internationaux, mais suffisamment de qualités dans l’interprétation, la composition et les arrangements pour ne pas avoir envie de jeter (tout le) bébé avec l’eau du bain. Le plus étonnant en fait, c’est la douceur de ces interprétations dans un film « de brutes ». Une « humanité » qui semble s’être perdue face au rouleau compresseur de la franchise Taken. Il y a finalement quelques bonnes choses à prendre dans le travail de Nathaniel Mechaly, il y en a malheureusement beaucoup plus à laisser…

Sortie : 5 janvier 2015

Distributeur : EuropaCorp

Durée : 68’

Tracklist :

1. Taken 3 Opening par Nathaniel Mechaly 0’36

2. Let Me Weep par Gaelle Mechaly 2’55

3. Toes pas Glass Animals 4’17

4. Predictable par Nathaniel Mechaly 1’20

5. Leonor Is Dead par Nathaniel Mechaly 1’42

6. Bryan Runs par Nathaniel Mechaly 2’52

7. A Stutter par Olafur Arnalds 5’09

8. He’s Playing You par Nathaniel Mechaly 1’38

9. Bryan’s Escape 4’09

10. He Didn’t Do It par Nathaniel Mechaly 4’09

11. Inspector Dotzler par Nathaniel Mechaly 1’18

12. College Pursuit par Nathaniel Mechaly 2’30

13. Kim Interrogation par Nathaniel Mechaly 3’38

14. Fourth Yogurt From The Back 1’27

15. Malankov’s Penthouse par Nathaniel Mechaly 2’40

16. Up To The Russians par Nathaniel Mechaly 1’28

17. He’s A Ghost pa Nathaniel Mechaly 3’03

18. Bryan’s Grief par Nathaniel Mechaly 6’14

19. Anything Yet ? par Nathaniel Mechaly 2’38

20. Store Fight par Nathaniel Mechaly 2’36

21. Porsche Pursuit par Nathaniel Mechaly 4’21

22. Saving Kim par Nathaniel Mechaly 4’51

23. Infinity par The XX 5’15

Auteur Freddy M.

Lost River, un film de Ryan Gosling : Critique

Ryan Gosling est une personnalité qui a su jouer sur plusieurs tableaux depuis sa plus tendre enfance. Gamin adorable dans La Bande à Mickey, il est devenu un idéal masculin pour ces dames depuis N’oublie jamais. Un fardeau pour l’acteur canadien qui semble vouloir s’affranchir de cette étiquette minable. Il le dit lui-même; il ne s’est « jamais vu comme un sex-symbol« . Musicien doué, Ryan Gosling est également à la tête d’un groupe indie folk qu’il a fondé, les Dead Man’s Bones. Les Inrocks iront même jusqu’à classer leur premier album dans la liste des quinze meilleurs opus de 2009. Bourré de talents, le public ne le connaît pourtant qu’à travers ses rôles de belles gueules et d’hommes romantiques mystérieux. Le comble pour un acteur aux multiples talents, loin d’être jugé à sa juste-valeur. Mais Ryan Gosling n’est pas qu’une belle gueule sur un corps d’Apollon. C’est aussi un esprit torturé qui cherche à s’affranchir de son passé et des étiquettes qu’on lui colle. En étant à l’affiche coup sur coup de Blue Valentine et Drive, l’acteur canadien se fait le porte-étendard d’un cinéma d’auteur américain exigeant et stylisé. Une image qu’il entretient volontiers en restant dans un cinéma arty qui trouve son apogée avec les envoûtants Only God Forgives et The Place Beyond the Pines. A travers ses déclarations, on sent que le garçon souhaite être autrement reconnu pour ses performances au sein d’œuvres véritablement artistiques que pour ses « abdos photoshoppés« . Passionné par les exploits de ses illustres pairs cinéastes, Ryan Gosling tend à leur rendre hommage avec Lost River. Un vibrant cri du cœur de la part d’un vrai bon cinéphile. Certains films de Nicolas Winding Refn et Derek Cianfrance viennent d’être cités. Ce n’est pas un hasard. Ce qui semble avoir surtout aidé Ryan Gosling a franchir le pas de la réalisation, ce sont ces rencontres avec les deux cinéastes, pour lesquels il réitérera à chaque fois l’expérience.

