Accueil Blog Page 764

Les Gorilles, un film de Tristan Aurouet : critique

Joey Starr en est déjà à son 18e film et le voilà de retour dans une comédie après Max au côté de Mathilde Seigner ou encore L’amour dure trois ans. Il a aussi partagé l’affiche avec Gérard Depardieu ou encore ému les chaumières avec son rôle de flic/papa à fleur de peau dans Polisse de Maïwenn, récompensé à Cannes.

Synopsis : Alfonso, agent blasé et brutal du Service de Protection des Hautes Personnalités, est obligé de faire équipe avec Walter, jeune recrue inexpérimentée, fasciné par le monde du show-biz. Ce duo improbable est chargé de la protection de Jal-Y, jeune star du R’n’B, menacée par son ex, un criminel en cavale.

Deux singes en hiver

S’il est de retour à Cannes dans la séquence finale du film, c’est pour un festival de musique, double casquette à l’écran donc, de celui qui a mis du temps à se sentir « légitime » dans le cinéma et s’amuse aujourd’hui avec les amis qu’il s’y est fait, dont Manu Payet avec lequel il envahit l’affiche des Gorilles. De son côté, l’acteur et humoriste revient au cinéma après sa première réalisation, Situation amoureuse : c’est compliqué. Les deux hommes n’ont à priori rien à voir et c’est sur ce duo à la buddy movie (opposition de deux figures complètement différentes pour créer un effet comique) que joue Tristan Aurouet, le réalisateur. Dans le film, les deux personnages ressemblent à l’idée qu’on se fait des acteurs dans la vie, même si tout est retravaillé bien entendu, mais Joey Starr, Alfonso, bougonne et cogne, tacle les chanteurs français, dit ce qu’il pense alors que Manu Payet, Walter, parle sans s’arrêter et se permet tout avec son acolyte pourtant susceptible. Un des petits plaisirs du réalisateur d’ailleurs : « dès le début j’ai su que j’allais pouvoir lui faire oser, notamment vis-à-vis de Joey Starr, des choses que peu de gens se permettraient dans la vrai vie ! »*. Au final, son sent que les rôles ont été écrits pour ces deux acteurs.

Une seule réponse : l’humour

La comédie de Tristant Aurouet est sans surprise, mais pas complètement sans saveur. En effet, si les personnages n’évoluent pas vraiment dans le film, l’un ne faisant que s’habituer à l’autre, quelques situations font mouche, on rit parfois même franchement. Côté action, les chorégraphies sont bien menées, même si les situations sont un peu tirées par les cheveux. On est face à un film de mecs dans lequel une chanteuse de variété un peu paumée joue aussi au mec, sans renier sa féminité. Ce personnage féminin aurait pu être un bon contrepoint s’il avait été plus travaillé. L’histoire n’a donc rien d’original, elle emprunte beaucoup à ses grands frères américains et français. Les deux acteurs font le job et semblent même s’amuser un peu. Manu Payet est un acteur, et donc un personnage, attachant qui ne tombe jamais ni dans la méchanceté gratuite, ni dans la vulgarité, même s’il dit des horreurs. En fait, le film propose au départ deux types de réactions face à une situation compliquée : la violence ou la discussion interminable (voire la fuite), mais ça ne marche pas très bien pour chacun des personnages. Au final, Les Gorilles démontre que la meilleure arme des deux entités du duo, c’est l’humour et c’est là qu’ils finissent par se comprendre et se défendre, sans se laisser atteindre.

Vous reprendrez-bien un peu de comédie ?

Bien sûr, la subtilité n’est pas de mise, on ressort sans rien avoir appris de bien nouveau, mais le réalisateur de Narco et de Mineurs 27, prouve qu’il sait réunir des gueules de cinéma pour créer une alchimie inattendue, dommage qu’il ne fasse reposer son film que sur ça, sans proposer ni alternative, ni véritable évolution. On le voit dans les deux apparitions d’invités prestigieux dans le film : Jean Benguigui et Gilles Lellouche, en flic obsédé par la taille de son sexe (et celle des autres par la même occasion). Le film déroule les vannes au kilomètre. Au final, une comédie française de plus qui peut seulement se targuer d’avoir tourné sa scène finale à Cannes, sur le toit du palais des festivals, et d’avoir secouer un peu Joey Starr, mais sans faire bouger son image non plus. Résultat, sa première réplique quand il rencontre Manu Payet et qu’il doit travailler avec lui  est : « il m’agace déjà celui-là » et la dernière « ta gueule ». Entre les deux, Aurouet enchaîne les gags et les scènes d’action. Mention tout de même à la lumière du film souvent assez belle. Dans ce monde très codifié des gardes du corps, Aurouet distille un empêcheur de tourner en rond, qui fait foirer toutes les situations avec brio et nous fait oublier le cliché du grand mec baraqué avec son costume noir, ici il faut être un être humain lambda bien que sur-entraîné et rester neutre face aux gens connus. La célébrité brille, mais elle reste à jamais inatteignable. En tout cas, sans en avoir conscience, Joey Starr et Manu Payet viennent de devenir des acteurs attendus. On n’aurait pas forcément parier là-dessus. Faire rire, c’est le seul contrat que s’est fixé Tristan Aurouet et qu’il tient du début à la fin, sans se mettre en danger.

*propos tirés du dossier de presse du film

EN VIDEO – Découvrez la bande annonce du film

Fiche technique – Les Gorilles

Date de sortie : 15 avril 2015
Réalisateur : Tristan Aurouet
Scénaristes : Matt Alexander, Tristan Aurouet, Romain Levy, Mathieu Oullion
Directeur de la photographie : Denis Rouden
Montage : Cyrl Besnard
Production : UMedia, LGM productions
Coproduction : EuropaCorp, Nexus Factory, Orange Studio, TF1 Films Production
Distribution : EuropaCorp Distribution

 

Marvel’s Agent Carter, Saison 1 : Critique de la Série

Malgré les résultats mitigés de sa série phare Agents of S.H.I.E.L.D, la maison des idées continue de s’accrocher à l’appendice télévisuel de son univers cinématographique en proposant un spin-of centré cette fois sur Peggy Carter, l’amour de Captain America. On la retrouve donc après la guerre et la chute de Crâne rouge, de retour à une vie « normale », dans un univers où les règles ont changés, mais pas les hommes…

Synopsis: Nous sommes en 1946. La paix est désormais revenue sur la planète. Les hommes sont revenus du front et Peggy est de nouveau reléguée, obligée de s’occuper des basses œuvres administratives du SSR (Strategic Scientific Reserve), alors qu’elle aimerait tant retourner sur le terrain et botter les fesses des criminels. Pour Peggy, la période est compliquée, d’autant plus qu’elle vient de perdre l’amour de sa vie : Steve Rogers, également connu sous le titre de « Captain America ».

Agent Carton

C’est toujours un peu étrange de critiquer un produit Marvel, car d’un point de vue technique on ne peut pas vraiment reprocher grand chose. La reconstitution de l’après guerre est très bien faite, tant au niveau des costumes que des décors. Seulement passer du cinéma à la télévision inclus une nécessité de revoir sa stratégie en profondeur, et si devant un film on peu faire se contenter d’un scénario simple pour se focaliser sur le spectacle, pour une série, une bonne histoire est primordiale. Un fait que Marvel semble avoir du mal a se rentrer dans le crâne. L’impression général qui ressort d’Agents Carter est celle d’un produit commercial bien emballé, séduisant aux premiers abords, mais terriblement creux avec ses intrigues peu intéressantes et ses personnages vides de substances. Comme les présentoir en carton des cinémas : sympa a regarder de face, inintéressant quand on s’intéresse à ce qu’il y a derrière.

