Marvel’s Agent Carter, Saison 1 : Critique de la Série

Malgré les résultats mitigés de sa série phare Agents of S.H.I.E.L.D, la maison des idées continue de s’accrocher à l’appendice télévisuel de son univers cinématographique en proposant un spin-of centré cette fois sur Peggy Carter, l’amour de Captain America. On la retrouve donc après la guerre et la chute de Crâne rouge, de retour à une vie « normale », dans un univers où les règles ont changés, mais pas les hommes…

Synopsis: Nous sommes en 1946. La paix est désormais revenue sur la planète. Les hommes sont revenus du front et Peggy est de nouveau reléguée, obligée de s’occuper des basses œuvres administratives du SSR (Strategic Scientific Reserve), alors qu’elle aimerait tant retourner sur le terrain et botter les fesses des criminels. Pour Peggy, la période est compliquée, d’autant plus qu’elle vient de perdre l’amour de sa vie : Steve Rogers, également connu sous le titre de « Captain America ».

Agent Carton

C’est toujours un peu étrange de critiquer un produit Marvel, car d’un point de vue technique on ne peut pas vraiment reprocher grand chose. La reconstitution de l’après guerre est très bien faite, tant au niveau des costumes que des décors. Seulement passer du cinéma à la télévision inclus une nécessité de revoir sa stratégie en profondeur, et si devant un film on peu faire se contenter d’un scénario simple pour se focaliser sur le spectacle, pour une série, une bonne histoire est primordiale. Un fait que Marvel semble avoir du mal a se rentrer dans le crâne. L’impression général qui ressort d’Agents Carter est celle d’un produit commercial bien emballé, séduisant aux premiers abords, mais terriblement creux avec ses intrigues peu intéressantes et ses personnages vides de substances. Comme les présentoir en carton des cinémas : sympa a regarder de face, inintéressant quand on s’intéresse à ce qu’il y a derrière.

Sur le même principe que les films et leurs agaçantes scènes post-génériques, la seule carotte qui fait avancer le spectateur d’un épisode à l’autre ce sont ces fameux liens avec l’univers cinématographique. Des apparitions ponctuelles d’Howard Stark au cameo d’Ivan Vanko (le père de Whiplash/ Mickey Rourke dans Iron Man 2), tout est là pour rappeler que vous pouvez acheter les films en DVD ou que les prochaines aventures d’Iron Man et ses copains arriveront bientôt au cinéma. Au delà de cet aspect purement promotionnel, la série n’a aucune identité, aucun suspens …rien. On retiendra comme bonnes idées la reconstitution du tournage d’un feuilleton radiophoniques relatant les aventures de Captain America de façon assez kitch et l’évocation de la création du programme Black Widow. Deux aspect malheureusement trop peu développés et paraissant anecdotique dans un produit tellement marqué par une idéologie datée qu’il en devient lourdingue.

Plutôt que de placer directement l’action dans l’après guerre immédiate et la chasse des anciens Nazis, les scénaristes on préféré aller chercher les vieux ennemis de l’Amérique : Les communistes, histoire de nous rappeler qu’ils sont vraiment très méchants. Les intégrer dans l’équation n’est pas une mauvaise idée en soit, mais en l’état il ne font office que de prétexte dans un pur esprit pulp des années 50, avec discours idéologique à deux balles qui ne viendra jamais remettre en cause ou questionner les conviction de nos héros. Il y a des gentils américains et des méchants russes, point final. Alors que même Agent of S.H.I.E.L.D a fait le choix judicieux de redistribuer les cartes entre tout ses personnages afin de mettre un peu de sel, Agent Carter ne propose rien d’autre qu’une intrigue banale a peine digne des cours métrage que le studio s’amusait à produire en bonus des films (dont la série est d’ailleurs tirée). Pour ajouter un peu de psychologie à tout ça, Marvel part en guerre contre le machisme triomphant des années 50 (un peu ironique quand on sait que les comics ont participé d’une certaine image de la femme pendants des décennies), mais là encore, inutile de chercher de la subtilité dans le propos. De façon inexplicable, Peggy Carter, qui avait réussi à s’imposer une place de choix dans l’armée pendant la guerre, se retrouve relégué au rang de secrétaire préposé au café tandis que tout ses collègues se retrouvent défini par un trait de caractère : Macho ou pas Macho, en précisant que le macho est fort et brutal tandis que le féministe est soit handicapé, soit peu enclin à l’action. Pour la subtilité on repassera.

Peggy Carter était un bon personnage dans le film Captain America, dans sa propre série elle finit par devenir agaçante et inintéressante. Pourquoi ne pas avoir proposé une série sur le Howling Comando (avec Peggy Carter dedans) qui parcours l’Europe chassant le nazi et affrontant le communisme ? Rien que l’idée aurait donné une série beaucoup plus fun et amusante à l’écran (un truc dans le genre De l’or pour les braves ou Inglorious Basterd à la sauce comics). Passons sur le plan des antagonistes, aussi classique que peu excitant (parce que l’on sait que le monde n’a pas été détruit vu que Iron man est sorti bien avant et qu’il avait l’air d’aller bien) et restons déprimés de voir que Marvel se contente du service minimum une fois de plus, sans chercher à repousser ses limites, préférant la sécurité d’un produit qui rapporte gros plutôt que le risque de faire une œuvre véritablement intéressante. Et quand on sait les moyens dont les producteurs disposent, c’est impardonnable.

Titre original : Agent Carter
Création : Christopher Markus et Stephen McFeely
Réalisation : Tara Butters et Michele Fazekas
Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely (épisode pilote)
Direction artistique :
Décors :
Costumes :
Photographie : Gabriel Beristain
Montage : Chris Peppe (3 épisodes)
Musique :
Casting : Sarah Finn
Production : Eric Hauserman Carroll
Sociétés de production : ABC Studios et Marvel Television
Sociétés de distribution:  ABC
Pays d’origine :  États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 1,78:1 – son Dolby Digital
Genre : super-héros, action, science-fiction
Durée : 45 minutes

 

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – un bolide qui cale au démarrage

Le plus grand petit détective du Japon file à moto aux côtés de Chihaya Hagiwara, la « Déesse du vent », pour traquer un bolide fantôme sur les routes de Yokohama. Un thriller survolté porté par son héroïne et un final à tombeau ouvert, mais dont l'enquête cousue de fil blanc peine à passer la seconde.

Raisons et Sentiments (2026) : le romantisme sous cloche

Georgia Oakley adapte le roman de Jane Austen avec Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles en sœurs Dashwood. Tourné en 35 mm dans le Devon, le film soigne son naturalisme et sa sororité, mais peine à retrouver la satire sociale et la profondeur émotionnelle qui faisaient la force du texte original.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.