The Place Beyond Detroit

D’autres illustres réalisateurs semblent également servir d’inspiration à Lost River. En effet, ce dernier est une oeuvre hybride qui trouve sa source à travers le travail remarqué et remarquable de génies du cinéma. On pensera volontiers à David Lynch, Dario Argento ou Terrence Malick dès l’introduction. Certains iront jusqu’à citer Alejandro Jodorowsky, Gregg Araki, Gaspar Noé ou Harmony Korine. La liste peut encore être longue. Afin d’injecter une vraie identité visuelle à son récit, Ryan Gosling s’est adjoint les services du chef opérateur Benoit Debie, ayant justement œuvré par le passé pour Korine et Noé. Le canadien n’a pas hésité à s’entourer d’une équipe de talentueux faiseurs d’image. Au montage, il est allé jusqu’à embaucher le monteur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Valdís Óskarsdóttir. Au fond, Lost River nous en indique beaucoup sur Ryan Gosling et ses films de chevet. Pour l’équipe du film, le jeune réalisateur a bâti une forte équipe grâce à son expérience des plateaux. Mais surtout grâce à sa rencontre avec gens avec qui il a déjà travaillé ou qui l’ont marqué dans certains films. C’est d’ailleurs pour cette raison que Reda Kateb figure au casting, le canadien ayant été impressionné par sa performance dans Un Prophète ou Zero Dark Thirty. A ses côtés, un casting de prestige compose la première réalisation du canadien et détonne dans cette oeuvre d’une dimension expérimentale parfois déconcertante, loin des conglomérats des grands studios hollywoodiens. Un tant-soi peu cinéphile et vous reconnaîtrez toutes les têtes qui figurent dans le casting. Si c’est bel et bien la Warner qui distribue le film (en VOD aux Etats-Unis), elle semble en revanche ne pas assumer le parti-pris de ce film, véritable conte de fée sous acides. Pas assez grand public ? Evidemment, mais si c’était ce que rechercher son réalisateur ?

Cette première incursion dans le cinéma selon Gosling pourrait effectivement sembler déroutante, si tenté que l’on ne connaît l’acteur pour ses rôles de premier plan. Mais au fond, si Lost River aborde franchement le cinéma méta et en dit long sur son réalisateur, il nous permet également d’avoir un regard arty et désillusionné sur le rêve américain et sa ville de Détroit abandonné de tous. Ce sont des monstres qui ont désormais investi la ville. Des hommes qui ont cédé aux plus viscérales des pulsions, du sang au sexe en passant par l’argent et la destruction. Il est évident que cette mère célibataire (Christina Hendricks, sublime) et ses deux fils en proie à la faillite devront franchir certaines limites. Ils devront retourner à la surface pour s’affranchir des monstres qui les attirent dans les limbes de la perversité. Mais si d’évidentes idées semblent se dégager du récit pour nous proposer une réflexion, il manque clairement une vision d’ensemble qui aurait pu éviter au film d’être un peu vain. Il se dégage de Lost River une atmosphère onirique à la Del Toro. Les nuits semblent s’y fondre dans des virées nocturnes psychotiques. Tout le parti-pris du film est de favoriser l’identité visuelle au détriment du récit et des interactions entre les personnages. Difficile de considérer cela comme un défaut puisqu’au final Lost River s’apprécie plus comme une expérience sensorielle que comme une véritable intrigue à suivre. Mais tout cela se fait malheureusement au détriment de l’absence de tension, d’alchimie entre les acteurs et d’un rythme decrescendo qui nuit à l’appréciation du film. Si les sensations sont bien présentes et que la fascination à la vue de certaines images fantasmagoriques nous gagne, il nous arrive par moment de perdre pied dans ces quatre-vingt quinze minutes confuses. A trop vouloir privilégier le cadre, Ryan Gosling en oublie les personnages qui le composent. Difficile pour eux d’exister malgré cette attraction fascinante qui -paradoxalement- nous les rapproche de nous autant qu’il nous en éloigne. Certaines sous-intrigues perdent au change comme cette romance entre deux âmes isolés pour laquelle aucune substance n’en ressort vraiment. Ce sont donc les visions d’un jeune cinéaste dopé au cinéma d’auteur qui priment donc sur l’histoire.

Malheureusement pour Ryan, le film souffre justement du poids de ses références. Lost River apparaît plus comme l’oeuvre d’un garçon qui souhaite prouver à quel point il a été influencé par une culture cinématographique singulière et sensorielle. Le spectre de David Lynch et de ses compères n’est jamais très loin. Tous les cinéastes que le jeune réalisateur souhaite saluer à travers son film ne font qu’alourdir sa portée. A vouloir apposer sa marque personnelle et cultivée, Gosling fait l’erreur de tomber dans l’énumération d’une galerie de cinéaste pour un film qui -finalement- devient impersonnel. Preuve en est avec tous ces articles -dont celui-ci- qui ne font que citer les très nombreuses références du film. On pourrait croire à un caprice de jeune premier de la classe mais il n’en est rien. Il faut voir Lost River avant tout comme un profond cri du cœur. Restons-en sur le souvenir de la première incursion naïve mais touchante d’un cinéaste en devenir. Tout comme cette ville engloutie sous les eaux,Lost River est beau, tellement beau mais se contente malheureusement de rester à la surface, nous cachant toute la profondeur de son récit dans ses entrailles. Il faut peut-être y plonger la tête à l’instar de notre héros pour y découvrir toute la réussite de ce film brillant formellement mais fondamentalement bancal. Il serait cependant dommage de ne pas croire au potentiel du canadien pour persévérer dans cette voie et nous offrir un second long-métrage dans la même veine. L’aboutissement en plus.