Sur le même principe que les films et leurs agaçantes scènes post-génériques, la seule carotte qui fait avancer le spectateur d’un épisode à l’autre ce sont ces fameux liens avec l’univers cinématographique. Des apparitions ponctuelles d’Howard Stark au cameo d’Ivan Vanko (le père de Whiplash/ Mickey Rourke dans Iron Man 2), tout est là pour rappeler que vous pouvez acheter les films en DVD ou que les prochaines aventures d’Iron Man et ses copains arriveront bientôt au cinéma. Au delà de cet aspect purement promotionnel, la série n’a aucune identité, aucun suspens …rien. On retiendra comme bonnes idées la reconstitution du tournage d’un feuilleton radiophoniques relatant les aventures de Captain America de façon assez kitch et l’évocation de la création du programme Black Widow. Deux aspect malheureusement trop peu développés et paraissant anecdotique dans un produit tellement marqué par une idéologie datée qu’il en devient lourdingue.

Plutôt que de placer directement l’action dans l’après guerre immédiate et la chasse des anciens Nazis, les scénaristes on préféré aller chercher les vieux ennemis de l’Amérique : Les communistes, histoire de nous rappeler qu’ils sont vraiment très méchants. Les intégrer dans l’équation n’est pas une mauvaise idée en soit, mais en l’état il ne font office que de prétexte dans un pur esprit pulp des années 50, avec discours idéologique à deux balles qui ne viendra jamais remettre en cause ou questionner les conviction de nos héros. Il y a des gentils américains et des méchants russes, point final. Alors que même Agent of S.H.I.E.L.D a fait le choix judicieux de redistribuer les cartes entre tout ses personnages afin de mettre un peu de sel, Agent Carter ne propose rien d’autre qu’une intrigue banale a peine digne des cours métrage que le studio s’amusait à produire en bonus des films (dont la série est d’ailleurs tirée). Pour ajouter un peu de psychologie à tout ça, Marvel part en guerre contre le machisme triomphant des années 50 (un peu ironique quand on sait que les comics ont participé d’une certaine image de la femme pendants des décennies), mais là encore, inutile de chercher de la subtilité dans le propos. De façon inexplicable, Peggy Carter, qui avait réussi à s’imposer une place de choix dans l’armée pendant la guerre, se retrouve relégué au rang de secrétaire préposé au café tandis que tout ses collègues se retrouvent défini par un trait de caractère : Macho ou pas Macho, en précisant que le macho est fort et brutal tandis que le féministe est soit handicapé, soit peu enclin à l’action. Pour la subtilité on repassera.

Peggy Carter était un bon personnage dans le film Captain America, dans sa propre série elle finit par devenir agaçante et inintéressante. Pourquoi ne pas avoir proposé une série sur le Howling Comando (avec Peggy Carter dedans) qui parcours l’Europe chassant le nazi et affrontant le communisme ? Rien que l’idée aurait donné une série beaucoup plus fun et amusante à l’écran (un truc dans le genre De l’or pour les braves ou Inglorious Basterd à la sauce comics). Passons sur le plan des antagonistes, aussi classique que peu excitant (parce que l’on sait que le monde n’a pas été détruit vu que Iron man est sorti bien avant et qu’il avait l’air d’aller bien) et restons déprimés de voir que Marvel se contente du service minimum une fois de plus, sans chercher à repousser ses limites, préférant la sécurité d’un produit qui rapporte gros plutôt que le risque de faire une œuvre véritablement intéressante. Et quand on sait les moyens dont les producteurs disposent, c’est impardonnable.

Titre original : Agent Carter
Création : Christopher Markus et Stephen McFeely
Réalisation : Tara Butters et Michele Fazekas
Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely (épisode pilote)
Direction artistique :
Décors :
Costumes :
Photographie : Gabriel Beristain
Montage : Chris Peppe (3 épisodes)
Musique :
Casting : Sarah Finn
Production : Eric Hauserman Carroll
Sociétés de production : ABC Studios et Marvel Television
Sociétés de distribution:  ABC
Pays d’origine :  États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 1,78:1 – son Dolby Digital
Genre : super-héros, action, science-fiction
Durée : 45 minutes

 

Gunman : Musique, Bande Originale

Gunman – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Gunman, annoncé pour juin est comme chaque nouveau film, précédé par sa bande-originale, composé ici par Marco Beltrami. Ce n’est pas une injure de dire que celle-ci est classique, mais elle l’est dans le meilleur sens du terme. Classique, parce qu’elle s’inscrit dans la droite ligne de ces grandes musiques de films qui deviennent « actrices » d’un long-métrage (sans toutefois en atteindre le niveau). Classique, par sa construction qui se rapproche d’une symphonie. La musique classique a toujours été la mieux placée pour raconter une histoire, il suffit de voir la quantité d’œuvres (principalement des ballets et des opéras) qui racontent des histoires d’amour ou de drame.

Aucune parole dans l’œuvre de Marco Beltrami (November Man, Snowpiercer), la partition est totalement instrumentale et comporte peu de réelles mélodies. Le plus souvent, on reste au stade de la trame musicale. Elle se veut une musique exclusivement narrative, d’ailleurs les titres des morceaux en témoignent. Pourtant ça fonctionne, à l’écoute de ce disque on vit, on voit et on imagine ce que pourra être le film Gunman. Une musique pleine de tensions, de ruptures de rythmes qu’on imagine être autant de rebondissements. Assez austère à écouter pour elle-même (malgré des origines italiennes, Marco Beltrami ne rivalise pas encore avec le grand Morricone), cette bande son reste néanmoins une belle réussite jouant des instruments classiques ou numériques avec le même talent. Talent qu’on espère annonciateur d’un bon film.

The Gunman Soundtrack (2015) – Idris Elba, Sean Penn, Javier Bardem

Sortie : 23 mars 2015

Distributeur : Silva Screen Records

Durée : 64’

Tracklist :

1. Kinshasa News 1’38

2. Jim’s Bedroom 1’27

3. The Gunman 2’55

4. Seven Years Later 1’22

5. Drive To Well 0’52

6. Head Trouble 1’21

7. Remembering Annie 1’18

8. London Bridge 1’53

9. Cox And Cameras 2’26

10. More Head Trouble 0’33

11. Barcelona 1’31

12. Following Annie 2’21

13. Conference Room 1’19

14. Love Gunman 1’20

15. Drive To Felix’s 1’02

16. Penn And Telher 2’41

17. Tripwire 3’51

18. Treehouse 2’24

19. Fairgrounds 2’14

20. Revealing Cox 4’24

21. Fish In A Barrel 3’09

22. Stanley’s Death 3’01

23. Who Let The Bulls Out ? 4’47

24. Penmanship 2’40

25. Cox And Bull 2’30

26. Reunited 5’21

300 hommes, un film de Aline Dalbis et Emmanuel Gras : Critique

Synopsis: Entre ces murs, il y a trois cents hommes, il y a l’urgence. Ils ont des noms mais ils ont perdu leur histoire en route. Ils rient et se confrontent, ils refont le monde, celui qu’ils ont perdu. Ils ont un lit. Là ils attendront le jour. C’est Forbin, la nuit à Marseille…..

Des hommes et des Saint-Jean de Dieu

Un sous-sol qu’on devine calme, frais. Un homme seul, austère, qui prie dans ce qui ressemble à une petite chapelle. C’est Didier, le Frère Didier comme ils l’appellent. La personne qui gère et qui vit avec trois ou quatre autres de ses semblables dans ce centre marseillais d’hébergement de nuit. A peine sorti du lieu, il est happé par un brouhaha indescriptible. Il est à peine 16 heures, la masse des travailleurs est encore en train de vaquer à ses occupations, mais les sans-abris, des hommes usés, avinés, édentés, sont déjà en train de faire la queue pour tenter de décrocher pour la nuit un des 300 lits que le centre peut offrir.

300 hommes donc. Loin d’êtres des surhommes, bien à l’inverse des 300 qui peuplent le film éponyme de Zack Snyder. Des hommes qui n’ont plus ni la force ni le courage de se battre contre une réalité sur laquelle ils n’ont plus beaucoup de prise.

