Cake, un film de Daniel Barnz : Critique

Cake, le rôle dont Jennifer Aniston avait besoin

Synopsis : Depuis un terrible accident, Claire est touchée dans la chair comme dans l’âme. En plus d’être devenue dépendante aux médicaments qui l’aident à tenir debout, elle est surtout devenue si difficile à vivre que même son mariage semble de ne pas pouvoir s’en relever. Et, dans son groupe de soutien, tout juste endeuillé par le suicide d’une de ses membres, son attitude cassante lui vaut les foudres de la responsable. De plus en plus dépressive, Claire en vient à se demander si l’option du suicide ne serait pas envisageable pour elle aussi…

L’ancienne interprète de Rachel dans Friends, depuis reléguée à des rôles d’aguicheuses dans des comédies romantiques de mauvais goût, vient peut-être enfin de trouver, dans ce quatrième film de Daniel Barnz, l’opportunité de prouver aux producteurs américains qu’elle est capable de sortir de cette case. Débarrassée de tout maquillage (hormis ceux lui fournissant des cicatrices sur le visage et les jambes), l’actrice se donne le défi, peut courant à Hollywood, d’apparaître au naturel. La façon très juste qu’elle a de jouer le mal-être de Claire, en la rendant à la fois nerveuse et en manque d’affection est la preuve qu’elle a su prendre pour modèle des personnes réellement atteintes d’un stress post-traumatique, en l’occurrence de son amie (ayant participé à la production du film), l’ancienne cascadeuse Courtney Solomon. L’amoindrissement physique de son personnage est en revanche traité avec moins de rigueur. Tour à tour incapable de se tenir debout et parfaitement en état, l’état de santé de Claire semble quelque peu aléatoire au gré de l’histoire.

La façon dont le scénario prend, au bout d’une quinzaine de minutes, des allures fantastiques quand Claire se met à parler au fantôme de Nina, une jeune femme récemment suicidée, ne va pas lancer ce portrait de femme vers un trip mystique mais donne à son personnage une nouvelle orientation, en la faisant passer du stade de victime du destin assez antipathique à celui d’une femme hésitant entre passer à l’acte à son tour et se reconstruire. La présence d’une femme de ménage ultra-généreuse était jusque-là le dernier lien social de Claire, qui va dès lors tenter de se rapprocher du mari de Nina. Tout pourrait alors laisser croire que le scénario va suivre un schéma romantique classique les menant dans les bras l’un de l’autre, mais que nenni. Mais alors, vers quelle finalité le réalisateur veut-il mener son film ? C’est bien là le problème.

Alors que le casting est irréprochable, le film pêche en effet par sa tendance à se mettre à rapidement tourner en rond. En plus de Jennifer Anniston qui réussit à rendre son personnage touchant sans jamais jouer la carte misérabiliste de l’auto-apitoiement, Adriana Barraza (dans le rôle de Silvana, la femme de ménage mexicaine) est excellente, tout comme Anna Kendrick (la Cendrillon d’Into The Woods, ici dans le rôle de Nina) ou encore Sam Worthington et Felicity Hoffman (qui, elle aussi, a bien du mal à percer à Hollywood depuis la série qui l’a fait connaitre). Et pourtant, entre tous ces personnages brillamment interprétés, les relations restent, du début à la fin, dans un état de statu-quo assez regrettable.

L’intervention, dans la dernière demi-heure, d’un autre personnage, en l’occurrence une jeune fugueuse, n’aidera pas à donner un coup de fouet à une dramaturgie qui patine. Et pour cause, elle n’est absolument pas exploitée. Plutôt que de créer de telles fausses-pistes, le scénario aurait allègrement pu se concentrer davantage sur l’éloignement entre Claire et son mari, son conflit avec l’auteur de l’accident, sa rééducation ou les conséquences de son addiction à l’alcool et à la drogue, autant de sujets vaguement survolés. On dit que si le public américain n’a pas répondu présent à ce long-métrage, c’est parce qu’il ne serait pas prêt à voir Jennifer Anniston endosser des rôles dramatiques, mais peut-être la faute est-il à un scénario qui n’aurait pas dû sortir de la liste noire sans être un minimum retravaillé.
Cake est donc un film à ne conseiller qu’à ceux qui veulent se prouver que Jennifer Anniston est une actrice bien plus talentueuse et moins superficielle que ce qu’Hollywood nous en montre depuis longtemps. Sinon, il s’agit d’un portrait de femme plein de promesses mélodramatique mais dont on regrettera qu’il ne sache pas quoi de son héroïne.

Cake : Bande Annonce Officielle (VOST)

Cake : Fiche technique

Réalisation : Daniel Barnz
Scénario : Patrick Tobin
Interprétation : Jennifer Aniston, Adriana Barraza, Anna Kendrick, Sam Worthington…
Musique : Christophe Beck
Chef Opérateur : Rachel Morrison
Montage: Kristina Boden, Michelle Harrison
Producteurs : Kristin Hahn, Mark Canton, Ben Barnz, Courtney Solomon…
Maisons de production : Echo Films, We’re Not Brothers Productions
Distribution (France) : Warner Bros.
Durée : 102 min
Genre : Drame
Date de sortie : 8 avril 2015

Etats-Unis – 2013

 

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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