Synopsis: Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

Fiche Technique: Lost River

Etats-Unis
Genre: Thriller, Fantastique
Durée: 95min
Sortie en salles le 08 avril 2015

Réalisation: Ryan Gosling
Scénario: Ryan Gosling
Interprétation: Christina Hendricks (Billy), Iain De Caestecker (Bones), Saoirse Ronan (Rat), Matt Smith (Bully), Ben Mendelsohn (Dave), Eva Mendes (Cat), Reda Kateb (Cab Driver), Barbara Steele (Grandma)
Image : Benoît Debie
Décor : Beth Mickle & Lisa K. Sessions
Costume: Erin Benach
Montage: Valdís Óskarsdóttir & Nico Leunen
Musique : Johnny Jewel
Producteur: Ryan Gosling, Marc Platt (II), Adam Siegel, David Lancaster, Michel Litvak, Jeffrey Stott, Gary Michael Walters et Noaz Deshe
Production: Bold Films, Marc Platt Productions et Phantasma Films
Distributeur: The Jokers / Le Pacte
Budget : /
Festival: Sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014

L’Astragale, un film de Brigitte Sy : critique

L’Astragale, film de Brigitte Sy, est adapté des mémoires d’Albertine Sarrazin, jeune femme évadée de prison et amoureuse éternelle. Deuxième film adapté de ce roman à succès, après un premier en 1969, cet Astragale là réussit le paris de dépasser la simple retranscription des faits, il dresse le portrait d’une héroïne éternelle.

La réalisatrice s’intéresse ici à un an de la vie d’Albertine, de son évasion de prison en 1957 à une première arrestation en 1958. Cette année marque pour la jeune femme le début d’un nouvel amour, empêché par la cavale. Albertine y expérimente, à 19 ans seulement, le manque, le désir et l’inaltérable besoin de marcher, voire de courir. De n’habiter nulle part et partout à la fois, d’être au monde. L’Astragale tel que Brigitte Sy l’imagine et le réalise est un film d’amour sobre, magnifique et pudique qui met en avant les visages et la lumière d’un Paris lumineux, fait de rencontres et de cachettes.

Entre les murs

L’Astragale commence par une époustouflante scène d’ouverture, éclairée avec talent et minutie. C’est la nuit, Albertine (Leïla Bekhti) est prête à sauter du mur de sa prison, à s’évader. Elle se donne du courage et saute à plat ventre. En cherchant à se relever elle découvre qu’elle est blessée, elle ne peut pas marcher. La caméra la suit rampant sur le sol boueux, jusqu’à la route où elle arrête une voiture. L’homme qui s’y trouve ne peut pas la sauver, il arrête donc une autre voiture. Dedans, Julien (Reda Kateb) s’approche de la jeune femme qui pleure couchée près de la voiture, éclairée seulement par les phares de celles qui passent à côté d’elle. Julien soulève alors Albertine de terre, il la prend dans ses bras et l’emmène sous un arbre. Il lui promet de revenir, lui demande de l’attendre. Voilà, une double fulgurance dans la vie d’Albertine : un os du pied cassé, l’astragale, et un coup de foudre. Dans cette première scène, elle doit déjà attendre Julien. C’est comme ça qu’est construit tout le film de Brigitte Sy, autour de l’attente amoureuse. Cette première scène, en noir et blanc comme tout le film, est magnifique parce que ses plans sont travaillés comme des cadres où se joue à la fois la force des corps et celle des visages, que la lumière y est extrêmement importante, lumineuse et sombre à la fois.

Après cette rencontre inattendue, Julien et Albertine rejoignent une planque à moto. C’est à Paris qu’Albertine veut s’établir, ce sera donc chez Nini, une femme aussi méchante que gentille et dans l’appartement de laquelle Albertine se sent prisonnière. Les cadres sont sobres, il n’y a pas à proprement parler de reconstitution folklorique dans le film car Brigitte Sy a joué sur l’intemporalité et la simplicité. Albertine devient Sophie et doit porter une perruque blonde. Dans les rues, elle tente de ne pas se faire reconnaître, mais tout se joue pourtant par l’image. Son visage dépasse un simple changement d’identité. Captée en photo, elle respire Albertine, même en Sophie. Si elle vend son corps aux hommes, elle reste complètement entière dans l’amour qu’elle offre à Julien, qui peine à l’aimer en retour au départ. Ce qui frappe d’emblée, dans le difficile univers qu’habite Albertine, c’est la douceur et la bonté de Julien auquel Reda Kateb offre ses traits avec force, comme toujours. Doucereux une seconde, il peut exploser l’instant d’après, mais protège son jeune amour comme un trésor, même s’il lui faudra un an pour dire je t’aime.

Amoureuse de l’amour

Albertine cabotine dans les rues de Paris, boîte, rencontre et attend. Elle revoit Marie, sa complice et son amoureuse d’autrefois, qui affirme l’aimer plus que Julien. La jeune femme a fait de la prison par amour pour Marie. Ensemble, elles sont amoureuses et libres. Pourtant, c’est par déconvenue de Julien qu’Albertine retrouve Marie au bord de la mer. Ses propres retrouvailles maritimes avec Julien sont, elles, plutôt avortée. L’amour agit sur Albertine aussi durablement que sa blessure au pied, elle dit elle même « je ne peux pas faire marche arrière ». Guidée par son sentiment, Albertine parle de l’argent, le vol est pour elle comme l’amour, une succession de gestes qui parfois mènent au miracle, comme d’un besoin de possession. Si elle ne peut posséder l’autre dans l’amour car il est toujours fuyant, elle n’appartient à personne. Alors pour mieux s’appartenir, Albertine écrit, pas comme on parle, mais dans une langue aussi travaillée que percutante. Par l’écrit et l’amour, elle expérimente la souffrance, signe d’un véritable amour. L’empêchement est toujours extrêmement bien mis en scène, tout comme l’attachement d’Albertine pour Julien qui se sent un peu perdu face à tous les mots qu’il engendre malgré lui.

