Tiens-toi droite, un film de Katia Lewkowicz : Critique

Les femmes ne se laissent plus faire ! 

Synopsis: Tiens-toi droite nous raconte l’histoire de trois femmes très différentes : Louise (Marina Foïs), âme organisatrice d’un pressing, qui postule pour diriger la création du nouveau modèle d’une poupée de type barbie, Sam (Noëmie Lvovsky), mère de cinq filles (dont l’une, qui filme tout, est aussi l’un des personnages principaux du film), qui a de plus en plus de mal à concilier vie de mère et vie professionnelle, et Lili (Laura Smet), improbable miss Francophonie qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie. 

Le gloubi-boulga de la vie

Dans « Lose yourself », le morceau phare de 8 mile, Eminem commençait en disant « Si tu avais une chance, une opportunité, d’obtenir tout ce que tu as toujours voulu en une fois, est-ce que tu la saisirais ou est-ce que tu la laisserais filer entre tes doigts ? ». Il n’est pas impossible que Katia Lewkowicz se soit posée cette question au moment d’écrire ce film, qui ne ressemble à presque rien de connu dans le cinéma français actuel. Tiens-toi droite est un film qui a constamment conscience de briser un tabou, et semble profiter de la porte entrouverte pour laisser passer le plus d’idées possibles avant que celle-ci ne se referme.

De quel tabou parle-t-on ? Celui de la condition féminine au cinéma. Alors que Céline Sciamma explore patiemment ce thème, un personnage à la fois, Katia Lewkowicz choisit de tout dire, de tout montrer, et plus encore : la femme objet, la femme cadre et créative, la mère de famille, l’adolescente blogueuse, la démission des hommes, la pression, les contraintes de la société, la gestion collective des entreprises, l’idée même de modèle féminin, sont quelques uns des thèmes abordés par ce film.

Le problème est alors : comment incarner tous ces thèmes dans des personnages qui portent une narration ? Rien n’est moins simple : le film commence par trois introductions portées par une voix off que l’on n’entendra plus par la suite, comme si l’on avait manqué les épisodes précédents. Ensuite, dès que l’on commencera à comprendre un personnage, quelque chose d’important va lui arriver et changer radicalement son cadre de vie ou sa manière de penser. Le film est un ouragan d’informations dans lequel le spectateur va devoir se frayer un chemin.

Étrangement, ce qui devrait être un défaut devient assez vite l’une des grandes qualités du film : Tiens-toi droite ne mâche pas le travail du spectateur, et lui offre en échange des scènes intéressantes sur des aspects de la vie rarement abordés au cinéma, notamment dans tout ce qui se rapporte au monde du travail.

WTF pour wahou trop féministe

Malheureusement, même une fois que l’on a réussi à comprendre qui sont les quatre – cinq personnages principaux, même quand l’on accepte que des personnages que l’on pensait importants disparaissent complètement, même quand l’on accepte que le film prenne des tours et des détours, il y a des scènes qui ne passent pas.

En cause le personnage joué par Laura Smet, totalement improbable du début à la fin : miss Francophone venue de Picardie mais ayant grandi en Polynésie, elle va séduire Richard Sammel en un clin d’oeil, puis faire à peu près n’importe quoi n’importe comment. Elle n’est pas le seul électron libre, puisque le personnage de Noémie Lvovsky a ses absences aussi, s’occupant de ses enfants d’une manière qui ferait plaisir aux agents de la DDASS.

Résultat, le film est porté entre deux courants contradictoires : d’un côté le film militant où les femmes doivent montrer leur valeur dans un monde du travail hostile, d’un autre côté un film fantaisiste qui rappelle le cinéma de Valérie Donzelli (remerciée au générique) ou de Sophie Fillières. Incapable de concilier les deux, il finit par s’échouer dans le grand fracas d’une scène finale de basket poitrine nue, moment de libération complètement ahurissant, achevé par une morale : « ce n’est pas le modèle qui doit s’adapter à la femme, mais la femme au modèle », qui semble complètement opposé aux valeurs du film.