Le film documentaire d’Aline Dalbis et d’Emmanuel Gras témoigne d’une très sobre manière de cette infra réalité, l’existence de ces sans-abri. En aucun cas, il ne s’agit d’un reportage ni d’un compte-rendu, le propos des réalisateurs n’est pas là. Il s’agit de capter leur humanité, leur essence même quand il n’y a plus rien à quoi se raccrocher, ni ces biens matériels qui nous divertissent de l’essentiel, ni l’entourage familial et amical qui donne un sens à l’existence de beaucoup. Il s’agit de saisir ces instants de vie ou de vide, comme ce jeune qui nourrit un peu mécaniquement un pigeon, ce vieil orthodoxe qui marmonne une prière qu’il n’a pas oubliée, cet autre encore qui essaie de trouver auprès de ses cohabitants un écho à des blagues qui lui restent d’un passé qu’on devine riche.

Des hommes qui se côtoient plus que ce qu’ils ne veulent, à 5, à 7 ou plus encore dans le même dortoir sans l’espoir d’une quelconque intimité, si ce n’est en se retranchant en eux-mêmes quand ils le peuvent encore, ou derrière les effluves d’alcool et les écrans de fumée quand ils ont abdiqué.

Le film part à la rencontre de ces 300 hommes accueillis tous les jours, mais aussi de quelques autres à leur côté, salariés et bénévoles qui ramènent dans ce centre les règlements, ces vestiges d’une société dont ils se sont détachés. Des règlements que dans la majorité, ils aiment respecter, comme la preuve qu’ils sont encore capables de cela, s’insérer dans la société. Ainsi, la caméra navigue entre eux en montrant les liens d’humanité qui les unissent. Surtout, elle réussit la gageure de montrer qu’au delà de la connotation religieuse qui se trouve derrière le concept de la charité, il y a une vraie volonté de rétablir ces 300 hommes et les milliers d’autres accueillis ici dans leurs droits, et comme disait Robespierre, dans leur « droit imprescriptible d’exister », juste d’exister…

Les réalisateurs ont tourné ce film sur deux hivers, pour prendre le temps qu’il faut et effacer le plus possible le poids de la caméra. De fait, il y a très peu de moment où on sent sa présence, et dans ce cas, on sent que c’est leur intention de laisser le plan dans le film, quand par exemple ce jeune homme estropié, fort en gueule, le seul qui possède un ordinateur, invective un autre, lui interdisant de lui adresser la parole en lui disant « va parler au micro »…

Ce qui intéresse les deux réalisateurs, c’est le présent, la survie quand la vie ne signifie plus rien de tangible. On ne peut cependant s’empêcher d’extrapoler sur la vie de ces hommes privés de leur femme, privés de leurs enfants. Beaucoup de personnes âgées d’origine étrangère sont également échouées  dans ce centre, loin de leur référentiel, privés d’une retraite paisible qu’ils auraient sans doute méritée…

De la même façon, et bien que le film se tienne à bonne distance de chacun de ces 300 hommes, ne cherchant ni le pathos ni le folklore, on ne peut être que retourné  face à certains d’entre eux, très jeunes, très seuls, ne comprenant pas toujours l’engrenage qui les a amenés ici, certains terrifiés comme des oisillons pris au piège, d’autres fanfaronnant en surface, tous  émouvants, et à qui même la force de leur jeunesse ne permet  pas d’ aller contre ce qui apparaît déjà comme une fatalité.

Film simple mais percutant, 300 hommes est beau aussi bien dans sa forme, ses cadrages géométriques (dans la très belle cour du centre, à peine différente de celle d’une prison, dans les escaliers, avec le jeu des portes qui n’entrouvrent hélas pas grand-chose), et beau dans le temps généreux que les réalisateurs accordent à ces sans-abris.

300 hommes, moins quelques-uns cités in memoriam au générique.

300 hommes Bande annonce du documentaire

300 hommes : Fiche Technique

Titre original : –
Réalisateur : Aline Dalbis & Emmanuel Gras
Genre : Documentaire
Année : 2014
Date de sortie : 25 Mars 2015
Durée : 82 min.
Casting : –
Scénario : Aline Dalbis & Emmanuel Gras
Musique : –
Chef Op : Emmanuel Gras
Nationalité : France
Producteur : Nora Philippe
Maisons de production : Les films de l’air, In the mood…
Distribution (France) : Sophie Dulac distribution

2015 : L’avènement du Blockbuster ?

Blockbuster : un mal nécessaire à la survie du 7ème art ?

Alors que la planète cinéma trépigne d’impatience face à une année 2015 destiné à demeurer dans les annales, tant sa programmation, alternant vague de divertissement old school (Star Wars ; Terminator ; Mad Max ; Mission Impossible, Jurassic Park, James Bond) et nouveau déferlement ultra héroïque (Avengers, Ant-Man, Les 4 Fantastiques) semble incarner le parangon du visage du cinéma contemporain, entre pragmatisme industriel et marketing outrancier, il est amusant d’observer, à travers le prisme de cette année décidément hors norme, la place de choix qu’occupe désormais le blockbuster au sein du paysage cinématographique mondial et de la culture populaire.

Terminator Genisys – Spot TV avec J.K. Simmons  Spectre : le teaser trailer du nouveau James Bond

     

Une place qui à l’aune de cette année résolument nostalgique, a inspiré CineSeries pour relater en détail la genèse de ce genre devenu majeur et de ses principales itérations (Star Wars, Terminator, Indiana Jones, James Bond), ayant par leurs seules auras ébranlé tout un pan du cinéma, tout en accélérant un phénomène de société devenu aujourd’hui lapalissade : le cinéma comme objet de consommation.

Une crise généralisée tendant à l’émergence d’un nouveau système.

Alors que sa prépondérance constitue aujourd’hui pour beaucoup l’explication du désamour latent de la population pour le cinéma, il demeure opportun de dire que cela n’a pas toujours été ainsi outre-Atlantique. Reflet d’un capitalisme galopant ayant éclos au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, ce genre naît en effet d’un besoin, qui plus est désespéré : le besoin d’un public.

Car, depuis l’essor de ce genre rompu aux massifs déplacements de foules, on aurait tendance à croire que le cinéma, vecteur culturel le plus populaire de la société, a toujours affiché une indécente vitalité. Or, malgré un début en grande pompe, le cinéma américain a traversé, un peu à l’instar de son affrontement contre le téléchargement illégal d’aujourd’hui, une crise majeure à l’aune de la décennie 1950.

Alors que la Seconde Guerre Mondiale est encore dans toutes les mémoires, que la société américaine tend à retrouver son mojo perdu après d’intenses années de conflits, et que John Wayne continue de terrasser de l’apache, voilà en effet que le cinéma, l’un des plus fidèles piliers de l’effort de guerre, stagne et se retrouve en crise. Une crise d’ordre humaine qui voit ainsi la population délaisser dans des proportions inquiétantes les salles obscures et se tourner vers la télévision, alors en plein boom car voyant sa gamme de programme littéralement supplanter le cinéma, jusque alors rompu à enchaîner les romances passionnées (Autant en Emporte le Vent) et les westerns frondeurs terrassés par le soleil (Rio Grande / La Chevauchée Fantastique).

Une flopée de questions se pose alors quant à savoir sa cause. Serait-ce due à un système de promotion et de sorties archaïque qu’il convient de moderniser (les sorties étant à l’époque échelonnées en 3 dates, voyant le film se diffuser d’abord dans les grandes villes puis en Province) ? Ou cela résulte-il tout simplement de la lassitude d’un public à l’égard des genres érigés en hit au cours des années et dont l’aura a décliné en amont du développement de la société ?

Le cinéma comme objet de consommation.

Quoiqu’il en soit, les majors d’Hollywood ne se font pas prier pour révolutionner le système et entreprennent alors d’édicter en maxime commerciale un processus, destiné à transformer chaque long-métrage en événement : la commercialité du cinéma était alors née. A l’instar alors des publicités vantant la cigarette ou les fours micro-ondes, voilà que les films jouissent de campagnes promotionnelles. On y voit des affiches colorées, mettant en avant le nom des vedettes, le réalisateur, le style du film, sans oublier le format.

Panavision (2001: L’Odyssée de l’Espace), Cinérama, la Vistavision, le Technirama, le SuperPanavision 70, le Dynarama, le Warnerscope ou le Cinémascope, autant de formats jusque alors réservés pour les fins connaisseurs du genre et qui se transforment en arguments commerciaux, tant leur dextérité sensé sublimer l’expérience procurée par le film constitue aux yeux des spectateurs un objectif désormais fondamental.