L’Astragale est un film sur l’amour, sur l’absence de l’autre comme d’une terre où poser un pied bloqué. Albertine est apatride, mais partout elle envahit l’espace. Julien créer de l’amour autour de lui sans le vouloir vraiment. Il y a dans ce film, autant de tendresse que de dureté, celle pourtant magnifiée des prostituées qui font claquer leurs talons sur les trottoirs parisiens. Albertine n’a besoin d’aucune drogue, on lui propose pourtant l’opium. La sienne c’est d’être une amoureuse transie, entière et libre. Toujours de biais, même quand elle est photographiée, la vie d’Albertine aura été rythmée par la passion et la débauche, c’est elle qui le dit, mais surtout par un succès littéraire. Ce très beau film, simple et romanesque, lui rend un hommage vibrant. On vibre d’ailleurs en musique avec un thème récurrent teinté de violon qui achève d’entourer L‘Astragale d’un charme éternel. D’autant que tous les acteurs offrent une partition éclatante, Leïla Bekhti en Albertine en tête, sa voix qui lit comme son visage et son corps sont tout entier dans cette histoire de femme libre, mais attachée à l’amour. Reda Kateb, Esther Garrel, Jocelyne Desverchère, India hair impriment eux aussi leur présence, à jamais figée sur une pellicule en mouvement qui dit la force du cinéma : faire vivre des figures réelles ou imaginées et leur faire traverser le temps sans ombrage. « C’est également le portrait d’une jeune femme dont la passion de l’extrême, l’amour de la liberté et l’ivresse de la jeunesse en font une héroïne éternellement moderne. Albertine n’appartient à rien, elle s’appartient. Elle est son monde, sa terre, sa propre planète. Une planète en feu qui explosera plus tard en plein vol. »* Albertine Sarrazin, la vraie, est morte à 29 ans à la suite d’une erreur médicale.

*Brigitte Sy à propos de son héroïne, citation rapportée par Allociné.

Synopsis : Une nuit d’avril 1957. Albertine, 19 ans, saute du mur de la prison où elle purge une peine pour hold-up. Dans sa chute, elle se brise l’os du pied : l’astragale. Elle est secourue par Julien, repris de justice, qui l’emmène et la cache chez une amie à Paris. Pendant qu’il mène sa vie de malfrat en province, elle réapprend à marcher dans la capitale. Julien est arrêté et emprisonné. Seule et recherchée par la police, elle se prostitue pour survivre et, de planque en planque, de rencontre en rencontre, lutte au prix de toutes les audaces pour sa fragile liberté et pour supporter la douloureuse absence de Julien…

EN VIDEO – Découvrez la bande annonce du film

Fiche technique – L’Astragale

Date de sortie : 8 avril 2015
Réalisation : Brigitte Sy
Scénario : Brigitte Sy et Serge Le Péron
Interprètes : Leïla Bekhti (Albertine), Reda Kateb (Julien), Esther Garrel (Marie), Jocelyne Desverchere (Nini), India Hair (Suzy)
Compositeur : Béatrice Thiriet
Producteur : Paulo BrancoDirecteur de la photographie : Frédéric Serve
Monteuse : Julie Dupré
Distributeur : Alfama Films

 

Spotless, Saison 1 : critique de la série

Dernière née des créations originales de Canal+, Spotless est une série franco-britannique qui réunit deux concepteurs anglophones, soit l’Américaine Corinne Marrinan (Les Experts) et le Britannique Ed McCardie (Shameless), et un metteur en scène français, Pascal Chaumeil (auquel on doit notamment la comédie L’Arnacoeur). Premier constat, si le rythme est plutôt lent, on ne s’ennuie pas devant Spotless puisque, si la série prend le temps de poser ses personnages, l’intrigue avance assez vite, rebondit. A l’image des personnages principaux, la série ne dort jamais.

Synopsis : Cela fait des années qu’ils ne se sont pas vus lorsque Martin, un loser qui multiplie les mauvaises fréquentations et accumule les problèmes, débarque chez son frère, Jean, un Frenchy installé à Londres où il mène une vie bien rangée. Martin n’est pas le bienvenu. Jean a tiré un trait sur son passé. Mais le métier de Jean, nettoyeur de scènes de crimes, et le don de Martin d’attirer les embrouilles vont très vite les propulser dans l’univers à la fois sordide et délirant du crime organisé.