Un échec attachant

Au final, Tiens-toi droite est un film sans doute beaucoup trop ambitieux pour son propre bien, comme en témoigne son échec critique, et commercial (37 622 entrées) : dépeindre de nombreux personnages, montrer l’image de la femme réelle, de la femme fantasmée, et de la femme idéale, tout en gardant une part de fantaisie pour éviter le film à thèse, est une épreuve qui demande du temps pour développer son intrigue et un talent de scénariste très rare, que Katia Lewkowicz ne semble pas encore avoir.

Pour autant, le film n’est pas désagréable : les actrices sont excellentes, Marina Foïs en tête, et certaines scènes sont vraiment réussies. Au final, Tiens-toi droite est un peu comme chez la mère à Titi de Renaud : c’est le bonheur, la misère et l’ennui, c’est la mort, c’est la vie.

Tiens-toi droite – Bande Annonce

Tiens-toi droite: Fiche Technique

France – 2014
Réalisation: Katia Lewkowicz
Scénario: Katia Lewkowicz
Interprétation: Marina Foïs (Louise), Noémie Lvovsky (Sam), Laura Smet (Lili), Sarah Adler (Emma), Lola Duenas (Maguerite), Jonathan Zaccaï (Stéphane), Michaël Abiteboul (Damien), Dominique Labourier (la mère de Louise)…
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Date de sortie: 26 novembre 2014
Durée: 1h34
Genre: Comédie
Image: Nicolas Gaurin
Décor: Emmanuelle Duplay
Costume: Nathalie Benros
Montage: Fabrice Rouaud, Elif Uluengin
Musique: Jun Miyake
Producteur: Edouard Weil, Alice Girard
Production: Wild Bunch, Rectangle Productions, Orange Studio, Scope Pictures

Tiens-toi droite sort en dvd le 1er Avril 2015 avec en BONUS  

Essais filmés avec les enfants – Scènes coupées – Interview de Laura Smet – Photos du Tumblr #TIENSTOIDROITE – Interview de Katia Lewkowitch par MadmoiZelle

 

 

Festival

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Deauville 2026 : I’ll Be Gone in June, le crépuscule d’un monde

Comment les Européens perçoivent-ils l'Amérique ? Et comment ce pays, ancienne terre d'immigration, accueille-t-il les étrangers dans un contexte troublé ? Ce sont les questions que posent, en creux, le premier long-métrage de Katharina Rivilis. Avec "I'll Be Gone in June", la cinéaste allemande signe un récit d'apprentissage à la fois âpre et lumineux, tourné dans le désert du Nouveau-Mexique, sur fond de traumatisme post-11 septembre. Une œuvre très personnelle qui touche par sa sensibilité.

L’Étrange Festival 2026 : Blaise, quand la politesse tourne à l’émeute

"Blaise" suit une famille obsédée par son image, prête à tout pour ne déplaire à personne, jusqu'à s'embourber dans une spirale de quiproquos de plus en plus absurdes. Porté par une animation en photomontage numérique inédite, le film transforme la politesse ordinaire en mécanique comique redoutable.

Deauville 2026 : Les Contrebandiers, l’or noir de la Grande Dépression

Présenté en ouverture du Festival de Deauville, "Les Contrebandiers" propose une immersion profonde dans les forêts de l’Oregon lors de la Grande Dépression. Un film de survie âpre et tendu, qui convoque les grands classiques des années 1970. Porté par l’interprétation très physique d’Ethan Hawke, il compose un divertissement d’une efficacité redoutable, sans échapper à quelques clichés.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Benjamin S.
Benjamin S.https://www.lemagducine.fr/
Cinéphile et bédéphile, j'ai grandi dans le regret de ne pas avoir vécu l'époque Starfix. J'aime tous les types de films, bons comme très mauvais, mais je ne supporte pas la tiédeur.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.