Car malgré cet essor marqueteur, les majors des studios ont aussi pris en compte une notion clé, que celle des attentes du spectateur. En effet, à l’image de la société en pleine mutation aussi bien technologique que sociale, les spectateurs et leurs retours dans les salles obscures semble conditionné à l’émerveillement qu’ils peuvent ressentir. Ils veulent du grand, du beau, du sensationnel, du magnifique et du MODERNE, ce dernier qualificatif étant hautement symbolique en l’espèce tant il répercute de manière spécifique les dires d’André Bazin, figure emblématique des Cahiers du Cinéma, qui dira que « le cinéma substitue à nos regards un monde qui s’accorde à nos désirs », amenant ainsi une théorie farfelue pour certain que de voir le cinéma se muer en véritable « miroir de la société ».

Un simple retour en arrière permet d’ailleurs de comprendre que ce postulat de cinéma-miroir de la société est vrai. En un mot : Vietnam. Le conflit vietnamien, bourbier exotique et infernal, jouissant de l’essor de la télévision et des moyens de communications, s’est vu littéralement démystifié par ces mêmes caméras et photographies, qui après que le conflit eut été consommé, accoucheront d’œuvres profondément emplis de polémiques telles que Platoon, Apocalypse Now, Full Metal Jacket, Voyage au Bout de l’Enfer ou Taxi Driver ; œuvres ayant marquées les décennies 1970-1980 et entériné la scission du genre, désormais dissocié entre le film de guerre à tendance moralisatrice (Démineurs, Zero Dark Thirty) et celui agissant en tant que réel divertissement (La Chute du Faucon Noir, Stalingrad).

Fly me to the Moon !

Dès lors, quel est le background historique et sociétal pouvant expliquer une telle mutation du 7ème art vers ce nouveau modèle de cinéma, résolument tourné vers le divertissement ? Là, repose tout l’intérêt car si on a pu voir que la société et ses atermoiements influe et stimule les différents genres cinématographiques, on reste encore peu renseigné sur ce qui a constitué le point de départ de cette incessante dynamique.

Un défaut de connaissance heureusement comblé par André Bazin toujours, qui de par son expérience avait pu déjà dénoter que le cinéma, de par sa capacité à refléter le monde dans lequel il est exposé, est rompu aux innovations et rêves de l’Homme. Tel un manifeste du développement de la société, le cinéma se devait alors de refléter les différentes évolutions traversées par l’Homme, quitte à influencer une dynamique et des genres très spécifiques.

Et à travers la galerie d’inventions s’étant vues amenées au cours du 20ème siècle, il y en a une qui à bien des égards peut se targuer d’avoir influé sur cette mode devenue aujourd’hui industrie : l’alunissage d’Apollo 11 le 21 Juillet 1969 !

Fierté de l’Amérique, la mission Apollo 11 restera gravée dans l’inconscient collectif, comme l’une des prouesses technologiques les plus majeures de notre temps. Mais outre l’exploit technique que cette mission a représenté, un autre constat fut tiré de cette escapade spatiale : l’Homme venait de traverser une frontière. Plus qu’un symbole, cet acte constituait aussi un jalon. La destinée de l’Homme s’écrirait désormais dans les étoiles. Une cheminement, qui à travers les paroles de Gaspard Noé, réalisateur français prend un sens totalement nouveau lorsque ce dernier dira que « le cinéma est une réinterprétation du monde », supposant ainsi l’habitude de cet art que de profiter d’une époque ou d’un évènement donné, pour fédérer un public autour d’un thème ayant marqué l’année ou la décennie. Et alors que l’exploration spatiale avait muté d’une utopie à un projet tout ce qu’il y a de plus réalisable, la tentation de coupler cette thématique de conquête et d’exploration à ce précurseur balbutiant du divertissement de masse semblait doté d’une logique à toute épreuve, tant cela permettait de conjuguer actualité à gros spectacle, une recette prisée du public de l’époque et subrepticement nommée blockbuster.

Un genre soumis à d’intenses promotions.

De l’anglais blockbuster signifiant « qui fait exploser le quartier » et dont les origines remontent à l’art militaire (le terme blockbuster désignait lors de la Seconde Guerre Mondiale, la plus puissante bombe utilisée par l’armée anglaise et américaine), le blockbuster se définit alors comme un genre de films remportant un succès important principalement issu des moyens d’ordres financiers et humains investis, donnant d’ailleurs très rapidement au genre l’étiquette de superproductions. Massif, le genre l’est, tant son arrivée, aussi subite qu’inattendue dans les années 1970 s’est longtemps vue considéré comme un pied de nez au Nouvel Hollywood alors en grande forme (Le Parrain notamment) tant il n’a pas manqué de froisser une part importante de la profession, cette dernière révoltée de voir des jeunes cerveaux insolents et vantards user du même mode d’expression que le leur, mais en le travestissant pour le conformer à une vision purement commerciale.

Mais le genre est aussi le vivier d’infatigables tacticiens. Car ce qui a grandement contribué à l’essor de ce genre est bel et bien la dextérité qu’ont eu les producteurs à user des ressorts publicitaires et commerciaux pour vendre et susciter l’attente autour d’un projet. Suivant la maxime édictée en consigne de John Ford, qui veut que « le meilleur cinéma, c’est celui où l’action est longue et les dialogues brefs », le procédé va alors subir un formidable élan lorsque ses principales composantes se verront utilisées dans ce que l’histoire retiendra comme le premier blockbuster : Les Dents de la Mer.

Ce raz de marée au cœur de la profession, c’est un certain Steven Spielberg qui en sera l’initiateur. En 1975, alors âgé de 28 ans, ce dernier tout juste crédité d’un premier film d’étude minimaliste (Duel) et d’un film sacré au Festival de Cannes (Sugarland Express) décide d’adapter un roman horrifique narrant la mésaventure d’une station balnéaire, menacée par un squale. Baptisé Jaws (Les Dents de la Mer), ce film au budget relativement modeste gravitant autour des 12 millions de dollars va jouir de techniques publicitaires révolutionnaires pour l’époque ; les majors du studio dépensant plusieurs millions de dollars pour la promotion et diffusant ainsi moult spot télévisés vantant la technique et le ton horrifique du film pour charmer un public, jusque alors peu habitué à voir de tels spectacle.

Le résultat deviendra un cas d’école. 470 millions de dollars récoltés pour seulement 12 dépensés, 3 Oscars dont meilleur montage, meilleur son et meilleure musique pour le reconnu John Williams, une nomination à l’Oscar du meilleur film la même année et la consécration artistique pour Spielberg, qui deviendra dès lors un des movie-maker, littéralement faiseur de film, les plus reconnus et les plus populaires de la profession.

Un genre qui s’exporte dans l’espace et s’expatrie.

De par cet immense succès, ayant plus que jamais entériné la place de ces nouveaux pontes du divertissement au sein du système, résultera un effet de mode démesuré. On ne comptera ainsi plus le nombre de studios désireux d’égaler le succès des Dents de la Mer, et dont la seule obsession sera de trouver une histoire, sachant conjuguer grand spectacle, nouveauté et modernité.

Et à ce jeu carnassier et ou les dollars pleuvent, c’est la 20th Century Fox qui tirera la meilleure carte lorsqu’elle fera confiance à un certain George Lucas, réalisateur auréolé d’un joli succès public avec son film American Graffiti, ici désireux de mettre en scène un film sachant conjuguer quête initiatique, mondes merveilleux, mythologie et combats spatiaux, directement inspiré d’Akira Kurosawa, Edgar Rice Burroughs et Fritz Lang.

Le nom de cette épopée de science-fiction : Star Wars !

Devenue au fil des années culte (et c’est un euphémisme), la saga de George Lucas perpétuera la rentabilité économique du blockbuster, quand bien même son principal auteur avait parié le contraire et le premier volet, Un Nouvel Espoir sera d’ailleurs pendant longtemps l’un des films les plus lucratifs que le cinéma ait porté, engrangeant pas loin de 560 millions de dollars pour un budget de seulement 10 millions, et une tripotée d’Oscars (majoritairement d’ordres techniques tels que les costumes, effets visuels, musique) dûment mérité.