Le crime est leur affaire

Si Jean, premier personnage qu’on aperçoit à l’écran, est nettoyeur de scènes de crimes, vidées de leurs cadavres, dans sa vie professionnelle, il a lissé sa vie de famille derrière une façade chic et parfaite : un beau pavillon, une belle femme et deux enfants qui intègrent des écoles privées. Pour passer le temps et défaire ses démons, il a une maîtresse. Rien de bien orignal jusque-là, mais c’est comme ça qu’est d’abord présenté Jean Bastière (Marc-André Grondin). On le voit jouer (et jouir par la même occasion) avec sa maîtresse, nettoyer du sang et de la cervelle puis rentrer chez lui où l’attend son frère, l’élément déclencheur. A rebours de la vie toute proprette de Jean, Martin (Denis Ménochet) déménage. Imposant physiquement, sans éducation et un peu paumé, il vient bouleverser  la vie de son frère (qui se croyait jusque-là hyper moral) auquel il révèle qu’il a dans sa camionnette un frigo avec un cadavre dedans et de la drogue dans la morte en prime. De quoi plonger les deux frères de sangs (dans tous les sens du terme) dans une macabre association avec un malfrat, poète à ses heures, Nelson Clay et ses acolytes tous plus mafieux et drôles (malgré eux) les uns que les autres. Beaucoup d’influences tournent autour de cette série tragi-comique. On pense alors à Breaking Bad, Dexter ou encore True Dedective (pour le générique). Autant de grands frères, que les frères Bastière frôlent sans les dépasser bien entendu.  Ils s’embarquent dans un engrenage déjà-vu, mais on s’attache à leur histoire, à cette inévitable descente aux enfers. Jean, le plus frêle, devient de plus en plus froid et distant (avec sa femme et ses enfants, mais aussi avec sa tâche ingrate et délicate) alors que Martin, au premier abord plus repoussant, devient plus consistant, plus touchant dans sa façon d’être à rebrousse poil, dans le mauvais sens.

Du sang et des bons mots

Côté seconds rôles, on déplore que la famille soit plutôt sous-exploitée, si la rébellion pointe chez la femme de Jean, Julie, elle n’explose jamais et c’est bien dommage. La série repose sur l’association de deux contraires qu’une sombre histoire de cadavre dans l’eau, en France, a séparé tout autant que rapproché (mais cette image mystérieuse revient trop souvent). Portée par une mise en scène intelligente, léchée et imposante, la série se laisse regarder avec plaisir, d’autant qu’on cherche toujours à savoir ce qui va bien pouvoir se passer ensuite. Pourtant, Spotless n’est pas une série si addictive, car elle réutilise des codes usés jusqu’à la corde, mais en se les réappropriant. On devine alors que la force de la série repose toute entière sur son casting, impeccable, et sur ses dialogues, qui font souvent mouches. Parfois très écrites, parfois plus spontanées, les répliques sont un régale. Les situations, un peu moins. Une fois une ou deux scènes de crimes nettoyées, l’idée paraît réchauffée, même si la BO* rend tout ça beaucoup plus accrocheur. Les concepteurs s’accrochent donc à une vision de Londres, souvent filmée en série, plus noire, moins carte postale. Les Anglais rient des Français, les Français des Anglais et ainsi de suite, le cliché se dévisse et s’expatrie. Le jeu des apparences est parfois inattendu, mais parfois seulement. Les auteurs jouent sans arrêt du décalage, musicale (du Trenet dans le premier épisode ou encore Guy Béart dans le troisième), tout autant que fraternel ou visuel. Les foyers deviennent des reflets de leurs occupants, plus que jamais, l’épaisseur psychologique des personnages vient aussi de là. Chacun a la tête de l’emploi et Spotless s’écrit comme une série avec du sang français, mais sans avoir à en rougir, au contraire. La série oscille sans cesse entre notre bonne vieille vulgarité, notre esprit de confrontation et ce petit quelque chose dans l’humour et dans la classe dont seuls les anglais ont le secret. Dans Spotless, tout est sale puis propre l’instant d’après, jusqu’à ce qu’une petite goutte (de sang ou d’eau dans le vase) fasse tout déborder. A suivre donc !

* EN VIDEO – Découvrez le générique et la bande originale de Spotless, composée par Timber Timbre

Fiche Technique – Spotless :

Titre original : Spotless
Genre : thriller, horreur
Création : Ed McCardie, Corinne Marrinan
Acteurs : Marc-André Grondin, Denis Ménochet, Miranda Raison, Doug Allen, Liam Garrigan, Ciarán Owens, Kate Magowan, Tanya Fear, Naomi Radcliffe, Lucy Akhurst, Jemma Donovan, Niall Hayes, Brendan Coyle…
Pays d’origine : France
Drapeau : Royaume-Uni
Chaîne d’origine : Canal+
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 10
Durée : 52 minutes
Diff. originale : 16 mars 2015 – en production

France – 2015

Fast & Furious 7, un film de James Wan : Critique

Fast & Furious 7, un film purement badass qui roule sur les acquis du 5

Synopsis : Alors qu’ils pensaient enfin couler des jours paisibles après leurs nombreuses virées, Dominic Toretto et sa « famille » vont devoir faire face à Deckard Shaw, un mystérieux et dangereux agresseur qui n’est autre que le frère de leur précédent ennemi, Owen Shaw. Bien décidé à venger ce dernier, il va s’avérer être un redoutable adversaire qui va forcer la bande à reprendre la route et dépasser les limites du possible…

Depuis le cinquième opus et son succès surprise, la franchise est entrée dans la cour des grands, des blockbusters faramineux qui rapportent et qui suscitent l’attention d’un public qui s’élargit de film en film. Car oui, qui aurait pu penser que 14 ans après le premier film (2001, quand même…), la saga Fast & Furious perdurerait autant, arrivant ainsi à la septième virée et promettant de nouvelles aventures dans les années à venir (la production a récemment annoncé la mise en chantier d’un 8, 9 et 10ème film) ? Personne, cela va sans dire ! Mais la formule n’a-t-elle pas subi une certaine baisse de régime à force de suivre le même chemin ?

