Dead Space : Aftermath, un film de Mike Disa : Critique

Dead Space : Aftermath, faire pire que le film précédent, c’est un véritable exploit !

Synopsis :  2511. Trois ans se sont écoulés depuis qu’Isaac Clarke a combattu les nécromorphes puis détruit le monolithe, cette pierre qui leur donnait naissance. Trois ans pour qu’une équipe soit envoyée sur la planète Aegis VII afin d’y retrouver d’éventuels fragments du monolithe pour de l’étudier. Mais, bien évidemment, d’étranges phénomènes se reproduisent. Comme la folie naissante de Nick Kuttner, qui pense apercevoir sa fille décédée partout où il va. Ou encore une nouvelle infection de nécromorphes qui va toucher le vaisseau O’Bannon.…

Comme pour le premier jeu, la sortie de Dead Space 2 s’accompagne d’un film d’animation, censé expliquer tous les événements qui se produisent dans la suite vidéoludique. Ou du moins dresser le pont entre les deux opus. Mais le premier essai qu’avait été Dead Space : Downfall s’était révélé catastrophique, au point de faire honte au jeu de base. Ne mettant le point que sur son aspect commercial, dans le but d’être vu par les fans du produit originel, qui ont dû se jeter dessus pour finalement connaître la déception. Un constat corrigé avec ce nouveau film, intitulé Aftermath ? L’exploit est là, mais pas dans le sens espéré…

Encore une fois, il ne faut pas s’attendre à des révélations car, malgré son statut de prequel, Aftermath ne fait rien d’autre qu’établir un pont hautement dispensable entre les deux jeux vidéo (la promotion s’avère moins mensongère que pour Downfall, vu qu’Aftermath avait été annoncé ainsi). Juste pour dire comment a été amenée l’infection à bord de la station La Méduse (lieu où se déroule l’action de Dead Space 2). Et encore, cela, nous ne l’apprendrez qu’à la dernière seconde du film. Sinon, vous serez obligés de suivre pendant au moins 1h13 à une histoire et des personnages sans intérêt,j amais creusés ni charismatiques. Juste une sorte de survivor qui a bien du mal à se lancer, en passant par des références poussives d’autres œuvres de la science-fiction, notamment Alien (un personnage « figurant » se nomme Ripley, le nom du vaisseau fait allusion au créateur de la saga Dan O’Bannon…).

Et même si, à nouveau, l’univers du jeu vidéo (décors, vêtements, nécromorphes…) est représenté fidèlement, le fait que ce soit en animation nuit tout autant que Downfall, retirant toute l’angoisse que éprouvée en se plongeant dans le jeu, et le gore n’étant jamais dégoûtant à regarder. Sans compter que l’animation en elle-même se montre toujours aussi obsolète à l’heure actuelle (comme si Aftermath était tout droit sorti des années 80-90), affichant des incohérences visuelles visibles comme le nez au milieu de la figure (par exemple, la taille des personnages qui ne cesse de changer par rapport au décor, ou qui ne correspondent pas à certains éléments de ce dernier). Bref, rien n’a malheureusement changé depuis Downfall. Pourtant, le résultat n’en est plus que catastrophique !

Cette erreur, le film la doit à son scénario. Alors que Downfall proposait un script tout bonnement classique et peu accrocheur, Aftermath a voulu se livrer avec une histoire bien plus fouillée sur le papier. Cela n’a pas été dit dans le résumé mais c’est pourtant le cas : les actions du film ne sont que des flashes-backs, des souvenirs de témoins qui racontent à des scientifiques ce qu’ils ont vécu. En somme, à l’instar du récent Angles d’attaque, nous suivrez une seule et même histoire mais racontée par le biais de différents points de vue, qui permettent d’apporter son lot de détails au fur et à mesure que l’histoire avance. Seulement, il faut que celle-ci soit intrigante. Ici, elle ne l’est aucunement ! Du coup, les longueurs se font ressentir et les personnages, déjà inintéressants, se montrent encore plus inutiles que l’existence de ce film d’animation.

Mais là où Aftermath se vautre littéralement, c’est dans son animation qui veut refléter le parti pris de son scénario, en changeant de style pour chaque point de vue. Comme si  le film osait présenter en 1h13 différents courts-métrages animés qui racontent la même histoire, avec les mêmes protagonistes. Pourquoi pas au final ? Il n’empêche, changer le style de l’animation ne veut pas dire tout remodeler ! Or, il n’est pas rare, lorsque le point de vue change, d’avoir des personnages au physique différent (même la couleur de peau est touchée par le changement, des protagonistes devenant hispaniques sans explication) ou des combinaisons/vêtements qui se modifient sans raison. Et comme si cela ne suffisait pas, pour différencier l’instant présent des souvenirs, l’animation classique laisse sa place à de la CGI (images de synthèse, à l’instar d’un Pixar) d’une piètre qualité, nous faisant croire involontairement à un épisode de Code Lyoko. Avec toutes ces différences, le spectateur perd rapidement le fil de l’histoire, ne comprenant pas pourquoi le film se livre à lui de telle manière.

Il faut admettre qu’Aftermath fait fort. Si, si ! Se montrer encore plus chaotique et inutile que Downfall, c’est un véritable exploit ! Une fois de plus, il vous est conseillé de vous reporter sur les jeux vidéo, véritables prouesses techniques et de mise en scène qui savent vous faire vivre ce qu’est l’angoisse à l’état pur. Avec Downfall et Aftermath, c’est l’ennui et la perte de temps que vous connaîtrez. Le second provoquant, en plus de tout cela, quelques crises d’épilepsie à cause de sa laideur visuelle. En lisant cette critique, dites-vous que votre vie, s’il elle est régie par une puissante curiosité, vient d’être sauvée !

Dead Space : Aftermath : Bande-annonce

Dead Space : Aftermath : Fiche technique

Réalisation : Mike Disa
Scénario : Brandon Auman, Mike Disa, Chuck Beaver et Joe Goyette, d’après les jeux vidéo Dead Space et Dead Space 2
Interprétation : Christopher Judge (Nickolas Kuttner), Ricardo Chavira (Alejandro Borges), Gwendoline Yeo (Isabel Cho), Curt Cornelius (Nolan Stross), Graham McTavish (le capitaine Campbell), Peter Woodward (l’interrogateur), Kari Wahlgren (Rin / Sandra), Yorgo Constantine (le commandant Sergenko)…
Direction artistique : Moon-Joong Han et Hoe-Young Lee
Animation : Sun Myung Back
Musique : Christopher Tin
Producteurs : Joe Goyette et Chuck Beaver
Productions : Electronic Arts, Film Roman Productions, Starz Media, Pumpkin Studio, Gotham Group et Clemensen Capital
Distributeur : Anchor Bay Entertainment
Genres : Animation, Science-fiction
Date de sortie : directement en vidéo
Durée : 1h14

Etats-Unis – 2011

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.
Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.