A l’issue de ces deux coups d’éclats ouvrant la voie sur un nouveau débouché du divertissement de masse, en l’espèce la vente de produits dérivés, le genre en perpétuelle effervescence continuera d’alimenter outrageusement les travées de salles obscures, quitte à s’exporter en Australie ou le premier volet de la saga Mad Max, engrangera 100 millions de dollars, pour des dépenses de 400 000 dollars, et aussi en Angleterre avec la recrudescence de la saga James Bond, ayant troqué ses oripeaux de pur espionnage pour finalement endosser ceux de l’action pure et dure.

Suivra une flopée d’action-movie à fortes tendances patriotiques ou Stallone, Schwarzy et consorts joueront des mécaniques dans des films aux airs de simulacres de one man show (Rocky / Commando / Predator) et l’avènement de ce genre à l’orée des années 2000 avec l’arrivée d’un jeune sorcier au faciès peu expressif et d’une dynastie Marvel en pleine expansion et aujourd’hui omniprésente comme nouveaux porte-étendards.

Vous l’aurez compris, malgré qu’il ait éclot il y a de cela 40 ans, le blockbuster a de beaux jours devant lui. Un postulat qui ne sera point démenti au vu du contenu de cette année, osant raviver cette flamme de la nostalgie avec autant d’ambition que de malice.

En Route: Musique, Bande Originale

En Route – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Culture Féerique

Dreamworks n’a pas encore la féerie dans son A.D.N. comme l’ont les studios Disney. Cela se ressent dans leurs scénarios, mais également dans leur approche musicale. Là où Disney va produire des chansons bien « traditionnelles », Dreamworks va privilégier des chansons plus fashion et grand public. Résultat avec la bande original d’En Route ! (Home en v.o.), supervisée par Lorne Balfe : des chansons qui n’hésitent pas à flirter avec le r’n’b, si cher aux jeunes générations. On retrouve donc sur la galette une brochette de supers stars du moment, telles que Rihanna et Jennifer Lopez. Après tout, rien de plus normal, puisqu’elles doublent respectivement les voix de Gratuity « Tip » Tucci et Lucy Tucci, dans la version originale du film.

Si on la compare au travail musical de Walt Disney Records, cette bande originale peut sembler à côté de la plaque. Mais au final le résultat, s’il s’éloigne du féérique de rigueur (rien de bien nouveau en fait), se digère plutôt bien après plusieurs écoutes. Rien de désagréable, mais pas non plus de quoi grimper aux rideaux. Juste une bande son que les plus jeunes vont surement adorer puisqu’après tout, Libérée, Délivrée (La Reine Des Neiges), qui insupporte tant de parent normalement constitués, aura eu un succès monstre. De bonne grâce, souhaitons le même succès à la bande originale d’En Route (ça ne mange pas de pain)!

Et un peu de #cute et de #music avec la danse de Oh du film En Route (« Home » en version originale) qui sort au cinéma le 15 Avril 2015.

En Route – La Danse de Oh

https://www.youtube.com/watch?v=-wKFCTKYq1g

Tracklist du film En Route

1.Towards the Sun par Rihanna 4’33

2. Run To Me par Coffee 4’14

3. Cannonball par Kiesza 3’57

4. As Real As You And Me par Rihanna 3’40

5. Red Balloon par Charli XCX 3’27

6. Dancing In The Dark par Rihanna 3’43

7. Drop That par Jacob Plant 4’18

8. Feel The Light par Jennifer Lopez 4’52

Sortie : 24 mars 2015

Distributeur : Universal Music

Durée : 33’

Auteur : Freddy M.

Diversion, un film de Glenn Ficarra et John Requa : Critique

Will Smith est cool, le film, Diversion repose sur cet aspect de sa personnalité la plus exploité au cinéma, tout comme auparavant dans le hip hop, en tant que Fresh Prince avec son DJ Jazzy Jeff.

Synopsis : La relation entre un arnaqueur professionnel et une apprentie criminelle vient perturber les affaires de chacun, quand ils se recroisent quelques années après leur première rencontre.

Une arnaque peu savoureuse

L’histoire est à son image, légère et drôle. C’est un divertissement, qui manque d’imagination, en enchaînant les twists pour tenter de surprendre, alors que la fin est connue dès le début. Malgré tout, ça swingue, grâce à une BO aussi élégante que Will Smith. Il est la tête d’affiche, le pilier qui tente de garder le spectateur en haleine, face à la vacuité de l’intrigue. Un acteur peut sauver un film de l’ennui, même si sa performance n’a rien d’exceptionnelle, surtout quand il se contente de faire du Will Smith.
Il est bien loin le temps ou cet acteur surprenait son monde dans Six degrés de séparation, avant de se sublimer devant la caméra de Michael Mann pour Ali. Il ballade son charisme dans des productions sympathiques, mais ne semble pas en mesure de vouloir s’élever et reste un acteur juste sympathique. Pour autant, sa classe et son élégance, sont bien mis en avant, en défilant dans diverses tenues chic, dans un univers clinquant. Il le fait en compagnie de la belle Margot Robbie, qui ballade sa plastique avantageuse, en oubliant d’être une actrice. Le duo est improbable et ne fonctionne pas vraiment. La superficialité qui se dégage du film, de ce luxe étalé à chaque plan, représente bien cette actrice, qui a mis en émoi de nombreux mâles dans le réussi Le loup de Wall Street de Martin Scorsese, ce qui reste son seul fait d’arme, c’est dire si son talent est purement visuel.

La rencontre des deux personnages se fait avec une telle facilité, comme le lien qui se créer entre eux, qu’on a du mal à croire à leur association, moins à l’affection que Will Smith lui porte. C’est par la grâce de son humour et de son rire, que cela fonctionne dans une première partie réussie. L’arrivée d’Adrian Martinez rajoute au côté sympathique du film. Il est le personnage secondaire qui illumine ses scènes de par sa seule présence, associé à des réparties toujours drôles, même lors de ses face à face avec Margot Robbie, continuant de jouer la potiche. Mais il y a un homme, qui va mettre tout le monde d’accord, il s’agit de B.D. Wong. Son duel face à Will Smith est le sommet d’une histoire, qui va en pâtir et ne sera jamais en mesure de renouer avec la folie de cette scène. Elle marque une rupture et on retrouve notre héros, trois ans plus tard, en laissant en plan Brennan Brown, au profit de Rodrigo Santoro et de son cabotinage. Autant la première partie, arrivait à être passionnante, sous la chaleur de la Nouvelle-Orléans. Autant la seconde partie, se traîne, malgré des tentatives de relancer une histoire, qui enchaîne les poncifs, comme Will Smith et ses vodka pomme, sous la chaleur de Buenos Aires.

On passe d’un paysage exotique à l’autre, comme d’un twist à un autre, puis encore un, etc….mais cela swingue quand même. Le tempo est agréable, on est jamais dérangé, ni surpris. Gerald McRaney peut faire son entrée, pour tenter de secouer un peu, un ensemble qui stagne dangereusement. Il réussit à sortir tout le monde, de la torpeur, surement dû à la chaleur étouffante de l’Argentine. Mais cette absence de surprise, pèse sur la fin. Pas que tout soit prévisible, loin de là, sauf qu’au final, on sait très bien, que tout ça, n’est qu’un feu de paille.

Glenn Ficarra et John Requa ne sont pas réputés pour leurs talents derrière la caméra, ni même à l’écriture. Ce sont de bons faiseurs, dont la seule ambition est de divertir, comme dans leurs deux films précédents : I love you Phillip Morris et Crazy, Stupid, Love. Ils s’en sortent plutôt bien, ils ont su enrober leurs films dans une musique et une photographie réussies, masquant les faiblesses du scénario, tout comme celles d’une réalisation, qui ne décolle jamais, comme le film.