Scénaristiquement parlant, il ne faut rien attendre de Fast & Furious 7. En même temps, si vous allez voir ce film, c’est que vous connaissez la franchise (au moins à partir du 5) tout en sachant qu’il ne faut pas trop en demander dans ce genre de divertissement, vu que la recette est la même depuis quelques années. En somme, ce nouvel opus ne déroge pas à la règle de la saga : une troupe de mordus de la route et de grosses cylindrées devant affronter un redoutable adversaire en toute illégalité tout en faisant chauffer l’asphalte, admirant au ralenti les pépés en petites tenues sous des airs de hip-hop et faisant voyager le spectateur par des plans exotiques dignes des plus belles cartes postales. Bref, si vous commencez à en avoir marre de Dominic Toretto qui continue à faire l’éloge gnangnan de sa « famille » en plein milieu d’une trame aussi invraisemblable que certaines séquences, au profit d’un déballage d’action d’une très grande efficacité, passez votre chemin, Fast & Furious 7 reprenant sans se cacher ce concept initié par le cinquième opus. Mais vous manquerez ce qui se présente sans fausse note comme l’épisode le plus fun de toute la franchise !

Alors oui, un tel film demande avant tout de laisser son cerveau de côté avant le visionnage au risque d’avoir une crise cardiaque devant d’aussi grosses ficelles scénaristiques, des répliques d’une monumentale bêtise et toute cette testostérone qui dégouline de l’écran. Mais en même temps, c’est pour le plaisir que vous allez voir le film et rien d’autre. Et cela, le réalisateur James Wan, le scénariste Chris Morgan et les acteurs l’ont bien compris. Malgré les moments dramatiques du long-métrage, qui mettent notamment en scène l’amnésie de Letty tout en gâchant le rythme, le tout se révèle être la définition exacte de la badass attitude. Un divertissement qui fonce à toute berzingue dans le manque de sérieux purement assumé en doublant les séquences d’action invraisemblables, saupoudrées de punchlines efficaces et de personnages attachants pour bien des raisons. Une distribution plus que généreuse de « badasserie » qui permet à la franchise de tenir la distance sans faire tomber cette dernière dans la redite ennuyeuse. Le spectateur féru d’action survitaminée, d’explosions en tout genre et de cascades à couper le souffle en aura indiscutablement pour son argent, malgré des effets numériques qui n’arrivent toujours pas à passer la seconde depuis l’existence de la saga.

Ce constat, Fast & Furious 7 le doit en partie à James Wan, réalisateur spécialement connu dans le domaine de l’horreur (Saw, Insidious 1 et 2, Conjuring) et qui se retrouve pour la première fois à la tête d’une superproduction dépassant les 200 millions de dollars. Bien qu’il n’ait pas vraiment de mise en scène personnelle et que le bonhomme ait dû se glisser dans le moule clipesque propre à la saga, il a su démontrer avec ce film qu’il peut diriger un tel projet sans lui faire perdre une once d’efficacité. Il suffit de voir les scènes d’action, fluides, énergiques, lisibles et bien montées. Ou encore sa manière de filmer la plupart des comédiens, allant jusqu’à en iconifier certains : Jason Statham retrouve sans mal la classe qui le distinguait dans Le Transporteur, Dwayne Johnson n’a jamais été aussi cool que dans ce film… En la personne de James Wan, Hollywood vient de trouver une nouvelle valeur sûre en matière de faiseur de divertissements qui sait autant amuser son public que lui-même !

Et Paul Walker dans tout cela ? Car oui, impossible d’évoquer Fast & Furious 7 sans parler du décès du comédien et de l’impact sur la version finale du film. Avec les nombreux hommages et déclarations sur le sujet qui ont fait la une des medias depuis plusieurs mois, le risque de voir le long-métrage user de cette tragédie comme argument marketing, atout au succès commercial ou bien prétexte à du tire-larmes. Rien de tout cela, étant donné que l’absence de l’acteur ne se remarque quasiment pas. Sauf pour un œil avisé qui saura repérer les différentes ficelles du tournage réalisées pour donner encore l’illusion de sa présence au sein de l’équipe (doublures, effets numériques, incrustations…), et la réalisation d’un hommage véritablement touchant qui lui a été rendu en fin de film (confirmant l’esprit de « famille » qui règne dans cette franchise). Fast & Furious 7 n’en fait jamais trop sur la disparition de Paul Walker tout en arrivant à émouvoir via une seule séquence, une bien belle façon de lui dire au revoir.

Il ne reste plus qu’à espérer que les prochains opus prennent leur voie et évitent de se reposer sur son décès comme a très bien su le faire ce septième volet. Ou bien qu’ils sachent renouveler un tantinet la franchise qui, pour le moment, continue sur les acquis du 5. Avec Fast & Furious 7, la recette fonctionne encore et James Wan possède les capacités nécessaires pour tenir le volant question dynamisme, sensation et efficacité. Mais pour combien de temps ? En tout cas, ce nouveau volet saura combler les amateurs d’action, se présentant comme un divertissement diablement fun et sans aucune prise de tête. Le long-métrage idéal pour s’amuser !

Fast & Furious 7 : Bande-annonce

Fiche technique – Fast & Furious 7

Titre original : Furious 7
États-Unis, Japon – 2015
Réalisation : James Wan
Scénario : Chris Morgan, d’après les personnages créés par Gary Scott Thompson
Interprétation : Vin Diesel (Dominic ‘Dom’ Toretto), Paul Walker (Brian O’Conner), Jason Statham (Deckard Shaw), Michelle Rodriguez (Letty Ortiz), Jordana Brewster (Mia Toretto), Tyrese Gibson (Roman Pearce), Chris ‘Ludacris’ Bridges (Tej Parker), Dwayne Johnson (Luke Hobbs)…
Date de sortie : 1er avril 2015
Durée : 2h17
Genre : Action
Image : Marc Spicer et Stephen F. Windon
Décors : Bill Brzeski
Costumes : Sanja Milkovic Hays
Montage : Christian Wagner, Leigh Folsom Boyd, Dylan Highsmith et Kirk M. Morri
Musique : Brian Tyler
Budget : 250 M$
Producteurs : Neal H. Moritz, Michael Fottrell et Vin Diesel
Productions : Universal Pictures, Original Film, Fast 7 Productions, Dentsu et One Race Films
Distributeur : Universal Pictures International France

 

Un Homme Idéal: Musique, Bande Originale

Un Homme Idéal – la B.O./Trame sonore/Soundtrack

Il faut le reconnaître le film de Yann Gozlan, Un Homme Idéal, bénéficie d’une bande-originale réussie et particulièrement adaptée au thriller qu’est ce long-métrage. En effet, la musique de Cyrille Aufort (Ombline, L’Âge De Raison) sait avoir, à la fois une trame musicale pure, et quelques fulgurances mélodiques, notamment par quelques très belles partitions de pianos, comme sur le magnifique Mathieu Et Alice. C’est dès Prologue, qu’on comprend que la qualité est au rendez-vous, le morceau est plein de fougue et semble presque sortir d’un blockbuster. On enchaîne sur Vie Banale, bien plus posé et méditatif, privilégiant les instruments classiques tels que le violon.

C’est à partir du morceau suivant, Léon Vauban, qu’on plonge plutôt dans un univers de trame sonore, où l’épure semble de mise. Le morceau est très lent, aucune mélodie identifiable ne semble vraiment s’en dégager. Sans manquer d’intérêt pour un mélomane, ces morceaux restent d’un accès plus ardu, dès lors qu’ils ne sont plus associés au film. On retrouve d’ailleurs cette sobriété dans la liste des morceaux, aux titres souvent terre à terre, dont la fonction est d’évoquer un moment du film, plutôt que d’être poétiques. Citons pêle-mêle : Agression, À La Nage, CambriolageTraîner Le Corps, Rendez-Vous Parking ou encore Incendie. Au final rien de rébarbatif, juste un passage obligé d’une bande-originale traditionnelle, mais qui garde la saveur de belles compositions pleines d’inspiration et du talent de son compositeur.

Sortie : 16 mars 2015

Distributeur : Sony Records

Durée : 46’

https://www.youtube.com/watch?v=vnCxsoA1I8g

Tracklist un homme idéal :

1. Prologue 1’18

2. Vie Banale 1’34

3. Léon Vauban 2’57

4. Writer Training 2’50

5. Fausse Agression 2’08

6. Success Story 1’51

7. À La Nage 1’21

8. Je Ne Suis Pas De Ce Monde 1’09

9. Mathieu Et Alice 1’05

10. Marc Eden 1’51

11. Voler La Mémoire d’Un Mort 1’40

12. Cambriolage 2’04

13. Stan 1’33

14. Trainer Le Corps 2’08

15. Zodiac 2’50

16. Un Homme Idéal (version 1)

17. Rendez-vous Parking 1’13

18. Faux Semblants 2’06

19. Découverte De Stan 0’59

20. Les Adieux 3’43

21. Incendie 2’54

22. Épilogue 2’34

23. Un Homme Idéal (version 2) 2’28

Auteur :  Freddy M.

Dark Places, un film de Gilles Pacquet-Brenner : Critique

[Critique] Dark Places, tous les ingrédients d’un chef d’œuvre… mais un cuisinier malhabile

Synopsis : Près de trente ans après le meurtre de sa mère et de ses deux sœurs, dont elle a été l’unique témoin, Libby Day est encore hantée par les fantômes du passé. Malgré qu’elle ait fait accuser son grand frère Ben, et que celui-ci n’ait jamais nié les faits, elle reste pleine de doutes sur le déroulement des faits lors de cette nuit cauchemardesque. Quand les membres d’un club de passionnés de faits divers morbides, persuadés de l’innocence de Ben, lui apprennent qu’ils veulent enquêter sur le massacre, Libby va devoir se replonger dans les événements de ce passé qu’elle cherchait à refouler depuis longtemps.