C’est un film conventionnel, Will Smith retrouve le haut de l’affiche, après un léger passage à vide avec les navrants Men in Black 3, puis After Earth. Il prouve qu’il peut toujours tenir un film sur ses épaules, encore faut-il que celui-ci tienne la route. Avec une meilleure partenaire et un scénario moins prévisible, on aurait pu se retrouver devant une histoire plus captivante, au lieu de ce produit trop lisse, mais qui se laisse voir sans déplaisir.

Diversion : Fiche technique

Focus
USA – 2015
Réalisation : Glenn Ficarra et John Requa
Scénario : Glenn Ficarra et John Requa
Distribution : Will Smith, Margot Robbie, Rodrigo Santoro, Gerald McRaney, B.D. Wong, Robert Taylor, Dominic Fumasa, Adrian Martinez et Brennan Brown
Photographie : Xavier Pérez Grobet
Musique : Nick Urata
Montage : Jan Kovac
Productions : Kramer & Sigman Films et Zaftig Films
Distribution : Warner Bros
Budget : 100 000 000$
Genre : Comédie, drame et thriller
Durée : 104 minutes
Date de sortie française : 25 Mars 2015

auteur : Laurent Wu

Dead Space : Aftermath, un film de Mike Disa : Critique

Dead Space : Aftermath, faire pire que le film précédent, c’est un véritable exploit !

Synopsis :  2511. Trois ans se sont écoulés depuis qu’Isaac Clarke a combattu les nécromorphes puis détruit le monolithe, cette pierre qui leur donnait naissance. Trois ans pour qu’une équipe soit envoyée sur la planète Aegis VII afin d’y retrouver d’éventuels fragments du monolithe pour de l’étudier. Mais, bien évidemment, d’étranges phénomènes se reproduisent. Comme la folie naissante de Nick Kuttner, qui pense apercevoir sa fille décédée partout où il va. Ou encore une nouvelle infection de nécromorphes qui va toucher le vaisseau O’Bannon.…

Comme pour le premier jeu, la sortie de Dead Space 2 s’accompagne d’un film d’animation, censé expliquer tous les événements qui se produisent dans la suite vidéoludique. Ou du moins dresser le pont entre les deux opus. Mais le premier essai qu’avait été Dead Space : Downfall s’était révélé catastrophique, au point de faire honte au jeu de base. Ne mettant le point que sur son aspect commercial, dans le but d’être vu par les fans du produit originel, qui ont dû se jeter dessus pour finalement connaître la déception. Un constat corrigé avec ce nouveau film, intitulé Aftermath ? L’exploit est là, mais pas dans le sens espéré…

Encore une fois, il ne faut pas s’attendre à des révélations car, malgré son statut de prequel, Aftermath ne fait rien d’autre qu’établir un pont hautement dispensable entre les deux jeux vidéo (la promotion s’avère moins mensongère que pour Downfall, vu qu’Aftermath avait été annoncé ainsi). Juste pour dire comment a été amenée l’infection à bord de la station La Méduse (lieu où se déroule l’action de Dead Space 2). Et encore, cela, nous ne l’apprendrez qu’à la dernière seconde du film. Sinon, vous serez obligés de suivre pendant au moins 1h13 à une histoire et des personnages sans intérêt,j amais creusés ni charismatiques. Juste une sorte de survivor qui a bien du mal à se lancer, en passant par des références poussives d’autres œuvres de la science-fiction, notamment Alien (un personnage « figurant » se nomme Ripley, le nom du vaisseau fait allusion au créateur de la saga Dan O’Bannon…).

Et même si, à nouveau, l’univers du jeu vidéo (décors, vêtements, nécromorphes…) est représenté fidèlement, le fait que ce soit en animation nuit tout autant que Downfall, retirant toute l’angoisse que éprouvée en se plongeant dans le jeu, et le gore n’étant jamais dégoûtant à regarder. Sans compter que l’animation en elle-même se montre toujours aussi obsolète à l’heure actuelle (comme si Aftermath était tout droit sorti des années 80-90), affichant des incohérences visuelles visibles comme le nez au milieu de la figure (par exemple, la taille des personnages qui ne cesse de changer par rapport au décor, ou qui ne correspondent pas à certains éléments de ce dernier). Bref, rien n’a malheureusement changé depuis Downfall. Pourtant, le résultat n’en est plus que catastrophique !

Cette erreur, le film la doit à son scénario. Alors que Downfall proposait un script tout bonnement classique et peu accrocheur, Aftermath a voulu se livrer avec une histoire bien plus fouillée sur le papier. Cela n’a pas été dit dans le résumé mais c’est pourtant le cas : les actions du film ne sont que des flashes-backs, des souvenirs de témoins qui racontent à des scientifiques ce qu’ils ont vécu. En somme, à l’instar du récent Angles d’attaque, nous suivrez une seule et même histoire mais racontée par le biais de différents points de vue, qui permettent d’apporter son lot de détails au fur et à mesure que l’histoire avance. Seulement, il faut que celle-ci soit intrigante. Ici, elle ne l’est aucunement ! Du coup, les longueurs se font ressentir et les personnages, déjà inintéressants, se montrent encore plus inutiles que l’existence de ce film d’animation.

Mais là où Aftermath se vautre littéralement, c’est dans son animation qui veut refléter le parti pris de son scénario, en changeant de style pour chaque point de vue. Comme si  le film osait présenter en 1h13 différents courts-métrages animés qui racontent la même histoire, avec les mêmes protagonistes. Pourquoi pas au final ? Il n’empêche, changer le style de l’animation ne veut pas dire tout remodeler ! Or, il n’est pas rare, lorsque le point de vue change, d’avoir des personnages au physique différent (même la couleur de peau est touchée par le changement, des protagonistes devenant hispaniques sans explication) ou des combinaisons/vêtements qui se modifient sans raison. Et comme si cela ne suffisait pas, pour différencier l’instant présent des souvenirs, l’animation classique laisse sa place à de la CGI (images de synthèse, à l’instar d’un Pixar) d’une piètre qualité, nous faisant croire involontairement à un épisode de Code Lyoko. Avec toutes ces différences, le spectateur perd rapidement le fil de l’histoire, ne comprenant pas pourquoi le film se livre à lui de telle manière.

Il faut admettre qu’Aftermath fait fort. Si, si ! Se montrer encore plus chaotique et inutile que Downfall, c’est un véritable exploit ! Une fois de plus, il vous est conseillé de vous reporter sur les jeux vidéo, véritables prouesses techniques et de mise en scène qui savent vous faire vivre ce qu’est l’angoisse à l’état pur. Avec Downfall et Aftermath, c’est l’ennui et la perte de temps que vous connaîtrez. Le second provoquant, en plus de tout cela, quelques crises d’épilepsie à cause de sa laideur visuelle. En lisant cette critique, dites-vous que votre vie, s’il elle est régie par une puissante curiosité, vient d’être sauvée !

Dead Space : Aftermath : Bande-annonce

Dead Space : Aftermath : Fiche technique

Réalisation : Mike Disa
Scénario : Brandon Auman, Mike Disa, Chuck Beaver et Joe Goyette, d’après les jeux vidéo Dead Space et Dead Space 2
Interprétation : Christopher Judge (Nickolas Kuttner), Ricardo Chavira (Alejandro Borges), Gwendoline Yeo (Isabel Cho), Curt Cornelius (Nolan Stross), Graham McTavish (le capitaine Campbell), Peter Woodward (l’interrogateur), Kari Wahlgren (Rin / Sandra), Yorgo Constantine (le commandant Sergenko)…
Direction artistique : Moon-Joong Han et Hoe-Young Lee
Animation : Sun Myung Back
Musique : Christopher Tin
Producteurs : Joe Goyette et Chuck Beaver
Productions : Electronic Arts, Film Roman Productions, Starz Media, Pumpkin Studio, Gotham Group et Clemensen Capital
Distributeur : Anchor Bay Entertainment
Genres : Animation, Science-fiction
Date de sortie : directement en vidéo
Durée : 1h14

Etats-Unis – 2011

Sons Of Anarchy: Musique, Bande Originale

Sons Of Anarchy – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Anarchy In The U.S.A.