Trainant le lourd boulet de Gomez et Tavares qui aurait pu mettre fin à sa carrière en France, Gilles Paquet-Brenner avait surpris le public en signant le drame historico-pathos Elle S’appelle Sarah. Ce film ayant plu aux Etats-Unis, le cinéaste a pu aller y trouver des sociétés de production indépendantes. Celles-ci, devant le succès du roman Les apparences de Gillian Flynn, acceptèrent d’acheter les droits d’un autre roman de la même auteure. Et le fait que Charlize Theron se soit reconnue dans le personnage (la star sud-africaine a vécu un traumatisme familial similaire) permit au projet de se voir octroyer un budget important. A ce moment-là toutefois, ni Paquet-Brenner ni les producteurs n’imaginaient que David Fincher allaient les devancer en tournant et sortant son adaptation des Apparences. L’argument « Par l’auteur de Gone Girl » accolé au film allait alors devenir non seulement particulièrement attirant mais aussi le rendre attendu au tournant.

Et justement, on reconnaît dans ce scénario un point commun flagrant avec Gone Girl, devenant ainsi la touche personnelle de Flynn, c’est une narration parallèle entre deux histoires décalées dans le temps, entre le mari et la femme dans Gone Girl, et ici entre les événements de 1985 et l’enquête contemporaine. Or justement, cette construction parallèle entre passé et présent était déjà à la base d’Elle s’appelle Sarah, et ne représentait donc pas une réelle prise de risque pour son réalisateur. C’est toutefois dans la façon de gérer le suspense et les rebondissements dans une telle structure que Paquet-Brenner se devait de se montrer habile (rappelons que ses précédentes tentatives de thriller, UV et Les Emmurés, avaient été des échecs).

En plus de ce système dramaturgique labyrinthique qui rend l’investigation immersive, le film profite d’un casting irréprochable. Le défi réussi dans le choix des interprètes relevait justement de rendre crédible la différence de trente entre les personnages du passé et ceux du présent. La ressemblance et le mimétisme de jeu entre les interprètes du même personnage, et particulier entre Chloë Grace Moretz et Andrea Roth, sont éblouissants. L’autre force du film est incontestablement sa lumière, qui se devait de s’adapter à ce titre, Dark Places, qui annonçait des images très ténébreuses. L’embauche de Barry Ackroyd, chef opérateur ayant travaillé avec Ken Loach, Paul Greengrass et sur Démineurs, permet de rendre les nombreuses scènes nocturnes splendides.

Charlize Theron, dans ce rôle de garçon manqué tourmentée par son passé, est tout à fait convaincante, même si son jeu corporel reste limité et qu’elle aurait dû jouer davantage la carte du déni, ce qui aurait rendu plus bouleversant sa confrontation à ses souvenirs douloureux. Le rôle du geek un peu inquiétant colle parfaitement à Nicholas Hoult, dont on regrettera que son personnage ne soit utilisé que comme le point de départ du récit et finisse par en être un peu écarté. Christina Hendricks, dans le rôle de la mère, est sans doute l’actrice qui livre la prestation la moins intense du film. En revanche, Tye Sheridan (découvert dans The Tree of Life et qui prêtera bientôt ses traits à Cyclope dans le prochain X-Men) et Chloë Grace Moretz sont tout simplement bluffants dans leurs rôles d’adolescents perturbés.
Le suspense parvient à se maintenir tout au long du développement scénaristique, grâce notamment à la succession de rebondissement assurée par la double narration. Cependant, la mise en scène n’est absolument pas évocatrice et n’aide pas à accentuer la tension et l’anxiété. C’est bien dommage que le réalisateur ne parvienne jamais à transcender le sentiment d’angoisse et de culpabilité de son héroïne, ni même à rendre haletant les montées d’adrénaline. On ressent également qu’il ne connait pas l’univers rural américain puisqu’aucun personnage secondaire ne vient alimenter l’esprit du middle-west ni développer les crises économiques et sociétales évoquées dans le scénario. Quant à la résolution de l’enquête, son apparition trop abrupte est encore une fois la preuve de la maladresse du réalisateur français.

On regrettera que ce roman de Gillian Flynn n’est pas été adapté par un autre réalisateur que Gilles Paquet-Brenner, car avec un casting et une équipe technique aussi talentueux, Dark Places aurait presque pu se hisser au rang des grands thrillers sombres de David Fincher plutôt que de n’être qu’un bon petit polar du dimanche soir.

Dark Places : Bande-annonce (VOST)

Dark Places: Fiche Technique

Réalisation : Gilles Paquet-Brenner
Scénario : Gilles Paquet-Brenner d’après un roman de Gillian Flynn
Interprétation : Charlize Theron, Nicholas Hoult, Christina Hendricks, Corey Stoll, Tye Sheridan, Chloë Grace Moretz…
Musique : Gregory Tripi
Chef Opérateur : Barry Ackroyd
Montage: Douglas Crise, Billy Fox
Producteurs : Prince Azim, Charlize Theron, A.J. Dix, Matt Jackson…
Maisons de production : Exclusive Media Group, Cuatro Plus Films, Hugo Films…
Distribution (France) : Mars Distribution
Genre : Thriller, Drame
Durée : 113 min
Date de sortie : 8 avril 2015

Etats-Unis – 2014