Songs Of Anarchy Vol.4, bande originale de la série Sons Of Anarchy, est en passe de devenir un des meilleurs albums de l’année 2015 en général, et une des meilleures bandes originales en particulier. En langage jeune, on dira que ce disque est une pure tuerie, en langage un peu moins jeune, on dira aussi que ce disque est une pure tuerie. Pourtant, Songs Of Anarchy est un album de reprises, exercice musical le plus risqué, tant on peut se retrouver à massacrer l’original ou, dans le cas contraire, à faire dans l’imitation bête et méchante. Rien de tout ça ici, les interprètes de ces reprises qui jalonnent le disque, s’en tirent avec les honneurs et ont même le mérite de coller totalement à l’esprit de la série.

Car toutes les reprises qui figurent sur cette bande son, ont le mérite de montrer du respect aux œuvres originales, tout en proposant une réelle relecture de la partition musicale et des arrangements. L’ouverture sur une version de Bohemian Rhapsody (du groupe Queen), virile et plus sombre, donne d’entrée des frissons qui se confirmeront tout au long de reprises extraordinaires, telles que la chanson traditionnelle anglaise Greensleeves reprise par Katey Sagal (reprise belle à pleurer), All Along The Watchtower de Jimi Hendrix reprise par Billy Valentine, Boots Of Spanish Leather de Bob Dylan reprise par Amos Lee. On sent tout l’Amérique qu’on aime sur ce disque, capable de tous les excès, les meilleurs comme les pires, sur un fond musical fait de country/folk et de rock’n’roll. Bref, tout ce que la série Sons Of Anarchy tente de faire partager depuis maintenant sept saisons.

Sons of Anarchy Soundtrack

Sortie : 20 février 2015

Distributeur : Columbia Records

Durée : 57’

Tracklist :

1. Bohemian Rhapsody par The Forest Rangers feat. The White Buffalo, Billy Valentine & Franky Perez

2. Never My Love par Audrea Mae & The Forest Rangers feat. Billy Valentine

3. The Age Of Aquarius/Let The Sun Shine In par Joshua James & The Forest Rangers feat. Billy Valentine

4. Greensleeves par Katey Sagal & The Forest Rangers

5. All Along The Watchtower par Billy Valentine & The Forest Rangers

6. Make It Rain par Ed Sheeran

7. Baby, Please Don’t Go par Franky Perez & The Forest Rangers

8. Blue Angel par Billy Valentine & The Forest Rangers

9. All Along The Watchtower par The Forest Rangers feat. Gabe Witcher

10. Boots Of Spanish Leather par Amos Lee & The Forest Rangers

11. Come Join The Murder par The White Buffalo & The Forest Rangers

Auteur : Freddy M.

Sea Fog – Les clandestins, un film de Sung Bo Shim : Critique

Pour tout cinéphile amateur de films coréens, Sea Fog est certainement une grosse attente. Bong Joon-ho (ou Joon-ho Bong, c’est selon), le réalisateur de rien de moins que les excellents The Host et Snowpiercer, a offert à son ami Sung Bo Shim, le scénariste de Memories of Murder, l’opportunité de réaliser son premier film en le produisant. En plus de ce duo gagnant derrière la caméra, le plaisir de retrouver Yun-seok Kim, l’acteur vedette de The Chaser et Murderer, fera du film un pur plaisir pour les fans de cinéma made in Korea.

Synopsis : Kang, le fier capitaine de son bateau de pêche, le Jiujin, se voit proposer un contrat inédit, prendre à son bord un groupe de clandestins chinois pour les emmener jusqu’en Corée. La transaction se fait et l’équipage du bateau va chercher en haute mer la cargaison. Sous la peur des garde-côtes et au contact des immigrés, les esprits vont commencer à se crisper et la fin du voyage va être compromis…

C’est la mer qui prend l’homme!

Adapté d’une pièce de théâtre, le film prend l’allure d’un huis-clos maritime, un genre rare car difficile mais qui comprend des œuvres aussi intimistes que Lifeboat qu’imposante que Titanic, mais aussi des films épiques comme Das Boat ou Poséidon. La taille du bateau de pêche, et son équipage composé d’une demi-douzaine d’hommes rapidement rejoints par autant de clandestins, implique la mise en place d’une ambiance claustrophobique dans un espace réduit. La tension qui naît entre les hommes, les coups de nerfs d’un capitaine lunatique et l’épaisseur du brouillard marin (qui offre son titre au film) vont contribuer à cette atmosphère étouffante et à la montée crescendo d’un suspense habilement haletant bâti sur une ambiguïté morale agréablement perverse.

Alors que le premier quart d’heure a toutes les allures d’un drame social sur la condition des pêcheurs sud-coréens et que l’observation compassionnelle de la marchandisation des immigrés appuie cette impression de film consensuel, il est difficile de voir venir le survival hardcore dans lequel le film va peu à peu sombrer. La tension qui monte entre les marins naît en fait de l’arrivée inopportune à bord de deux femmes, la frustration sexuelle devient alors une source de violence extrême. Ce climat de crispation tant psychologique que physique puis le terrible drame qui survient à mi-parcours va tout simplement transformer la suite en une surenchère de folie meurtrière. L’horreur de la situation, ancrée dans une réalité sociale déplorable, va donc céder sa place à une violence purement jouissive, avec, à chaque étape du film, une mise en scène brillamment adaptée au genre duquel elle se rapproche le plus. C’est à ce talent qu’a le réalisateur d’adapter sa façon de filmer à l’état d’esprit de ses personnages que l’on peut y voir la révélation d’un réalisateur talentueux et jusqu’au-boutiste, comme on les aime. Si la conclusion du film peut toutefois sembler évasive, elle a au moins le mérite de nous éviter le happy-end ultra-galvaudé que l’on voyait venir gros comme une maison.

Sea Fog : Bande-annonce (VOST)

Fiche technique: Sea Fog

Titre original:  해무
Réalisation: Sung Bo Shim
Scénario: Sung Bo Shim, Joon-ho Bong
Interprétation: Yun-seok Kim, Park Yu-chun, Han Ye-Ri
Photographie: Alex Hong Kyung-Pyo, Kim Chang-Ho
Montage: Kim Jae-Bum , Kim Sang-Bum
Producteur: Joon-ho Bong, Kim Lewis
Production: Lewis Pictures
Distributeur en France: The Jokers
Durée: 105 minutes
Genre: Drame, Thriller
Date de sortie: 1er avril 2015

Corée du Sud – 2014

La cour de Babel : critique du film

Synopsis : Ils viennent d’arriver en France. Ils sont Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais… Pendant un an, Julie Bertuccelli a filmé les échanges, les conflits et les joies de ce groupe de collégiens âgés de 11 à 15 ans, réunis dans une même classe d’accueil pour apprendre le français. Dans ce petit théâtre du monde s’expriment l’innocence, l’énergie et les contradictions de ces adolescents qui, animés par le même désir de changer de vie, remettent en cause beaucoup d’idées reçues sur la jeunesse et l’intégration et nous font espérer en l’avenir…

la cour des miracles

Cette classe d’accueil, donne l’opportunité à des enfants venant de différents pays, de se mettre à niveau, pour reprendre un cursus scolaire classique. On trouve 24 élèves de 22 nationalités différentes, allant de 11 à 15 ans, essayant de trouver leurs marques dans un pays ou il ne maîtrise pas encore la langue et la culture. Certains sont heureux d’être là, d’autres, pas vraiment. Ils ont fui un pays qui ne voulaient plus d’eux, mettant leurs vies en danger, ou pour rejoindre leurs parents déjà présents en France.
Une classe, auquel on s’attache rapidement face à ces visages souriants, mais parfois dur. On va apprendre à connaitre la plupart d’entre eux, à vibrer avec eux, au rythme de leurs rires, mais aussi de leurs larmes. On va découvrir des personnalités aussi différentes, qu’intéressantes. Il y a de la vie dans cette classe, dans leurs mots et surtout, dans leurs rêves. Julie Bertuccelli colle sa caméra à leurs visages, ce qui donne un sentiment d’immersion, en nous mettant au plus près d’eux. L’enseignante principale est invisible au début, elle fait plus office de voix off, avant de prendre de l’importance et d’offrir de fortes émotions. Il y a une foule de sentiments qui se dégagent de ses images, à travers diverses situations.

En alternant les scènes dans la classe, puis celle des élèves avec leurs parents face à l’enseignante principale, après les conseils de classe, cela nous permet de mieux les cerner, de comprendre d’ou ils viennent et pourquoi ils sont là. Des enfants qui font office d’interprètes, mais aussi plus matures, en portant sur leurs frêles épaules, les espoirs de leurs parents, qui veulent les voir réussir, comme ce père émouvant, qui porte un regard rempli de fierté face à sa fille recevant les félicitations. Des enfants passant des classes, aux bureaux des services administratifs, pour aider leurs parents, qui ni ne parlent, ni ne lisent le français. Ils doivent concilier leurs études et les responsabilités, qui sont normalement incombé aux adultes. Ils ne sont pas tous dans ce cas, certains vivent chez leurs tantes ou autres. Mais ils ont tous un point commun, cela restent des enfants.

Dans un film, ou une série, il y a toujours un événement qui tente de créer une forte émotion. Le documentaire n’est pas en reste dans ce domaine et le départ d’une élève, est un véritablement déchirement pour la classe, mais aussi pour nous. On est en empathie face à chacun d’eux, on a envie de les soutenir et de les voir réussir. Il faut les voir débattre sur la religion, ou l’une d’elle est en pleine confusion, avec un père musulman et une mère chrétienne, en passant de la mosquée à l’église. Ils se posent des questions sur l’existence et sortent des vérités, que bien des adultes ont oublié avec le temps. Il y a une sincérité dans leurs mots, dans leurs regards, qui les rendent touchants et émouvants. C’est à ce moment-là que la caméra prend du recul et met plus en lumière l’ensemble de la classe, en dévoilant leurs côtés artistiques, ou se mêle le chant, le dessin et la musique. Il y a un talent brut en eux, qui ne demandent qu’à s’exprimer et qui est récompensé lors d’un festival de court-métrage. C’est une bouffée d’air frais pour eux de sortir de cette classe, de se confronter à ce monde, envers lequel, ils sont pleins d’attentes.

Nominé aux césars 2015, dans la catégorie « Meilleur documentaire », cette cour de Babel est profondément humaine, elle met du baume au cœur et donne envie d’un avenir meilleur, pour ces enfants, venant de tout horizons. L’émotion est réelle, car ils sont vrais, pas encore pervertis par les affres du temps et de la vie. On assiste à une belle leçon de vie, dont on a envie, qu’elle ne se finisse jamais, un pur moment de bonheur.

La cour de Babel – Julie Bertuccelli

Fiche technique : La cour de Babel

France – 2014
Réalisation : Julie Bertuccelli
Montage : Josiane Zardoya
Musique : Olivier Daviaud
Photographie : Julie Bertuccelli
Producteurs : Yaël Fogiel et Laetitia Gonzalez
Production : Les films du Poisson et Sampek Production
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Documentaire
Durée : 89 minutes
Date de sortie : 12 mars 2014

House Of Cards, saison 3, critique de la série

La saison 3 de House Of Cards marque peut-être un véritable virage par rapport aux deux premières. Virage dû aux événements, mais surtout au fait que Frank Underwood, spécialiste de la conquête et challenger par vocation, n’a plus réellement à conquérir, puisqu’il siège désormais au sommet du monde.

Synopsis : Frank Underwood est désormais président, mais un président privé de son éternel bras droit, Doug Stamper. Du coup, la politique, son couple, tout semble lui échapper et sa vie devient une succession d’échecs.

Le Challenger

Le parfum de la conquête

Virage également dû à ce que subit Doug Stamper en fin de saison deux et qui va l’éloigner, temporairement, de la politique et de ses magouilles, qui faisaient sa raison de vivre. Deux raisons parmi d’autres, qui font que le ressenti sur cette troisième saison est bien différent. Moins incisive et moins saignante, elle gagne fortement en profondeur et prend le temps de la réflexion sur le monde politique ses vérités, ses mensonges, et leur articulation avec la vie privée et sentimentale.

Le chemin plus que le but

C’est finalement plus l’accession au pouvoir que le pourvoir en lui-même qui semble être le moteur de Frank Underwood, non pas que le pouvoir le laisse indifférent, mais il ne le satisfait pas tant que le plaisir de la conquête. Car comme le dit l’adage, le chemin importe plus que la destination, et même si on sentait en fin de saison deux la satisfaction du nouveau président d’être arrivé là, c’est plus les coups tordus qui l’ont mené à destination qu’il savourait et qui font tout le « charme » de Frank Underwood. Dans cette saison Frank est président, doit tout faire pour le rester aux prochaines élections, et découvre que la gestion des affaires courantes du pays et du monde, offre bien moins de latitudes aux embrouilles que le métier d’intriguant, qui était sa spécialité.

Un bras droit amputé

L’autre point majeur de cette saison, qui rejoint directement le premier, c’est l’absence de son âme damnée, l’homme des basses besognes, Doug Stamper, le seul en qui Frank a confiance. Seulement voilà, en fin de deuxième saison, Doug est laissé pour mort et revient progressivement à la vie en début de troisième. Un étrange glissement s’opère alors, durant sa rééducation, qui arrive à le rendre réellement sympathique, car on le sent rempli autant de douleurs psychologiques que physiques. On comprend vite que, si le président Underwood est beaucoup moins fringuant et enchaine les échecs, c’est parce-que Doug n’est plus à ses côtés. On se surprend alors à souhaiter ce retour, qui donnait une telle dynamique à ce duo et à la série. Lorsque cela se produit, dans une réaction malsaine, on s’en réjouit très sincèrement, car ce qui faisait le sel et l’immoralité de cette série, va nous être rendu.

Toujours un cheveu

Il y a juste un bémol dans cette troisième saison, déjà présent dans la deuxième et qui revient de nouveau tel un cheveu sur la soupe, c’est la question des mœurs sexuelles du président. Non pas qu’elles ont un quelconque aspect immoral ou anormal, c’est plutôt la manière dont cette bisexualité est amenée. Même si elle peut expliquer des aspects du personnage, elle a ici un côté trop glauque et reste trop déconnectée de l’intrigue, ne s’y incère pas de manière pertinente, pour ne pas mettre en colère lorsqu’elle s’affiche.

Netflix : naissance d’un empire

Mais le reste, ce qui fait de House Of Cards une série hors normes, y est comme à chaque saison. Qu’il s’agisse d’un Kevin Spacey (Usual Suspects, American Beauty) toujours bluffant, qui transforme son personnage en monstre au dernier épisode. Qu’il s’agisse de Robin Wright (Princess Bride, The Pledge), toujours vaporeuse, d’une classe qui s’affirme toujours un peu plus. Qu’il s’agisse de l’intrigue, toujours menée de main de maître, pleine de ce rythme qui fait que dès que l’ennui commence à poindre, un deus ex machina montre le bout de son nez. Une série qui vient confirmer que Netflix est en train de devenir un empire, qui a compris que les modes de production, de diffusion et le format des séries devaient évoluer et s’adapter aux nouveaux modes de consommations des amateurs.

Fiche Technique – House Of Cards

Création : Beau Willimon
Scénario : Keith Huff, Rick Cleveland, Sarah Treem, Sam Forman, Kate Barnow, Gina Gionfriddo, Bill Cain, Laura Eason, Kenneth Lin, John Mankiewicz, David Manson, Bill Kennedy et Beau Willimon
Casting : Kevin Spacey, Robin Wright, Michael Kelly, Molly Parker, Mahershala Ali
Direction artistique : Eigil Bryld
Costumes : Derek Sullivan
Montage : Kirk Baxter
Musique : Jeff Beal
Production : David Fincher, Kevin Spacey, Eric Roth, Andrew Davies et Michael Dobbs
Sociétés de production : Media Rights Capital, Trigger Street Productions, Wade/Thomas Productions
Société de distribution : Netflix
Format : 13 épisodes de 55’
Statut : en cours

Auteur : Freddy M.